En 2021, l'OCDE a publié son premier rapport sur le suivi de l'intégration régionale dans la région euro-méditerranéenne. Cette deuxième édition de l'Intégration régionale dans l'Union pour la Méditerranée évalue les progrès accomplis depuis 2021 - une période marquée par les impacts de la pandémie de COVID-19, les chocs économiques successifs, les conflits en cours au Moyen-Orient et un contexte géopolitique de plus en plus complexe. Dans cet environnement difficile, notre rapport met en lumière les possibilités que l'intégration économique offre aux pays de la région pour parvenir à la stabilité, à la paix et à la prospérité.
Le rapport met en évidence l'analyse de l’OCDE, fondée sur des données empiriques, sur les avantages de l'intégration économique. Les produits manufacturés représentent désormais une part croissante des importations de l'UE en provenance des membres de l'Union pour la Méditerranée, dépassant 60 % en 2023, avec une tendance à la hausse des échanges dans les secteurs à valeur ajoutée. En outre, les économies de l'Union pour la Méditerranée établissent des liens commerciaux intrarégionaux plus étroits et utilisent de plus en plus d'intrants provenant de la région pour leurs produits exportés. Ces liens favorisent le développement des chaînes de valeur régionales, soutiennent la création d'emplois de qualité et contribuent à renforcer la résilience économique.
Notre étude identifie les principales opportunités pour accélérer davantage les progrès de l'intégration dans la région et fournit aux gouvernements des recommandations politiques pratiques.
Les infrastructures de connectivité sont essentielles pour développer le commerce et l'investissement, et stimuler le développement des compétences dans l'Union pour la Méditerranée. Les projets transfrontaliers de transport et d'énergie, tels que l’autoroute Adriatique-Ionienne et l’« Interconnector » euro-africain, facilitent les déplacements dans la région, soutiennent le développement de marchés de l'énergie intégrés, contribuent à réduire les coûts de développement des infrastructures et attirent des investissements publics et privés. Toutefois, la fragmentation réglementaire et les difficultés à mobiliser des capitaux d'investissement suffisants continuent de limiter le développement des infrastructures, de freiner les performances des systèmes logistiques et d'affaiblir le potentiel commercial. Le rapport recommande une utilisation plus large des outils financiers tels que les accords « offtake », les placements en actions et le financement mixte pour inciter le secteur privé à investir dans les infrastructures, contribuant ainsi à accroître la durabilité de ces projets. Le renforcement des partenariats public-privé et la stabilité réglementaire peuvent d’autant plus atténuer les risques d'investissement et soutenir le développement d'infrastructures transfrontalières durables.
L'Union pour la Méditerranée abrite un énorme potentiel de capital humain. La migration annuelle en provenance de l'Union pour la Méditerranée vers les pays membres à la fois de l'Union pour la Méditerranée et de l'OCDE (États membres de l'Union européenne, Turquie et Israël) est passée d'environ 1,2 million en 2010 à 2,1 millions en 2022. La bonne gestion des flux migratoires peut renforcer l'intégration régionale et générer des revenus, ce qui favorise l'amélioration du niveau de vie des migrants, de leur pays d'origine et des pays de destination. Notre rapport recommande de privilégier les partenariats et les accords mutuellement bénéfiques qui répondent aux besoins des pays d'origine et de destination en s'attaquant au chômage élevé, à l'inadéquation des compétences et aux différences de niveau de revenus intra-régionales. Les partenariats de l'Union européenne avec l'Égypte, le Maroc et la Tunisie facilitent l'alignement du développement des compétences étrangères sur les exigences du marché du travail national en renforçant la coopération entre les États membres de l'Union européenne et les pays partenaires, tout en offrant des possibilités de mobilité, d'emploi et de formation professionnelle aux ressortissants de pays tiers. Le prochain réservoir européen de talents, qui vise à faciliter le recrutement de ressortissants de pays tiers par les employeurs de l'Union européenne, donnera un nouvel élan à ces efforts une fois adopté.
Cette deuxième édition souligne que la promotion de l'intégration économique dans la région de l'Union pour la Méditerranée peut bénéficier d'une ambition et d'une action politique renouvelées. L'OCDE continuera de soutenir ces efforts par des analyses fondées sur des données factuelles et des bonnes pratiques politiques, et en encourageant le dialogue politique régional, en partenariat avec l'Union pour la Méditerranée et l'Union européenne, en vue d'un avenir prospère et durable pour la région.
Mathias Cormann
Secrétaire général, OCDE