Les pays à faible revenu et les pays à haut risque (dont la notation de crédit est équivalente ou inférieure à B), deux groupes qui se chevauchent largement, sont particulièrement vulnérables. Dans les pays à faible revenu, la part de la dette obligataire arrivant à échéance en 2025 est d’environ 25 %, et dans les pays à haut risque, elle est proche de 30 % (Graphique 3.12). Dans le même temps, la part de l’encours de la dette des autres groupes de revenu arrivant à échéance en 2025 est en moyenne inférieure à 15 %. Au cours des trois prochaines années (de 2025 à 2027), la moitié de la dette des pays à faible revenu et des pays à haut risque devrait arriver à échéance, contre près de 40 % dans l’ensemble des MEED.
Un échantillon d’obligations arrivant à échéance au cours des trois prochaines années montre que les rendements sur les marchés secondaires sont plus élevés que les rendements à l’émission, en particulier dans les pays de catégorie spéculative et les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure. En ce qui concerne les pays de catégorie spéculative, les rendements sur les marchés secondaires de la dette arrivant à échéance sont souvent supérieurs à 10 %, et leurs moyennes sont plus élevées que celles des taux moyens de la dette arrivant à échéance au cours des trois années 2025, 2026 et 2027. Par conséquent, les pays refinançant leur dette sur le marché se heurteront vraisemblablement à une hausse importante des coûts d’emprunt, ce qui pèsera sur les finances publiques pendant la durée de vie des nouvelles obligations.
Plus de la moitié de l’encours de la dette obligataire de 24 MEED arrivera à échéance d’ici à 202716. À la fin de 2024, 15 de ces pays avaient une notation de crédit correspondant à un risque élevé ou inférieur. On compte dans ce groupe neuf pays dont les ratios dette/PIB sont supérieurs à 60 % : l’Argentine, le Brésil, la Grenade, la Guinée‑Bissau, la Namibie, le Pakistan, la République démocratique populaire lao, le Togo et le Yémen17. Dans l’ensemble de ces 24 pays, sauf l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Grenade, le Koweït, la Namibie, la République démocratique populaire lao et les Seychelles, plus de 80 % de la dette arrivant à échéance dans les trois prochaines années est libellée en monnaie locale. La forte proportion de dette libellée en monnaie locale arrivant à échéance dans les trois prochaines années témoigne du profil des échéances court de ces pays, la durée moyenne jusqu’à l’échéance de ces 24 pays, la Namibie exceptée, est de l’ordre de quatre ans, voire inférieure.
Un profil des échéances court pour la dette en monnaie locale accroît les risques liés au refinancement et aux taux d’intérêt. Lorsque les conditions se détériorent, les paiements d’intérêts des émetteurs souverains dont le profil des échéances est court augmentent rapidement, car une grande partie de la dette est refinancée à des taux plus élevés. Ainsi, ils commencent à payer des intérêts plus élevés de manière moins progressive que les émetteurs dont le profil des échéances est plus long.
Cela explique pourquoi dans les PRITI et les pays à faible revenu, les rendements sur les marchés secondaires des obligations arrivant à échéance au cours des trois prochaines années tendent à être proches de leurs rendements à l’émission. Les pays à faible revenu tendent à avoir des profils de dette plus courts et, par conséquent, nombre des obligations en monnaie locale ont déjà été refinancées à des taux plus élevés. Cela les distingue des pays à revenu élevé, des PRITS et, surtout, des pays de l’OCDE, où une part plus importante de la dette n’a pas encore été refinancée à des taux plus élevés, leur profil des échéances étant beaucoup plus long.
Étant donné que les dettes en devises ont en règle générale des échéances plus longues, une plus petite partie d’entre elles a déjà été refinancée à des taux plus élevés. Dans les MEED, environ la moitié de l’encours de la dette de la dette en monnaie locale a été émis en 2022-24, affichant déjà, dans une certaine mesure, des taux plus élevés, contre seulement un tiers de la dette libellée en dollars américains. Par conséquent, refinancer cette dernière expose les MEED dépendant des marchés étrangers à des risques supplémentaires.
Environ 20 % de la dette libellée en dollars américains émise par les MEED arrivera à échéance en 2027, cette part étant légèrement supérieure dans les pays à haut risque, où elle dépasse 25 % (Graphique 3.13.). Dans le même temps, à la fin de 2024, les taux des marchés secondaires pour la dette de ce groupe sont supérieurs d’environ deux points de pourcentage à leur rendement à l’émission, ce qui laisse supposer une augmentation significative des taux d’intérêt lors de leur refinancement. Ces écarts de taux d’intérêt sont également importants pour les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, en particulier en 2026 et 2027, où ils frôlent les 5 %, sous l’effet des écarts importants en Égypte et au Pakistan.
Les besoins accrus de refinancement, les conditions de financement restrictives et les niveaux d’endettement élevés pèsent sur les budgets publics des MEED. À mesure que de nouvelles dettes sont émises à des taux supérieurs, les charges d’intérêts augmentent. Bien que la majeure partie de la dette en monnaie locale ait déjà été émise à des taux plus élevés, les montants restants demeurent importants et les coûts d’emprunt seront influencés par l’évolution des conditions de financement. L’augmentation des coûts du service de la dette réduit la marge de manœuvre budgétaire des MEED pour investir dans le développement, fournir des services publics et absorber les chocs futurs, dans un contexte d’incertitude géopolitique et macrofinancière.
En ce qui concerne la dette en devises étrangères, des remboursements substantiels d’obligations dans un contexte de dépréciation de la monnaie locale peuvent obliger les pouvoirs publics à absorber des coûts importants en monnaie locale ou à se refinancer à des taux plus élevés, augmentant encore les coûts d’emprunt et les risques de change. Dans certains cas extrêmes, les pays peuvent faire défaut sur leur dette arrivant à échéance, et cette dynamique a contribué à ce qu’au cours des trois dernières années, un nombre presque record ait été atteint de pays dont la notation de crédit correspond à un risque très élevé ou à une situation de quasi-défaut.
Dans ce contexte, les stratégies de dette souveraine, s’inscrivant dans des mesures structurelles, réglementaires et politiques plus larges, devraient viser à augmenter les liquidités, à attirer les investisseurs et à approfondir les marchés financiers afin de réduire, au fil du temps, la dépendance à l’égard des emprunts étrangers (IMF and WB, 2021[21]). Ces mesures devraient comprendre l’élaboration de courbes de rendement de référence fiables, l’amélioration des systèmes de compensation et de règlement et la promotion de mécanismes de tenue de marché.