L’Enquête internationale de l’OCDE sur l’enseignement et l’apprentissage (TALIS) est la plus vaste enquête mondiale menée auprès des enseignants et des chefs d’établissement. Depuis son premier cycle en 2008, elle recueille des données représentatives et comparables sur les conditions d’enseignement et d’apprentissage dans le monde entier. Les résultats de ce cycle 2024 font un état des lieux de l’enseignement dans les pays et territoires participants, de ce qui fonctionne (et où), mais aussi de ce qui pourrait être amélioré.
Résumé
Copier le lien de RésuméComment vont les enseignants ?
Copier le lien de Comment vont les enseignants ?Malgré les défis rencontrés ces dernières années, la profession enseignante dégage une impression globale de solidité. Près de 90 % des enseignants se disent ainsi satisfaits de leur travail, preuve de leur résilience et du soutien dont ils bénéficient. En Afrique du Sud, cette proportion a même bondi de près de 8 points de pourcentage depuis 2018, tandis qu’en Colombie, les enseignants sont 90 % à affirmer que s’ils avaient la possibilité de revenir en arrière, ils choisiraient à nouveau ce métier.
Il est par ailleurs essentiel pour les enseignants de se sentir valorisés dans leur communauté. Ceux qui éprouvent ce sentiment de valorisation font ainsi preuve d’une plus grande motivation, qui reflète en définitive l’engagement social et politique en faveur de l’éducation. À l’échelle mondiale, c’est au Viet Nam que les enseignants se sentent le plus valorisés, plus de 92 % d’entre eux estimant leur métier valorisé dans la société. Plusieurs systèmes d’éducation se sont d’ailleurs efforcés d’améliorer la perception de la valeur de la profession enseignante. Depuis 2018, l’Arabie saoudite, la Bulgarie et le Danemark ont notamment réussi à faire grimper d’au moins 19 points de pourcentage la proportion de leurs enseignants s’estimant valorisés par la société.
Se positionner dans un monde en perpétuelle mutation
Copier le lien de Se positionner dans un monde en perpétuelle mutationDans de nombreux systèmes d’éducation, le vieillissement de la population et les migrations ont remodelé la démographie du corps enseignant. L’âge moyen y est désormais de 45 ans dans la zone OCDE et dépasse même 50 ans dans plusieurs systèmes d’éducation. Face à ce constat, de nombreux gouvernements ont décidé de recruter des enseignants dans d’autres secteurs afin d’apporter une réponse pérenne à la demande d’éducateurs qualifiés. Les enseignants en seconde carrière représentent ainsi désormais environ 21 % du corps enseignant en Islande et 17 % en Australie. Des systèmes d’éducation qui ont également facilité l’accès des professionnels en milieu de carrière à l’enseignement : environ 47 % des enseignants en Australie et 27 % en Islande ont suivi des programmes de formation accélérée ou spécialisée dans l’enseignement.
L’un des plus grands changements dans le domaine éducatif touche par ailleurs aux outils qu’utilisent les enseignants, à l’instar de l’intelligence artificielle, qui n’aura pas attendu longtemps pour faire son entrée à l’école. Il apparaît dès lors de la responsabilité des enseignants et des systèmes d’éducation d’adopter cette nouvelle technologie, mais aussi de protéger les élèves de ses effets néfastes. Les Émirats arabes unis et Singapour se positionnent à l’avant-garde dans ce domaine. Environ 75 % des enseignants y utilisent l’intelligence artificielle et, point important, c’est également dans ces systèmes qu’ils sont les plus susceptibles de déclarer avoir bénéficié d’une formation professionnelle à cette technologie.
Gérer les exigences du métier
Copier le lien de Gérer les exigences du métierToute profession s’accompagne de son lot d’exigences. L’enseignement ne fait bien sûr pas exception. Cependant, quand celles-ci deviennent trop difficiles à gérer, elles peuvent empêcher les enseignants de mener à bien leur mission d’accompagnement des élèves dans leurs apprentissages. Parmi les exigences du métier d’enseignant, c’est la charge de travail qui arrive en tête. Or, lorsqu’un enseignant consacre trop de temps à son travail, ce sont à la fois son bien-être, sa satisfaction professionnelle et son efficacité qui s’en trouvent affectés. En 2018, les enseignants japonais travaillaient par exemple près de 60 heures par semaine, plus que leurs homologues de n’importe quel autre pays. Fort de ce constat, le gouvernement japonais a alors consacré des ressources considérables à la réduction de leur charge de travail, désormais d’environ 55 heures par semaine.
Il est en outre essentiel de prendre conscience que chaque enseignant a son propre ressenti face aux exigences qui lui incombent. La confiance qu’il a dans ses compétences peut notamment l’aider à mieux gérer ces exigences. La République tchèque offre à cet égard un exemple frappant de la manière dont le renforcement du sentiment d’efficacité personnelle des enseignants peut les aider à mieux gérer les difficultés. Les établissements d’enseignement de ce pays ont en effet enregistré la plus forte hausse du nombre d’élèves réfugiés depuis 2018 : environ 71 % d’entre eux comptent désormais au moins un réfugié dans leurs effectifs, contre 4 % en 2018. Bien qu’il soit à l’évidence difficile de s’adapter à une telle situation, notamment sur le plan de la gestion de classe, les enseignants tchèques présentant un fort sentiment d’efficacité personnelle font en définitive part des niveaux de stress les plus faibles en matière de maintien de la discipline en classe.
Encourager la collaboration
Copier le lien de Encourager la collaborationLa représentation de l’enseignant livré à lui-même face à sa classe ne reflète plus la réalité d’un métier qui, partout dans le monde, est devenu plus collaboratif. Dans la plupart des systèmes d’éducation, les enseignants déclarent ainsi consacrer plus de temps au travail en équipe qu’en 2018 et, dans aucun, ce temps consacré à la collaboration n’a diminué. Une collaboration qui contribue non seulement à améliorer les résultats des élèves, mais aussi ceux des enseignants. En général, les enseignants disant collaborer davantage font ainsi également part d’un niveau plus élevé de satisfaction professionnelle et de bien-être. Ce sont les enseignants à temps plein du Brésil et de l’Ouzbékistan qui collaborent le plus, consacrant au moins cinq heures par semaine au travail en équipe et aux échanges avec leurs collègues. Par ailleurs, en Afrique du Sud, au Brésil et en Slovénie, les enseignants consacrent désormais au moins une heure de plus par semaine à ces activités qu’en 2018.
Autre constat : les enseignants ayant un fort sentiment d’efficacité personnelle sont une ressource précieuse pour leurs collègues et les systèmes d’éducation gagneraient donc à les identifier pour leur permettre de faire bénéficier les autres de leur soutien. L’Ouzbékistan et le Kazakhstan offrent à cet égard un exemple inspirant : respectivement 87 % et près de 66 % des enseignants ayant un fort sentiment d’efficacité personnelle y déclarent ainsi observer les cours d’autres enseignants et leur faire part de leurs commentaires. À Shanghai (Chine), en outre, environ 63 % des enseignants ayant un fort sentiment d’efficacité personnelle échangent du matériel pédagogique avec leurs collègues, soit plus du double par rapport aux enseignants moins confiants dans leurs compétences.
Soutenir les enseignants débutants
Copier le lien de Soutenir les enseignants débutantsDébuter dans le métier d’enseignant peut être très intimidant. Aucune formation, aussi bonne soit-elle, ne pourra en effet jamais préparer à ce sentiment vertigineux d’être directement responsable de centaines d’élèves. Toutefois, au vu des défis spécifiques rencontrés par les enseignants débutants, les systèmes d’éducation peuvent leur apporter un soutien adapté. Parmi les mesures clés en ce sens, la limitation de leur charge de travail peut notamment leur laisser plus de temps à consacrer à la préparation et l’apprentissage. C’est d’ailleurs déjà le cas au Costa Rica et en Lettonie, où les enseignants débutants à temps plein enseignent 4.2 heures de moins par semaine que leurs collègues plus expérimentés.
Le tutorat peut en outre grandement faciliter la transition des enseignants débutants de la formation initiale à la réalité de la salle de classe. D’après les données de TALIS, les enseignants débutants bénéficiant d’un tuteur attitré font ainsi part d’un niveau plus élevé de satisfaction professionnelle et de bien-être. Shanghai (Chine) arrive en tête de tous les systèmes d’éducation sur ce plan : près de 79 % de ses enseignants débutants déclarent ainsi bénéficier d’un tuteur attitré. La Lituanie a de son côté fait d’énormes progrès dans ce domaine, avec, depuis 2018, une hausse de 17 points de pourcentage de la proportion de ses enseignants débutants bénéficiant d’un tuteur.
Enfin, le lieu où enseignent les enseignants débutants est extrêmement important. Or, les mécanismes d’affectation privilégient souvent l’ancienneté, les enseignants les moins expérimentés se retrouvant alors dans les environnements éducatifs les plus difficiles, au risque de dures désillusions sur le métier pour ces jeunes professionnels et de nouvelles inégalités éducatives pour des élèves déjà vulnérables. L’amélioration de l’adéquation entre les ressources pédagogiques et les besoins des élèves ressort donc comme un domaine où les systèmes d’éducation peuvent encore progresser. Pour preuve, lorsque TALIS demande aux enseignants si leur classe compte une forte proportion d’élèves ayant des difficultés à comprendre la langue d’enseignement, dans aucun système d’éducation, les enseignants expérimentés ne répondent « oui » plus souvent que leurs collègues débutants.