L’amélioration de la situation des femmes seniors et leur traitement équitable occupent une place centrale dans les débats sur les réformes des retraites, depuis la France et le Mexique jusqu’en Allemagne et au Japon, pour ne citer que quelques pays. En effet, dans de nombreux pays, les pensions des femmes sont nettement inférieures à celles des hommes et le taux de pauvreté des personnes âgées est beaucoup plus élevé chez les femmes. Si les écarts de pension entre les genres ont diminué, passant de 28 % en 2007 à 23 % en 2024, en moyenne, dans l’OCDE, les femmes ne perçoivent toujours que 77 cents pour chaque euro ou dollar perçu par les hommes.
Les pays se sont efforcés de trouver diverses solutions à la situation défavorable que connaissent les femmes à la retraite. Le Chili et le Mexique, par exemple, ont mené ces deux dernières années des réformes des retraites d’envergure qui prévoient, dans les deux pays, de relever expressément le niveau des retraites des femmes.
L’une des mesures fréquemment employées par les pouvoirs publics par le passé consistait à accorder aux femmes un départ anticipé à la retraite, en compensation du temps passé à s’occuper de leurs enfants et parents âgés. Si de nombreuses femmes ont sans doute apprécié la possibilité de prendre leur retraite plus tôt, ce phénomène s’est également traduit par une baisse des pensions compte tenu de la durée plus courte de cotisation. La grande majorité des pays de l’OCDE ont maintenant harmonisé l’âge de la retraite pour les hommes et les femmes, ou sont en passe de le faire ; seuls six pays maintiendront à l’avenir des âges différents.
La plupart des systèmes de retraite de l’OCDE relient les prestations de retraite aux cotisations versées par les travailleurs au cours de leur vie professionnelle. Ces systèmes ont en commun de prendre en compte dans le calcul des pensions les périodes sans emploi rémunéré consacrées, principalement par les femmes, à la prise en charge de proches. Ces crédits de cotisations de retraite contribuent largement à réduire les écarts entre les genres, à condition que les femmes reprennent un travail à temps plein après leur congé de maternité et leur congé parental.
En réalité, toutefois, les femmes sont nombreuses à ne pas retravailler à plein temps mais à ne travailler qu’à temps partiel ou à demeurer purement et simplement sans emploi. Ce phénomène pèse sur les revenus d’activité perçus tout au long de la vie professionnelle, sur les cotisations et, partant, sur le niveau des retraites. Si l’on ajoute à cela les écarts de rémunération qui persistent entre les genres dans la quasi-totalité des pays de l’OCDE, il apparaît clairement que les systèmes de retraite, aussi bien conçus soient-ils, ne pourront à eux seuls redresser la situation défavorable que connaissent les femmes à la retraite.
C’est sur les marchés du travail qu’il est le plus urgent de s’attaquer aux disparités entre les genres. L’analyse présentée dans ce rapport montre que les différences entre les femmes et les hommes en matière d’emploi, d’heures travaillées et de salaires horaires contribuent à parts égales, soit environ un tiers, aux écarts entre les genres en termes de revenus d’activité sur l’ensemble de la vie. Ces écarts, qui s’établissent à 35 % en moyenne dans les pays de l’OCDE, sont à leur tour le principal facteur à l’origine des écarts entre les genres en matière de retraite. Mais la situation doit aussi évoluer dans les foyers ; sans un meilleur partage du travail non rémunéré, il sera difficile pour les femmes d’augmenter leur temps de travail rémunéré.
Cela ne signifie toutefois pas que les politiques de retraite n’ont aucun effet sur les écarts de pension entre les genres. Étant donné que les femmes sont plus nombreuses que les hommes à dépendre des pensions de base et des filets de sécurité vieillesse, toute mesure de soutien et de redistribution prise par les pouvoirs publics en faveur des retraités à faible revenu aura aussi un effet sur l’écart entre les genres en matière de retraite. Cet écart est réduit par des niveaux élevés de prestations du premier pilier soumises à conditions de ressources, comme au Danemark, en Islande et en Norvège, par exemple, et par une formule de calcul de la retraite progressive, comme en Tchéquie.
Les crédits de cotisations de retraite, comme indiqué, contribuent aussi à stabiliser les droits à pension des femmes lorsqu’elles interrompent leur carrière pour prendre en charge des proches. En outre, malgré l’augmentation du taux d’activité des femmes, les pensions de réversion continuent de jouer un rôle très important. Dans les régimes obligatoires liés à la rémunération, elles réduisent d’environ un tiers en moyenne l’écart de pension entre les genres.
Plusieurs pays disposent de régimes universels versant des pensions forfaitaires qui, par définition, sont équitables entre les genres vu que chaque retraité perçoit le même montant. De plus, le niveau des pensions publiques est fixé dans de nombreux pays à un niveau qui exige, pour garantir un niveau de vie suffisant aux personnes âgées, qu’elles disposent en complément de régimes de pension professionnels et privés ou bien d’une épargne personnelle. Là encore, les femmes sont pénalisées. Elles sont moins susceptibles de travailler dans des secteurs qui offrent de bons régimes de retraite professionnels. Les plans de retraite proposés par les employeurs prennent en outre rarement en compte les interruptions de carrière ou le travail à temps partiel en lien avec la prise en charge des enfants ou de parents âgés. De plus, les femmes percevant des revenus inférieurs, leur capacité à épargner est aussi moindre. Les Pays-Bas et le Royaume‑Uni, par exemple, font partie des pays où l’écart entre les genres en matière de retraite est le plus marqué, s’établissant à plus de 35 %, malgré des droits à pension de base supérieurs à la moyenne. Par conséquent, dans les régimes de retraite par capitalisation, professionnel ou individuel, les responsables de l’action publique doivent aussi s’attaquer aux disparités entre les genres. Ce n’est qu’en adoptant une stratégie intégrée englobant les politiques du marché du travail, de la famille et des retraites que nous parviendrons enfin à combler l’écart de pension entre les genres.
Stefano Scarpetta,
Directeur,
Direction de l’emploi, du travail et des affaires sociales (ELS) de l’OCDE.