Les pays déploient des taxes sur la consommation d’énergie, des taxes carbone et des systèmes d’échange de droits d’émission (SEDE) en vue d’atteindre divers objectifs liés notamment à l’atténuation du changement climatique, à la collecte de recettes publiques, à l’accessibilité financière de l’énergie et au coût de la vie, à la sécurité énergétique et à la compétitivité. Ce rapport fait le point sur l’utilisation de ces instruments d’action par 79 pays en 2023, et évoque les évolutions récentes survenues en matière de tarification du carbone en 2024 et 2025. Il met également l’accent sur les systèmes d’échange de droits d’émission, et contient une étude approfondie de certaines caractéristiques conceptuelles de cet instrument.
La poursuite simultanée de plusieurs objectifs et la complexité de chacun d’eux amènent les pays à combiner divers instruments d’action en fonction de l’importance qu’ils attachent aux différents objectifs visés. Dans le contexte de l’atténuation du changement climatique, la typologie sur laquelle repose la base de données sur les politiques climatiques du Forum inclusif sur les approches d’atténuation des émissions de carbone (Forum inclusif) (OCDE, 2024[1]) distingue cinq types d’instruments d’action en fonction de leur principe de fonctionnement : les instruments économiques (comme les dispositifs de tarification du carbone ou les subventions vertes), les instruments de réglementation (tels que les normes technologiques et de performance), l’investissement et la consommation des administrations publiques, les instruments d’information et les approches non contraignantes.
Lorsque la tarification du carbone s’intègre dans un ensemble de mesures d’atténuation du changement climatique, elle peut contribuer à favoriser une réduction économiquement efficiente des émissions et à accroître les recettes publiques. En décentralisant la prise de décision dans ce domaine, la tarification du carbone contribue à corriger l’asymétrie d’information qui existe entre les pouvoirs publics et les pollueurs, tout en favorisant les réductions d’émissions à moindre coût. En outre, la tarification du carbone crée une incitation continue à l’atténuation des émissions, et contribue à éviter les effets rebond. Par ailleurs, elle permet d’engranger des recettes supplémentaires. Néanmoins, la tarification du carbone ne peut à elle seule remédier à l’ensemble des externalités et des défaillances du marché sur la voie de la neutralité carbone, et elle peut soulever des problèmes d’accessibilité financière et de compétitivité.
Au début de 2025, des instruments de tarification du carbone – des taxes carbone et des SEDE – sont en place dans 52 pays. Les émissions de gaz à effet de serre sont couvertes par des SEDE dans 43 pays et par des taxes carbone dans 32 pays, sachant que ces deux types d’instrument coexistent dans 23 pays1. Il peut exister de nombreux instruments de tarification du carbone dans un même pays (on dénombre par exemple 10 taxes carbone infranationales au Mexique, et 8 SEDE mis à place à l’échelle d’une province ou d’une ville en Chine), mais un seul SEDE supranational peut aussi couvrir de nombreux pays simultanément (ainsi, le système d’échange de quotas d’émission de l’Union européenne (SEQE-UE) s’applique à 30 pays)2.