L’objectif de ce rapport est de contribuer à la définition d’un agenda de politiques publiques solide afin de renforcer l’intégration régionale au sein de l’Union pour la Méditerranée (UpM). Les considérations de politiques publiques incluses dans ce rapport soutiennent l’élaboration, par les gouvernements des pays de l’UpM, de politiques publiques concrètes visant à faire progresser l’intégration économique dans la région euro-méditerranéenne.
Ce rapport se concentre sur les évolutions intervenues depuis 2021, année durant laquelle ce même exercice de suivi de l’intégration régionale a été réalisé pour la première fois. Pour ce faire, il analyse une série d’indicateurs qui sont à la fois conformes à la littérature de pointe sur l'intégration économique et pertinents au regard du contexte particulier de la région de l'UpM. Il tient notamment compte des différents stades de développement économique des pays de l'UpM, ainsi que de l'existence, au sein de la région de l'UpM, d'une zone déjà intégrée – l'Union européenne (UE) – et d'un groupe de pays candidats à l'adhésion à l'UE, les Balkans occidentaux.
Le contexte dans lequel s'inscrit le processus d'intégration économique entre les membres de l'UpM est complexe et constitue un élément fondamental pour l'analyse. Depuis 2021, la région est exposée à de graves chocs, notamment l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie, qui a eu un impact économique considérable, perturbant les chaînes d'approvisionnement et affectant la sécurité alimentaire et énergétique ainsi que les prix, mais aussi les conflits en cours au Moyen-Orient, qui accroissent l'instabilité géopolitique et nuisent aux efforts visant à renforcer la résilience, à maintenir l'attractivité des investissements et à favoriser la croissance socio-économique.
Ces dernières années, d'autres évolutions ont également façonné le contexte sous-jacent au processus d'intégration. L'une des principales évolutions est le rôle accru des pays du Golfe dans la région euro-méditerranéenne, avec l'intensification des échanges avec les pays de la rive Sud de la Méditerranée et les États membres de l'UE. En 2022, l'Union européenne a élaboré sa première stratégie pour la région du Golfe, intitulée « Partenariat stratégique avec le Golfe », qui reflète le potentiel grandissant de coopération avec les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) sur des questions d'intérêt commun, allant du changement climatique et de la sécurité énergétique à l'augmentation des échanges commerciaux et des investissements, en passant par les transitions verte et numérique et la connectivité ; et surtout, la collaboration en vue d'instaurer une paix et une stabilité durables dans l'ensemble de la région MENA. Conformément à cette stratégie, lors du premier sommet UE-CCG, qui s'est tenu en octobre 2024, les parties ont convenu d'approfondir davantage les liens commerciaux et d'investissement entre l'Union européenne et les pays du Golfe en explorant la possibilité de relancer les négociations sur un accord de libre-échange régional UE-CCG, qui avaient été interrompues en 2008, et en développant, en parallèle, des cadres bilatéraux appropriés en matière de commerce et d'investissement. Au printemps 2025, l'Union européenne et les Émirats arabes unis ont officiellement lancé des négociations en vue d'un accord de libre-échange bilatéral, une initiative qui illustre le renforcement actuel de l'intégration entre l'UpM et les pays du Golfe. Afin de tenir compte de l'intensification des relations entre les pays du CCG et ceux de l'UpM, le présent rapport a élargi son analyse des tendances et des considérations de politiques publiques pour inclure les six pays du Golfe.
En termes de modèles d'intégration économique, un deuxième développement important concerne les efforts d'intégration au niveau du continent africain et leurs implications pour les pays nord-africains de l'UpM et au-delà. La mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) vise à promouvoir la croissance socio-économique en Afrique en stimulant le commerce intra-africain et la position commerciale de l'Afrique sur le marché mondial. Par conséquent, l'analyse de l'intégration commerciale dans la région de l'UpM présentée dans ce rapport tient compte des nouveaux modèles commerciaux avec le continent africain.
L'importance des infrastructures de connectivité pour faciliter les relations entre les membres de l'UpM est devenue centrale. Les décideurs politiques de la région de l'UpM considèrent aujourd'hui que des réseaux de connectivité durables et de haute qualité sont essentiels pour renforcer le commerce et les investissements, mais aussi pour accroître la collaboration en matière de recherche et d'innovation, de développement des compétences et de diversification économique dans les économies du sud de la Méditerranée, où cela reste une priorité. Le présent rapport examine les progrès réalisés dans les domaines des infrastructures de transport, énergétiques et du numérique, ainsi que leurs interrelations, en reconnaissant le rôle central de la connectivité pour l'intégration. En outre, la transition écologique a créé des opportunités supplémentaires pour une intégration économique renforcée au sein de la Méditerranée. Les objectifs stratégiques de l'UE en matière de transformation écologique ont accéléré les investissements dans les énergies renouvelables et les infrastructures, en lien avec l’important potentiel des énergies renouvelables dans les pays du sud de la Méditerranée.
La nécessité de mieux gérer les flux migratoires est reconnue dans toute la région. Le présent rapport examine l'élaboration de nouveaux modèles pour la mobilité des personnes et les possibilités de migration légale, en particulier les programmes de partenariat de l'UE en matière de compétences et destinés à attirer les talents. Ces programmes combinent les besoins des pays d'accueil et d'origine des migrants en consacrant des ressources au développement des compétences et aux possibilités de retour dans les pays d'origine, afin d'éviter la fuite des cerveaux qui touche certaines économies de l'UpM, y compris plusieurs États membres de l'UE.
Le renforcement de la coopération est fondamental et chaque effort compte. Ce rapport donne un aperçu de la manière dont les communautés locales de différents pays de l'UpM travaillent ensemble pour résoudre des problèmes et atteindre des objectifs communs (annexes B et C). Elles montrent que l'ambition d'intégration dans la région euro-méditerranéenne peut être nourrie à tous les niveaux.
Dans un contexte marqué par les conflits persistants au Moyen-Orient et l'incertitude géopolitique, ce rapport affirme clairement l'importance d'un programme constructif pour l'intégration économique dans l'Union pour la Méditerranée.
Dans cette optique et sur la base de l'Agenda de 2021 pour la Méditerranée, un nouveau pacte pour la Méditerranée a été conçu dans le but d'approfondir davantage l'engagement stratégique et politique entre les deux rives de la Méditerranée, non seulement à travers un dialogue politique et stratégique, mais aussi en encourageant des initiatives concrètes d'intérêt commun. Grâce à une combinaison d'actions, le pacte vise à instaurer un partenariat équitable et, à terme, un espace commun de paix, de prospérité et de stabilité, en renforçant les liens économiques et culturels, afin d'avoir, en fin de compte, un impact bénéfique et durable sur les populations, les entreprises et les sociétés de la région. Le nouveau pacte pour la Méditerranée sera présenté à l'automne 2025.