Les substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées, ou PFAS, forment un large groupe de plus de 10 000 produits chimiques qui suscite l’attention croissante du grand public. Si ces substances sont surtout connues pour leurs applications de grande consommation telles que les revêtements antiadhésifs d’appareils de cuisson ou l’imperméabilisation des vêtements de pluie, on les retrouve également dans de nombreux procédés et produits industriels et commerciaux.
Applications des PFAS et difficultés à les remplacer
Du fait de leurs propriétés utiles, les PFAS interviennent dans de nombreux secteurs, notamment le textile, l’industrie manufacturière, l’automobile, l’aérospatiale, la défense, la lutte contre les incendies, l’électronique, les applications médicales, ou encore la construction. Certaines peuvent remplir une ou plusieurs fonctions dans un produit ou procédé : lubrification, antiadhésion, prévention de la corrosion ou des explosions, retardement de flamme, imperméabilisation, stabilisation thermique et capacité antipoussière ou oléofuge. La diversité des utilisations possibles des PFAS explique leur omniprésence dans les chaînes d’approvisionnement, et la raison pour laquelle les autorités de réglementation et les acteurs de l’industrie peuvent avoir des difficultés à en assurer le recensement et le suivi.
Caractéristiques des PFAS : similitudes et différences
Au niveau chimique, toutes les PFAS comportent un type particulier de liaison entre des atomes de carbone et de fluor (voir le document de terminologie de l’OCDE, disponible en anglais). C’est cette liaison, extrêmement stable, qui explique la persistance de ces produits dans l’environnement. De ce fait, les rejets qui sont issus en permanence de la fabrication des PFAS et de la production, de l’utilisation et de la gestion en fin de vie des produits à base de PFAS entraînent la présence et l’accumulation de PFAS dans notre environnement, bien au-delà de notre propre durée de vie.
Les PFAS n’ont pas toutes la même structure moléculaire, certaines étant composées de moins d’une dizaine d’atomes, quand d’autres sont des polymères, c’est-à-dire de longues chaînes d’unités répétitives. Bien qu’elles soient toutes des substances persistantes, elles peuvent avoir des caractéristiques physiques et chimiques différentes. Par exemple, à température ambiante, certaines sont à l’état solide, d’autres à l’état liquide, et d’autres encore sont des gaz. Enfin, leurs propriétés biologiques peuvent également différer, et notamment leur degré de toxicité. Il a été montré que certaines de ces substances sont cancérigènes et dommageables pour la santé reproductive, tandis que les essais menés sur d’autres PFAS n’entraînent pas les mêmes effets. Dans le même temps, on ne dispose pas de la même quantité d’informations pour toutes les PFAS.
Substitution des PFAS : secteurs en transition et secteurs où les défis demeurent
Il est plus simple de remplacer les PFAS dans certains secteurs que dans d’autres, même quand il subsiste des lacunes en matière d’information. La transition est déjà engagée dans les secteurs des cosmétiques et de nombreux produits de consommation – habillement, textiles, lubrifiants et matériaux au contact des denrées alimentaires. La réglementation, en assurant aux entreprises l’équité des règles du jeu, peut contribuer à accélérer cette évolution. Cependant, dans d’autres secteurs, les exigences de performance fonctionnelle rendent la substitution plus difficile, en particulier quand les produits fournissent des services essentiels ou doivent respecter des niveaux de qualification très stricts, comme dans le cas des procédés industriels en conditions extrêmes, des pièces aéronautiques et des dispositifs médicaux.
Quand on réfléchit à remplacer les PFAS, ont doit également considérer les éventuels arbitrages à faire avec les autres objectifs environnementaux. Par exemple, on retrouve certaines PFAS dans un éventail de produits destinés à soutenir la transition énergétique – batteries de véhicules électriques, revêtements de turbines éoliennes et de panneaux solaires et électrolyseurs de production d’hydrogène –, d’où des tensions possibles entre objectifs de gestion des produits chimiques et objectifs climatiques.
L’interdépendance de toutes ces dimensions exige des démarches de gestion des risques qui soient différenciées. Il s’agit notamment d’éliminer l’utilisation des PFAS associées à des profils de risque et de danger inacceptables ; de déterminer si la performance fonctionnelle est réellement nécessaire dans certains secteurs ou si l’on peut facilement envisager une transition vers d’autres solutions ; et, quand l’utilisation des PFAS est indéniablement bénéfique, d’assurer la protection des personnels et d’appliquer des mesures plus strictes de prévention de la pollution pour limiter l’exposition humaine et les rejets dans l’environnement.
Enfin, il ne faudrait pas oublier de remettre en perspective les produits chimiques que l’on envisage de substituer aux PFAS. S’il faut une autre substance pour continuer d’obtenir la fonctionnalité requise, il convient de se demander si cette substance est plus sûre pour la santé humaine et l’environnement, et quels sont ses profils de risque et de danger. Produire « sans PFAS » n’élimine pas nécessairement tous les risques, et l’on pourrait assister à une évolution vers d’autres risques. Il est important de veiller à ce que la substitution soit non regrettable, un objectif que l’on peut avoir tendance à ignorer.
Actions de l’OCDE à l’appui de la gestion des risques liés aux PFAS
1. Mutualisation des approches : l’OCDE continue de fournir aux pays et aux parties prenantes un espace de partage d’informations sur les approches les plus récemment mises en œuvre pour gérer les risques liés aux PFAS, les défis à relever et les solutions possibles. Pour cela, elle organise des webinaires et d’autres activités d’échange d’informations, grâce auxquels les pays et les parties prenantes peuvent apprendre les uns des autres et mettre à profit leur retour d’expérience.
2. Production et diffusion d’informations techniques : l’OCDE élabore des rapports techniques pour soutenir les approches en matière de gestion des risques. On peut y retrouver des définitions et de la terminologie relatives aux PFAS et des fiches d’information sur les groupes de PFAS. Une série de rapports vient notamment d’être préparée sur les PFAS polymères – polymères à chaînes latérales fluorées, perfluoropolyéthers et fluoropolymères. Ces rapports, disponibles en anglais uniquement, proposent des synthèses des informations disponibles, avec notamment l’identité des substances chimiques, les modalités de leur production, utilisation et élimination, et les points où des rejets sont susceptibles de se produire durant leur cycle de vie.
3. Recensement sectoriel de solutions de remplacement : l’OCDE mène également des études sectorielles concrètes à l’appui du processus de substitution. L’objet de ces études est de recenser les PFAS utilisées dans des applications spécifiques, les fonctions qu’elles remplissent et s’il existe déjà des solutions de remplacement non fluorées. À titre d’exemples récents, on peut citer les cosmétiques, les huiles et lubrifiants hydrauliques, les enduits, peintures et vernis (utilisations actuelles et profils de danger) et les emballages alimentaires en papier ou en carton (utilisations actuelles et profils de danger). Ces études aident les autorités à déterminer où la transition est possible, et aident également les entreprises à anticiper les attentes réglementaires.
On trouvera de plus amples informations sur ces activités à la page web de l’OCDE consacrée aux PFAS.