Les répercussions du commerce sur les ménages varient en fonction de l’exposition de ces derniers aux variations des prix des biens et des services de consommation induites par le commerce, et de la proportion des dépenses qu’ils allouent à ces biens et services. Le présent chapitre examine l’impact d’une simulation hypothétique stylisée des droits de douane, au titre de laquelle les sept pays d’Amérique latine pris en compte dans le présent Examen relèveraient simultanément à 25 % leurs droits de douane sur l’ensemble de leurs importations de biens et de services en provenance de la totalité de leurs partenaires commerciaux. Si les hausses de prix qui en résultent, telles que modélisées dans ce scénario, sont concentrées dans les biens et les services majoritairement consommés par les ménages à faible revenu ou ceux dirigés par des femmes, elles risquent d’exacerber les inégalités de revenus ou celles reposant sur le genre.
Examen du commerce international et du genre en Amérique latine
4. Les femmes consommatrices
Copier le lien de 4. Les femmes consommatricesDescription
Le présent chapitre examine les répercussions du commerce sur les ménages et, dans la mesure du possible, sur les femmes qui les composent. Cet examen fait suite au cadre décrit dans (Luu et al., 2020[1])1 et a recours au modèle d’équilibre général calculable (MEGC) METRO de l’OCDE (OCDE, 2023[2]) pour étudier l’ampleur de l’exposition de différents ménages aux variations des prix à la consommation induites par un changement de politique commerciale2. Dans une simulation hypothétique stylisée des droits de douane, les sept pays d’Amérique latine pris en compte dans le présent examen relèvent simultanément à 25 % leurs droits de douane sur l’ensemble de leurs importations de biens et de services en provenance de la totalité de leurs partenaires commerciaux 3 4. Les changements qui en résultent au niveau des prix à la consommation des produits de base dans le modèle sont ensuite reliés à des données sur les dépenses émanant d’enquêtes nationales auprès des ménages5, qui fournissent des informations détaillées sur tous les groupes socio-économiques. Établir un lien entre les résultats obtenus au moyen du modèle et les données tirées d’enquêtes auprès des ménages permet de comparer l’exposition des ménages — mesurée par la modification du pouvoir d’achat — en fonction de différentes caractéristiques, telles que le niveau de revenus et, lorsque cette donnée est disponible, le genre du chef de famille.
Les répercussions sur les différents types de ménages ne sont pas toujours identiques, car l’exposition d’un ménage aux changements de politique induits par le commerce dépend de la variation des prix des produits de base qu’il consomme, et de la proportion des dépenses qu’il alloue à ces biens et services. Si les hausses de prix touchent essentiellement les biens et les services majoritairement consommés par les ménages à faible revenu ou ceux dirigés par des femmes, les variations de prix induites par le commerce risquent d’exacerber les inégalités de revenus ou celles reposant sur le genre.
La présente simulation a pour principal objet l’exposition des ménages ; il convient de prendre en considération les limites fixées d’ordre méthodologique. L’approche suivie, qui établit un lien entre les résultats obtenus au moyen du modèle et les enquêtes auprès des ménages pour les différentes variations de prix ne prend pas en compte les réponses comportementales que les ménages pourraient adopter, telles que la modification des habitudes de consommation, pour faire face aux variations des prix et de leurs revenus6. Par ailleurs, l’analyse s’intéresse avant tout à l’exposition des ménages en tant que consommateurs, et ne rend pas compte de la totalité des effets sur leur prospérité. Elle ne tient par conséquent pas compte du fait que les incidences sur le revenu peuvent varier en fonction du type de ménage, en particulier si les répercussions de la politique commerciale spécifiques à un secteur influent de façon disproportionnée sur le revenu perçu dans certaines industries.
4.1. Les droits de douane en Amérique latine
Copier le lien de 4.1. Les droits de douane en Amérique latineLa simulation consiste en une hausse des droits de douane à 25 %. Le choc qui en résulte est lié aux droits de douane appliqués7 dans le modèle8 entre les pays d’Amérique latine pris en compte dans l’Examen. En Amérique latine, les droits de douane sur les biens sont faibles, en moyenne (3.3 % dans le secteur des biens) ; leur éventail est toutefois vaste dans la plupart des pays, à l’exception du Pérou et du Chili (Graphique 4.B.1 en annexe). Ce sont le Brésil et l’Argentine qui affichent les droits de douane les plus élevés en moyenne - respectivement 8.7 % et 7.7 % - (Tableau 4.1), tandis que le Chili et le Pérou pratiquent les droits de douane sur les biens les plus faibles (respectivement 0.3 % et 0.7 %).
Dans la base de données du modèle, les droits de douane appliqués aux produits manufacturés par les sept pays examinés étaient en moyenne légèrement supérieurs à la moyenne de ceux appliqués aux produits agroalimentaires, un écart essentiellement tirés par les tarifs élevés pratiqués par le Brésil, l’Argentine et la Colombie. Il importe en particulier de noter que parmi toutes les importations de produits manufacturés, ce sont les produits textiles, les vêtements et les produits en cuir qui sont frappés par les droits de douane les plus élevés dans l’ensemble des pays à l’exception du Chili, où l’application des taxes sur les importations est uniforme. S’agissant des produits agroalimentaires, certains pays leur appliquent des droits de douane très élevés. Ainsi en Colombie, les importations de riz sont visées par des taxes de 40 %, tandis qu’au Costa Rica, celles de produits laitiers, de riz transformé et de sucre sont touchées par des droits de douane de respectivement 25 %, 20 % et 15 %.
Les taxes sur les importations de produits alimentaires s’élèvent en moyenne à 3.1 %, contre 1.3 % pour les produits agricoles, des variations existant d’un pays à l’autre. Au Brésil, en Argentine, au Costa Rica et au Mexique, le taux d’imposition effectif est plus élevé pour les importations de produits alimentaires que pour celles des produits agricoles de base. Les importations de produits manufacturés sont taxées à hauteur de 3.5 %, le taux d’imposition moyen le plus élevé de toutes les régions étant appliqué par le Brésil, l’Argentine et la Colombie. Ces pays imposent par ailleurs des droits de douane plus élevés sur les produits manufacturés sophistiqués, comme le matériel informatique ou électronique, que sur les produits manufacturés de base.
Les services occupent une proportion importante de la consommation des ménages, qui varie de 44 % à 67 % dans les sept pays examinés. Ils ne sont pas soumis à des droits d’importation. Leur prestation se déroule essentiellement à l’échelon national, à l’exception de l’hébergement et de la restauration ou des services financiers et de communication, qui représentent eux aussi une proportion relativement élevée de la consommation des ménages. Parmi les autres services fortement tributaires des importations figurent les transports aériens, la construction et les services aux entreprises, mais ils ne comptent guère dans la consommation des ménages.
Tableau 4.1. Droits de douane moyens pondérés, par agrégats sectoriels et région
Copier le lien de Tableau 4.1. Droits de douane moyens pondérés, par agrégats sectoriels et régionEn pourcentage
|
|
BRA |
ARG |
COL |
CRI |
MEX |
PER |
CHL |
Total |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
|
Agroalimentaire |
5.5 |
3.5 |
3.6 |
4.1 |
1.7 |
0.1 |
0.3 |
2.5 |
|
Agriculture |
2.8 |
0.7 |
4.6 |
2.2 |
0.4 |
0.0 |
0.3 |
1.3 |
|
Produits alimentaires |
7.0 |
6.2 |
2.9 |
5.1 |
2.5 |
0.2 |
0.3 |
3.1 |
|
Extraction |
0.1 |
0.1 |
0.9 |
0.4 |
0.0 |
0.0 |
0.6 |
0.1 |
|
Industrie manufacturière |
9.5 |
8.6 |
4.2 |
1.1 |
1.0 |
0.9 |
0.3 |
3.5 |
|
Activités manufacturières de base |
8.0 |
7.5 |
3.4 |
1.3 |
1.2 |
1.2 |
0.4 |
3.4 |
|
Activités manufacturières avancées |
11.1 |
9.3 |
5.1 |
0.9 |
0.9 |
0.5 |
0.2 |
3.6 |
|
Services |
0.0 |
0.0 |
0.0 |
0.0 |
0.0 |
0.0 |
0.0 |
0.0 |
|
Total (biens & services) |
6.3 |
5.8 |
3.1 |
1.2 |
0.9 |
0.6 |
0.3 |
2.7 |
|
Total (biens) |
8.7 |
7.7 |
4.1 |
1.5 |
1.0 |
0.7 |
0.3 |
3.3 |
Note : Ce tableau contient les moyennes pondérées par les échanges (valeur) des droits de douane ad valorem. Les droits de douane spécifiques n’apparaissent pas et ne sont pas non plus pris en compte dans l’analyse. Le terme « produits alimentaires » désigne les produits carnés n.c.a ; les huiles et graisses végétales ; les produits laitiers ; le riz transformé ; le sucre ; les produits alimentaires n.c.a ; et les boissons et produits du tabac. Les activités manufacturières avancées regroupent : les produits informatiques, électroniques et optiques ; le matériel électrique ; les machines et équipements n.c.a ; les véhicules automobiles et pièces ; le matériel de transport n.c.a ; et les activités manufacturières n.c.a. Pour la liste intégrale des secteurs pris en compte dans le modèle, voir https://www.gtap.agecon.purdue.edu/databases/v11/v11_sectors.aspx.
Source : Modèle METRO, année de référence 2017.
L’application du taux de 25 % prévue dans la simulation stylisée entraine une hausse des droits de douane plus élevée dans les secteurs des régions pratiquant généralement des tarifs plus faibles. Ainsi, les taxes douanières de base imposées par le Brésil et l’Argentine sur les industries agroalimentaire et manufacturière sont plus élevées et moins uniformes que dans d’autres régions, ce qui se traduit par une variation plus importante de l’ampleur de la hausse des droits appliquée au titre de la simulation. À l’inverse, au Chili et au Pérou, la simulation se traduit pour la plupart des secteurs par une augmentation de 25 points de pourcentage des droits de douane. En Colombie, au Costa Rica et au Mexique, certains secteurs enregistrent également une hausse considérable des droits de douane lors de la simulation, mais ils ne sont pas aussi nombreux qu’au Chili et au Pérou.
4.2. Répercussions du choc des droits de douane sur les prix
Copier le lien de 4.2. Répercussions du choc des droits de douane sur les prixLes répercussions des droits de douane sur les prix dépendront de la proportion des importations dans l’offre de chaque secteur et de la facilité avec laquelle ces importations peuvent être remplacées par une production nationale. De manière générale, les augmentations des droits de douane entraînent une hausse des prix des produits de base, les secteurs soumis aux plus fortes hausses tarifaires enregistrant les hausses de prix les plus élevées, en particulier dans les secteurs affichant des proportions élevées d’importations.
On peut distinguer des tendances sectorielles communes entre les différents pays, quel que soit le profil de ces derniers en matière de droits de douane. En moyenne, les produits manufacturés subissent une hausse des prix plus importante que dans les autres secteurs (agroalimentaire, extraction et services). Ce résultat n’est pas surprenant, compte tenu de la forte internationalisation de nombre des chaînes d’approvisionnement, une caractéristique qui les rend particulièrement vulnérables aux droits de douane sur les intrants et aux répercussions sur les coûts de production. La plupart des consommateurs en Amérique latine dépendent en outre lourdement des marchés internationaux pour s’approvisionner en produits manufacturés. Au Costa Rica, par exemple, la quasi-totalité des produits manufacturés sophistiqués consommés par les ménages, tels que l’électronique, les machines et les véhicules, sont importés (93.6 % en moyenne). Au Chili, près des trois quarts de ces produits proviennent de l’étranger, tandis qu’au Mexique et au Pérou, la proportion est d’environ 43 %. Avec seulement 8.4 % de produits manufacturés sophistiqués importés, le Brésil fait figure d’exception.
Le secteur de l’agroalimentaire, à l’opposé, affiche une certaine variabilité pour ce qui est de la dépendance à l’égard des importations dans les pays examinés. Le Brésil, l’un des premiers producteurs mondiaux de denrées agricoles, dépend essentiellement de la production agroalimentaire nationale. Au Costa Rica, au Mexique et au Chili, toutefois, une proportion non négligeable des produits agroalimentaires consommés par les ménages est importée. Cette proportion s’élève en moyenne entre 17 % au Mexique et 25 % au Chili. Les prix à la consommation des produits agroalimentaires au Costa Rica et au Chili ont par conséquent augmenté en moyenne de 10 % (Tableau 4.A.2 de l’annexe) sous l’effet de la simulation, tandis qu’au Mexique, la hausse enregistrée a été comparativement plus faible, soit 6.6 %.
Le secteur des services enregistre pour sa part certaines des hausses de tarifs les plus importantes lorsque la base tarifaire initiale de 09 est portée à 25 %. La hausse des prix qui en résulte est toutefois moins prononcée que dans d’autres secteurs concernés par la même augmentation. La plupart des services sont en effet produits et consommés à l’échelon national et sont par conséquent moins affectés par la hausse des droits de douane. La façon dont ils sont produits les rend en outre moins sensibles aux modifications tarifaires. Ce sont la main-d’œuvre et le capital (valeur ajoutée) qui représentent une proportion considérable des intrants utilisés dans le secteur des services, et non les intrants intermédiaires, plus directement touchés par les hausses de tarifs. Par ailleurs, nombre de ces intrants intermédiaires proviennent du secteur lui-même, ce qui réduit davantage l’exposition aux chocs tarifaires. Des exceptions existent. Dans certains secteurs des services, une large proportion de l’offre est importée, ce qui entraine une plus forte réaction au niveau des prix. En moyenne, au moins un quart des services de construction, de transport par eau, de transport aérien, des services aux entreprises et des services d’hébergement et de restauration consommés par les ménages sont importés. Toutefois, hormis les services d’hébergement et de restauration, la plupart de ces services ne représentent qu’une infime part de la consommation des ménages (moins d’un pour cent en moyenne).
Enfin, le secteur extractif, qui inclut des produits de base tels que le charbon, le gaz naturel et d’autres produits miniers, est généralement soumis à de faibles niveaux d’imposition. La simulation y a par conséquent représenté une forte hausse des tarifs douaniers, qui a entrainé d’importantes augmentations de prix. Si ces produits ne constituent qu’une faible proportion des dépenses des ménages, la hausse de leur prix a des répercussions indirectes. L’augmentation du coût des intrants énergétiques, en particulier, entraine une hausse significative des coûts de production des biens produits à l’échelon national, dont le modèle permet de rendre compte.
4.3. Évaluation de l’exposition des ménages aux variations des prix induites par le commerce, par niveau de revenus
Copier le lien de 4.3. Évaluation de l’exposition des ménages aux variations des prix induites par le commerce, par niveau de revenusAfin d’évaluer l’impact de la hausse des droits de douane sur différents types de ménages, les variations des prix à la consommation obtenues pour chaque secteur dans le cadre de la simulation du modèle ont été associées à des données tirées d’enquêtes auprès des ménages. Ces données portent non seulement sur les dépenses par produit, mais renseignent également sur des caractéristiques des ménages, telles que les revenus et, dans certains cas, le genre du chef de famille. Relier les résultats du modèle aux données tirées d’enquêtes auprès des ménages permet d’évaluer les effets redistributifs des changements de prix induits par les échanges, et de mesurer l’exposition des ménages en tant que consommateurs à l’aide du pouvoir d’achat10. Parmi les sept pays examinés, le Costa Rica, le Mexique, le Pérou et le Chili disposent d’enquêtes auprès des ménages suffisamment détaillées pour répartir les ménages par décile de revenu (ou quintile, dans le cas du Chili)11. L’enquête du Costa Rica fait également état du genre du chef de famille, ce qui permet d’évaluer l’exposition spécifique des ménages dirigés par des femmes.
Dans ces quatre pays, la part des dépenses consacrées à un produit spécifique varie d’un groupe de revenus à l’autre (Graphique 4.1). Les ménages à faibles revenus allouent une plus grande part de leurs dépenses à des biens essentiels tels que la nourriture, les services de transport et les biens et services servant à l’entretien courant du foyer, tandis que ceux ayant des revenus plus élevés affectent une part de leurs dépenses plus élevée aux biens durables et aux services. Ainsi, au Mexique, les ménages appartenant au décile inférieur de la distribution des revenus consacrent plus de 40 % de leurs dépenses à l’alimentation, contre à peine 17 % pour ceux situés dans le décile supérieur. Au Costa Rica, l’alimentation représente 33.7 % des dépenses des ménages les plus modestes, contre à peine 12.6 % pour ceux appartenant à la catégorie des hauts revenus. À l’opposé, toujours dans ces quatre pays, les ménages les plus aisés consacrent une plus grande proportion de leurs revenus à des achats de véhicules, voyages, services de restauration (y compris, éventuellement les restaurants) et matériel téléphonique, que les ménages à faibles revenus. Les habitudes de consommation des ménages n’étant pas les mêmes dans tous les groupes de revenus, les variations des prix pourraient avoir des effets redistributifs.
Dans la simulation stylisée, les secteurs affichant une proportion élevée d’importations, tels que ceux des produits informatiques, électroniques et optiques, des véhicules automobiles et pièces détachées, et des services aux entreprises — des catégories essentiellement consommées par les ménages à revenus élevés — enregistrent les hausses de prix parmi les plus élevées. Au Mexique, au Chili et au Pérou, où la quasi-totalité des produits informatiques, électroniques et optiques consommés par les ménages sont importés, les prix de ces produits augmentent de 20 %. De même, les prix des véhicules automobiles et des pièces détachées, qui sont davantage consommés par les ménages à hauts revenus, enregistrent une forte hausse, en particulier au Chili et au Costa Rica, où ces produits sont majoritairement importés. À l’opposé, les produits agroalimentaires, qui représentent une plus forte proportion des dépenses des ménages à faibles revenus, n’enregistrent qu’une modeste hausse des prix, la plupart étant produits sur le territoire national. La viande bovine au Chili fait figure d’exception : les deux tiers de l’offre sont importés, et la simulation se solde par une augmentation des prix de 15 %.
Graphique 4.1. Proportion des dépenses par catégorie de revenus (enquêtes auprès des ménages)
Copier le lien de Graphique 4.1. Proportion des dépenses par catégorie de revenus (enquêtes auprès des ménages)
Note : Inclut uniquement les secteurs de la COICOP 1999 du niveau à trois chiffres qui représentent au moins 3.5 % (4.5 % pour le Pérou et le Costa Rica) des dépenses totales des ménages, quel que soit le décile de revenus.
Source : Enquêtes auprès des ménages menées par les pays.
La hausse des droits de douane entraine une perte de pouvoir d’achat dans toutes les catégories de ménages lorsque cette diminution est mesurée à l’aide d’une approche axée sur les dépenses. Cette perte est toutefois légèrement plus importante pour les ménages à revenus élevés qui consomment davantage de produits importés (Graphique 4.2=. Ainsi au Mexique, le pouvoir d’achat baisse de 8.6 %, tous types de ménages confondus. Celui des ménages appartenant au décile supérieur de la distribution des revenus diminue toutefois de 9.6 %, contre 8.0 % pour celui des ménages du décile inférieur, soit près de 2 points de pourcentage de moins. On observe une tendance similaire dans les autres pays, où les ménages les plus aisés enregistrent une perte de pouvoir d’achat plus prononcée, en valeur absolue, en raison des dépenses plus importantes qu’ils consacrent aux véhicules, aux bien électroniques et aux services aux entreprises. Toutefois, les ménages à revenus élevés allouant une proportion plus faible de leurs revenus à la consommation, ils sont mieux équipés pour faire face à cette érosion de leur pouvoir d’achat.
Graphique 4.2. Variations du pouvoir d’achat calculées selon les méthodes reposant sur les dépenses et sur les revenus
Copier le lien de Graphique 4.2. Variations du pouvoir d’achat calculées selon les méthodes reposant sur les dépenses et sur les revenus
Note : Le pouvoir d’achat est calculé à la fois sur la base de la consommation d’un produit en tant que proportion des dépenses totales (dép.) et en tant que proportion des revenus d’un ménage (rev.). Dans cette deuxième méthode, la variation du pouvoir d’achat a été calculée à l’aide d’estimations du revenu disponible. Spécifiquement pour le Mexique : revenu courant ; Pérou : revenu brut ; Chili : revenu disponible ; et Costa Rica : revenu monétaire brut.
Source : Modèle METRO et enquêtes auprès des ménages menées par les pays.
Lorsque le pouvoir d’achat est calculé sur la base du revenu total, sa diminution est beaucoup plus importante pour les ménages plus modestes car ceux-ci dépensent une proportion plus élevée de leurs revenus. Au Pérou, par exemple, les ménages les plus pauvres subissent une réduction de leur pouvoir d’achat de 20 %, contre à peine 9 % pour les plus aisés. Au Chili et au Costa Rica, les ménages ayant les revenus les plus faibles sont amputés d’une part de pouvoir d’achat près de respectivement deux et trois fois plus importante que les ménages les plus riches. Les variations des prix induites par le commerce ont ainsi un effet redistributif inégal, et exacerbent par conséquent les inégalités entre les ménages12.
Encadré 4.1. Les ménages et l’emploi informel
Copier le lien de Encadré 4.1. Les ménages et l’emploi informelD’après l’Organisation internationale du travail (OIT), 61 % de la population d’âge actif, soit environ 2 milliards de travailleurs à l’échelle mondiale, ont un emploi dans l’économie informelle — soit qu’ils occupent un poste dans une entreprise non enregistrée ou non constituée en société, soit qu’ils n’ont pas de contrat de travail officiel, ce qui les prive d’un accès aux prestations sociales ou à la protection juridique (OIT, 2019[3]). Les travailleurs informels sont ainsi exposés à un éventail de risques plus large, qui va de l’instabilité professionnelle à des conditions de travail médiocres, que leurs collègues du secteur formel (OCDE, 2019[4]). Ce manque de protection et ces risques accrus se surajoutent à l’insécurité économique dont pâtissent les ménages à faibles revenus déjà précaires, si l’un ou plusieurs de leurs membres sont employés dans l’économie informelle.
En Amérique latine et dans les Caraïbes (ALC), 54 % des travailleurs sont employés dans le secteur informel (OIT, 2019[3]). Dans certains pays de la région, plus de 70 % des ménages comptent au moins un membre dans l’économie informelle (OCDE, 2019[4]). Les ménages qui dépendent de l’emploi informel ne sont par ailleurs pas répartis uniformément dans les déciles de revenus.
Au Pérou, 78 % des ménages comptent au moins un membre dans l’emploi informel, cette proportion dépassant 80 % dans les déciles de revenus inférieurs, contre moins de 60 % dans les déciles supérieurs (Graphique 4.3). Ces chiffres mettent en évidence la façon dont l’emploi informel peut exacerber la fragilité des ménages à faibles revenus, et les rendre particulièrement vulnérables aux chocs économiques et aux hausses de prix.
Graphique 4.3. Les ménages à faibles revenus sont plus nombreux à compter au moins un membre dans le secteur informel
Copier le lien de Graphique 4.3. Les ménages à faibles revenus sont plus nombreux à compter au moins un membre dans le secteur informel
Source : Calculs des auteurs sur la base de l’Enquête auprès des ménages menée par le Pérou (2022).
Les femmes sont surreprésentées dans l’emploi informel dans toute l’Amérique latine et les Caraïbes (Berniell, Fernandez et Krutikova, 2024[5]), et en particulier dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure et les pays à faible revenu de la région, où le taux d’emploi informel des femmes est supérieur à celui des hommes (Tableau 4.2). Sur les sept pays examinés, seul le Brésil affiche un taux d’activité informelle supérieur chez les hommes. Le Pérou et le Mexique sont les pays qui affichent l’écart le plus grand entre les genres.
D’après l’OCDE (2019[4]), les femmes employées dans le secteur informel sont généralement confrontées à des conditions de travail plus précaires, un nombre d’heures travaillées moindre, et des rémunérations plus faibles, l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes étant souvent plus prononcé que dans l’économie formelle. Cette surreprésentation des femmes dans l’économie informelle, en plus d’exposer les femmes actives et les ménages qu’elles dirigent à une plus grande insécurité économique, exacerbe également les inégalités existantes.
Tableau 4.2. Part de l’emploi dans le secteur informel, par genre
Copier le lien de Tableau 4.2. Part de l’emploi dans le secteur informel, par genre|
|
Sélection de pays d’Amérique latine |
Moyenne dans les économies par groupe de revenu |
||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
|
|
ARG |
BRA |
CHL |
CRI |
COL |
MEX |
PER |
Revenu élevé |
Revenu intermédiaire de la tranche supérieure |
Faible revenu |
|
Hommes |
38.7 |
37.9 |
24.3 |
28.8 |
53.8 |
55.3 |
58.8 |
33.3 |
49.2 |
65.5 |
|
Femmes |
39.7 |
33.8 |
25.6 |
32.0 |
55.0 |
61.0 |
71.1 |
32.7 |
51.4 |
69.1 |
Source : Berniell, Fernandez et Krutikova (2024[5]).
4.4. Analyse de l’exposition des ménages aux variations des prix en fonction du genre et des revenus
Copier le lien de 4.4. Analyse de l’exposition des ménages aux variations des prix en fonction du genre et des revenusUne analyse similaire a été menée pour la Nouvelle‑Zélande en 2022, afin de mesurer les effets redistributifs sur différents types de ménages de la hausse des droits de douane à 25 % appliquée par le pays (OCDE, 2022[6]). Cette analyse a révélé que les ménages monoparentaux avec enfants à charge, majoritairement dirigés par des femmes, sont les plus exposés. Le manque de données n’a toutefois pas permis d’évaluer spécifiquement l’impact des variations des prix induites par le commerce sur les ménages dirigés par des femmes. L’enquête menée par le Costa Rica auprès des ménages permet quant à elle d’identifier les ménages dirigés par des femmes, et d’évaluer ainsi directement la façon dont les variations des prix induites par le commerce affectent les femmes, ainsi que l’ampleur des écarts liés au genre.
4.4.1. Examen des différences d’exposition sur la base du genre du chef de famille
Au Costa Rica, 38.4 % des ménages sont dirigés par des femmes13. Cette proportion est supérieure au pourcentage médian à l’échelle mondiale (28.0 %) mais du même ordre de grandeur que celui affiché dans l’ensemble de la région ALC (36.2 %) (Saad et al., 2022[7]). Si au niveau mondial, la plupart des ménages dirigés par des femmes sont des ménages monoparentaux avec enfants, dans la région ALC, un nombre important de ménages dirigés par des femmes compte également un mari, dont la présence ne se traduit pas par une prospérité accrue. Les familles dirigées par des femmes, toutefois, ne sont pas forcément les plus mal loties. Liu, Esteve et Treviño (2017[8]) ont révélé que c’est le statut matrimonial du chef de famille (célibataire, divorcé, marié, union libre), plus que son sexe, qui influe sur les conditions de vie du ménage14 dans de nombreux pays d’Amérique latine, dont le Costa Rica. Après prise en compte de facteurs tels que le statut matrimonial, le niveau d’études, l’environnement urbain ou rural, la présence d’enfants au sein du foyer et le fait d’être propriétaire du logement, le sexe du chef de famille devient en effet non significatif sur le plan statistique dans le cas du Costa Rica (Liu, Esteve et Treviño, 2017[8]). Il est peu surprenant de constater que si la proportion des ménages dirigés par des femmes varie légèrement selon les déciles de revenus au Costa Rica, ces différences ne sont pas significatives au plan statistique (Graphique 4.4), ce qui confirme que les ménages dirigés par des femmes ne sont pas prédominants au sein d’un quelconque groupe de revenus.
Graphique 4.4. Proportion des ménages dirigés par des femmes au Costa Rica par décile de revenus
Copier le lien de Graphique 4.4. Proportion des ménages dirigés par des femmes au Costa Rica par décile de revenus
Note : Les traits verticaux sur chaque barre représentent les intervalles de confiance de 95 %.
Source : Enquête auprès des ménages menée par le Costa Rica, 2018.
Le sexe du chef de famille n’entraîne en outre pas de grandes différences au niveau des habitudes de consommation, qui pourraient contribuer aux effets redistributifs induits par les variations des prix à la consommation. Sur les 108 produits examinés, la plupart (83) sont consommés selon la même proportion des dépenses, que le ménage soit dirigé par une femme ou un homme. Par ailleurs, dans les cas présentant une différence statistiquement significative, l’écart de proportion était inférieur à 1 point de pourcentage. Il existait toutefois quelques exceptions. Ainsi, l’achat d’un véhicule automobile et les dépenses nécessaires à son entretien, telles que le carburant et les lubrifiants, représentaient un pourcentage des dépenses moyen plus élevé dans les ménages dirigés par des hommes que dans les familles matrifocales (0.7 point de pourcentage pour les véhicules à proprement parler, et 1.9 point de pourcentage pour le carburant et les lubrifiants). Celles-ci semblent avoir davantage recours aux transports en commun, ainsi qu’en témoigne la part plus importante de leurs dépenses totales allouée aux services de transport (près de 0.8 point de pourcentage de plus que dans les ménages dirigés par des hommes). Elles consacrent par ailleurs une part plus élevée de leurs dépenses aux achats de produits d’hygiène personnelle, chaussures, services collectifs et produits pharmaceutiques, que les ménages dirigés par des hommes, même si l’écart est minime (moins d’un demi-point de pourcentage) (Graphique 4.5, Partie A).
Les habitudes de consommation des deux types de ménages étant sensiblement identiques, la perte de pouvoir d’achat résultant de la hausse des tarifs est la même pour les ménages dirigés par des femmes et pour les familles patriarcales. Les deux types de ménages subissent une perte de pouvoir d’achat de 13.0 %, mesurée au moyen d’une approche reposant sur les dépenses. En outre, si les ménages dirigés par des femmes ont des dépenses en moyenne inférieures à celles des hommes, leur revenu monétaire brut est également plus faible. Globalement, la proportion du revenu monétaire brut dépensée est similaire dans les deux types de ménages (environ 70 %), ce qui se traduit, pour chacun d’eux, par une perte de pouvoir d’achat de l’ordre de 9 % (Graphique 4.5, Partie B).
Graphique 4.5. Habitudes de consommation et variation du pouvoir d’achat en fonction du genre du chef de famille
Copier le lien de Graphique 4.5. Habitudes de consommation et variation du pouvoir d’achat en fonction du genre du chef de famille
Note : La partie A inclut uniquement les secteurs de la COICOP 1999 du niveau à trois chiffres qui représentent au moins 2.5 % des dépenses totales des ménages, quel que soit le décile de revenus. Dans la partie B, le pouvoir d’achat est calculé à la fois sur la base de la consommation d’un produit en tant que proportion des dépenses totales (dép.) et en tant que proportion des revenus d’un ménage (rev.). Dans cette deuxième méthode, la variation du pouvoir d’achat a été calculée à l’aide du revenu monétaire brut.
Source : Modèle METRO, Enquête auprès des ménages menée par le Costa Rica, 2018.
4.4.2. Analyse des effets combinés du revenu et du genre sur l’exposition des ménages
Comme nous l’avons vu dans la précédente sous-section, le niveau de revenus des ménages influe sur leurs habitudes de consommation. Le genre du chef de famille, pour sa part, n’a aucune répercussion, quel que soit le décile de revenus. Si la proportion exacte des dépenses consacrées à certains produits peut varier très légèrement entre les groupes de revenus dans les deux types de ménages, les habitudes globales de consommation par revenu sont comparables. Dans les deux catégories de ménages, les plus modestes consacrent en général une proportion plus élevée de leurs revenus aux produits de première nécessité que les ménages appartenant aux groupes à revenus élevés. Ainsi, l’alimentation représente une proportion beaucoup plus importante des dépenses des ménages à faibles revenus. Dans les ménages appartenant au décile inférieur de la distribution des revenus, les dépenses alimentaires sont environ trois fois plus élevées que dans les ménages du décile supérieur : le ratio s’élève à 2.7 pour les ménages dirigés par des femmes, et à 3.0 pour ceux dirigés par des hommes. De même, la part des dépenses consacrées aux services de transport dans les dépenses totales est près de deux fois supérieure dans les ménages du décile inférieur que dans ceux appartenant au décile supérieur, sans qu’il n’y ait de différence significative en fonction du genre du chef de famille.
Des exceptions notables existent toutefois, en particulier lorsque l’on se penche sur des catégories de produits plus détaillées (Graphique 4.6). À titre d’illustration, les ménages dirigés par des femmes appartenant aux déciles supérieurs de la distribution des revenus consacrent à l’hygiène personnelle (visites chez le coiffeur et produits d’hygiène) une part de leurs dépenses près de deux fois supérieure à celle des ménages matriarcaux situés dans les déciles inférieurs. Par comparaison, le ratio n’est que de 1.6 entre les ménages patriarcaux situés dans les déciles inférieurs et supérieurs. L’écart au niveau de la proportion des dépenses allouées aux produits et services en lien avec les véhicules automobiles et les transports personnels, tels que les pièces détachées et le carburant, est par ailleurs plus important entre les ménages à revenus élevés et à faibles revenus lorsque ceux-ci sont dirigés par des femmes. La raison en est vraisemblablement que les familles matrifocales à faibles revenus sont moins susceptibles d’acquérir un véhicule15 et ont par conséquent des dépenses d’entretien moins élevées. L’approvisionnement en eau est l’un des domaines dans lesquels les ménages matriarcaux à faibles revenus sont particulièrement vulnérables. D’après les données relatives aux dépenses des ménages utilisées aux fins du présent examen, la part des dépenses totales que ces ménages consacrent à l’approvisionnement en eau est près de quatre fois supérieure à celle de leurs homologues à revenus élevés. Ce poste représente en moyenne 3.9 % des dépenses totales des ménages dirigés par des femmes situés dans les déciles inférieurs de la distribution des revenus, 3.0 % de celles des ménages dirigés par des hommes les plus modestes, mais seulement 1.1 % de celles des ménages situés dans les déciles supérieurs, quel que soit le genre du chef de famille.
Si le revenu et le genre du chef de famille se traduisent par des différences statistiquement significatives au niveau des habitudes de consommation, celles-ci ne varient généralement pas, au sein du même décile de revenus, entre les ménages matriarcaux et patriarcaux. Par conséquent, lorsqu’une augmentation simulée des droits de douane entraine une hausse des prix des produits manufacturés par rapport à ceux des denrées alimentaires et des services, la perte de pouvoir d’achat est presque identique pour ces deux types de ménages. Les ménages dirigés par des femmes situés dans tous les déciles de revenus perdent en moyenne 12.8 % de pouvoir d’achat sur la base des dépenses, contre 12.9 % pour ceux dirigés par des hommes, la perte étant ainsi la même dans l’ensemble des déciles, quel que soit le genre du chef de famille (Graphique 4.7).
La proportion des revenus dépensés par les ménages appartenant à différents déciles ne varie par ailleurs pas de manière significative en fonction du genre du chef de famille. Dans les deux cas, les ménages situés dans le décile inférieur dépensent une proportion plus élevée de leurs revenus que ceux des déciles supérieurs.
Par conséquent, lorsque la perte de pouvoir d’achat est calculée à l’aide de la méthode reposant sur les revenus, les ménages à plus faibles revenus subissent une perte de pouvoir d’achat supérieure à celle des ménages à revenus élevés, qu’ils soient dirigés par des femmes ou des hommes.
Graphique 4.6. Part des dépenses en fonction du décile de revenus et du genre du chef de famille
Copier le lien de Graphique 4.6. Part des dépenses en fonction du décile de revenus et du genre du chef de famille
Note : Inclut uniquement les secteurs qui représentent au moins 5.0 % des dépenses totales des ménages, quels que soient le décile de revenus et le genre du chef de famille.
Source : Enquête auprès des ménages menée par le Costa Rica, 2018.
Graphique 4.7. Variation du pouvoir d’achat en fonction du genre et du décile de revenus
Copier le lien de Graphique 4.7. Variation du pouvoir d’achat en fonction du genre et du décile de revenus
Note : « TT » désigne les proportions des dépenses dans toutes les catégories de revenus.
Source : Modèle METRO, Enquête auprès des ménages menée par le Costa Rica, 2018.
4.5. Premiers enseignements relatifs aux répercussions du commerce sur les femmes en tant que consommatrices
Copier le lien de 4.5. Premiers enseignements relatifs aux répercussions du commerce sur les femmes en tant que consommatricesAu titre de la simulation pratiquée dans la présente section de l’Examen, les tarifs à l’importation ont été augmentés afin : i) d’étudier les répercussions de l’augmentation des prix sur les dépenses des ménages, et ii) de déterminer si certains types de ménages sont plus exposés que d’autres aux variations des prix. L’impact de la hausse des droits de douane sur les prix dépend de la proportion des importations dans l’offre du secteur et de la facilité avec laquelle celles-ci peuvent être remplacées par une production nationale. L’exposition des ménages dépend des variations des prix des produits de base qu’ils consomment, et de la part des dépenses qu’ils leur consacrent. L’analyse réalisée sur la base de l’enquête auprès des ménages menée par le Costa Rica révèle que l’exposition des ménages dépend essentiellement du niveau de revenus et non du genre du chef de famille, en d’autres termes, que les habitudes de consommation varient en fonction des revenus des ménages plutôt que du genre du chef de famille.
Dans les quatre pays disposant de données sur les dépenses des ménages — Mexique, Chili, Pérou et Costa Rica — les ménages à faibles revenus consacrent une grande proportion de leurs dépenses aux produits de première nécessité, tels que l’alimentation, l’électricité, l’hygiène personnelle et, dans des cas fréquents, les services de transport. À l’opposé, les ménages situés dans les déciles supérieurs de la distribution des revenus consacrent de manière générale une part relativement importante de leurs dépenses aux produits manufacturés durables et semi-durables et aux services. L’augmentation des droits de douane de 25 % entraine une hausse des prix des produits manufacturés supérieure à celle des produits d’autres secteurs, en particulier ceux des produits manufacturés sophistiqués, tels que les biens électroniques et les véhicules automobiles, ceux-ci étant de manière générale importés. L’offre de produits agricoles et alimentaires ayant pour sa part un caractère national, les hausses des prix de ces produits ne sont pas aussi prononcées. Le marché des services consommés par les ménages et l’industrie est national ; ces services sont par conséquent moins concernés que les produits manufacturés par la forte augmentation des droits de douane.
La perte du pouvoir d’achat due à la hausse des droits de douane varie en fonction du niveau de revenus des ménages. Mesurée au moyen d’une approche reposant sur les dépenses, la perte de pouvoir d’achat des ménages à revenus élevés est légèrement supérieure (différence égale ou inférieure à 1.6 point de pourcentage) en raison de la hausse des prix des produits manufacturés tels que les véhicules automobiles et les biens électroniques, ainsi que des services de voyage comme les transports aériens et l’hébergement, dont ils sont les principaux consommateurs. Toutefois, lorsque la perte de pouvoir d’achat est mesurée sur la base de la proportion que représentent les dépenses dans les revenus, les ménages à faibles revenus sont exposés plus négativement à la hausse des prix entrainée par les droits de douane. Les ménages les plus fortunés dépensent une petite part de leurs revenus, tandis que les plus modestes dépensent plus de 100 %. La perte de pouvoir d’achat subie par les ménages à faibles revenus est par conséquent deux fois, parfois plus, supérieure à celle des ménages situés dans les déciles supérieurs, ce qui accroît les inégalités lorsque le pouvoir d’achat est mesuré au moyen d’une approche reposant sur les revenus.
Au Costa Rica, le seul pays disposant de données par genre sur les dépenses et les revenus des ménages, les habitudes de consommation des ménages matrifocaux sont similaires à celles des ménages dirigés par des hommes dans tous les déciles de revenus. Si les deux types de ménages appartenant aux déciles inférieurs consacrent une plus grande part de leurs revenus aux biens de première nécessité comme l’alimentation et les transports, les ménages à revenus élevés ont des dépenses discrétionnaires plus importantes. S’il existe des différences entre les ménages matriarcaux et patriarcaux au niveau de la part des dépenses allouées à des catégories spécifiques, telles que l’hygiène personnelle, les véhicules automobiles et leur entretien et l’approvisionnement en eau, ces écarts sont mineurs par rapport à l’impact global exercé par les revenus. La perte de pouvoir d’achat due à l’augmentation des droits de douane est par conséquent pratiquement la même pour les deux types de ménages.
Elle est moins prononcée, mais reste négative lorsqu’elle est calculée au moyen d’une approche reposant sur les revenus. Au Costa Rica, les ménages à faibles revenus, qu’ils soient dirigés par des hommes ou par des femmes, dépensent une plus grande proportion de leurs revenus et subissent par conséquent un recul de leur pouvoir d’achat trois fois plus prononcé que les ménages à revenus élevés.
Toutefois, lorsque le changement de politique commerciale a des répercussions disproportionnées sur les secteurs sur lesquels se porte davantage la consommation des femmes, tels que l’hygiène personnelle ou les services de transport, l’issue peut être différente. Si les prix variaient davantage dans les secteurs où les habitudes de consommation divergent en fonction du genre du chef de famille, les répercussions sur le pouvoir d’achat des ménages pourraient être différentes selon le genre du chef de famille. En outre, dans les pays où le genre du chef de famille influe sur la composition des ménages ou sur leurs habitudes de consommation, l’exposition aux variations des prix dues au commerce pourrait elle aussi varier en fonction du genre.
Références
[10] Aguiar, A. et al. (2022), « The Global Trade Analysis Project (GTAP) Data Base: Version 11 », Journal of Global Economic Analysis, vol. 7/2, pp. 1-37, https://doi.org/10.21642/jgea.070201af.
[13] Benz, S. et F. Gonzales (2019), « Intra-EEA STRI Database: Methodology and Results », Documents de travail de l’OCDE sur la politique commerciale, n° 223, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/2aac6d21-en.
[15] Benz, S. et A. Jaax (2022), « The costs of regulatory barriers to trade in services: New estimates of ad valorem tariff equivalents », Economics Letters, vol. 212, p. 110057, https://doi.org/10.1016/j.econlet.2021.110057.
[14] Benz, S. et A. Jaax (2020), « The costs of regulatory barriers to trade in services : New estimates of ad valorem tariff equivalents », Documents de travail de l’OCDE sur la politique commerciale, n° 238, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/bae97f98-en.
[5] Berniell, I., R. Fernandez et S. Krutikova (2024), « « Gender inequality in Latin America and the Caribbean », NBER Working Paper w32104. », https://www.nber.org/system/files/working_papers/w32104/w32104.pdf.
[11] Cadot, O., J. Gourdon et F. van Tongeren (2018), « Estimating Ad Valorem Equivalents of Non-Tariff Measures : Combining Price-Based and Quantity-Based Approaches », Documents de travail de l’OCDE sur la politique commerciale, n° 215, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/f3cd5bdc-en.
[12] Gourdon, J., S. Stone et F. van Tongeren (2020), « Non-tariff measures in agriculture », OECD Food, Agriculture and Fisheries Papers, n° 147, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/81933f03-en.
[18] Instituto Nacional de Estadística y Censos (2018), Instructivo para el personal entrevistador: Encuesta Nacional de Ingresos y Gastos de los Hogares (ENIGH), 2018-2019, https://sistemas.inec.cr/pad5/index.php/catalog/244/download/2794.
[8] Liu, C., A. Esteve et R. Treviño (2017), « Female-Headed Households and Living Conditions in Latin America », World Development, vol. 90, pp. 311-328, https://doi.org/10.1016/j.worlddev.2016.10.008.
[1] Luu, N. et al. (2020), « Mapping trade to household budget survey : A conversion framework for assessing the distributional impact of trade policies », Documents de travail de l’OCDE sur la politique commerciale, n° 244, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/5fc6181b-en.
[9] McDonald, S. et K. Thierfelder (2013), Globe v2: A SAM Based Global CGE Model using GTAP Data, Model Documentation, http://cgemod.org.uk/Global%20CGE%20Model%20v2.pdf.
[2] OCDE (2023), « METRO v4 Model Documentation”, TAD/TC/WP/RD(2023)1/FINAL., https://one.oecd.org/document/TAD/TC/WP/RD(2023)1/FINAL/en/.
[6] OCDE (2022), Trade and Gender Review of New Zealand, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/923576ea-en.
[4] OCDE (2019), « Tackling Vulnerability in the Informal Economy », https://www.oecd.org/en/publications/tackling-vulnerability-in-the-informal-economy_939b7bcd-en.html.
[16] OCDE (2018), Trade Facilitation and the Global Economy, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/9789264277571-en.
[17] OCDE/KIPF (2014), The Distributional Effects of Consumption Taxes in OECD Countries, Études de politique fiscale de l’OCDE, n° 22, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/9789264224520-en.
[3] OIT (2019), « Women and Men in the Informal Economy: A Statistical Brief », https://www.ilo.org/sites/default/files/wcmsp5/groups/public/%40ed_protect/%40protrav/%40travail/documents/publication/wcms_711798.pdf.
[7] Saad, G. et al. (2022), « Paving the way to understanding female-headed households: Variation in household composition across 103 low- and middle-income countries », Journal of Global Health, http://10.7189%2Fjogh.12.04038.
Annexe 4.A. Informations générales relatives aux répercussions du commerce sur la consommation
Copier le lien de Annexe 4.A. Informations générales relatives aux répercussions du commerce sur la consommationTableau 4.A.1. Informations sur les enquêtes auprès des ménages
Copier le lien de Tableau 4.A.1. Informations sur les enquêtes auprès des ménages|
Intitulé de l’enquête |
Classification des produits** |
|
|---|---|---|
|
Costa Rica* |
Enquête nationale sur les revenus et les dépenses des ménages, ENIGH, 2018 Données publiées en 2020 (enquête menée en 2018) |
COICOP 1999, niveau à 4 chiffres |
|
Mexique |
Encuesta Nacional de Ingresos y Gastos de los Hogares (ENIGH) 2022 Données publiées en 2023 (enquête menée en 2022) Données extraites de tableaux établis sur la base de l’enquête auprès des ménages disponible sur le site internet du gouvernement. Les informations sur les dépenses par décile de revenus sont extraites de « Hogares por la composición de los grandes rubros del gasto corriente monetario trimestral según deciles de hogares; de acuerdo con su ingreso corriente total trimestral (Miles de pesos*) » Revenu total par décile extrait de « Hogares Y Su Ingreso Corriente Total Trimestral Por Deciles De Hogares; Según Tamaño De Localidad Y Su Coeficiente De Gini (Miles de pesos*) » |
La classification mexicaine n’utilise pas la COICO 1999, les données ont été rapprochées manuellement sur la base de la description des produits. |
|
Pérou |
Encuesta Nacional De Hogares 2022 Données publiées en 2023 (enquête menée en 2022) |
L’enquête INEI et la direction nationale du recensement ont fourni des données avec la classification COICOP 1999 (10 chiffres) |
|
Chili |
VIII Encuesta de Presupuestos Familiares (EPF) Données publiées en 2018 (enquête auprès des ménages menée en 2016-2017) Données extraites de tableaux établis sur la base de l’enquête auprès des ménages disponible sur le site internet du gouvernement : https://www.ine.gob.cl/estadisticas/sociales/ingresos-y-gastos/encuesta-de-presupuestos-familiares Les informations sur les dépenses par quintile de revenus sont extraites de « Cuadro 7a ; Gasto Promedio Mensual Por Hogar, Según Producto Y Quintil De Hogares Ordenados De Acuerdo Al Ingreso Disponible Promedio Mensual Del Hogar ». Total Capitales Regionales (Excluye Arriendo Imputado)” Le revenu total par quintile est extrait de « “Cuadro 3a ». Hogares, Personas, Gasto E Ingreso Disponible Promedio Mensual Del Hogar Y Per Cápita, Según Quintil De Hogares Ordenados De Acuerdo Al Ingreso Disponible Promedio Mensual Del Hogar. Total Capitales Regionales (Excluye Arriendo Imputado)” |
COICOP 1999, niveau à 4 chiffres |
Note : * Le genre du chef de famille n’est disponible que pour le Costa Rica. ** Même lorsque les enquêtes se réfèrent à la classification COICOP 1999, l’adéquation n’était pas parfaite entre le code produit figurant dans les enquêtes auprès des ménages et le tableau de correspondance utilisé pour rapprocher les produits de la COICOP des secteurs du modèle. Dans ces cas, le code COICOP des enquêtes a été réaligné sur la base du bon sens. Pour consulter la liste intégrale des codes de classification de la COICOP 1999, voir https://unstats.un.org/unsd/classifications/Econ/Download/In%20Text/COFOG_english_structure.txt.
Source : Calcul des auteurs.
Graphique 4.A.1. Les droits de douane pratiqués par les pays d’Amérique latine varient en termes d’ampleur et de portée
Copier le lien de Graphique 4.A.1. Les droits de douane pratiqués par les pays d’Amérique latine varient en termes d’ampleur et de portéeNote : Les pays sont classés selon la moyenne globale des droits de douane qu’ils pratiquent. Moyenne pondérée par les échanges. Les boîtes représentent les intervalles interquartiles. Les cercles au-dessus des boîtes sont considérés comme des valeurs aberrantes. Les traits orange représentent les moyennes pondérées par les échanges des droits de douane ad valorem. Les droits de douane spécifiques, qui figurent dans la base de données du modèle, n’apparaissent pas. Ils ne sont pas non plus pris en compte dans l’analyse.
Source : Base de données du modèle METRO, année de référence 2017.
La source de la protection tarifaire appliquée dans la base de données du GTAP (et par conséquent dans le modèle METRO), dont l’année de référence est 2017, est la base de données de Market Access Map produite par l’International Trade Centre. Le taux tarifaire est agrégé à partir du niveau à six chiffres du Système harmonisé (SH) vers le niveau sectoriel du GTAP en utilisant la moyenne pondérée par les échanges sur la base des importations moyennes sur trois ans et de la concordance entre niveau à six chiffres du SH et le GTAP16.
Si l’on compare les derniers profils tarifaires de l’OMC (2024)17 et les taux tarifaires les plus récents (2022) du système WITS 18 avec les tarifs contenus dans la base de données du modèle, on ne constate que des différences minimes au niveau des moyennes pondérées dans chaque région (de l’ordre de 3 points de pourcentage). Ce constat ne vaut pas pour le Chili, dont les tarifs moyens sont proches de zéro dans la base de données du modèle et s’élèvent à 6 % dans le portail des droits de douane de l’OMC. Les tarifs contenus dans la base de données du modèle sont, en moyenne, inférieurs aux tarifs les plus récents (2022) qui apparaissent dans le système WITS, et ce, pour toutes les régions examinées, à l’exception du Brésil et dans une certaine mesure du Costa Rica. Les droits de douane moyens affichés dans le portail de l’OMC étant toujours relativement bas, le choc engendré par l’augmentation des tarifs à 25 % est similaire à celui calculé sur la base des taux tarifaires les plus récents. Son amplitude est toutefois légèrement moindre, compte tenu du fait que ces taux sont supérieurs à ceux figurant dans la base de données du modèle.
Au niveau sectoriel, depuis 2017, les droits de douane ont augmenté davantage dans le secteur agroalimentaire que dans les secteurs manufacturiers au Brésil. Ces derniers y ont enregistré une diminution des taxes douanières moyennes, que connaissent également l’Argentine, la Colombie et le Mexique. Les droits de douane sur les importations de produits laitiers et de produits carnés, en particulier, ont pour leur part enregistré de fortes hausses dans ces régions. Au Mexique, les droits de douane sur les importations de céréales et de fruits et légumes s’élevaient à 1 % ou moins en 2017, mais étaient passés à 6.7 % (blé) et 16.5 % (fruits et légumes) en 2022. Dans les régions restantes, les taux tarifaires appliqués depuis 2017 par le Costa Rica, le Pérou et le Chili dans l’ensemble des secteurs sont restés soit faibles, soit homogènes.
Tableau 4.A.2. Augmentation moyenne des prix à la consommation et choc des droits de douane
Copier le lien de Tableau 4.A.2. Augmentation moyenne des prix à la consommation et choc des droits de douane|
|
ARG |
BRA |
COL |
CRI |
MEX |
PER |
CHL |
|||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
|
Prix (%) |
Droit de douane (point %) |
Prix (%) |
Droit de douane (point %) |
Prix (%) |
Droit de douane (point %) |
Prix (%) |
Droit de douane (point %) |
Prix (%) |
Droit de douane (point %) |
Prix (%) |
Droit de douane (point %) |
Prix (%) |
Droit de douane (point %) |
|
|
Agroalimentaire |
7.0 |
15.2 |
7.3 |
12.9 |
10.1 |
21.7 |
10.5 |
21.2 |
6.6 |
23.6 |
10.6 |
24.9 |
10.3 |
24.7 |
|
Agriculture |
5.2 |
20.5 |
6.1 |
12.3 |
7.6 |
20.5 |
9.5 |
22.8 |
7.3 |
24.6 |
7.0 |
25.0 |
7.1 |
24.7 |
|
Produits alimentaires |
7.2 |
10.1 |
7.8 |
13.2 |
10.9 |
22.4 |
10.7 |
20.4 |
6.5 |
22.9 |
11.9 |
24.8 |
10.8 |
24.7 |
|
Extraction |
18.1 |
22.0 |
10.4 |
24.9 |
4.4 |
24.1 |
6.9 |
24.6 |
20.2 |
25.0 |
7.1 |
25.0 |
15.1 |
24.4 |
|
Industrie manufacturière |
8.0 |
8.9 |
8.9 |
14.6 |
13.4 |
20.9 |
18.8 |
23.9 |
12.3 |
24.0 |
13.8 |
24.1 |
18.2 |
24.7 |
|
Activités manufacturières de base |
7.9 |
11.5 |
8.6 |
16.6 |
12.8 |
21.6 |
18.0 |
23.7 |
10.7 |
23.8 |
13.5 |
23.8 |
17.2 |
24.6 |
|
Activités manufacturières avancées |
8.2 |
7.1 |
9.3 |
12.3 |
15.5 |
20.0 |
20.2 |
24.1 |
14.5 |
24.1 |
14.9 |
24.5 |
19.3 |
24.8 |
|
Services |
8.1 |
24.0 |
8.1 |
24.6 |
11.1 |
25.0 |
9.7 |
25.0 |
5.4 |
25.0 |
12.7 |
25.0 |
8.3 |
25.0 |
|
Logement |
5.9 |
0.0 |
6.5 |
0.0 |
9.3 |
0.0 |
4.6 |
0.0 |
8.2 |
0.0 |
10.0 |
0.0 |
3.6 |
0.0 |
|
Total |
7.5 |
13.6 |
7.9 |
17.7 |
11.0 |
22.0 |
10.5 |
23.8 |
6.8 |
24.1 |
12.4 |
24.4 |
9.8 |
24.7 |
Note : Le présent tableau contient les moyennes pondérées des changements en pourcentage des prix à la consommation en valeur absolue. Variation moyenne des prix à la consommation pondérée par le volume de consommation. Hausse moyenne en points de pourcentage des droits de douane pondérée par les volumes d’importations.
Source : Modèle METRO.
Annexe 4.B. Le modèle METRO de l’OCDE
Copier le lien de Annexe 4.B. Le modèle METRO de l’OCDELe modèle METRO (OCDE, 2023[2]) est un modèle d’équilibre général calculable multisectoriel et multirégional, qui repose sur le modèle GLOBE (McDonald et Thierfelder, 2013[9]). Il permet de suivre les interdépendances internationales dans un cadre théorique et empirique cohérent, et intègre les principales caractéristiques de la participation aux CVM telles que les échanges de produits intermédiaires et finals et les concepts des échanges en valeur ajoutée (TiVA).
Il consiste en un réseau d’économies individuelles reliées entre elles par les échanges, et en un système tarifaire axé sur les variations relatives des prix, ce qui est courant dans les modèle d’équilibre général calculable. Chaque région a son propre numéraire, généralement l’indice des prix à la consommation, et un taux de change nominal (un indice des taux de change des régions de référence sert de numéraire au modèle). Les prix entre les régions changent par rapport à la région de référence.
La base de données repose sur les données de la version 11 de la base de données du GTAP (Aguiar et al., 2022[10]), associées aux Tableaux internationaux d’entrées-sorties de l’OCDE, à la base de données COMTRADE et à la base de données sur les échanges bilatéraux de biens par industrie et catégorie d’utilisation finale, et classe les échanges par utilisation finale. Elle englobe 160 pays et régions et 65 secteurs. Les informations qui y sont recensées ont notamment trait aux droits de douane et aux taxes (GTAP), aux estimations de l’OCDE des mesures non tarifaires sur les biens (Cadot, Gourdon et van Tongeren, 2018[11]) ; (Gourdon, Stone et van Tongeren, 2020[12]), aux services (Benz et Gonzales, 2019[13]) ; (Benz et Jaax, 2020[14]) ; (Benz et Jaax, 2022[15]) ; à la facilitation des échanges (OCDE, 2018[16]) et aux mesures de restriction des exportations.
Aux fins de la présente analyse, la base de données a été agrégée en 15 régions et 65 secteurs19. Par ailleurs, le capital et le travail sont fixes par hypothèse, et les facteurs sont mobiles entre industries mais pas entre économies. Tous les facteurs sont pleinement utilisés et les rendements de la terre et du capital, ainsi que les taux de salaire, sont flexibles. Les taux d’imposition sont fixes. Les gouvernements ajustent leurs dépenses afin de maintenir leur situation budgétaire antérieure à la simulation. La balance commerciale est fixe, et les taux de change flexibles. Les investissements sont tirés par l’épargne.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. Ce cadre a également été utilisé dans la publication Trade and Gender Review of New Zealand (OCDE, 2022[6]).
← 2. L’annexe 4.B contient des informations plus détaillées sur le modèle, la base de données et l’analyse METRO.
← 3. Les droits de douane supérieurs à 25 % restent inchangés, de même que les tarifs douaniers en vigueur entre l’Argentine et le Brésil, pays du MERCOSUR.
← 4. La base de données du modèle est agrégée en 15 régions (Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Pérou, Costa Rica, Mexique, Canada, États‑Unis, Chine, Union européenne, reste de l’Europe, reste de l’Asie, reste de l’Amérique latine, reste du monde) mais conserve l’ensemble des 65 secteurs.
← 5. Des informations émanant d’enquêtes auprès des ménages sont disponibles pour quatre pays : Costa Rica, Mexique, Pérou et Chili. Pour plus d’informations sur les enquêtes menées auprès des ménages, voir le Tableau 4.A.1 en annexe. Seul le Costa Rica dispose de données relatives au genre du chef de famille.
← 6. Dans le modèle METRO, un ménage représentatif définit sa consommation de produits de base au moyen de la fonction d’utilité de Stone-Geary. Les ménages ont ainsi un niveau de consommation minimale de biens et services essentiels, dont ils fixent par la suite le volume sur la base de leurs préférences (constantes) et de leur revenu restant. Les variations de prix au sein du modèle tiennent compte des changements de revenus, mais les données tirées des enquêtes auprès des ménages relatives à la répartition des dépenses en fonction des caractéristiques démographiques des ménages sont statiques.
← 7. Les droits de douane appliqués contenus dans la base de données du GTAP proviennent de Market Access Map (MAcMap), un outil qui compile des mesures bilatérales des tarifs douaniers appliqués au niveau de la classification des produits à six chiffres du Système harmonisé, et qui tient compte des accords commerciaux et des préférences commerciales des régions. Les droits de douane sont agrégés au niveau sectoriel du GTAP à l’aide d’une moyenne pondérée par les échanges. Voir la documentation du GTAP pour plus d’informations : https://www.gtap.agecon.purdue.edu/uploads/resources/download/12097.pdf.
← 8. L’année de référence de la base de données du modèle est 2017. Voir l’Annexe 4.B pour une description de l’évolution des droits de douane entre l’année de référence et la période actuelle.
← 9. Dans le cadre du commerce international actuel, les droits de douane s’appliquent généralement à la circulation internationale des biens matériels. D’après la base de données du modèle, aucun droit de douane n’est appliqué aux échanges de services qui, dans le modèle, couvrent l’offre internationale de services et la consommation de services à l’étranger.
← 10. L’analyse suit l’approche de Luu et al (2020[1]), qui consiste à calculer la variation du pouvoir d'achat sur la base de l’approche de la variation compensatoire. Le pouvoir d'achat est calculé à la fois sur la base de la consommation d'un produit en tant que proportion des dépenses totales (à savoir, « approche reposant sur les dépenses ») et en tant que proportion des revenus d'un ménage (« approche reposant sur les revenus »).
← 11. Voir le Tableau 4.A.1 en annexe qui contient la liste des enquêtes auprès des ménages menées dans chaque pays.
← 12. Ces conclusions sont similaires à celles d’autres études portant sur les effets redistributifs des taxes menées à l’aide de la même approche. Luu et al. (2020[1]), OCDE (2022[6]), et OCDE/KIPF (2014[17]) ont conclu à des effets faibles et plutôt neutres sur la base des dépenses, et à des effets régressifs sur la base des revenus dans les pays de l’OCDE.
← 13. L’enquête menée auprès des ménages par le Costa Rica définit le chef de famille comme la personne principalement responsable de la prise de décision et dont la contribution aux ressources économiques du ménage est généralement, mais pas forcément, majoritaire. Dans certains ménages (tels que les groupes non familiaux), le chef de famille est la personne qui a le plus d’autorité, qui gère les aspects administratifs, qui habite le logement depuis le plus longtemps ou, en définitive, qui est la plus âgée. Une personne qui vit seule est la cheffe de famille (Instituto Nacional de Estadística y Censos, 2018[18]).
← 14. Conclusion établie sur la base du nombre de biens matériels détenus par un ménage, tels que le logement et ses aménagements, par rapport à la totalité des biens à l’échelle du pays.
← 15. Les ménages dirigés par des femmes appartenant au décile inférieur de la distribution des revenus n’ont pas acheté de voiture au cours de l’année où a été menée l’enquête.
← 18. La World Integrated Trade Solution (WITS) est une base de données sur les échanges et les droits de douane produite par la Banque mondiale en collaboration avec la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement et en consultation avec d’autres organisations intervenant dans le commerce international. L’année 2022 est l’année la plus récente pour laquelle on dispose de données sur les droits de douane.
← 19. Les spécifications des données du modèle sont disponibles auprès des auteurs sur demande. Pour obtenir une description détaillée des secteurs et de la couverture géographique de la version 11 du GTAP, voir : https://www.gtap.agecon.purdue.edu/databases/v11/v11_sectors.aspx et https://www.gtap.agecon.purdue.edu/databases/regions.aspx?Version=11.211.