L'intégration régionale au sein de l'Union pour la Méditerranée 2025 offre un éclairage nouveau et une analyse convaincante sur l'évolution de l'intégration dans la région euro-méditerranéenne. S'appuyant sur la première édition de 2021, ce deuxième rapport rend compte des principales évolutions et propose des recommandations de politiques publiques ciblées et concrètes pour renforcer la coopération et atteindre des objectifs communs. Il évalue les progrès réalisés dans des dimensions clés, notamment le commerce, la finance, la mobilité des personnes, la recherche et l'enseignement supérieur, les infrastructures de transport et d'énergie ainsi que les infrastructures numériques, ces dernières constituant une nouvelle dimension pour 2025. Dans cette édition, l'accent mis sur la connectivité et les transitions numérique et verte est renforcé, et l’étendue géographique élargie au-delà des membres de l'UpM par l’inclusion des pays du Conseil de coopération du Golfe, reconnaissant ainsi la coopération croissante entre les deux régions.
Intégration régionale dans l’Union pour la Méditerranée 2025
Description
Synthèse
En cette année qui marque le 30ème anniversaire du processus de Barcelone promouvant le partenariat euro-méditerranéen, le rapport « Intégration régionale dans l'Union pour la Méditerranée 2025 » présente des conclusions et des observations sur l'état de l'intégration dans la région, ainsi que des recommandations de politiques publiques concrètes pour progresser vers des objectifs communs.
L'analyse se concentre sur les développements intervenus depuis 2021, année durant laquelle le premier rapport de l'OCDE mesurant les progrès de l'intégration dans l'Union pour la Méditerranée (UpM) a été achevé. Elle montre que l'intégration dans la région constituée par l'UpM progresse, mais reste en deçà de son potentiel dans différents domaines économiques, en raison des difficultés persistantes rencontrées en matière de circulation des biens, des services, des capitaux, des personnes et des idées. Dans le même temps, ce rapport observe une intégration croissante des membres de l'UpM avec les pays de la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord (MENA) au sens large. Les pays du Golfe, plus particulièrement, sont devenus des contributeurs majeurs aux investissements directs à l’étranger dans la région de l'UpM. En effet, l'Union pour la Méditerranée compte près de 800 millions d'habitants, soit 9,8 % de la population mondiale en 2024 ; l'histoire et la position géographique stratégique de la région rendent son rôle essentiel pour la connectivité et le commerce mondial, y compris le commerce de ressources énergétiques.
L'état de l'intégration régionale en 2025
Copier le lien de L'état de l'intégration régionale en 2025Le commerce intra-régional de marchandises au sein de l'UpM est en pleine croissance, avec une tendance manifeste vers un commerce à plus forte valeur ajoutée et un approfondissement des chaînes de valeur régionales
Les flux commerciaux de la région de l'UpM constituent une part importante de l'économie mondiale, représentant 30 % des exportations mondiales en 2022, soit une valeur supérieure à 7 200 milliards de dollars américains. Au sein de la région, si l'UE reste le principal partenaire commercial, l'intégration commerciale entre les autres membres de l'UpM, notamment la Turquie, les économies des Balkans occidentaux et d'Afrique du Nord, s'est approfondie, en particulier depuis la pandémie de COVID-19. Ce processus est visible tant pour le commerce des marchandises que pour l'intégration de la valeur ajoutée d'origine UpM dans les exportations de l'UE et d'autres économies de l'UpM, reflétant des liens plus étroits entre les chaînes de valeur dans la région, que la pandémie a peut-être renforcés. On observe également une évolution claire de la composition des échanges commerciaux vers des secteurs à plus forte valeur ajoutée, tels que les produits mécaniques et les produits chimiques, parallèlement à la croissance florissante du commerce numérique dans toute la région. Cette tendance est corroborée par l'analyse des avantages comparatifs révélés entre 1996 et 2023. Celle-ci révèle avant tout des trajectoires variées de développement industriel au niveau économique au sein de la région. Alors que certaines économies progressent considérablement - le Maroc ayant gagné un avantage concurrentiel dans les secteurs de haute technologie comme les pièces d'avion et la Macédoine du Nord dans les produits chimiques -, d'autres ont renforcé leur spécialisation dans des industries plus traditionnelles. Cette divergence met en évidence un paysage concurrentiel plus complexe, caractérisé par des niveaux variables de dynamisme industriel au sein de l'UpM.
Néanmoins, les accords commerciaux entre les économies de l'UpM restent principalement axés sur les biens, malgré l'importance croissante des services et du commerce numérique. De plus, les difficultés rencontrées par certaines économies non-membres de l'UE au sein de l'UpM pour se conformer aux exigences de l'UE en matière de durabilité pour les exportations constituent un défi de taille, qui affecte le potentiel de diversification économique et une participation plus accrue aux chaînes de valeur régionales.
Principales recommandations
Élaborer des accords commerciaux de nouvelle génération qui englobent les services, les investissements, le commerce numérique et la coopération réglementaire, tout en poursuivant les efforts visant à moderniser et à faire respecter les accords existants. Il est essentiel d’améliorer davantage la facilitation des échanges, ce qui requiert une coopération renforcée aux frontières, tant interne qu'externe, la numérisation, la reconnaissance mutuelle des normes et une transparence accrue. Les politiques devraient promouvoir la diversification économique vers des activités à plus forte valeur ajoutée et soutenir le développement de chaînes de valeur régionales pour les biens et les services.
Le développement financier et l'intégration au sein de l'UpM restent fragmentés, reflétant des disparités économiques, institutionnelles et géographiques
Les secteurs financiers au sein de la région de l'UpM restent très hétérogènes, reflétant des niveaux de développement et d'intégration différents. Ils ont toutefois pour caractéristique commune la prédominance du financement bancaire. L'accès limité à des sources de financement diversifiées et les contraintes financières persistantes sont particulièrement visibles dans les sous-régions MENA et des Balkans occidentaux, où les marchés de capitaux restent relativement sous-développés par rapport à l'UE. De plus, l'environnement réglementaire dans plusieurs pays de l'UpM continue d'entraver le développement des marchés financiers, limitant les investissements transfrontaliers et l'innovation dans les services financiers.
Les flux d'investissements directs à l’étranger (IDE) sont restés globalement résilients dans toute la région de l'UpM, avec des différences sous-régionales notables au cours de la période 2013-2023, ceux-ci s'élevant en moyenne à 2,9 % du PIB dans les pays de la région MENA et à 6,1 % dans les Balkans occidentaux. Ces disparités reflètent en grande partie les défis persistants en matière de gouvernance, les obstacles réglementaires et l'instabilité politique qui affectent la confiance des investisseurs, particulièrement dans la région MENA.
Les flux de rapatriements de fonds, qui dépassent désormais les IDE et l'aide publique au développement dans plusieurs économies de l'UpM, sont devenus une source vitale de financement extérieur.
Principales recommandations
Les gouvernements devraient mettre en œuvre des réformes visant à renforcer les marchés et les institutions financières. Il est essentiel de poursuivre les réformes visant à remédier à la fragmentation financière et à faciliter les flux transfrontaliers de capitaux, ainsi que de renforcer les mesures d'atténuation des risques et d’améliorer le cadre de politique macroprudentielle.
Promouvoir une plus grande diversification du secteur financier. La promotion d'instruments financiers alternatifs pour compléter le financement bancaire, tels que les marchés des actions et des obligations d'entreprises, est essentielle pour soutenir le développement du secteur privé.
Réduire les restrictions réglementaires afin d'améliorer les cadres d'investissement. L'assouplissement des restrictions sur les IDE, la rationalisation des procédures d'approbation et la suppression des obstacles aux opérateurs et aux opérations étrangers pourraient générer des avantages considérables.
Les défis liés au développement des infrastructures de connectivité dans l'UpM persistent, en particulier dans la rive Sud, ce qui nuit à la performance des systèmes logistiques et affecte le potentiel commercial
La nécessité d'investir davantage pour améliorer les infrastructures de connectivité de l'UpM, déjà soulignée dans le rapport de 2021, demeure une priorité, en particulier dans la sous-région MENA. La fragmentation réglementaire, ainsi que les difficultés rencontrées pour coordonner les projets transfrontaliers et mobiliser des capitaux d'investissement continuent de freiner le développement des infrastructures régionales. La prédominance des acteurs étatiques et le nombre limité de partenariats public-privé, en particulier dans les pays du sud de la Méditerranée, entravent d’autant plus la participation et le financement du secteur privé.
À quelques exceptions près, le développement de nouvelles infrastructures de transport et d'énergie dans les pays du Sud de la Méditerranée ne s’est fait que lentement. Les infrastructures numériques ont progressé, mais dans les économies des Balkans occidentaux et de la région MENA, l'expansion des infrastructures à haut débit est limitée, ce qui retarde également le déploiement d'infrastructures intelligentes dans les systèmes de transport et d'énergie.
Pourtant, l'amélioration des infrastructures permettrait de soutenir des systèmes logistiques plus performants, essentiels à la croissance des échanges commerciaux et au développement des chaînes d'approvisionnement régionales. De plus, le transport de marchandises par voie terrestre dans l'UpM reste fortement dépendant des infrastructures routières. Le développement de réseaux de transport multimodaux, intégrant des liaisons routières, ferroviaires et maritimes et améliorant la connectivité avec les centres de production, permettrait d’optimiser les itinéraires et de promouvoir la durabilité, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. En effet, les pays de l'UpM représentent 13,4 % des émissions mondiales liées au transport, soit une augmentation de 40 % depuis 1990, ce qui souligne la nécessité urgente d'accélérer les efforts de décarbonation dans le secteur des transports.
Au-delà des transports, la transition écologique représente une opportunité pour renforcer l'intégration régionale des infrastructures. Des projets tels que ELMED et GREGY ouvrent la voie à des échanges énergétiques transméditerranéens et font de la région MENA un contributeur potentiel clé à la transition vers les énergies propres de l'Europe.
Principales recommandations
S'engager dans des plateformes de coopération régionale, telles que les plateformes régionales de l'UpM sur la connectivité des transports et l'énergie, le groupe de travail sur le commerce et l'investissement du programme MENA-OCDE pour la compétitivité et le nouveau forum de l’OCDE sur les marchés émergents, afin de favoriser la confiance, la coordination, la collaboration et la cohérence des politiques en matière de connectivité, d'harmoniser les normes et la planification au-delà des frontières et de renforcer la continuité des réseaux d'infrastructures et des chaînes d'approvisionnement grâce à des structures de collaboration.
Promouvoir les projets d'infrastructure qui soutiennent la décarbonation et améliorent l'efficacité énergétique. Étant donné que la demande en électricité des deux côtés de la Méditerranée devrait augmenter dans les prochaines années, les pays de l'UpM devraient chercher à soutenir le développement d'infrastructures d'énergie renouvelable, en particulier dans le sud de la Méditerranée, et l'intégration de la sous-région dans les réseaux énergétiques locaux et régionaux. L'adoption de schémas directeurs nationaux en matière de logistique, comprenant la multimodalité et une vision holistique des réseaux de transport, est essentielle pour une croissance économique durable et l'intégration régionale.
Il est essentiel de renforcer les infrastructures à large bande dans le sud de la Méditerranée et d'étendre les infrastructures de communication à haut débit à l'échelle nationale et régionale, grâce à des projets tels que le câble sous-marin Medusa, afin de renforcer la connectivité entre le nord et le sud de la Méditerranée.
La mobilité au sein de la région de l’UpM continue d’augmenter, sous l’effet de pressions démographiques, de problèmes d’appariement sur le marché du travail et de disparités économiques
Les migrations intra-UpM ont augmenté régulièrement au cours des deux dernières décennies, les flux ayant repris après la pandémie de COVID-19. Dans le sud de la Méditerranée, la population en âge de travailler, en augmentation, est confrontée à un chômage des jeunes persistant et à un décalage entre les compétences et les besoins du marché du travail. Les initiatives de l'UE, telles que les partenariats destinés à attirer les talents, visent à faciliter l'alignement du développement des compétences étrangères sur les exigences du marché du travail national, dans l'intérêt de tous les pays concernés. La mise en œuvre initiale de ces programmes conjoints dans les pays de la région MENA donne des résultats prometteurs. L'augmentation du nombre de bénéficiaires pourrait renforcer les effets sur les marchés du travail et la gestion de la mobilité de la main-d'œuvre.
Dans l'ensemble, la mobilité transfrontalière s’inscrit encore dans un contexte de disparités entre les exigences en matière de visas des pays de l'UpM. Les défis politiques, sociaux et environnementaux influencent de plus en plus les dynamiques de mobilité dans la région. Il convient de noter que, même si le tourisme demeure un contributeur important au PIB, en particulier dans les économies non-membres de l'UE de l'UpM, l'instabilité régionale et les conflits observés au cours de la période considérée ont réduit l'impact économique du secteur.
Principales recommandations
Améliorer la gestion des migrations de main-d'œuvre en surveillant de près les flux migratoires et en priorisant les partenariats et les accords qui favorisent le développement des compétences et répondent aux besoins des pays d'origine et de destination.
Les gouvernements devraient promouvoir des pratiques touristiques responsables afin d'optimiser l'utilisation des ressources naturelles, d'atténuer les impacts environnementaux et d'équilibrer la croissance du tourisme avec la durabilité à long terme.
L’enseignement supérieur et la recherche occupent une place de plus en plus centrale dans l’intégration régionale et la coopération internationale, mais leur développement reste très inégal au sein de l’UpM
Alors que l'Union européenne a mis en place des cadres solides et bien financés en faveur de la coopération transfrontalière, l'harmonisation des normes et la mobilité institutionnelle, les pays du sud de la Méditerranée continuent de se heurter à des obstacles structurels et financiers qui les empêchent de participer de manière significative. Ces disparités reflètent des inégalités plus larges en matière d'investissement, d'infrastructures et de capacités institutionnelles, qui limitent à leur tour les possibilités de coopération et de développement mutuel. Les modèles actuels de mobilité et de partenariat sont largement asymétriques, dominés par les flux sortants du Sud et façonnés par les programmes de l'UE. Enfin, la dynamique de genre en matière de mobilité présente un tableau contrasté : la participation des femmes augmente et dépasse parfois celle des hommes dans certains contextes, mais des écarts subsistent, en particulier dans les pays d'Afrique du Nord.
Principales recommandations
Renforcer les capacités de coopération régionale en augmentant les financements publics consacrés à l'enseignement supérieur et à la recherche, en particulier dans les pays du sud de la Méditerranée qui dépensent relativement peu en R&D et en innovation, tout en créant des incitations pour les chercheurs, les universités et les entreprises à participer à des programmes de financement internationaux. Les pays de la région MENA, en particulier, devraient investir davantage dans la formation doctorale et les jeunes universitaires afin de renforcer les effectifs de recherche, tout en favorisant la carrière des femmes dans le monde universitaire par l’amélioration des conditions de travail et des processus d'avancement professionnel.
Les gouvernements devraient promouvoir les opportunités de mobilité dans le domaine de l'éducation et de la recherche, ainsi que les échanges virtuels et la mobilité à court terme. La mise en œuvre par les membres de l'UpM de la Convention mondiale sur la reconnaissance des qualifications relatives à l'enseignement supérieur contribuera à améliorer la reconnaissance des qualifications et le partage d'informations entre les pays de l'UpM.
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