Ce chapitre s’intéresse aux marchés mondiaux des produits laitiers : il en décrit l’évolution puis présente des projections à moyen terme pour la période 2026-2035. Il passe en revue les évolutions attendues, en matière de consommation, de production, d’échanges et de prix, pour le lait, les produits laitiers frais, le beurre, le fromage, le lait écrémé en poudre et le lait entier en poudre. Il s’achève par un examen des risques et incertitudes notables susceptibles d’avoir une incidence sur les marchés mondiaux des produits laitiers durant les dix prochaines années.
Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2026‑2035
6. Lait et produits laitiers
Copier le lien de 6. Lait et produits laitiersDescription
6.1. Principaux éléments des projections
Copier le lien de 6.1. Principaux éléments des projectionsLes produits laitiers continuent d’être très appréciés des consommateurs, qui les considèrent comme une composante essentielle d’un régime alimentaire sain, équilibré et nutritif. Les revenus et la population augmentant, les volumes de produits laitiers consommés dans le monde sont appelés à s’amplifier à moyen terme.
L’Asie, et en particulier l’Inde et le Pakistan, restera la région enregistrant la plus forte hausse de la consommation de produits laitiers frais. De nouvelles augmentations sont prévues en Europe et en Amérique du Nord, où la consommation de fromage est déjà élevée.
La production mondiale de lait devrait continuer de croître régulièrement, principalement en raison de l’amélioration des rendements par animal. La production mondiale de lait (constituée à environ 81 % de lait de vache, à 16 % de lait de bufflonne et à 3 % de lait de chèvre, de brebis et de chamelle) devrait augmenter de 2.0 % par an au cours des dix prochaines années, portée principalement par l’amélioration des rendements par animal, tandis que la croissance du cheptel devrait rester modérée.
L’Inde devrait représenter plus de la moitié de la croissance de la production laitière mondiale. À l’inverse, la production laitière dans l’Union européenne, deuxième producteur mondial, devrait se maintenir à ses niveaux actuels.
Les préoccupations environnementales et sanitaires influencent les prévisions pour le secteur laitier. La production laitière contribue aux émissions de gaz à effet de serre (GES) et à la pollution par l’azote. Dans certains pays à revenu élevé, les contraintes environnementales entraînent une évolution des systèmes de production et une réduction des effectifs laitiers.
Seule une faible part de la production laitière (moins de 7 %) entre dans les échanges internationaux, principalement sous forme de produits laitiers transformés. La production laitière des trois principaux exportateurs de produits laitiers – l’Union européenne, la Nouvelle‑Zélande et les États-Unis – ne devrait augmenter que modestement, mais leurs exportations devraient représenter presque 70 % des exportations mondiales de lait.
L’écart entre les prix du beurre et du lait écrémé en poudre devrait se maintenir tout au long de la période de projection. Ce phénomène s’explique par une demande de matières grasses laitières plus forte que celle d’extrait sec dégraissé de lait sur le marché international. Si les progrès en matière de technologies d’alimentation animale et de génétique augmentent la teneur en extrait sec du lait, le ratio entre la matière grasse et l’extrait sec dégraissé du lait n’évolue que très lentement.
Le secteur laitier fait face à diverses sources d’incertitude. Les maladies animales ne devraient pas restreindre la production de façon significative. Elles pourraient néanmoins entraîner des perturbations de l’approvisionnement, comme l’ont montré les récentes flambées épizootiques touchant les élevages laitiers. Un recours accru aux technologies pourrait entraîner des améliorations de la production et des rendements laitiers supérieures aux prévisions.
6.2. Tendances actuelles du marché
Copier le lien de 6.2. Tendances actuelles du marchéLes prix du lait et des produits laitiers ont augmenté en 2025, sous l’effet de la hausse des prix du beurre
En 2025, l’indice FAO des prix des produits laitiers a augmenté, reflétant de fortes hausses observées au premier semestre, portées notamment par le fromage, le lait entier en poudre et le beurre, ce dernier atteignant un prix record en juin. À titre comparatif, les prix du lait écrémé en poudre ont très peu augmenté. Les prix ont diminué au cours du second semestre de 2025, en raison d’une production mondiale de lait plus élevée que prévu dans les principaux pays exportateurs. L’écart des prix entre la matière grasse et l’extrait sec dégraissé du lait reste une caractéristique majeure des marchés laitiers mondiaux, en raison de la persistance d’une forte demande de matières grasses laitières.
La production mondiale de lait a augmenté de 2.1 % en 2025, passant ainsi à environ 1 005 millions de tonnes (Mt). La production a progressé de 3 % en Inde et au Pakistan, atteignant respectivement 255 Mt et 69 Mt. Les retombées sur le marché laitier mondial sont toutefois restées minimes, ces pays ne participant que de façon marginale aux exportations de lait et de produits laitiers. La production de lait a également augmenté chez les trois principaux exportateurs (la Nouvelle‑Zélande, les États‑Unis et l’Union européenne) en 2025.
Les échanges mondiaux de produits laitiers ont enregistré une légère hausse en 2025, d’environ 1 %. La croissance s’est concentrée dans un nombre restreint de pays, dont certains grands importateurs de produits laitiers, notamment la République populaire de Chine (ci-après la « Chine ») et l’Arabie saoudite. En revanche, d’autres importateurs clés de produits laitiers, à savoir l’Algérie, l’Iraq et le Mexique, ont réduit leurs importations. Parmi les grands pays exportateurs, les États-Unis pourraient à l’avenir bénéficier d’une hausse de la demande d’exportations du fait d’une croissance limitée de la production dans l’Union européenne et en Nouvelle-Zélande.
6.3. Projections relatives au marché
Copier le lien de 6.3. Projections relatives au marché6.3.1. Consommation
La hausse de la consommation mondiale de produits laitiers est portée par la forte demande en Inde et au Pakistan
Bien que le lait soit un produit très périssable qui doit être transformé rapidement après sa collecte, il est consommé principalement sous la forme de produits frais1, qui comprennent les produits fermentés et pasteurisés. La part des produits laitiers frais dans la consommation mondiale devrait augmenter ces dix prochaines années, sous l’effet d’un renforcement de la consommation en Inde et au Pakistan, lui-même porté par l’urbanisation et la hausse des revenus et de la population. La consommation mondiale par habitant de produits laitiers frais devrait progresser de 1.9 % par an au cours des dix prochaines années, essentiellement en raison d’une accélération de la croissance du revenu par habitant.
La consommation de lait par habitant (au regard de l’extrait sec) varie considérablement selon les pays (Graphique 6.1.), en raison des disparités de revenu et de préférences régionales. L’augmentation la plus notable devrait être enregistrée en Inde et au Pakistan, où la consommation d’extraits secs de lait devrait être portée à 33 et 44 kg par habitant d’ici 2035, respectivement. La consommation moyenne de produits frais par habitant de la Chine est sensiblement inférieure à celle de l’Union européenne et de l’Amérique du Nord. Dans les pays à faible revenu et les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, l’essentiel du lait produit est consommé sous forme de produits frais, une préférence qui devrait perdurer au cours de la prochaine décennie.
Dans les pays à revenu élevé, la demande globale de produits laitiers frais par habitant recule, et sa composition évolue depuis quelques années au profit des matières grasses laitières, telles que le lait entier et la crème. Des substituts végétaux sont disponibles et concurrencent davantage les produits laitiers frais que les produits laitiers transformés.
La part des produits laitiers transformés, en particulier du fromage, dans la consommation globale de lait (en extrait sec) devrait être étroitement corrélée au revenu, avec des variations dues aux préférences locales, aux contraintes alimentaires et au degré d’urbanisation. Le fromage, deuxième produit laitier le plus consommé, a ses principaux marchés en Europe et en Amérique du Nord, où la consommation par habitant devrait continuer d’augmenter durant la période de projection (Graphique 6.2). La consommation importante de fromage dans les marchés émergents s’explique par la popularité croissante de plats tels que les pizzas et les burgers. La consommation de beurre a repris en Amérique du Nord et en Asie du Sud-Est en raison d’une évolution des préférences. En outre, la consommation de beurre par habitant en Inde et au Pakistan, déjà très élevée, continue d’augmenter, tout particulièrement sous forme de ghee. La consommation de produits laitiers transformés reste toutefois faible.
Le lait écrémé et entier en poudre restera employé principalement dans l’industrie agroalimentaire, notamment pour la pâtisserie-confiserie, les laits maternisés et la boulangerie. Une petite partie des produits laitiers est utilisée pour l’alimentation animale, en particulier le lait écrémé en poudre et la poudre de lactosérum. On observe partout dans le monde une montée en puissance des poudres de lactosérum qui sont utilisées pour la fabrication de produits nutritionnels, notamment dans la nutrition clinique et la nutrition des jeunes enfants et des personnes âgées, ainsi que comme produit de remplacement majeur pour les produits laitiers frais reconstitués tels que le lait et les yaourts, en particulier en Afrique et dans d’autres régions où la production de lait est limitée.
6.3.2. Production
Une efficience accrue de la production laitière grâce à des améliorations des rendements
La production mondiale de lait devrait progresser de 2.0 % par an ces dix prochaines années (pour atteindre 1 223 Mt en 2035), soit un rythme plus rapide que celui de la plupart des autres grands produits agricoles. L’augmentation du nombre de vaches devrait rester faible dans les pays exportateurs de lait tels que la Nouvelle‑Zélande et les États‑Unis, modérée en Chine et en Afrique subsaharienne, et forte dans les principaux pays producteurs de lait tels que l’Inde et le Pakistan, ainsi que dans certaines régions d’Asie centrale et d’Asie du Sud-Est, où les rendements sont faibles. Les cheptels d’autres espèces laitières, comme les chèvres et les brebis, devraient augmenter fortement en Afrique subsaharienne, au Proche-Orient, en Inde et au Pakistan. Au cours des dix prochaines années, les rendements devraient continuer de croître régulièrement partout dans le monde et contribuer davantage à l’augmentation de la production laitière que l’expansion des cheptels. Cette croissance des rendements sera rendue possible par l’optimisation des systèmes de production laitière, une meilleure santé animale, des gains d’efficience en matière d’alimentation animale et l’amélioration génétique.
L’Inde, premier producteur de lait, devrait enregistrer une augmentation soutenue et continue de sa production (Graphique 6.3). Celle-ci provient principalement des vaches et des bufflonnes, et repose sur des petites exploitations reliées à des coopératives de transformation et de distribution. Cette intégration dans l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement joue un rôle important dans la valeur ajoutée de la production laitière du pays. La croissance de la production devrait découler de l’augmentation du nombre de vaches et de bufflonnes laitières et d’une hausse des rendements.
Au sein de l’Union européenne, les projections indiquent une stagnation de la production, en raison d’une réduction du nombre de vaches laitières et d’un ralentissement de la croissance des rendements. Cette production provient d'un système mixte d'élevage, combinant pâturage et aliments pour animaux. La part du lait biologique ou issu d’autres systèmes non conventionnels devrait augmenter dans la production totale. À l’heure actuelle, plus de 10 % des vaches laitières sont élevées dans des exploitations biologiques en Autriche, au Danemark, en Grèce, en Lettonie et en Suède. L’Allemagne, la France et l’Italie ont aussi enregistré une hausse de leur production laitière biologique. Malgré des rendements plus faibles et des coûts de production supérieurs aux systèmes conventionnels, les exploitations laitières biologiques peuvent être plus rentables que les exploitations conventionnelles. Cependant, leur phase de mise en place est longue, ce qui augmente la probabilité d’abandonner la production biologique (Hirsch et al., 2026[1]).
Le rendement moyen par vache en Amérique du Nord est le plus élevé au monde : la production à l’herbe y est très minoritaire et l’alimentation du bétail vise à obtenir des rendements élevés de cheptels laitiers spécialisés. Aux États-Unis et au Canada, les cheptels laitiers devraient demeurer relativement stables, et la croissance de la production serait donc favorisée par de nouvelles hausses des rendements. Alors que la demande intérieure de matières grasses du lait devrait rester prédominante, les États-Unis continueront de développer leur production de lait écrémé en poudre, en partie destinée à l’exportation.
Bien que la Nouvelle-Zélande ne représente que 2 % de la production mondiale de lait, elle est le pays le plus tourné vers l’exportation. Après avoir fortement augmenté, la production laitière connaît un ralentissement de sa croissance depuis quelques années et devrait progresser de 1.0 % par an au cours de la décennie à venir. Les cheptels laitiers sont nourris principalement à l’herbe et les rendements sont beaucoup plus faibles qu’en Amérique du Nord et en Europe. Cependant, le bon rapport coût-efficacité des systèmes herbagers permet à la Nouvelle-Zélande d’être compétitive en se focalisant sur les rendements laitiers à l’hectare. Bien que le principal facteur limitant la croissance soit la disponibilité des terres, un basculement vers des systèmes de production faisant davantage appel aux aliments pour animaux est peu probable.
Graphique 6.4. Évolution annuelle des effectifs du cheptel laitier et des rendements entre 2026 et 2035
Copier le lien de Graphique 6.4. Évolution annuelle des effectifs du cheptel laitier et des rendements entre 2026 et 2035
Note : la taille de chaque bulle représente la production totale de lait pour la période de base 2023-2025.
En Afrique, la production laitière devrait afficher une forte croissance, due principalement à l’expansion des cheptels (Graphique 6.4). Les rendements sont généralement bas, et les laits de chèvre et de brebis occupent une place très importante. La plupart des vaches, des chèvres et des brebis pâturent et sont aussi élevées pour la production de viande, pour la traction ou comme actif financier (épargne). La croissance des cheptels s’appuie sur les pâturages actuellement disponibles, ce qui entraîne une utilisation plus intensive qui pourrait conduire à des situations de surpâturage à certains endroits. Au cours de la période de projection, environ 17 % du cheptel mondial de vaches laitières et de bufflonnes devrait se trouver sur le continent africain et fournir environ 4 % de la production mondiale de lait.
Environ 25 % de la production mondiale de lait devraient être transformés en beurre, fromage, lait écrémé ou entier en poudre, ou poudre de lactosérum au cours de la décennie à venir. Néanmoins, il existe des différences d’une région à l’autre. Dans les pays à revenu élevé, une part importante du lait produit est transformée en produits laitiers, tandis que dans les pays à faible revenu et les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, la production laitière est consommée en majeure partie sous forme de produits laitiers frais. En Amérique du Nord et en Europe, il existe une demande alimentaire directe importante pour le beurre et le fromage, qui représentent une part importante de la consommation. Le lait en poudre, écrémé et entier, est principalement produit pour l’exportation et utilisé dans le secteur agroalimentaire.
6.3.3. Échanges
Les échanges laitiers mondiaux portent principalement sur les produits transformés
La majorité des produits laitiers est consommée dans le pays de production. Seule une petite part (moins de 7 %) de la production mondiale de lait fait l’objet d’échanges internationaux, ce qui s’explique principalement par la nature périssable du lait et par sa teneur élevée en eau (plus de 85 %). Environ 50 % de la production mondiale de lait en poudre entier ou écrémé entrent dans les échanges internationaux, car ces poudres sont souvent produites dans le seul but de pouvoir stocker et vendre le lait plus longtemps ou le transporter sur de plus longues distances. Les produits laitiers frais tels que les produits laitiers fermentés s’échangent en petites quantités entre pays voisins (entre le Canada et les États-Unis, ou l’Union européenne et la Suisse, par exemple). La seule exception concerne les importations de lait liquide en Chine en provenance de l’Union européenne et de Nouvelle-Zélande, qui sont facilitées par la possibilité de transporter les produits laitiers et crémiers pasteurisés à ultra-haute température sur de longues distances, mais aussi, dans certains cas, par les tarifs favorables du fret chinois.
Les échanges mondiaux de produits laitiers devraient augmenter au cours de la prochaine décennie pour atteindre 13.7 Mt en 2035, soit 11 % de plus que pendant la période de référence. Cette croissance sera surtout le fait des États-Unis, de l’Union européenne et de la Nouvelle-Zélande. Ensemble, ces trois exportateurs devraient réaliser environ 67 % des exportations de fromage, 64 % de celles de lait entier en poudre, 69 % de celles de beurre et 73 % de celles de lait écrémé en poudre en 2035 (Graphique 6.5). En outre, les États‑Unis devraient davantage augmenter leur part de marché que l’Union européenne ou la Nouvelle‑Zélande. L’Australie a perdu des parts de marché, mais reste un gros exportateur de fromage et de lait écrémé en poudre. L’Argentine est elle aussi un important exportateur de lait entier en poudre et devrait compter pour 6 % des exportations mondiales à l’horizon 2035. Ces dernières années, le Bélarus a également acquis une certaine stature en tant qu’exportateur, principalement tourné vers le marché russe en raison de l’embargo frappant la Fédération de Russie (ci-après la « Russie »), qui touche plusieurs grands exportateurs de produits laitiers depuis 2015.
L’Union européenne restera le principal exportateur mondial de fromage, devant les États-Unis et la Nouvelle-Zélande. Le Royaume-Uni, la Russie, le Japon, le Mexique et l’Arabie saoudite devraient être les cinq premiers importateurs de fromage en 2035. Étant donné que les consommateurs apprécient la variété, ces pays sont souvent aussi exportateurs de fromage et leur participation aux échanges internationaux devrait se traduire par un choix plus vaste sur les marchés intérieurs.
La Nouvelle-Zélande reste la principale source de beurre et de lait entier en poudre sur le marché international, avec des parts de marché qui devraient se situer respectivement autour de 41 % et 56 % à l’horizon 2035. La Chine est le principal importateur de lait entier en poudre en provenance de Nouvelle‑Zélande. La hausse anticipée de la production laitière intérieure en Chine limitera la croissance des importations de lait entier en poudre.
Parmi les grands exportateurs, les États-Unis devraient être le pays le plus dynamique au cours des dix prochaines années et augmenter en particulier leurs exportations de lait écrémé en poudre. Pour ce faire, le pays devra investir davantage dans l’augmentation de sa capacité de séchage. Les importations de lait écrémé en poudre sont dispersées à l’échelle mondiale, car il s’agit souvent du produit laitier le plus facile à échanger en vue d’une utilisation dans l’industrie agroalimentaire.
Les importations de produits laitiers sont plus largement réparties entre les pays, mais les principales destinations pour tous les produits sont le Proche-Orient et l’Afrique du Nord, les pays à revenu élevé, l’Asie du Sud-Est et la Chine (Graphique 6.6). La Chine devrait rester le premier importateur mondial de produits laitiers. Ses importations de lait entier en poudre devraient représenter 15 % des importations mondiales en 2035, soit une baisse de 2.7 points de pourcentage par rapport à la période de référence. En Afrique, les importations de lait entier en poudre devraient connaître une hausse significative au cours des dix prochaines années. La consommation de produits laitiers par habitant en Chine est relativement modeste par rapport aux marchés traditionnels, mais la demande a notablement augmenté au cours de la dernière décennie et cette croissance devrait se poursuivre. La Chine se procure ses produits laitiers essentiellement auprès des pays d’Océanie, mais elle a développé les achats de beurre et de lait écrémé en poudre auprès de l’Union européenne ces dernières années.
Le marché mondial de la poudre de lactosérum progresse, porté par la demande croissante de régimes riches en protéines et par l’alimentation animale. Les échanges de poudre de lactosérum devraient croître à moyen terme, la Chine constituant le principal marché d’importation, majoritairement pour les additifs alimentaires destinés aux animaux. L’Union européenne devrait rester le principal exportateur de poudre de lactosérum. Avec les États-Unis, elle représente plus de 60 % des exportations mondiales.
Si certains pays, comme l’Inde et le Pakistan, sont autosuffisants, dans d’autres régions du monde telles que l’Afrique, l’Asie du Sud-Est, ainsi que le Proche-Orient et l’Afrique du Nord, la consommation de produits laitiers devrait croître plus rapidement que la production, entraînant une hausse des importations. Le lait liquide coûtant cher à importer et exporter en raison de sa faible valeur rapportée au volume, la demande supplémentaire devrait être satisfaite par les laits en poudre, auxquels on ajoute de l’eau pour la consommation finale ou la transformation. Les importations du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord devraient provenir essentiellement de l’Union européenne, tandis que les États-Unis et l’Océanie devraient être les principaux fournisseurs de lait en poudre de l’Asie du Sud-Est.
6.3.4. Prix
En valeur nominale, les cours mondiaux des produits laitiers augmenteront légèrement et de manière progressive
Les cours mondiaux des produits laitiers correspondent aux prix des produits transformés des principaux exportateurs d’Océanie et d’Europe. Les deux principaux cours de référence pour les produits laitiers sont ceux du beurre et du lait écrémé en poudre, le premier pour les matières grasses du lait, et le second pour les autres constituants solides du lait. Les matières grasses et les autres constituants solides représentent environ 13 % du poids total du lait, le reste étant constitué d’eau.
Les prix ont diminué au cours du second semestre de 2025, en raison d’une production mondiale de lait plus élevée que prévu dans les principaux pays exportateurs. En 2026, les prix du beurre et du lait écrémé en poudre devraient augmenter légèrement en termes nominaux. Cette hausse devrait persister tout au long de la période de projection. Le décalage entre le prix de la matière grasse laitière et celui de l’extrait sec dégraissé du lait devrait rester une caractéristique notable au cours de la prochaine décennie, avec le maintien d’écarts de prix considérables entre les produits laitiers transformés (Graphique 6.7). Les prix mondiaux du lait entier en poudre et du fromage devraient être affectés par l’évolution des cours du beurre et du lait écrémé en poudre, selon leur teneur respective en matières grasses et en autres matières sèches.
Depuis 2015, la hausse de la demande de matière grasse laitière a entraîné une augmentation du prix du beurre bien supérieure à celle du lait écrémé en poudre, d’où un écart de prix entre les deux produits. Le prix du beurre devrait continuer d’être soutenu par une demande accrue de matières grasses laitières par rapport aux autres constituants solides du lait sur le marché international. Cette dynamique s’explique par des différences sous-jacentes entre les structures de la demande ; les matières sèches non grasses sont souvent associées à une demande d’importations plus sensible aux prix, tandis que la demande de matières grasses laitières, en particulier sur les marchés à revenu élevé, correspond généralement à des tendances de consommation plus stables. Si les progrès des technologies d’alimentation animale et de la génétique augmentent la teneur en extrait sec dégraissé du lait, le ratio entre la matière grasse et l’extrait sec dégraissé du lait n’évolue que très lentement. Parmi les principaux exportateurs, la teneur en matière grasse laitière a connu la croissance la plus rapide aux États-Unis (0.4 % par an au cours de la dernière décennie), contre une croissance plus lente au sein de l’Union européenne. En Nouvelle‑Zélande, le taux de croissance annuel de la teneur en matières grasses laitières était quasi nul.
La forte volatilité des cours internationaux des produits laitiers observée au fil du temps s’explique par le faible pourcentage de ces produits qui est échangé sur les marchés mondiaux, par la prédominance d’un petit nombre d’exportateurs et par des politiques commerciales très restrictives. La plupart des marchés intérieurs sont relativement déconnectés de ces cours internationaux, puisque l’on consomme surtout des produits laitiers frais et que seule une petite partie de la production de lait est transformée, le reste étant fermenté ou pasteurisé.
6.4. Risques et incertitudes
Copier le lien de 6.4. Risques et incertitudesLes préoccupations relatives à la santé et à l’environnement revêtent une importance croissante
Une législation environnementale plus stricte que celle envisagée dans les Perspectives pourrait avoir une incidence significative sur les projections de production laitière. Les émissions de gaz à effet de serre (GES) dues au secteur laitier représentent une part non négligeable des émissions totales dans certains pays (en Nouvelle‑Zélande et en Irlande, par exemple), et un durcissement des politiques et des initiatives publiques visant à réduire ces émissions pourrait avoir une incidence sur le niveau et la nature de la production laitière. L’évolution de plus en plus marquée vers des pratiques durables dans des domaines comme l’accès à l’eau et la gestion des effluents d’élevage pourrait également avoir une incidence sur la production laitière. Cependant, une législation environnementale plus stricte pourrait aussi conduire à la mise au point de solutions novatrices améliorant la compétitivité de la filière à long terme. Dans l’ensemble, le niveau des émissions mondiales de GES du secteur laitier dépendra en grande partie des gains d’efficacité qui pourront être obtenus en Inde et dans les autres pays ayant des cheptels bovins importants et pratiquant l’élevage extensif. De plus, les phénomènes météorologiques extrêmes, auxquels certains pays et régions sont déjà confrontés, pourraient menacer encore davantage la viabilité de la production laitière dans les pays touchés.
Les substituts végétaux des produits laitiers (boissons à base de soja, d’amande, de riz ou d’avoine, par exemple) sont de plus en plus prisés dans de nombreuses régions du monde, en particulier en Amérique du Nord, en Europe et en Asie de l’Est. L’offre s’est élargie : outre les options traditionnelles, on trouve désormais des produits dérivés de divers fruits à coque, légumineuses et autres cultures. Cette évolution s’explique principalement par les préoccupations des consommateurs concernant la santé, notamment pour ce qui est de l’intolérance au lactose, et leur prise de conscience des conséquences de la production de lait sur l’environnement. Les substituts végétaux de produits laitiers affichent des taux de croissance solides, bien qu’ils partent de très bas. Leur croissance pourrait dépasser les prévisions du présent rapport, mais elle pourrait aussi rester limitée, entraînant une fluctuation de la demande de produits laitiers.
Les produits riches en protéines ont gagné en popularité, notamment en Amérique du Nord et en Europe. Cette progression de la demande pour des produits à forte teneur en protéines, tels que le yaourt et le fromage blanc, s’explique par l’intérêt des consommateurs pour la santé et la forme physique. Ces dernières années, les produits riches en protéines ont enregistré des taux de croissance élevés. L’évolution future de ce segment pourrait différer des hypothèses retenues dans les perspectives, selon que la demande augmente nettement plus rapidement que prévu ou, au contraire, qu’elle soit davantage contrainte qu’anticipé.
L’adoption de technologies pourrait permettre d’améliorer encore davantage la production. Les agriculteurs ont accès à un large éventail de technologies susceptibles de contribuer à l’amélioration des rendements laitiers et de la production, notamment les systèmes de traite automatisés, les dispositifs de surveillance des animaux en temps réel et les outils d’aide à la décision. Leur adoption par les principaux exportateurs s’accélère du fait de la pénurie de main-d’œuvre, des enjeux de qualité de vie et des défis liés à la succession agricole. Un recours accru à ces technologies pourrait entraîner des améliorations de la production et des rendements laitiers dépassant les prévisions.
Les échanges de produits laitiers pourraient s’écarter sensiblement des projections en raison des évolutions de l’environnement commercial. La modification des accords commerciaux en vigueur ou la conclusion de nouveaux accords pourrait avoir des conséquences sur la demande et les échanges de produits laitiers. L’Inde et le Pakistan, grands consommateurs de produits laitiers, ne devraient pas être présents sur le marché international, la production nationale se développant assez rapidement pour répondre à la demande intérieure en plein essor. La Nouvelle-Zélande a conclu en 2025 les négociations sur un accord de libre-échange avec l’Inde, qui prévoit la suppression progressive des droits de douane sur certains produits à base de lait tels que les laits maternisés, mais exclut en grande partie les produits laitiers2 ; de même, l’accord de libre-échange entre l’UE et l’Inde, conclu en 2026, exclut les produits laitiers3.
Le risque de flambée épizootique constitue un autre défi pour le secteur. Les épizooties récentes agissent comme un rappel de cette menace : de nouveaux foyers de dermatose nodulaire contagieuse ont été signalés dans l’Union européenne en 2025 et 20264 ; aux États-Unis, environ 1 100 cas de grippe aviaire ont été signalés dans 19 États entre mars 2024 et décembre 20255. Trois cas de fièvre aphteuse, en janvier et mars 2026, sont venus rappeler ce risque dans l’Union européenne également6. Dans un monde de plus en plus interconnecté par les échanges commerciaux, notamment les mouvements transfrontaliers d’animaux, les maladies animales pourraient facilement se propager au-delà des frontières et freiner la croissance de l’industrie laitière. Les projections présentées dans les Perspectives, cependant, ne prennent pas en considération ce risque.
Références
[1] Hirsch, S. et al. (2026), “Profitability and exit decisions of organic dairy farmers in the EU”, Food Policy, Vol. 139, p. 103034, https://doi.org/10.1016/j.foodpol.2026.103034.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. Les produits laitiers frais comprennent tous les produits laitiers et le lait qui ne sont pas inclus dans les produits transformés (beurre, fromage, lait écrémé en poudre, lait entier en poudre, poudre de lactosérum et, dans quelques cas, caséine). Les quantités sont exprimées en équivalent lait de vache.
← 2. Les principaux résultats de l’accord de libre-échange entre la Nouvelle-Zélande et l’Inde peuvent être consultés à l’adresse https://www.mfat.govt.nz/en/trade/free-trade-agreements/free-trade-agreements-concluded-but-not-in-force/new-zealand-india-free-trade-agreement/key-outcomes.
← 3. Accord de libre-échange UE-Inde – Exportations agroalimentaires de l’UE : https://policy.trade.ec.europa.eu/eu-trade-relationships-country-and-region/countries-and-regions/india/eu-india-agreements/factsheet-eu-india-free-trade-agreement-eu-agri-food-exports_en.