Ce chapitre s’intéresse aux marchés mondiaux du coton : il en décrit l’évolution puis présente des projections à moyen terme pour la période 2026-2035. Il passe en revue les évolutions prévues en matière de consommation, de production, d’échanges et de prix pour le coton. Il s’achève par un examen des principaux risques et incertitudes susceptibles d’avoir une incidence sur les marchés mondiaux du coton au cours de la prochaine décennie.
Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2026‑2035
9. Coton
Copier le lien de 9. CotonDescription
9.1. Principaux éléments des projections
Copier le lien de 9.1. Principaux éléments des projectionsLa consommation mondiale de coton brut devrait augmenter de 1.6 % par an au cours des dix prochaines années, portée par le développement continu du secteur textile et des filatures en Asie, en particulier au Bangladesh, en Inde et au Viet Nam, pays où les coûts de main-d’œuvre et de production sont compétitifs.
La production mondiale de coton devrait croître de 1.6 % par an, principalement grâce à l’amélioration des rendements, pour atteindre 30 millions de tonnes (Mt) en 2035. Cette croissance plus rapide de la production devrait entraîner une augmentation des stocks de coton au cours de la période de projection, à rebours de la tendance observée au cours de la dernière décennie.
La République populaire de Chine (ci-après la « Chine ») restera le premier transformateur mondial de coton en 2035, suivie par l’Inde, où les rendements devraient repartir à la hausse après leur récent ralentissement et augmenter progressivement au cours de la période couverte par les Perspectives. Le Brésil devrait suivre de près, grâce à d’importants gains de productivité.
Les échanges mondiaux de coton devraient croître régulièrement au rythme de 2.4 % par an à moyen terme, en raison notamment d’une demande d’importations croissante en Asie, en particulier au Bangladesh et au Viet Nam. Au regard de leur capacité de production intérieure limitée et de la croissance continue des volumes consommés par les filatures, ces deux pays devraient détrôner la Chine en tant que plus grands importateurs de coton au monde.
Le Brésil, qui joue un rôle de plus en plus important dans la production mondiale de coton, devrait rester le principal exportateur au cours de la prochaine décennie, suivi par les États-Unis, les deux pays répondant à la demande croissante des pays asiatiques.
Les cours mondiaux du coton devraient légèrement diminuer en valeur réelle pendant la période de projection, sous l’effet des gains de productivité du côté de l’offre et de la concurrence persistante des fibres synthétiques et recyclées du côté de la demande.
Un certain nombre d’incertitudes pourraient modifier les projections relatives aux marchés du coton, comme une modification des conditions macroéconomiques et une évolution imprévue des préférences des consommateurs en faveur de la durabilité, du coton biologique, du recyclage et des vêtements d’occasion. Du côté de l’offre, l’incertitude entourant les rendements, qui découle de chocs inattendus et des changements systématiques des conditions de culture selon les évolutions des facteurs météorologiques, la disponibilité de l’eau ou les infestations de ravageurs, influe sur les projections.
9.2. Tendances actuelles du marché
Copier le lien de 9.2. Tendances actuelles du marchéLa production mondiale de coton devrait rester supérieure aux volumes consommés dans les filatures en 2025/26
La production mondiale de coton lors de la campagne 2025/26 (août-juillet) devrait être légèrement supérieure à celle de l’année précédente et dépasser la consommation des filatures. Cette progression en glissement annuel s’explique principalement par des volumes attendus en hausse dans les principaux pays producteurs, en particulier la Chine, l’Inde et le Brésil. Avec les États-Unis et le Pakistan, ces pays représentent environ 79 % de la production de coton et jouent un rôle déterminant pour l’équilibre des approvisionnements mondiaux. En Chine, les rendements en hausse résultant de conditions météorologiques généralement propices pendant la période de croissance devraient stimuler la production, qui poursuivra ainsi sa reprise après la forte baisse de 2023/24. De même, en Inde, un redressement des rendements devrait entraîner une augmentation de la production. Au Brésil, la production devrait augmenter par rapport à l’année précédente et atteindre un niveau record, sous l’effet de l’expansion des surfaces récoltées et de rendements en hausse grâce à des conditions de culture favorables. Ces gains compenseront amplement les baisses de production aux États-Unis et en Australie. Le Pakistan et les pays d’Afrique de l’Ouest devraient également enregistrer une production plus faible, en raison d’une réduction des surfaces cultivées et de rendements plus faibles.
La consommation mondiale de coton en 2025/26 devrait rester relativement atone dans un contexte de demande mondiale modérée pour les produits textiles et les vêtements. Cependant, la baisse de la consommation en Chine, principal pays transformateur de coton, devrait être largement compensée par l’augmentation des volumes traités par les filatures indiennes. À eux cinq, la Chine, l’Inde, le Pakistan, le Bangladesh et la Türkiye représentent environ 77 % de l’activité de filature du coton, ce qui souligne combien ces marchés ont une influence déterminante sur les perspectives mondiales en ce domaine. En Chine, la consommation devrait être légèrement inférieure à celle de 2024/25 en raison d’une demande plus faible du secteur textile et vestimentaire centré vers l’exportation et d’une substitution croissante par des fibres synthétiques. La consommation devrait également diminuer au Bangladesh. En revanche, elle devrait augmenter en Inde, en raison d’une demande soutenue de l’industrie textile nationale, tandis que les volumes consommés par les filatures au Pakistan et au Viet Nam devraient rester globalement stables.
Les cours internationaux du coton sont orientés à la baisse depuis le début de la saison actuelle, principalement en raison de perspectives de production favorables et de l’abondance des quantités exportables. Le ralentissement de la demande mondiale de textiles et de vêtements et le niveau élevé des stocks contribuent eux aussi à cette baisse. Étant donné que la production globale devrait dépasser la consommation des filatures, l’abondance de l’offre à l’échelle mondiale continue de peser sur les prix. En outre, le coton est toujours en concurrence avec les fibres synthétiques, en particulier le polyester, dont le coût demeure relativement moindre et continue d’influencer les choix de l’industrie textile.
Les échanges mondiaux de coton brut en 2025/26 devraient augmenter, le Brésil et les États-Unis restant les principaux exportateurs, tandis que le Viet Nam et le Bangladesh resteront les principaux importateurs. Du côté des exportations, le Brésil devrait conserver la première place pour la troisième saison consécutive, avec plus de 30 % des échanges mondiaux, et ce en raison d’une importante production et des améliorations qu’il ne cesse d’apporter à ses infrastructures logistiques et de transport. Les exportations des États-Unis devraient augmenter légèrement elles aussi, tandis que celles de l’Australie resteront globalement stables. Du côté des importations, les achats de coton par la Chine devraient repartir à la hausse après leur forte baisse de la saison précédente, tandis que les importations du Viet Nam devraient augmenter encore et atteindre un niveau record, portées par l’expansion de l’industrie textile nationale. Les importations du Bangladesh et de la Türkiye devraient quant à elles rester à des niveaux similaires à ceux observés en 2024/25.
9.3. Projections relatives aux marchés
Copier le lien de 9.3. Projections relatives aux marchés9.3.1. Consommation
La majeure partie de la croissance mondiale s’explique par le développement continu des filatures au Bangladesh et au Viet Nam
La consommation de coton fait référence à l’utilisation de fibres de coton par les filatures en vue de produire des fils. L’utilisation du coton par les filatures dépend essentiellement de deux facteurs : la demande mondiale de textiles et la concurrence des fibres synthétiques. Ces dernières décennies, la demande mondiale de fibres textiles a fortement augmenté, tirée par l’accroissement démographique et la hausse des revenus, en particulier dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire. Cette demande croissante a été en grande partie satisfaite par les fibres chimiques (Graphique 9.1, diagramme de gauche). La polyvalence des fibres synthétiques et leurs prix compétitifs ont incité l’industrie textile à les favoriser au détriment des fibres de coton. Depuis le début des années 1990, les fibres autres que le coton se sont solidement implantées au sein de ce secteur. En 2025, la part de marché des utilisations finales a atteint 78.9 % pour les fibres chimiques et seulement 21.1 % pour le coton. De même, la consommation par habitant de fibres autres que le coton dépasse largement celle de fibres de coton et continue de progresser à un rythme soutenu. En revanche, la consommation de coton par habitant est restée stable dans le temps et tend à diminuer ces dernières années (Graphique 9.1, diagramme de droite).
Les perspectives de la consommation mondiale de coton reposent essentiellement sur son évolution dans les économies en développement et dans les économies émergentes. La demande de ces régions, qui ont un niveau de consommation absolu inférieur, mais une plus grande réactivité aux revenus, devrait exercer une pression à la hausse sur la demande mondiale de coton, étant donné que les revenus et la population de ces pays devraient augmenter. Les volumes consommés par les filatures devraient augmenter d’environ 1.6 % par an au cours de la prochaine décennie, une croissance constante tirée par l’augmentation de la demande de textiles dans les pays à revenu intermédiaire et dans les pays à faible revenu où la croissance des revenus et de la population devrait être la plus forte.
La répartition géographique de la demande de fibres de coton dépend du lieu d’implantation des filatures, qui transforment les fibres naturelles et synthétiques en fils. Traditionnellement, l’industrie de la filature est principalement implantée en Asie, où les conditions, par exemple le coût de la main-d’œuvre, sont intéressantes pour la filière. La Chine est le premier consommateur mondial de coton depuis 1960.
L’augmentation du coût de la main-d’œuvre et le durcissement de la réglementation relative au travail et à l’environnement ont entraîné une diminution progressive des volumes de coton consommés par les filatures chinoises depuis 2010. La suppression du système de prix de soutien en 2014 a encore accentué cette baisse. Ces changements ont contribué au redéploiement de l’activité vers d’autres pays d’Asie, notamment le Bangladesh, le Viet Nam et le Pakistan. Cette tendance se maintiendra au cours de la prochaine décennie, mais la Chine devrait conserver sa position de premier pays transformateur de coton au niveau mondial.
En Inde, pays qui arrive en deuxième position, l’essor de l’industrie textile devrait se traduire par une croissance continue de la consommation de coton par les filatures, puisqu’il s’agit de la principale fibre employée. Cette évolution sera soutenue par plusieurs initiatives gouvernementales, l’Inde ayant conclu un certain nombre d’accords de libre-échange (ALE), par exemple avec l’UE, en janvier 2026, et avec le Royaume-Uni, en juillet 2025, ainsi que par les entrées d’investissements directs étrangers.
Depuis 2005 et la suppression progressive de l’Arrangement multifibres, qui prévoyait des quotas fixes d’importation des pays en développement vers l’Europe et les États‑Unis négociés bilatéralement, des pays tels que le Bangladesh et le Viet Nam enregistrent une croissance vigoureuse de leur filière textile, qui s’explique par une main-d’œuvre abondante, des coûts de production faibles et l’adoption de mesures de soutien par les pouvoirs publics. Dans le cas du Viet Nam, cette croissance s’explique aussi par l’adhésion du pays à l’Organisation mondiale du commerce, en 2007, et par les investissements directs étrangers, notamment ceux d’entrepreneurs chinois. En outre, des accords commerciaux, notamment l’ALE entre l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) et la Chine (2004), l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP, 2018), l’ALE entre l’UUE et le Viet Nam (EVFTA, 2020) et le partenariat économique régional global (RCEP, 2022), ont facilité l’accès aux marchés des exportations textiles vietnamiennes. De même, au Bangladesh, les investissements étrangers et les ALE, dont l’accès en franchise de droits aux marchés de l’Union européenne dans le cadre du Système généralisé de préférences (SGP) et l’accès en franchise de droits aux marchés chinois (2020), ont dynamisé l’industrie textile du pays, contribuant à le hisser parmi les grands exportateurs mondiaux d’articles de confection, notamment de vêtements tricotés et tissés. L’accord commercial signé entre les États-Unis et le Bangladesh en février 2026, qui exempte de droits de douane les vêtements fabriqués avec du coton américain, devrait favoriser encore l’essor de l’industrie textile du Bangladesh. Le développement du secteur textile dans les économies asiatiques devrait continuer de dynamiser la croissance de la consommation des filatures pendant la décennie à venir. Le Viet Nam devrait afficher la croissance la plus soutenue en rythme annuel, avec 3.2 %, suivi du Bangladesh, avec 2.6 %. Toutefois, la Chine devrait rester le premier pays transformateur de coton en 2035, suivie par l’Inde, leur consommation progressant respectivement de 1.3 % et 1.6 % par an ces dix prochaines années, selon les projections (Graphique 9.2).
9.3.2. Production
La production mondiale devrait augmenter grâce à l’amélioration des rendements, notamment au Brésil
Le coton est cultivé sous les climats subtropicaux et tropicaux à saisons alternées (saison des pluies, saison sèche) dans les deux hémisphères, bien que la majeure partie des volumes soient produits au nord de l’équateur. Les principaux pays producteurs sont la Chine, l’Inde, le Brésil et les États-Unis. Ensemble, ces pays devraient représenter environ 76 % de la production mondiale à l’horizon 2035 (Graphique 9.3).
La production mondiale de coton devrait croître régulièrement pour atteindre 29.7 Mt en 2035, soit une hausse de 18 % par rapport à la période de référence. L’augmentation prévue proviendra principalement des grands pays producteurs de coton : le Brésil en représentera environ 45 %, l’Inde (25 %) et les États‑Unis (14 %) arrivant ensuite. Dans l’ensemble, la hausse de la production de coton résultera essentiellement de l’accroissement des rendements, et dans une moindre mesure, de l’expansion de la superficie récoltée.
Selon les projections, les rendements mondiaux moyens progresseront de 15 % par rapport à la période de référence. Des facteurs comme l’amélioration des caractéristiques génétiques des plants, l’adoption de meilleures pratiques agricoles et l’utilisation du numérique à l’appui de l’agriculture de précision auront une incidence significative sur la productivité et la durabilité. Les systèmes d’irrigation intelligents, notamment, peuvent réduire la consommation d’eau et d’énergie (Wilson, 2023[1]). L’utilisation de capteurs et de GPS pour l’épandage des engrais garantit que les cultures reçoivent la quantité d’éléments nutritifs dont elles ont besoin (IFA, 2019[2]). De plus, les drones et les images satellite permettent de surveiller en temps réel la santé des cultures et donc de mieux adapter les apports en eau et en engrais ainsi que l’application de pesticides (Prasad et al., 2024[3]). L’abandon des moissonneuses traditionnelles à motorisation Diesel au profit de modèles électriques ou hybrides pourrait réduire encore les émissions et améliorer la durabilité pendant le processus de récolte. Enfin, la mise au point et l’adoption de variétés de coton résistantes à la sécheresse peuvent diminuer la dépendance à l’égard de l’irrigation. De la même manière, l’emploi de variétés génétiquement modifiées, qui résistent mieux aux ravageurs tels que le ver rose, peut réduire les besoins en pesticides chimiques, contribuant à rendre les pratiques agricoles plus durables.
L’écart de rendement observé entre les principaux producteurs en 2025 ne devrait pas évoluer pendant la période couverte par les Perspectives. En 2035, les rendements au Brésil et en Chine devraient dépasser 2 tonnes par hectare (t/ha), tandis qu’en Inde, deuxième producteur mondial, ils ne devraient atteindre que 0.5 t/ha (Graphique 9.4, diagramme de gauche). La superficie consacrée à la culture du coton devrait augmenter de 1 % par rapport à la période de référence. La plus forte croissance sera enregistrée au Brésil (+28 % par rapport à la période de référence), où les perspectives de hausse des exportations encouragent les producteurs à investir pour étendre la surface cultivée. Dans ce pays, le coton est très fréquemment cultivé en double culture avec le soja.
Le coton chinois affiche actuellement le rendement le plus élevé (2.2 t/ha en moyenne sur la période 2023-2025). Ces vingt dernières années, la surface dévolue au coton dans le pays recule, bien que cette tendance semble ralentir depuis 2016. Elle devrait diminuer de 0.3 % par an au cours de la période couverte par les Perspectives, contre 1 % au cours de la dernière décennie. La production de coton devrait augmenter légèrement grâce à des rendements toujours plus élevés et au soutien public1, et la Chine devrait rester le principal pays producteur de coton en 2035.
La production indienne devrait augmenter de quelque 2.4 % par an au cours de la prochaine décennie, ce qui sera à mettre au compte de l’amélioration des rendements plus que de l’expansion des surfaces, le coton étant déjà en concurrence avec d’autres cultures, telles que le soja et les légumineuses. La productivité du coton brut stagne ces dernières années et fait partie des plus faibles à l’échelle mondiale. Le coton est traditionnellement cultivé dans de petites exploitations, ce qui limite l’adoption de technologies d’exploitation intensive. En outre, les cultivateurs indiens espacent davantage les rangs afin de permettre le passage d’un bœuf et d’un cultivateur pour le désherbage, ce qui réduit la densité de peuplement et le potentiel de rendement global. Pour résoudre ce problème, des chercheurs mettent en avant des systèmes de plantation à haute densité, qui consistent à resserrer les plants afin de maximiser les rendements et de permettre une récolte mécanisée. Après son introduction au début des années 2000, le coton génétiquement modifié, comme le coton Bt, a permis dans un premier temps de réduire les dommages causés par les ravageurs et l’utilisation de pesticides, augmentant ainsi les rendements et réduisant les coûts. Par la suite, cependant, son efficacité s’est amoindrie, du fait de l’apparition de résistances chez les ravageurs, comme le ver rose du cotonnier, et d’une prévalence accrue d’autres espèces nuisibles. Ces dernières années, l’utilisation de pesticides et les coûts de production ont donc augmenté. En parallèle, des variétés de coton tolérant la sécheresse, obtenues à l’aide des techniques traditionnelles d’amélioration génétique, sont également mises en avant afin de maintenir les rendements dans les régions exposées à un stress hydrique. Les organismes fédéraux et des États, de même que les établissements de recherche, participent activement à la mise au point de nouvelles variétés de coton et à la lutte antiparasitaire intégrée afin d’accroître la productivité du secteur. Compte tenu de ces éléments, les Perspectives tablent sur un potentiel de hausse des rendements de 1.9 % par an au cours de la prochaine décennie, ce qui ne permettra pas à l’Inde de ravir à la Chine sa place de principal producteur mondial de coton à l’horizon 2035.
Au Brésil, une partie du coton est cultivée en tant que culture secondaire, en rotation avec le soja ou le maïs. Récemment, la production a grimpé en flèche dans les principales régions productrices, telles que l’État du Mato Grosso, où l’on récolte actuellement 72 % du coton brésilien. La production de coton devrait croître de 3 % par an, ce qui est à mettre au compte de la hausse des rendements découlant de l’utilisation croissante de semences génétiquement modifiées et d’engrais. De récents investissements dans la capacité de production de coton et l’acquisition de nouveaux équipements (semoirs, récolteuses et capacité d’égrenage) devraient dynamiser la production dans les années à venir. En raison de la forte concurrence d’autres cultures, principalement le maïs de seconde culture, la superficie plantée dépend largement du rendement du coton par rapport à celui d’autres produits agricoles. À cet égard, la bonne rentabilité et les possibilités de ventes anticipées de la production ont conduit les agriculteurs à opter pour la culture du coton ou à étendre leurs surfaces. De plus, l’Association brésilienne des producteurs de coton (Abrapa) s’attache à améliorer la compétitivité du coton brésilien en soignant la durabilité, la traçabilité, la qualité et la promotion de ce produit.
Les questions de durabilité jouent un rôle important et influeront sur les marchés du coton à moyen terme. Dans un contexte où les effets des phénomènes météorologiques extrêmes et les considérations socio-environnementales font l’objet d’une attention croissante, de nouvelles initiatives ont été mises en place pour encourager la durabilité tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Lors de la saison 2023/24, la part de marché du coton vierge couvert par des programmes reconnus par l’initiative Sustainable Cotton Challenge 2025 (Textile Exchange, 2025[4]) a atteint 34 % de la production mondiale (Graphique 9.5). Parmi les normes en vigueur, celles de Better Cotton, une organisation à but non lucratif, sont prépondérantes à l’échelle mondiale puisque 23 % de l’ensemble du coton produit en 2023/24 leur était conforme. D’autres stratégies encouragent de meilleures pratiques agricoles afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) et fournissent des conseils aux marques et aux distributeurs du secteur textile pour s’approvisionner auprès de producteurs de coton durable reconnus et certifiés. La demande de coton plus durable devrait continuer de croître, portée par des marques plus engagées et par des jeunes générations plus exigeantes. Cette tendance devrait ainsi stimuler la production dans des pays tels que le Brésil, où la totalité du coton est déjà produite conformément aux normes de durabilité. En Inde et au Pakistan, 31 % et 36 % du coton produit en 2023/24, respectivement, l’a été dans le cadre de programmes en faveur d’une production durable. La région subsaharienne devrait également tirer avantage d’une plus grande conformité aux normes de durabilité, et des programmes tels que Cotton Made in Africa (CMIA) joueront un rôle clé à cet égard. Cependant, l’accord d’équivalence conclu avec Better Cotton a pris fin en décembre 2022, et en novembre 2023, la norme Regenerative Cotton Standard (RCS) a été lancée afin d’encourager davantage la durabilité. Si la norme RCS n’en est encore qu’à ses débuts, le programme CMIA contribue dans une large mesure à la production de coton durable dans la région.
La part de coton biologique dans la production mondiale de coton ne dépasse 1 % que depuis 2020/21, mais est passée à 2.9 % lors de la saison 2023/24, ce qui laisse penser que la demande progressera durant la prochaine décennie.
9.3.3. Échanges
L’expansion du commerce mondial de coton sera tirée par le Bangladesh et le Viet Nam au cours de la prochaine décennie
Les échanges mondiaux de coton devraient croître régulièrement au cours de la prochaine décennie au rythme de 2.4 % par an, pour atteindre 12 Mt en 2035. Cette croissance est alimentée par la hausse de la demande de textiles dans les pays asiatiques, notamment au Bangladesh, au Viet Nam et au Pakistan, où la consommation des filatures connaît une augmentation rapide. Le Bangladesh devrait devenir le plus grand importateur mondial, avec un taux de croissance annuel attendu de 3 %, suivi par le Viet Nam et la Chine, avec des taux de croissance respectifs de 3.3 % et 3.5 % par an.
Alors que le Brésil joue un rôle de plus en plus important dans la production mondiale de coton, il devrait rester le principal exportateur de coton brut en 2035, suivi par les États-Unis. Les exportations des États-Unis ont diminué ces dernières années en raison des conditions météorologiques extrêmes qui ont affecté la production, et le Brésil leur a succédé comme premier exportateur mondial de fibres de coton durant la saison 2023/24. D’ici à 2035, le Brésil et les États-Unis devraient représenter les deux tiers environ des exportations mondiales de coton.
Les exportations brésiliennes devraient augmenter fortement au cours des dix prochaines années, grâce aux investissements importants visant à améliorer l’infrastructure portuaire et les capacités logistiques du pays. Par conséquent, les exportations de coton brut devraient progresser de 4.6 % par an, atteignant 4.6 Mt à l’horizon 2035, contre 3.2 Mt pour les États‑Unis (+2.4 % par an). L’ensemble de l’Afrique subsaharienne, où le coton est une culture d’exportation essentielle, se classera derrière (Graphique 9.3) avec 11 % des exportations mondiales en 2035.
Les volumes d’exportation de l’Afrique subsaharienne devraient rester globalement stables sur les dix prochaines années et représenter plus de 80 % de la production de la région (Graphique 9.6, diagramme de gauche). Les principaux destinataires de ces exportations seront l’Asie du Sud et du Sud-Est. La part des exportations dans la production devrait légèrement diminuer, reflétant une consommation plus forte des filatures de la région. L’industrie du textile et de l’habillement se développe dans des pays tels que l’Éthiopie et le Bénin, soutenue par des flux d’investissements directs étrangers et des investissements publics, ce qui réduit les possibilités d’exportation. L’accès à des accords commerciaux préférentiels, dont le système de préférences généralisées de l’Union européenne, contribue également à la croissance de l’industrie dans ces pays.
9.3.4. Prix
Les cours mondiaux du coton diminueront en valeur réelle à moyen terme
En valeur réelle, les cours mondiaux du coton devraient s’orienter légèrement à la baisse à moyen terme (Graphique 9.7). Alors que le ratio stocks/consommation devrait rester plutôt stable au cours de la décennie à venir, la concurrence des fibres synthétiques et recyclées, l’évolution des préférences des consommateurs et les gains de productivité continueront d’avoir une incidence déterminante sur les prix.
Depuis qu’ils sont devenus compétitifs, au début des années 1970, les prix du polyester évoluent de concert avec ceux du coton. Entre 1972 et 2009, les prix du coton n’étaient, en moyenne, supérieurs que de 6 % à ceux de la fibre de polyester. Depuis 2010, cependant, la baisse des coûts de production du polyester, principalement due aux gains d’efficacité et à l’expansion des capacités, a entraîné une baisse significative des prix, tandis que les cours du coton sont restés plus volatils. En conséquence, l’écart de prix s’est considérablement creusé, les prix du coton étant, en moyenne, supérieurs de 77 % environ à ceux du polyester en termes nominaux, avec des pics dépassant 100 % sur la période 2020‑2023. Cependant, cet écart semble s’être réduit en 2024/25.
9.4. Risques et incertitudes
Copier le lien de 9.4. Risques et incertitudesL’évolution de la demande de textiles et les chocs intervenant du côté de l’offre entraînent une volatilité des prix du coton, avec un impact direct sur les revenus des producteurs
Les principaux déterminants de la demande de textiles par habitant dans les économies émergentes, notamment la croissance économique et l’urbanisation, qui contribuent à l’augmentation des revenus et à l’évolution des modes de consommation, continueront d’influer fortement sur la demande de fibres de coton, cependant toute divergence par rapport aux conditions macroéconomiques attendues pourrait aussi avoir une incidence sur cette dernière. Parmi les autres tendances qui affectent les projections figure l’adoption croissante du recyclage dans le secteur textile, qui représente désormais environ 8 % du marché, principalement grâce au polyester produit à partir de bouteilles en plastique recyclées. Dans ce contexte de développement du recyclage, le volume de coton recyclé reste marginal et représentait environ 0.3 Mt en 2024, contre 25 Mt de coton nouvellement produit. Néanmoins, l’expansion du recyclage pourrait progressivement accroître la concurrence avec les fibres de coton et, par conséquent, influer légèrement sur la croissance attendue des volumes utilisés par les filatures au cours de la période de prévision (Textile Exchange, 2025[4]).2 Plus spécifiquement, les déchets de coton pré-consommation issus des usines de confection et de tissage pourraient être recyclés plus efficacement, ce qui contribuerait aussi à la réduction de l’empreinte carbone du secteur textile. De plus, la concurrence accrue des fibres synthétiques et l’évolution des préférences des consommateurs vers le style « athleisure » représentent des obstacles importants qui freinent la demande de coton. Cependant, l’adoption de normes de durabilité et la tendance à la consommation de coton bio et certifié pourraient stimuler la demande de coton étant donné les préoccupations croissantes que suscitent les questions environnementales.
Les pertes de récolte, dues à des infestations de ravageurs, à des variations climatiques et aux contraintes hydriques, de même que les perturbations de la chaîne d’approvisionnement (goulets d’étranglement dans le système de transport, restrictions commerciales, p. ex.) peuvent se répercuter sur la production et limiter la quantité de coton disponible sur les marchés. La volatilité des prix qui en résulte a aussi une incidence sur les revenus des producteurs.
Les cadres réglementaires encourageant les normes de durabilité, de traçabilité et d’étiquetage remodèlent le paysage mondial du coton, reflétant la préférence de plus en plus marquée des consommateurs pour les produits respectueux de l’environnement. Des mesures comme le Règlement sur l’écoconception des produits durables et le Passeport numérique des produits, l’Empreinte environnementale des produits et la Stratégie de l’UE pour des textiles durables et circulaires sont des exemples d’initiatives qui favorisent cette évolution. Néanmoins, d’aucuns craignent que certaines approches réglementaires ne désavantagent incidemment les fibres naturelles. Par ailleurs, les mesures qui ont un effet sur la consommation, telles que des initiatives lancées par certains pays d’Afrique de l’Est pour réduire les importations de vêtements d’occasion dans l’intérêt de l’industrie textile locale pourraient stimuler la consommation de coton et encourager la création de valeur ajoutée sur le continent africain. Toutefois, il est important de s’assurer que l’adoption de ces normes profite aux petits cultivateurs de coton en améliorant leurs moyens de subsistance.
La transition vers une économie circulaire, caractérisée par le recyclage et le développement du marché des vêtements d’occasion, est synonyme à la fois de défis et de possibilités pour l’industrie cotonnière. Les Perspectives prennent pour hypothèse que la transition sera lente. Si les initiatives de recyclage promettent d’améliorer l’efficacité d’utilisation des ressources, elles pourraient perturber les chaînes d’approvisionnement traditionnelles et modifier la structure de la demande de coton brut. En outre, les enjeux associés à la durabilité économique, sociale et environnementale, qu’aborde notamment la Stratégie de l’UE pour des textiles durables et circulaires, revêtent de plus en plus d’importance aux yeux des consommateurs, des parties prenantes de la filière et des décideurs à l’échelle mondiale.
Références
[2] IFA (2019), How Precision Agriculture is Improving Plant Nutrition, International Fertilizer Association, https://www.fertilizer.org/wp-content/uploads/2023/01/IFA_2019_Infographic_Precision_Agriculture.pdf.
[3] Prasad, B. et al. (2024), Fields of Tomorrow: Advancements in Modern Agriculture, Astitva Prakashan.
[4] Textile Exchange (2025), Materials Market Report, Textile Exchange, https://textileexchange.org/knowledge-center/reports/materials-market-report-2024.
[1] Wilson, A. (2023), “Smart irrigation technology covers “more crop per drop””, news, MIT Office of Sustainability, https://sustainability.mit.edu/article/smart-irrigation-technology-covers-more-crop-drop.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. Dans son plan quinquennal annoncé en février 2026, la Chine a présenté des dispositions visant à améliorer la politique de prix indicatif pour le coton afin de soutenir les revenus des producteurs.
← 2. Les chiffres indiqués ici font uniquement référence au coton recyclé mécaniquement – le coton recyclé chimiquement n’est pas inclus.