Les marchés mondiaux de la dette sont en pleine mutation. Au cours des quinze dernières années, ils ont contribué de manière essentielle à la reprise consécutive aux deux crises mondiales du XXIe siècle (à savoir la crise financière de 2008 et la pandémie de COVID-19) en apportant en permanence des capitaux pour soutenir les entreprises et les pouvoirs publics, empêchant des récessions plus graves. Mais aujourd’hui, le monde ne peut plus se contenter de se remettre des crises. Les grandes tendances macroéconomiques, qu’elles soient d’ordre démographique ou climatique, exigent un niveau d’investissement sans précédent, dont l’essentiel sera financé par l’endettement.
À cet égard, notre monde est déjà passé à un nouveau paradigme, puisque les États et les entreprises empruntent chaque année sur les marchés environ 10 000 milliards USD de plus qu’avant la pandémie (2015-19), un montant supérieur au PIB combiné de l’Allemagne et du Japon. Dans le même temps, malgré le reflux de l’inflation vers l’objectif et l’assouplissement général des politiques monétaires en 2024, les charges d’intérêts continuent de croître à mesure qu’un nombre record d’obligations émises à des taux bas doivent être refinancées. Les taux à long terme ont en outre atteint leurs plus hauts niveaux depuis près de 20 ans sur plusieurs grands marchés en 2024, traduisant une réévaluation des perspectives macrofinancières. Par ailleurs, la volatilité s’est accrue sur de nombreux marchés sous l’effet d’une plus grande incertitude, du niveau sans précédent de l’offre de titres d’emprunt et de la plus forte sensibilité aux prix de la base d’investisseurs.
Bien que les marchés mondiaux aient jusqu’ici fait preuve de résilience, le système présente des vulnérabilités. La persistance de taux à long terme élevés sur les marchés principaux complique la situation des entreprises émettrices et des emprunteurs des marchés émergents en particulier, dans la mesure où les actifs traditionnels sûrs procurent à nouveau des rendements réels positifs aux investisseurs.
L’environnement qui sous-tend les marchés de la dette évolue lui aussi rapidement. Alors que les États et les entreprises s’efforcent de répondre à des besoins d’investissement croissants, en particulier dans le secteur de l’énergie, ils doivent composer avec le ralentissement de la croissance économique, les risques géopolitiques accrus et les priorités concurrentes en matière d’affectation des financements publics et privés. Il faut d’ores et déjà faire des choix difficiles. Sachant que chaque centime levé sur les marchés de la dette coûte plus cher, ces décisions s’avèrent encore plus délicates à prendre.
Cette deuxième édition du Rapport sur la dette mondiale intervient en ce moment critique. Ses quatre chapitres sont consacrés aux marchés des obligations souveraines dans les pays de l’OCDE et les économies de marché émergentes et en développement, mais aussi aux marchés mondiaux de la dette d’entreprise et au financement de la transition climatique par l’endettement.
Alors que les décideurs publics du monde entier sont confrontés à la lourde et difficile tâche de veiller à la viabilité des trajectoires de la dette tout en finançant les investissements nécessaires pour accroître la compétitivité et soutenir la croissance à long terme, le présent rapport a pour objet de les aider à relever ce défi en s’appuyant sur des données et analyses originales.
Carmine Di Noia
Directeur des affaires financières et des entreprises, OCDE