Ce chapitre analyse comment les normes restrictives de la masculinité façonnent l’autonomisation économique des femmes en Côte d’Ivoire et au Sénégal, en s’appuyant sur les recherches de l’OCDE menées en Côte d’Ivoire ainsi que sur des données complémentaires issues des deux pays. Il examine en premier lieu les écarts en matière d’égalité entre les hommes et les femmes sur le marché du travail et observe dans quelle mesure les normes restrictives de la masculinité affectent l’emploi des femmes, aux côtés d’autres facteurs déterminants tels que le niveau d’éducation, les conditions locales du marché du travail et les responsabilités liées aux soins. Il aborde ensuite la capacité d’agir des femmes, en mettant l’accent sur le pouvoir de décision, l’autonomie en matière de revenus ainsi que la propriété et le contrôle des actifs productifs. Enfin, le chapitre présente les implications en matière de politiques publiques pour agir à la fois sur les normes restrictives et les contraintes structurelles, afin de renforcer plus efficacement l’autonomisation économique des femmes en Côte d’Ivoire et au Sénégal.
Masculinité et égalité femmes‑hommes
4. Comment les normes de la masculinité influencent l’autonomisation économique des femmes
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En bref
Copier le lien de En brefPrincipaux constats sur les liens entre les normes de la masculinité et l’autonomisation économique des femmes
En Côte d’Ivoire et au Sénégal, les femmes continuent de faire face à des obstacles persistants à leur autonomisation économique. Les écarts en matière d’égalité entre les hommes et les femmes demeurent importants en ce qui concerne la participation à la population active, la qualité de l’emploi, le pouvoir de décision, le contrôle des revenus et la propriété des actifs productifs, notamment fonciers et immobiliers.
Les normes restrictives de la masculinité contribuent à expliquer la persistance de ces écarts. Les normes qui positionnent les hommes comme principaux contributeurs financiers, chefs de ménage, décideurs et contrôleurs des ressources peuvent limiter les perspectives d’emploi des femmes, réduire leur capacité d’agir en matière de revenus et d’actifs, et contraindre leur rôle dans les décisions au sein du ménage.
L’emploi des femmes ne se traduit pas automatiquement par une autonomisation. Même lorsque les femmes travaillent, elles sont souvent concentrées dans des emplois informels, moins bien rémunérés ou moins sécurisés. Le travail rémunéré ou les revenus ne renforcent pas nécessairement la capacité d’agir si les femmes ne peuvent pas décider de l’utilisation des ressources ni en bénéficier pleinement.
Le revenu du ménage influence la manière dont les normes restrictives de la masculinité affectent l’emploi des femmes. En Côte d’Ivoire, ces normes sont particulièrement associées à une probabilité plus élevée pour les femmes d’être en dehors du marché du travail dans les ménages à revenu intermédiaire et élevé, où les familles disposent d’une plus grande marge de manœuvre pour se conformer à la norme du principal contributeur financier masculin.
Le travail domestique et de soins non rémunéré constitue un mécanisme clé par lequel les normes restrictives de la masculinité limitent les opportunités économiques des femmes. Les femmes consacrent beaucoup plus de temps que les hommes à ces tâches, ce qui réduit leur temps, leur mobilité et leur flexibilité pour accéder à un emploi décent, à la formation, à l’entrepreneuriat et à la progression professionnelle.
Les normes restrictives de la masculinité limitent également la capacité d’agir des femmes en matière de décisions au sein du ménage, de contrôle des revenus et des actifs. En Côte d’Ivoire, une adhésion plus forte à ces normes est associée à un pouvoir de décision plus faible pour les femmes, à un contrôle réduit de leurs propres revenus et à une probabilité plus faible de posséder des terres.
Les normes sont déterminantes, mais elles n’agissent pas de manière isolée. Le niveau d’éducation, les conditions locales du marché du travail, les services de soins, les cadres juridiques et les barrières institutionnelles influencent également les opportunités économiques des femmes et leur contrôle sur les ressources.
Le renforcement de l’autonomisation économique des femmes nécessite une approche intégrée des politiques publiques. Les priorités incluent la redistribution du travail domestique et de soins non rémunéré, le développement des services de garde d’enfants et de soins, le renforcement de l’accès des femmes au foncier, au logement, au crédit et aux marchés, la promotion de la masculinité positive, ainsi que l’intégration de l’autonomisation économique des femmes dans l’ensemble des politiques nationales et des budgets.
L’autonomisation économique des femmes va au-delà de la participation au travail rémunéré. Elle englobe la capacité des femmes à accéder à des opportunités économiques décentes, notamment un emploi stable dans l’économie formelle, à exercer des choix, à contrôler les ressources et à influencer les décisions qui affectent leur vie économique. Une femme est économiquement autonome lorsqu’elle dispose à la fois de la capacité de réussir et de progresser sur le plan économique, ainsi que de la capacité d’agir pour prendre et mettre en œuvre des décisions économiques. Cela nécessite des compétences, des connaissances et des ressources pour être compétitive sur les marchés, ainsi qu’un accès équitable aux institutions et aux opportunités économiques. Cela suppose également le pouvoir de prendre des décisions et d’agir en conséquence, notamment en matière de revenus, d’emploi, d’actifs, d’investissement et d’utilisation du temps.
À partir de nouvelles données du Centre de développement de l’OCDE, ce chapitre met en évidence le rôle des normes restrictives de la masculinité dans la persistance des écarts en matière d’égalité entre les hommes et les femmes en matière d’autonomisation économique en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Les normes restrictives de la masculinité renvoient à des normes qui associent les hommes au rôle de principal contributeur financier, à l’autorité, au leadership et au contrôle des ressources, et qui peuvent renforcer les attentes selon lesquelles les femmes assument la responsabilité principale du travail domestique et de soins non rémunéré. Ces normes peuvent affaiblir les perspectives d’emploi des femmes, limiter leur influence sur les revenus et les actifs, et réduire leur rôle dans les décisions clés du ménage, même lorsqu’elles sont économiquement actives. Elles peuvent également accroître la charge de travail domestique et de soins non rémunéré des femmes, limitant le temps, la mobilité et la flexibilité nécessaires pour accéder à un emploi décent, à la formation, à l’entrepreneuriat et à la progression professionnelle.
Adresser les normes restrictives de la masculinité constitue un levier essentiel des politiques publiques pour faire progresser l’autonomisation économique des femmes, mais le changement des normes à lui seul ne suffit pas. Les données issues de la Côte d’Ivoire et du Sénégal montrent que ces normes restrictives coexistent avec des contraintes structurelles plus larges, notamment les écarts en matière d’éducation, les conditions locales du marché du travail, les responsabilités liées aux soins, l’insuffisance des services de soins, ainsi que les contraintes juridiques et institutionnelles limitant le contrôle des femmes sur les ressources productives. Le chapitre examine également la manière dont ces normes interagissent avec les conditions économiques et sociales plus larges qui façonnent les opportunités, les choix et le contrôle des ressources des femmes.
Les normes restrictives de la masculinité façonnent l’accès des femmes à l’emploi et à un travail décent
Copier le lien de Les normes restrictives de la masculinité façonnent l’accès des femmes à l’emploi et à un travail décentL’accès des femmes aux opportunités économiques, en particulier à un emploi de qualité, constitue un pilier essentiel de l’autonomisation économique des femmes. Le travail rémunéré peut permettre aux femmes de générer des revenus, de renforcer la sécurité économique du ménage et d’accroître leur pouvoir de négociation au sein du ménage et, plus largement, dans la société. Toutefois, l’emploi à lui seul ne garantit pas l’autonomisation. Son potentiel transformateur dépend des conditions dans lesquelles les femmes travaillent, notamment le niveau de revenus, la sécurité de l’emploi, l’accès à la protection sociale, les possibilités de développement des compétences et de progression, ainsi que le contrôle des revenus perçus. Lorsque les femmes sont concentrées dans des emplois faiblement rémunérés, précaires ou informels, le travail rémunéré peut générer des revenus sans pour autant améliorer de manière significative leur sécurité économique, leur autonomie ou leur pouvoir de négociation. En Côte d’Ivoire et au Sénégal, ces situations d’emploi sont déterminées non seulement par le niveau d’éducation, les conditions du marché du travail et les responsabilités liées aux soins, mais aussi par des normes restrictives de la masculinité qui définissent les hommes comme les principaux contributeurs financiers.
Encadré 4.1. Sources de données et comparabilité
Copier le lien de Encadré 4.1. Sources de données et comparabilitéCe chapitre combine différents types de données provenant de la Côte d’Ivoire et du Sénégal. Pour la Côte d’Ivoire, il s’appuie principalement sur des données originales d’enquête auprès des ménages, représentatives au niveau national, collectées dans le cadre du présent rapport (ci-après dénommées données d’enquête de la Côte d’Ivoire), qui incluent des informations sur les attitudes à l’égard des normes de la masculinité, l’autonomie économique et la participation au marché du travail. Pour le Sénégal, il repose sur des sources quantitatives secondaires ainsi que sur des données qualitatives issues d’entretiens avec des informateurs clés et de discussions participatives, notamment avec des institutions publiques, des organisations de la société civile et des partenaires internationaux.
Ces données sont complémentaires mais pas entièrement comparables. Les différences de méthodologie, de définitions, d’indicateurs et de périodes de référence impliquent que certaines estimations, par exemple le temps consacré au travail domestique et de soins non rémunéré, peuvent ne pas être pleinement comparables en raison des modalités d’enquête ou de la couverture de la population. Dans ce chapitre, les données de la Côte d’Ivoire sont utilisées pour analyser les schémas d’autonomisation économique des femmes et le rôle des normes dans l’explication des écarts observés, tandis que les données qualitatives provenant du Sénégal apportent des éclairages approfondis sur la manière dont les normes de la masculinité opèrent en pratique et façonnent le travail des femmes et leur autonomisation économique. Pour les deux pays, des experts nationaux ont été consultés afin de contextualiser les résultats des données.
Les femmes continuent à faire face à des obstacles majeurs à leur pleine autonomisation économique
La Côte d’Ivoire et le Sénégal présentent tous deux des écarts persistants en matière d’égalité entre les hommes et les femmes dans la participation à la population active. S’élevant à 15 points de pourcentage en Côte d’Ivoire et à 28 points de pourcentage au Sénégal, ces écarts comptent parmi les plus élevés par rapport à des économies comparables en Afrique, seuls le Maroc et la Tunisie affichant des niveaux supérieurs. La Côte d’Ivoire enregistre un taux de participation des femmes à la population active plus élevé, à 60 %, contre 38 % au Sénégal (Graphique 4.1, Partie A), bien que la participation des femmes à la population active au Sénégal ait légèrement augmenté depuis 2010 (Graphique 4.1, Partie B).
Graphique 4.1. En Côte d’Ivoire et au Sénégal, il existe d’importants écarts de participation à la population active
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Note : Le groupe des membres de l’OCDE fait référence aux 38 pays membres.
Source : Banque mondiale (2026[1]), World Development Indicators (database), https://databank.worldbank.org/source/world-development-indicators.
Lorsque les femmes exercent un travail rémunéré, cela ne garantit pas nécessairement des conditions de travail décentes en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Dans les deux pays, les femmes sont plus susceptibles que les hommes d’occuper des emplois vulnérables (Graphique 4.2), notamment sous forme de travail indépendant ou de travail familial non rémunéré, généralement associés à des conditions de travail moins stables et moins formelles, à des revenus plus faibles et plus instables, ainsi qu’à un accès plus limité à la protection sociale que l’emploi salarié.
Malgré l’existence de dispositions formelles d’égalité de rémunération dans les Codes du travail de la Côte d’Ivoire et du Sénégal, qui prévoient un salaire égal pour un travail de valeur égale indépendamment du sexe, les femmes continuent également de faire face à d’importants écarts de rémunération. Les écarts de salaire entre les hommes et les femmes sont estimés à 27 % en Côte d’Ivoire en 2019 et à 13 % au Sénégal en 2024 (OIT, 2022[2] ; OIT, 2024[3]). Au sein des ménages, les revenus des femmes restent également inférieurs à ceux des hommes : au Sénégal, 76 % des femmes déclarent gagner moins que leurs maris, tandis que 11 % déclarent gagner autant ou plus. En Côte d’Ivoire, les chiffres correspondants sont respectivement de 87 % et 9 % (DHS Senegal, 2023[4] ; DHS Côte d'Ivoire, 2021[5]).
Graphique 4.2. Une part importante des femmes en Côte d’Ivoire et au Sénégal occupe des emplois vulnérables
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Note : Les réponses dans les Parties A et B ne sont pas mutuellement exclusives ; les individus peuvent déclarer plusieurs catégories, ce qui signifie que le total des proportions rapportées peut excéder 100 %. Les données pour la Côte d’Ivoire se rapportent à 2026, tandis que celles pour le Sénégal se rapportent à 2021.
Source : Partie A – Élaboration des auteurs à partir de l’OCDE (2026[6]), Base de données de l’OCDE sur la masculinité en Côte d’Ivoire, https://data-explorer.oecd.org/s/4sy; Partie B – OCDE (2026[7]), Base de données sur les Indicateurs clés de l’informalité (KIIbIH), https://data-explorer.oecd.org
Les normes restrictives de la masculinité peuvent limiter l’emploi des femmes
L’analyse détaillée du Centre de développement de l’OCDE, fondée sur des données de la Côte d’Ivoire, montre que les normes restrictives de la masculinité sont associées négativement à la probabilité pour les femmes d’être en emploi. Cette relation se vérifie aussi bien lorsque l’on considère des mesures globales de la masculinité, saisies par l’Indice des masculinités de l’OCDE (voir Chapitre 2), que lorsque l’on examine des normes restrictives spécifiques1.
Les normes qui positionnent les hommes comme protecteurs et détenteurs de la tutelle sur les femmes, comme leaders et comme principaux contributeurs financiers semblent en particulier être fortement associées à des perspectives d’emploi plus défavorables pour les femmes. Lorsque les hommes sont perçus comme des protecteurs et les femmes comme des personnes dépendantes, la mobilité des femmes, leur recherche d’emploi et leur accès à l’éducation, à la formation et aux réseaux professionnels peuvent être limités. Parallèlement, les normes qui définissent les hommes comme principaux contributeurs financiers peuvent reléguer l’emploi des femmes à un rôle secondaire ou conditionnel, en particulier lorsque le travail rémunéré des femmes est perçu comme remettant en cause le rôle attendu des hommes en tant que principaux contributeurs financiers du ménage.
L’analyse suggère en outre que l’emploi des femmes en Côte d’Ivoire est influencé non seulement par les normes de genre, mais aussi par le niveau d’éducation, les conditions locales du marché du travail et les responsabilités liées aux soins. Le niveau d’éducation est systématiquement associé à une probabilité plus élevée d’occuper un emploi formel. Par ailleurs, des disparités importantes au niveau infranational persistent, ce qui suggère que la disponibilité et la qualité des opportunités économiques locales influencent les résultats en matière d’emploi tant pour les femmes que pour les hommes. Au niveau du ménage, le fait d’avoir des enfants biologiques est associé négativement à l’emploi des femmes, ce qui met en évidence le rôle des contraintes de temps et de la répartition inégale des responsabilités de soins dans la limitation de leur participation au travail rémunéré.
Les données qualitatives issues du Sénégal mettent en évidence des dynamiques similaires. Les parties prenantes décrivent une large acceptation sociale de la participation économique des femmes et de leur pouvoir de décision, mais cette acceptation reste souvent conditionnelle. Le travail des femmes et leur contribution financière au revenu du ménage sont généralement acceptés dans la mesure où elles continuent d’assumer les responsabilités domestiques et ne remettent pas visiblement en cause le rôle des hommes comme principaux contributeurs financiers du ménage (voir Chapitre 3). Cela met en évidence une tension importante : bien que l’accès des femmes à l’éducation, aux compétences et à l’emploi soit largement soutenu, les opportunités économiques des femmes mariées doivent encore souvent être négociées au sein des structures conjugales et familiales. Par ailleurs, lorsque la contribution économique des femmes est considérée comme acceptable uniquement dans la mesure où elle ne perturbe pas les rôles domestiques établis, les femmes peuvent être orientées vers des emplois informels, flexibles ou à domicile, leur permettant de rester disponibles pour la garde des enfants, les responsabilités domestiques ou les besoins familiaux imprévus. Par conséquent, même lorsque les femmes parviennent à entrer sur le marché du travail, elles peuvent rester concentrées dans des emplois plus précaires, ce qui renforce leur vulnérabilité sur le marché du travail et limite leurs possibilités de progression professionnelle (OIT, 2018[8] ; OCDE, 2019[9]).
Les normes restrictives de la masculinité peuvent également façonner le type de travail considéré comme approprié pour les femmes et les hommes. Les normes qui associent le leadership à des traits masculins peuvent biaiser les pratiques de recrutement et de promotion en faveur des hommes, décourager les femmes de poursuivre des postes de responsabilité et contribuer à la fois à la ségrégation horizontale entre les professions et à la ségrégation verticale au sein des hiérarchies organisationnelles (Graphique 4.3). En Côte d’Ivoire, une part importante des hommes (50 %) et des femmes (44 %) considère que le travail de secrétariat est mieux adapté aux femmes, tandis que l’ingénierie minière est moins souvent perçue comme exclusivement masculine, ce qui suggère une certaine ouverture à l’entrée des femmes dans des secteurs traditionnellement masculins. Toutefois, les normes liées au leadership restent plus restrictives : 66 % des hommes et 53 % des femmes estiment que les hommes font de meilleurs chefs d’entreprise, tandis que 81 % des hommes et 71 % des femmes considèrent que les hommes font de meilleurs dirigeants politiques (OCDE, 2026[6]). Les données de l’Afrobarometer suggèrent que ces perceptions sont moins ancrées au Sénégal, où 31 % des hommes et 15 % des femmes sont d’accord avec l’idée selon laquelle les hommes sont de meilleurs dirigeants politiques (Afrobarometer, 2022[10]). Ces tendances ne sont pas propres à la Côte d’Ivoire et au Sénégal, mais s’inscrivent dans des enjeux globaux plus larges. Les données expérimentales sur le marché du travail montrent que, malgré les progrès des femmes en matière d’éducation et de participation au marché du travail, les marchés du travail à travers le monde restent marqués par une ségrégation horizontale et verticale entre les hommes et les femmes (Lozano, Ranehill et Reuben, 2023[11]).
Lorsque de telles attitudes sont répandues, elles peuvent limiter l’accès des femmes à des emplois de meilleure qualité et à des postes de responsabilité en renforçant la ségrégation professionnelle et la perception selon laquelle les postes d’autorité sont davantage appropriés aux hommes (voir Chapitre 2). Ainsi, les normes restrictives de la masculinité influencent non seulement la participation des femmes au travail, mais également les secteurs, les professions et les niveaux de responsabilité auxquels elles peuvent accéder.
Graphique 4.3. La ségrégation professionnelle par sexe reste importante en Côte d’Ivoire et au Sénégal
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Note : L’activité économique est classée selon la Classification internationale type, par industrie, de toutes les branches d’activité économique, révision 4 (CITI rév. 4). La catégorie « autres services » regroupe les travailleurs des catégories R, S, T et U de la CITI rév. 4, correspondant respectivement à « Arts, spectacles et activités récréatives » (R), « Autres activités de services » (S), « Activités des ménages en tant qu’employeurs ; activités indifférenciées de production de biens et de services des ménages pour usage propre » (T) et « Activités des organisations et organismes extraterritoriaux » (U).
Source : ILO (2022; 2024[12]), ILO.Stat Data Explorer, https://data.ilo.org/.
La relation entre les normes restrictives de genre et l’emploi des femmes est particulièrement visible dans les ménages à revenu intermédiaire et élevé, où les familles disposent d’une plus grande marge de manœuvre économique pour se conformer aux rôles de genre traditionnels2. Plus l’adhésion à des normes faisant des hommes les principaux contributeurs financiers est forte, plus la probabilité que les femmes soient sans emploi est élevée. Un schéma similaire apparaît pour les normes qui attribuent aux hommes le contrôle des biens du ménage, bien que la relation soit plus faible. En revanche, dans les ménages à faible revenu, ce lien disparaît. Les contraintes économiques obligent souvent les femmes à contribuer au revenu du ménage, même lorsque l’emploi est informel, précaire ou faiblement rémunéré. Cela suggère que les normes restrictives de la masculinité exercent une influence plus forte sur l’emploi des femmes lorsque les ménages disposent des ressources financières nécessaires pour agir en conformité avec ces normes, tandis que les contraintes économiques peuvent limiter l’expression de ces préférences en matière de participation au marché du travail. Ces dynamiques sont cohérentes avec la relation en U entre le développement économique et la participation des femmes à la population active. Dans les contextes à faible revenu et à dominante agricole, la participation des femmes est généralement élevée en raison de la nécessité économique qui impose leur contribution à la subsistance du ménage. Elle tend ensuite à diminuer aux premières étapes de l’industrialisation, avant de remonter avec l’expansion du secteur des services et l’augmentation du niveau d’éducation des femmes (Goldin, 1994[13] ; Kabeer, 2012[14]). Ce schéma suggère que la participation motivée par la pauvreté reflète davantage une situation de vulnérabilité que d’autonomisation, et que les baisses observées avec l’augmentation des revenus ne doivent pas être interprétées comme un résultat à long terme.
Le travail domestique et de soins non rémunéré constitue un mécanisme clé par lequel les normes restrictives de la masculinité limitent l’emploi rémunéré des femmes
Copier le lien de Le travail domestique et de soins non rémunéré constitue un mécanisme clé par lequel les normes restrictives de la masculinité limitent l’emploi rémunéré des femmesLe travail domestique et de soins non rémunéré constitue un mécanisme clé qui façonne l’autonomisation économique des femmes, notamment à travers les résultats sur le marché du travail. Les normes qui assignent ce travail aux femmes, tout en l’excluant des rôles attendus des hommes, contribuent à renforcer ces résultats. Lorsque les femmes supportent une part disproportionnée des responsabilités liées au travail domestique et de soins non rémunéré, elles disposent de moins de temps pour les activités génératrices de revenus, la formation, les réseaux, le repos et la santé, et font face à davantage de contraintes pour accéder à des emplois à temps plein, stables et mieux rémunérés (OCDE, 2023[15]). Cela est déterminant non seulement pour la participation à la population active, mais aussi pour la qualité de leur participation économique. Une lourde charge de travail domestique et de soins non rémunéré pousse les femmes vers des emplois informels, à temps partiel, peu rémunérés ou flexibles, compatibles avec les responsabilités du ménage, mais limite leurs perspectives de progression et l’effet du travail rémunéré sur leur autonomie. Même lorsque les femmes accèdent au marché du travail, le travail rémunéré s’ajoute souvent aux responsabilités domestiques et de soins existant, plutôt que de les remplacer ou de les redistribuer. Cette situation est particulièrement visible dans les contextes à faible revenu, où le revenu des femmes peut constituer une nécessité économique, créant une surcharge de rôles importante et contribuant au fait que les femmes travaillent un nombre total d’heures nettement supérieur à celui des hommes (Oropesa, 1993[16] ; Chopra et Zambelli, 2017[17] ; OCDE, 2022[18]). Ces dynamiques sont renforcées par les normes restrictives de la masculinité qui définissent les hommes principalement comme des principaux contributeurs financiers et les femmes comme des personnes assurant les soins et la gestion du ménage, rendant la répartition inégale du travail domestique et de soins non rémunéré perçue comme naturelle plutôt que négociable.
Les femmes continuent d’assurer une part disproportionnée du travail domestique et de soins non rémunéré
À l’image des tendances mondiales, les femmes en Côte d’Ivoire et au Sénégal consacrent nettement plus de temps que les hommes aux tâches domestiques et de soins non rémunérées. À l’échelle mondiale, les femmes consacrent en moyenne 2.6 fois plus de temps que les hommes à ces activités. En Côte d’Ivoire, les femmes y consacrent environ sept heures par jour, contre environ deux heures pour les hommes, soit 3.5 fois plus de temps (OCDE, 2023[15]). L’écart est encore plus marqué au Sénégal, où les femmes consacrent environ cinq heures par jour à ces tâches, contre seulement 30 minutes pour les hommes, soit environ dix fois plus de temps. Ces chiffres mettent en évidence un déséquilibre important et persistant dans la répartition du travail non rémunéré, majoritairement assumé par les femmes dans les deux pays (Graphique 4.4).
Graphique 4.4. Les femmes supportent une charge disproportionnée du travail domestique et de soins non rémunéré en Côte d’Ivoire et au Sénégal
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Note : En Côte d’Ivoire, le travail domestique et de soins non rémunéré comprend des activités telles que la cuisine, le nettoyage, les réparations dans la maison, la lessive, la collecte d’eau et du bois de chauffe, la prise en charge des besoins des enfants (alimentation, hygiène et soins médicaux), le suivi des devoirs, le temps passé avec les enfants et consacré à leurs activités, ainsi que la prise en charge des personnes âgées ou malades dans le foyer. Au Sénégal, il existe de légères différences dans les activités couvertes. Si la cuisine, le nettoyage, la collecte d’eau ou du bois de chauffe et la prise en charge des enfants, des personnes âgées ou des membres malades de la famille sont incluses, des activités telles que les réparations dans la maison et la lessive ne sont pas mentionnées. En outre, le champ des activités liées au « soin des enfants » n’est pas clairement défini. Ces différences de définition peuvent contribuer à une estimation plus faible du temps consacré au travail domestique et de soins non rémunéré au Sénégal.
Source : OCDE (2026[6]), Base de données de l’OCDE sur la masculinité en Côte d’Ivoire, https://data-explorer.oecd.org/s/4sy ; Agence nationale de la statistique et de la démographie (2022[19]), Enquête nationale sur l'emploi du temps au Sénégal.
Les données d’enquête en Côte d’Ivoire montrent en outre que les écarts entr, e les hommes et les femmes en matière de travail domestique et de soins non rémunéré sont importants dans tout le pays, en particulier pour les tâches domestiques. La zone du Centre-Ouest enregistre les niveaux les plus élevés de travail non rémunéré chez les femmes, tant pour les tâches domestiques que pour les soins (Graphique 4.5, Partie A). Par ailleurs, les hommes de cette zone semblent également y consacrer davantage de temps que ceux des autres zones, comme en témoigne le ratio femmes-hommes plus faible du nombre d’heures consacrées à ces activités. En revanche, dans les zones du Sud-Ouest, du Nord-Est et du Nord, les données indiquent une participation masculine extrêmement limitée, en particulier pour les tâches domestiques (Graphique 4.5, Partie B). Les écarts importants entre les hommes et les femmes en matière de tâches domestiques en Côte d’Ivoire suggèrent que toute réduction significative de la charge de travail des femmes nécessitera une plus grande implication des hommes dans les tâches domestiques courantes.
Dans les zones du Sud-Ouest, du Nord et du Nord-Est, la forte participation des femmes au travail agricole coexiste avec leur exclusion systématique de la propriété foncière et des actifs productifs, une situation encore aggravée par une pénurie chronique d’eau. Le Sud-Ouest constitue le cœur économique de la production de cacao. D’après les données les plus récentes disponibles, les femmes en Côte d’Ivoire possèdent 25 % des exploitations de cacao et représentent 68 % de la main-d’œuvre dans ce secteur, mais ne perçoivent que 21 % des revenus qu’il génère – elles sont généralement considérées comme des aides dans les activités liées au cacao et restent principalement responsables de la production vivrière (Marston, 2016[20]). En pratique, même lorsque les revenus monétaires du ménage proviennent du cacao, généralement contrôlés par le mari, les femmes restent en grande partie responsables de l’alimentation du ménage, gérant ainsi une production vivrière parallèle tout en participant à la production de cacao. Au nord du pays, où le système agricole repose sur les noix de cajou et le coton, un schéma d’exclusion similaire persiste. Les femmes détiennent rarement des droits de propriété foncière (seulement 8 % disposent d’un titre foncier contre 22 % des hommes) (Kalsi et Memon, 2020[21]). Au-delà des exploitations agricoles, les déficits en infrastructures hydriques alourdissent la charge de travail domestique et de soins non rémunéré des femmes, sans affecter les hommes dans la même mesure. Le nord de la Côte d’Ivoire, caractérisé par une seule saison des pluies, fait face à d’importants déficits en infrastructures hydriques, aggravés par la vulnérabilité climatique (GIZ, 2021[22]). Dans les communautés rurales ivoiriennes, les femmes sont considérées comme responsables de l’approvisionnement en eau, et la rareté de l’eau potable les contraint à parcourir de longues distances pour la collecte, les exposant à une fatigue physique importante et réduisant le temps disponible pour les activités rémunérées ou productives (Aser et Seri, 2023[23]).
Graphique 4.5. Il existe d’importants écarts entre les sexes dans le travail domestique et de soins non rémunéré dans l’ensemble des zones de la Côte d’Ivoire
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Note : En Côte d’Ivoire, les tâches domestiques (tâches dom.) correspondent aux activités liées au ménage, telles que la préparation des repas, le nettoyage, les réparations dans la maison, la lessive ainsi que la collecte de l’eau et du bois de chauffe. Les activités de soins désignent notamment la prise en charge des besoins des enfants (alimentation, hygiène et soins médicaux), la supervision des devoirs, le temps passé avec les enfants et consacré aux activités ainsi que les soins apportés aux personnes âgées ou malades au sein du foyer.
Source : Élaboration des auteurs à partir de l’OCDE (2026[6]), Base de données de l’OCDE sur la masculinité en Côte d’Ivoire, https://data-explorer.oecd.org/s/4sy.
La faible participation à l’éducation de la petite enfance, conjuguée à l’accès limité à des services de soins abordables, tend à accroître la charge de travail domestique et de soins non rémunéré des femmes dans les deux pays. Cela revêt une importance particulière dans les contextes à revenu faible et intermédiaire, où des systèmes de soins fragmentés accentuent la pauvreté en temps des femmes et restreignent davantage leur participation économique. Le Sénégal et la Côte d’Ivoire affichent tous deux des niveaux de participation relativement faibles à l’éducation de la petite enfance par rapport aux autres pays présentés (Graphique 4.6). L’accès limité à des services de soins abordables et de qualité peut renforcer la responsabilité des femmes en matière de garde des enfants au sein du ménage, réduisant ainsi le temps et la flexibilité dont elles disposent pour s’engager dans un emploi rémunéré, la formation ou l’entrepreneuriat. Les données de la Côte d’Ivoire mettent en évidence plusieurs facteurs expliquant la faible participation à l’éducation de la petite enfance. Un facteur important est la disponibilité limitée des structures préscolaires dans les zones rurales. Cela se reflète dans l’écart important entre les zones rurales et urbaines en matière de scolarisation : seulement environ 5 % des enfants en zones rurales sont inscrits à l’école, contre 30 % en zones urbaines. Les contraintes économiques accentuent encore cet écart. Le taux de scolarisation est particulièrement faible parmi les enfants issus des ménages les plus pauvres, à seulement 1.5 %, contre 51.4 % pour ceux appartenant au quintile le plus riche. Les préoccupations liées à la sécurité semblent également jouer un rôle, avec certains parents qui choisissent de ne pas inscrire leurs enfants en indiquant que les établissements n’offrent pas un environnement suffisamment sûr (MENAET, 2019[24])
Graphique 4.6. Le faible taux de scolarisation dans la petite enfance nuit également à l’autonomisation économique des femmes
Copier le lien de Graphique 4.6. Le faible taux de scolarisation dans la petite enfance nuit également à l’autonomisation économique des femmesTaux brut de scolarisation, éducation de la petite enfance (%)
Note : Les données se rapportent à 2023 pour l’Autriche, le Rwanda, la Tanzanie, le Maroc, le Togo, le Sénégal et la Côte d’Ivoire, et à 2021 pour le Ghana et le Nigéria.
Source : Banque mondiale (2026[25]) Taux brut de scolarisation, éducation de la petite enfance, https://humancapital.worldbank.org/en/indicator/WB_HCP_ECEDU.
Les normes restrictives de genre renforcent la répartition inégale du travail domestique et de soins non rémunéré
La répartition inégale du travail domestique et de soins non rémunéré ne s’explique pas uniquement par l’organisation des ménages ou l’offre de services ; elle est également entretenue par des normes restrictives qui assignent ces tâches aux femmes et les cantonnent à la sphère domestique. Les données issues de la Côte d’Ivoire suggèrent en outre que cette répartition inégale est soutenue par des normes sociales puissantes : environ deux tiers des femmes et des hommes déclarent que les hommes ne devraient pas s’engager dans le travail domestique et de soins non rémunéré, car il est considéré comme « un travail de femme », tandis qu’une part bien moindre évoque la désapprobation de la communauté ou le manque de savoir-faire des hommes (Graphique 4.7). Cela suggère que le principal obstacle n’est pas uniquement d’ordre pratique, mais profondément normatif : le travail domestique et de soins non rémunéré est largement perçu comme ne relevant pas des rôles attendus des hommes.
Graphique 4.7. Le travail domestique et de soins non rémunéré est largement perçu comme une « tâche des femmes » en Côte d’Ivoire
Copier le lien de Graphique 4.7. Le travail domestique et de soins non rémunéré est largement perçu comme une « tâche des femmes » en Côte d’IvoireOpinions des individus sur les raisons pour lesquelles les hommes ne devraient pas s’occuper du travail domestique et de soins non rémunéré
Source : Élaboration des auteurs à partir de l’OCDE (2026[6]), Base de données de l’OCDE sur la masculinité en Côte d’Ivoire, https://data-explorer.oecd.org/s/4sy.
Les attentes sociales concernant la contribution des hommes varient considérablement selon les tâches. En Côte d’Ivoire, on attend des hommes qu’ils contribuent le plus régulièrement au suivi des devoirs des enfants : 43 % des répondants estiment qu’ils devraient le faire chaque jour, et 37 % supplémentaires plusieurs fois par semaine. Les attentes à l’égard de l’implication des hommes sont également relativement plus élevées pour la garde des enfants et les soins apportés aux personnes âgées malades, où seule une faible minorité estime que les hommes ne devraient jamais y participer. En revanche, les tâches domestiques routinières restent beaucoup plus fortement associées aux femmes. Environ 43 % des répondants considèrent que les hommes ne devraient jamais faire la lessive, tandis que 37 % expriment la même opinion pour le nettoyage, 35 % pour la cuisine, et 33 % pour la collecte de l’eau et du bois de chauffe (Graphique 4.8). Ces tendances suggèrent que la participation des hommes est davantage acceptée socialement lorsqu’elle est liée à l’éducation des enfants ou à des activités de soins occasionnelles, mais l’est beaucoup moins pour les tâches domestiques quotidiennes et répétitives qui constituent une part importante de la charge de travail domestique et de soins non rémunéré des femmes.
Graphique 4.8. Inégalités dans les attentes : Contribution des hommes au travail domestique et de soins non rémunéré selon les tâches
Copier le lien de Graphique 4.8. Inégalités dans les attentes : Contribution des hommes au travail domestique et de soins non rémunéré selon les tâches% de l’ensemble des répondants
Note : Le graphique présente la distribution pour l’ensemble de l’échantillon, estimée comme une moyenne pondérée des parts en pourcentage pour les hommes et les femmes. Les différences de perceptions selon le sexe sont minimes.
Source : Élaboration des auteurs à partir de l’OCDE (2026[6]), Base de données de l’OCDE sur la masculinité en Côte d’Ivoire, https://data-explorer.oecd.org/s/4sy.
L’analyse de l’OCDE fondée sur les données de la Côte d’Ivoire montre en outre que les normes restrictives de la masculinité sont associées à un temps plus élevé consacré par les femmes au travail domestique et de soins non rémunéré. Ce schéma se vérifie tant pour l’Indice des masculinités de l’OCDE que pour des dimensions normatives spécifiques3. Les normes qui tendent à accroître la charge de travail non rémunéré des femmes incluent celles qui attribuent aux hommes une position dominante dans les décisions sexuelles et reproductives, le contrôle des biens du ménage et le pouvoir décisionnel final, et qui les définissent comme principaux contributeurs financiers, financièrement dominants, leaders « masculins » et destinés à des emplois « masculins ». Ces normes opèrent par plusieurs canaux. Les normes qui permettent aux hommes de dominer les choix sexuels et reproductifs limitent la capacité d’agir des femmes en exerçant un contrôle sur la fécondité et l’espacement des naissances. Les normes qui donnent aux hommes le contrôle des biens du ménage ou la décision finale peuvent également limiter la capacité des femmes à réorienter les ressources vers la garde des enfants, les biens permettant de réduire le temps de travail domestique ou une répartition plus égalitaire du travail. Par ailleurs, les normes selon lesquelles les hommes doivent être les principaux contributeurs financiers, des leaders « masculins » et des travailleurs « idéaux » renforcent l’idée que leur temps doit être consacré au travail rémunéré. Elles relèguent également le travail des femmes à un rôle secondaire et en font les principales responsables du travail domestique et de soins non rémunéré (OCDE, 2021[26]).
Les données qualitatives issues du Sénégal mettent en évidence des dynamiques similaires. Les parties prenantes ont identifié la norme restrictive de la masculinité selon laquelle les hommes ne devraient pas s’occuper du travail domestique et de soins non rémunéré comme la plus répandue (voir Chapitre 3). La contribution des hommes aux soins et aux tâches domestiques demeure limitée, fortement stigmatisée et généralement acceptée uniquement lorsqu’elle est présentée comme un soutien aux mères plutôt que comme une responsabilité partagée au sein du mariage ou du couple. En pratique, cela renforce l’idée que les responsabilités liées au travail domestique et de soins non rémunéré relèvent intrinsèquement du rôle des femmes, faisant peser sur elles la charge principale de l’entretien du ménage et des soins.
La répartition inégale du travail domestique et de soins non rémunéré, renforcée par les normes restrictives de la masculinité, compromet l’autonomisation économique des femmes en réduisant leur temps, leur mobilité, leur potentiel de revenus, la qualité de leur emploi et leur pouvoir de négociation. Elle limite également la mesure dans laquelle l’accès au travail rémunéré peut se traduire par une plus grande autonomie. Accroître la participation des hommes au travail domestique et de soins non rémunéré est donc essentiel non seulement pour réduire la pauvreté en temps des femmes, entendue comme le manque de temps suffisant pour concilier travail rémunéré et travail de soins non rémunéré, mais aussi pour élargir les rôles socialement acceptés des hommes dans les fonctions de soins et au sein du couple. Remédier à ce déséquilibre suppose à la fois d’élargir l’accès aux services de soins et aux infrastructures permettant de réduire le temps consacré aux tâches domestiques, tout en transformant les normes restrictives qui réservent aux hommes le temps du travail rémunéré et assignent aux femmes la responsabilité du travail domestique et de soins non rémunéré.
Les normes restrictives de la masculinité limitent la capacité d’agir des femmes en matière de prise de décision et de contrôle des ressources
Copier le lien de Les normes restrictives de la masculinité limitent la capacité d’agir des femmes en matière de prise de décision et de contrôle des ressourcesLa capacité des femmes à participer aux décisions économiques et à exercer un contrôle sur les ressources constitue à la fois une dimension centrale et un déterminant majeur de leur autonomisation économique. Elle détermine la capacité des femmes à faire des choix qui influencent leur vie économique et à les mettre en œuvre, qu’il s’agisse de l’utilisation des revenus, des décisions d’épargne ou d’investissement, de l’allocation des ressources du ménage, ou encore de l’acquisition et du contrôle des actifs productifs. Cet enjeu est central : l’accès à un emploi rémunéré ou à un revenu ne se traduit pas automatiquement par une autonomisation si les femmes ne peuvent ni décider de l’usage des ressources ni en tirer pleinement profit. En Côte d’Ivoire et au Sénégal, les normes restrictives de la masculinité peuvent limiter cette capacité d’agir en renforçant l’autorité des hommes en tant que chefs de ménage, détenteurs de la décision finale et principaux contrôleurs des revenus, des biens et des ressources productives. Par conséquent, les femmes peuvent travailler, percevoir des revenus ou contribuer de manière substantielle à la production du ménage sans pour autant bénéficier d’une autonomie ou d’un pouvoir de négociation équivalents. Ces contraintes se traduisent par un rôle limité des femmes dans les décisions, tant au sein du ménage que dans la sphère professionnelle, ainsi que par un moindre contrôle sur les revenus et la persistance d’inégalités entre les hommes et les femmes en matière de propriété foncière, de logement et d’autres actifs.
Les normes restrictives de la masculinité limitent la capacité d’agir des femmes en matière de prise de décision au sein du ménage et de contrôle des revenus
Des écarts entre les hommes et les femmes dans la prise de décision persistent en Côte d’Ivoire et au Sénégal, en particulier au sein du ménage. Les données d’enquête de la Côte d’Ivoire montrent qu’environ 60 % des femmes en emploi déclarent pouvoir prendre des décisions importantes dans leur travail, contre 69 % des hommes (Graphique 4.9, Partie A). Toutefois, les disparités sont encore plus marquées en matière de prise de décision au sein du ménage. En Côte d’Ivoire et au Sénégal, moins de 40 % des femmes peuvent prendre des décisions importantes au sein du ménage, seules ou conjointement, notamment en ce qui concerne leur propre santé ou les achats importants du ménage (Graphique 4.9 – Partie B). L’analyse présentée ci-dessous se concentre donc principalement sur la prise de décision au sein du ménage et le contrôle des revenus, où les normes restrictives de la masculinité semblent jouer un rôle particulièrement important.
Graphique 4.9. En Côte d’Ivoire et au Sénégal, les femmes ont un contrôle limité sur les décisions économiques
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Note : Les données présentées dans la Partie A sont issues de l’enquête menée en Côte d’Ivoire dans le cadre de ce projet et reflètent les perceptions des répondants en 2026. Les données de la Partie B proviennent des Enquêtes démographiques et de santé et se réfèrent à 2023 pour le Sénégal et à 2021 pour la Côte d’Ivoire. Les deux parties ne sont donc pas directement comparables en raison des différences d’années de référence.
Source : Partie A – Élaboration des auteurs à partir de l’OCDE (2026[6]), Base de données de l’OCDE sur la masculinité en Côte d’Ivoire, https://data-explorer.oecd.org/s/4sy ; Partie B – DHS Côte d'Ivoire (2021[5]), Standard DHS, Phase 8, https://dhsprogram.com/methodology/survey/survey-display-559.cfm ; DHS Senegal (2023[4]), Continuous DHS, Phase 8, https://dhsprogram.com/methodology/survey/survey-display-611.cfm.
L’analyse de l’OCDE fondée sur les données de la Côte d’Ivoire montre que la capacité d’agir des femmes est fortement limitée dans les contextes où les normes restrictives de la masculinité sont fortement soutenues. Les normes restrictives sont étroitement associées à l’idée selon laquelle les hommes seuls devraient détenir le pouvoir de décision dans les affaires familiales importantes. Ce schéma se vérifie dans plusieurs domaines de la prise de décision au sein du ménage, notamment les achats importants, les dépenses courantes, les dépenses de santé et celles liées à l’éducation des enfants. Les normes qui présentent les hommes comme détenteurs des biens, leaders, travailleurs idéaux et contributeurs financiers apparaissent particulièrement déterminantes dans la limitation de l’autonomie des femmes dans la prise de décision au sein du ménage4. Ces résultats reflètent les mécanismes normatifs décrits dans le cadre analytique de l’OCDE sur les normes restrictives de la masculinité, où l’autorité des hommes au sein du ménage est renforcée par les attentes liées à leur rôle de principal contributeur financier, au contrôle et au leadership (OCDE, 2021[26]).
Les résultats qualitatifs issus du Sénégal mettent en évidence des dynamiques similaires. Les parties prenantes ont souligné la persistance d’attentes selon lesquelles les hommes devraient rester les principaux contributeurs financiers et les principaux décideurs au sein du ménage (Chapitre 3). Ces normes limitent la capacité d’agir des femmes en réduisant leur possibilité de participer effectivement à la prise de décision au sein du ménage. Invitées à réfléchir à cette norme à travers le prisme de la masculinité positive, les parties prenantes ont largement convenu que les hommes devraient adopter un comportement responsable en prenant en compte les points de vue et les opinions des femmes, plutôt que d’exercer seuls la décision finale.
Les normes restrictives de la masculinité limitent également le contrôle des femmes sur leurs propres revenus5. Les données de la Côte d’Ivoire révèlent que 63 % des femmes et 74 % des hommes décident librement de l’utilisation de leurs revenus. Si ces chiffres mettent en évidence la persistance d’un écart entre les hommes et les femmes, ils suggèrent également que les femmes disposent d’un pouvoir de décision plus important sur leurs propres revenus que sur les décisions financières au niveau du ménage (OCDE, 2026[6]). Néanmoins, dans les contextes où les normes restrictives sont fortement ancrées, la probabilité pour les femmes d’exercer un contrôle sur leurs propres revenus est plus faible. Les données qualitatives issues du Sénégal sont cohérentes avec ces résultats. Les parties prenantes décrivent que les femmes conservent souvent le contrôle de leurs revenus parce que ceux-ci sont largement perçus comme un « complément » plutôt que comme une composante essentielle du revenu du ménage, reflétant des normes profondément enracinées qui positionnent les hommes comme seuls responsables de subvenir aux besoins financiers de la famille (OCDE, 2026[27]).
L’influence des femmes semble plus forte dans les secteurs où elles apportent traditionnellement une contribution importante, comme l’agriculture. En Côte d’Ivoire, les femmes semblent exercer une plus grande autorité décisionnelle sur les intrants et les activités agricoles que sur d’autres domaines clés de la vie du ménage : 59 % déclarent prendre ces décisions tout le temps, tandis que seulement environ 15 % déclarent disposer d’un pouvoir de décision exclusif dans d’autres domaines importants de la vie du ménage. Ce schéma est cohérent avec les données sur la division sexuée du travail dans l’agriculture, qui montrent que les femmes sont fortement impliquées dans la production vivrière, l’arrosage, le stockage et la transformation des aliments, tandis que les hommes se concentrent sur le défrichage, la préparation des terres et les cultures de rente (Akua Duncan et Brants, 2004[28]).
Toutefois, une plus grande implication des femmes dans la prise de décision relative aux intrants agricoles ne doit pas être interprétée comme un indicateur direct d’une autonomisation économique plus large. Elle peut plutôt refléter la responsabilité des femmes dans les activités de production quotidiennes et orientées vers la subsistance, tandis que les hommes conservent des positions plus fortes dans les segments les plus lucratifs de l’agriculture. En Côte d’Ivoire, les ménages dirigés par des femmes avaient une probabilité inférieure de 35 points de pourcentage de produire des cultures d’exportation en 2008, et de 38 points en 2016, par rapport à ceux dirigés par des hommes. Cette moindre adoption des cultures d’exportation est identifiée comme un facteur clé expliquant l’écart persistant entre les hommes et les femmes en matière de productivité agricole (Donald, Lawin et Rouanet, 2024[29]). Au Sénégal, les recherches fondées sur les communautés montrent que l’on attend généralement des femmes qu’elles s’occupent des cultures destinées à la consommation du ménage, tandis que les hommes sont plus étroitement associés aux cultures de rente, à la prise en charge financière et à l’autorité principale dans les décisions agricoles et financières (Gueguen, Lepine et Mattern, 2023[30]). Ces résultats suggèrent que les femmes peuvent exercer une influence relativement plus importante sur les décisions de production courantes, tandis que les hommes conservent un contrôle plus marqué sur la production des cultures commerciales et l’allocation des revenus agricoles au sein du ménage.
Les contraintes liées à la propriété et au contrôle des actifs, en particulier le foncier, reflètent à la fois des normes restrictives et des barrières institutionnelles
Des écarts importants entre les hommes et les femmes persistent en matière de propriété des actifs en Côte d’Ivoire et au Sénégal, en particulier en ce qui concerne les terres. En Côte d’Ivoire, 25 % des hommes déclarent posséder ou être copropriétaires des terres, contre 9 % des femmes. Au Sénégal, ces proportions s’élèvent à 23 % pour les hommes, contre seulement 4 % pour les femmes. Les disparités entre les hommes et les femmes sont également visibles en matière de propriété de logement : 28 % des hommes en Côte d’Ivoire et 22 % au Sénégal possèdent ou sont copropriétaires d’une maison, contre respectivement 17 % et 7 % des femmes (Graphique 4.10). Les données d’enquête de la Côte d’Ivoire mettent également en évidence un écart important dans la propriété d’entreprises familiales, 5 % des hommes déclarant en être propriétaires contre 1 % des femmes.
L’analyse de l’OCDE fondée sur les données de la Côte d’Ivoire montre que les normes restrictives de la masculinité sont associées à une probabilité plus faible pour les femmes de posséder des terres6. Toutefois, le rôle des normes spécifiques est moins clair. Cela suggère que l’accès des femmes au foncier dépend moins d’attitudes individuelles prises isolément que de l’interaction entre les normes restrictives et des contraintes institutionnelles plus larges. Dans de nombreux contextes, les systèmes d’héritage et les régimes de propriété au sein du mariage favorisent les hommes en tant que principaux détenteurs des actifs, limitant la capacité des femmes à acquérir ou à conserver la propriété foncière et immobilière. Les femmes peuvent également faire face à des barrières institutionnelles dans l’accès au crédit ou aux services financiers, ce qui limite davantage leur capacité à accumuler des actifs productifs (Agarwal, 1994[31] ; Deere et Doss, 2006[32] ; Doss et al., 2015[33]).
En Côte d’Ivoire, l’héritage est largement régi par des normes et des traditions coutumières, qui désavantagent fréquemment les veuves et les filles et restreignent l’accès des femmes à la propriété. Étant donné que l’héritage demeure la principale voie d’acquisition des terres, ces pratiques ont des implications importantes pour la propriété détenue par les femmes. Bien que le droit statutaire reconnaisse les conjoints survivants et les enfants comme héritiers légitimes, sa mise en œuvre est souvent compromise par des systèmes coutumiers qui limitent la capacité des femmes à revendiquer des parts égales (OCDE, 2022[34]).
Graphique 4.10. Les écarts entre les sexes dans les taux de détention d’actifs persistent en Côte d’Ivoire et au Sénégal
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Source : Élaboration des auteurs à partir de l’OCDE (2026[6]), Base de données de l’OCDE sur la masculinité en Côte d’Ivoire, https://data-explorer.oecd.org/s/4sy ; OCDE (2025[35]), Profil pays SIGI : Sénégal.
Parallèlement, en Côte d’Ivoire, les attitudes à l’égard des droits des femmes à posséder et à hériter des actifs apparaissent relativement progressistes au regard des opinions concernant leur participation dans d’autres domaines économiques. Une majorité de répondants (59 %) estime que les femmes devraient avoir les mêmes droits que les hommes en matière de propriété foncière [comme le prévoit également la Constitution de la République de Côte d’Ivoire de 2016, révisée en 2020 (UN Women, 2026[36])], et 64 % soutiennent l’égalité des droits d’héritage entre filles et garçons. Cela suggère que le soutien à l’égalité entre les hommes et les femmes en matière de droits sur les actifs est plus fort au niveau des normes déclarées que dans les pratiques effectives. Comme observé également dans le rapport SIGI de l’OCDE sur la Côte d’Ivoire, des attitudes relativement favorables à l’égard des droits de propriété et d’héritage des femmes coexistent avec d’importants écarts entre les hommes et les femmes en matière de propriété des actifs, ce qui met en évidence la persistance des règles coutumières de succession, des rapports de pouvoir inégaux au sein du ménage et des normes sociales qui continuent de privilégier le contrôle des actifs productifs par les hommes (OCDE, 2022[37]). Cette situation se reflète également dans l’analyse présentée dans la section précédente sur le rôle des femmes dans la prise de décision relative aux intrants agricoles. Bien que les femmes et les hommes puissent formellement jouir des mêmes droits de propriété, ceux-ci ne se traduisent pas nécessairement, en pratique, par un contrôle et une gestion équivalents des actifs productifs. Si les femmes tendent à exercer une plus grande influence sur les décisions de production quotidiennes, les hommes conservent une autorité plus forte sur la production de cultures commerciales et sur l’utilisation des revenus agricoles au sein du ménage.
Au Sénégal, ce schéma peut prendre une forme quelque peu différente. Les recherches qualitatives suggèrent que l’attente selon laquelle les hommes devraient contrôler les biens du ménage, y compris les terres, ne constitue pas un élément central des normes dominantes de la masculinité. Les écarts persistants entre les hommes et les femmes en matière de propriété des actifs semblent donc moins soutenus par une adhésion normative explicite au contrôle masculin de la propriété que par des pratiques d’héritage plus larges, des dynamiques de négociation au sein du ménage et des contraintes institutionnelles. Ceci se produit malgré le fait que les femmes et les hommes disposent de droits juridiques égaux en matière de propriété et de propriété foncière (UN Women, 2026[38]). Dans le même temps, les règles de succession musulmanes et les pratiques coutumières continuent d’influencer, en pratique, la répartition et la gestion des actifs, y compris des terres (Banque mondiale, 2024[39]). Cette distinction est importante pour les politiques publiques : si l’évolution des normes demeure essentielle, le renforcement du contrôle des femmes sur les terres et les autres actifs productifs suppose également de remédier aux lacunes dans l’application du droit, aux pratiques coutumières, aux obstacles administratifs ainsi qu’aux difficultés d’accès au crédit et aux services financiers.
Conclusion et recommandations de politiques publiques
Copier le lien de Conclusion et recommandations de politiques publiquesLes données présentées dans ce chapitre montrent que les femmes en Côte d’Ivoire et au Sénégal continuent de faire face à des inégalités importantes et persistantes en matière d’autonomisation et de conditions économiques. Les écarts de participation à la population active demeurent substantiels et, même lorsqu’elles occupent un emploi, les femmes sont souvent concentrées dans des formes de travail plus contraignantes, notamment des emplois informels, moins rémunérés et plus précaires. Les femmes sont également limitées dans leur capacité à prendre des décisions, en particulier au sein du ménage, à exercer un contrôle sur leurs revenus et à posséder des actifs productifs tels que les terres.
Les résultats de l’OCDE suggèrent que les normes restrictives de la masculinité constituent un frein important à l’autonomisation économique des femmes. Les normes qui positionnent les hommes comme principaux contributeurs financiers, décideurs, détenteurs de biens et figures d’autorité peuvent réduire les perspectives d’emploi des femmes, limiter leur contrôle sur les revenus et les actifs, et affaiblir leur rôle dans la prise de décision au sein du ménage. Ces effets sont particulièrement visibles dans les ménages les plus aisés, où une plus grande marge de manœuvre économique peut faciliter la conformité à la norme du principal contributeur financier masculin. Dans le même temps, les conditions économiques des femmes sont influencées non seulement par les normes liées au genre, mais aussi par le niveau d’éducation, les conditions locales du marché du travail, l’accès aux ressources productives et les responsabilités liées aux soins, ainsi que par des cadres juridiques formels et informels restrictifs en matière d’héritage ou d’accès aux terres et aux autres actifs.
La charge du travail domestique et de soins non rémunéré constitue un mécanisme clé par lequel les normes restrictives de la masculinité limitent les opportunités économiques des femmes. Là où ces normes sont plus fortement ancrées, les femmes tendent à consacrer davantage de temps au travail domestique et de soins non rémunéré, ce qui réduit le temps, la flexibilité et la mobilité nécessaires pour accéder à un emploi décent, à la formation, à l’entrepreneuriat et à des opportunités de progression professionnelle. Dans l’ensemble, les résultats montrent que la participation économique des femmes ne se traduit pas automatiquement par une autonomisation lorsque des normes inégalitaires, des responsabilités de soins et des contraintes institutionnelles continuent de limiter leur capacité d’agir et leur contrôle sur les ressources.
Perspectives : Priorités des politiques publiques
Traiter les normes restrictives de genre doit faire partie d’une stratégie globale visant à promouvoir l’autonomisation économique des femmes et nécessite une action coordonnée entre de multiples acteurs. Les efforts de transformation des normes sont plus efficaces lorsqu’ils sont combinés à des réformes structurelles qui élargissent l’accès des femmes à un travail décent, réduisent la charge du travail domestique et de soins non rémunéré, renforcent le contrôle sur les ressources, y compris l’héritage, et créent un environnement institutionnel favorable. Dans les deux pays, les gouvernements, les parlements et les institutions publiques concernées devraient élaborer et mettre en œuvre des politiques publiques et des cadres juridiques propices, tandis que les communautés et les organisations de la société civile jouent un rôle central dans l’évolution des normes et leur appropriation au niveau local. Les partenaires du développement et les bailleurs de fonds peuvent renforcer ces efforts grâce à des financements et à une assistance technique, tandis que les médias peuvent influencer les attitudes publiques et accroître la visibilité des enjeux liés au genre. Les priorités politiques de ce programme global sont les suivantes :
Reconnaître, réduire et redistribuer le travail domestique et de soins non rémunéré. Les gouvernements devraient renforcer les politiques publiques et les services visant à alléger la charge de travail non rémunéré des femmes, notamment en développant des services de garde d’enfants accessibles et de qualité, l’éducation de la petite enfance, des politiques de congé parental ainsi que des investissements dans des infrastructures permettant de réduire le temps consacré aux tâches domestiques. Ces mesures devraient être complétées par des initiatives de sensibilisation et des programmes communautaires encourageant la participation des hommes aux soins et aux tâches domestiques, afin de réduire les contraintes de temps qui limitent les opportunités économiques des femmes. Par ailleurs, les politiques publiques devraient reconnaître la valeur économique du travail de soins non rémunéré en améliorant l’accès des femmes à la protection sociale, à l’assurance et aux systèmes de retraite, y compris pour celles qui restent en dehors du marché du travail formel en raison de leurs responsabilités de soins.
Transformer les normes restrictives de genre et promouvoir la masculinité positive. Les programmes visant à transformer les normes restrictives devraient impliquer à la fois les femmes et les hommes, ainsi que les familles, les écoles, les communautés, les employeurs et les leaders locaux. Les initiatives communautaires, les programmes éducatifs et les campagnes de sensibilisation peuvent contribuer à promouvoir des conceptions plus égalitaires de la masculinité fondées sur le partage des responsabilités économiques, la prise de décision conjointe, les activités de soins, le respect et la non-violence. Ces interventions sont particulièrement importantes dès les premières étapes de la socialisation, lorsque les attitudes à l’égard des rôles de genre se forment.
Renforcer l’accès des femmes aux actifs productifs, en particulier le foncier et le crédit. Améliorer l’accès des femmes aux actifs productifs ainsi que leur contrôle sur ceux-ci est essentiel pour renforcer leur sécurité économique, leur pouvoir de négociation et leur capacité à investir dans des activités génératrices de revenus. Cela nécessite une mise en œuvre effective des cadres juridiques existants en matière d’héritage, de propriété et de droits au sein du mariage, ainsi que des mesures visant à remédier aux pratiques coutumières, aux obstacles administratifs et aux dynamiques inégalitaires de négociation au sein du ménage. Améliorer l’accès des femmes au crédit, aux services financiers et à l’accompagnement pour l’enregistrement foncier est également essentiel.
Investir dans les compétences, les capacités et l’autonomisation économique des femmes. Les formations aux compétences de base, à l’entrepreneuriat, à la gestion de projet, ainsi qu’à l’éducation financière et aux activités génératrices de revenus, peuvent renforcer la capacité des femmes à tirer parti des opportunités économiques. Ce soutien doit être associé à des mesures concrètes permettant aux femmes de mettre en pratique ces compétences, notamment l’accès à l’information, au financement, aux marchés, au mentorat, aux réseaux et aux services de développement des entreprises. Les programmes devraient également viser à renforcer l’autonomisation, la confiance et le pouvoir de décision des femmes, plutôt que de se limiter aux compétences techniques. Étant donné la concentration des femmes dans certains secteurs, les formations devraient éviter de renforcer la ségrégation du marché du travail et plutôt élargir l’accès des femmes à des secteurs à plus forte productivité et non traditionnels, grâce à des formations ciblées, des certifications, des apprentissages ainsi que des liens avec les employeurs et les chaînes de valeur.
Intégrer l’autonomisation économique des femmes dans l’ensemble des politiques nationales, des budgets et des stratégies de développement local. L’autonomisation économique des femmes devrait être intégrée dans les politiques relatives à l’emploi, à l’agriculture, à l’éducation, à la protection sociale, aux soins, à la finance (notamment l’accès au crédit et l’éducation financière) et au développement du secteur privé. Les réponses politiques devraient tenir compte de la diversité des contextes économiques selon les régions. Dans les régions où prédominent les activités informelles et l’agriculture, les interventions peuvent se concentrer sur l’amélioration de la productivité et sur l’accès aux dispositifs de protection sociale, aux marchés, aux services financiers et à un environnement des affaires favorable. Dans les contextes plus urbanisés, les politiques visant à lever les obstacles à l’emploi formel, à la progression professionnelle et aux opportunités de leadership peuvent être particulièrement importantes.
Références
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[11] Lozano, L., E. Ranehill et E. Reuben (2023), « Gender and Preferences in the Labor Market: Insights from Experiments », Handbook of Labor, Human Resources and Population Economics, pp. 1-34, https://doi.org/10.1007/978-3-319-57365-6_118-1.
[20] Marston, A. (2016), Women’s Rights in the Cocoa Sector: Examples of emerging good practice, https://oxfamilibrary.openrepository.com/server/api/core/bitstreams/9d413521-2ec9-4494-bdd2-abd7e9dbabbd/content (consulté le 3 juin 2026).
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[3] OIT (2024), Country Profile: Senegal, Organisation internationale du travail, https://ilostat.ilo.org/data/country-profiles/sen/ (consulté le 22 avril 2026).
[2] OIT (2022), Country Profile: Côte d’Ivoire, Organisation internationale du travail, https://ilostat.ilo.org/data/country-profiles/civ/ (consulté le 22 avril 2026).
[8] OIT (2018), Care work and Care Jobs for the Future of Decent Work, Organisation internationale du travail, https://www.ilo.org/publications/major-publications/care-work-and-care-jobs-future-decent-work (consulté le 1 juin 2026).
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[16] Oropesa, R. (1993), « Using the service economy to relieve the double burden », https://journals.sagepub.com/doi/pdf/10.1177/019251393014003006 (consulté le 4 mai 2026).
[36] UN Women (2026), Global Gender Equality Constitutional Database - Constitution of the Republic of Côte d’Ivoire, https://constitutions.unwomen.org/en/countries/africa/cote-divoire (consulté le 3 juin 2026).
[38] UN Women (2026), Global Gender Equality Constitutional Database - Senegal, https://constitutions.unwomen.org/en/countries/africa/senegal (consulté le 3 juin 2026).
Notes
Copier le lien de Notes← 1. Ces résultats reposent sur un modèle logit estimé à partir d’un sous-échantillon de femmes et d’hommes en âge de travailler. La variable dépendante est un indicateur binaire égal à 1 si l’individu est en emploi et à 0 s’il n’est pas en emploi. La principale variable explicative est une interaction entre l’Indice des masculinités de l’OCDE, une mesure individuelle continue comprise entre 0 et 100 (une valeur plus élevée indiquant des normes de la masculinité plus restrictives), et une variable binaire de sexe égale à 1 pour les femmes et à 0 pour les hommes. Ce terme d’interaction permet d’évaluer si l’association entre les normes restrictives de la masculinité et le statut d’emploi diffère entre les hommes et les femmes. Le modèle contrôle pour l’âge, le niveau d’éducation, le revenu, la situation matrimoniale, la religion, le fait d’avoir des enfants biologiques, ainsi que la zone de résidence. En outre, des effets fixes par zone sont inclus afin de prendre en compte les différences inobservées entre zones en Côte d’Ivoire. L’analyse est également étendue pour examiner des dimensions normatives spécifiques afin d’identifier quelles normes sont les plus fortement associées à l’emploi des femmes. Dans ces extensions, l’Indice des masculinités de l’OCDE est remplacé par des mesures spécifiques à chaque norme, définies au niveau individuel et comprises entre 0 et 100, une valeur plus élevée reflétant des normes de la masculinité plus restrictives.
← 2. Ces résultats reposent également sur un modèle logit estimé à partir d’un sous-échantillon de femmes et d’hommes en âge de travailler, pour lequel la variable dépendante est un indicateur binaire égal à 1 si l’individu est en dehors de la population active et à 0 si ce n’est pas le cas. Un individu est considéré comme étant en dehors de la population active s’il est en âge de travailler, n’est pas en emploi et n’a ni été disponible pour travailler ni entrepris de démarches de recherche d’emploi au cours des quatre dernières semaines. La principale variable explicative est une triple interaction. Le premier élément est l’Indice des masculinités de l’OCDE, une mesure continue comprise entre 0 et 100 (les valeurs élevées indiquant des normes de la masculinité plus restrictives). Le deuxième élément est une variable indicatrice de sexe égale à 1 pour les femmes et à 0 pour les hommes. Le troisième élément capture le niveau de revenu du ménage, mesuré à partir des dépenses mensuelles du ménage. Les ménages sont ensuite catégorisés en ménages à faibles dépenses et ménages à dépenses moyennes et élevées, ces deux dernières catégories étant regroupées en raison de la faible proportion de ménages à dépenses élevées (1 % de l’échantillon). Ce terme d’interaction permet d’évaluer si l’association entre les normes restrictives de la masculinité et la participation à la population active diffère entre les hommes et les femmes selon les niveaux de revenu. Le modèle contrôle pour l’âge, le niveau d’éducation, le revenu, la situation matrimoniale, la religion, le fait d’avoir des enfants biologiques et la zone de résidence, avec des effets fixes par zone pour tenir compte des différences inobservées entre zones en Côte d’Ivoire. Comme précédemment, l’analyse est étendue pour examiner des dimensions normatives spécifiques afin d’identifier les normes les plus fortement associées à la participation des femmes à la population active. Dans ces extensions, l’Indice des masculinités de l’OCDE est remplacé par des mesures spécifiques à chaque norme, comprises entre 0 et 100, une valeur plus élevée reflétant des normes de la masculinité plus restrictives.
← 3. Ce résultat repose sur un modèle de régression par les moindres carrés ordinaires (MCO) appliqué à l’échantillon complet de femmes et d’hommes. La variable dépendante est le nombre total de minutes par semaine consacrées au travail domestique et de soins non rémunéré, incluant notamment la cuisine, le ménage et la garde des enfants. La principale variable explicative est l’Indice des masculinités de l’OCDE, une mesure continue au niveau individuel allant de 0 à 100, où une valeur plus élevée indique des normes de la masculinité plus restrictives. Le modèle contrôle pour l’âge, le niveau d’éducation, le revenu, le statut matrimonial, la religion, le fait d’avoir des enfants biologiques ainsi que la zone de résidence. En outre, des effets fixes de zone sont inclus afin de tenir compte des différences inobservées entre zones en Côte d’Ivoire.
← 4. Ces résultats reposent sur un modèle logit multinomial estimé à partir de l’échantillon complet composé de femmes et d’hommes. La variable dépendante identifie le principal décideur pour des décisions spécifiques au sein du ménage, en distinguant entre les décisions prises uniquement par un homme, uniquement par une femme ou conjointement par un homme et une femme. Des régressions distinctes sont estimées pour chaque type de décision, à savoir les achats importants du ménage, les dépenses quotidiennes, les soins de santé, les investissements dans l’éducation des enfants ainsi que les décisions d’emprunter de l’argent ou des biens. La principale variable explicative est une interaction entre l’Indice des masculinités de l’OCDE, une mesure continue au niveau individuel comprise entre 0 et 100 (où une valeur plus élevée indique des normes de la masculinité plus restrictives), et une variable binaire de sexe égale à 1 pour les femmes et à 0 pour les hommes. Ce terme d’interaction permet d’examiner si l’association entre les normes de la masculinité restrictive et la prise de décision au sein du ménage diffère entre les hommes et les femmes. Le modèle contrôle pour l’âge, le niveau d’éducation, le revenu, le statut matrimonial, le statut religieux, le fait d’avoir des enfants biologiques et la zone de résidence. En outre, des effets fixes de zone sont inclus afin de tenir compte des différences inobservées entre les zones en Côte d’Ivoire. L’analyse est également étendue pour examiner des dimensions normatives spécifiques afin d’identifier quelles normes sont le plus fortement associées à la prise de décisions des femmes. Dans ces extensions, l’Indice des masculinités de l’OCDE est remplacé par chaque mesure spécifique de norme, définie au niveau individuel et comprise entre 0 et 100, une valeur plus élevée reflétant des normes de la masculinité plus restrictives.
← 5. Les résultats reposent sur un modèle logit estimé à partir de l’échantillon complet composé de femmes et d’hommes. La variable dépendante est un indicateur binaire égal à 1 si la personne interrogée peut utiliser ses propres revenus comme elle le souhaite, et à 0 si ce n’est pas le cas, ce qui signifie que l’utilisation des revenus est contrainte par d’autres personnes ou par des attentes familiales et communautaires. La principale variable explicative est une interaction entre l’Indice des masculinités de l’OCDE, une mesure continue au niveau individuel comprise entre 0 et 100 (où une valeur plus élevée indique des normes de la masculinité plus restrictives), et une variable binaire de sexe égale à 1 pour les femmes et à 0 pour les hommes. Ce terme d’interaction permet d’examiner si l’association entre les normes de la masculinité restrictive et la prise de décision au sein du ménage diffère entre les hommes et les femmes. Le modèle contrôle pour l’âge, le niveau d’éducation, le revenu, le statut matrimonial, le statut religieux, le fait d’avoir des enfants biologiques et la zone de résidence. En outre, des effets fixes de zone sont inclus afin de tenir compte des différences inobservées entre les zones en Côte d’Ivoire. L’analyse est également étendue pour examiner des dimensions normatives spécifiques afin d’identifier quelles normes sont le plus fortement associées à l’autonomie financière des femmes. Dans ces extensions, l’Indice des masculinités de l’OCDE est remplacé par chaque mesure spécifique de norme, définie au niveau individuel et comprise entre 0 et 100, une valeur plus élevée reflétant des normes de la masculinité plus restrictives.
← 6. Ces résultats reposent sur un modèle logit estimé à partir de l’échantillon complet de femmes et d’hommes. La variable dépendante est un indicateur binaire égal à 1 si le répondant possède ou est copropriétaire d’une parcelle cultivée par le ménage, et à 0 si ce n’est pas le cas. La principale variable explicative est une interaction entre l’Indice des masculinités de l’OCDE, une mesure continue au niveau individuel allant de 0 à 100, où une valeur plus élevée indique des normes de la masculinité plus restrictives, et une variable indicatrice du sexe égale à 1 pour les femmes et à 0 pour les hommes. Ce terme d’interaction permet d’évaluer si l’association entre les normes restrictives de la masculinité et la propriété foncière diffère entre les femmes et les hommes. Le modèle contrôle pour l’âge, le niveau d’éducation, le revenu, le statut matrimonial, la religion, le fait d’avoir des enfants biologiques ainsi que la zone de résidence. En outre, des effets fixes de zone sont inclus afin de tenir compte des différences inobservées entre zones en Côte d’Ivoire. L’analyse est en outre étendue pour examiner des dimensions normatives spécifiques afin d’identifier quelles normes sont les plus fortement associées à la propriété foncière des femmes. Dans ces extensions, l’Indice des masculinités de l’OCDE est remplacé par chaque mesure spécifique de norme, définie au niveau individuel et variant de 0 à 100, une valeur plus élevée indiquant des normes masculines plus restrictives.