Ce chapitre traite de la manière dont les pays partenaires et les acteurs du développement ont mis à profit la phase de réflexion, de dialogue et d’action du quatrième cycle de l’exercice de suivi du Partenariat mondial pour traduire les constats dressés en mesures d’action publique. Partant des processus de dialogue au niveau des pays, il recense les défis communs en matière d’efficacité, met en évidence les mesures proposées pour renforcer l’efficacité de la coopération pour le développement et décrit comment les progrès accomplis seront suivis.
Vers une coopération pour le développement plus efficace – Rapport d'étape 2026
7. Traduire les résultats du suivi en politiques publiques grâce à la réflexion, au dialogue et à l’action
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Principaux constats
Copier le lien de Principaux constatsEn mars 2026, parmi les 44 pays partenaires participants, 22 avaient organisé et mené avec succès des dialogues pour l’action au niveau des pays dans le cadre de la phase de réflexion, de dialogue et d’action. Cinq domaines clés devant faire l’objet d’améliorations ont généralement été examinés : 1) l’alignement sur les cadres nationaux de planification et de résultats ; 2) les systèmes statistiques nationaux, les systèmes de gestion de l’information et la transparence dans la coopération pour le développement ; 3) la prévisibilité et l’intégration budgétaire ; 4) le recours aux systèmes de gestion des finances publiques ; 5) la collaboration inclusive avec les acteurs non étatiques. Les administrations des pays partenaires, les partenaires au développement et, dans de nombreux pays, d’autres acteurs du développement se sont engagés à prendre des mesures pour opérer des améliorations dans chacun de ces domaines.
Les résultats des dialogues et les mesures d’action convenues reflètent les différentes réalités des pays concernés et sont de nature très diverse, allant de modifications progressives des procédures à des réformes plus structurelles visant à intégrer les engagements en faveur de l’efficacité dans les systèmes nationaux de gouvernance. Dans plusieurs cas, les transitions macroéconomiques plus vastes à l’œuvre dans le contexte national du financement du développement ont eu une influence stratégique sur ces résultats. Par ailleurs, le contexte politique et le paysage de la coopération pour le développement étant différents dans chaque pays, la traduction des données issues de l’exercice de suivi en mesures d’action publique a été effectuée au moyen de processus adaptatifs et spécifiques aux pays.
Plusieurs pays partenaires sont ainsi passés du stade de la réflexion à des modifications concrètes concernant leurs pratiques de notification, l’utilisation des systèmes et les modalités de coordination. Bien que l’envergure de ces réformes varie, de nombreuses administrations de pays partenaires ont commencé à intégrer plus systématiquement les engagements relatifs à l’efficacité dans leurs cadres nationaux de planification, de budgétisation et de coordination. Cette intégration structurelle répond à un objectif plus général consistant à institutionnaliser les principes de l’efficacité du développement bien au-delà du cycle de l’exercice de suivi du Partenariat mondial.
Différentes approches ont fait leur apparition pour institutionnaliser les mécanismes de redevabilité et de suivi afin de permettre aux acteurs du développement de mesurer conjointement les progrès accomplis dans la mise en œuvre de leurs engagements en faveur de l’efficacité. Parmi ces approches figure l’établissement ou le renforcement de mécanismes formels de redevabilité de façon à combler directement les lacunes importantes mises en évidence par les données de suivi. Si, dans la majorité des pays participants, les parties prenantes ont exprimé la ferme intention de renforcer les mécanismes de redevabilité mutuelle, le degré de formalisation varie considérablement. Plutôt que de créer de nouvelles structures, les parties prenantes de certains pays partenaires ont décidé d’assurer un suivi des engagements pris lors des dialogues au moyen de mécanismes de coordination des politiques publiques déjà en place.
La Partie II de ce rapport passe en revue la phase de réflexion, de dialogue et d’action du quatrième cycle de l’exercice de suivi du Partenariat mondial et analyse la manière dont les pays partenaires et les acteurs du développement mettent à profit les conclusions du suivi pour orienter les interventions des pouvoirs publics. Le présent chapitre offre un aperçu de cette phase finale de l’exercice de suivi et décrit la manière dont elle a été mise en œuvre au moyen de processus de dialogue multipartites pilotés par les pays participants. Il contient également une analyse des mesures d’action publique mises au point par les différents pays à la suite de ces dialogues et recense à cet égard les priorités communes en matière de réformes ainsi que les tendances qui se dégagent des engagements adoptés pour renforcer l’efficacité de la coopération pour le développement. Enfin, il s’arrête plus particulièrement sur les mécanismes de redevabilité et de suivi instaurés concernant les engagements pris durant la phase de réflexion, de dialogue et d’action. Le Chapitre 8 jette un coup de projecteur sur chacun des pays ayant accompli cette phase finale de l’exercice de suivi et rend compte pays par pays des processus de dialogue mis en place et de leurs résultats.
7.1. La nouvelle phase de réflexion, de dialogue et d’action permet aux pays de passer du suivi à la prise de mesures d’action publique
Copier le lien de 7.1. La nouvelle phase de réflexion, de dialogue et d’action permet aux pays de passer du suivi à la prise de mesures d’action publiqueLa phase de réflexion, de dialogue et d’action est une nouvelle étape du quatrième cycle de l’exercice de suivi du Partenariat mondial, conçue pour associer systématiquement les résultats du suivi à des mesures d’action publique dans les pays. Approuvée en 2022 lors du Sommet pour une coopération efficace au service du développement tenu à Genève (Partenariat mondial, 2022[1]), cette phase permet aux pays de mettre à profit les données probantes pour renforcer leur redevabilité, orienter le dialogue sur les politiques publiques, renforcer les partenariats multipartites et mettre en place des actions conjointes visant à améliorer l’efficacité de la coopération pour le développement dans les pays partenaires. Plus qu’un simple exercice de remontée d’information, cette phase est l’occasion de favoriser la redevabilité, l’apprentissage collectif et la responsabilité partagée et vise à instaurer un réel climat de confiance, notamment en ce qui concerne les intentions et les capacités des partenaires, ainsi qu’à renforcer l’appropriation par les pays. Dans un contexte où les ressources consacrées à la coopération pour le développement font l’objet d’un examen de plus en plus rigoureux, elle offre une plateforme pour accroître l’impact du soutien fourni par les partenaires au développement. En définitive, la phase de réflexion, de dialogue et d’action a vocation à renouveler la confiance mutuelle et à renforcer l’efficacité des partenariats fondés sur une responsabilité commune en vue d’obtenir des résultats durables.
En mars 2026, parmi les 44 pays partenaires participants, 22 avaient organisé et mené avec succès des dialogues pour l’action au niveau des pays1. Ces pays – le Bangladesh, le Bhoutan, le Burkina Faso, le Cambodge, la Colombie, la Gambie, le Honduras, l’Indonésie, le Lesotho, le Mozambique, le Népal, le Nigéria, l’Ouganda, le Pakistan, les Philippines, la République démocratique du Congo (RDC), la République démocratique populaire lao (RDP lao), la République dominicaine, la Sierra Leone, la Somalie, le Yémen et la Zambie – se sont servi des résultats du suivi pour faire le point sur les progrès accomplis, définir des priorités et promouvoir des partenariats plus efficaces à l’appui du développement. Par ailleurs, au moment de la rédaction du présent chapitre, dix autres pays avaient fait part de leur intention d’organiser un dialogue sur les résultats. Sauf indication contraire, les pays mentionnés dans la Partie II de ce rapport renvoient aux 22 pays ayant entrepris un dialogue sur les résultats. L’Encadré 7.1 décrit le processus suivi.
Encadré 7.1. Le déroulement du processus lors de la phase de réflexion, de dialogue et d’action
Copier le lien de Encadré 7.1. Le déroulement du processus lors de la phase de réflexion, de dialogue et d’actionLe processus type comportait une série de réunions techniques de réflexion avec différents groupes de parties prenantes, suivies de dialogues multipartites de consolidation à haut niveau visant à dégager un consensus politique sur les actions et réformes prioritaires. Les autorités nationales ont organisé des dialogues inclusifs au niveau des pays, réunissant les partenaires au développement et un large éventail de parties prenantes afin d’examiner les constats dressés et de convenir d’actions de suivi conformes aux priorités nationales, tout en adaptant, dans certains pays, la participation aux circonstances spécifiques des contextes de fragilité. Les partenaires au développement et, à des degrés divers, les organisations de la société civile ont pris part à l’examen des résultats. Les acteurs du secteur privé, notamment les associations professionnelles et les syndicats, ont participé au processus dans la plupart des cas, tandis que les fondations philanthropiques et les établissements universitaires ont été mobilisés de manière plus sélective.
Il convient de noter que huit pays participants se trouvent dans une situation de fragilité extrême, ce qui peut poser des difficultés particulières pour organiser un dialogue véritablement multipartite et, dans certains cas, tenir des réunions en personne. Parmi ces contextes difficiles, le Burkina Faso et le Yémen ont suivi des processus distincts de façon à tenir compte des circonstances locales, tout en préservant les principes fondamentaux d’un dialogue inclusif fondé sur des données probantes et débouchant sur des résultats concrets. Au Yémen, des consultations ont été menées avec les partenaires au développement, la société civile et le secteur privé dans le cadre d’échanges propres aux différentes parties prenantes tenus dans le cadre de processus plus larges de gouvernance et de coordination de la coopération pour le développement. Ces échanges ont conduit à des réformes qui ont déjà largement été mises en œuvre. Au Burkina Faso, des consultations techniques ont été organisées avec les parties prenantes, puis les recommandations stratégiques issues de ces consultations ont été consolidées dans un rapport des autorités communiqué à chacun des groupes de parties prenantes.
Le contexte politique et le paysage de la coopération pour le développement étant différents dans chaque pays, les données issues du suivi ont été traduites en mesures d’action publique dans le cadre de processus adaptatifs propres à chaque pays (des exemples sont disponibles dans l’Encadré 7.2). Compte tenu de cette variété de contextes, la phase de réflexion, de dialogue et d’action a été menée sous différentes formes et selon différentes modalités de suivi. Plutôt que de considérer cette phase comme une étape de procédure isolée, de nombreuses administrations ont intégré ces dialogues aux plateformes de coordination existantes ou aux processus stratégiques en place entre les autorités et d’autres parties prenantes. Ces approches visaient plus spécifiquement à renforcer ces mécanismes nationaux de coordination, compte tenu du rôle qu’ils jouent pour aligner les interventions des partenaires au développement sur les priorités nationales, favoriser la tenue de dialogues réguliers sur les politiques publiques et faciliter le suivi des engagements convenus. Les résultats du suivi ont souvent alimenté les débats d’orientation plus larges déjà en cours, démontrant ainsi que les données probantes, le dialogue et l’adaptation des politiques publiques s’inscrivent dans un cycle permanent d’apprentissage et de redevabilité. Même si dans certains pays, les discussions ont dépassé le périmètre strict du cadre de suivi du Partenariat mondial pour aborder certaines questions allant au-delà des priorités relatives à l’efficacité du développement, tous les résultats issus des dialogues ainsi que les actions convenues restent pleinement ancrés dans le contexte propre à chaque pays.
Le système des Nations Unies pour le développement a joué un rôle d’appui et de facilitateur dans l’organisation de ces dialogues pour l’action au niveau des pays. Outre le soutien technique assuré au niveau central par l’Équipe d’appui conjointe du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et de l’OCDE tout au long de l’exercice de suivi, les bureaux de pays du PNUD ont soutenu nombre de dialogues à la demande des pays partenaires, ou contribué à leur organisation. De plus, grâce à des financements acheminés par le siège du PNUD, les bureaux de pays ont accordé des financements de démarrage à 19 pays partenaires afin de soutenir l’organisation, sur le fond comme sur le plan opérationnel, de la phase finale de l’exercice de suivi, dont une partie était encore à venir au moment de la rédaction du présent chapitre. Les coordonnateurs résidents ou leurs bureaux ont contribué à l’organisation de 15 dialogues, fournissant une assistance sous forme notamment d’allocutions d’ouverture ou en assumant le rôle de coorganisateur aux côtés des autorités nationales.
Pour en savoir plus sur les objectifs et le processus de la phase de réflexion, de dialogue et d’action, veuillez consulter la note d’orientation sur le site web du Partenariat mondial, à l’adresse suivante : https://www.effectivecooperation.org/book-page/action_dialogue_guidance.
7.2. Les pays passent de difficultés à assurer l’efficacité du développement à l’action dans cinq domaines clés
Copier le lien de 7.2. Les pays passent de difficultés à assurer l’efficacité du développement à l’action dans cinq domaines clésL’analyse présentée dans ce chapitre repose sur les résultats du suivi, sur des données complémentaires relatives aux pays, ainsi que sur des documents finals et des rapports de synthèse produits dans le cadre de ces processus de dialogue. Elle bénéfice en outre de la participation en personne des auteurs à deux de ces processus de dialogue, ainsi que de leur participation à distance aux dialogues organisés dans six pays.
Un large éventail de priorités, d’engagements et de résultats est ressorti de la phase de réflexion, de dialogue et d’action de l’exercice de suivi. Cette section examine ces résultats dans cinq domaines clés, identifiés en analysant les processus de dialogue achevés en date de mars 2026 dans les 22 pays ayant mis à profit cette phase finale pour formuler des recommandations d’actions concrètes au moyen de dialogues inclusifs pilotés par les pays. Ces cinq domaines sont les suivants :
alignement sur les cadres nationaux de planification et de résultats ;
renforcement des systèmes statistiques nationaux, des systèmes de gestion de l’information et de la transparence dans la coopération pour le développement ;
amélioration de la prévisibilité et de l’intégration budgétaire ;
renforcement du recours aux systèmes de gestion des finances publiques ;
promotion d’une collaboration inclusive avec les acteurs non étatiques.
Les rubriques qui suivent présentent en détail les engagements spécifiques pris par les pays pour piloter ces améliorations systémiques et traduire les données issues du suivi en changements de comportement concrets.
Domaine clé no 1 : Alignement sur les cadres nationaux de planification et de résultats
Le faible degré d’alignement des partenaires au développement sur les priorités nationales des pays partenaires est apparu comme une préoccupation majeure. Lorsque les interventions des partenaires au développement reposent sur des cadres de résultats ou des mécanismes de suivi parallèles, elles fragmentent les efforts de planification nationale, créent un chevauchement entre les initiatives et accroissent les coûts de transaction en multipliant les obligations de notification (Chapitre 3). Aussi, de nombreux pays partenaires et partenaires au développement ont-ils réaffirmé leur engagement à recourir plus largement aux cadres de résultats et aux indicateurs nationaux lors de la conception et la mise en œuvre de leurs interventions à l’appui de la coopération pour le développement.
Dans cette optique, de nombreuses administrations de pays partenaires se sont engagées à renforcer leurs cadres de résultats nationaux. Les participants aux dialogues ont mis en évidence des difficultés structurelles susceptibles de freiner l’alignement des partenaires au développement sur les priorités et les cadres de résultats nationaux. Ainsi, les discussions menées dans plusieurs pays partenaires ont mis en lumière la fragmentation des cadres de résultats en raison de stratégies sectorielles multiples. Les partenaires au développement ont donc appelé à la mise en place d’un recueil unique et accessible regroupant l’ensemble des indicateurs de résultats nationaux. En réponse à cela, les pays partenaires se sont engagés à préciser les indicateurs, à améliorer la disponibilité des données et à intégrer plus systématiquement ces cadres dans les processus plus larges de planification et de suivi au niveau national. De tels efforts ciblés sont notamment nécessaires au Bangladesh, au Burkina Faso, au Cambodge, en Gambie, au Honduras, au Mozambique, au Nigéria, en Ouganda, aux Philippines, en République dominicaine, en Sierra Leone, en Somalie et en Zambie. Par exemple, en Ouganda, les autorités se sont engagées à élaborer un Cadre conjoint de redevabilité et de résultats (JARF, Joint Accountability and Results Framework), appelé à constituer un élément central de son architecture nationale de partenariat. L’objectif est de mettre en place un mécanisme transparent et systématique pour suivre les engagements pris, renforcer la redevabilité mutuelle et consolider le rôle des pouvoirs publics, des partenaires au développement, de la société civile et du secteur privé dans l’amélioration de l’efficacité du développement. La section consacrée à l’Ouganda au Chapitre 8 contient de plus amples informations à cet égard.
À l’inverse, dans la plupart des pays où s’est tenu un dialogue, les partenaires au développement sont convenus de renforcer leur alignement sur les cadres de résultats nationaux dans le cadre de la conception et de la mise en œuvre de leurs interventions. Au cours de ces dialogues, les partenaires au développement ont souligné qu’ils s’appuieraient plus facilement sur les cadres nationaux pour la conception des projets et la notification s’ils disposaient d’indicateurs plus clairs, de données plus accessibles et de systèmes de suivi nationaux plus robustes. Au Nigéria, par exemple, les parties prenantes sont convenues que, d’ici 2027, au moins 80 % des indicateurs des projets déployés par des partenaires au développement devraient être tirés des cadres de résultats nationaux. Cet engagement répond directement aux résultats du suivi dans le pays, qui montrent que la quasi-totalité des objectifs des projets des partenaires au développement sont actuellement alignés sur les priorités nationales, mais que seule une proportion beaucoup plus faible des indicateurs sous-jacents l’est également. Pour atteindre cet objectif, il faudra donc relier systématiquement les programmes des partenaires au développement aux systèmes nationaux et réduire la prolifération des cadres de notification parallèles. La section consacrée au Nigéria au Chapitre 8 contient de plus amples informations à cet égard.
Dans l’ensemble, les résultats des dialogues témoignent d’un regain d’attention porté au renforcement des cadres nationaux de planification et de résultats comme référence principale pour les activités de coopération pour le développement. En définitive, une action coordonnée des pays partenaires et des partenaires au développement peut être source d’amélioration significative. En renforçant le recours aux indicateurs nationaux, les parties prenantes s’efforcent de limiter le nombre de cadres parallèles et d’aligner étroitement les programmes des partenaires au développement sur les priorités nationales en matière de développement durable.
Domaine clé no 2 : Renforcement des systèmes statistiques nationaux, des systèmes de gestion de l’information et de la transparence de la coopération pour le développement
Durant la phase de réflexion, de dialogue et d’action, la nécessité de remédier aux faiblesses structurelles des systèmes statistiques nationaux et des systèmes de gestion de l’information est apparue comme une priorité transversale pour renforcer la transparence globale. Cette priorité fait écho aux résultats du suivi présentés au Chapitre 3, qui mettent en évidence des lacunes persistantes dans les données, une qualité inégale des statistiques nationales et une sous-utilisation des plateformes de gestion de l’information. Bien que les systèmes statistiques nationaux et les systèmes de gestion de l’information constituent des dispositifs autonomes et distincts, les parties prenantes ont systématiquement mis en évidence leur caractère interdépendant, dans la mesure où une architecture de l’information robuste qui produit des données fiables, à jour et ventilées renforce la redevabilité, la transparence et l’efficacité de la coordination des activités de coopération pour le développement. Ainsi, en Sierra Leone, le manque de données actualisées sur les financements extérieurs limite depuis longtemps les capacités des pouvoirs publics en matière d’établissement du budget. Pour remédier à cette situation, les partenaires au développement sont convenus de fournir régulièrement aux autorités des données exhaustives sur leur coopération afin d’en faciliter l’intégration directe dans les budgets nationaux et les cycles de notification (voir la section consacrée à la Sierra Leone au Chapitre 8). En outre, dans de nombreux pays, les participants aux dialogues ont généralement reconnu que le manque de données ventilées limitait les efforts visant à cibler spécifiquement les populations marginalisées, tandis que des systèmes de gestion de l’information faibles entravaient le suivi exhaustif des flux financiers. En conséquence, les participants ont fortement insisté sur la nécessité d’améliorer la production systématique de rapports et la communication publique des informations relatives au développement dans les deux systèmes.
Les partenaires au développement ont identifié plusieurs facteurs limitant leur utilisation des données nationales, notamment un manque perçu de données actualisées et adéquates pour assurer le suivi de certaines interventions et la nécessité de disposer d’indicateurs standardisés et de cadres de résultats propres aux programmes. Dans plusieurs cas, les accords conclus visaient explicitement à accroître la disponibilité des données concernant d’autres populations vulnérables ou marginalisées. Par exemple, lors du dialogue multipartite organisé en Indonésie, les discussions ont mis en évidence le recours toujours limité aux systèmes statistiques nationaux, les partenaires au développement s’appuyant souvent sur des modèles élaborés par les donneurs, sur des données générées par des prestataires ou sur des cadres de résultats de portée mondiale, plutôt que sur les sources de données nationales.
Pour combler ces lacunes critiques en matière de données, de nombreuses administrations de pays partenaires se sont engagées à renforcer leurs systèmes statistiques nationaux. Des mesures ciblées ont été prises au Bangladesh, au Cambodge, en Gambie, au Honduras, en Indonésie, au Lesotho, au Mozambique, au Nigéria, au Pakistan, aux Philippines, en RDC, en RDP lao, en République dominicaine, en Somalie et en Zambie. La majorité de ces engagements vise à accroître la disponibilité et l’utilisation des données ventilées, et plus particulièrement à encourager à la fois les administrations des pays partenaires et les partenaires au développement à renforcer l’usage de données ventilées par genre dans la planification, la budgétisation, l’évaluation des projets et les processus décisionnels. Ainsi, aux Philippines, les autorités ont adopté un large éventail de mesures visant à renforcer le système statistique national. Celles-ci incluent notamment l’amélioration de l’interopérabilité entre les systèmes statistiques officiels, les systèmes administratifs sectoriels et les plateformes de données infranationales ; la généralisation de la ventilation des données (par exemple par sexe, âge, localisation géographique et autres caractéristiques pertinentes) au moyen de dispositifs tels que le Système de suivi communautaire (CBMS, Community-Based Monitoring System)2, les registres et les sources de données administratives ; et l’intégration d’indicateurs ventilés dans les cadres de planification et de suivi. Ces mesures visent à mieux éclairer l’établissement des priorités et à améliorer le suivi des résultats obtenus en matière de développement par groupe de population et zone géographique.
Adoptant une approche globale en matière de réforme dans le domaine des données, un pays partenaire s’est engagé à élaborer et à mettre en œuvre une stratégie nationale robuste dans ce domaine. Au Nigéria, les autorités se sont engagées à mettre en place une stratégie nationale en matière de données visant à porter la couverture des statistiques nationales ventilées de 17 % à 60 % d’ici 2028. Reconnaissant que des systèmes de données plus robustes contribuent à améliorer les résultats en matière d’action publique, les autorités sont également convenues de mettre à jour leur stratégie nationale de développement (2026-2030) en y incluant des cibles ventilées pour tous les groupes vulnérables. Ces mesures constituent une réponse directe aux résultats du suivi concernant le Nigéria, qui indiquent que les partenaires au développement contournent fréquemment les indicateurs nationaux en raison de lacunes dans la qualité et le maintien à jour des données. De plus, les pouvoirs publics se sont engagés à mettre pleinement en œuvre une budgétisation sensible au genre afin de satisfaire aux exigences de l’indicateur 5.c.1 relatif aux Objectifs de développement durable (ODD) en introduisant des systèmes permettant de suivre et de rendre publiques les dotations budgétaires en faveur de l’égalité des genres et de l’autonomisation des femmes (Chapitre 4).
Dans plusieurs contextes, il a été recommandé aux partenaires au développement de recourir davantage aux données publiques pour concevoir leurs projets, en assurer le suivi et en rendre compte, et certains d’entre eux s’y sont explicitement engagés. Des partenaires au développement au Bangladesh, au Bhoutan, au Cambodge, au Mozambique, en Ouganda, aux Philippines et en République dominicaine ont conclu des accords visant à mieux intégrer les statistiques nationales dans les processus de travail liés aux programmes. Ainsi, en République dominicaine, les autorités indiquent que, bien que des données soient disponibles pour la plupart des indicateurs de résultats dans le système statistique national, seuls 62 % des indicateurs relatifs aux interventions des partenaires au développement sont suivis en s’appuyant sur les données publiques. Face à ces constatations, les partenaires au développement en République dominicaine se sont engagés à exploiter plus largement les données publiques lors de la conception de leurs interventions, et à renforcer les capacités du pays en matière de production de statistiques et d’évaluation des plans, des politiques et des projets. Cet engagement à utiliser davantage les données publiques constitue une réponse directe aux résultats du suivi, qui montrent que les partenaires au développement privilégient souvent leurs propres indicateurs et sources de données lorsque les systèmes statistiques ou les cadres de résultats nationaux sont jugés incomplets. La section consacrée à la République dominicaine au Chapitre 8 contient de plus amples informations.
Reconnaissant que des informations complètes sur la coopération pour le développement permettent d’améliorer la planification et de renforcer la participation citoyenne, tous les pays partenaires ayant organisé des dialogues sont convenus de mesures visant à renforcer leurs systèmes de gestion de l’information sur l’aide. Un large panel de mesures a été retenu, touchant à de multiples domaines d’intervention. En Indonésie, au Népal, au Nigéria et aux Philippines, les administrations des pays partenaires se sont engagées à normaliser les formats afin d’assurer l’interopérabilité entre les données des systèmes de gestion de l’information et celles des systèmes nationaux de gestion des finances publiques. D’autres initiatives visaient à élargir les données intégrées dans ces systèmes. Par exemple, au Nigéria, aux Philippines et en Zambie, les parties prenantes sont convenues d’y intégrer les indicateurs de leur plan national de développement, les indicateurs relatifs aux ODD ainsi que des données infranationales. Le Honduras s’est pour sa part engagé à inclure des données transversales sur le climat, le genre et les populations marginalisées, tandis que la République dominicaine a décidé d’élargir la portée de son système national de coopération internationale pour le développement (SINACID, Sistema Nacional de Cooperación Internacional para el Desarrollo) de manière à couvrir l’ensemble des flux et des acteurs de cette coopération. Au Népal, dans le cadre d’une importante modernisation des systèmes, les parties prenantes sont convenues d’adopter un nouveau système de gestion de l’information sur le financement du développement (DFMIS, Development Finance Information Management System) afin de mieux rendre compte de l’évolution du paysage du financement. Le système précédent, mis en place en 2009 avec l’appui du PNUD, de l’Agence danoise de développement international (DANIDA, Danish International Development Agency) et du ministère du Développement international du Royaume-Uni (DfID, Department for International Development), nécessitait une mise à niveau afin de se conformer aux normes actuelles en matière de communication des données. La plateforme mise à jour est opérationnelle depuis début 2025. Elle comporte des outils analytiques avancés et vise à renforcer les capacités des pouvoirs publics en matière de diffusion publique transparente d’informations relatives à la coopération pour le développement.
Pour garantir de manière permanente la redevabilité quant aux résultats en matière de développement, les parties prenantes sont convenues dans le cadre de plusieurs dialogues de prendre des mesures visant à renforcer systématiquement la diffusion publique d’informations et l’établissement de rapports réguliers sur les activités de coopération pour le développement. Dans 14 pays (Bangladesh, Bhoutan, Cambodge, Colombie, Gambie, Honduras, Indonésie, Lesotho, Nigéria, Philippines, RDC, République dominicaine, Somalie et Zambie), les participants aux dialogues, reconnaissant que la transparence est une condition nécessaire à l’exercice du contrôle parlementaire et de la surveillance citoyenne, se sont engagés à produire périodiquement des rapports accessibles au public, diffusés à la fois sous forme imprimée et numérique. Au Nigéria, les pouvoirs publics, les partenaires au développement et les acteurs non étatiques se sont engagés à atteindre un taux de conformité de 100 % pour la notification trimestrielle au système national de gestion de l’information. Cette initiative inclura la publication de rapports annuels complets basés sur des données vérifiées issues du tableau de bord nigérian de la coopération pour le développement (NDCD, Nigeria Development Co-operation Dashboard) et de l’Initiative internationale pour la transparence de l’aide (IITA). En outre, les administrations des pays partenaires au Burkina Faso, au Cambodge, au Honduras, au Nigéria, aux Philippines et en RDP lao se sont engagées à moderniser leurs systèmes nationaux d’information afin de faciliter la production d’outils de visualisation numériques permettant d’améliorer l’accessibilité des informations au public.
Afin d’étayer ces améliorations systémiques, de nombreux participants aux dialogues se sont également engagés à renforcer les capacités techniques nécessaires à une gestion efficace des données. Au niveau de l’administration publique, il s’agit d’améliorer les compétences de base en matière de saisie et de validation des données, tout en renforçant les capacités analytiques des partenaires au développement et des acteurs non étatiques. Le renforcement des capacités dans le domaine des données a fait l’objet de débats au Bhoutan, au Burkina Faso, au Cambodge, en Gambie, au Honduras, en Indonésie, au Lesotho, au Nigéria, en Ouganda, au Pakistan, aux Philippines, en RDP lao, en République dominicaine et en Sierra Leone. Ainsi, au Cambodge, pour faire suite aux résultats du suivi montrant que les systèmes de gestion des finances publiques du pays pourraient davantage intégrer la dimension du genre, les autorités se sont engagées à développer les capacités interinstitutionnelles afin de mettre en place un suivi budgétaire incluant des données ventilées par genre. Les partenaires au développement ont quant à eux décidé de favoriser une planification décentralisée en formant les responsables provinciaux à l’utilisation de ces données dans le cadre de la conception des programmes.
Dans l’ensemble, les résultats des dialogues mettent en évidence l’importance d’établir des systèmes de données nationaux plus solides et d’assurer une plus grande transparence dans la coopération pour le développement. Améliorer la disponibilité, la communication et la diffusion publique des informations relatives à la coopération pour le développement peut aider les pouvoirs publics à mieux planifier les interventions, à suivre les progrès accomplis au regard des priorités nationales et à surveiller la mise en œuvre des engagements convenus, tout en renforçant le contrôle parlementaire, le droit de regard citoyen et la confiance entre les acteurs du développement.
Domaine clé no 3 : Amélioration de la prévisibilité et de l’intégration budgétaire
La correction des faiblesses persistantes en ce qui concerne la prévisibilité des financements et l’intégration des ressources de la coopération pour le développement dans les budgets nationaux est apparue comme une priorité essentielle dans la majorité des dialogues pour l’action. Dans 16 pays partenaires (Bangladesh, Burkina Faso, Cambodge, Gambie, Honduras, Indonésie, Nigéria, Ouganda, Pakistan, Philippines, RDC, RDP lao, République dominicaine, Sierra Leone, Somalie et Zambie), les participants ont débattu de mesures ciblées visant à améliorer la prévisibilité, à mieux intégrer les ressources dans la planification et la budgétisation nationales et à renforcer le rôle de supervision des parlements dans ces processus. Comme indiqué au Chapitre 3 concernant l’utilisation des systèmes de gestion des finances publiques et au Chapitre 4 concernant la budgétisation, ces débats font suite aux résultats du suivi, qui mettent en évidence une absence d’amélioration de la prévisibilité à moyen terme, une diminution de la part des ressources de la coopération pour le développement inscrite aux budgets nationaux et un contrôle parlementaire limité. En l’absence d’une meilleure visibilité sur les financements futurs, les administrations des pays partenaires sont fondamentalement limitées pour ce qui est de leur capacité à planifier et affecter les ressources à l’appui du développement, et à en rendre compte, avec efficacité.
Afin de remédier aux contraintes systémiques pesant sur la planification budgétaire, les partenaires au développement sont convenus de mesures spécifiquement destinées à accroître la prévisibilité à moyen terme des financements à l’appui du développement. Au Cambodge, en Gambie, au Nigéria, en Ouganda, au Pakistan, aux Philippines, en RDC, en RDP lao, en République dominicaine et en Zambie, les partenaires au développement ont pris des engagements visant principalement à communiquer plus régulièrement et de manière plus exhaustive leurs plans de dépenses à court et à moyen terme. En Sierra Leone, par exemple, les autorités et les partenaires au développement sont convenus d’améliorer la prévisibilité des financements en veillant à ce que les contributions des partenaires au développement soient dûment suivies au moyen du système de gestion de l’information et clairement reflétées dans le budget national. Cet engagement répond au manque de visibilité du pays sur les apports futurs de financement du développement – les plans de dépenses à moyen terme étant jusqu’alors communiqués par une poignée de partenaires seulement – et tire parti de l’utilisation généralisée du système de gestion de l’information national en place pour rendre compte des apports de financement au titre de la coopération pour le développement.
Dans le but d’encourager les partenaires au développement à accroître la prévisibilité de leurs financements et la visibilité sur leurs plans prévisionnels de dépenses, les administrations de 11 pays partenaires (Bhoutan, Honduras, Indonésie, Nigéria, Ouganda, Pakistan, Philippines, RDP lao, République dominicaine, Sierra Leone et Zambie) se sont engagées à inscrire une part plus importante des apports consentis au titre de la coopération pour le développement directement à leurs budgets nationaux. Elles se sont également engagées à renforcer le contrôle parlementaire de la coopération pour le développement. Ces mesures visent à faire en sorte que les partenaires au développement déclarent systématiquement leurs versements et leurs plans prévisionnels de dépenses via les systèmes publics, ce qui facilite directement la publication de rapports consolidés en vue d’un contrôle parlementaire. En Zambie, par exemple, les résultats du suivi ont révélé qu’au moment de l’exercice de suivi, les autorités avaient reçu des plans de dépenses à moyen terme de la part d’un quart seulement de leurs partenaires au développement, ce qui met en évidence un manque de prévisibilité particulièrement marqué (en moyenne pour l’ensemble des pays, près de la moitié des partenaires au développement fournissent des plans prévisionnels de dépenses). Face à ces constats, les partenaires au développement se sont explicitement engagés lors de la phase de réflexion, de dialogue et d’action au niveau du pays à communiquer aux pouvoirs publics leurs projections de dépenses à moyen terme. En parallèle, le gouvernement zambien a décidé d’intégrer ces projections dans le budget national et de soumettre chaque année au parlement un rapport consolidé sur la coopération pour le développement. Ces engagements réciproques tracent une voie concrète qui permettra au gouvernement zambien de mieux planifier les activités de développement et d’allouer les ressources correspondantes, tout en renforçant la transparence vis-à-vis du public grâce à l’inscription des futures ressources destinées à la coopération pour le développement au budget national (voir la section consacrée à la Zambie au Chapitre 8). En définitive, les résultats des dialogues mettent en évidence le fait que la résolution des difficultés persistantes liées à la prévisibilité et à l’intégration budgétaire nécessite une action durable, coordonnée et fondée sur des engagements réciproques.
Domaine clé no 4 : Renforcement du recours aux systèmes de gestion des finances publiques
S’attaquer à la question du recours inégal aux systèmes nationaux de gestion des finances publiques est apparu comme une autre priorité majeure lors des dialogues sur les résultats du suivi menés au niveau des pays. En 2025, les pays partenaires et les partenaires au développement ont adopté l’Engagement de Séville (Assemblée générale des Nations Unies, 2025[2]), réaffirmant ainsi leur engagement à renforcer les systèmes nationaux existants au lieu de mettre en place des dispositifs parallèles. Renforcer les systèmes propres aux pays partenaires en passant par eux au lieu de continuer à recourir aux systèmes des partenaires au développement peut favoriser l’appropriation par les pays (Knack, 2013[3]). À l’inverse, le recours limité aux cadres nationaux de passation des marchés, de budgétisation et de notification perpétue la fragmentation, maintient les dispositifs parallèles de mise en œuvre et accroît les coûts de transaction pour les pays partenaires. Afin de remédier à cette problématique, dans 15 pays (Bangladesh, Bhoutan, Cambodge, Gambie, Honduras, Indonésie, Lesotho, Mozambique, Nigéria, Ouganda, Philippines, RDC, République dominicaine, Sierra Leone et Yémen), les administrations des pays partenaires et les partenaires au développement sont convenus de mesures ciblées visant à renforcer l’utilisation des systèmes nationaux de gestion des finances publiques pour la passation des marchés, la comptabilité, le versement, la notification et l’audit en lien avec les ressources allouées à la coopération pour le développement.
Afin de renforcer et d’utiliser les systèmes de gestion des finances publiques, les parties prenantes ont négocié des engagements réciproques adaptés à leurs contextes institutionnels respectifs. Au Cambodge, au Lesotho, au Mozambique, au Nigéria et en Sierra Leone, les administrations des pays partenaires ont explicitement appelé les partenaires au développement à recourir davantage aux systèmes de gestion des finances publiques existants. Dans certains pays, cet enjeu fait l’objet d’un dialogue de longue date visant à encourager les partenaires au développement à utiliser les systèmes nationaux. Au Nigéria, par exemple, d’importantes réformes ont été engagées en 2019 en vue d’étendre le périmètre du budget fédéral en y intégrant à la fois les projets financés par les partenaires au développement et les recettes et dépenses des neuf plus grandes entreprises publiques. Ce changement d’orientation visait à renforcer la transparence et le contrôle central en comblant les lacunes qui subsistaient dans la couverture budgétaire et en veillant à ce que les contributions des partenaires au développement ainsi que les principales entités publiques soient prises en compte de manière plus complète dans les rapports financiers de l’État (PEFA, 2019[4]). Depuis, l’utilisation des systèmes de gestion des finances publiques par les partenaires au développement au Nigéria a connu une hausse significative, passant de 28 % en 2018 à 56 % lors de l’exercice de suivi 2023-2026. Dans d’autres pays, notamment le Honduras, l’Indonésie, l’Ouganda, les Philippines et la République dominicaine, les administrations des pays partenaires se sont engagées à prendre des mesures volontaristes pour renforcer leurs systèmes de gestion des finances publiques, tandis que les partenaires au développement ont manifesté leur volonté de passer davantage par ces systèmes pour les processus de passation des marchés et de budgétisation.
Le dialogue mené en Ouganda offre un exemple d’approche réciproque utile pour surmonter les obstacles persistants à l’utilisation des systèmes de gestion des finances publiques. Pour faire suite aux résultats du suivi spécifiques au pays, qui ont mis en évidence une utilisation faible et en recul des systèmes de gestion des finances publiques ougandais (souvent en raison de réserves quant à la capacité d’absorption des institutions nationales), le gouvernement ougandais a décidé de prendre des mesures concrètes pour renforcer ces systèmes. Les partenaires au développement en Ouganda ont toutefois rappelé que les contraintes internes en matière de procédures et la préférence générale des institutions pour leurs propres systèmes continuaient d’entraver cette ambition. Ils ont en outre précisé que la réalisation de progrès significatifs dépendait autant d’ajustements de leurs propres politiques internes que du renforcement des systèmes du pays partenaire. Face à l’engagement pris dans ce sens par le gouvernement ougandais cependant, les partenaires au développement se sont engagés à recourir davantage aux procédures nationales de passation des marchés et de budgétisation. Cet exemple montre que les engagements réciproques pris dans le cadre de la phase de réflexion, de dialogue et d’action offrent aux pays partenaires et aux partenaires au développement l’occasion d’examiner ensemble les obstacles aux progrès et de trouver des pistes de solution. Dans un domaine où il est particulièrement difficile de progresser, la redevabilité mutuelle et le suivi collectif des progrès seront déterminants.
Dans les contextes de fragilité, où les partenaires au développement peuvent avoir davantage de réticence à passer par les systèmes nationaux, les dialogues se sont concentrés sur les mesures structurelles à prendre en amont pour rétablir progressivement la confiance dans les institutions. Au Yémen, par exemple, les résultats du suivi indiquaient que les partenaires au développement n’utilisaient pas du tout les systèmes nationaux de gestion des finances publiques, une conséquence sévère mais typique de l’existence d’une fragilité extrême. Les profondes réserves concernant la capacité d’absorption des systèmes nationaux, conjuguées à des risques politiques et d’atteinte à la réputation élevés ainsi qu’à des contraintes procédurales strictes imposées par les partenaires au développement, ont pérennisé les dispositifs parallèles de mise en œuvre. Afin de rétablir et de renforcer l’appropriation par le pays malgré ces difficultés considérables, et avec l’appui des partenaires au développement, le gouvernement yéménite a fait de sa réintégration au sein du Groupe des partenaires du Yémen (Yemen Partners Group) une priorité. Cet organe de coordination se réunissait auparavant sans participation directe des autorités du pays partenaire. En parallèle, le gouvernement a décidé de solliciter l’appui technique des institutions financières internationales afin de reconstruire progressivement ses capacités en matière de gestion des finances publiques, dans le but de renforcer à terme le rôle de contrôle de l’État en matière de coopération pour le développement (voir la section consacrée au Yémen au Chapitre 8).
Dans le même registre, les discussions relatives au déliement de l’aide demeurent particulièrement sensibles, eu égard aux pressions géopolitiques complexes qui font actuellement obstacle à un consensus large sur cet engagement de longue date en faveur de l’efficacité. Cette question, qui est étroitement liée à l’utilisation des systèmes nationaux de passation des marchés, a été formellement érigée en priorité au Bangladesh, aux Philippines et en République dominicaine seulement. Il reste difficile de déterminer si le nombre limité de pays ayant traité la question du déliement de l’aide est aussi faible parce qu’il ne s’agit pas d’une priorité, ou parce que les obstacles au changement (réels ou perçus) sont actuellement trop importants. Dans le cadre d’échanges informels tenus en marge des dialogues, certains partenaires au développement bilatéraux ont reconnu subir une pression croissante de la part de leurs mandants nationaux pour démontrer les retombées économiques concrètes de l’aide publique au développement (APD) – par exemple le nombre de contrats attribués à des entreprises nationales –, tout en devant veiller à ce que la coopération pour le développement ne soit pas en contradiction avec les objectifs plus larges de la politique étrangère et économique. Ils ont également souligné qu’en l’absence de restrictions, les procédures de passation de marchés comportaient un risque politique, dans la mesure où des contrats pourraient être attribués à des entreprises très compétitives de pays tiers ne correspondant pas aux intérêts stratégiques du partenaire au développement, ce qui susciterait potentiellement des réactions négatives dans son pays. À l’inverse, d’autres partenaires au développement ont insisté sur le fait que le manque d’aide non liée constituait un frein majeur à une coopération pour le développement plus efficace et qu’y remédier pourrait favoriser une transition progressive vers un développement durable davantage pris en main et piloté par le pays partenaire. Un dialogue soutenu et nuancé est indispensable pour composer avec ces contraintes et progresser vers un plus grand déliement de l’aide. Aux Philippines, par exemple, les partenaires au développement et les autorités du pays partenaire se sont engagés à prendre plusieurs mesures concrètes. Le ministère philippin des Finances étudie actuellement des moyens d’accroître la transparence des procédures de sélection des partenaires et des modalités de financement, notamment en clarifiant si les financements imposent le recours à des fournisseurs désignés. En outre, les dialogues entre parties prenantes ont mis en évidence l’importance d’ouvrir les marchés financés par l’APD aux fournisseurs locaux dans la mesure du possible, ce qui demanderait également aux pouvoirs publics d’assurer le suivi de la part de l’aide non liée au moyen des systèmes nationaux de suivi de l’APD.
Pris dans leur ensemble, les résultats des dialogues témoignent d’un effort concerté et partagé visant à accroître progressivement le recours aux systèmes nationaux de gestion des finances publiques tout en s’attaquant de manière pragmatique aux obstacles qui en limitent l’utilisation. Les engagements négociés indiquent clairement que des progrès significatifs nécessitent une approche à double volet : les administrations des pays partenaires doivent continuer à renforcer leurs systèmes nationaux, tandis que les partenaires au développement doivent adapter leurs politiques internes qui incitent actuellement à utiliser des dispositifs parallèles de mise en œuvre. Il s’agit notamment de réduire le recours aux systèmes de gestion financière des partenaires au développement parallèles aux cadres nationaux de gestion des finances publiques, ainsi que de limiter la gestion des financements en dehors du budget national, le recours à des procédures distinctes de comptabilité et d’audit et la production de rapports financiers par projet qui ne sont pas intégrés dans les systèmes publics. Comme indiqué au Chapitre 3, les résultats du Partenariat mondial tendent à indiquer que le renforcement des systèmes de gestion des finances publiques ne conduit pas automatiquement à une utilisation accrue des systèmes nationaux par les partenaires au développement. En définitive, ces dialogues au niveau des pays consacrés aux résultats du suivi visent à entamer ou à poursuivre les discussions sur l’utilisation des systèmes de gestion des finances publiques. Le dialogue et les actions qui en découlent constituent un levier pour remédier aux difficultés opérationnelles persistantes et progresser vers l’objectif fondamental visant à renforcer l’appropriation par les pays et favoriser un développement durable pris en main par les pays eux-mêmes.
Domaine clé no 5 : Renforcement et amélioration de la collaboration avec les acteurs non étatiques
Si la participation des parties prenantes à la planification du développement est largement répandue, sa qualité, son caractère inclusif et son degré d’institutionnalisation varient considérablement selon les contextes nationaux. Comme indiqué au Chapitre 2 consacré à l’adoption d’une approche à l’échelle de l’ensemble de la société et au principe consistant à ne laisser personne de côté, le manque de consultations dignes de ce nom, le rétrécissement de l’espace civique et la collaboration limitée avec les groupes vulnérables constituent autant d’obstacles à la mise en place d’une coopération efficace au service du développement. Cette situation s’inscrit dans un contexte mondial où l’espace civique a tendance à reculer de façon préoccupante (CIVICUS, 2025[5]). À partir de ces constats, les participants aux dialogues ont signalé que le caractère irrégulier de la participation des organisations de la société civile (OSC), du secteur privé, du monde universitaire, des syndicats et des collectivités locales empêchait une planification nationale exhaustive en matière de développement. Les partenariats inclusifs sont essentiels à la réalisation d’un développement durable à l’échelle mondiale, car ils permettent de mobiliser les ressources, les connaissances et les capacités de divers acteurs et de reconnaître les rôles complémentaires qu’ils jouent dans la poursuite d’objectifs communs. En réunissant une pluralité d’acteurs et de points de vue, les partenariats inclusifs peuvent contribuer à faire en sorte que les initiatives de développement soient mieux adaptées aux contextes et aux besoins locaux. Les parties prenantes ont fait observer qu’un manque de diversité parmi les participants était contraire à l’approche inclusive mobilisant l’ensemble de la société préconisée par le Programme de développement durable à l’horizon 2030 (Nations Unies, 2015[6]). De ce fait, les initiatives de coopération pour le développement risquent de ne pas atteindre les territoires ou les secteurs qui en ont le plus besoin. En même temps, la mobilisation d’un éventail plus large d’acteurs peut accroître la complexité des processus, en particulier dans les contextes caractérisés par des déséquilibres de pouvoir, un rétrécissement de l’espace civique ou des institutions fragiles, ce qui exige de trouver un juste équilibre entre appropriation par les pays et inclusivité. Afin de répondre à cette problématique, les parties prenantes ont défini cinq grandes catégories de mesures dans le cadre de la phase de réflexion, de dialogue et d’action.
Premièrement, plusieurs administrations de pays partenaires se sont engagées à mettre en place de nouvelles plateformes de coordination inclusives destinées à favoriser le dialogue systématique et le partage d’informations entre acteurs étatiques et non étatiques. En Gambie, au Honduras, en Indonésie, au Mozambique, au Nigéria, en Ouganda, au Pakistan, en Somalie et en Zambie, les parties prenantes ont reconnu que des plateformes multipartites dédiées étaient essentielles à une planification cohérente du développement. Au Nigéria, par exemple, elles sont convenues d’organiser une table ronde annuelle réunissant les OSC, les pouvoirs publics et les partenaires au développement afin de renforcer la confiance mutuelle et d’élaborer conjointement les politiques publiques, ainsi qu’un forum multipartite sur le développement deux fois par an. Ce forum vise à rassembler les pouvoirs publics, le parlement, la société civile, le secteur privé, le monde universitaire et des représentants des communautés afin de concevoir ensemble des solutions répondant aux priorités de développement. Il témoigne d’un effort plus large visant à institutionnaliser un dialogue régulier au sein des cadres nationaux de prise de décision.
Deuxièmement, outre la création de nouvelles plateformes, certaines administrations de pays partenaires se sont engagées à élargir la diversité des groupes activement représentés dans les mécanismes de coordination existants. Au Bangladesh, au Burkina Faso, au Cambodge, en Colombie, au Honduras, en RDP lao et en République dominicaine, ces engagements reflètent l’évolution du paysage du développement, dans lequel l’obtention de résultats durables dépend de plus en plus d’une diversité d’acteurs et de sources de financement dépassant le cadre traditionnel de la coopération pour le développement. En particulier, l’accent est de plus en plus mis sur la participation du secteur privé aux activités de coopération pour le développement, comme l’illustre le vif intérêt pour l’Évaluation des Principes de Kampala proposée à titre facultatif dans le cadre du quatrième cycle de suivi du Partenariat mondial3. En République dominicaine, les autorités du pays partenaire et les partenaires au développement sont convenus de promouvoir une participation accrue de la société civile, des entreprises, du monde universitaire, des collectivités locales et des représentants des groupes vulnérables aux exercices de définition des priorités et de redevabilité mutuelle. En outre, au Cambodge, aux Philippines et en République dominicaine, les parties prenantes ont volontairement mis l’accent sur la mobilisation des organisations représentant les populations marginalisées. Le gouvernement cambodgien s’est d’ailleurs engagé à intégrer leurs recommandations dans les stratégies nationales. Afin de renforcer de manière systématique la collaboration avec le secteur privé, le gouvernement du Burkina Faso est convenu de faire davantage participer les entreprises aux cadres de dialogue sectoriels, tandis que le gouvernement de la RDP lao s’est engagé à redynamiser les mécanismes de consultation, tels que le Forum des entreprises lao, afin d’associer le secteur privé plus en amont à l’élaboration des politiques publiques. De même, au Cambodge, les participants au dialogue ont souligné l’importance de mobiliser les acteurs du secteur privé aux côtés des partenaires au développement et de la société civile afin de mieux aligner les investissements privés sur les priorités nationales.
Troisièmement, dans plus de la moitié des pays participants, les parties prenantes ont souligné que les structures formelles devaient déboucher sur une participation plus significative et substantielle des acteurs non étatiques. Au Bangladesh, au Bhoutan, au Cambodge, en Colombie, en Gambie, au Honduras, en Indonésie, au Lesotho, au Mozambique, au Nigéria, en Ouganda, aux Philippines, en RDC, en République dominicaine, en Somalie et au Yémen, les participants aux dialogues ont insisté sur le fait que la simple création de plateformes de dialogue était insuffisante. Une participation véritablement significative suppose d’aller au-delà de consultations superficielles et de permettre aux parties prenantes – en particulier les OSC – de contribuer activement à la définition des priorités, à leur mise en œuvre et au contrôle de cette mise en œuvre tout au long du cycle politique. Ce type de collaboration contribue à faire en sorte que les plateformes de dialogue ne soient pas seulement des espaces de coordination, mais également des mécanismes permettant aux parties prenantes d’exercer à la fois leur redevabilité et une influence sur l’action publique. Aux Philippines, par exemple, les autorités se sont engagées à harmoniser les mécanismes de participation multipartite au sein de l’administration afin de promouvoir une participation sûre et inclusive des organisations locales représentant les groupes marginalisés. Cette réforme vise à intégrer de manière systématique les points de vue des communautés dans l’élaboration des politiques publiques tout en renforçant les conditions nécessaires à une représentation effective de la société civile. Elle s’inscrit dans la continuité de l’application par les Philippines de l’approche du cadre de financement national intégré (INFF, Integrated National Financing Framework) pour organiser des dialogues multipartites sur le financement, au cours desquels la participation des OSC a permis de faire en sorte que les déficits d’investissement dans les ODD et les priorités des communautés marginalisées soient pris en compte pour l’élaboration d’une feuille de route nationale visant à améliorer l’efficacité du financement du développement (INFF Facility, 2024[7]). De même, en Indonésie, les parties prenantes ont souligné le besoin fondamental d’associer plus systématiquement les acteurs non gouvernementaux aux discussions ordinaires sur les politiques de développement (voir la section consacrée à l’Indonésie au Chapitre 8).
Quatrièmement, les résultats des dialogues ont fréquemment mis en évidence la nécessité de disposer de cadres réglementaires solides régissant les organisations de la société civile et les acteurs du secteur privé afin de faciliter leur participation active. Au Cambodge, au Honduras, au Nigéria, au Pakistan et aux Philippines, les participants ont examiné des mesures visant à harmoniser et à simplifier les cadres réglementaires, notamment les règles relatives à l’enregistrement, aux autorisations, à la divulgation d’informations financières et à la gouvernance organisationnelle. Au Nigéria, les autorités ont décidé de procéder, en collaboration avec les OSC, à un examen du cadre juridique régissant les activités de ces organisations et ont encouragé les partenaires au développement à consacrer, à l’horizon 2027, au moins 20 % de leurs financements destinés à la société civile à des organisations dirigées par des Nigérians dans le but de renforcer le pouvoir d’action des acteurs nationaux. Parallèlement, reconnaissant que la mobilisation du secteur privé nécessite des cadres réglementaires prévisibles, les Philippines et la RDP lao ont privilégié des mesures visant à simplifier les procédures réglementaires applicables à la participation du secteur privé. En RDP lao, les autorités et les partenaires au développement sont convenus de rationaliser les procédures administratives afin de mobiliser les ressources du secteur privé au moyen de mécanismes de financement mixte4. Au Honduras et en République dominicaine, les administrations des pays partenaires et les acteurs du secteur privé sont convenus de favoriser les partenariats public-privé et la mise en œuvre conjointe de projets de développement.
Cinquièmement, lors de plusieurs dialogues, les parties prenantes ont érigé en priorité l’amélioration de l’accès des organisations de la société civile et des acteurs du secteur privé aux informations essentielles et aux possibilités concrètes de partenariat. Dans 15 pays (Bangladesh, Cambodge, Colombie, Gambie, Honduras, Indonésie, Nigéria, Ouganda, Pakistan, Philippines, RDP lao, République dominicaine, Sierra Leone, Yémen et Zambie), les participants aux dialogues ont tout particulièrement reconnu le rôle essentiel joué par les OSC dans la coopération pour le développement, notamment en matière de prestation de services, de partage de connaissances et de surveillance des activités de coopération pour le développement. Ainsi, soulignant la contribution précieuse que les acteurs non étatiques peuvent apporter dans le cadre de l’élaboration conjointe de solutions de développement, les administrations des pays partenaires et les partenaires au développement en RDP lao et aux Philippines se sont engagés à améliorer la publication des possibilités de financement. Dans un autre exemple, le gouvernement de la République dominicaine et les OSC sont convenus d’améliorer l’accès aux données et les canaux d’information afin d’assurer une diffusion en temps utile des appels à projets. Au cours de la phase de réflexion, de dialogue et d’action, il a été décidé que cet objectif serait atteint en favorisant une coordination plus étroite avec le Centre national pour la promotion des organisations sans but lucratif (CASFL, Centro Nacional de Fomento y Promoción de las Asociaciones sin Fines de Lucro) et en intégrant le programme de coopération pour le développement dans des espaces de dialogue existants, tels que le Conseil économique et social (CES) et les mécanismes de dialogue entre l’Union européenne et les OSC.
En définitive, ces résultats mettent en évidence une prise de conscience de la nécessité de renforcer fondamentalement le rôle des acteurs non étatiques dans les processus d’élaboration des politiques de développement. Les cinq domaines examinés dans le cadre de l’approche à l’échelle de l’ensemble de la société montrent que le renforcement de la participation de multiples parties prenantes ne consiste pas seulement à créer de nouvelles plateformes, mais aussi à veiller à ce que les mécanismes existants permettent une réelle participation et une réelle influence sur les décisions. Si de nombreux pays partenaires disposent déjà de mécanismes formels de coordination, les nouveaux engagements témoignent d’une volonté d’évoluer délibérément vers une participation plus inclusive, plus structurée et plus significative. Lorsqu’une diversité d’acteurs est systématiquement associée à la définition des priorités, à leur mise en œuvre et au contrôle de cette mise en œuvre par la réduction des obstacles réglementaires et la facilitation de l’accès à l’information, il est plus probable que la coopération pour le développement reflète les réalités locales, atteigne les populations défavorisées et bénéfice d’une redevabilité accrue à l’échelle nationale. Intégrer ce type de dialogue inclusif dans les systèmes nationaux de planification et de coordination peut donc permettre de traduire les principes d’appropriation par les pays et de partenariats inclusifs en programmes de coopération pour le développement plus efficaces et plus réactifs (Bhattacharya, Khan and Altaf, 2023[8]).
Renforcer l’efficacité de la coopération pour le développement exige également une plus grande cohérence au sein des cadres nationaux de finances publiques. Dans les cinq domaines présentés ci-dessus, une tendance structurelle commune se dégage, que les seuls résultats du suivi ne permettent pas d’expliquer pleinement. Les lacunes persistantes en matière d’intégration budgétaire, de recours aux systèmes de gestion des finances publiques, d’alignement sur les cadres nationaux et de redevabilité mutuelle ne résultent pas uniquement de défaillances dans la coordination entre les partenaires au développement et les pouvoirs publics. Elles traduisent également un défi plus profond : dans de nombreux pays partenaires, les systèmes de finances publiques (englobant la mobilisation des recettes, la gestion des dépenses publiques et la dette) demeurent intrinsèquement fragmentés et ne concordent pas suffisamment avec les priorités nationales de développement. Lorsque les politiques fiscales, l’attribution des dépenses et la gestion de la dette sont définies et gérées de manière cloisonnée, les incohérences qui en résultent augmentent les coûts associés à l’obtention de résultats en matière de développement et, structurellement, incitent les partenaires au développement à contourner les systèmes nationaux. L’Encadré 7.2 présente deux exemples de pays (l’Indonésie et la RDP lao) où le renforcement de l’efficacité des cadres nationaux de finances publiques revêt une importance primordiale dans un contexte de transition macroéconomique.
Encadré 7.2. L’influence des transitions macroéconomiques sur les résultats des dialogues
Copier le lien de Encadré 7.2. L’influence des transitions macroéconomiques sur les résultats des dialoguesDans plusieurs cas, les résultats des dialogues ont été stratégiquement orientés par des transitions macroéconomiques plus larges à l’œuvre dans le contexte national du financement du développement. Ainsi, en RDP lao, la phase de dialogue s’est déroulée alors que le pays se préparait à sortir de la catégorie des pays les moins avancés (PMA). Le dialogue et les documents finals mettent explicitement au jour le lien entre les réformes en faveur de l’efficacité et la nécessité d’abandonner progressivement un modèle fondé sur l’aide au profit d’un cadre de financement du développement durable plus intégré et diversifié. Cette transition passe notamment par des engagements visant à renforcer la mobilisation des ressources intérieures, à améliorer les systèmes de gestion des finances publiques, à rationaliser les procédures administratives liées à l’APD et à mettre à niveau les systèmes nationaux de suivi afin de gérer des combinaisons de plus en plus complexes de financements publics, privés et climatiques. Dans ce contexte, les engagements issus du dialogue témoignent d’un repositionnement plus large de la coopération pour le développement, l’APD étant de plus en plus considérée comme une ressource à effet catalyseur au sein de l’architecture globale du financement du développement des pays partenaires.
Un autre exemple est celui de l’Indonésie qui, en tant que pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, dépend moins des financements concessionnels et davantage de l’assistance technique, des partenariats basés sur l’échange de connaissances et des investissements à effet catalyseur. Dans ce contexte, le dialogue a souligné qu’eu égard à l’importance croissante de l’Indonésie dans la coopération Sud-Sud et la coopération triangulaire, les systèmes nationaux devraient être plus solides et la transparence et l’inclusivité devraient être renforcées. Les réformes institutionnelles examinées portaient donc sur la réduction de la fragmentation des responsabilités entre les ministères, la consolidation des mécanismes de coordination et l’établissement de dispositifs formels de gestion des dons, notamment par l’intermédiaire d’instances interministérielles telles que le Groupe de travail sur les dons (Grant Working Group) et l’Équipe nationale de coordination pour la coopération Sud-Sud et la coopération triangulaire (National Co-ordination Team for South-South and Triangular Co-operation). Les résultats du dialogue soulignent ainsi la nécessité d’améliorer la coordination, de renforcer les systèmes d’information et d’aligner la coopération pour le développement sur les priorités et systèmes nationaux.
Le Chapitre 8 contient de plus amples informations sur les initiatives menées par ces pays.
7.3. Les pays ont entrepris d’institutionnaliser les mécanismes de redevabilité et de suivi
Copier le lien de 7.3. Les pays ont entrepris d’institutionnaliser les mécanismes de redevabilité et de suiviPour que les résultats du suivi débouchent sur des adaptations concrètes de l’action publique, il est indispensable de disposer de mécanismes crédibles permettant d’examiner les progrès accomplis et de garantir la redevabilité des parties prenantes. Si les processus de dialogue montrent que les pays partenaires commencent à adapter leurs pratiques en matière de coopération pour le développement, l’efficacité à long terme de ces réformes dépendra d’un contrôle régulier et robuste. Le cadre de suivi du Partenariat mondial permet de suivre la mise en place de mécanismes nationaux de redevabilité mutuelle, considérés comme l’élément central d’une coopération efficace au service du développement. En conséquence, cette section rend compte des discussions générales relatives à l’existence de ces mécanismes tout en examinant les dispositifs spécifiques établis pour assurer le suivi des engagements pris au cours de la phase de réflexion, de dialogue et d’action. En réunissant les parties prenantes pour analyser les données probantes et convenir de mesures concrètes, cette phase finale de l’exercice de suivi sert de mécanisme de redevabilité à part entière.
Pour garantir des effets durables, la redevabilité à l’égard des engagements pris pour renforcer l’efficacité du développement doit continuer de s’exercer bien au-delà de la phase de réflexion, de dialogue et d’action. Elle repose sur deux dimensions interdépendantes : les dispositifs généraux de redevabilité examinés lors des dialogues, d’une part, et les mécanismes spécifiques conçus pour suivre la mise en œuvre des engagements convenus, d’autre part. Comme indiqué au Chapitre 8 du présent rapport, les adaptations apportées en matière d’action publique à la suite des dialogues indiquent que plusieurs pays partenaires sont parvenus à dépasser le stade de la réflexion pour faire évoluer concrètement leurs pratiques de notification, d’utilisation des systèmes et de coordination. Bien que l’envergure de ces réformes varie, de nombreuses administrations de pays partenaires ont commencé à intégrer plus étroitement les engagements relatifs à l’efficacité dans leurs cadres nationaux de planification, de budgétisation et de coordination. Cette intégration structurelle reflète un objectif plus large consistant à institutionnaliser les principes de l’efficacité du développement au-delà du périmètre du cycle de suivi du Partenariat mondial.
Dans les différents contextes nationaux, les parties prenantes rendent compte de la mise en œuvre de leurs engagements en faveur de l’efficacité du développement selon trois approches opérationnelles distinctes. Selon la première approche, l’exercice de la redevabilité est assuré directement à travers le dialogue, qui permet aux participants d’examiner conjointement les résultats du suivi et de convenir de mesures d’ajustement au cours même de la phase finale. Dans la deuxième approche, cet exercice est assuré grâce à des calendriers de suivi, qui engagent les acteurs à procéder à des examens périodiques, à établir des rapports sur les actions convenues et à assurer le suivi de ces actions, prolongeant ainsi la redevabilité dans le temps. Enfin, la redevabilité est assurée par des mécanismes de redevabilité institutionnalisés, qui intègrent l’examen des engagements en matière d’efficacité dans des mécanismes de coordination existants ou récurrents, ou dans des cadres formels spécialement établis à cette fin, assortis de rôles, d’indicateurs et de procédures clairement définis pour évaluer les progrès. Si la majorité des pays partenaires ont pris des engagements concrets à l’égard des deux premiers types de dispositifs, ils sont moins nombreux à avoir mis en place de véritables mécanismes institutionnels régis par des modalités précisément définies, ce qui indique que le degré de formalisation reste variable selon les contextes de développement.
Face aux importantes lacunes mises au jour par les données de suivi actuelles, la mise en place ou le renforcement des mécanismes formels de redevabilité s’est imposé comme une priorité récurrente. Comme indiqué au Chapitre 5, les résultats obtenus conformément au cadre de suivi du Partenariat mondial continuent de montrer que les mécanismes robustes de redevabilité mutuelle restent encore peu répandus. Cette priorité témoigne également des transformations plus profondes du paysage de la coopération pour le développement, où les dispositifs traditionnels de coordination de l’aide évoluent rapidement pour intégrer un éventail plus large d’acteurs non étatiques et de sources de financement autres que l’APD (ONU, Groupe de réflexion interinstitutions sur le financement du développement, 2024[9]). Dans de nombreux cas, la volonté de créer de nouveaux mécanismes découle d’un constat partagé par les pays partenaires et par les partenaires au développement, selon lequel les cadres stratégiques et les espaces de consultation existants sont aujourd’hui insuffisants pour garantir un suivi systématique, inclusif et axé sur les résultats.
Si dans la majorité des pays participants, les parties prenantes ont exprimé une ferme intention de renforcer les mécanismes de redevabilité mutuelle, le degré de formalisation varie considérablement. Au Bangladesh, au Cambodge, en Colombie, en Gambie, au Honduras, en Indonésie, au Mozambique, au Nigéria, en Ouganda, aux Philippines, en RDP lao, en République dominicaine, en Sierra Leone, en Somalie et en Zambie, les participants ont envisagé d’y parvenir en réalisant des évaluations conjointes, en procédant à des examens stratégiques ou en renforçant les plateformes de coordination. Toutefois, la plupart de ces engagements restent pour l’heure au stade d’accords politiques ou d’intentions, et n’ont pas encore été traduits en dispositifs institutionnels formellement définis. L’Ouganda constitue une exception : les autorités du pays partenaire, les partenaires au développement, les OSC et le secteur privé sont officiellement convenus de créer un Cadre conjoint de résultats en matière de redevabilité (Joint Accountability Results Framework, JARF). Ce cadre, conçu pour servir de mécanisme principal de coordination, définit les rôles propres à chaque catégorie d’acteurs, ainsi que des indicateurs détaillés, des valeurs de référence et des cibles. Ce faisant, l’Ouganda cherche à instaurer un mécanisme récurrent fondé sur la performance et explicitement dédié à l’évaluation des progrès réalisés dans la mise en œuvre des engagements en faveur de l’efficacité du développement.
Plutôt que de créer des structures entièrement nouvelles, les parties prenantes dans certains pays partenaires sont convenues de suivre les engagements issus des dialogues au moyen de mécanismes de coordination des politiques publiques existants et récurrents. En République dominicaine, les résultats du dialogue et les activités de suivi seront intégrés dans le Système national de coopération internationale pour le développement (SINACID), le cadre de coordination national, et contribueront ainsi à son renforcement (Partenariat mondial, 2026[10]). En RDP lao, les dispositifs de coordination existants – notamment le Processus de table ronde (Round Table Process) et ses groupes de travail sectoriels associés – demeurent le mécanisme central de dialogue et de coordination et serviront de socle institutionnel pour mener le suivi. Au Honduras, le suivi devrait s’effectuer dans le cadre d’un forum national existant de coordination multipartite consacré au dialogue sur la coopération pour le développement.
Le chapitre suivant (Chapitre 8) approfondit l’analyse présentée dans les sections précédentes et propose, pour chaque pays concerné, une synthèse des processus de réflexion, de dialogue et d’action menés par les pays ayant achevé l’exercice à ce jour. Chaque synthèse par pays expose : 1) l’organisation du processus de dialogue ; 2) les principaux défis propres au pays en matière d’efficacité ; 3) les résultats et engagements axés sur l’action proposés par les gouvernements et les acteurs du développement pour faire face à ces défis ; et 4) le mécanisme envisagé pour suivre la mise en œuvre des engagements pris.
Références
[2] Assemblée générale des Nations Unies (2025), Engagement de Séville, https://docs.un.org/fr/A/CONF.227/2025/L.1.
[8] Bhattacharya, D., T. Khan and N. Altaf (2023), Unpacking ’ownership’ in development co-operation effectiveness: Perspectives of Southern recipients, UNU-WIDER, Helsinki, https://doi.org/10.35188/UNU-WIDER/2023/336-9.
[5] CIVICUS (2025), Pouvoir du peuple sous attaque 2025 : Un rapport fondé sur les données du CIVICUS Monitor, https://civicusmonitor.contentfiles.net/media/documents/GlobalFindings2025.FR.pdf.
[7] INFF Facility (2024), Making Finance Work for People and Planet: How countries are building their sustainable finance ecosystem through integrated national financing frameworks, https://www.undp.org/publications/making-finance-work-people-and-planet-how-countries-are-building-their-sustainable-finance-ecosystem-through-integrated-national.
[3] Knack, S. (2013), Building or Bypassing Recipient Country Systems: Are Donors Defying the Paris Declaration?, Banque mondiale, http://econ.worldbank.org.
[6] Nations Unies (2015), Transformer notre monde : le Programme de développement durable à l’horizon 2030, https://docs.un.org/fr/A/RES/70/1.
[9] ONU, Groupe de réflexion interinstitutions sur le financement du développement (2024), Financing for Sustainable Development Report 2024: Financing for Development at a Crossroads, Nations Unies, https://doi.org/10.18356/9789213588635.
[10] Partenariat mondial (2026), La République dominicaine et ses partenaires tracent une voie participative vers une coopération au développement plus efficace, https://www.effectivecooperation.org/resources/dominican-republic-and-its-partners-chart-participatory-path-towards-more-effective.
[1] Partenariat mondial (2022), Déclaration du sommet de Genève 2022, https://effectivecooperation.org/Summitoutcomedocument.
[4] PEFA (2019), Nigeria Public Expenditure and Financial Accountability (PEFA) Performance Assessment Report, https://www.pefa.org/node/166.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. Outre les 22 pays qui ont mené un dialogue associant, à des degrés divers, des acteurs non étatiques, un pays supplémentaire, à savoir l’Éthiopie, a également organisé un dialogue entre les pouvoirs publics et les partenaires au développement bilatéraux et multilatéraux.
← 2. Il s’agit d’un outil de collecte de données à l’échelle nationale géré par l’Autorité philippine des statistiques qui permet de recueillir des données ventilées à l’échelle des ménages, dans le but d’étayer la conception, la mise en œuvre et le suivi des retombées des initiatives de réduction de la pauvreté.
← 3. L’Évaluation des principes de Kampala est un outil fondé sur des données probantes qui a été introduit dans le cadre de suivi du Partenariat mondial pour une coopération efficace au service du développement afin d’examiner et d’améliorer l’efficacité de l’engagement du secteur privé dans la coopération pour le développement. Lors du Cycle de suivi 2023-2026, 25 des 44 pays partenaires ont participé à cette évaluation. Le Chapitre 6 de la Partie I du présent rapport contient de plus amples informations sur l’engagement du secteur privé et l’Évaluation des principes de Kampala.
← 4. Le financement mixte renvoie à l’utilisation stratégique du financement à l’appui du développement permettant de mobiliser des financements additionnels en vue de la concrétisation du développement durable dans les pays en développement, ces « financements additionnels » désignant essentiellement des financements commerciaux (définition de l’OCDE).