Ce chapitre s’intéresse aux marchés mondiaux des oléagineux : il en décrit l’évolution puis présente des projections à moyen terme pour la période 2026-2035. Ces projections englobent la consommation, la production, les échanges et les prix pour le soja, les autres oléagineux, les tourteaux protéiques et l’huile végétale. Le chapitre s’achève par un examen des principaux risques et incertitudes susceptibles d’avoir une incidence sur les marchés mondiaux des oléagineux au cours de la prochaine décennie.
Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2026‑2035
3. Oléagineux et produits oléagineux
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3.1. Principaux éléments des projections
Copier le lien de 3.1. Principaux éléments des projectionsLa majorité des oléagineux et cultures oléagineuses (comme l’huile de palme) est traitée par trituration ou pressage pour produire des tourteaux protéiques et de l’huile végétale. La majeure partie de la production est utilisée sous forme de tourteaux protéiques pour nourrir les animaux, et une petite fraction non transformée sert également à leur alimentation. En poids, environ un quart de la production totale est directement destiné à la consommation humaine, principalement sous forme d’huile végétale. Dans l’industrie, l’huile végétale est principalement utilisée comme matière première pour produire du biodiesel.
L’utilisation de tourteaux protéiques pour nourrir les animaux subira les effets du ralentissement de la demande des principaux importateurs : en République populaire de Chine (ci-après la « Chine »), la consommation en alimentation animale devrait considérablement diminuer sous l’effet de l’amélioration de l’efficacité alimentaire et des actions engagées pour abaisser la part des tourteaux protéiques dans les rations alimentaires animales.
La demande mondiale d’huile végétale destinée à la consommation humaine devrait poursuivre sa forte progression, tirée principalement par la hausse du revenu disponible et la croissance démographique dans les pays à revenu intermédiaire et par l’augmentation de la population dans les pays à faible revenu.
L’utilisation industrielle de l’huile végétale pour produire du biodiesel, qui représente actuellement environ 18 % de la consommation mondiale d’huile végétale, devrait progresser à l’échelle planétaire, en particulier en Indonésie, au Brésil et aux États-Unis. Dans l’Union européenne, la demande de biodiesel devrait s’accroître à court terme, mais subir une contraction entre 2028 et 2035.
Les rendements de l’huile de palme et du colza s’amélioreront légèrement, inversant la tendance à la baisse observée lors de la dernière décennie dans les principales régions productrices. Les rendements du soja devraient continuer d’augmenter à moyen terme. Les superficies cultivées devraient également être en hausse et entraîner de ce fait un accroissement de la production d’oléagineux et d’huile végétale.
Les oléagineux et produits oléagineux figurent parmi les produits agricoles de base dont la part de la production échangée au niveau international est la plus élevée, du fait de la forte concentration géographique de l’offre et de la dispersion mondiale de la demande. Au cours de la période couverte par les Perspectives, plus de 37 % de la production mondiale de soja devrait faire l’objet d’échanges internationaux, tandis que les exportations d’huile végétale devraient représenter 32 % de la production mondiale. Cela s’explique en grande partie par la concentration géographique de la production : le soja est principalement produit dans les Amériques et l’huile de palme en Asie du Sud-Est.
Les prix de l’huile végétale et des tourteaux protéiques devraient connaître des évolutions différentes. En effet, ceux de l’huile végétale devraient rester relativement élevés en raison de la croissance soutenue de la demande. Ceux des tourteaux protéiques devraient quant à eux être plus atones du fait de l’évolution de la demande.
Les incertitudes relatives aux oléagineux et aux produits oléagineux concernent l’évolution des tendances de la demande ainsi que les chances de réussite des efforts visant à inverser les baisses de productivité. S’agissant de la demande de tourteaux protéiques, la Chine pourrait réduire au-delà de ce qui est actuellement prévu la part de tourteaux protéiques dans ses aliments pour animaux. Le redressement des rendements de l’huile de palme qui est attendu dans les principaux pays producteurs requiert d’importants investissements dans la replantation, lesquels sont eux-mêmes tributaires d’un soutien public durable. Toute réduction ou tout retard de versement des crédits budgétaires risquerait de ralentir ces investissements et pourrait réorienter la demande vers d’autres huiles végétales. Par ailleurs, les éventuelles évolutions du secteur du biodiesel ont une incidence directe sur les projections de la demande d’huile végétale.
3.2. Tendances actuelles du marché
Copier le lien de 3.2. Tendances actuelles du marchéLes prix nominaux des oléagineux et des tourteaux oléagineux ont fluctué dans une fourchette étroite, tandis que les prix mondiaux de l’huile végétale sont restés fermes
En 2025/26, les prix internationaux du soja sont restés contenus, du fait principalement de l’abondance des approvisionnements mondiaux. Les prix du colza ont également fluctué dans une fourchette restreinte en raison des bons résultats de la production en 2025. Dans le même temps, les cotations mondiales des tourteaux oléagineux leur ont pour une large part emboîté le pas, les approvisionnements mondiaux en tourteaux de soja étant suffisants pour répondre à la demande. Les prix internationaux des huiles végétales sont en revanche restés fermes et se sont récemment appréciés, soutenus par des fondamentaux tendus sur une période prolongée. La hausse des prix du pétrole brut a aussi contribué dans certains cas à soutenir la valeur des huiles végétales.
En 2025/26, la production mondiale de soja devrait rester proche de son niveau record de 430 millions de tonnes (Mt), grâce pour l’essentiel à son augmentation continue au Brésil, où des conditions de culture généralement propices se sont conjuguées avec une expansion constante des superficies. Après une reprise plus forte que prévu en 2025, l’expansion de la production mondiale d’huile de palme devrait ralentir en 2026, sous l’effet des assez modestes augmentations des rendements attendues en Indonésie et en Malaisie.
3.3. Projections relatives au marché
Copier le lien de 3.3. Projections relatives au marché3.3.1. Trituration d’oléagineux et production d’huiles végétales et de tourteaux protéiques
Ralentissement de la trituration d’oléagineux à l’échelle mondiale et croissance limitée de la production d’huile de palme
À l’échelle mondiale, l’essentiel (aux alentours de 90 %) de la production totale de soja et autres oléagineux est destiné à être transformé en tourteaux et en huile par un procédé de trituration. La demande de graines en vue de la trituration augmentera légèrement plus vite que celle de graines destinées à d’autres usages, tels que la consommation directe de soja (en remplacement des produits laitiers et de la viande, par exemple), d’arachides et de graines de tournesol dans le cadre de l’alimentation humaine.
L’implantation géographique des activités de trituration des oléagineux est principalement déterminée par les frais de transport, les politiques commerciales (droits de douane différents pour les oléagineux et les produits oléagineux, par exemple), la tolérance à l’égard des cultures transgéniques, les coûts de transformation (main-d’œuvre, énergie, etc.) et les infrastructures (installations de trituration, ports, routes, etc.).
La trituration du soja devrait augmenter de 57 Mt pendant la période couverte par les Perspectives, soit bien moins que les 97 Mt enregistrées pendant la décennie écoulée. Cette progression des activités de trituration du soja devrait concerner majoritairement l’Amérique latine, alors qu’au cours de la décennie écoulée, elle a été principalement observée en Chine. Au niveau mondial, la trituration des autres oléagineux devrait s’accroître au même rythme que la production au cours de la période couverte par les Perspectives, et être plus souvent effectuée dans le pays ou la région de production : en Chine pour le colza et les arachides, dans la Fédération de Russie (ci-après la « Russie ») pour les graines de tournesol et au Canada pour le colza.
La production mondiale de tourteaux protéiques issus de la trituration des oléagineux est dominée par le tourteau de soja, qui représente plus des deux tiers du total. Elle est par ailleurs concentrée dans un petit groupe de pays emmenés par la Chine, les États-Unis et le Brésil (Graphique 3.1). En Chine et dans l’Union européenne, la majeure partie des tourteaux protéiques produits le sont à partir de graines oléagineuses importées, principalement du soja provenant du Brésil et des États-Unis. Dans les autres grands pays producteurs – Argentine, Brésil, Inde et États-Unis – les tourteaux protéiques sont majoritairement issus de soja et d’autres oléagineux produits sur le marché intérieur.
La production mondiale d’huile végétale englobe la trituration d’oléagineux et la production des plantes oléagineuses pérennes, dont le palmier à huile. L’huile de coco et l’huile de coton complètent la gamme des huiles végétales. L’huile de palme et le palmiste sont des coproduits, et la trituration du palmiste permet d’obtenir de l’huile et des tourteaux de palmiste. L’huile de coco est produite principalement aux Philippines, en Indonésie et dans les îles océaniennes. L’huile de palmiste et l’huile de coco ont d’importants usages industriels, entrant par exemple dans la composition des savons, des détergents et des produits cosmétiques. La production d’huile de coton, qui est tirée des graines de coton, est concentrée en Chine, en Inde et au Brésil (chapitre 10).
Au cours des dix dernières années, la production mondiale d’huile de palme a dépassé celle des autres huiles végétales. La croissance de la production d’huile de palme au cours de la période couverte par les Perspectives devrait toutefois faiblir en raison de l’attention grandissante portée aux questions de durabilité et du vieillissement des palmiers à huile en Indonésie et en Malaisie, qui a des effets sur l’évolution des rendements. Ces pays représentent près du tiers de la production mondiale d’huile végétale et plus de 80 % de celle d’huile de palme.
Au niveau mondial, l’offre d’huile de palme devrait s’accroître de 1.4 % par an. Le durcissement des politiques environnementales dans les grands pays importateurs d’huile de palme (règlement de l’Union européenne sur la déforestation importée, par exemple) et les normes pour une agriculture durable devraient ralentir l’expansion des surfaces plantées en palmiers à huile en Indonésie et en Malaisie. Cela signifie que la croissance de la production devra de plus en plus venir de gains de productivité, et notamment de l’accélération des activités de replantation. La production d’huile de palme devrait progresser plus vite dans les autres pays, où elle part d’un niveau bas et alimente essentiellement les marchés intérieurs et régionaux. Ainsi, la Thaïlande devrait produire 4 Mt d’huile de palme à l’horizon 2035, la Colombie, 2.2 Mt, et le Nigéria, 1.9 Mt. La région Amérique latine et Caraïbes est celle qui connaît la plus forte croissance, et elle se classe au deuxième rang des principales régions productrices d’huile de palme au monde, avec une part d’environ 7.5 % de la production mondiale. Dans plusieurs pays d’Amérique centrale, une production de niche d’huile de palme se développe, assortie d’emblée de certifications de durabilité reconnues à l’échelle mondiale, ce qui place la région en bonne position pour bénéficier à terme de plus larges débouchés à l’exportation.
3.3.2. Consommation d’huile végétale
La demande par habitant d’huile végétale pour l’alimentation humaine ralentit à mesure que son utilisation pour produire du biodiesel prend de l’ampleur
L’huile végétale a deux utilisations principales : l’alimentation humaine (52 %) et la production de biodiesel (18 %). En alimentation humaine, une part considérable est utilisée comme huile de friture plutôt que pour une consommation directe. Les quantités d’huile de cuisson usagée ainsi produites peuvent servir de matière première pour produire du biodiesel. Les huiles végétales sont également employées dans la fabrication des cosmétiques, des vernis et, de plus en plus, dans les aliments pour animaux, en particulier dans le secteur aquacole.
La consommation par habitant d’huile végétale pour l’alimentation humaine devrait connaître une légère augmentation (0.1 %). La demande à des fins d’alimentation humaine s’accroît dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, alors qu’elle ralentit dans les pays à revenu élevé. Sur les marchés émergents tels que la Chine (25 kg/habitant) et le Brésil (21 kg/habitant), la consommation d’huile végétale pour l’alimentation humaine devrait atteindre des niveaux comparables à ceux observés dans les pays à revenu élevé (Graphique 3.2).
Deuxième consommateur et premier importateur d’huile végétale dans le monde, l’Inde devrait voir sa consommation alimentaire par habitant continuer de croître au rythme de 1.7 % par an pour atteindre 12 kg en 2035. Cette progression sera due aux importations d’huile végétale et à l’augmentation de la trituration des volumes accrus d’oléagineux produits dans le pays.
À mesure que l’urbanisation et le revenu disponible progressent dans les pays à faible revenu, les habitudes alimentaires et les structures traditionnelles des repas devraient évoluer pour faire une plus grande place à des aliments transformés contenant davantage d’huile végétale. Dans les pays les moins avancés, la demande par habitant d’huile végétale devrait augmenter pour atteindre 7 kg en 2035.
À l’échelle mondiale, l’utilisation d’huile végétale comme matière première pour produire du biodiesel devrait enregistrer une progression plus rapide (2.1 % par an) dans les dix prochaines années, après avoir augmenté de 7.0 % par an au cours de la décennie précédente à la faveur de l’entrée en vigueur de politiques de soutien aux biocarburants. L’utilisation d’huile végétale comme matière première pour produire du biodiesel est fonction du cadre réglementaire (chapitre 8) et de l’évolution des prix relatifs de l’huile végétale et du pétrole brut. De manière générale, les objectifs nationaux d’incorporation obligatoire de biodiesel devraient connaître une progression moins rapide que par le passé.
L’Indonésie et les États-Unis contribueront pour plus de 80 % à l’augmentation de l’utilisation d’huile végétale pour produire du biodiesel, leur production atteignant 22 Mt et 14 Mt, respectivement, à l’horizon 2035 grâce aux politiques nationales de soutien. Aux États-Unis, le diesel renouvelable, considéré comme un biocarburant avancé, devrait jouer un rôle dans la croissance de la production de biodiesel du pays.
Par ailleurs, l’utilisation d’huile végétale comme matière première pour produire du biodiesel au sein de l’Union européenne devrait refluer de 1.9 % par an du fait de la part accrue des huiles usagées, du suif et d’autres matières premières non destinées à l’alimentation animale ou humaine dans la production de biodiesel. À l’échelle mondiale, l’utilisation d’huiles végétales usagées et de suif comme matière première pour produire du biodiesel a connu un essor fulgurant ces dernières années et devrait continuer à se développer, mais leur part – qui a culminé à 25 % en 2024 – devrait diminuer au cours des 10 prochaines années.
3.3.3. Consommation de tourteaux protéiques
La demande d’aliments pour animaux ralentit, orientée par les évolutions en Chine
Environ 80 % de la production de soja est transformée en tourteaux protéiques, tandis que pour les autres oléagineux, cette part varie entre 50 % et 60 %. Les tourteaux protéiques sont presque exclusivement utilisés pour l’alimentation animale et leur consommation devrait continuer d’augmenter de 1.0 % par an, un rythme nettement inférieur à celui de la décennie écoulée (2.3 % par an).
L’utilisation de tourteaux dans l’alimentation animale est liée à la production animale, dont l’intensification induit une augmentation de la demande de tourteaux protéiques. L’amélioration de l’efficacité alimentaire entraîne en revanche une réduction des quantités d’aliments à forte valeur protéique par animal. La demande est également influencée par la composition et la taille du cheptel. Le lien entre production animale et consommation de tourteaux protéiques dépend du niveau de développement économique d’un pays (Graphique 3.3). Les pays à faible revenu, où l’élevage se pratique à l’échelle familiale ou artisanale, consomment moins de tourteaux protéiques que les économies à revenu élevé, qui ont pour la plupart recours à des systèmes d’élevage intensif. L’urbanisation rapide et la demande accrue de produits d’origine animale conduisent les pays à faible revenu à se tourner vers des modes de production qui font davantage appel aux aliments pour animaux. La consommation de tourteaux protéiques tend alors à croître plus rapidement que la production animale.
La Chine est à l’origine d’environ un quart de la demande mondiale de tourteaux protéiques, et elle influe de ce fait sur son orientation. L’augmentation de la demande chinoise d’aliments composés devrait connaître un net ralentissement par rapport à la décennie précédente, du fait du recul des taux de croissance de la production animale, notamment du secteur porcin, et de la part déjà importante de la production utilisant ce type d’aliment. En Chine, la part des tourteaux protéiques dans les aliments composés devrait se stabiliser après avoir bondi au cours de la décennie écoulée, mais rester supérieure à celle affichée actuellement par les États-Unis et l’Union européenne.
Aux États-Unis et au sein de l’Union européenne, où l’essentiel de la production animale s’appuie sur les aliments composés, la consommation de tourteaux protéiques devrait varier (augmenter ou diminuer) à un rythme semblable à celui de la production animale. Dans l’Union européenne, les produits d’origine animale, principalement la volaille et les produits laitiers, sont de plus en plus souvent certifiés par les grandes chaînes de distribution comme ayant été obtenus sans utilisation d’aliments pour animaux issus de cultures transgéniques, ce qui fait également baisser la demande de tourteaux de soja. Aux États-Unis et au sein de l’Union européenne, où l’essentiel de la production animale s’appuie sur les aliments composés, la consommation de tourteaux protéiques devrait varier à un rythme semblable à celui de la production animale, c’est-à-dire augmenter aux États-Unis et diminuer dans l’Union européenne.
3.3.4. Production d’oléagineux
Des défis subsistent pour la croissance des rendements de l’huile de palme et du colza
La production de soja devrait croître de 0.9 % par an, contre 2.3 % par an au cours de la dernière décennie. La croissance de la production découlera pour 70 % de l’augmentation des rendements. Le soja présente l’avantage d’être une culture à croissance rapide, ce qui permet de pratiquer une double culture, surtout en Amérique latine. Ainsi, la superficie supplémentaire récoltée résultera pour une bonne part de la culture séquentielle de soja et de blé en Argentine, et de soja et de maïs au Brésil.
Le Brésil, premier producteur de soja, devrait voir sa production progresser de 0.7 % par an au cours de la prochaine décennie, grâce à la double culture du soja et du maïs. Cette croissance sera légèrement plus rapide qu’aux États‑Unis, deuxième producteur mondial, où elle s’établira à 0.5 % par an. La production de soja devrait continuer de croître fortement dans les autres pays d’Amérique latine : l’Argentine et le Paraguay produiront respectivement 56 Mt et 13 Mt de soja à l’horizon 2035. En Chine, cette production poursuivra son essor du fait de la diminution du soutien des pouvoirs publics à la culture de céréales, mais à un rythme plus lent que pendant la décennie écoulée (3.9 % par an contre 4.6 % par an). La production de soja devrait également être en hausse au Canada, en Inde, en Russie et en Ukraine.
La production d’autres oléagineux (colza, tournesol et arachide) poursuivra sa progression au rythme de 1.0 % par an, contre 2.3 % par an au cours des dix dernières années. Les plus grands producteurs d’autres oléagineux sont la Chine (colza et arachide principalement) et l’Union européenne (colza et tournesol surtout). Leur production annuelle devrait se monter à 43 Mt et 28 Mt respectivement en 2035. La Russie et l’Ukraine, grands producteurs de colza et principaux producteurs de tournesol, devraient porter leur production annuelle d’autres oléagineux à 26 Mt et 19 Mt, respectivement, d’ici à 2035. Le Canada, premier exportateur de colza, devrait voir sa production d’autres oléagineux augmenter de 0.8 % par an pour atteindre 22 Mt à l’horizon 2035.
Au cours des vingt dernières années, les superficies récoltées en soja, en autres oléagineux et en huile de palme ont augmenté plus rapidement que les superficies céréalières (Graphique 3.4). Cet accroissement a exercé une pression sur les autres utilisations des terres et sur les ressources environnementales. Dans le cas du soja en Amérique latine, une large part de l’expansion de la superficie récoltée est attribuable au développement de la double culture du soja et du maïs ou du blé. Dans les dix prochaines années, les superficies récoltées en soja, en autres oléagineux et en huile de palme ne devraient s’accroître que de manière limitée.
Les stocks de soja ne devraient pas varier dans la décennie à venir, de sorte que le ratio stocks/consommation devrait s’établir aux alentours de 15 % en 2035, niveau légèrement plus élevé qu’au cours des dix années écoulées. Il s’ensuit une marge de sécurité un peu plus importante et une moindre volatilité des prix en cas de mauvaises récoltes.
3.3.5. Échanges
Les échanges d’oléagineux et de produits oléagineux sont importants, mais ralentissent
Au cours de la période de référence, plus de 40 % de la production mondiale de soja a fait l’objet d’échanges internationaux, ce qui constitue une part importante par rapport aux autres produits agricoles. Le développement des échanges mondiaux de soja est étroitement lié à la tendance à la hausse de la trituration du soja. En Chine, les volumes de trituration et d’importation de soja devraient nettement diminuer par rapport à la dernière décennie. La Chine compte pour environ 56 % des importations mondiales, ce qui représenterait 98 Mt à l’horizon 2035, soit une croissance en baisse par rapport aux 3 % par an de la période 2016-2025.
Les exportations de soja proviennent principalement du Brésil et des États-Unis. Le Brésil est le premier exportateur mondial de soja, avec des capacités d’exportation qui augmentent régulièrement. Il devrait contribuer pour 61 % aux exportations mondiales de soja à l’horizon 2035 (Graphique 3.5).
En ce qui concerne les autres oléagineux, la part de la production mondiale entrant dans les échanges internationaux reste nettement plus faible, à environ 12 %, dans la mesure où les deux premiers producteurs que sont la Chine et l’Union européenne sont des importateurs nets. Les principaux pays exportateurs, à savoir le Canada, l’Australie et l’Ukraine, devraient être à l’origine de 69 % des exportations mondiales en 2035.
Les exportations d’huile végétale, qui s’élèvent à 33 % de la production mondiale, restent dominées par un nombre restreint de pays, essentiellement l’Indonésie et la Malaisie, qui représentent environ la moitié du total de ces exportations. Toutefois, la part de la production exportée par l’Indonésie devrait diminuer en raison de l’augmentation prévue de la demande intérieure d’huile végétale pour l’alimentation, l’oléochimie et surtout la production de biodiesel. L’Inde devrait continuer d’accroître fortement ses importations – de 1.4 % par an – afin de satisfaire une demande en hausse du fait de la croissance démographique, de l’urbanisation et de l’augmentation du revenu disponible. Ces importations devraient ainsi atteindre 21 Mt en 2035. Parallèlement, les autorités indiennes privilégient de plus en plus le développement des capacités agricoles nationales, notamment au travers d’efforts visant à améliorer les pratiques agricoles, à renforcer les services de soutien aux producteurs et à créer des conditions propices à une production nationale plus robuste et résiliente.
Les échanges mondiaux de tourteaux protéiques devraient croître au rythme de 1.3 % par an pendant la période couverte par les Perspectives. Clairement tournée vers l’exportation, l’Argentine devrait conserver son rang de principal exportateur de tourteaux, devant le Brésil et les États-Unis. L’Union européenne est le plus gros importateur de tourteaux protéiques, mais ses importations devraient continuer à diminuer en raison du recul de la demande intérieure. La majorité (80 %) de la hausse des importations mondiales de tourteaux protéiques devrait avoir lieu en Asie, en particulier en Asie du Sud-Est, où la production animale s’accroît. Les capacités de trituration des pays d’Asie ne pourront vraisemblablement pas répondre à la hausse de la demande, de sorte que le secteur de l’élevage devra avoir recours à l’importation d’aliments pour animaux.
3.3.6. Prix
Les prix réels resteront sous pression ces dix prochaines années
Les prix des oléagineux et des produits oléagineux devraient légèrement augmenter en valeur nominale, mais baisser en valeur réelle, conformément à la tendance à long terme qui caractérise les prix des produits agricoles (Graphique 3.6). La demande d’huiles végétales devrait être légèrement supérieure à celle de tourteaux protéiques. L’écart de prix entre ces produits devrait refléter cette situation et rester stable. Les hausses attendues de la demande d’huile végétale favoriseront également l’augmentation des prix d’autres oléagineux par rapport à ceux du soja, étant donné leur teneur plus élevée en huile végétale.
3.4. Risque’s et incertitudes
Copier le lien de 3.4. Risque’s et incertitudesLes préoccupations environnementales influent sur les chaînes d’approvisionnement mondiales en oléagineux
La part de la production de soja et d’huiles végétales faisant l’objet d’échanges internationaux est bien plus élevée que pour les autres produits agricoles de base (environ 37 % et 33 %, respectivement, en 2035) ; ces produits seront donc probablement plus affectés par d’éventuelles modifications des régimes commerciaux. D’une part, il pourrait en résulter une réorientation des courants d’échanges en raison de conditions commerciales plus favorables dans le cadre d’accords bilatéraux ou du fait de frictions ou restrictions commerciales. D’autre part, la prise en compte des considérations environnementales dans la réglementation commerciale pourrait influer sur les échanges mondiaux d’oléagineux et de produits oléagineux. L’huile de palme et le soja sont souvent mentionnés lorsque la question du lien entre agriculture et déforestation est abordée. Ces deux produits font partie des produits en cause recensés dans le Règlement de 2023 de l’Union européenne sur la déforestation (Règlement [UE] 2023/1115) aux côtés des bovins, du cacao, du café, du caoutchouc et du bois. Les répercussions sur les échanges mondiaux de soja et d’huile de palme restent incertaines, mais pourraient affecter les marchés mondiaux des oléagineux et produits oléagineux. Dans les pays producteurs, plusieurs mesures visant à répondre aux préoccupations liées à la déforestation, dont la certification de production « zéro déforestation », ont été mises en œuvre et prennent une importance accrue dans le domaine des échanges.
Les rendements des principaux producteurs d’huile de palme et de certains importants fournisseurs de colza ont légèrement diminué ou augmenté légèrement au cours de la décennie écoulée (Graphique 3.7). Plusieurs facteurs expliquent cette évolution : la hausse sensible de la superficie de production, qui a entraîné l’utilisation de terres moins propices à la culture et donc une baisse des rendements moyens ; le vieillissement des palmiers à huile et les pénuries de main-d’œuvre, qui ont fait diminuer les rendements ; les restrictions d’utilisation des pesticides, qui ont nui aux rendements moyens du colza dans l’Union européenne ; ainsi que l’évolution des conditions météorologiques. L’incertitude demeure sur la manière dont ces facteurs évolueront au cours de la prochaine décennie.
Le redressement des rendements de l’huile de palme en Indonésie demeure largement subordonné à un considérable effort de replantation, qui est lui-même tributaire du soutien public. Toute réduction ou tout retard des financements publics risquerait de ralentir ces investissements et pourrait réorienter la demande vers d’autres huiles végétales. Dans le même temps, les prix élevés des huiles végétales pourraient modérer la croissance de la consommation par habitant et contribuer ce faisant à contenir l’expansion de leur utilisation.
Les préoccupations liées à la durabilité pèseront également sur le développement de la production d’huile de palme, étant donné que, dans les pays développés, la demande privilégie les huiles végétales produites sans déforestation et certifiées durables, que ce soit pour produire du biodiesel ou, de plus en plus, pour l’alimentation humaine. Cependant, les systèmes de certification concurrents appliqués en Indonésie et en Malaisie sont une source d’inquiétude.
Les politiques relatives aux biocarburants suivies aux États-Unis, dans l’Union européenne et en Indonésie, les trois principaux producteurs de biodiesel, demeurent une importante source d’incertitude pour le secteur mondial de l’huile végétale. En Indonésie, l’obligation d’incorporation de 50 % de biodiesel proposée a peu de chances d’être respectée, étant donné les subventions publiques qu’elle nécessiterait et les contraintes qu’elle risquerait d’exercer sur l’offre à moyen terme. Aux États-Unis, le gazole renouvelable bénéficie actuellement d’un soutien important dans certains États (p. ex., en Californie) qui affichent des taux de croissance de la production soutenus. Au sein de l’Union européenne, les réformes, le recul de l’utilisation globale de gazole et l’émergence des biocarburants de deuxième génération permettront probablement de ne plus recourir aux matières premières issues des cultures, et en particulier aux huiles végétales. À l’échelle mondiale, l’investissement dans les carburants d’aviation durables et les véhicules électriques et leur diffusion détermineront de manière décisive les tendances en matière de biocarburants dans la prochaine décennie (chapitre 8). Les carburants d’aviation durables devraient représenter une part non négligeable des biocarburants, mais il reste difficile de prédire quand ils commenceront à être utilisés.
La demande de soja et de tourteaux protéiques de la Chine dépend pour une large part de l’évolution de son secteur de la production animale. Des incertitudes persisteront au cours de la prochaine décennie, compte tenu des risques qui pèsent sur le marché de la viande, tels que les flambées de maladies animales. Par ailleurs, l’évolution des préférences des consommateurs pourrait réorienter la demande vers d’autres sources de protéines que celles d’origine animale, ce qui entraînerait une réduction de la demande de certains types d’aliments pour animaux, dont les tourteaux protéiques. Les tourteaux protéiques se trouvent en outre en concurrence avec d’autres ingrédients dans la production d’aliments composés. Une modification des prix des céréales déclenchera par conséquent un réajustement des proportions des ingrédients des aliments composés, qui pourrait avoir des conséquences pour la demande de tourteaux protéiques.