Ce chapitre présente les recherches de l’OCDE sur les normes de la masculinité en Côte d’Ivoire. À l’aide du nouvel Indice des masculinités de l’OCDE, il analyse les tendances selon le sexe, les zones et des normes spécifiques, et identifie des leviers clés pour promouvoir des normes de la masculinité plus positives à l’échelle nationale et infranationale. Le chapitre examine également les écarts entre les croyances personnelles des individus et leur perception des opinions d’autrui, mettant en lumière des leviers de changement, notamment lorsque les individus surestiment le soutien des autres envers les normes restrictives de la masculinité. Le chapitre explore également comment la masculinité restrictive affecte le bien-être et la santé des hommes. Il se conclut en formulant des recommandations de politiques publiques, fondées sur ces nouvelles données.
Masculinité et égalité femmes‑hommes
2. Les normes de la masculinité en Côte d’Ivoire
Copier le lien de 2. Les normes de la masculinité en Côte d’IvoireDescription
En bref
Copier le lien de En brefPrincipaux constats sur les normes de la masculinité en Côte d’Ivoire
Les normes restrictives de la masculinité restent profondément ancrées. Une grande majorité de la population ivoirienne (96 %) estime que le rôle le plus important d’un homme est d’être le principal contributeur financier, les hommes étant généralement perçus comme principaux contributeurs financiers et décideurs dans les sphères privée, économique et publique.
Certaines normes commencent à évoluer, mais de manière inégale. L’implication des hommes dans les soins, notamment des enfants et des personnes âgées de la famille, est de plus en plus acceptée, tandis que leur participation aux tâches domestiques courantes reste contestée. Parallèlement, les femmes remettent de plus en plus en question les normes qui limitent leurs opportunités économiques, notamment l’accès aux biens et à l’égalité salariale.
Les différences d’attitudes entre les hommes et les femmes vis-à-vis des normes de la masculinité et de l’égalité entre les hommes et les femmes sont globalement modestes, mais s’accentuent chez les jeunes générations. En moyenne, les hommes ont une vision de la masculinité légèrement plus restrictive que les femmes. Cependant, les tendances divergent parmi les jeunes : les jeunes hommes restent plus attachés aux normes traditionnelles, tandis que les jeunes femmes évoluent vers des attitudes plus égalitaires.
Les individus perçoivent souvent mal le soutien des autres aux normes restrictives de la masculinité. Ils surestiment systématiquement le conservatisme des hommes et le progressisme des femmes. Identifier ces écarts de perception représente un levier clé de changement dans les politiques publiques et les réformes juridiques, surtout dans les domaines où les individus adhèrent en privé à des opinions plus égalitaires qu’ils ne l’imaginent chez les autres.
L’éducation est le principal moteur de normes plus égalitaires de la masculinité. Des niveaux d’éducation plus élevés sont systématiquement associés à des normes de la masculinité moins restrictives. Toutefois, pour atteindre des changements durables, il est nécessaire d’agir sur les normes sociales qui sont profondément ancrées, au-delà du système éducatif.
Les disparités régionales, notamment entre les zones urbaines et rurales restent importantes. Le soutien aux normes restrictives de la masculinité est plus fort dans le milieu rural et dans le Nord, reflétant des inégalités persistantes en matière de développement, d’éducation et d’opportunités économiques.
Les normes restrictives de la masculinité imposent une lourde charge aux hommes. Elles sont associées à un bien-être plus faible, au stress et à l’anxiété, et peuvent alimenter des comportements violents. En Côte d’Ivoire, plus de 90 % des hommes déclarent ressentir du stress à l’idée de ne pas pouvoir subvenir aux besoins de leur famille.
Promouvoir l’égalité des chances entre les hommes et les femmes comme moteur essentiel au développement inclusif et durable est une priorité politique en Côte d’Ivoire. Les politiques nationales et les plans d’action reconnaissent l’impact des normes sociales et culturelles sur l’égalité entre les hommes et les femmes, rejoignant ainsi la position de l’OCDE selon laquelle les institutions sociales discriminatoires constituent une cause profonde des inégalités persistantes (OCDE, 2023[1]). Afin de réduire les inégalités entre les hommes et les femmes dans des domaines clés du développement humain et socio-économique – tels que l’éducation, l’emploi et la santé (Chapitres 3 et 4) – la Politique Nationale sur l’Égalité, l’Équité et le Genre (2024–2030) (Ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, 2024[2]) place en priorité l’intégration du genre dans l’ensemble des politiques et des secteurs. Cela inclut le développement économique et financier inclusif, en particulier pour les femmes, ainsi que la transformation des normes de genre et des stéréotypes discriminatoires. L’égalité entre les hommes et les femmes est considérée comme une priorité transversale et est également intégrée dans des cadres plus larges, dont le Plan National de Développement (2021–2025) (Ministère du Plan et du Développement, 2021[3]) et la Stratégie Nationale Genre et Changements Climatiques (2020–2024) (République de Côte d’Ivoire, 2020[4]), qui considèrent notamment la masculinité positive comme un vecteur clé pour atteindre les objectifs d’égalité entre les hommes et les femmes.
Dans ce contexte, s’attaquer aux normes restrictives de la masculinité constitue un levier politique essentiel pour réduire les inégalités entre les hommes et les femmes. Toutefois, pour concevoir des politiques et programmes publics effectifs et ciblés, il est nécessaire de mieux comprendre comment ces normes façonnent les comportements et les dynamiques socio-économiques. Conformément aux priorités nationales de la Côte d’Ivoire et à l’Agenda de l’Union Africaine sur la masculinité positive (Union Africaine, 2021[5]), ce chapitre s’appuie sur de nouvelles données empiriques sur les normes de la masculinité en Côte d’Ivoire (Encadré 2.1). Il analyse les normes masculines dominantes et leurs implications à travers le prisme de l’Indice des masculinités de l’OCDE.
Encadré 2.1. Collecte et analyse des données sur les normes de la masculinité en Côte d’Ivoire
Copier le lien de Encadré 2.1. Collecte et analyse des données sur les normes de la masculinité en Côte d’IvoireLes données ont été collectées dans le cadre d’une enquête auprès des ménages, représentative au niveau national, menée par l’Agence nationale de la statistique de Côte d'Ivoire (ANStat) entre septembre et octobre 2025. L’enquête a couvert un échantillon de 1 530 ménages, incluant 1 401 femmes et 1 386 hommes. La stratégie d’échantillonnage comprend une représentativité nationale et infranationale couvrant les 33 régions et 8 zones linguistiques de la Côte d’Ivoire. Elle permet ainsi d’analyser les normes de la masculinité dans des contextes socioculturels variés.
Graphique 2.1. Cadre d’échantillonnage pour l’étude sur les normes de la masculinité en Côte d’Ivoire
Copier le lien de Graphique 2.1. Cadre d’échantillonnage pour l’étude sur les normes de la masculinité en Côte d’Ivoire33 régions et 8 zones linguistiques en Côte d’Ivoire
Source : ANStat.
Le questionnaire a été d’abord élaboré par le Centre de développement de l’OCDE, puis validé et adapté au contexte national, à travers un processus consultatif piloté par un Groupe Technique Consultatif (GTC). Présidé par la Chaire UNESCO « Eau, Femmes et Pouvoir de Décision » en Côte d’Ivoire, ce groupe a réuni des représentants des institutions publiques – y compris le Ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant – ainsi que des organisations de la société civile, des leaders religieux et coutumiers, des experts académiques et des partenaires au développement. L’analyse des données a été réalisée par l’OCDE en étroite collaboration avec l’ANStat et le GTC, qui ont fortement contribué à la contextualisation des résultats et à la formulation de recommandations de politiques publiques.
Enseignements tirés de l’Indice des masculinités de l’OCDE pour la Côte d’Ivoire
Copier le lien de Enseignements tirés de l’Indice des masculinités de l’OCDE pour la Côte d’IvoireL’Indice des masculinités de l’OCDE offre des perspectives inédites sur l’adhésion aux normes de la masculinité. Élaboré à partir du cadre des dix normes de la masculinité restrictive de l’OCDE (OCDE, 2021[6]), l’indice est calculé pour la première fois pour la Côte d’Ivoire. Il constitue un outil précieux pour comprendre les divergences en fonction des caractéristiques sociodémographiques telles que les zones, le sexe ou l’âge. L’indice permet une analyse nuancée de ses différentes sous-composantes et facilite les comparaisons entre les différents groupes de la population (voir Encadré 2.1 et Annexe 2.A).
Les normes restrictives de la masculinité sont largement répandues – mais elles ne sont ni uniformes ni totalement incontestées
Le soutien aux normes de genre qui légitiment la position dominante des hommes sur les femmes reste élevé en Côte d’Ivoire. Autrement dit, la masculinité restrictive est profondément ancrée dans la société. Elle définit les attentes selon lesquelles les hommes doivent être les principaux contributeurs financiers et les décideurs au sein de la famille, du travail et de l’espace public. Le score moyen de 57 obtenu à l’Indice des masculinités de l’OCDE, variant de 0 à 100, reflète ce soutien aux normes de genre. Les scores plus élevés indiquent une adhésion plus forte aux normes restrictives de la masculinité (voir Encadré 2.3 pour la méthodologie). Dans le même temps, l’indice montre que le soutien aux normes de la masculinité varie selon les zones, les groupes sociaux et les domaines (Graphique 2.2 et Graphique 2.3). Ces résultats montrent que les normes de la masculinité ne sont pas figées. Il s’agit ainsi de constructions sociales flexibles qui évoluent selon le contexte.
Graphique 2.2. Les normes restrictives de la masculinité sont répandues en Côte d’Ivoire mais varient selon les zones
Copier le lien de Graphique 2.2. Les normes restrictives de la masculinité sont répandues en Côte d’Ivoire mais varient selon les zonesScores de l’Indice des masculinités de l’OCDE (0-100), 2026
Note : Les scores de l’Indice des masculinités de l’OCDE varient de 0 à 100, les valeurs les plus élevées indiquant une adhésion plus forte aux normes restrictives de la masculinité.
Source : OCDE (2026[7]), Base de données de l’OCDE sur la masculinité en Côte d’Ivoire, https://data-explorer.oecd.org/s/4sy.
L’Indice des masculinités de l’OCDE met en lumière d’importantes variations dans l’adhésion aux normes restrictives de la masculinité, selon les zones en Côte d’Ivoire. Bien que les niveaux restent globalement élevés, la prévalence la plus faible est observée à Abidjan et dans le Sud, tandis que les niveaux les plus élevés se trouvent dans le Nord (Graphique 2.2), conformément aux précédentes études pays du SIGI sur les normes de genre en Côte d’Ivoire (OCDE, 2022[8]). Ce clivage entre le Nord et le Sud autour des normes s’explique partiellement par des disparités régionales plus larges, dues à des investissements historiquement inégaux et à un accès inégal aux services publics, renforcé par l'instabilité politique et la géographie (Encadré 2.2). Des écarts apparaissent également entre les populations rurales et urbaines dans l’ensemble des zones, les individus vivant en milieu rural exprimant en moyenne des opinions légèrement plus restrictives sur les normes de la masculinité (Tableau d’annexe 2.A.1). À l’échelle nationale, cela se traduit par des scores de 55 en milieu urbain et de 59 en milieu rural dans l’Indice des masculinités.
Encadré 2.2. Le clivage Nord-Sud
Copier le lien de Encadré 2.2. Le clivage Nord-SudLes disparités régionales en Côte d’Ivoire entre le Nord, majoritairement rural, et le Sud, plus urbanisé, s’expliquent par un ensemble de facteurs historiques, politiques et socio-économiques.
Sous la colonisation française, les investissements publics et le développement des infrastructures ont été majoritairement placés dans la zone forestière du Sud afin de soutenir la production de cacao et de café destinés à l’exportation, à forte valeur ajoutée. Les régions de savane du Nord ont, quant à elles, bénéficié d’investissements relativement limités dans les infrastructures de transport, l’éducation et les services de santé. Ces dynamiques se sont largement maintenues après l’indépendance. Les stratégies de développement ont continué de privilégier l’industrialisation agricole dans le Sud, tandis que les migrations de main-d’œuvre en provenance du Nord étaient encouragées par le gouvernement. Il en a résulté un déséquilibre structurel entre Abidjan et ses régions environnantes, qui sont devenues les principaux pôles économiques du pays ; et le Nord qui est resté dépendant de cultures à plus faible rendement et d’activités telles que le coton, l’anacarde et l’élevage (UNRISD, 2010[9]).
Les dynamiques politiques ont également accentué ce clivage régional. Dans les années 1990, l’idéologie de l’Ivoirité a édicté des définitions excluantes de la citoyenneté qui ont fortement affecté les populations du Nord, majoritairement musulmanes, limitant leur participation politique et contribuant à des tensions croissantes. Ces tensions se sont cristallisées avec la rébellion de 2002, qui a divisé le pays entre un Nord contrôlé par les rebelles et un Sud sous contrôle gouvernemental, entraînant près d’une décennie de guerre civile intermittente et de partition de facto (Langer, 2006[10]). Au cours de cette période, les investissements publics et les services de base ont été fortement fragilisés dans le Nord. Depuis la fin du conflit en 2011, les gouvernements successifs ont fait de la réduction des disparités régionales une priorité. Néanmoins, l’héritage du conflit et l’apparition de nouveaux risques sécuritaires, en lien avec la présence de groupes armés dans les zones frontalières du Nord, continuent de freiner les investissements et de limiter un développement territorial inclusif (Bertelsmann Stiftung, 2024[11]).
Les disparités qui en résultent se reflètent dans les indicateurs socio-économiques à travers les territoires. Les taux de pauvreté diffèrent fortement entre zones urbaines et rurales (24 % et 51 % des habitants, respectivement, vivent sous le seuil de pauvreté). Globalement, la pauvreté est plus marquée dans les régions du Nord et de l’Ouest, tandis qu’Abidjan affiche un taux nettement plus faible, d’environ 10 % (PNUD, 2025[12]). L’éducation et le capital humain présentent des tendances similaires : les taux de scolarisation, d’alphabétisation et d’achèvement des études sont nettement plus élevés dans les régions du Sud. À l’inverse, le Nord dispose de moins d’écoles publiques – un déficit partiellement compensé par les établissements informels et/ou religieux. Ces derniers n’appliquent pas pleinement le programme national, ce qui peut limiter l’acquisition de compétences nécessaires pour accéder à des emplois mieux rémunérés (Sany, 2010[13]). Par ailleurs, les conditions de vie et la croissance économique sont contraintes par un accès limité aux services publics, dont les transports, l’électricité, l’eau potable, la santé et les services financiers, malgré des progrès significatifs (Bertelsmann Stiftung, 2024[11]).
Les différences de scores de l’indice entre les femmes et les hommes sont relativement faibles. Les hommes expriment systématiquement des niveaux d’adhésion plus élevés aux normes restrictives de la masculinité que les femmes. Cependant, ces normes restent soutenues par les deux, avec des scores de 59 et 54 d’après l’Indice des masculinités1. Les données montrent que les écarts entre les femmes et les hommes semblent se creuser parmi les jeunes générations en Côte d’Ivoire (Graphique 2.3). Après les hommes âgés de 65 ans et plus, ce sont les jeunes hommes de 15 à 24 ans qui expriment les niveaux d’adhésion les plus élevés à la masculinité restrictive, tandis que les femmes du même groupe d’âge affichent les niveaux les plus faibles. Ces attitudes divergentes témoignent de tensions croissantes parmi les jeunes cohortes, avec de potentielles conséquences sur la cohésion sociale, les relations familiales et le bien-être dans les années à venir. Cette tendance est particulièrement forte pour les normes liées à la dominance reproductive des hommes, à leur pouvoir financier et à leur rôle de leadership au travail. À l’inverse, les points de vue des jeunes hommes et des jeunes femmes sont plus proches concernant l’implication des hommes dans le travail domestique et de soins non rémunéré ainsi que dans la prise de décision au sein du ménage, par rapport aux générations plus âgées2.
Graphique 2.3. Les jeunes hommes expriment un soutien plus élevé aux normes restrictives de la masculinité que les jeunes femmes
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Note : Les scores de l’Indice des masculinités de l’OCDE varient de 0 à 100, les valeurs les plus élevées indiquant une adhésion plus forte aux normes restrictives de la masculinité.
Source : OCDE (2026[7]), Base de données de l’OCDE sur la masculinité en Côte d’Ivoire, https://data-explorer.oecd.org/s/4sy.
Le retour des jeunes hommes vers certaines normes restrictives de la masculinité peut indiquer, en partie, la faible attention accordée à la manière dont l’évolution des rapports entre les sexes impacte les garçons et les hommes. Si les efforts soutenus des pouvoirs publics, de la société civile et des partenaires au développement pour promouvoir les droits et les opportunités des filles et des femmes restent essentiels, ils ne s’accompagnent pas toujours d’approches équivalentes pour aider les garçons et les hommes à s’adapter à l’évolution des attentes pour les hommes et les femmes. Des experts ivoiriens soulignent que les meilleures performances scolaires des jeunes femmes, combinées à un marché du travail sous tension, peuvent inciter les jeunes hommes à se tourner vers des normes traditionnelles de la masculinité, dans une quête d’identité, de statut et de reconnaissance. Cette résurgence de la masculinité restrictive chez les jeunes hommes n’est pas propre à la Côte d’Ivoire. Des dynamiques similaires ont été observées dans plusieurs pays à revenu élevé, notamment en France, en Corée et au Royaume-Uni (King's Global Institute for Women's Leadership and Ipsos, 2024[14] ; Lee, 2024[15] ; HCE, 2025[16]). Promouvoir des modèles de masculinité positive aux niveaux local et mondial apparaît donc de plus en plus essentiel pour prévenir une polarisation accrue entre jeunes femmes et jeunes hommes, plus particulièrement dans un contexte où une mobilisation de l’ensemble de la société est nécessaire pour faire progresser l’égalité entre les hommes et les femmes.
Encadré 2.3. Calcul de l’Indice des masculinités de l’OCDE
Copier le lien de Encadré 2.3. Calcul de l’Indice des masculinités de l’OCDEL’Indice des masculinités de l’OCDE est un nouvel outil de mesure conçu pour évaluer la prévalence des normes restrictives de la masculinité au niveau de la population. La méthodologie repose sur dix normes fondamentales de la masculinité définies dans le rapport de l’OCDE Man Enough ? (OCDE, 2021[6]). Bien que ces normes ne constituent pas une représentation exhaustive de la masculinité restrictive, elles ont été sélectionnées en raison de leur impact direct sur les droits et les opportunités des femmes (Tableau 2.1).
Tableau 2.1. Application du cadre analytique de la masculinité de l’OCDE en Côte d’Ivoire
Copier le lien de Tableau 2.1. Application du cadre analytique de la masculinité de l’OCDE en Côte d’Ivoire|
Norme |
Élément d’enquête |
|---|---|
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Sphère publique |
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Être le principal contributeur financier |
Quand les emplois sont rares, je pense que les employeurs doivent embaucher les hommes en priorité. |
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Je pense que le rôle le plus important d’un homme est de subvenir aux besoins financiers de sa famille. |
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Être financièrement dominant |
Je pense que c’est une honte pour un homme de gagner moins d’argent que son épouse. |
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Pour un emploi ou une activité similaire, je pense qu’un homme devrait gagner plus que sa collègue femme. |
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|
Travailler dans un secteur ou un emploi considéré comme « masculin » |
Je pense que certains métiers sont faits pour les hommes et d’autres pour les femmes. |
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Je pense qu’un homme qui exerce des « métiers féminins » comme infirmier/infirmière, nounou ou enseignant/e, etc., serait jugé. |
|
|
Être le travailleur idéal |
Je pense qu'un homme devrait donner la priorité à son travail plutôt que de passer du temps avec sa famille. |
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Un homme qui prend un congé paternel devrait prendre ce temps pour s'occuper de son nouveau-né et répondre aux besoins de sa famille. |
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|
Être un leader « masculin » |
Je pense que les hommes font de meilleurs leaders politiques que les femmes. |
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Je pense que les hommes font de meilleurs dirigeants d'entreprise que les femmes. |
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Pour réussir, un leader (homme ou femme) doit être fort, agressif et compétitif et ne pas montrer trop d’émotions. |
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Sphère privée |
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Ne pas s’occuper des tâches domestiques |
Selon vous, à quelle fréquence un homme devrait-il contribuer aux tâches suivantes : cuisiner pour la famille / nettoyer la maison / effectuer des réparations dans le logement / faire la lessive / collecter de l’eau et du bois pour les besoins du ménage / subvenir aux besoins des enfants (alimentation, toilette, soins médicaux) / superviser les devoirs des enfants / passer du temps et jouer avec les enfants et les accompagner à leurs activités / s’occuper des personnes âgées et/ou malades au sein du ménage. |
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Je pense qu’un homme qui reste à la maison pour s'occuper de ses enfants et faire le ménage serait jugé. |
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Avoir le dernier mot sur les décisions du ménage |
Je pense que c'est à l'homme de donner la permission à son épouse de travailler en dehors de la maison ou d’avoir un travail rémunéré en dehors du ménage, de l’entreprise familiale/parcelle familiale. |
|
Je pense qu’un homme doit avoir le dernier mot sur les décisions importantes du ménage. |
|
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Contrôler les biens du ménage |
Je pense qu’une femme devrait avoir les mêmes droits qu’un homme de posséder des terres. |
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Je pense qu'une fille devrait avoir les mêmes droits qu'un fils pour hériter des biens (terres, maison, etc.). |
|
|
Je pense qu'un homme devrait décider seul comment dépenser l'argent du ménage. |
|
|
Protéger et exercer la tutelle sur les femmes |
Je pense qu’une femme devrait être soumise à son époux ou partenaire. |
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Je pense qu'il est normal pour un homme d’utiliser la violence ou la force physique pour affirmer son autorité ou résoudre un conflit. |
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Dominer les choix sexuels et reproductifs |
Selon vous, dans un couple, qui doit décider de l'utilisation d'un contraceptif, l'espacement des naissances et le nombre d'enfant souhaité ? |
|
Une femme peut refuser d'avoir des rapports sexuels avec son mari ou partenaire. |
|
|
Un homme devrait toujours se tenir prêt à avoir des relations sexuelles. |
|
Pour quantifier le degré d’adhésion aux normes restrictives de la masculinité, l’OCDE construit un indice composite des masculinités à partir de dix indicateurs spécifiques à chaque norme. Les réponses à l’enquête sont normalisées puis agrégées afin de produire des indicateurs par norme allant de 0 (normes favorables à l’égalité entre les hommes et les femmes) à 100 (normes restrictives). Un score composite, l’Indice des masculinités de l’OCDE, est ensuite calculé comme la moyenne non pondérée de ces dix indicateurs. Cet indice fournit une mesure unique et continue du niveau d’adhésion aux normes restrictives de la masculinité au sein de la population. Des informations complémentaires sur la construction de l’indice, le codage des variables et la validation statistique sont disponibles dans l’Annexe 2.B.
Les normes de la masculinité qui positionnent les hommes comme principaux contributeurs financiers et décideurs au sein du ménage constituent les formes les plus répandues de masculinité restrictive en Côte d’Ivoire. Par exemple, 96 % de la population considèrent que le rôle le plus important des hommes est de subvenir aux besoins financiers de la famille, et 84 % estiment que les hommes devraient avoir le dernier mot dans les décisions importantes du ménage. D’autres normes – telles que l’attente que les hommes soient des leaders virils, exercent des emplois « masculins » et exercent une autorité sur les femmes plutôt que de s’occuper du travail domestique et de soins non rémunéré – sont également largement partagées, mais dans une moindre mesure. En revanche, les normes consacrant l’importance d’une supériorité financière, que ce soit par des revenus plus élevés ou le contrôle des biens, recueillent un soutien relativement plus faible, tout comme la domination masculine sur les choix sexuels et reproductifs (voir l’Annexe 2.A pour des résultats détaillés).
Graphique 2.4. Les normes du principal contributeur financier et de décideur sont au cœur de la masculinité restrictive
Copier le lien de Graphique 2.4. Les normes du principal contributeur financier et de décideur sont au cœur de la masculinité restrictiveScores de l’Indice des masculinités de l’OCDE (0-100) selon le sexe et le lieu de résidence, ventilés pour les dix normes
Note : Les scores de l’Indice des masculinités de l’OCDE varient de 0 à 100, les valeurs les plus élevées indiquant une adhésion plus forte aux normes restrictives de la masculinité.
Source : OCDE (2026[7]), Base de données de l’OCDE sur la masculinité en Côte d’Ivoire, https://data-explorer.oecd.org/s/4sy.
De faibles mais constantes différences selon le lieu de résidence et le sexe apparaissent également lorsque l’on examine séparément chacune des dix normes qui composent l’Indice des masculinités3. Dans les zones rurales comme urbaines, ainsi qu’entre hommes et femmes, les tendances sont globalement similaires : les populations rurales et les hommes expriment un soutien plus marqué à chaque norme restrictive de la masculinité que les populations urbaines et les femmes (Graphique 2.4). Les mêmes tendances s’observent ainsi à la fois au niveau de l’indice global et de ses différentes sous-composantes.
Dans le même temps, les variations observées entre normes spécifiques révèlent des nuances importantes. L’adhésion à l’idée selon laquelle les hommes doivent être les principaux contributeurs financiers est uniformément élevée, quel que soit le lieu de résidence. Cette norme devient restrictive lorsqu’elle fait du rôle de contributeur financier un marqueur central de la valeur et de l’autorité des hommes, exerçant une forte pression sur eux pour assumer le rôle de principal, voire unique, contributeur, tout en limitant la capacité des femmes à assumer ou partager cette responsabilité à égalité avec leur partenaire. En revanche, les écarts les plus marqués – tant sur le plan géographique que selon le sexe – concernent les normes liées au pouvoir financier, telles que le contrôle des biens du ménage, la dominance des revenus et la prise de décision au sein du ménage. Ces différences suggèrent que la capacité des hommes à remplir les rôles socialement attendus dépend davantage de l’accès et du contrôle des ressources en milieu rural, où les opportunités économiques sont plus limitées qu’en milieu urbain. Des éléments qualitatifs tendent à confirmer cette interprétation. En Côte d’Ivoire, l’autonomie des femmes dans les activités agricoles est parfois perçue par les hommes comme une menace pour leur autorité et leur masculinité, les exposant à un risque de perdre leur statut social au sein de la communauté (Yeo et al., 2024[17]). Dans l’ensemble, les données suggèrent que les femmes remettent de plus en plus en question les normes qui limitent de manière évidente leur capacité à atteindre une égalité financière avec les hommes, dont l’idée selon laquelle les hommes devraient contrôler les biens du ménage ou gagner plus que les femmes occupant pourtant des emplois similaires (OCDE, 2026[7]).
Tableau 2.2. La norme du principal contributeur financier est la plus forte dans la plupart des zones
Copier le lien de Tableau 2.2. La norme du principal contributeur financier est la plus forte dans la plupart des zonesScores de l’Indice des masculinités de l’OCDE (0-100) pour chaque norme, selon la zone
|
Norm |
Abidjan |
Centre |
Centre Est |
Centre Ouest |
Nord |
Nord Est |
Sud |
Sud-Ouest |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
|
Contributeur financier |
71 |
75 |
71 |
77 |
81 |
73 |
72 |
78 |
|
Dominance financière |
42 |
51 |
37 |
50 |
60 |
49 |
43 |
44 |
|
Emplois « masculins » |
54 |
54 |
49 |
62 |
65 |
48 |
46 |
61 |
|
Travailleur idéal |
38 |
43 |
34 |
51 |
54 |
39 |
44 |
40 |
|
Leader « masculin » |
61 |
55 |
65 |
65 |
69 |
66 |
61 |
72 |
|
Ne pas s'occuper des tâches domestiques |
56 |
59 |
63 |
56 |
69 |
51 |
53 |
63 |
|
Décision finale |
69 |
70 |
79 |
76 |
81 |
70 |
74 |
83 |
|
Contrôle des biens |
38 |
37 |
39 |
44 |
52 |
48 |
34 |
48 |
|
Tutelle sur les femmes |
57 |
56 |
60 |
55 |
64 |
61 |
60 |
59 |
|
Dominance sexuelle et reproductive |
44 |
50 |
43 |
43 |
58 |
45 |
43 |
44 |
Note : Les scores pour chaque norme varient de 0 à 100, une valeur plus élevée indiquant une adhésion plus forte à la norme restrictive de la masculinité considérée. Les cellules surlignées en orange indiquent la norme de la masculinité la plus forte pour chaque zone, tandis que celles en vert indiquent la norme la plus faible ; les valeurs en gras correspondent au score le plus élevé observé pour chaque norme.
Source : OCDE (2026[7]), Base de données de l’OCDE sur la masculinité en Côte d’Ivoire, https://data-explorer.oecd.org/s/4sy.
Ces tendances se reflètent également au niveau infranational. Le Tableau 2.2 montre que les normes de la masculinité associées aux rôles des hommes comme principaux contributeurs financiers et décideurs au sein du ménage recueillent systématiquement les niveaux d’adhésion les plus élevés dans l’ensemble des zones. Toutefois, d’importantes disparités régionales persistent. Une tendance claire se dégage : le soutien à la masculinité restrictive est le plus élevé dans le Nord pour la plupart des normes. Néanmoins, deux exceptions se distinguent : les normes liées au fait d’être des leaders « masculins » et d’avoir le dernier mot dans les décisions du ménage enregistrent leur plus fort niveau d’adhésion dans le Sud-Ouest, suivi de près par le Nord.
Dans l’ensemble, les résultats ventilés selon le lieu de résidence, le sexe et la zone confirment que les rôles des hommes en tant que principaux contributeurs financiers et décideurs demeurent largement acceptés, tandis que d’autres dimensions de la masculinité restrictive – bien que moins fortement soutenues – continuent de structurer les relations entre les hommes et les femmes et de limiter l’autonomie des femmes.
L’adhésion aux normes restrictives de la masculinité reflète les inégalités éducatives et les systèmes de valeurs profondément ancrés
Cette section examine comment des caractéristiques individuelles – telles que le niveau d’éducation, l’âge, la religion, l’appartenance ethnique ou la situation économique – permettent d’expliquer les différences d’adhésion aux normes restrictives de la masculinité selon le sexe, les zones et le lieu de résidence. S’appuyant sur une analyse économétrique allant au-delà des tendances descriptives, elle identifie les facteurs les plus fortement associés à des attitudes plus égalitaires, par conséquent, les leviers potentiels pour promouvoir des formes moins restrictives de la masculinité4.
Dans l’ensemble des résultats, le niveau d’éducation se distingue clairement comme le facteur le plus constant et le plus déterminant associé au rejet des normes restrictives de la masculinité et au soutien à des alternatives plus positives. Qu’il s’agisse de l’Indice des masculinités global ou de normes spécifiques, des niveaux d’éducation plus élevés sont associés à un soutien nettement plus faible aux normes restrictives. Cette relation est progressive et robuste : même le passage de l’absence d’éducation formelle à l’enseignement primaire est associé à des attitudes moins restrictives, tandis que l’enseignement secondaire et supérieur correspond à des évolutions nettement plus importantes dans des domaines clés, notamment les attentes liées au rôle de principal contributeur financier, le contrôle des biens du ménage, les rôles de leadership et la prise de décision en matière de reproduction (Graphique 2.5).
Ces tendances s’observent à la fois aux niveaux national et infranational, bien que l’ampleur de l’effet varie selon les zones. À Abidjan ainsi que dans les zones du Centre, du Centre Ouest et du Sud-Ouest, l’association entre niveau d’éducation et attitudes moins restrictives est particulièrement forte. En revanche, cet effet est plus faible dans le Nord et le Nord Est. Cette variation régionale suggère que, bien que l’éducation demeure le levier le plus fiable pour promouvoir la masculinité positive, son influence normative dépend des contextes socio-économiques et culturels locaux. Des recherches complémentaires devraient également intégrer les systèmes d’éducation informels et religieux afin d’évaluer de manière plus exhaustive si les différentes formes d’enseignement influencent de manière distincte l’adhésion aux normes restrictives de la masculinité.
En revanche, d’autres facteurs sont associés de manière plus faible, variable ou spécifique au contexte aux normes de la masculinité, ce qui souligne leur fort ancrage dans la société ivoirienne. Les jeunes hommes, par exemple, semblent davantage soutenir les normes restrictives de la masculinité dans les comparaisons descriptives (voir Graphique 2.2), mais les effets liés à l’âge sont instables et disparaissent en grande partie une fois que l’on tient compte du niveau d’éducation, de l’appartenance ethnique, de la zone et d’autres variables5. De même, les différences apparentes selon la religion doivent être interprétées avec prudence. Bien que les répondants chrétiens tendent en moyenne à exprimer un soutien plus faible aux normes restrictives que les répondants musulmans6, l’appartenance religieuse suit une division nette entre le Nord et le Sud, ce qui reflète des disparités régionales plus larges (Encadré 2.2). Le soutien aux normes restrictives de la masculinité varie également selon les groupes ethniques, mais ces résultats doivent là encore être interprétés avec prudence en raison de possibles chevauchements avec d’autres facteurs. Par exemple, les Mandé du Nord – largement présents dans le Nord de la Côte d’Ivoire – affichent des niveaux de soutien significativement plus élevés que les Akan, qui présentent les niveaux les plus faibles7. Les facteurs économiques – notamment le revenu, le statut d’emploi et le secteur d’activité – ne présentent pas non plus d’association systématique avec les attitudes restrictives, leurs effets variant, voire s’inversant, selon les zones.
Pris dans leur ensemble, ces résultats renforcent un message central : les normes restrictives de la masculinité sont largement répandues et profondément ancrées dans la société, mais l’éducation apparaît comme le levier le plus prometteur pour promouvoir une masculinité positive et des normes plus favorables à l’égalité entre les hommes et les femmes.
Graphique 2.5. Un niveau d’éducation plus élevé est associé à une adhésion moindre aux normes restrictives de la masculinité
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Note : Les scores de l’Indice des masculinités de l’OCDE varient de 0 à 100, les valeurs les plus élevées indiquant une adhésion plus forte aux normes restrictives de la masculinité.
Source : OCDE (2026[7]), Base de données de l’OCDE sur la masculinité en Côte d’Ivoire, https://data-explorer.oecd.org/s/4sy.
Un « écart silencieux » entre croyances personnelles et attentes sociales crée un espace de changement
Copier le lien de Un « écart silencieux » entre croyances personnelles et attentes sociales crée un espace de changementLes croyances personnelles ne suffisent pas, à elles seules, à déterminer les normes sociales. Les attentes des individus quant aux croyances et aux comportements d’autrui jouent également un rôle déterminant. Les normes sociales définissent ainsi ce qui est considéré comme un comportement approprié ou acceptable dans un contexte donné et sont maintenues par des mécanismes informels tels que l’approbation, la stigmatisation, le ridicule ou l’exclusion sociale (Bicchieri, 2016[18] ; Zhang et al., 2023[19] ; Young, 2015[20]). Il est important de noter que les croyances personnelles peuvent être différentes de ce que les individus pensent que les autres croient. Analyser cet écart entre la perception et la réalité peut créer des opportunités pour le changement (Bursztyn, 2023[21]). Par exemple, un homme peut soutenir en principe un partage égal des responsabilités de soins, mais éviter de s’impliquer dans la garde des enfants parce qu’il suppose que ses pairs y sont défavorables. Cependant, s’il savait que d’autres soutiennent également un partage plus équitable, il pourrait modifier son comportement. Lorsque les individus agissent sur la base d’attentes sociales perçues comme plus conservatrices qu’elles ne le sont réellement, malgré des croyances personnelles plus progressistes, on parle d’ignorance pluraliste. Ces perceptions erronées peuvent créer un « piège de conformité » empêchant le progrès. Ce phénomène est de plus en plus étudié et documenté dans la littérature (Bussolo et al., 2023[22] ; Matavelli et al., 2025[23] ; Smerdon, Offerman et Gneezy, 2020[24]).
Les données de la Côte d’Ivoire révèlent des perceptions erronées largement répandues sur les normes de la masculinité. Plus précisément, les individus surestiment systématiquement à la fois le soutien des hommes et l’opposition des femmes aux normes restrictives de la masculinité, qu’ils soient hommes ou femmes (Graphique 2.6). Autrement dit, bien que les femmes et les hommes aient des opinions personnelles différentes sur certains sujets, leurs attentes concernant les croyances des autres sont largement similaires, reflétant des normes sociales partagées. Par exemple, en moyenne, 76 % de la population (81 % des hommes et 71 % des femmes) estiment que les hommes font de meilleurs leaders politiques. Cependant, ils pensent en moyenne que 62 % des femmes, contre 83 % des hommes dans leur entourage, partagent cette opinion8.
Identifier et résoudre les écarts entre croyances personnelles et soutien perçu aux normes restrictives de la masculinité représente une opportunité prometteuse pour changer les normes. Cela est particulièrement vrai lorsque les individus surestiment fortement le soutien des hommes à ces normes. Par exemple, moins de 20 % de la population s’opposent au fait que les pères prennent un congé parental, mais les répondants estiment que près de 40 % des hommes partagent cette opinion. De même, l’opposition à l’égalité salariale est largement surestimée, en particulier parmi les hommes. Alors qu’environ 40 % de la population considèrent que les hommes devraient gagner plus que les femmes pour un travail identique ou similaire, les répondants estiment que 48 % des femmes et 70 % des hommes partagent ce point de vue.
Une communication ciblée sur le soutien réel à des normes de la masculinité plus égalitaires peut faciliter les réformes et l’application des politiques publiques et des cadres juridiques. Par exemple, l’égalité salariale est déjà garantie par la loi, et les pères ont droit à trois jours de congé de paternité (OCDE, 2023[25]). Des campagnes de sensibilisation montrant le large soutien à l’égalité salariale pourraient encourager les hommes à exprimer plus ouvertement leur adhésion, renforcer la capacité des femmes à contester les discriminations – notamment les écarts de rémunération persistants entre les hommes et les femmes, qui s’élevaient à 27 % en 2022 – et réduire la tendance des employeurs à justifier ces inégalités comme socialement acceptées (OIT, s.d.[26]). De même, les décideurs publics pourraient envisager d’étendre la durée du congé de paternité, compte tenu du large soutien à l’implication des pères dans la prise en charge des enfants. En encourageant et en normalisant la participation des hommes aux activités de soins, ces mesures pourraient contribuer à une répartition plus équitable des responsabilités au sein des ménages et, à terme, à des opportunités plus égalitaires pour les femmes et les hommes sur le marché du travail.
À l’inverse, la résistance au changement peut être plus forte lorsque les croyances personnelles et les attentes sociales sont étroitement alignées. C’est notamment le cas pour les normes bénéficiant déjà d’un large soutien au sein de la société, comme l’idée selon laquelle le rôle principal des hommes est de subvenir aux besoins financiers de leur famille, ou encore que les femmes devraient être soumises et demander l’autorisation de leur mari pour exercer une activité rémunérée. Dans ces cas, le niveau réel de soutien dépasse même les attentes sociales perçues, tant chez les femmes que chez les hommes, ce qui témoigne de croyances profondément ancrées et largement partagées, probablement résistantes à un changement à court terme. Les politiques publiques et les programmes visant à transformer ces normes devraient donc adopter des approches progressives, de long terme et adaptées au contexte.
Dans l’ensemble, ces résultats suggèrent que les efforts visant à promouvoir la masculinité positive seraient plus efficaces s’ils ciblent les normes marquées par d’importantes perceptions erronées et par un soutien déjà existant au changement, tout en s’attaquant aux normes plus profondément enracinées par des actions d’éducation et de sensibilisation.
Graphique 2.6. Les individus surestiment le soutien des hommes et sous-estiment celui des femmes aux normes restrictives de la masculinité
Copier le lien de Graphique 2.6. Les individus surestiment le soutien des hommes et sous-estiment celui des femmes aux normes restrictives de la masculinitéCroyances personnelles relatives aux normes de la masculinité et attentes concernant le soutien d’autres femmes et hommes à ces normes en Côte d’Ivoire
Note : Les données présentées dans cette figure ont été collectées à partir d’une séquence de trois questions qui demandent au répondant : (1) s’il ou elle est d’accord ou non avec une affirmation donnée ; (2) d’estimer combien, sur 10 hommes de son entourage, seraient d’accord avec cette même affirmation ; (3) d’estimer combien, sur 10 femmes de son entourage, seraient d’accord avec cette même affirmation. Les réponses pondérées par la population pour les questions de type (1) sont désignées comme « croyances personnelles », et les réponses aux questions de type (2) et (3) sont désignées comme « soutien perçu parmi les hommes » ou « soutien perçu parmi les femmes », en référence aux parts estimées par les répondants de femmes et d’hommes qui soutiendraient les différentes affirmations. Par exemple, en moyenne, 98 % de la population estime que les femmes doivent obéir à leur mari ou partenaire, et la population s’attend à ce que 85 % des femmes et 96 % des hommes soient d’accord avec cette affirmation. La méthodologie appliquée suit l’approche de Bursztyn (Bursztyn, 2023[21]).
Les affirmations marquées d’un astérisque ont initialement été formulées de manière inversée – par exemple, au lieu de « Je pense que les femmes ne peuvent pas refuser des relations sexuelles avec leur mari », la question était posée sous la forme « Je pense que les femmes peuvent refuser des relations sexuelles avec leur mari ». Afin de présenter l’ensemble des données de manière harmonisée, les valeurs moyennes des attentes sociales concernant les hommes et les femmes pour ces affirmations ont été inversées.
Source : OCDE (2026[7]), Base de données de l’OCDE sur la masculinité en Côte d’Ivoire, https://data-explorer.oecd.org/s/4sy.
Les normes restrictives de la masculinité nuisent à la fois aux hommes et aux femmes – rendant leur transformation urgente
Copier le lien de Les normes restrictives de la masculinité nuisent à la fois aux hommes et aux femmes – rendant leur transformation urgenteLes normes restrictives de la masculinité peuvent avoir des effets négatifs sur la santé et le bien-être des hommes, qu’ils s’y conforment ou non (OCDE, 2021[6] ; Kato-Wallace et al., 2016[27] ; Connell, 1995[28]). De nombreuses études montrent que les comportements associés à la masculinité restrictive – tels que le refus de demander de l’aide, la négligence des besoins de santé et des arrêts maladie, ou l’adoption de comportements à risque – sont liés à de moins bons résultats en matière de santé physique et mentale (Wong et al., 2017[29] ; Ragonese, Shand et Barker, 2019[30]). Les experts consultés dans le cadre de cette étude confirment l’existence de dynamiques similaires en Côte d’Ivoire, décrivant un cercle vicieux dans lequel les normes de la masculinité que les hommes cherchent à atteindre peuvent également leur nuire. Ces dynamiques apparaissent souvent dès le plus jeune âge, lorsque les garçons cherchent à prouver leur masculinité, et que la stigmatisation et la honte contribuent à leur désengagement vis-à-vis des services de santé (Verma et Khurana, 2023[31]). Les conséquences incluent des niveaux plus élevés de consommation de substances, de relations sexuelles à risque, de prise de risques professionnels, de dépression et d’idées suicidaires, la détresse émotionnelle étant fréquemment exprimée par des comportements à risque plutôt que par le recours aux soins (Courtenay, 2000[32]).
Les résultats observés en Côte d’Ivoire sont cohérents avec ces tendances genrées en matière de santé, même s’il n’est pas possible d’établir pleinement des liens directs avec les normes de la masculinité à partir des données disponibles. L’espérance de vie des hommes est inférieure à celle des femmes (60 ans contre 64 ans), et les taux de suicide sont 4.6 fois plus élevés chez les hommes. D’autres indicateurs de santé présentent une situation contrastée : la consommation de tabac est plus élevée chez les hommes, tandis que l’obésité et le VIH/sida constituent des enjeux plus importants pour les femmes. Les données sur la santé mentale restent limitées, bien que le sentiment de solitude soit largement répandu tant chez les femmes que chez les hommes (Tableau 2.3). Dans l’ensemble, ces indicateurs reflètent des défis sanitaires fréquemment associés dans la littérature aux normes restrictives de la masculinité.
Tableau 2.3. Les résultats en matière de santé diffèrent selon le sexe en Côte d’Ivoire
Copier le lien de Tableau 2.3. Les résultats en matière de santé diffèrent selon le sexe en Côte d’Ivoire|
Indicateurs de santé sélectionnés |
Hommes |
Femmes |
Année |
|---|---|---|---|
|
Espérance de vie à la naissance (année) |
60 |
64 |
2024 |
|
Taux de mortalité par suicide pour 100 000 habitants (%) (Nombre de décès par suicide au cours d’une année, divisé par la population et multiplié par 100 000) |
12.0 |
2.6 |
2021 |
|
Prévalence du tabagisme standardisée selon l’âge chez les personnes âgées de 15 ans et plus (%) (ODD 3.a.1) |
15.3 |
0.7 |
2025 |
|
Prévalence de l’obésité standardisée selon l’âge chez les personnes âgées de 18 ans et plus (%) |
7.7 |
15.7 |
2022 |
|
Part des femmes/hommes âgés de 15 ans et plus parmi la population vivant avec le VIH (%) |
32.0 |
68.0 |
2024 |
|
Sentiment général de solitude chez les personnes âgées de 15 ans et plus (%) |
56.4 |
55.4 |
2025 |
Note : Les données reposent sur l’année la plus récente disponible. VIH désigne le virus de l'immunodéficience humaine.
Les normes restrictives de la masculinité peuvent engendrer une pression psychologique importante, surtout lorsque les hommes se sentent incapables de répondre à des attentes socio-culturelles profondément ancrées, comme celle de subvenir aux besoins financiers de leur famille. Les recherches montrent que les menaces perçues sur la masculinité peuvent accroître le stress et l’anxiété et susciter des comportements compensatoires, notamment la prise de risques et la violence (Vandello et Bosson, 2013[37]). Des facteurs socio-économiques plus larges, tels que le déclin d’industries traditionnellement dominées par les hommes ou des niveaux élevés de chômage, peuvent renforcer ces pressions (Matavelli et al., 2025[23] ; Kimmel, 2012[38]). Dans ces contextes, certains hommes peuvent chercher à réaffirmer leur statut à travers des comportements masculins exacerbés, souvent au détriment des droits et de la sécurité des femmes.
Les données de la Côte d’Ivoire confirment ces constats et mettent en évidence le rôle central de la norme du principal contributeur financier dans le bien-être des hommes. Plus de 90 % des hommes déclarent qu’ils ressentiraient du stress ou de l’anxiété s’ils n’étaient pas en mesure de subvenir aux besoins financiers de leur famille. Cette « anxiété du contributeur » est particulièrement marquée chez les hommes qui adhèrent plus fortement aux normes restrictives de la masculinité, notamment celles qui associent la virilité à la responsabilité financière et à l’exercice d’emplois « masculins »9 10. Elle peut également influencer les choix de vie et les comportements, en retardant par exemple le mariage chez les jeunes hommes en situation économique précaire, en alimentant une anxiété chronique et en favorisant des comportements compensatoires tels que la prise de risques, la consommation de substances ou la violence. Dans le même temps, le caractère quasi universel de cette anxiété suggère que la pression liée au rôle de contributeur financier est largement partagée entre les différents groupes socio-économiques, plutôt que limitée à certaines situations. Il est important de noter que ces normes sont également associées à de plus fortes inégalités entre les hommes et les femmes : les hommes qui adhèrent plus fortement aux idéaux de la masculinité restrictive et ressentent une pression à s’y conformer sont plus susceptibles de perpétrer des violences à l’égard des femmes que ceux ayant des croyances plus égalitaires (voir Chapitre 5).
La sexualité constitue un autre domaine dans lequel les normes restrictives de la masculinité influencent fortement l’expérience et le bien-être des hommes. En Côte d’Ivoire, comme dans de nombreux contextes, l’activité et la performance sexuelles occupent une place centrale dans les conceptions socialement valorisées de la masculinité (Greene et al., 2019[39]). Les deux tiers des hommes ivoiriens estiment que les hommes devraient toujours être prêts à avoir des relations sexuelles, et plus de 80 % considèrent que la sous-performance sexuelle masculine est embarrassante ou honteuse (OCDE, 2026[7]). L’analyse montre que l’adhésion à la masculinité restrictive, en particulier aux normes qui consacrent la dominance sexuelle des hommes et leur pouvoir décisionnel, est le facteur le plus fortement associé au sentiment de honte lié à la performance sexuelle – et ce, indépendamment de l’âge, du niveau d’éducation, du statut matrimonial, du revenu ou du lieu de résidence11 12. Dans l’ensemble, ces résultats montrent que les différentes normes influencent les hommes et les femmes par des canaux distincts et que toutes les normes n’ont pas la même importance selon les résultats en matière de santé et de bien-être.
Graphique 2.7. Des attentes fortes en matière de rôles de genre limitent les opportunités des femmes et des hommes
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Source : OCDE (2026[7]), Base de données de l’OCDE sur la masculinité en Côte d’Ivoire, https://data-explorer.oecd.org/s/4sy.
Enfin, une forte pression pour se conformer à des idéaux masculins étroits peut également limiter les choix de vie des hommes, notamment leur engagement dans les activités de soins et leurs trajectoires professionnelles. Dans de nombreux pays, le recours des hommes au congé parental reste faible, en raison d’un ensemble de facteurs incluant des normes traditionnelles, la stigmatisation, des contraintes financières et la conception des politiques publiques, privant ainsi de nombreux pères d’opportunités de prise en charge bénéfiques pour eux-mêmes et leurs enfants (OCDE, 2025[40] ; Parental leave corporate taskforce, 2022[41] ; Rudman et Mescher, 2013[42]). En Côte d’Ivoire, l’accès au congé de paternité rémunéré est en outre limité par des niveaux élevés d’informalité (Chapitre 4). Des données issues du Nigéria, du Sénégal et de l’Afrique du Sud montrent que si certains hommes s’impliquent dans la prise en charge des enfants par conviction, d’autres dissimulent leur engagement en raison de la pression sociale (Omobowale, Adebayo et Iyanda, 2023[43] ; Morrell et Jewkes, 2011[44] ; OCDE, 2026[45]). Des dynamiques similaires influencent les choix professionnels. La crainte de la stigmatisation dissuade les hommes de s’orienter vers des professions perçues comme insuffisamment « masculines ». En Côte d’Ivoire, ces perceptions sont largement répandues et partagées tant par les femmes que par les hommes : plus de 40 % d’entre eux estiment que les hommes exerçant des emplois traditionnellement féminins seraient jugés négativement (Graphique 2.7 et voir Chapitre 4).
Conclusion et recommandations de politiques publiques
Copier le lien de Conclusion et recommandations de politiques publiquesLes normes restrictives de la masculinité restent profondément ancrées en Côte d’Ivoire, structurant les attentes envers les hommes en tant que principaux contributeurs financiers et décideurs dans toutes les sphères de la vie. Si ces normes sont largement partagées par les hommes comme par les femmes, elles ne sont ni uniformes ni figées. D’importantes variations entre zones, groupes sociaux et domaines – ainsi que des divergences croissantes parmi les jeunes générations – montrent que les normes de la masculinité sont des constructions sociales susceptibles d’évoluer au fil du temps.
Les résultats mettent également en évidence des leviers clés pour le changement. L’éducation apparaît comme le facteur le plus constant associé à des attitudes plus favorables à l’égalité entre les hommes et les femmes, bien que son impact varie selon les contextes et soit influencé par des conditions socio-économiques et culturelles plus larges. Par ailleurs, des perceptions erronées largement répandues quant aux croyances des autres contribuent à maintenir les normes restrictives : les individus ont tendance à surestimer le soutien aux rôles de genre inégalitaires, en particulier parmi les hommes. Cet écart constitue un point d’entrée stratégique, et encore sous-exploité, pour accélérer l’évolution des normes, notamment dans les domaines où des attitudes en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes sont déjà présentes.
Toutes les normes ne sont pas également susceptibles d’évoluer. Si certaines – comme les attitudes liées à la prise en charge ou à l’égalité salariale – montrent des signes de transformation et offrent des opportunités d’intervention, d’autres, en particulier la norme du principal contributeur financier, restent profondément ancrées et peuvent nécessiter des stratégies de plus long terme. L’action sur les normes restrictives de la masculinité requiert donc une approche différenciée, combinant des interventions comportementales à court terme, des réformes juridiques et des politiques publiques, ainsi que des efforts durables pour transformer les systèmes de valeurs sous-jacents.
Il est également important de souligner que la masculinité restrictive ne limite pas seulement les droits et les opportunités des femmes ; elle engendre aussi des coûts significatifs pour les hommes, notamment en termes de pression psychologique, de bien-être réduit et de choix de vie restreints. Dans certains cas, ces pressions sont associées à des stratégies d’adaptation nocives, y compris le recours à la violence. Promouvoir la masculinité positive constitue donc un enjeu non seulement pour l’égalité entre les hommes et les femmes, mais aussi pour le bien-être social et économique dans son ensemble.
Bien que ce chapitre présente des données inédites issues de la première étude représentative au niveau national sur les normes de la masculinité en Côte d’Ivoire, il convient de reconnaître certaines limites. L’analyse repose en partie sur des données autodéclarées concernant les normes sociales, susceptibles d’être influencées par des biais de désirabilité sociale ainsi que par des différences culturelles dans la perception et la déclaration des attitudes et des comportements. En outre, l’étude ne vise pas à couvrir l’ensemble des formes de la masculinité ou des normes associées, mais se concentre sur les dix normes identifiées comme ayant les effets les plus néfastes sur les droits des femmes et l’égalité entre les hommes et les femmes. Des recherches futures pourraient approfondir l’analyse de l’impact de ces normes sur les hommes eux-mêmes, selon différentes dimensions du bien-être et des trajectoires de vie. Par ailleurs, des approches qualitatives permettraient de mieux comprendre les interactions complexes entre facteurs culturels, religieux, ethniques et structurels qui façonnent l’adhésion aux normes sociales et aux attentes de genre.
Perspectives : Priorités des politiques publiques
L’analyse, ainsi que les recommandations concrètes formulées par des parties prenantes ivoiriennes représentant les pouvoirs publics, le monde académique, la société civile et les autorités coutumières et religieuses, mettent en évidence l’importance de promouvoir la masculinité positive – telle que définie et encouragée par l’Union Africaine – comme un pilier essentiel pour renforcer l’égalité entre les hommes et les femmes, la santé publique, la cohésion sociale et la prévention des violences basées sur le genre (voir également les Chapitres 4 et 5).
« Masculinité positive », une approche sociétale qui transforme les mentalités, les comportements et les attitudes des hommes et des garçons, afin de respecter, de promouvoir et de protéger les droits et l’autonomisation des femmes et des filles, y compris l’égalité, la non-discrimination, la non-violence, la résolution des conflits et les relations saines avec les femmes et les fille (Union Africaine, 2025[46]).
Les actions suivantes devraient être priorisées, en reconnaissant que les femmes et les hommes de tous les groupes socio-économiques peuvent être à la fois des gardiens des normes, des alliés et des agents du changement.
Élaborer une stratégie et un programme nationaux sur la masculinité positive. Élaborer une Stratégie Nationale pour la Promotion de la Masculinité Positive (2026–30), alignée sur la Politique Nationale sur l’Égalité, l’Équité et le Genre (2024–30), et mettre en place un programme national dédié pour soutenir sa mise en œuvre. La stratégie devrait mobiliser les hommes et les garçons en tant que partenaires de l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, tout en tenant compte des pressions que la masculinité restrictive exerce sur eux, notamment en matière de rôle de principal contributeur financier, d’autorité et de statut social. Assurer une approche multipartite à travers un dialogue institutionnalisé avec les leaders traditionnels et religieux, tout en impliquant le secteur privé afin d’intégrer les objectifs de masculinité positive dans les initiatives de responsabilité sociale des entreprises. Des programmes centrés sur la famille, notamment des initiatives inspirées du modèle des « Écoles des Maris » (voir Chapitres 1 et 3), peuvent contribuer à promouvoir la prise en charge, la paternité responsable et des relations plus égalitaires entre les hommes et les femmes au sein des ménages.
Remédier aux perceptions erronées et accélérer le changement des normes grâce à une communication ciblée et à des actions publiques. Mettre en œuvre des campagnes de communication fondées sur des données probantes et des interventions visant à transformer les normes, en ciblant en particulier les jeunes hommes, les pères et les leaders communautaires aux niveaux local et national. Ces efforts devraient être complétés par des réformes juridiques et de politiques publiques, ainsi que par un renforcement de l’application des lois existantes, notamment dans les domaines où le soutien à la masculinité positive est potentiellement plus élevé qu’on ne le suppose, comme l’implication des hommes dans les activités de soins et le principe d’égalité de rémunération pour un travail de valeur égale.
Élargir l’accès à une éducation inclusive et transformatrice en matière d’égalité femmes-hommes dans tous les environnements d’apprentissage. Intégrer la masculinité positive, l’égalité entre les hommes et les femmes et les compétences relationnelles non violentes dans les programmes d’enseignement formels, non formels et religieux. Renforcer la collaboration avec les autorités éducatives et les établissements d’enseignement supérieur afin de garantir que les programmes, la formation des enseignants et les initiatives d’apprentissage communautaires promeuvent des normes de genre égalitaires dès le plus jeune âge.
Réduire les inégalités régionales et socio-économiques qui renforcent les normes restrictives de la masculinité. Donner la priorité aux investissements et aux interventions ciblées dans les régions et les communautés où les normes de genre restrictives restent particulièrement répandues. Les efforts visant à élargir les opportunités éducatives, l’inclusion économique et l’accès aux services publics peuvent contribuer à atténuer les inégalités structurelles qui alimentent la persistance de normes néfastes et de relations hommes-femmes inégalitaires.
Mobiliser les savoirs endogènes et les institutions communautaires pour promouvoir la masculinité positive. S’appuyer sur les traditions culturelles de la Côte d’Ivoire et les mécanismes communautaires pour promouvoir des identités masculines positives. Les rites d’initiation, les conseils des anciens, les traditions orales, les relations de mentorat intergénérationnel et les figures respectées au sein des communautés peuvent constituer des vecteurs puissants de transmission de valeurs telles que la responsabilité, la discipline, le respect et la non-violence.
Renforcer les données, le suivi et l’apprentissage sur la masculinité positive. Investir dans la collecte régulière de données, ainsi que dans les dispositifs de suivi et d’évaluation, afin de mesurer l’évolution des normes de la masculinité et d’évaluer l’efficacité des interventions. Renforcer le partage des connaissances entre secteurs et entre pays afin de soutenir l’élaboration de politiques publiques fondées sur des données probantes et le passage à l’échelle des approches efficaces.
Annexe 2.A. Résultats de l’Indice des masculinités de l’OCDE pour la Côte d’Ivoire
Copier le lien de Annexe 2.A. Résultats de l’Indice des masculinités de l’OCDE pour la Côte d’IvoireLes données primaires de l’étude de l’OCDE sur les normes de la masculinité en Côte d’Ivoire, menée en étroite collaboration avec l’office national de statistique et le gouvernement ivoirien en 2025, ont été traitées afin de construire un indice mesurant le niveau global d’adhésion aux normes restrictives de la masculinité dans le pays. Le score de l’indice varie de 0 à 100, où 0 correspond à une absence d’adhésion à la masculinité restrictive et 100 à un soutien total. L’indice repose sur dix normes de la masculinité restrictive, conformément au cadre de la masculinité de l’OCDE (OCDE, 2021[6]). À l’instar de l’indice global, un score est calculé pour chaque norme à partir des réponses à l’enquête, normalisées et agrégées par moyenne pour les questions correspondantes. Les scores par norme ainsi que le score global pour la Côte d’Ivoire sont présentés dans le Tableau d’annexe 2.A.1. Des informations complémentaires sur la méthodologie sont disponibles dans l’Annexe 2.B.
Tableau d’annexe 2.A.1. Scores de l’Indice des masculinités de l’OCDE pour la Côte d’Ivoire
Copier le lien de Tableau d’annexe 2.A.1. Scores de l’Indice des masculinités de l’OCDE pour la Côte d’IvoireScores de l’indice au niveau national, selon le lieu de résidence (urbain/rural), la zone et le sexe
|
|
|
Scores de l’indice pour les normes individuelles |
|||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
|
Sphère publique |
Sphère privée |
||||||||||
|
|
Indice des masculinités |
Contributeur financier |
Dominance financière |
Emplois « masculins » |
Travailleur idéal |
Leader viril |
Pas de taches domestiques |
Décision finale |
Contrôle des biens |
Tutelle sur les femmes |
Dominance reproductive |
|
Côte d'Ivoire |
56.89 |
75.19 |
47.30 |
57.03 |
43.68 |
64.45 |
58.91 |
75.45 |
42.60 |
58.31 |
46.03 |
|
Hommes |
59.38 |
78.06 |
51.60 |
58.25 |
46.93 |
67.93 |
58.90 |
77.65 |
46.91 |
58.99 |
48.61 |
|
Femmes |
54.28 |
72.17 |
42.78 |
55.75 |
40.25 |
60.79 |
58.91 |
73.13 |
38.06 |
57.60 |
43.31 |
|
Urbain |
55.30 |
74.60 |
45.22 |
56.21 |
41.67 |
62.78 |
57.62 |
73.14 |
39.62 |
56.79 |
45.36 |
|
Rural |
59.13 |
76.02 |
50.23 |
58.18 |
46.50 |
66.80 |
60.72 |
78.69 |
46.77 |
60.45 |
46.97 |
|
Abidjan |
52.96 |
71.34 |
41.86 |
54.29 |
37.80 |
60.57 |
55.69 |
69.45 |
38.27 |
56.75 |
43.59 |
|
Centre |
55.05 |
75.16 |
50.85 |
54.14 |
42.86 |
55.41 |
59.23 |
70.27 |
36.61 |
56.26 |
49.68 |
|
Centre Est |
54.00 |
70.96 |
37.49 |
49.14 |
34.05 |
64.84 |
62.82 |
79.16 |
38.74 |
59.84 |
42.93 |
|
Centre Ouest |
57.99 |
77.03 |
50.34 |
62.20 |
50.84 |
65.36 |
55.70 |
76.38 |
43.99 |
54.74 |
43.34 |
|
Nord |
65.32 |
80.95 |
59.76 |
65.29 |
54.18 |
69.31 |
69.36 |
80.60 |
51.58 |
64.14 |
57.98 |
|
Nord Est |
55.07 |
73.26 |
49.15 |
48.45 |
39.04 |
65.51 |
50.50 |
70.32 |
47.98 |
61.32 |
45.20 |
|
Sud |
52.97 |
72.23 |
43.13 |
45.94 |
43.58 |
60.83 |
53.05 |
74.45 |
34.22 |
59.53 |
42.76 |
|
Sud-Ouest |
59.01 |
77.59 |
44.34 |
61.14 |
39.71 |
71.72 |
62.84 |
82.59 |
47.83 |
58.72 |
43.59 |
Source : OCDE (2026[7]), Base de données de l’OCDE sur la masculinité en Côte d’Ivoire, https://data-explorer.oecd.org/s/4sy.
Annexe 2.B. Méthodologie pour la construction de l’Indice des masculinités de l’OCDE
Copier le lien de Annexe 2.B. Méthodologie pour la construction de l’Indice des masculinités de l’OCDECette annexe fournit des détails supplémentaires sur la construction et la validation de l’Indice des masculinités de l'OCDE présenté au Chapitre 2. Alors que l’Encadré 2.1 décrit le cadre conceptuel et le module d’enquête utilisés pour mesurer les normes de la masculinité, cette annexe explique les étapes méthodologiques utilisées pour construire les indicateurs de normes et l’indice composite.
Module d’enquête et cadre normatif
Copier le lien de Module d’enquête et cadre normatifL’Indice des masculinités de l'OCDE s’appuie sur le cadre conceptuel présenté dans Man Enough? Measuring Masculine Norms to Promote Women’s Empowerment (OCDE, 2021[6]). Ce cadre identifie dix normes de la masculinité fondamentales qui façonnent les attentes concernant les rôles des hommes dans les sphères publique et privée. Ces normes portent sur la contribution économique, l’autorité au sein du ménage, les rôles de leadership, le contrôle des biens, l’engagement dans le travail domestique et de soins non rémunéré, ainsi que la prise de décision en matière sexuelle et reproductive.
Chaque norme est mesurée à l’aide de deux questions d’enquête ou plus, visant à capter les attitudes des individus à l’égard des rôles de genre et les attentes relatives au comportement des hommes. Les répondants indiquent leur niveau d’accord avec chaque affirmation à l’aide d’échelles ordinales de type Likert. Le module d’enquête a été intégré dans des enquêtes auprès des ménages, représentatives au niveau national, menées en Côte d’Ivoire en 2025–2026.
Codage et normalisation des réponses d’enquête
Copier le lien de Codage et normalisation des réponses d’enquêteLes réponses à l’enquête ont d’abord été recodées afin de garantir que des valeurs plus élevées reflètent systématiquement un soutien plus fort aux normes restrictives de la masculinité. Par exemple, les affirmations exprimant des points de vue favorables à l’égalité entre les hommes et les femmes ont été recodées en sens inverse, de sorte que l’accord corresponde à une moindre adhésion aux normes restrictives.
Afin d’assurer la comparabilité entre des questions reposant sur des échelles de réponse différentes, les réponses aux items ont été normalisées sur une échelle commune allant de 0 à 1 à l’aide d’une transformation min-max :
Dans cette transformation,
0 représente des attitudes favorables à l’égalité entre les hommes et les femmes ;
1 représente le niveau le plus élevé d’adhésion aux normes restrictives de la masculinité.
Les variables binaires utilisées pour certaines normes (par exemple, les attitudes à l’égard du travail domestique et de soins non rémunéré ou de la prise de décision en matière sexuelle et reproductive) étaient déjà codées sur une échelle de 0 à 1 et n’ont donc pas nécessité de normalisation supplémentaire.
Construction des indicateurs spécifiques aux normes
Copier le lien de Construction des indicateurs spécifiques aux normesPour chacune des dix normes de la masculinité, un indicateur spécifique a été calculé comme la moyenne simple des réponses normalisées aux items associés à cette norme :
Où :
est la réponse normalisée à l’item i pour la norme j
est le nombre d’items utilisés pour mesurer cette norme.
Chaque indicateur de norme varie donc de 0 (normes de la masculinité favorables à l’égalité entre les hommes et les femmes) à 1 (normes de la masculinité fortement restrictives). À des fins de communication, l’indice est ensuite ramené sur une échelle de 0 à 100.
Le choix d’utiliser une moyenne simple repose à la fois sur des considérations conceptuelles et statistiques. D’un point de vue conceptuel, chaque item capture une dimension distincte mais liée d’un même domaine normatif. D’un point de vue empirique, une analyse factorielle exploratoire a confirmé que les items associés à la plupart des normes se regroupent autour d’une dimension sous-jacente unique, ce qui justifie leur agrégation en un indicateur composite.
Construction de l’indice composite des masculinités
Copier le lien de Construction de l’indice composite des masculinitésL’Indice des masculinités de l'OCDE est calculé comme la moyenne non pondérée des dix indicateurs spécifiques aux normes de la masculinité :
Le score obtenu varie de 0 à 1, les valeurs plus élevées indiquant une adhésion plus forte aux normes restrictives de la masculinité dans différents domaines de la vie sociale.
À des fins de communication, l’indice est ramené sur une échelle de 0 à 100, où :
0 représente l’absence de soutien aux normes restrictives de la masculinité ;
100 représente le niveau le plus élevé de soutien à la masculinité restrictive.
Validation statistique
Copier le lien de Validation statistiquePlusieurs tests diagnostiques ont été réalisés afin d’évaluer la robustesse de la construction de l’indice.
Analyse descriptive
La distribution de chaque item de l’enquête a été examinée à l’aide de tableaux de fréquences, d’histogrammes et de statistiques descriptives. Comme attendu pour des données sur les attitudes, la plupart des variables présentent des distributions non normales ainsi qu’un certain degré d’asymétrie. Toutefois, aucune ne présente d’effets de plancher ou de plafond extrêmes qui justifieraient leur exclusion de l’indice.
Cohérence interne
Les coefficients alpha de Cronbach ont été calculés pour chaque norme afin d’évaluer la cohérence interne entre les items. Bien que plusieurs normes présentent une fiabilité modérée, des valeurs plus faibles étaient attendues compte tenu du nombre limité d’items par norme et du fait que ceux-ci captent des dimensions distinctes mais liées des normes de la masculinité.
Analyse de la dimensionnalité
Une analyse en composantes principales (ACP) a été utilisée afin d’examiner si les items au sein de chaque norme, ainsi que l’ensemble des normes, se regroupent autour d’une dimension latente commune. Pour la plupart des normes de la masculinité, la première composante principale explique plus de 50 % de la variance, ce qui indique l’existence d’une construction sous-jacente cohérente.
Au niveau de l’indice composite, les résultats de l’ACP confirment la présence d’un facteur commun dominant à travers les dix normes. La première composante explique environ un tiers de la variance totale, ce qui est considéré comme acceptable dans la recherche sur les normes sociales, où plusieurs dimensions contribuent à la construction globale. Ces résultats soutiennent l’agrégation des dix normes de la masculinité en un indice composite unique.
Tests de sensibilité
Des approches alternatives d’agrégation ont été explorées lors du processus de validation, notamment une agrégation pondérée basée sur les coefficients de l’analyse factorielle ainsi que des méthodes alternatives de normalisation. Les résultats se sont révélés globalement cohérents quelle que soit la spécification retenue, ce qui soutient l’utilisation de la moyenne simple en raison de sa transparence et de sa facilité d’interprétation.
Estimations au niveau de la population
Copier le lien de Estimations au niveau de la populationDes estimations au niveau de la population ont été calculées à l’aide des pondérations d’enquête afin de tenir compte du plan d’échantillonnage et de garantir la représentativité. Des moyennes pondérées des indicateurs de normes de la masculinité et de l’indice composite ont été calculées pour l’ensemble de la population nationale, puis ventilées selon le sexe, le lieu de résidence et la zone.
Des tests statistiques fondés sur des modèles de régression pondérés par les poids d’enquête ont été utilisés pour évaluer les différences de scores de l’indice entre les groupes.
Références
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[20] Young, H. (2015), « The Evolution of Social Norms », Annual Review of Economics, vol. 7/1, pp. 359-387, https://doi.org/10.1146/annurev-economics-080614-115322.
[19] Zhang, W. et al. (2023), « How we learn social norms: a three-stage model for social norm learning », Frontiers in Psychology, vol. 14, https://doi.org/10.3389/fpsyg.2023.1153809.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. Les différences de scores moyens de l’indice selon le sexe et le lieu de résidence (urbain et rural) sont statistiquement significatives aux seuils de 1 % (p < 0,01) et de 5 % (p < 0,05), respectivement, sur la base de tests de Wald pondérés par les poids d’enquête.
← 2. Les différences de scores moyens selon les groupes d’âge et le sexe pour chacune des dix normes de la masculinité composant l’indice révèlent les écarts de genre les plus marqués au sein de la cohorte la plus jeune (15‑24 ans), notamment pour la dominance financière (écart de 12 points), le fait d’être un leader viril (écart de 9 points) et la dominance reproductive (écart de 8 points), comparativement aux écarts observés pour les autres groupes d’âge pour ces mêmes normes. En revanche, pour le travail domestique et de soins non rémunéré et le fait d’avoir le dernier mot dans les décisions du ménage, la tendance est inversée : l’écart entre les sexes parmi les cohortes les plus jeunes est nettement plus faible que celui observé dans la cohorte la plus âgée.
← 3. Pour la plupart des dix normes de la masculinité, les différences de moyennes selon le sexe et le lieu de résidence (urbain ou rural) sont statistiquement significatives aux seuils de 1 % ou de 5 %, sur la base de tests de Wald pondérés par les poids d’enquête. Cependant, les différences selon le lieu de résidence ne sont pas significatives pour les normes selon lesquelles les hommes doivent être le principal contributeur financier, être financièrement dominant, exercer des emplois « masculins » et dominer les choix sexuels et reproductifs, ni pour la norme selon laquelle les hommes ne doivent pas s’occuper des tâches domestiques. Cette dernière norme ne présente par ailleurs aucune différence significative selon le sexe.
← 4. Les corrélations entre le soutien aux normes restrictives de la masculinité et les caractéristiques individuelles telles que l’âge, le niveau d’éducation, l’origine ethnique, la religion ou le statut économique sont estimées à l’aide d’un modèle logit fractionnel. Différentes spécifications sont utilisées, avec respectivement l’Indice des masculinités de l'OCDE et les indicateurs spécifiques aux normes de la masculinité comme principales variables explicatives. Les variables explicatives retenues sont l’âge, le sexe, le niveau d’éducation, le lieu de résidence, les dépenses du ménage, la religion, le statut d’activité, l’emploi formel ou informel, ainsi que le secteur d’activité. Les différentes spécifications ont été estimées pour l’ensemble de l’échantillon (au niveau national) ainsi qu’au niveau infranational, couvrant les différentes zones.
← 5. Lorsque l’âge est modélisé comme une variable continue, les résultats indiquent une diminution faible mais statistiquement significative du soutien aux normes restrictives de la masculinité à mesure que l’âge augmente. Lorsque l’âge est modélisé à l’aide de groupes d’âge, seuls les individus âgés de 35 à 49 ans présentent un niveau de soutien significativement plus faible aux normes restrictives de la masculinité par rapport à la cohorte la plus jeune (15‑24 ans), tandis que les différences observées pour les groupes plus âgés ne sont pas statistiquement significatives.
← 6. Les différences entre Chrétiens et Musulmans sont statistiquement significatives, au moins au seuil de 5 %, pour les normes suivantes : exercer des emplois « masculins », être le travailleur idéal, être un leader « masculin », avoir le dernier mot dans les décisions du ménage, contrôler les biens du ménage et dominer les choix sexuels et reproductifs.
← 7. Les scores de l’Indice des masculinités de l'OCDE selon le groupe ethnique sont les suivants : Akan (53), Mandé du Sud (54), Krou (55), autres groupes (55), Voltaïque/Gur (59) et Mandé du Nord (60).
← 8. Par exemple, en moyenne, les femmes estiment que 63 % des femmes et 83 % des hommes sont d’accord avec l’affirmation selon laquelle les hommes font de meilleurs dirigeants politiques. Les hommes estiment que 61 % des femmes et 83 % des hommes partagent cette opinion.
← 9. Les estimations reposent sur des modèles de régression logistique utilisant un échantillon composé de répondants masculins. La variable dépendante est un indicateur binaire égal à 1 si le répondant déclare se sentir stressé ou anxieux à l’idée de ne pas pouvoir être le principal contributeur financier pour lui-même ou sa famille, et à 0 sinon. La principale variable explicative est l’Indice des masculinités de l’OCDE, un indice standardisé allant de 0 à 100 qui mesure l’adhésion aux normes restrictives de la masculinité dans plusieurs dimensions. Les variables de contrôle incluent l’âge, le niveau d’éducation, le revenu, le statut matrimonial, la situation d’emploi, la religion, l’origine ethnique, le nombre d’enfants ainsi que le lieu de résidence (urbain ou rural). Les pondérations d’enquête sont appliquées dans l’ensemble des estimations.
← 10. Les associations entre des normes spécifiques de la masculinité et les indicateurs de bien‑être des hommes sont estimées à l’aide de modèles de régression logistique. Les variables explicatives incluent des indicateurs individuels pour les dix normes de la masculinité couvertes par le cadre de l’Indice des masculinités : attentes liées au fait d’être le principal contributeur financier, autorité financière, division genrée des emplois, normes relatives au travailleur idéal, normes de leadership, normes relatives au travail domestique et de soins non rémunéré, autorité dans la prise de décision au sein du ménage, contrôle des biens du ménage, tutelle, ainsi que la prise de décision en matière sexuelle et reproductive. Les modèles prennent en compte des caractéristiques socio‑démographiques individuelles, notamment l’âge, le niveau d’éducation, le revenu, le statut matrimonial, les caractéristiques d’emploi, le nombre d’enfants, la religion, l’origine ethnique ainsi que le lieu de résidence (urbain ou rural). Les écarts‑types robustes sont regroupés au niveau du ménage. L’échantillon analytique se compose de répondants masculins disposant d’informations valides sur l’indicateur de bien‑être considéré.
← 11. Les estimations reposent sur des modèles de régression logistique examinant l’association entre les normes restrictives de la masculinité et le sentiment de honte lié à la performance sexuelle. La variable dépendante est un indicateur binaire égal à 1 si le répondant est d’accord avec l’affirmation selon laquelle un homme devrait se sentir honteux s’il ne parvient pas à assurer une performance sexuelle, et à 0 sinon. La principale variable explicative est l’Indice des masculinités de l'OCDE, qui varie de 0 à 100 et mesure le degré d’adhésion aux normes restrictives de la masculinité dans dix domaines normatifs. Les régressions incluent des variables de contrôle telles que l’âge, le niveau d’éducation, le revenu, le statut matrimonial, les caractéristiques d’emploi, le nombre d’enfants, la religion, l’origine ethnique ainsi que le lieu de résidence (urbain ou rural). Les pondérations d’enquête sont appliquées à l’ensemble des estimations.
← 12. Les associations entre des normes spécifiques de la masculinité et les indicateurs de bien‑être des hommes sont estimées à l’aide de modèles de régression logistique. Les variables explicatives incluent des indicateurs individuels pour les dix normes de la masculinité couvertes par le cadre de l’Indice des masculinités : attentes liées au fait d’être le principal contributeur financier, autorité financière, division genrée des emplois, normes relatives au travailleur idéal, normes de leadership, normes relatives au travail domestique et de soins non rémunéré, autorité dans la prise de décision au sein du ménage, contrôle des biens du ménage, tutelle, ainsi que la prise de décision en matière sexuelle et reproductive. Les modèles prennent en compte des caractéristiques socio‑démographiques individuelles, notamment l’âge, le niveau d’éducation, le revenu, le statut matrimonial, les caractéristiques d’emploi, le nombre d’enfants, la religion, l’origine ethnique ainsi que le lieu de résidence (urbain ou rural). Les écarts‑types robustes sont regroupés au niveau du ménage. L’échantillon analytique se compose de répondants masculins disposant d’informations valides sur l’indicateur de bien‑être considéré.