Ce chapitre présente les premières conclusions de l’Évaluation des Principes de Kampala sur la manière dont les parties prenantes contribuent à renforcer un environnement propice à ce que le secteur privé œuvre à la coopération pour le développement dans les pays partenaires. Il apporte des éclairages sur les politiques publiques en la matière, la fréquence et l’inclusivité des dialogues, la qualité de la collaboration avec le secteur privé, ainsi que sur les obstacles à l’établissement de partenariats efficaces et les solutions envisageables pour les surmonter.
Vers une coopération pour le développement plus efficace – Rapport d'étape 2026
6. Associer le secteur privé à une coopération efficace au service du développement
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Principaux constats
Copier le lien de Principaux constatsIl ressort des constats issus de l’Évaluation des Principes de Kampala – menée pour la première fois dans le cadre du Cycle de suivi 2023-2026 du Partenariat mondial – que les pays partenaires comme les partenaires au développement investissent dans le renforcement des cadres d’action visant à guider l’engagement du secteur privé dans le cadre de la coopération pour le développement.
Les parties prenantes s’accordent généralement à penser que l’engagement du secteur privé dans la coopération pour le développement contribue à produire des résultats en matière de développement, même si les avis divergent quant à la mesure dans laquelle il apporte une valeur ajoutée là où elle est le plus nécessaire. Les partenaires au développement portent un regard très positif sur ce point, tandis que celui des groupes de parties prenantes travaillant à des niveaux plus locaux et/ou sur le terrain – OSC, syndicats et petites entreprises – est moins positif. Des efforts plus poussés peuvent garantir que la participation du secteur privé bénéficiera à ceux qui en ont le plus besoin, par exemple en ciblant davantage les groupes prioritaires, notamment les populations vulnérables et marginalisées.
Les dialogues peuvent aider les parties prenantes à s’entendre sur les priorités, à trouver des solutions face aux défis qui se posent et à nouer des relations ; les administrations des pays partenaires et les partenaires au développement déploient des efforts notables pour organiser des dialogues sur l’engagement du secteur privé dans la coopération pour le développement. Toutefois, les administrations des pays partenaires pourraient les rendre plus inclusifs et les utiliser plus efficacement, en particulier pour renforcer la confiance entre les parties prenantes. Il est à noter que les administrations des pays partenaires ont rarement le sentiment d’être pleinement consultées sur les activités des partenaires au développement visant à associer le secteur privé.
Les administrations des pays partenaires obtiennent de très bons résultats au regard de certains indicateurs de la qualité de l’engagement, par exemple l’alignement de l’engagement du secteur privé dans la coopération pour le développement sur les normes nationales et internationales pertinentes. Mais certains n’ont pas de mécanisme de traitement des plaintes et seule la moitié d’entre eux opèrent un suivi des résultats de l’engagement du secteur privé et les rendent publics. Les partenaires au développement se sont efforcés de s’aligner sur ces normes, de mettre en place de tels mécanismes, d’opérer un suivi des résultats et de les rendre publics, ainsi que de mener des évaluations au titre du devoir de diligence, avec des performances particulièrement positives de la part des banques multilatérales de développement.
Les acteurs du secteur privé font état de difficultés importantes pour collaborer avec les partenaires au développement dans le cadre des projets/programmes de coopération pour le développement, citant la lourdeur des procédures des fournisseurs, par exemple celles relatives aux demandes de financement, comme obstacles majeurs à ces partenariats. Toutefois, selon le secteur privé, son engagement dans la coopération pour le développement renforce sa capacité à contribuer aux résultats en matière de développement : c’est ce qu’ont indiqué les petites entreprises dans 83 % des pays partenaires, et les grandes entreprises dans 94 % des pays partenaires.
Dans un contexte de ressources limitées à l’appui du développement, l’accent est de plus en plus mis sur le rôle du secteur privé1 dans la coopération pour le développement, compte tenu du potentiel qui est le sien pour concourir à des résultats tangibles en matière de développement dans les pays partenaires. Toutefois, il est difficile d’établir des partenariats efficaces entre les administrations des pays partenaires, les entreprises, les partenaires au développement et d’autres acteurs, et ce pour diverses raisons : déficits de confiance, limites de capacités ou différences au niveau des priorités, des mandats et des profils risque-rendement. Les Principes de Kampala pour un engagement efficace du secteur privé dans le cadre de la coopération pour le développement, adoptés par le Partenariat mondial en 2019, ont été élaborés dans l’optique de donner des orientations sur la manière dont tous les acteurs peuvent contribuer à rendre plus efficace l’engagement du secteur privé dans la coopération pour le développement (Partenariat mondial, 2019[1]). L’évaluation du respect des Principes de Kampala, appelée Évaluation des Principes de Kampala, est une nouvelle composante à part entière du cadre de suivi du Partenariat mondial pour le Cycle 2023-2026. Elle apporte des éclairages sur la mesure dans laquelle les éléments constitutifs sont en place pour un engagement efficace du secteur privé dans le cadre de la coopération pour le développement. Les constatations issues de l’Évaluation peuvent aider les décideurs à mener à bien l’important programme d’action en faveur de la mobilisation de financements privés en mettant en lumière les moyens d’établir des collaborations qui utilisent au mieux les ressources publiques internationales lorsqu’est associé le secteur privé. À ce titre, les constatations portant sur la qualité de l’engagement du secteur privé dans les partenariats de coopération pour le développement complètent utilement les données sur la quantité de financements privés mobilisés à l’appui du développement (OCDE, 2025[2]). L’Évaluation des Principes de Kampala permet de déterminer si les ressources affectées à la coopération pour le développement qui parviennent aux pays partenaires sont utilisées pour renforcer l’environnement propice afin d’amplifier les contributions du secteur privé du pays au développement durable.
Ce chapitre présente les premières constatations qui se dégagent de la mise en œuvre de l’Évaluation des Principes de Kampala. Il commence par un bref aperçu des mesures utilisées dans l’Évaluation et de la manière dont se déroule le processus d’évaluation (section 6.1). Les quatre autres sections présentent l’analyse de chacun des quatre indicateurs clés de l’évaluation (Tableau 6.1). La section 6.2 examine dans quelle mesure les pays partenaires et les partenaires au développement disposent de politiques ou de stratégies qui orientent l’engagement du secteur privé, ainsi que les caractéristiques de ces politiques, par exemple si elles orientent cet engagement vers les personnes et les territoires qui en ont le plus besoin. La section 6.3 examine dans quelle mesure les administrations des pays partenaires et les partenaires au développement organisent des dialogues relatifs à l’engagement du secteur privé, tandis que la qualité des projets et programmes en la matière est le sujet de la section 6.4, qui examine lui aussi les efforts des administrations des pays partenaires et des partenaires au développement. Enfin, la section 6.5 présente la perception qu’ont les parties prenantes des difficultés associées à l’engagement du secteur privé dans les partenariats de coopération pour le développement.
6.1. Que mesure l’Évaluation des Principes de Kampala ?
Copier le lien de 6.1. Que mesure l’Évaluation des Principes de Kampala ?L’Évaluation des Principes de Kampala offre des pistes pour opérer un suivi de l’engagement du secteur privé dans la coopération pour le développement et favoriser une efficacité accrue de cet engagement. Son périmètre englobe des projets et des programmes dans des pays partenaires qui fournissent des ressources publiques internationales à des entités du secteur privé basées dans des pays partenaires2 afin de mettre en œuvre les priorités de développement. L’Évaluation des Principes de Kampala implique un processus multipartite, des informations étant communiquées par l’administration du pays partenaire ainsi que par les différents partenaires au développement qui associent le secteur privé à leur coopération pour le développement dans le pays. Les points de contact des OSC, des syndicats et du secteur privé national du pays partenaire rendent également compte au nom de ceux qu’ils représentent. Cela permet de confronter les points de vue des parties prenantes sur les bonnes pratiques, les difficultés et les opportunités concernant la participation du secteur privé aux partenariats de coopération pour le développement. Seul module facultatif du cadre de suivi, l’Évaluation des Principes de Kampala a été menée par 25 des 44 pays partenaires ayant participé au Cycle 2023-20263. Les conclusions de ce chapitre doivent donc être lues en tenant compte des spécificités de l’Évaluation elle-même. En effet, d’une part, le Cycle 2023-2026 a été le premier test au niveau des pays de sa méthodologie, ce qui la différencie donc des autres composantes du cadre de suivi du Partenariat mondial, lesquelles ont été mises en œuvre et affinées au fil de plusieurs cycles. D’autre part, la nature optionnelle de cette évaluation introduit la possibilité d’un biais de sélection dans les constatations : par exemple, les pays partenaires qui ont choisi d’y participer pourraient être ceux pour lesquels l’engagement du secteur privé dans la coopération pour le développement constitue davantage une priorité d’action publique. Malgré tout, on observe une distribution similaire, que ce soit pour le niveau de revenu ou pour la zone géographique, entre les 25 pays qui ont opté pour la réalisation de l’Évaluation et l’ensemble du groupe des 44 pays qui ont participé au cycle 2023-20264.
Globalement, les cinq Principes de Kampala – assurer une appropriation inclusive par les pays, obtenir des résultats et un impact ciblé, instaurer des partenariats inclusifs, garantir la transparence et l’exercice de la redevabilité, et ne laisser personne de côté – sous-tendent la méthodologie de l’Évaluation des Principes de Kampala. Toutefois, l’évaluation elle-même s’articule autour de quatre indicateurs clés, chacun d’entre eux se rapportant à un ou plusieurs des Principes de Kampala (Tableau 6.1).
Tableau 6.1. L’Évaluation des Principes de Kampala recueille des données concernant quatre indicateurs
Copier le lien de Tableau 6.1. L’Évaluation des Principes de Kampala recueille des données concernant quatre indicateurs|
Indicateur clé 1 : Politiques publiques relatives à l’engagement du secteur privé dans le cadre de la coopération pour le développement. Principes de Kampala couverts : appropriation inclusive par les pays, résultats et impact ciblé, partenariats inclusifs, ne laisser personne de côté |
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1. Existence de politiques publiques ou de stratégies à l’intention des pays partenaires et des partenaires au développement qui précisent comment le secteur privé devrait être associé à la coopération pour le développement 2. Principales caractéristiques de ces politiques ou stratégies (notamment ciblent-elles les groupes vulnérables et marginalisés ?) 3. Ces politiques ou stratégies ont-elles été élaborées dans le cadre d’un processus inclusif ? 4. Connaissance de ces politiques et stratégies parmi les groupes de parties prenantes |
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Indicateur clé 2 : Dialogue inclusif sur l’engagement du secteur privé dans le cadre de la coopération pour le développement. Principes de Kampala couverts : partenariats inclusifs, transparence et redevabilité, ne laisser personne de côté |
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1. Des dialogues multipartites sont-ils organisés par les administrations des pays partenaires et les partenaires au développement ? 2. Inclusivité de ces dialogues 3. Pertinence des thèmes abordés dans le cadre de ces dialogues 4. Ces dialogues ont-ils abouti à une collaboration multipartite ? |
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Indicateur clé 3 : Qualité de l’engagement du secteur privé dans le cadre de la coopération pour le développement dans les pays partenaires. Principes de Kampala couverts : résultats et impact ciblé, transparence et redevabilité, ne laisser personne de côté |
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1. L’engagement du secteur privé apporte-t-il une valeur ajoutée au développement là où elle est le plus nécessaire ? (voir la section 6.2) 2. L’engagement du secteur privé renforce-t-il les capacités du secteur privé national, des OSC et des syndicats ? 3. Les pays partenaires et les partenaires au développement veillent-ils à l’alignement de l’engagement du secteur privé sur les normes pertinentes, qu’elles soient nationales (telles que les normes environnementales, sociales et de gouvernance ou les normes du travail) ou internationales (telles que les normes de l’Organisation internationale du travail, les Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme ou les Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales) ? 4. Les partenaires au développement assurent-ils l’inclusivité des processus liés à l’exercice d’une diligence raisonnable ? 5. Les résultats de l’engagement du secteur privé font-ils l’objet d’un suivi et sont-ils rendus publics par les pouvoirs publics des pays partenaires et les partenaires au développement ? 6. Les pays partenaires et les partenaires au développement disposent-ils de processus ou de mécanismes de traitement des plaintes liés à l’engagement du secteur privé ? |
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Indicateur clé 4 : Facilité d’établir des partenariats avec le secteur privé dans le cadre de la coopération pour le développement. Principes de Kampala couverts : appropriation inclusive par les pays, partenariats inclusifs |
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1. Perception par les parties prenantes de la facilité d’établir des partenariats en s’associant au secteur privé dans le cadre de la coopération pour le développement |
Source : Partenariat mondial (2022[3]), Consignes pour procéder à l’Évaluation des Principes de Kampala, https://effectivecooperation.org/sites/default/files/2025-06/Annex%202_KPA%20Guidance%20%28FR%29.pdf
6.2. La plupart des pays partenaires et des partenaires au développement disposent de cadres d’action pour l’engagement du secteur privé, mais les opinions divergent quant à leur intérêt sur le plan du développement
Copier le lien de 6.2. La plupart des pays partenaires et des partenaires au développement disposent de cadres d’action pour l’engagement du secteur privé, mais les opinions divergent quant à leur intérêt sur le plan du développementPrès des deux tiers des pays partenaires qui ont entrepris l’Évaluation des Principes de Kampala disposent d’une politique sur l’engagement du secteur privé dans le cadre de la coopération pour le développement, mais la mesure dans laquelle celle-ci définit les rôles et les responsabilités des différents groupes de parties prenantes est inégale. Dans le Document final de Nairobi de 2016 du Partenariat mondial, les parties prenantes se sont engagées à « promouvoir des environnements de politiques favorables au secteur des entreprises afin de soutenir des pratiques commerciales responsables, inclusives et durables ; et [à] soutenir un dialogue structuré et un partenariat visant à encourager ces approches »(Partenariat mondial, 2016[4]). Sur les 24 administrations qui ont entrepris une Évaluation des Principes de Kampala, 15 indiquent disposer d’une politique5 qui définit la manière dont le secteur privé devrait être associé à la coopération pour le développement à l’appui du développement durable. La majorité de ces politiques sont une composante de stratégies ou de plans nationaux de développement. Ces politiques sont généralement élaborées dans le cadre de processus inclusifs associant différents groupes de parties prenantes : parlement, OSC nationales, syndicats, organisations philanthropiques nationales, secteur privé national, administrations infranationales et partenaires au développement. Les 15 pays partenaires qui disposent d’une politique sur la manière dont le secteur privé devrait être associé à la coopération pour le développement ont tous déclaré associer le secteur privé ainsi qu’au moins trois autres groupes de parties prenantes, sachant que quatre pays partenaires ont indiqué associer l’ensemble de ces groupes. Dans ces 15 pays, environ 3 représentants du secteur privé sur 4 qui ont répondu au questionnaire (75 % pour les petites entreprises et 73 % pour les grandes entreprises6), ainsi que 85 % des représentants des OSC, ont déclaré avoir connaissance d’une telle politique. En outre, les 15 politiques exposent les raisons justifiant de travailler avec le secteur privé dans le cadre de la coopération pour le développement, et la plupart définissent les rôles des partenaires au développement (11), des administrations infranationales (10) et du parlement (10) dans l’engagement du secteur privé. Une proportion plus faible d’entre elles définit le rôle de la société civile (9), des syndicats (8) et des organisations philanthropiques (5), ce qui donne à penser qu’il est possible, dans l’ensemble, de clarifier la manière dont certains groupes de parties prenantes sont censés contribuer à l’engagement du secteur privé dans la coopération pour le développement dans le pays.
Une grande majorité (80 %) des politiques des pays partenaires en la matière définissent des secteurs prioritaires, tandis qu’une proportion bien moindre définit des régions ou des groupes cibles prioritaires. Douze des 15 politiques font référence aux secteurs que les pouvoirs publics considèrent comme prioritaires pour l’engagement du secteur privé. Pourtant, seules 9 politiques désignent des groupes cibles, notamment les populations vulnérables ou marginalisées, et moins de la moitié (7) définissent des régions prioritaires. Toutefois, l’existence d’une politique qui définit les secteurs, régions ou groupes cibles prioritaires ne semble pas corrélée à une perception plus forte au sein de l’administration publique du fait que l’engagement du secteur privé dans la coopération pour le développement apporte une valeur ajoutée là où elle est le plus nécessaire. On peut en déduire que, s’il est important d’expliciter ces priorités dans un cadre d’action, cela ne suffit pas nécessairement, sauf si d’autres actions en aval viennent s’y ajouter, par exemple lors de la conception du projet, pour accroître les chances que l’engagement du secteur privé dans la coopération pour le développement profite aux secteurs, régions et groupes de population visés.
Parmi les partenaires au développement qui associent le secteur privé à leurs activités de coopération pour le développement, plus des trois quarts disposent d’une stratégie pour guider ces activités, même si leurs bureaux locaux n’en ont pas toujours connaissance. Les partenaires au développement dans chacun des 25 pays partenaires qui ont entrepris l’Évaluation des Principes de Kampala ont indiqué s’ils avaient des projets ou des programmes de coopération pour le développement associant le secteur privé (Encadré 6.1). Parmi les fournisseurs ayant répondu par l’affirmative, 77 % déclarent disposer d’une stratégie qui guide ces activités. Il peut s’agir d’une stratégie mondiale, d’une stratégie au niveau des pays ou d’une combinaison des deux7. Comme le montre le Graphique 6.1, ces résultats varient selon le type de partenaire au développement, les membres du CAD et les entités des Nations Unies étant plus susceptibles d’avoir une stratégie mondiale, et les banques multilatérales de développement (BMD) plus susceptibles d’avoir une stratégie propre à chaque pays. Dans l’ensemble, il apparaît que les fournisseurs investissent raisonnablement bien dans les cadres d’action en faveur de l’engagement du secteur privé dans la coopération pour le développement. Toutefois, dans certains cas, les partenaires au développement disposent d’une stratégie mondiale dont leurs collègues dans les bureaux locaux n’ont pas connaissance. Cela donne à penser que certains fournisseurs pourraient améliorer la communication interne à propos de leurs stratégies, éventuellement dans le cadre d’efforts plus vastes visant à renforcer le degré de préparation organisationnelle en vue de l’engagement du secteur privé (Donor Committee for Enterprise Development, 2018[5]).
Encadré 6.1. Quels types de fournisseurs associent le secteur privé à leurs activités de coopération pour le développement ?
Copier le lien de Encadré 6.1. Quels types de fournisseurs associent le secteur privé à leurs activités de coopération pour le développement ?Les administrations des 25 pays partenaires ont invité les représentants d’un total de 79 partenaires au développement (32 fournisseurs bilatéraux et 47 fournisseurs multilatéraux) à communiquer des données dans le cadre de l’Évaluation des Principes de Kampala. Ainsi, 507 réponses ont été obtenues au total, émanant de points de contact représentant les 79 partenaires au développement, à la question de savoir si le fournisseur qu’ils représentaient participait à des projets ou programmes associant le secteur privé dans ce pays partenaire. Les 38 % qui ont répondu par la négative s’en sont arrêté là du questionnaire de l’Évaluation, tandis que ceux qui ont confirmé l’engagement du secteur privé (62 %) ont pu répondre aux autres questions. Les données recueillies au moyen de cette première question de filtrage ont montré quels types de partenaires au développement sont les plus susceptibles d’associer le secteur privé à leurs activités de coopération pour le développement.
Quels types de partenaires au développement associent le secteur privé ?
Les 62 % de partenaires au développement ayant confirmé que leur pays/organisation associait le secteur privé (315 réponses) sont composés à 39 % de fournisseurs bilatéraux et à 61 % d’organisations multilatérales. Les premiers sont presque exclusivement des membres du CAD, un seul participant bilatéral n’étant pas membre du CAD – la Thaïlande. Les seconds sont pour environ 64 % d’entre eux des entités des Nations Unies, pour environ 23 % des BMD, les autres étant les institutions de l’Union européenne, des fonds verticaux et d’autres organisations internationales. La majorité de ces 315 répondants indiquent associer le secteur privé à moins de 20 % de leurs projets dans ce pays. Parmi les partenaires au développement qui déclarent associer le secteur privé à plus de 80 % de leurs projets, la plupart (56 %) sont des entités des Nations Unies, les autres étant des membres du CAD et des BMD.
Que disent les constatations issues de l’Évaluation des Principes de Kampala des partenaires au développement qui n’associent pas le secteur privé ?
Trente-huit pour cent des partenaires au développement ayant répondu (192 réponses) indiquent que le fournisseur qu’ils représentent ne participe pas à des projets ou programmes associant le secteur privé dans ce pays partenaire. Parmi eux, 50 % sont des entités des Nations Unies et 34 % sont des membres du CAD. Sur la base des éléments communiqués dans cinq pays partenaires, six des sept fournisseurs bilatéraux non membres du CAD qui ont été invités à répondre au questionnaire d’Évaluation des Principes de Kampala (tous sauf la Thaïlande) ont indiqué ne pas associer le secteur privé à leurs activités de coopération pour le développement.
Graphique 6.1. Les membres du CAD et les entités des Nations Unies ont tendance à privilégier les stratégies mondiales d’engagement du secteur privé, tandis que les BMD leur préfèrent les stratégies au niveau des pays
Copier le lien de Graphique 6.1. Les membres du CAD et les entités des Nations Unies ont tendance à privilégier les stratégies mondiales d’engagement du secteur privé, tandis que les BMD leur préfèrent les stratégies au niveau des paysEngagement du secteur privé dans les stratégies de coopération pour le développement observé au niveau mondial, au niveau des pays et aux deux niveaux, en proportion, par type de fournisseur
Note : Les catégories suivantes ne sont pas présentées car nous disposons de trop peu de données les concernant : fonds verticaux, fournisseurs bilatéraux non membres du CAD et autres organisations internationales.
À l’instar des stratégies d’engagement du secteur privé des pays partenaires, celles des partenaires au développement sont plus susceptibles de définir des secteurs prioritaires que des régions ou des groupes cibles prioritaires. Soixante-quatorze pour cent des stratégies des partenaires au développement désignent les secteurs prioritaires, 69 % les groupes cibles prioritaires et 46 % les régions prioritaires. Lorsque les stratégies des fournisseurs définissent des groupes cibles prioritaires, elles incluent toujours les populations vulnérables et marginalisées. Toutefois, cet effort au niveau de la stratégie ne semble pas se refléter au niveau des projets : une analyse portant sur plus de 900 cas d’engagement du secteur privé dans des projets de coopération pour le développement au Bangladesh, en Égypte, à El Salvador et en Ouganda en 2017-2018 a révélé que le ciblage des bénéficiaires était limité, en particulier en ce qui concerne le principe visant à ne laisser personne de côté, puisque seulement 11 % des projets étaient explicitement axés sur les communautés rurales, 5 % sur les femmes et 4 % sur les pauvres (Partenariat mondial, 2019[6]). Les conclusions de cette analyse, bien que relativement anciennes, font partie des facteurs qui ont motivé la création des Principes de Kampala.
Malgré les efforts déployés pour définir les secteurs, régions et groupes prioritaires dans les politiques et les stratégies, les opinions divergent quant à savoir si l’engagement du secteur privé contribue à garantir que personne n’est laissé de côté
Les parties prenantes qui ont fourni des réponses pour l’Évaluation des Principes de Kampala estiment que l’engagement du secteur privé dans le cadre de la coopération pour le développement apporte une valeur ajoutée en ceci qu’il concourt au développement de leur pays, et qu’il contribue en partie à l’obtention de résultats là où ils sont le plus nécessaires. Depuis au moins 2015, la communauté internationale reconnaît qu’il est essentiel d’associer le secteur privé aux efforts de développement durable. Dix ans plus tard, la quatrième Conférence internationale sur le financement du développement (ou Conférence de Séville) a réaffirmé l’importance de collaborer avec le secteur privé, tout en se déclarant préoccupée par le fait que la priorité nécessaire n’a pas été accordée à la question de l’impact en matière de développement durable (Assemblée générale des Nations Unies, 2025[7]). Si une attention particulière a été accordée à l’importance de la mobilisation de financements privés à l’appui du développement, le discours mondial s’est moins concentré sur la manière dont sont déployées les ressources allouées aux pays partenaires pour la coopération pour le développement – même si les orientations existantes, y compris à l’intention des fournisseurs recourant à des modalités de financement mixte, mettent l’accent sur l’optimisation des résultats et de l’impact en matière de développement (OCDE, 2025[8]). En revanche, on s’est moins intéressé à la question de savoir si ces ressources sont utilisées pour renforcer l’environnement qui permet au secteur privé national de contribuer au développement durable. Il ressort des constatations issues de l’Évaluation des Principes de Kampala que les 24 pays partenaires et la quasi-totalité des partenaires au développement (97 %) conviennent qu’en règle générale, l’engagement du secteur privé dans la coopération pour le développement apporte une valeur ajoutée au développement du pays. Lorsqu’on leur demande s’ils pensent que cela apporte une valeur ajoutée là où elle est le plus nécessaire, les parties prenantes sont également d’accord – au moins « plutôt d’accord », si ce n’est « tout à fait d’accord » (Graphique 6.2). Toutefois, la perception n’est pas la même pour tous les acteurs du développement. Les partenaires au développement, qui peuvent exercer une influence sur la définition de leurs propres modalités d’engagement du secteur privé dans les projets de coopération pour le développement, sont ceux qui ont la perception la plus positive de son intérêt. Il est intéressant de noter que les groupes de parties prenantes qui travaillent souvent plus étroitement au niveau local et/ou sur le terrain – OSC, syndicats et petites entreprises – sont généralement ceux qui sont le moins convaincus que l’engagement du secteur privé dans la coopération pour le développement apporte une valeur ajoutée là où elle est le plus nécessaire. Cette divergence dans la perception peut être le signe d’attentes différentes selon les groupes de parties prenantes quant à la valeur visible de l’engagement du secteur privé dans les projets/programmes de coopération pour le développement. Cela pourrait également s’expliquer par le fait que les partenaires au développement et les acteurs locaux ne donnent pas le même sens aux populations et territoires « qui en ont le plus besoin ». Toutefois, le fait que l’Évaluation des Principes de Kampala ait révélé des points de vue divergents cadre avec un objectif clé de cette évaluation, à savoir fournir un point de départ pour le dialogue. Globalement, il faut redoubler d’efforts pour faire en sorte que l’engagement du secteur privé en faveur du développement durable profite à ceux qui en ont le plus besoin, les dialogues au niveau des pays sur les constatations issues de l’Évaluation constituant un point d’entrée concret pour que les différents groupes de parties prenantes puissent échanger sur des points de vue communs aussi bien que divergents (voir le Chapitre 7).
Graphique 6.2. Les partenaires au développement sont ceux qui portent le regard le plus positif sur le fait que l’engagement du secteur privé apporte une valeur ajoutée là où elle est le plus nécessaire, à l’inverse des OSC
Copier le lien de Graphique 6.2. Les partenaires au développement sont ceux qui portent le regard le plus positif sur le fait que l’engagement du secteur privé apporte une valeur ajoutée là où elle est le plus nécessaire, à l’inverse des OSCProportion de répondants qui sont tout à fait d’accord/plutôt d’accord/pas du tout d’accord avec l’affirmation selon laquelle l’engagement du secteur privé dans le cadre de la coopération pour le développement apporte une valeur ajoutée là où elle est le plus nécessaire
Note : Les répondants pouvaient choisir entre les réponses « tout à fait », « plutôt » ou « pas du tout » lorsqu’on leur demandait si l’engagement du secteur privé dans le cadre de la coopération pour le développement produisait des résultats là où ils étaient le plus nécessaires (secteurs, régions et groupes cibles prioritaires).
6.3. Des dialogues sont organisés par les pays partenaires et les partenaires au développement, mais ils pourraient être plus inclusifs et davantage axés sur les questions prioritaires
Copier le lien de 6.3. Des dialogues sont organisés par les pays partenaires et les partenaires au développement, mais ils pourraient être plus inclusifs et davantage axés sur les questions prioritairesLes trois quarts des pays partenaires organisent des dialogues nationaux sur la participation du secteur privé à la coopération pour le développement, mais ces dialogues sont, dans l’ensemble, considérés comme modérément inclusifs. Le Document final de Nairobi contient un engagement à promouvoir « [l]e dialogue et le partenariat entre le gouvernement [et] le secteur des entreprises », et à reconnaître « l’importance de la collaboration pour créer un environnement favorable aux secteurs des entreprises formels et informels dans tous les pays » (Partenariat mondial, 2016[4]). Les pays partenaires sont plus nombreux (18 sur 24) à avoir investi dans l’organisation d’un dialogue que dans l’élaboration d’une politique sur l’engagement du secteur privé (15 sur 24). Les dialogues peuvent aider les parties prenantes à s’entendre sur les priorités, à trouver des solutions aux problèmes qui se posent et à nouer des relations (Partenariat mondial, 2019[1]). Les 18 représentants des administrations ont indiqué que les dialogues qu’ils ont organisés ont abouti à une collaboration avec d’autres parties prenantes, au moins dans une certaine mesure. Toutefois, les pays partenaires pourraient rendre les dialogues plus inclusifs. Sur les 18 pays qui ont organisé un dialogue, tous ont déclaré avoir invité le secteur privé et les partenaires au développement, 15 ont invité des OSC et 13 des administrations infranationales et des syndicats. Le parlement a été invité à 9 de ces dialogues et les organisations philanthropiques à seulement 6.
Les dialogues nationaux organisés par les gouvernements des pays partenaires pourraient être utilisés plus efficacement, en particulier pour renforcer la confiance entre les parties prenantes. En moyenne, les pays partenaires ont indiqué que multiplier les dialogues sur l’engagement du secteur privé afin de renforcer la confiance mutuelle serait particulièrement utile pour atténuer les difficultés rencontrées dans les partenariats. Les syndicats et les OSC ont exprimé des points de vue analogues, estimant que c’était là une priorité d’action pour atténuer les difficultés liées aux partenariats. Puisque la plupart des pays partenaires ayant participé à l’évaluation organisent des dialogues nationaux sur l’engagement du secteur privé (18 sur 24), il y a sans doute là une possibilité de réorienter les objectifs des dialogues existants afin de mieux les utiliser pour renforcer la confiance entre les parties prenantes. Une première étape importante consisterait à faire en sorte non seulement que ces dialogues soient inclusifs, mais aussi que les parties prenantes aient la possibilité d’influer sur les objectifs, le programme et l’orientation des discussions. Les acteurs du secteur privé ont participé à des dialogues nationaux organisés dans le cadre de la phase de réflexion, dialogue et action du Cycle 2023-2026. Parmi les résultats de ces dialogues, on peut citer les engagements pris par les pouvoirs publics, les partenaires au développement et les acteurs du secteur privé de renforcer la participation des entreprises aux plateformes de coordination stratégique et sectorielle, de communiquer des informations sur les possibilités de financement et de partenariats avec le secteur privé, et d’associer le secteur privé plus tôt dans la formulation des politiques publiques. Les Chapitres 7 et 8 traitent cette question plus en détail.
La plupart des partenaires au développement associent les parties prenantes au niveau des pays à des dialogues et/ou des consultations qu’ils organisent sur l’engagement du secteur privé, mais les pays partenaires ne se sentent pleinement consultés que dans une petite proportion des pays. Les partenaires au développement ayant une stratégie pour l’engagement du secteur privé sont plus susceptibles que les autres d’organiser aussi un dialogue (72 % des partenaires au développement ayant répondu et disposant d’une stratégie ont organisé un dialogue, contre seulement 43 % des partenaires au développement ayant répondu et ne disposant pas d’une telle stratégie). C’est en particulier le cas pour les partenaires au développement qui déclarent disposer à la fois d’une stratégie au niveau mondial et d’une stratégie au niveau des pays en matière d’engagement du secteur privé. Toutefois, si les administrations des pays partenaires ont été invitées à la quasi-totalité (84 %) de ces dialogues avec les partenaires au développement, seuls 29 % ont indiqué être pleinement consultées par les fournisseurs sur la participation du secteur privé de ce dernier aux activités de coopération pour le développement. Cela donne à penser que les dialogues organisés par les fournisseurs ne sont pas toujours utilisés pour consulter les administrations des pays partenaires sur les activités d’engagement du secteur privé dans le pays.
Les administrations des pays partenaires sont davantage d’avis que les autres parties prenantes que les dialogues sur l’engagement du secteur privé dans le cadre de la coopération pour le développement organisés par les partenaires au développement portent sur des questions qui sont importantes pour eux. Comme le montre le Graphique 6.3, 58 % des administrations des pays partenaires sont tout à fait d’accord avec le fait que les dialogues organisés par les partenaires au développement sont en phase avec leurs priorités, les 42 % restants étant plutôt d’accord avec cette affirmation. Les autres parties prenantes ont une perception moins positive : si 44 % des représentants des grandes entreprises sont tout à fait d’accord pour dire que ces dialogues sont en phase avec leurs priorités, ce n’est le cas que de 31 % des petites entreprises et des syndicats, et de 29 % des OSC ayant répondu. Seulement 25 % des représentants des petites entreprises et 19 % des représentants des grandes entreprises sont tout à fait d’accord avec l’affirmation selon laquelle ces dialogues ont débouché sur une collaboration avec d’autres groupes de parties prenantes, et les représentants des grandes entreprises dans deux des pays n’étaient pas du tout d’accord avec cette affirmation. Bien que cette tendance puisse s’expliquer par les objectifs premiers et l’orientation technique de nombreux dialogues sur l’engagement du secteur privé, elle souligne également l’importance de veiller à ce que les approches à l’égard de cet engagement répondent également aux préoccupations d’autres groupes de parties prenantes, en particulier les OSC et les syndicats, compte tenu de leur rôle dans la représentation d’intérêts sociétaux plus larges.
Graphique 6.3. Ce sont les administrations des pays partenaires qui sont le plus susceptibles de convenir que les dialogues organisés par les partenaires au développement abordent des questions qui sont importantes pour eux
Copier le lien de Graphique 6.3. Ce sont les administrations des pays partenaires qui sont le plus susceptibles de convenir que les dialogues organisés par les partenaires au développement abordent des questions qui sont importantes pour euxRéponses des parties prenantes à la question de savoir si les dialogues sur l’engagement du secteur privé dans le cadre de la coopération pour le développement organisés par les partenaires au développement portent sur des questions qui sont importantes pour eux
6.4. Les pays partenaires et les partenaires au développement investissent à des degrés divers dans la qualité de leur collaboration avec le secteur privé
Copier le lien de 6.4. Les pays partenaires et les partenaires au développement investissent à des degrés divers dans la qualité de leur collaboration avec le secteur privéL’Évaluation des Principes de Kampala donne lieu à des constatations sur plusieurs indicateurs liés à la qualité de l’engagement du secteur privé dans le cadre de la coopération pour le développement dans les pays partenaires (énumérés dans le Tableau 6.1. ). Cette section présente les résultats des réponses communiquées par les pays partenaires et les partenaires au développement sur trois indicateurs de la qualité de l’engagement du secteur privé dans la coopération pour le développement : l’alignement sur les normes nationales et internationales pertinentes ; le suivi des résultats et leur mise à disposition publique ; et l’existence éventuelle de processus ou de mécanismes de traitement des plaintes. Seuls les partenaires au développement ont fourni des informations concernant le quatrième indicateur (processus de diligence raisonnable).
La quasi-totalité des administrations des pays partenaires (22 sur 24) indiquent que l’engagement du secteur privé dans le cadre de la coopération pour le développement dans leur pays est aligné sur les normes nationales et internationales, telles que les normes environnementales, sociales, de gouvernance et du travail. L’existence de mécanismes de traitement des plaintes est moins universelle : seuls 17 de ces pays affirment qu’il existe un processus ou un mécanisme par lequel les parties prenantes peuvent enregistrer leurs plaintes concernant l’engagement du secteur privé dans la coopération pour le développement. En outre, même lorsque l’administration a mis en place un mécanisme de traitement des plaintes, les autres parties prenantes n’en sont pas systématiquement informées. Ainsi, dans plus de la moitié des 17 pays, les OSC ayant répondu ont déclaré ne pas avoir connaissance d’un tel mécanisme.
Seulement la moitié des pays partenaires indiquent assurer le suivi et la collecte des résultats relatifs à l’engagement du secteur privé dans la coopération pour le développement et les rendre publics. Le suivi des résultats de l’engagement du secteur privé dans les initiatives de coopération pour le développement et la communication à leur sujet constituent un indicateur important de la qualité. Si 16 pays partenaires sur 24 indiquent opérer un suivi des résultats de l’engagement du secteur privé dans les projets et programmes de coopération pour le développement, seuls 12 d’entre eux rendent également ces résultats publics. Comme indiqué au Chapitre 3, qui examine dans quelle mesure les résultats globaux en matière de développement sont suivis et rendus publics, environ la moitié des 44 pays qui ont entrepris un suivi établissent un rapport d’avancement sur leurs stratégies nationales de développement et rendent ce rapport public. On voit ici un domaine d’amélioration pour l’avenir : non seulement pour accroître la transparence, mais aussi compte tenu de l’importance d’un suivi systématique des résultats pour évaluer l’impact, déterminer si l’engagement du secteur privé dans la coopération pour le développement se traduit par des résultats pour ceux qui sont censés en bénéficier, notamment ceux qui en ont le plus besoin, en parallèle de l’existence de mécanismes de traitement des plaintes mis en place pour éviter de nuire.
Les BMD sont plus susceptibles que d’autres fournisseurs d’avoir mis en place des composantes clés de qualité pour l’engagement du secteur privé dans la coopération pour le développement. Le Graphique 6.4. montre dans quelle mesure les différents types de fournisseurs déploient des efforts pour chacune des quatre mesures de la qualité de leurs projets et programmes qui associent le secteur privé. Il apparaît clairement que les BMD obtiennent de meilleurs résultats dans trois des quatre composantes que les entités des Nations Unies ou encore que les membres du CAD. Cela tient probablement à leur maturité relative et à leur longue expérience de la collaboration avec le secteur privé (Groupe de travail sur les BMD du Partenariat mondial, 2019[9]). C’est particulièrement le cas pour le suivi des résultats et leur mise à disposition, ainsi que pour la mise en place de mécanismes de traitement des plaintes, ainsi que, dans une mesure moindre mais néanmoins notable, pour la réalisation d’évaluations au titre du devoir de diligence. Bien que tous les types de fournisseurs n’opèrent pas de la même manière, ces constatations laissent à penser que les BMD ont des enseignements à offrir aux autres partenaires au développement. Des orientations sont disponibles – en particulier la Boîte à outils des Principes de Kampala (Partenariat mondial, 2023[10]) – pour aider les partenaires au développement à améliorer leurs approches concernant toutes les composantes de la qualité.
Graphique 6.4. Les BMD obtiennent des résultats particulièrement satisfaisants au regard des principaux indicateurs de la qualité de l’engagement du secteur privé
Copier le lien de Graphique 6.4. Les BMD obtiennent des résultats particulièrement satisfaisants au regard des principaux indicateurs de la qualité de l’engagement du secteur privéPartenaires au développement ayant mis en place des composantes clés de la qualité, en pourcentage par type de fournisseur
Note : Les catégories suivantes ne sont pas présentées car nous disposons de trop peu de données les concernant : fonds verticaux, fournisseurs bilatéraux non membres du CAD et autres organisations internationales.
6.5. Les acteurs du secteur privé peuvent éprouver des difficultés à collaborer avec les partenaires au développement
Copier le lien de 6.5. Les acteurs du secteur privé peuvent éprouver des difficultés à collaborer avec les partenaires au développementDans les pays partenaires, le secteur privé a généralement du mal à travailler avec les partenaires au développement dans le cadre de projets/programmes de coopération pour le développement, les procédures des fournisseurs étant citées comme un obstacle important. Le Graphique 6.5. illustre ce constat : les représentants des petites entreprises dans 9 pays (la moitié des 18 ayant répondu) et ceux des grandes entreprises dans 12 pays (la majorité des 17 ayant répondu) considèrent qu’il est difficile ou assez difficile de collaborer avec les partenaires au développement. Les représentants du secteur privé ayant répondu s’accordent largement à dire que les procédures des fournisseurs relatives à l’engagement du secteur privé dans le cadre de la coopération pour le développement sont l’un des principaux facteurs qui font qu’il est difficile de collaborer avec eux. Plus précisément, le secteur privé souhaiterait que les procédures de demande de financement auprès des fournisseurs soient simplifiées, que davantage de soutien et d’orientations soient fournis lorsqu’il s’agit de remplir les demandes de financement, qu’ils communiquent plus clairement sur les possibilités de financement et que les fournisseurs harmonisent davantage les procédures que doivent suivre les partenaires du secteur privé. Ces difficultés ont été examinées dans le cadre de certains dialogues au niveau des pays pour donner suite aux constatations issues de l’Évaluation des Principes de Kampala, par exemple en République démocratique populaire lao (RDP lao), où les partenaires au développement se sont engagés à simplifier leurs procédures administratives (voir le Chapitre 7).
Les procédures des fournisseurs peuvent toutefois constituer un garde-fou important pour le secteur public en ce qui concerne la manière dont le secteur privé accède aux ressources de la coopération pour le développement et les utilise. Néanmoins, les partenaires au développement reconnaissent depuis longtemps la nécessité de répondre à ces préoccupations, par exemple en simplifiant les processus de proposition et en communiquant clairement sur les possibilités de collaboration (OCDE, 2016[11]). Cela indique que des efforts supplémentaires sont encore nécessaires, même si des orientations et des bonnes pratiques sont déjà disponibles pour aider les fournisseurs à adopter des méthodes plus efficaces pour collaborer avec les partenaires du secteur privé (Donor Committee for Enterprise Development, 2018[5]) ; (Partenariat mondial, 2023[10]). L’accent mis par le secteur privé sur les procédures des fournisseurs contraste, dans une certaine mesure, avec les opinions des administrations des pays partenaires, de la société civile et des syndicats, qui sont plus susceptibles de considérer qu’un dialogue plus poussé est crucial pour surmonter les difficultés liées aux partenariats, comme indiqué ci-après.
Graphique 6.5. Le secteur privé a du mal à nouer des partenariats avec les partenaires au développement
Copier le lien de Graphique 6.5. Le secteur privé a du mal à nouer des partenariats avec les partenaires au développementRéponses des représentants du secteur privé concernant le degré de facilité avec lequel il est possible de nouer des partenariats avec des partenaires au développement, par nombre de pays pour lesquels chaque réponse a été enregistrée
Note : Sur la base des réponses des représentants des grandes entreprises dans 17 pays et des représentants des petites entreprises dans 18 pays, sur les 25 pays qui ont mené l’Évaluation des Principes de Kampala.
Malgré ces difficultés, les parties prenantes notent que l’engagement du secteur privé dans le cadre de la coopération pour le développement renforce leur capacité à contribuer aux résultats en matière de développement. Il ressort des réponses du secteur privé que son engagement dans la coopération pour le développement renforce sa capacité à contribuer aux résultats en matière de développement : c’est ce qu’ont indiqué les petites entreprises dans 83 % des pays partenaires, et les grandes entreprises dans 94 % des pays partenaires. De la même manière, les OSC dans 68 % des pays et les syndicats dans 69 % des pays indiquent que leur propre capacité à contribuer aux résultats en matière de développement est renforcée par l’engagement du secteur privé dans la coopération pour le développement. Il s’agit là d’une constatation d’importance : le renforcement progressif de la capacité des parties prenantes nationales à contribuer au développement durable constitue sans doute l’une des contributions les plus importantes des ressources internationales à l’appui du développement.
Références
[7] Assemblée générale des Nations Unies (2025), Engagement de Séville, https://docs.un.org/fr/A/CONF.227/2025/L.1.
[5] Donor Committee for Enterprise Development (2018), Towards Strategic Private Sector Engagement: A summary of innovations and institutional change in donor agencies, https://www.enterprise-development.org/wp-content/uploads/Strategic-private-sector-engagement-summary-of-DCED-briefing-note.pdf.
[9] Groupe de travail sur les BMD du Partenariat mondial (2019), Multilateral Development Banks and Private Sector Engagement for Sustainable Development, https://effectivecooperation.org/content/leaving-no-one-behind-mdbs-working-together-engage-private-sector-achieve-sustainable (accessed on 12 mai 2026).
[8] OCDE (2025), Note d’orientation du CAD de l’OCDE relative au financement mixte 2025 (version abrégée), Best Practices in Development Co-operation, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/4915f91c-fr.
[2] OCDE (2025), SNPC - Privé : Finance privée mobilisée pour le développement (ensemble de données), https://data-explorer.oecd.org/s/4xv (accessed on 12 mai 2026).
[11] OCDE (2016), Private Sector Engagement for Sustainable Development: Lessons from the DAC, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/9789264266889-en.
[10] Partenariat mondial (2023), Boîte à outils des Principes de Kampala, https://effectivecooperation.org/kampala-principle-development-partners (accessed on 26 February 2026).
[3] Partenariat mondial (2022), Guide pour l’évaluation des principes de Kampala, https://effectivecooperation.org/sites/default/files/2025-06/Annex%202_KPA%20Guidance%20%28FR%29.pdf.
[6] Partenariat mondial (2019), Effective Private Sector Engagement through Development Co-operation: Background for Consultations, https://effectivecooperation.org/sites/default/files/documents/PSE-Issue-Areas-Paper-for-Consultation.pdf.
[1] Partenariat mondial (2019), Les principes de Kampala pour un engagement efficace du secteur privé dans le cadre de la coopération pour le développement, https://effectivecooperation.org/content/kampala-principles-effective-private-sector-engagement-through-development-co-operation.
[4] Partenariat mondial (2016), Nairobi Outcome Document. Second High-Level Meeting of the Global Partnership for Effective Development Cooperation, https://effectivecooperation.org/wp-content/uploads/2016/11/HLM2-Outcome-Doc-Third-Draft-14-Nov-16.pdf.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. Le secteur privé est défini comme les organismes qui mènent des activités à but lucratif et qui sont majoritairement à capitaux privés (elles n’appartiennent pas à l’État et ne sont pas non plus exploitées par lui). Il comprend les établissements et intermédiaires financiers, les sociétés multinationales, les micro-, petites et moyennes entreprises, les coopératives, les entreprises individuelles et les exploitations agricoles des secteurs formel et informel. N’en font pas partie les acteurs sans but lucratif, comme les fondations privées ou organisations de la société civile (OCDE, 2016[11]).
← 2. Il s’agit en particulier des entreprises du secteur privé intérieur/du pays partenaire, y compris les micro, petites et moyennes entreprises (MPME) et le secteur informel, ainsi que des entreprises multinationales basées dans le pays partenaire.
← 3. Vingt-cinq pays partenaires ont entrepris l’Évaluation des Principes de Kampala, mais en raison de contraintes de capacités, l’administration d’un pays partenaire n’a pas pu communiquer de données, alors même qu’elle jugeait cette évaluation intéressante et s’était engagée à transmettre ces informations. Par conséquent, les constatations relatives aux comportements des administrations des pays partenaires sont fondées sur un échantillon total de 24 répondants. Étant donné que d’autres parties prenantes dans ce pays ont, quant à elles, communiqué des données, celles-ci sont incluses dans les constatations relatives aux comportements de ces groupes de parties prenantes.
← 4. Par exemple, 40 % des 25 pays qui ont entrepris une Évaluation des Principes de Kampala appartiennent à la catégorie des pays à faible revenu, et 32 % des 44 pays qui ont participé au Cycle de suivi 2023-2026 relèvent de cette catégorie de revenu. La proportion pour les autres catégories de revenu est tout aussi proche entre les pays ayant entrepris une évaluation et les 44 pays. En ce qui concerne la répartition géographique, 56 % des pays ayant entrepris l’Évaluation des Principes de Kampala se trouvent en Afrique, contre 50 % des 44 pays, et les proportions sont également similaires dans les autres régions.
← 5. Le questionnaire pour l’Évaluation des Principes de Kampala utilise le terme « politique/stratégie » pour désigner les politiques publiques et stratégies des pays partenaires et des partenaires au développement. Dans ce chapitre, dans un souci de simplification, ce terme a été remplacé par « politiques » lorsqu’il se réfère aux politiques/stratégies des pays partenaires et par « stratégies » pour les politiques/stratégies des partenaires au développement.
← 6. Compte tenu de l’hétérogénéité du secteur privé, la méthodologie de l’Évaluation des Principes de Kampala invite deux points de contact du secteur privé dans chaque pays à communiquer des informations : l’un représentant les entreprises tournées vers l’exportation et les entreprises multinationales (appelées « grandes entreprises ») et l’autre représentant les MPME des secteurs formel et informel, ainsi que les entreprises sociales et les coopératives (appelées « petites entreprises »).
← 7. Les partenaires au développement ayant répondu à l’enquête qui ont confirmé l’existence d’une stratégie sur l’engagement du secteur privé dans la coopération pour le développement ont indiqué où cette stratégie pouvait être trouvée, en sélectionnant parmi les options suivantes (plusieurs réponses possibles) : a) dans une section de la stratégie ou du cadre de partenariat au niveau du pays ; b) dans une stratégie autonome d’engagement du secteur privé propre au pays ; c) dans une section d’une politique/stratégie ou d’un cadre de partenariat au niveau mondial ; d) dans une politique/stratégie autonome sur l’engagement du secteur privé dans le cadre de la coopération pour le développement de niveau mondial ; ou e) autre.