En 2021, le rapport du Centre de développement de l’OCDE Man Enough? Measuring Masculine Norms to Promote Women’s Empowerment a introduit un cadre conceptuel visant à analyser et mesurer la masculinité restrictive et ses implications pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Les normes de la masculinité englobent les différentes manières, socialement construites, d’être et d’agir, ainsi que les valeurs et attentes associées au fait d’être et de devenir un homme dans une société, un endroit et un moment donnés. Elles renvoient à des représentations perçues, partagées par les hommes et les femmes, sur la manière dont les hommes sont censés se comporter dans des contextes spécifiques pour être considérés comme de « vrais » hommes. Le rapport présentait un cadre en dix normes, couvrant les principales attentes liées aux rôles, aux comportements et à l’autorité des hommes, et proposait un premier ensemble d’indicateurs pour remédier au manque de données systématiques et comparables sur les normes de la masculinité selon les contextes.
Ce nouveau rapport permet de passer du concept à l’application. À la suite d’un projet pilote réussi mené par l’Irlande, il applique les outils conceptuels et de mesure développés dans Man Enough? à des contextes nationaux, en s’appuyant sur de nouvelles données empiriques issues de la Côte d’Ivoire et du Sénégal. En mobilisant des données d’enquête originales et représentatives au niveau national en Côte d’Ivoire, ainsi que des recherches qualitatives au Sénégal, le rapport examine comment les normes restrictives de la masculinité se manifestent dans la vie quotidienne et comment elles influencent les résultats en matière d’égalité entre les hommes et les femmes dans ces deux pays.
L’analyse porte sur l’interaction entre les normes de la masculinité, l’autonomisation économique des femmes et les violences basées sur le genre, tout en reconnaissant que les normes restrictives affectent également les hommes et les garçons eux-mêmes. En appliquant ce cadre en Côte d’Ivoire et au Sénégal, le rapport permet de mieux comprendre comment les normes de la masculinité sont maintenues, vécues et négociées dans différents contextes sociaux et géographiques.
Ce travail s’appuie sur l’expertise de longue date du Centre de développement en matière d’identification et de mesure des institutions sociales discriminatoires, notamment à travers l’indice Institutions sociales et égalité des genres (SIGI). Comme pour cet indice, le rapport repose sur un postulat central : progresser vers l’égalité entre les hommes et les femmes nécessite plus que de mesurer les inégalités au niveau des résultats. Cela implique également de « rendre visible l’invisible », en examinant les normes sociales, les attentes et les pratiques qui les sous-tendent. La masculinité restrictive s’inscrit dans cet environnement institutionnel plus large, en façonnant les perceptions liées à l’autorité, au travail rémunéré, aux responsabilités de soins et aux rôles sociaux.
Au-delà de sa contribution analytique, le rapport fait progresser le programme de mesure en opérationnalisant des indicateurs permettant d’évaluer et de suivre les normes de la masculinité au niveau national. Ces outils visent à aider les décideurs publics, les organisations de la société civile, les partenaires de développement et les autres parties prenantes à identifier des points d’entrée pour des politiques publiques et des programmes favorisant la masculinité positive. En appliquant un cadre cohérent dans différents contextes nationaux, le rapport entend éclairer les futures recherches, le dialogue politique et l’action collective pour s’attaquer aux fondements sociaux des inégalités entre les hommes et les femmes.