Le nombre de migrants intra-UpM a augmenté ces vingt dernières années et la région de l’UpM accueille désormais presque 34 millions de migrants intra-UpM, contre 19 millions en 1990 (Graphique 4.5). La majorité de ces migrants viennent de pays de l’UE, mais le nombre de migrants intra-UpM des pays MENA et des Balkans occidentaux augmente. La hausse relative la plus importante du nombre de migrants vient des pays des Balkans occidentaux : la région a enregistré une hausse de 157 % (de 1,1 million à presque 2,8 millions de migrants) sur la période 1990-2024, tandis que les migrations des pays MENA ont augmenté de 112 % (de 4,8 à 10,4 millions).
Les migrations des pays de l’UE représentaient en 2024 plus de la moitié du volume migratoire de l’UpM (54 %), contre 59 % en 1990. La part des migrants des pays MENA et des Balkans occidentaux a augmenté au cours de la même période. Les migrations des pays MENA représentent désormais 30 % des migrants de l’UpM, contre 27 % en 1990, tandis que la part des migrants des Balkans occidentaux est passée de 6 % à 8 %.
Les principales régions d’émigration de l’UpM en dehors de l’UE (MENA et Balkans occidentaux) font face à une forte émigration persistante vers plusieurs pays de l’UE (en particulier la France, l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne), motivée par des difficultés économiques et sociales, notamment un manque de création d’emplois et des taux de chômage élevés, surtout chez les jeunes. Dans les pays des Balkans occidentaux, les migrants viennent surtout de Bosnie-Herzégovine et ces dernières années, d’Albanie (Graphique 4.6).
Le nombre d’émigrants de la région MENA a rapidement augmenté depuis 1990, et le Maroc et l’Autorité palestinienne sont les principaux pays d’origine dans la région (Graphique 4.7).
Les taux d’émigration varient beaucoup selon les régions d’origine des migrants de l’UpM. L’ensemble de la région des Balkans occidentaux fait face à des évolutions démographiques qui associent le vieillissement de la population et une baisse de la natalité (aucune de ces économies n’a un taux de fertilité supérieur au seuil de renouvellement des générations) (Wankiewicz, 2025, « The vanishing Balkans: The region’s demographic crisis » [La disparition des Balkans : la crise démographique dans la région]). En raison de cette évolution démographique et des grosses vagues d’émigration de ces dernières décennies, une part importante de la population vit à l’étranger. En 2024, environ un quart de la population des pays des Balkans occidentaux de l’UpM avait émigré, soit une forte hausse depuis 1990 lorsque le taux d’émigration s’établissait autour de 10 %.
Dans le même temps, la région MENA observe une croissance démographique rapide et des taux d’émigration plus stables dans le temps, autour de 4 % (Graphique 4.8).
Le rôle des migrations intra-régionales en lien avec d’autres destinations de migration varie selon les pays.
Les migrants originaires de l’Albanie, de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie dépendent beaucoup des migrations intra-UpM, puisque plus de 90 % d’entre eux résident dans un autre pays de l’UpM (Graphique 4.9).
Une majorité des migrants venus de l’Autorité palestinienne, de Macédoine du Nord et de Bosnie-Herzégovine réside également dans d’autres pays de l’UpM.
Cependant, quelques pays de l’UpM dépendent davantage de pays de destination situés à l’extérieur de l’UpM, notamment les États-Unis et le Canada, mais aussi l’Australie.
L’UpM et la région MENA élargie. Ces deux dernières décennies, les migrants des pays MENA ont de plus en plus émigré dans la région du Conseil de coopération du Golfe (Graphique 4.10 et Graphique 4.11). Les pays du CCG continuent à être des destinations importantes pour les travailleurs des pays MENA, en particulier l’Égypte et le Liban, en raison de la demande de main-d’œuvre dans le bâtiment, la santé, les technologies et les services. Le nombre de migrants des pays MENA de l’UpM dans la région du CCG a presque triplé entre 2000 et 2024, passant de 1,4 million à 3,9 millions. Ce chiffre est largement dû aux migrations venues d’Égypte, avec une forte augmentation de son volume migratoire dans les pays du CCG depuis 1990, passant de 1,2 à 3,2 millions en 2024. Il est intéressant de noter qu’entre 1990 et 2024, la hausse relative du nombre de migrants de l’Égypte vers les pays du CCG est comparable à la hausse relative des migrations intra-UpM, alors que le nombre absolu des migrants égyptiens dans les pays de destination de l’UpM est moins important. Cela indique que ces deux corridors migratoires se complètent au lieu de se substituer. Alors que les flux migratoires précédents vers les états du CCG étaient principalement constitués d’une main-d’œuvre peu qualifiée, l’immigration très qualifiée a beaucoup augmenté, en particulier dans les secteurs de l’ingénierie, l’informatique, la finance et l’éducation. Cette évolution traduit les efforts déployés par les pays du CCG pour diversifier leurs économies, dans le cadre d’initiatives telles que la Vision 2030 de l’Arabie saoudite et les objectifs de développement à long terme des EAU. Par exemple, les données récentes indiquent que les migrations de la main-d’œuvre moyennement et fortement qualifiée en Arabie saoudite ont augmenté plus vite que celles de la main-d’œuvre peu qualifiée depuis la pandémie de COVID-19 (De Bel-Air, 2024[7]). Les migrants des pays MENA de l’UpM vers les pays du CCG sont très majoritairement des hommes, puisque les femmes ne représentent qu’environ 30 % des migrants. Ce chiffre est cohérent avec la structure globale de migration des pays du CCG, qui se caractérise par une part importante d’hommes migrants.
La répartition hommes-femmes des migrations intra-régionales dans l’UpM est diverse, et elle varie selon la région d’origine. Alors que les femmes constituent au moins la moitié des volumes migratoires venus des Balkans occidentaux, les hommes sont sur-représentés dans les volumes migratoires de tous les pays MENA de l’UpM, sauf l’Algérie. À l’instar de leur proportion dans les volumes migratoires des pays du CCG, les femmes ne représentent que 30 % des migrants égyptiens (Graphique 4.12).
Les données récentes de l’OCDE montrent que les migrants des pays d’origine de l’UpM ont souvent du mal à s’intégrer dans le marché du travail. Les migrants d’Afrique du Nord et des Balkans occidentaux dans les pays de l’OCDE sont en moyenne moins intégrés au marché du travail et sont plus susceptibles d’être surqualifiés par rapport aux autres individus nés à l’étranger ( (OECD, 2022[8]); (OECD, 2022[1]) ; (OECD, 2018[9])).
Tandis que l’émigration des individus en âge de travailler peut avoir des conséquences négatives sur le marché du travail et l’économie des pays d’origine, comme l’explique la section M1, les migrations peuvent aussi avoir un impact positif sur les économies de ces pays grâce aux transferts financiers et de connaissances des migrants et de la diaspora (Encadré 4.2).