C'est avec beaucoup d'enthousiasme que nous présentons cette deuxième édition du Rapport d'étape sur l'intégration régionale dans l'Union pour la Méditerranée en ce moment hautement symbolique, alors que nous célébrons le 30ème anniversaire du processus de Barcelone. Conscients qu'aucun rapport ne peut résumer à lui seul la réalité socio-économique régionale actuelle dans toute sa complexité, nous avons une nouvelle fois confié la rédaction du rapport de l'UpM à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), dont nous apprécions grandement la rigueur scientifique de sa méthodologie fondée sur des données empiriques ainsi que la connaissance approfondie de la région. Cette deuxième édition a été rendue possible grâce au soutien généreux de la Coopération allemande pour le développement, et des recommandations de politiques publiques concrètes sont désormais disponibles pour guider notre boussole stratégique dans l'une des régions les moins intégrées économiquement au monde.
Cette région, où vivent des centaines de millions de personnes, est aujourd'hui très différente de ce qu'elle était en 2021, lorsque nous avons lancé la première édition de ce rapport. À l'époque, le monde entier était encore aux prises avec les répercussions d'une pandémie mondiale qui nous a tous pris au dépourvu. D'autres évènements ont perturbé la région depuis lors, notamment des guerres, des crises humanitaires et économiques, des bouleversements technologiques et environnementaux, et comme toujours, les régions les plus fragmentées sur le plan économique se sont révélées être les plus vulnérables à ces ondes de choc.
L'impératif d'intégration a toujours été au cœur de notre mission à l'Union pour la Méditerranée. Pour autant, nous ne la considérons pas comme une fin en soi mais plutôt comme un moyen d'atteindre un objectif plus large, à savoir la construction d'un espace commun de paix, de stabilité, de prospérité et de sécurité : l'acquis même du processus de Barcelone. Promouvoir la coopération et l'intégration régionales dans la région euro-méditerranéenne nécessite bien plus qu'une simple vision politique ou un modèle économique. Il s'agit plutôt d'un art consistant à impliquer un écosystème en constante expansion, à mobiliser les décideurs politiques et les acteurs, à renforcer les capacités, à cartographier les réalités et les lacunes sur le terrain, et à s'efforcer de concevoir et de produire conjointement des résultats tangibles dans un paysage économique et géopolitique en constante évolution. En ce sens, nous sommes des néo-romantiques à la manière méditerranéenne, le genre de romantisme qui ne contredit pas le pragmatisme, mais plutôt qui imprègne nos efforts de la passion nécessaire pour continuer à relever les nombreux défis, et ce sans perdre notre enthousiasme.
La deuxième édition du rapport est porteuse de bonnes nouvelles et confirme, par des données empiriques, ce que nous savions déjà : il existe des raisons évidentes d'espérer, des tendances prometteuses qui peuvent être amplifiées et reproduites, et des pistes d'action qui nécessitent des réformes politiques et une coordination plus étroite entre et au sein des deux rives de la région afin de répondre aux aspirations légitimes de nos populations. Pour traduire notre optimisme en chiffres, en 2023, la reprise du commerce intra-UpM est manifeste, les pays de l'UpM échangeant près de deux fois plus entre eux qu'avec le reste du monde, pour un total de plus de 4 400 milliards de dollars américains. Les flux d'investissements directs à l’étranger (IDE) sont restés globalement résilients dans toute la région de l'UpM, et les grandes initiatives de transition écologique nord-sud soulignent le rôle croissant que jouent les pays de la région MENA dans l'objectif de l'UE d'importer 10 millions de mégatonnes d'hydrogène renouvelable par an d'ici 2030.
Consciente de la nécessité de faire preuve d'agilité et de dynamisme pour relever les défis liés à l'intégration, l'Union pour la Méditerranée est engagée dans un processus de réforme approfondi visant à mettre en place une architecture institutionnelle adaptée à ses objectifs et propice à un mode de fonctionnement plus efficace. Nous sommes convaincus que le soutien de nos États membres et de notre écosystème nous aidera à obtenir de nouveaux résultats dans tous les domaines prioritaires pour la région.
L'intégration dans notre région est aussi ancienne que le commerce et la mobilité et, à ce titre, aussi ancienne que le dialogue et les échanges. La route de la soie, la route de l'ambre et la route des épices convergeaient toutes vers les rives de notre mer civilisatrice et son arrière-pays culturel, où l'écriture et l'alphabet ont été inventés, où la démocratie est née et où les premières bibliothèques, académies et universités du monde ont inspiré une notion sans équivoque de progrès. C'est cette croyance inébranlable dans le progrès qui guide nos efforts collectifs vers l'intégration en tant que logos, ethos et pathos. Je vous invite à lire attentivement le rapport et à réfléchir à ses conclusions, mais surtout à vous inspirer des recommandations concrètes qu'il présente.
Nasser Kamel
Secrétaire général, Union pour la Méditerranée