Les normes de la masculinité – c’est-à-dire les constructions sociales des comportements attendus de la part des hommes – continuent de conditionner l’égalité entre les hommes et les femmes en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Lorsqu’elles sont restrictives, elles assignent aux hommes les rôles de principal contributeur financier, de responsable de la prise de décision et de figure d’autorité, ce qui limite l'autonomisation économique des femmes, contribue à ce que les violences basées sur le genre soient tolérées, et exerce une pression sur les hommes et les garçons pour qu’ils respectent des idéaux rigides de masculinité. Ce rapport met en lumière ces normes et identifie les politiques publiques à même de promouvoir la masculinité positive, d'améliorer l’autonomie économique des femmes et de prévenir les violences basées sur le genre. Il mobilise pour cela des données d’enquête au niveau national en Côte d’Ivoire, ainsi que des recherches qualitatives au Sénégal.
Masculinité et égalité femmes‑hommes
Introduction
Chiffres clés
96 %
des répondant·es ivoirien·nes disent que le 1er rôle d’un homme est celui de soutien de famille
> 90 %
des hommes ivoiriens sont stressés à l’idée de ne pas pouvoir subvenir aux besoins de leur foyer
84 %
des Ivoirien·nes disent que les hommes doivent avoir le dernier mot dans les décisions du ménage
Subvenir aux besoins du ménage et prendre les décisions : des rôles qui restent au cœur des normes de la masculinité
Être le seul ou le principal contributeur financier de la famille et de prendre les décisions qui la concernent, exercer l’autorité et se tenir à l’écart du travail domestique et de soins non rémunéré demeurent des normes fondamentales de la masculinité en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Les femmes comme les hommes continuent d’y adhérer largement, mais des différences générationnelles commencent à apparaître : les jeunes femmes remettent de plus en plus en question la masculinité restrictive, tandis que de nombreux jeunes hommes continuent de faire face aux fortes pressions pour se conformer à l'idéal de principal contributeur financier.
Les normes restrictives de la masculinités freinent l’autonomisation économique des femmes et augmentent le risque de violences
Les normes restrictives de la masculinité, parallèlement aux inégalités structurelles, limitent les perspectives et l'autonomie des femmes, et notamment leur accès au travail rémunéré, aux actifs et à la prise de décision économique. Elles exercent également des pressions sur les hommes et les garçons pour qu’ils se conforment à des idéaux rigides d’autorité, de contrôle et de soutien économique du ménage. Lorsque certains hommes adhèrent fermement à ces normes et se sentent sous pression à s’y conformer, ils sont plus susceptibles de déclarer avoir recours à la violence.
Les normes restrictives de la masculinité persistent parce que les individus ont une perception erronée de ce que pensent les autres
Les individus évaluent souvent mal l’ampleur du soutien de la population aux normes restrictives. Ils ont tendance à surestimer le soutien des hommes à ces normes, mais à sous-estimer celui des femmes. Cet « écart silencieux » entre croyances personnelles et soutien perçu peut pousser les individus à redoubler de prudence et à se conformer davantage à ces normes restrictives pour répondre à ce qu’ils croient être les attentes de la société à leur égard.
Rendre visibles ces perceptions erronées peut contribuer à réduire l’autocensure, à remettre en question les présupposés sur ce que pensent les autres et à faire apparaître des points d’entrée pour les politiques publiques qui pourraient être mieux acceptées par la société qu’on ne le pense généralement.
Que peuvent faire les pouvoirs publics ?
Il est essentiel d'associer les efforts visant à faire évoluer les normes restrictives de la masculinité à des réformes qui élargissent l’accès à l’éducation, au travail décent, aux services de garde d’enfants, à la protection sociale et à la justice. L’intégration de la masculinité positive lors la conception des politiques publiques et le suivi des progrès contribuent à garantir que les réformes structurelles débouchent sur une plus grande égalité et une réduction des violences.
Des modèles de masculinité fondés sur l’équité, la bienveillance et la non-violence doivent être promus dans le cadre des écoles, des initiatives en faveur de la jeunesse, des médias et du dialogue avec la population. Il est essentiel d’appuyer les hommes et les garçons, en particulier les plus jeunes, à adopter des comportements différents pour faire progresser l’égalité entre les hommes et les femmes et prévenir les violences.
L’action publique doit être adaptée aux réalités locales, en tenant compte du fait que les normes de la masculinité varient en fonction du lieu et de la dynamique sociale. Les approches communautaires et la collaboration avec des dirigeantes et dirigeants de confiance peuvent contribuer à garantir la crédibilité, l’adéquation au contexte et l’efficacité des efforts visant à promouvoir de la masculinité positive.
L'accès des femmes aux actifs, à un travail décent, aux services financiers, aux services de garde d’enfants et à la mobilité doit être élargi, tout en promouvant l’égalité dans la prise de décision. Associer les formations aux accompagnements concrets, par exemple le mentorat et l’accès aux services financiers, permet de faire en sorte que la participation débouche sur une plus grande autonomie et contrôle des ressources.
Les cadres juridiques, les systèmes de signalement et les services aux survivantes doivent être améliorés, tout en s’attaquant aux normes qui justifient les violences. Il est essentiel d’instaurer la confiance dans les institutions et de lutter contre la tolérance à l’égard de la domination masculine pour réduire les violences et permettre aux survivantes de demander de l’aide en toute sécurité.
Les écarts entre les croyances personnelles et les perceptions normatives doivent être comblés en donnant plus de visibilité au soutien dont bénéficient la masculinité positive. La communication et le dialogue communautaire peuvent faire évoluer les perceptions, réduire l’adhésion aux normes restrictives et accélérer les progrès vers des sociétés plus inclusives.
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