Les pays déploient des taxes sur la consommation d’énergie, des taxes carbone et des systèmes d’échange de droits d’émission (SEDE) en vue d’atteindre des objectifs liés au changement climatique, à la collecte de recettes publiques, à l’accessibilité financière de l’énergie et au coût de la vie, à la sécurité énergétique et à la compétitivité. Ce rapport fait le point sur l’utilisation de ces instruments dans 79 pays. Le champ couvert par ce rapport en termes d’action publique est très dynamique, une grande attention ayant été accordée à l’impact du coût de l’énergie sur les choix technologiques, les coûts de production et les modes de consommation. En brossant un tableau des récentes évolutions, le rapport et les bases de données sur lesquelles il repose offrent aux responsables publics, aux parties prenantes et aux analystes un point de référence et une base de réflexion dans l’optique de réformes.
Deux principales observations se dégagent des données. Premièrement, des instruments de tarification du carbone, et en particulier des SEDE, sont en cours d’adoption dans plusieurs pays et leur champ d’application sectoriel tend à s’élargir – une évolution liée à des considérations relatives au changement climatique, à la collecte de recettes et à l’émergence de mécanismes d’ajustement carbone aux frontières. En 2023, 27 % des émissions totales de gaz à effet de serre des 79 pays considérés étaient soumis à une taxe carbone ou relevaient d’un SEDE ; la prise en compte des droits d’accise sur les combustibles et les carburants portait cette proportion à 44 % des émissions. Cela représente une nette augmentation du taux de couverture des émissions par rapport à 2018, où ces proportions s’établissaient respectivement à 15 % et 33 %.
Deuxièmement, les SEDE sont de plus en plus divers et flexibles. Cette flexibilité prend notamment la forme de la possibilité offerte aux assujettis d’utiliser des crédits carbone pour s’acquitter de leurs obligations, ainsi que de la définition d’objectifs d’intensité carbone de la production – en lieu et place de niveaux d’émissions –, ce qui se traduit par un assouplissement des contraintes exercées sur la production. Une telle flexibilité laisse entrevoir des efforts déployés pour trouver un juste équilibre entre les objectifs poursuivis en matière de changement climatique, d’accessibilité financière, de compétitivité, de croissance et de sécurité énergétique. La diversité observée des politiques publiques tient aux différences de situation et de priorités entre pays et va de pair avec des approches variées de l’innovation. Elle peut aussi créer un besoin d’interopérabilité entre les SEDE, au regard duquel la coordination internationale peut avoir un rôle à jouer.
Le taux effectif sur le carbone (TEC) constitue une mesure globale des signaux-prix résultant des SEDE, des taxes carbone et des droits d’accise sur les combustibles et les carburants. Le rapport Taux effectifs sur le carbone 2025 fait partie de la série de publications sur la tarification du carbone et la fiscalité des énergies et repose sur des données précises de 2023 – dont certaines relatives à des évolutions clés ont été actualisées jusqu’à la mi-2025 – qui couvrent 79 pays représentant environ 82 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES).
Ce rapport offre une analyse comparative du niveau et de la structure des TEC, y compris de l’impact des droits d’émission attribués à titre gratuit sur les signaux-prix résultant des SEDE, entre pays, entre secteurs économiques et entre combustibles. Des données précises sur les TEC, présentées par instrument (taxes carbone, SEDE et droits d’accise sur les combustibles et les carburants) et ventilées par pays, par secteur et par catégorie de combustible, sont disponibles dans la base de données sur la tarification du carbone et la fiscalité des énergies, consultable dans l’Explorateur des données de l’OCDE. Outre cet examen global des TEC, le rapport contient une étude approfondie de l’évolution des choix de conception des SEDE.
Des taxes carbone et des SEDE sont aujourd’hui en place dans plus de 50 pays, et leur portée continue de s’élargir – sachant que cette évolution est essentiellement imputable aux SEDE. Depuis 2023, la mise en place d’instruments de tarification du carbone a eu lieu ou a été envisagée dans une dizaine de pays situés en Asie, en Europe et dans la région Amérique latine et Caraïbes. Leur couverture sectorielle augmente dans des domaines auxquels ils s’appliquent de longue date, comme l’industrie et l’électricité, les bâtiments et les transports intérieurs, mais elle s’élargit aussi à d’autres secteurs, comme l’incinération des déchets, le transport maritime international et l’agriculture. On estime que l’élargissement de la portée du SEDE chinois aux secteurs de l’aluminium, du ciment et de l’acier a porté le taux de couverture des instruments de tarification du carbone à 34 % en 2025 dans le sous-ensemble de pays analysé dans le présent rapport.
Les choix de conception des SEDE illustrent l’intérêt grandissant accordé à la flexibilité et à la limitation des coûts de mise en conformité assumés par les entreprises. Les systèmes fondés sur les émissions de carbone (comme les systèmes de plafonnement et d’échange) perdent du terrain au profit de systèmes fondés sur l’intensité d’émission, dans lesquels les objectifs dépendent de l’intensité de carbone de la production. Alors que seuls 2 SEDE sur 20 étaient fondés sur l’intensité d’émission en 2018, cette proportion était de 12 sur 34 en 2023. Les systèmes fondés sur l’intensité de carbone représentent maintenant 70 % des émissions couvertes par les SEDE. Cette évolution est liée à la généralisation de la pratique qui consiste à prendre en compte les niveaux de production du moment dans les méthodes d’attribution de droits d’émission à titre gratuit, même dans le cadre des systèmes de plafonnement et d’échange. Les SEDE peuvent aussi offrir une flexibilité sectorielle (et géographique dans certains cas) en permettant aux assujettis d’utiliser des crédits carbone pour s’acquitter de leurs obligations, et une flexibilité temporelle en autorisant la mise en réserve et l’emprunt de droits d’émission. Plus de la moitié des SEDE permettent aux assujettis d’utiliser des crédits carbone pour respecter leurs obligations, et la quasi-totalité de ces systèmes autorisent la mise en réserve de permis d’émission. Ces évolutions illustrent la façon dont les pays arbitrent entre différents objectifs de l’action publique, en fonction de leurs priorités et de leur situation.