Le présent chapitre propose une synthèse des principales conclusions du rapport. Dans un premier temps, il décrit la réaction des pays face à l’augmentation des dépenses sociales, qui se traduit en particulier par une transition vers une approche prospective de l’investissement social, accordant une plus large place à la prévention, à l’investissement dans les enfants et à l’amélioration des chances tout au long de la vie. Il passe ensuite en revue les différents canaux par lesquels les politiques publiques influent sur le devenir des enfants, à la fois directement et indirectement à travers le bien-être, l’emploi et les conditions de vie des parents, et il met en lumière les grandes tendances de l’action publique dans les pays de l’OCDE. Il rassemble des données probantes sur la capacité des politiques sociales à réduire la pauvreté monétaire et la privation matérielle des ménages avec enfants, et à améliorer les résultats scolaires des enfants et leur état de santé autodéclaré. Ce chapitre examine par ailleurs les complémentarités et les arbitrages entre les différents domaines de l’action publique, et montre à quel point il importe d’adapter le périmètre et l’intensité de l’accompagnement aux besoins des enfants défavorisés. Enfin, il souligne combien il est essentiel d’éviter l’accumulation des handicaps dès le plus jeune âge et d’assurer un accompagnement continu tout au long de l’enfance et de l’adolescence, à la fois pour améliorer les résultats sur le plan scolaire et de la santé et pour renforcer les possibilités de mobilité sociale.
Mieux investir dans les enfants grâce aux politiques sociales (version abrégée)
1. Mieux investir dans les enfants : les enjeux et les mesures les plus efficaces
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Il est essentiel d’investir dans les enfants pour améliorer leur bien-être aujourd’hui, en les protégeant de la pauvreté et en favorisant leur développement physique, émotionnel et social, mais aussi pour renforcer leurs capacités d’apprentissage, leur socialisation et leur accès à des expériences formatrices qui leur assurent un bon départ dans la vie. Ces investissements sont particulièrement importants pour les enfants confrontés à la pauvreté monétaire et à d’autres formes de désavantage socioéconomique, dont les résultats sont généralement moins bons pendant l’enfance et dont les perspectives sur le plan professionnel et de la santé sont moins favorables à l’âge adulte (Encadré.1). On estime que l’investissement dans les enfants devrait se traduire par un meilleur niveau de formation, des liens sociaux plus solides, un meilleur état de santé et une productivité plus élevée, avec à la clé des retombées positives à la fois sur le plan individuel (meilleures perspectives professionnelles par exemple) et à l’échelle de la société, grâce à une main-d’œuvre plus qualifiée, une croissance économique plus forte et une inclusion sociale renforcée.
Dans le même temps, les responsables des politiques sociales sont confrontés à une tension croissante entre, d’une part, l’accroissement des besoins – sous l’effet notamment du vieillissement de la population et de l’émergence de risques sociaux, y compris ceux induits par le changement climatique – et, d’autre part, le durcissement des contraintes budgétaires qui limite les possibilités d’augmentation des dépenses publiques. Alors que la fécondité recule, le nombre d’enfants de moins de 18 ans dans les pays de l’OCDE devrait passer de 283 millions environ à moins de 260 millions au début des années 2030, pour atteindre 250 millions environ d’ici à 2050 (Nations Unies, 2024[1]). Ce changement démographique pourrait assouplir quelque peu les tensions que fait peser sur les dépenses sociales l’aide aux enfants et à leur famille à court terme, ce qui permettrait d’accroître les investissements par enfant, en particulier dans des domaines qui manquent de financements ou dans ceux dont il est démontré qu’ils permettraient d’obtenir les plus grandes améliorations en termes de bien-être des enfants. Néanmoins, avec la baisse du nombre d’enfants, le risque est que les enfants et leur famille deviennent moins prioritaires dans les budgets publics et que les dépenses sociales futures soient allouées à programmes qui ne profitent pas aux enfants.
Quel que soit le montant total des investissements, le changement démographique offre l’occasion de redéployer et de mieux cibler les ressources de sorte qu’elles soient plus profitables aux enfants et aux familles. En définitive, mieux investir dans les enfants peut renforcer la confiance dans l’avenir, un facteur clé des décisions individuelles en matière de fécondité qui a des retombées plus vastes sur les plans économique et démographique. Des services publics et des aides sociales fiables et disponibles – notamment des services d’accueil des jeunes enfants abordables, un enseignement de qualité, des soins de santé, une aide au logement et une garantie de revenu adaptée – réduisent l’incertitude économique et sociale et peuvent renforcer la confiance des parents dans leur capacité à avoir des enfants et à les élever. En améliorant le développement des enfants tout en permettant aux parents de s’investir plus pleinement sur le marché du travail, des politiques familiales bien pensées peuvent apporter des solutions aux défis que posent des taux de fécondité qui restent bas, le vieillissement démographique et la croissance économique. Par ailleurs, les investissements consentis pendant l’enfance sont souvent le meilleur moyen de prévenir les risques de mauvais résultats à l’âge adulte (Encadré.1), de favoriser l’accumulation de capital humain et de remédier aux tensions budgétaires.
Compte tenu de ces multiples retombées positives, il apparaît encore plus important de réorienter le débat sur l’action publique pour mettre moins l’accent sur le montant des dépenses et davantage sur leur affectation, en accordant une plus large place au rapport coût-efficacité des politiques sociales.
Ce chapitre propose une vue d’ensemble des principales conclusions présentées en détail tout au long de l’étude quant au « rapport coût-efficacité » des politiques sociales, évalué à l’aune de leur incidence sur les résultats des enfants ces vingt dernières années. Dans ce contexte, le « rapport coût-efficacité » désigne dans quelle mesure différents types de politiques sociales – et leurs caractéristiques – améliorent les résultats des enfants tout en limitant les tensions sur les dépenses sociales ou au contraire en les accentuant. Le chapitre vise à éclairer les décisions d’investissement en faveur des enfants en consolidant le socle de données probantes sur l’efficacité des dépenses sociales dans les principaux domaines de l’action publique, notamment les politiques favorisant l’activité professionnelle et l’autonomie économique des parents, l’aide au revenu pour les familles, l’éducation et l’accueil des jeunes enfants, la santé et d’autres prestations en nature. Il analyse comment ces politiques contribuent à réduire la pauvreté infantile et à améliorer les résultats en matière d’éducation et de santé, mais aussi comment la conception des politiques influence l’évolution des dépenses sociales à mesure que les pays se développent sur le plan économique.
Le chapitre commence par examiner l’évolution des dépenses sociales, notamment la transition vers une approche de l’investissement social qui accorde une place centrale aux dépenses en faveur des enfants. Il analyse ensuite les différentes dimensions des politiques sociales qui ont des retombées sur les enfants, qu’elles soient directes ou indirectes à travers leurs effets sur la situation des parents et les conditions de vie des familles, et il présente les grandes tendances relatives à ces politiques (examinées plus en détail au chapitre 2). Le reste du chapitre propose une synthèse des principales conclusions portant sur le rapport coût-efficacité des politiques sociales concernant la réduction de la pauvreté monétaire et de la privation matérielle des enfants (chapitre 3), et l’amélioration des résultats en matière d’éducation et de santé (chapitre 4). Il met plus particulièrement l’accent sur les complémentarités et les arbitrages entre les différents domaines et résultats de l’action publique, tout en récapitulant les principales conclusions tirées des résultats individuels. Dans l’ensemble, le chapitre examine dans quelle mesure la répartition des dépenses entre les différents domaines d’action, de même que certaines caractéristiques de l’élaboration, contribue à l’efficacité des politiques – ou la limite – s’agissant d’améliorer le bien-être des enfants tout en aidant à contenir les pressions qui pèsent sur les dépenses sociales.
Encadré.1. Le coût de l’inaction eu égard aux handicaps socioéconomiques vécus pendant l’enfance
Copier le lien de Encadré.1. Le coût de l’inaction eu égard aux handicaps socioéconomiques vécus pendant l’enfanceAlors que l’enfance est une période déterminante pour le développement du capital humain et social, de trop nombreux enfants sont confrontés à la pauvreté au cours de ces années formatrices, qui les prive des mêmes chances que les autres dès le plus jeune âge. Le fait de grandir dans un environnement défavorisé influe sur de multiples dimensions du bien-être (santé, développement cognitif, aptitudes socioémotionnelles) et a des répercussions durables sur le parcours de vie individuel (OCDE, 2025[2]; 2021[3]; National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine, 2019[4]; De Schutter et al., 2023[5]). Au-delà de ces effets individuels, c’est la société dans son ensemble qui est concernée à travers une productivité moindre, des recettes fiscales plus faibles et des dépenses publiques plus élevées tout au long de la vie. L’une des principales raisons pour lesquelles il convient de remédier le plus tôt possible aux désavantages socioéconomiques est qu’ils perdurent au moyen de voies de développement interconnectées : des handicaps précoces peuvent conduire à des évolutions « en cascade », par lesquelles les désavantages s’accumulent et se renforcent mutuellement dans tous les domaines, avec à la clé des inégalités qui se creusent au fil du temps en matière de santé, d’éducation et de bien-être (Masten and Cicchetti, 2010[6]; OCDE, 2021[3]). Le coût de l’inaction s’étend donc bien au-delà des conséquences immédiates de la pauvreté monétaire pendant l’enfance. Il recouvre non seulement le manque de mesures prises pour remédier aux revenus insuffisants des ménages, au coût élevé du logement et à l’augmentation du coût de la vie de manière plus générale, mais aussi l’incapacité à empêcher la détérioration connexe de la santé, de l’apprentissage et du développement socioémotionnel des enfants. Le cumul de ces désavantages induit des coûts économiques et sociaux considérables à long terme, qu’il est beaucoup plus difficile – et bien plus coûteux – d’inverser par la suite.
Les données empiriques montrent que les enfants issus de milieux socioéconomiques défavorisés sont plus exposés aux risques de problèmes à la naissance, de maladie chronique, d’obésité et de troubles de la santé mentale, sous l’effet de la privation matérielle, de l’exposition au stress et de l’accès limité aux soins préventifs. Ils sont aussi plus susceptibles d’accuser du retard dans leur développement cognitif et leur maîtrise de la langue, d’où des niveaux de formation inférieurs et des résultats scolaires plus médiocres, mais aussi une fréquence plus élevée des problèmes de comportement, des troubles anxieux et d’une satisfaction moindre à l’égard de la vie. Ces handicaps cumulés se retrouvent à l’adolescence, pendant laquelle les jeunes issus de milieux socioéconomiques défavorisés sont systématiquement moins susceptibles d’obtenir de bons résultats scolaires, de poursuivre des études supérieures, d’être en bonne santé ou de faire état d’un niveau élevé de bien-être (Clarke and Thévenon, 2022[7]).
Ces inégalités pendant l’enfance et l’adolescence persistent souvent à l’âge adulte. Les personnes qui ont grandi dans des ménages défavorisés ont généralement un niveau d’études inférieur, de moins bons résultats sur le marché du travail, des salaires moins élevés et un état de santé plus fragile. Selon les estimations relatives aux pays européens de l’OCDE et au Canada, la probabilité qu’elles occupent un emploi est inférieure de 3 à 6 points de pourcentage (p.p.), leur rémunération est inférieure de 20 % environ, et leur état de santé est moins bon, de l’ordre de deux semaines de vie en bonne santé perdues par an (Clarke et al., 2022[8]). Ces difficultés individuelles ont un coût économique considérable : dans les pays européens de l’OCDE, elles représentent 3.4 % environ du PIB par an si l’on combine les effets sur le marché du travail et sur la santé, et atteignent 5.4 % environ du PIB aux États-Unis. À l’inverse, la réduction de la pauvreté infantile pourrait générer des gains économiques importants grâce à une progression de l’emploi, des revenus et des recettes fiscales.
Plus généralement, le milieu familial reste un déterminant clé de l’inégalité des chances et de la mobilité intergénérationnelle. Les données issues de l’Évaluation des compétences des adultes (PIAAC) réalisée par l’OCDE montrent que les personnes dont les parents ont un niveau d’études élevé gagnent près de 30 % de plus en moyenne que ceux dont les parents ont un faible niveau de formation (Causa, Nguyen and Tanaka, 2026[9]). Dans les pays de l’OCDE, les circonstances dont chacun hérite, parmi lesquelles la situation socioéconomique des parents, expliquent une part importante des inégalités de revenu et exercent une grande influence sur les chances que chacun a dans la vie ; elles contribuent ainsi à plus de 60 % de l’inégalité des chances dans de nombreux pays. Ces conclusions soulignent l’importance d’un accompagnement précoce et régulier afin de réduire les désavantages et de promouvoir une plus grande égalité des chances dès l’enfance (OCDE, 2025[2]).
1.1. Répondre à l’augmentation de la demande de dépenses sociales au moyen d’investissements judicieux
Copier le lien de 1.1. Répondre à l’augmentation de la demande de dépenses sociales au moyen d’investissements judicieuxLes politiques sociales doivent faire à des demandes croissantes alors que les contraintes budgétaires s’intensifient : l’accent est donc mis non plus sur le montant des dépenses, mais plutôt sur l’amélioration de leur efficacité et l’optimisation des ressources. Dans ce contexte, de nombreux pays privilégient de plus en plus les politiques visant à renforcer l’aptitude de chacun à atteindre l’autonomie économique, comme les mesures visant à soutenir le développement des compétences, l’emploi, la capacité d’adaptation et la résilience, à prévenir les désavantages et à accumuler du capital humain et social tout au long de la vie, tant au niveau individuel que collectif. Cette approche dite de l’« investissement social » consiste à améliorer les résultats à long terme, en stimulant l’emploi et la productivité et en créant les conditions nécessaires pour réduire la dépendance future à l’égard de l’aide sociale.
Investir dans les enfants : pilier des stratégies d’investissement social
L’investissement en faveur des enfants et de la lutte contre la pauvreté infantile occupent une place centrale dans cette approche, car ils contribuent à empêcher que les inégalités à l’œuvre au cours de la petite enfance ne se transforment en désavantages durables tout au long de la vie (Esping-Andersen, 2002[10]). Les interventions menées dès la petite enfance, notamment, sont souvent très profitables : elles favorisent le développement cognitif et socioémotionnel, contribuent à rompre la transmission intergénérationnelle de la pauvreté et permettent aux parents – notamment aux mères – de rester en activité. Il est tout aussi essentiel de poursuivre cet accompagnement tout au long de l’enfance et de l’adolescence, car à ces stades des programmes bien conçus améliorent le bien-être, la réussite scolaire et les résultats futurs sur le marché du travail.
Au-delà des politiques centrées sur les enfants, des mesures en faveur des groupes plus âgés sont elles aussi nécessaires pour s’attaquer aux causes profondes de la pauvreté et préserver le système de protection sociale. On peut notamment citer les politiques actives du marché du travail, les mesures favorisant l’équilibre entre vie professionnelle et responsabilités familiales, l’apprentissage tout au long de la vie et les initiatives en faveur du vieillissement actif, qui soutiennent l’emploi et alimentent un cercle vertueux de gains sociaux et économiques. Dans ce contexte, les dispositifs de protection des revenus et de revenu minimum demeurent indispensables pour permettre aux ménages – notamment aux familles avec enfants – de couvrir leurs besoins essentiels et d’éviter de tomber dans la pauvreté. Les politiques de la santé jouent elles aussi un rôle déterminant, en soutenant à la fois le développement des enfants et la capacité des adultes à participer pleinement à la société et au marché du travail.
De nombreuses réformes des politiques sociales s’inspirent de l’approche de l’investissement social, même lorsqu’il n’y est pas fait explicitement référence. Dans le même temps, il n’est pas toujours évident de déterminer quelles sont les formes de soutien social qui relèvent ou non de l’investissement social. Si les stratégies de réforme varient fortement, plusieurs tendances communes se dégagent néanmoins : un soutien accru aux parents, une offre élargie de prestations au service de la petite enfance et des réformes des politiques actives du marché du travail visant à créer, mobiliser et préserver les compétences et les capacités humaines (Garritzmann, Häusermann and Palier, 2022[11]).
D’un pays à l’autre, toutefois, les panoplies de mesures, les modèles de financement, les horizons temporels et les profils redistributifs diffèrent sensiblement. Dans certains pays et régions de l’OCDE, la transition vers une approche fondée sur l’investissement social est explicite et sert de cadre directeur pour l’élaboration des politiques ; dans d’autres, elle est plus implicite. Même lorsque cette approche est clairement formulée, les priorités accordées aux différents leviers d’action, l’éventail des résultats visés et les horizons temporels retenus pour évaluer les retombées peuvent varier considérablement.
En Europe, l’Union européenne a joué un rôle de premier plan dans la promotion de politiques privilégiant les interventions précoces, le développement des compétences tout au long de la vie et les formes favorables de protection sociale. Les cadres de l’UE mettent l’accent sur les mesures visant à soutenir les enfants et les familles, à élargir l’accès à l’éducation et à l’accueil des jeunes enfants, à renforcer l’apprentissage continu et les politiques actives du marché du travail, ainsi qu’à concevoir des dispositifs d’aide au revenu et de services visant à faciliter l’activité professionnelle au lieu de seulement atténuer les risques (Commission européenne, 2013[12]; 2021[13]). Toutefois, le degré d’appropriation de ce programme d’investissement social varie selon les pays. Il en ressort des stratégies « équilibrées », caractérisées par un large périmètre d’investissement dans les différents domaines, des stratégies « basiques », centrées principalement sur l’éducation traditionnelle, et des stratégies « orientées », accordant une place relativement plus importante aux dispositifs de soutien dès le plus jeune âge (Baiocco et al., 2022[14]).
La réduction de la pauvreté infantile a elle aussi été inscrite dans ces principes d’investissement social. Les initiatives de l’UE encouragent l’emploi des parents, l’équilibre entre vie professionnelle et vie familiale, ainsi qu’un meilleur accès à l’éducation et à l’accueil des jeunes enfants, considérés comme des leviers essentiels pour éviter que les désavantages se transmettent de génération en génération. Depuis la fin des années 90, des cadres tels que la Stratégie européenne pour l’emploi ont incité à mettre en place des congés rémunérés, à fixer des objectifs en matière d’accueil des jeunes enfants et à prévoir d’autres formes de soutien pour permettre aux parents – en particulier aux mères – de participer au marché du travail (Thévenon, 2004[15]; Bouget et al., 2015[16]). Envisagés conjointement à certaines initiatives plus récentes de l’UE, explicitement centrées sur l’investissement en faveur des enfants et la réduction de la pauvreté infantile1, ces efforts témoignent d’une convergence croissante entre les stratégies de réduction de la pauvreté infantile et les politiques sociales préventives, axées sur l’investissement (Esping-Andersen, 2002[10]; Vandenbroucke, Hemerijck and Palier, 2011[17]; Bouget et al., 2015[16]; Commission européenne, 2024[18]).
Une étape décisive dans ce domaine a été franchie avec l’adoption de la Garantie européenne pour l’enfance en 2021, dont l’objectif est de veiller à ce que les enfants exposés au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale aient accès aux droits les plus élémentaires, comme les soins de santé et l’éducation (Commission européenne, 2021[19]). La Garantie européenne pour l’enfance appelle les États membres à offrir à tous les enfants démunis un accès effectif et gratuit aux services d’éducation et d’accueil des jeunes enfants, à l’enseignement et aux activités scolaires, à un repas sain au moins par jour d’école et aux soins de santé. Elle recommande également de veiller à ce qu’ils aient accès à une alimentation saine et à un logement convenable. Chaque État membre doit élaborer un plan d’action national pour mettre en œuvre la Garantie européenne pour l’enfance jusqu’en 2030. Conformément à la Recommandation, ces plans doivent instaurer un cadre stratégique intégré pour lutter efficacement contre l’exclusion sociale des enfants. Ils doivent également prendre en compte les dimensions géographiques de la pauvreté et des inégalités chez les enfants en accordant une attention particulière aux besoins spécifiques de ceux qui résident dans des zones défavorisées, qu’elles soient urbaines, rurales, isolées ou marquées par une forte ségrégation sociospatiale, à travers une approche pluridisciplinaire coordonnée.
Dans ce contexte, en mai 2026, la Commission européenne a adopté un programme important de politiques sociales, englobant notamment la première Stratégie de lutte contre la pauvreté de l’UE (Commission européenne, 2026[20]), une proposition de Recommandation du Conseil sur la lutte contre l’exclusion en matière de logement, un renforcement de la Garantie européenne pour l’enfance (Commission européenne, 2026[21]) et une stratégie actualisée en faveur des droits des personnes handicapées à l’horizon 2030. Ce programme vise à accélérer la réduction du nombre de personnes exposées au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale d’au moins 15 millions d’ici à 2030 (dont au moins 5 millions d’enfants), en mettant l’accent sur la qualité des emplois, l’accès aux services et à l’aide au revenu, la prévention du sans-abrisme, et la rupture de la transmission intergénérationnelle des désavantages.
La Nouvelle-Zélande a adopté une forme particulièrement explicite et pratique de l’approche de l’investissement social. L’objectif fondamental de cette approche est de donner aux personnes, aux whānau, aux familles et aux communautés les moyens d’obtenir de meilleurs résultats et de s’épanouir, en adoptant une perspective à long terme englobant les multiples dimensions de leur existence (Social Investment Agency, 2026[22]). Elle met l’accent sur l’intervention et la prévention en amont plutôt que sur la réponse aux crises, cible les investissements sur les personnes aux besoins les plus importants et les plus complexes, et encourage un accompagnement global centré sur la famille. Dans la pratique, l’investissement social est mis en œuvre par l’intermédiaire d’un cadre fondé sur des données et des éléments probants permettant de concevoir, financer et fournir des services sociaux, accordant une large place aux résultats à long terme (Gouvernement de la Nouvelle-Zélande, 2013[23]; 2025[24]). D’une manière plus générale, cette approche consiste en premier lieu à affecter les ressources publiques là où elles peuvent être les plus utiles, non seulement en améliorant la conception et la prestation des services et la coordination entre les organismes publics, mais aussi en éclairant les décisions prises à plus haut niveau en matière de dépenses à l’échelle de l’ensemble du système (Social Investment Agency, 2026[22]). L’une de ses principales caractéristiques est le recours à la sous-traitance assortie d’objectifs de résultats, selon laquelle les financements sont conditionnés à l’obtention de résultats mesurables plutôt qu’à des activités prédéfinies. Ainsi, les prestataires de services peuvent innover et adapter l’accompagnement aux besoins des individus et des familles, sans perdre de vue l’objectif premier consistant à améliorer les résultats à long terme.
La réduction de la pauvreté infantile est l’un des piliers de cette démarche adoptée par la Nouvelle-Zélande, soutenue par des objectifs formels, des obligations en matière d’établissement de rapports et une planification des politiques fondée sur des données probantes axées sur les résultats (Gouvernement de la Nouvelle-Zélande, 2025[24]). La loi de 2018 sur la réduction de la pauvreté infantile (Child Poverty Reduction Act) a instauré des objectifs obligatoires à trois et à dix ans, couvrant plusieurs indicateurs, dont la pauvreté monétaire (avant et après prise en compte des coûts du logement) et les difficultés matérielles. En s’appuyant sur ce cadre, la Stratégie pour l’enfance et la jeunesse 2024-2027 (Gouvernement de la Nouvelle-Zélande, 2024[25]) fixe trois priorités pour les enfants et leur famille : i) accompagner les enfants, leur famille et leur whānau au cours des 2 000 premiers jours après la naissance ; ii) réduire les difficultés matérielles des enfants en augmentant les revenus des ménages, en favorisant l’accès à un logement stable, en réduisant le coût des biens et services essentiels et en éliminant les désavantages persistants, en donnant la priorité aux revenus des ménages ; et iii) prévenir les violences contre les enfants.
Le Canada offre l’exemple d’un engagement durable en faveur de la réduction de la pauvreté infantile, qui illustre l’importance d’une stratégie globale réunissant plusieurs éléments compatibles avec une démarche d’investissement social, même si celle-ci n’est pas explicitement présentée comme telle. Les gouvernements successifs ont progressivement étendu le soutien apporté aux familles à revenu faible ou modeste, et renforcé la coordination entre les échelons fédéral, provincial et territorial, notamment dans le cadre de la stratégie lancée en 2018, Une chance pour tous : la première Stratégie canadienne de réduction de la pauvreté (EDSC, 2018[26]). Dans le cadre de cette stratégie, qui s’inscrit dans le droit fil de l’Objectif de développement durable d’éradication de la pauvreté (ODD 1) des Nations Unies, le Canada a adopté une panoplie de mesures visant à réduire la pauvreté et à renforcer le filet de protection sociale. Ces mesures prévoient notamment un renforcement de l’aide au revenu ciblée sur les familles, une sécurité financière renforcée à la retraite, et des compléments de revenu améliorés pour les travailleurs faiblement rémunérés afin de favoriser leur activité professionnelle et leur ascension sociale. Outre des aides au revenu immédiates, le Canada a réalisé des investissements stratégiques à plus long terme dans certains domaines comme le logement, l’eau potable, la santé, les transports, l’éducation et l’accueil des jeunes enfants et l’emploi, en vue de s’attaquer aux multiples dimensions de la pauvreté. Ces dernières années, le Canada a aussi mis en place le Programme national d’alimentation scolaire et lancé un Régime de soins dentaires, qui visent à améliorer l’accès à une alimentation saine et à des soins de santé essentiels, à un coût abordable.
L’Allocation canadienne pour enfants, conçue pour simplifier l’aide au revenu au moyen d’un versement mensuel unique exonéré d’impôt, constitue l’un des piliers du programme d’action mené par le Canada pour lutter contre la pauvreté infantile. Cette allocation renforce la progressivité en allouant une aide financière plus importante aux familles à revenu faible et intermédiaire, ce qui contribue à réduire efficacement la pauvreté infantile (Thévenon, Clarke and Simard-Duplain, 2024[27]).
Évolution des dépenses sociales et des politiques ayant une incidence sur les enfants
Au-delà des stratégies d’investissement explicitement dédiées aux enfants examinées ci-dessus, le chapitre 2 montre que l’évolution des politiques sociales au cours des vingt dernières années a, dans une large mesure, entraîné une convergence avec les principes de l’investissement social, transformant ainsi la manière dont les politiques influent sur les résultats des enfants et des familles. Le chapitre 2 replace ces changements dans le contexte plus vaste des évolutions démographiques et des pressions successives subies par les systèmes de protection sociale. Il passe ensuite en revue les principales tendances observées dans les pays de l’OCDE, notamment l’augmentation des dépenses pour les prestations en nature, le renforcement des aides aux familles avec enfants, l’intensification des efforts visant à soutenir les parents qui travaillent et l’affaiblissement de l’effet redistributif de l’aide au revenu.
L’analyse montre que, dans les pays de l’OCDE, les dépenses sociales ont fortement augmenté au cours des deux dernières décennies, passant d’environ 20 % à 25 % du PIB et progressant de près des deux tiers par habitant. Cette progression est principalement imputable au vieillissement démographique et à la hausse des coûts des soins de santé. Les dépenses publiques de santé par habitant ont en effet augmenté de 70 % environ, tandis que les dépenses consacrées aux personnes âgées ont progressé de près de 60 %. En 2021, ces deux catégories de dépenses représentaient ensemble près des deux tiers du total des dépenses sociales publiques. Les dépenses affectées aux programmes actifs du marché du travail et aux allocations de chômage ont aussi fortement augmenté (de 68 % et 85 % respectivement) – en particulier au lendemain de la pandémie de COVID‑19 – mais elles représentaient encore moins de 8 % des dépenses publiques sociales en 2021. À l’inverse, les dépenses allouées aux familles avec enfants sont restées modestes par comparaison, et représentaient 9 % des dépenses sociales publiques tout au long des vingt années considérées. Le nombre d’enfants ayant diminué au cours de la même période, cela s’est néanmoins traduit par une augmentation des dépenses publiques par enfant.
Ce chapitre met également en évidence l’évolution de la structure sous-jacente des politiques et des dépenses sociales publiques et privées (facultatives et obligatoires)2 ayant une incidence sur les enfants :
Premièrement, le recours à des mesures actives et les aides destinées aux parents qui travaillent ont été renforcés, avec l’extension des droits au congé parental rémunéré et le développement des services d’éducation et d’accueil des jeunes enfants. Par exemple, l’augmentation corrigée de l’inflation des dépenses consacrées aux services d’EAJE en pourcentage de la population totale atteint 100 % au cours des vingt dernières années, soit près de deux fois la hausse relative des dépenses sociales totales par habitant. L’accès demeure toutefois inégal : en Europe, en 2024, environ 49 % des enfants de moins de trois ans appartenant à la catégorie de revenus la plus élevée étaient inscrits dans un dispositif formel d’accueil des jeunes enfants, contre 33 % dans la catégorie de revenus la plus faible.
Deuxièmement, le recours aux services en nature s’est accentué : ceux-ci représentaient environ 64 % du total des dépenses sociales en 2021, contre 58 % au début des années 2000. Les services de santé absorbent près des trois quarts de ces dépenses, les services liés à la famille constituant la deuxième catégorie la plus importante.
Troisièmement, l’investissement en faveur des familles et de la petite enfance a augmenté, sous l’effet à la fois d’une hausse des transferts en espèces et – plus nettement encore – de l’élargissement des services en nature proposés. Les dépenses par habitant consacrées à l’aide aux familles en nature ont plus que doublé en valeur réelle depuis 2001, l’éducation et l’accueil des jeunes enfants représentant environ les deux tiers du total. Cela étant, une fois rapprochées des dépenses globales d’éducation consacrées aux enfants d’âge scolaire, les dépenses par enfant dans la petite enfance restent souvent inférieures à celles consacrées aux enfants plus âgés, du fait des niveaux plus élevés de dépenses allouées à l’enseignement formel.
Quatrièmement, les prestations en espèces continuent de jouer un rôle central dans le soutien aux familles, et associent généralement des éléments universels et des volets ciblés, même si leur conception et leur générosité varient fortement d’un pays à l’autre. En 2024, tous les pays de l’OCDE versaient au moins une prestation familiale, la plupart en proposaient plusieurs et environ la moitié appliquaient des conditions de ressources. De nombreux systèmes prévoient des mesures complémentaires pour les familles monoparentales, tandis que certains pays – à savoir l’Allemagne, le Danemark, l’Estonie, la Finlande, la Lettonie, la Lituanie, la Norvège, la République slovaque, la Suède et la Suisse – ont mis en place des dispositifs d’avance sur pension alimentaire. Plusieurs pays versent également des allocations liées à la scolarité pour aider à couvrir le coût des fournitures, des vêtements et du matériel, ou à réduire, voire à supprimer, les frais scolaires annexes pour les élèves issus de familles à faible revenu. En outre, certains pays – comme la France, l’Italie et la Norvège – proposent des prestations soumises à conditions de ressources spécifiquement destinées aux familles avec de jeunes enfants. Enfin, plusieurs pays de l’OCDE corrèlent une partie de l’aide aux familles à la situation des parents au regard de l’emploi, par exemple sous la forme de crédits d’impôt liés à l’exercice d’un emploi ou d’allocations de garde d’enfants, comme constaté en Belgique, en Corée, en Finlande, en Norvège et en République tchèque.
L’aide au revenu augmente généralement avec la taille de la famille : en moyenne, les familles à faible revenu avec deux enfants reçoivent un soutien net environ 1.9 fois supérieur à celui des familles comparables avec un seul enfant, et celles avec trois enfants presque trois fois plus, même si les écarts entre pays sont importants. Dans certains pays, le soutien accordé aux familles avec deux enfants (notamment en Hongrie et en Slovénie) est nettement plus de deux fois supérieur à celui versé aux familles avec un enfant, et dans d’autres (Espagne, Estonie, Hongrie, Lettonie et Slovénie), il est plus de quatre fois supérieur pour les familles avec trois enfants.
Cinquièmement, malgré certaines améliorations, des défis d’envergure subsistent en ce qui concerne la redistribution et l’adéquation de l’aide au revenu. Si les salaires minimums assurent aujourd’hui une meilleure protection contre la pauvreté qu’il y a vingt ans – passant en moyenne d’un peu plus de 42 % du revenu médian au début des années 2000 à environ 55 % en 2023 –, ces progrès n’ont pas été universels. À cela s’ajoute une intensité de travail plus faible parmi les familles avec enfants que parmi les ménages sans enfants, ce qui signifie que les revenus du travail à eux seuls sont souvent insuffisants pour protéger les familles de la pauvreté au travail.
Les systèmes de prélèvements et de prestations réduisent la pauvreté des enfants d’environ un tiers en moyenne dans la zone OCDE – soit environ 7 p.p. –, mais leurs retombées varient fortement d’un pays à l’autre.
Malgré le rôle important joué par les transferts de revenu dans la lutte contre la pauvreté, l’effet redistributif des systèmes de prélèvements et de prestations au profit des ménages modestes s’est affaibli dans de nombreux pays de l’OCDE ces vingt dernières années. Si certains pays conservent des systèmes très ciblés dans lesquels plus de la moitié des prestations sociales bénéficient aux 30 % de ménages situés dans le bas de l’échelle des revenus, la contribution des transferts nets au revenu disponible ainsi que la redistribution des politiques de prélèvements et de prestations au profit des familles avec enfants à revenu faible et intermédiaire ont globalement diminué depuis le début des années 2000, seul un petit nombre de pays ayant accru le soutien aux familles modestes.
La redistribution horizontale en faveur des familles avec enfants a aussi décliné avec le temps dans de nombreux pays de l’OCDE. Si les familles nombreuses continuent de percevoir des transferts nets sensiblement plus élevés que les familles plus petites, l’aide aux familles avec enfants, quelle que soit leur taille, a sensiblement diminué dans de nombreux pays, malgré quelques augmentations notables dans un petit groupe de pays (dont l’Estonie, la Grèce, la Corée, la Lettonie, la Lituanie, le Japon et la Pologne).
1.2. Améliorer l’efficacité des dépenses sociales au bénéfice des enfants et des finances publiques
Copier le lien de 1.2. Améliorer l’efficacité des dépenses sociales au bénéfice des enfants et des finances publiquesPour investir dans les enfants, les pouvoirs publics doivent prendre des décisions stratégiques quant à l’allocation des ressources publiques futures à l’appui de l’amélioration du bien-être des enfants. Cela implique de décider non seulement du montant des dépenses, mais aussi de la répartition des budgets sociaux entre les domaines d’action, les formes de soutien et les groupes cibles de manière à réduire le plus efficacement possible la pauvreté infantile et à améliorer la santé, l’éducation et les perspectives à long terme des enfants. L’enjeu n’est donc pas le même que celui qui consiste à déterminer les domaines de réduction ou de réaffectation des dépenses dans le cadre d’un budget fixe. Il s’agit plutôt de définir comment les ressources supplémentaires générées par un développement économique durable peuvent être investies le plus efficacement possible pour être le plus profitables possible aux enfants.
Dans de nombreux pays de l’OCDE, le développement économique régulier pourrait offrir la marge de manœuvre nécessaire pour augmenter les dépenses sociales. Néanmoins, le vieillissement démographique et d’autres risques sociaux émergents font peser un poids de plus en plus lourd sur les budgets publics, d’où des contraintes budgétaires de plus en plus importantes. Dans ce contexte, les décisions des pouvoirs publics doivent tenir compte non seulement de l’efficacité des dépenses sociales au regard de l’amélioration des résultats des enfants, mais aussi de leurs implications pour l’orientation future des dépenses publiques et leur viabilité.
Pour évaluer le « rapport coût-efficacité » des politiques sociales, il est donc nécessaire de comprendre comment les dépenses sociales sous forme d’aide en espèces et en nature, de même que la répartition de cette aide entre les ménages et les familles, influent à la fois sur les résultats des enfants et l’évolution des dépenses sociales à long terme. Il convient également de reconnaître que de nombreux domaines de la politique sociale – et pas seulement ceux qui sont explicitement ciblés sur les enfants et les familles – peuvent avoir des retombées importantes sur le bien-être des enfants.
Six domaines relevant de la politique sociale qui influent sur les résultats des enfants
Ces travaux recensent six grandes catégories de politiques sociales susceptibles de contribuer de manière substantielle à l’amélioration des résultats des enfants3 (Graphique 1 et Encadré.1.) et, ce faisant, d’empêcher la transmission du désavantage d’une génération à l’autre et d’en réduire les coûts sociaux et économiques à long terme (De Schutter et al., 2023[5]; Clarke et al., 2024[28]) :
Les mesures visant à concilier travail et vie de famille et les politiques actives du marché du travail (PAMT) favorisent l’accès des parents à l’emploi, augmentent l’intensité de travail et améliorent les conditions de vie des ménages – autant de facteurs essentiels pour réduire la pauvreté des familles et renforcer leur sécurité financière. Les mesures visant à concilier vie professionnelle et vie de famille comprennent notamment les droits à congé parental rémunéré, les modalités de travail flexibles et l’accès à des services abordables d’éducation et d’accueil des jeunes enfants, qui favorisent un meilleur équilibre entre travail et responsabilités familiales. Les politiques actives du marché du travail englobent toutes les dépenses sociales (autres que les dépenses d’éducation) qui visent à améliorer les chances de trouver un emploi rémunéré ou les perspectives de rémunération. Elles recouvrent l’aide à la recherche d’emploi, la formation et le soutien ciblé en vue de surmonter les obstacles à l’emploi. Même si elles ne s’adressent pas exclusivement aux parents, ces politiques répondent à nombre de leurs besoins spécifiques. En outre, elles jouent un rôle important pour les futurs parents qui cherchent à accéder à un emploi stable avant d’avoir des enfants. Elles influent sur les résultats des enfants de multiples manières (en favorisant l’emploi des parents et des revenus plus stables, et en améliorant les conditions de travail) et créent des environnements plus propices au bien-être des parents, à une parentalité de qualité et à l’investissement dans les enfants, même si ces effets sont essentiellement indirects et peuvent tarder à se concrétiser.
Les dispositifs d’aide au revenu et les mesures de revenu minimum augmentent les ressources dont disposent les familles à faible revenu – qu’elles travaillent ou non – et contribuent à assurer un niveau de vie convenable. Contrairement aux PAMT, dont les effets dépendent de l’amélioration de la situation professionnelle et peuvent mettre du temps à se faire sentir, l’aide au revenu peut entraîner une amélioration plus immédiate des conditions de vie. Ces dispositifs englobent un large éventail de transferts en espèces ciblés, qui sont définis selon le revenu, la composition du ménage, la situation au regard de l’emploi ou la situation.
Les prestations et services de soutien pour les familles conjuguent aide financière et en nature pour faire face aux coûts et aux risques associés à l’éducation des enfants. Il s’agit notamment de prestations en espèces et de réductions d’impôt pour aider à couvrir les dépenses liées aux enfants, les besoins de prise en charge ou les risques familiaux comme la séparation. Cette catégorie englobe également les instruments préaffectés ou en « quasi-espèces » (comme les bons alimentaires ou des services essentiels) qui réduisent directement l’exposition des enfants à la privation matérielle, ainsi que les services d’aide aux familles qui assurent un accompagnement sur mesure aux ménages aux besoins complexes ou caractérisés par de multiples désavantages. Leur efficacité varie par nature : des transferts réguliers et prévisibles ont généralement un effet plus important que les versements ponctuels, car ils peuvent être pris en compte dans le budget des ménages et les décisions à plus long terme. Certains transferts sont subordonnés à l’utilisation de services d’éducation, d’accueil des jeunes enfants ou de santé, et le soutien peut également passer par le système fiscal, par exemple sous la forme de crédits d’impôt ou d’abattements fiscaux en faveur des familles avec enfants.
Les aides au logement et les services sociaux jouent un rôle crucial dans la réduction de la privation matérielle et l’amélioration des conditions de vie. En abaissant les coûts liés au logement et en assurant sa stabilité, les mesures de ce type peuvent offrir un logement à la fois sûr et sain, libérer des ressources permettant de répondre aux besoins des enfants et faciliter l’accès des parents à l’emploi. Les services sociaux contribuent aussi à remédier aux difficultés sociales (isolement social, obstacles administratifs, consommation de substances ou exposition à la violence, par exemple) susceptibles de nuire à la stabilité de l’emploi et au bien-être des familles.
Les politiques de la santé influent sur les résultats des enfants par de multiples canaux. Il s’agit notamment des services préventifs et curatifs qui ciblent directement les enfants (par exemple les bilans de santé ou les soins pédiatriques), ainsi que des services qui soutiennent la santé physique et mentale des parents. En améliorant le bien-être des parents, les politiques de la santé améliorent leur capacité à s’occuper de leurs enfants, renforcent les relations parents-enfants et favorisent la participation au marché du travail. Il convient toutefois de noter que, compte tenu des limites des données, il est difficile de distinguer les dépenses spécifiquement allouées aux services de santé pour les enfants des dépenses de santé plus générales qui bénéficient à l’ensemble de la population.
Les politiques de l’éducation jouent un rôle central dans l’amélioration des résultats scolaires des enfants, en particulier de ceux issus de milieux défavorisés. Au-delà de la réussite scolaire, elles façonnent l’environnement et le climat scolaires – facteurs clés de bien-être pour les enfants – et jouent un rôle majeur dans la détection et la prise en charge des difficultés auxquelles les enfants peuvent être confrontés au cours de leur vie.
Graphique 1. Trajectoires d’action en faveur du bien-être des enfants : cadre simplifié
Copier le lien de Graphique 1. Trajectoires d’action en faveur du bien-être des enfants : cadre simplifiéGrandes catégories de mesures susceptibles d’influer sur les résultats des enfants
Note : Le graphique donne à penser que chaque domaine d’action influe principalement sur les résultats qui lui sont le plus directement liés, mais peut aussi avoir des effets indirects sur des résultats plus éloignés. Ces effets plus généraux peuvent s’expliquer par le fait que les politiques qui influent sur la pauvreté et les conditions de vie matérielles peuvent avoir des retombées sur un large éventail de résultats des enfants (comme l’illustre le cercle), et que les différentes dimensions du bien-être des enfants interagissent entre elles. Ainsi, l’aide sociale et les dispositifs de revenu minimum, ainsi que les prestations familiales, ont principalement une incidence sur les conditions de vie matérielles et les risques de pauvreté des ménages. Toutefois, ils peuvent aussi influer sur les résultats des enfants en matière d’apprentissage et de santé, à la fois en réduisant la pauvreté et en mobilisant des ressources supplémentaires des ménages pour répondre à leurs besoins de développement.
Les ressources publiques allouées par les pays à ces différents domaines d’action dépendent des priorités nationales en matière d’action publique, mais on observe clairement des tendances communes qui montrent que le niveau et la composition des dépenses sociales sont étroitement liés au développement économique (voir Annexe 1.A). Les pays ayant un PIB par habitant élevé consacrent beaucoup plus de ressources aux politiques sociales et allouent généralement une part beaucoup plus importante de leurs dépenses aux familles avec enfants, notamment en augmentant le montant des dépenses dédiées aux prestations en espèces et aux programmes actifs du marché du travail. À l’inverse, la part des dépenses sociales consacrées à la santé diminue généralement à mesure que les pays s’enrichissent, tandis que la part allouée à l’éducation et à l’accueil des jeunes enfants reste relativement stable. Des niveaux de développement économique élevés sont également associés à un taux d’emploi des mères plus important, un taux de chômage plus faible, une plus grande fréquentation des services d’éducation et d’accueil des jeunes enfants, et des taux de pauvreté infantile et de privation matérielle aigüe nettement inférieurs. Considérés dans leur ensemble, ces éléments témoignent de l’importance du développement économique et d’un investissement social régulier pour améliorer les conditions de vie des enfants, et mettent également en évidence la nécessité de comprendre non seulement le montant des dépenses des pays, mais aussi la manière dont la conception et l’affectation des dépenses sociales influent sur les résultats obtenus au moyen de la hausse des dépenses sociales.
Comment évaluer l’efficacité des dépenses sociales en faveur des enfants ?
L’analyse présentée dans ce rapport vise à déterminer comment les dépenses allouées aux politiques sociales peuvent optimiser l’utilisation des ressources au profit des enfants, c’est-à-dire à évaluer leur capacité à améliorer les résultats des enfants tout en limitant, autant que faire se peut, les pressions sur les dépenses sociales publiques. Cette approche repose sur une perspective prospective, axée sur la manière dont les dépenses sociales peuvent être structurées, réparties et conçues de sorte à optimiser leur impact sur le bien-être des enfants tout en soutenant la viabilité à long terme des budgets sociaux. Il s’appuie sur des travaux antérieurs de l’OCDE qui portaient sur l’évaluation de l’efficience des systèmes de santé et d’éducation (Lorenzoni et al., 2018[29]; Égert, Botev and Turner, 2020[30]), en adaptant ces approches aux politiques sociales ciblées sur les enfants.
Pour évaluer le rapport coût-efficacité des politiques sociales pour les enfants, il faut examiner deux dimensions étroitement liées :
L’efficacité des politiques, afin de déterminer dans quelle mesure certaines caractéristiques des politiques publiques renforcent ou au contraire diminuent l’influence des dépenses sociales sur les résultats des enfants, par comparaison avec un scénario contrefactuel dans lequel les dépenses sociales augmentent sans que la panoplie des mesures utilisées soit modifiée. L’analyse cherche à déterminer si les différences dans la répartition des dépenses sociales entre les différents domaines d’action, l’équilibre entre transferts en espèces et services en nature, et la conception et le ciblage de l’aide au revenu sont associées à une amélioration plus marquée des résultats des enfants pour un niveau donné de hausse des dépenses. Les résultats considérés comprennent la pauvreté et la privation matérielle des enfants, les résultats scolaires, la santé et le bien-être émotionnel. Ces résultats sont modélisés en fonction du total des dépenses sociales, de la conception des politiques et des caractéristiques structurelles pertinentes qui influent sur les conditions de vie des enfants, comme la composition des ménages, la prévalence des familles monoparentales, la fécondité des adolescentes et la pauvreté avant transferts. Les chapitres 3 et 4 expliquent en détail la méthodologie empirique utilisée.
Les implications en matière de dépenses, afin de déterminer si d’autres caractéristiques des politiques accentuent ou atténuent la hausse des dépenses sociales à long terme. Plus précisément, l’analyse cherche à déterminer si les différences dans l’affectation des dépenses, l’équilibre entre transferts en espèces et services en nature, ou le ciblage des aides sont associées à des niveaux de dépenses sociales à long terme supérieurs ou inférieurs à ceux que l’on pourrait attendre compte tenu de la situation économique et démographique sous-jacente d’un pays. Les dépenses sociales sont d’abord modélisées en fonction du PIB par habitant – qui reflète la capacité budgétaire d’un pays à dépenser – et de certains facteurs démographiques, comme l’espérance de vie et le taux de dépendance, qui déterminent les besoins de dépenses des pays. Les caractéristiques de l’élaboration des politiques sont prises en compte ensuite pour expliquer pourquoi des pays présentant des niveaux de développement économique et des pressions démographiques analogues peuvent tout de même suivre des trajectoires de dépenses différentes. Les effets estimés sont exprimés sur la base de la variation en pourcentage des dépenses sociales associée à une modification progressive d’une caractéristique donnée, par comparaison avec un scénario dans lequel la panoplie de mesures reste inchangée. En fonction de la politique considérée, ces effets peuvent être le signe soit d’une atténuation4 soit d’une accentuation des pressions à long terme sur les dépenses.
En conjuguant ces deux dimensions, il est possible d’évaluer l’efficacité de différentes configurations de l’action publique. On considère qu’une politique offre un meilleur rapport coût-efficacité lorsqu’elle aboutit à une amélioration plus marquée des résultats des enfants sans accentuer les pressions sur les dépenses sociales à long terme. Le rapport coût-efficacité est donc optimal lorsque les politiques publiques renforcent les résultats dans de multiples dimensions (réduction de la pauvreté infantile et amélioration des résultats scolaires, de l’état de santé et du bien-être socioémotionnel notamment) tout en atténuant la corrélation à long terme entre développement économique, évolution démographique et dépenses sociales.
Le cadre proposé s’inscrit dans une perspective à long terme selon laquelle les dépenses sociales évoluent en fonction du développement économique et de l’évolution démographique des pays. À ce titre, il est conçu pour déterminer comment différentes configurations de l’action publique influent sur l’efficacité et la viabilité des dépenses sociales à long terme, plutôt que pour évaluer les réaffectations à court terme neutres sur le plan budgétaire, où la hausse des dépenses dans un domaine d’action est compensée en totalité par une réduction de dépenses dans un autre domaine. Néanmoins, les conclusions apportent également des éclairages sur les effets potentiels d’une réduction durable des dépenses sociales. En recensant les configurations qui ont peu d’effet sur les résultats des enfants pour une variation donnée des dépenses sociales, l’analyse met en évidence les options stratégiques susceptibles de préserver le bien-être des enfants le plus efficacement en cas de resserrement durable des budgets sociaux publics.
Principales caractéristiques des politiques
L’analyse porte sur plusieurs dimensions clés de la conception des politiques sociales qui déterminent l’accompagnement offert aux familles et aux enfants :
La composition des dépenses sociales dans les différents domaines de l’action publique, notamment les dépenses allouées à l’éducation et l’accueil des jeunes enfants (EAJE), aux prestations familiales en espèces, à la santé, aux politiques actives du marché du travail et à d’autres services en nature. La répartition des ressources entre ces domaines d’action reflète l’orientation générale du système de protection sociale et, comme on l’a vu à la section précédente, peut déterminer dans quelle mesure les politiques résorbent les désavantages socioéconomiques pendant l’enfance et améliorent les résultats des enfants.
Les mesures axées sur l’emploi, notamment les dépenses consacrées aux programmes actifs du marché du travail et les incitations financières au travail, qui visent à promouvoir l’activité professionnelle et à renforcer le potentiel de rémunération des familles.
La fourniture de services en nature, notamment l’éducation et l’accueil des jeunes enfants, les services de santé et de logement et d’autres services sociaux, qui soutiennent directement le développement des enfants et le bien-être des familles tout en complétant le revenu des ménages.
La conception des dispositifs d’aide au revenu, notamment le montant et le ciblage des transferts en espèces. Il s’agit notamment de déterminer dans quelle mesure les transferts sont ciblés sur les ménages à faible revenu, mais aussi comment l’aide varie en fonction des caractéristiques de la famille, comme le nombre d’enfants, la structure familiale et le revenu du ménage.
Ensemble, ces dimensions de l’action publique rendent compte des principaux leviers actionnés par les pouvoirs publics pour orienter les politiques sociales. Elles reflètent les décisions prises quant à la répartition des ressources entre les différents domaines d’action, l’équilibre entre transferts en espèces et services en nature, l’importance accordée à la promotion de l’emploi par rapport à l’aide au revenu, et au ciblage des prestations sur différentes catégories de ménages. Ces choix influent sur les conditions de vie des enfants par de multiples biais (revenu du ménage, accès aux services essentiels, emploi des parents, conditions de logement et bien-être de la famille) et devraient donc avoir une incidence sur un large éventail de résultats des enfants, y compris leur bien-être matériel, leur réussite scolaire et leur santé.
Les indicateurs utilisés pour mesurer ces dimensions stratégiques sont principalement fondés sur la Base de données de l’OCDE sur les dépenses sociales (SOCX) (OCDE[31]), la Base de données de l’OCDE sur la famille (OCDE[32]), la Base de données sur la distribution des revenus et la pauvreté de l’OCDE (OCDE[33]), le modèle impôts-prestations de l’OCDE (OCDE[34]) et le Portail de données de l’OCDE sur le bien-être des enfants (OCDE[35]).
Dans ce contexte, l’analyse des chapitres 3 et 4 poursuit trois objectifs principaux. Premièrement, elle examine comment les différents leviers des politiques sociales influencent diverses dimensions des résultats des enfants, et dans quelle mesure ces résultats peuvent être améliorés individuellement ou conjointement. Deuxièmement, elle évalue l’efficacité de ces politiques pour les enfants, c’est-à-dire leur capacité à améliorer les résultats des enfants tout en maîtrisant, au fil du temps, les pressions qui s’exercent sur les dépenses sociales. En combinant ces deux dimensions, le rapport évalue l’efficacité des politiques sociales du point de vue de l’enfant, en examinant leur contribution à la réduction de la pauvreté monétaire et de la privation matérielle des enfants, au renforcement des résultats scolaires des adolescents, et à l’amélioration de l’état de santé autodéclaré. Il étudie en outre comment les caractéristiques générales de l’élaboration des politiques déterminent à la fois l’efficacité des dépenses sociales pour atteindre ces résultats et leur incidence sur l’évolution des dépenses sociales. Troisièmement, l’analyse examine les interactions entre les politiques, notamment pour déterminer si certaines combinaisons d’interventions donnent de meilleurs résultats que des mesures isolées, et comment ces effets varient d’un pays à l’autre en fonction de leur niveau de développement économique et de la maturité de leurs systèmes de protection sociale.
1.3. Optimiser l’utilisation des ressources consacrées à la lutte contre la pauvreté infantile
Copier le lien de 1.3. Optimiser l’utilisation des ressources consacrées à la lutte contre la pauvreté infantileLe chapitre 3 permet d’apprécier le « rapport coût-efficacité » des politiques sociales dans la lutte contre la pauvreté infantile et la privation matérielle, à travers l’influence que les choix de dépenses et les caractéristiques de ces politiques exercent à la fois sur l’efficacité de la lutte et sur les tensions futures en matière de dépenses. La pauvreté infantile est appréhendée à l’aide de trois indicateurs complémentaires :
La pauvreté monétaire relative des enfants, qui mesure la part d’enfants vivant dans des ménages dont le revenu disponible équivalent est inférieur à 50 % du revenu médian national. Elle augmente à mesure que le revenu médian progresse d’une année sur l’autre.
La grande pauvreté (monétaire) infantile, qui mesure la part d’enfants vivant en dessous du seuil de pauvreté corrigé de l’inflation et « ancré dans le temps » en 2005. Dans la mesure où le niveau de vie a augmenté au fil du temps dans la plupart des pays de l’OCDE, le taux de pauvreté ancré dans le temps permet de s’intéresser de plus près aux enfants vivant dans une situation particulièrement précaire parmi tous ceux qui se trouvent en dessous du seuil de pauvreté relative.
La privation matérielle aigüe des enfants correspond à un indicateur de l’UE mesurant le pourcentage d’enfants vivant dans des ménages incapables, faute de moyens, de couvrir les dépenses liées à certains éléments considérés par la plupart des individus comme souhaitables, ou même nécessaires, pour avoir un niveau de vie acceptable, comme maintenir le logement à une température convenable, s’offrir des repas de qualité nutritionnelle suffisante, faire face à des dépenses imprévues et financer une semaine de vacances par an hors du domicile.
Le recours à des mesures complémentaires de la pauvreté monétaire et de la privation matérielle est motivé par le fait que ces indicateurs permettent d’appréhender sous des angles différents le désavantage économique chez les enfants. Les mesures de la pauvreté monétaire sont utiles pour les comparaisons entre pays et font apprécier le risque de pauvreté infantile, mais elles ne donnent qu’un aperçu limité des conditions de vie effectives des enfants. Les parents peuvent épargner une partie des conséquences attachées aux revenus modestes du ménage à leurs enfants, et ceux-ci peuvent bénéficier de prestations en nature, fournies sous forme de services par les pouvoirs publics, qui ne sont pas prises en considération dans les mesures classiques fondées sur les revenus. C’est pourquoi les indicateurs de pauvreté sont, de plus en plus, complétés par des mesures de la privation matérielle, qui permettent d’évaluer de manière plus directe l’exposition des enfants à la précarité. Ces mesures présentent elles aussi des limites, cependant, puisqu’elles reposent sur des listes prédéfinies de biens et d’activités essentiels qui ne reflètent pas nécessairement tous les aspects de la précarité. Les mesures du revenu demeurent quant à elles indispensables, car elles rendent compte des contraintes financières qui empêchent les familles d’investir dans le développement de leurs enfants, même en l’absence de privation matérielle immédiatement observable. Lorsqu’ils sont combinés, ces deux outils donnent une évaluation de la pauvreté infantile plus complète que lorsqu’ils sont employés séparément.
Évolution de la pauvreté infantile
Une vue d’ensemble de la pauvreté infantile dans les pays de l’OCDE révèle la persistance de risques élevés pour les enfants de familles dont les parents sont sans emploi, de familles monoparentales ou de familles nombreuses, ainsi que des niveaux significatifs de pauvreté et de privation matérielle parmi les familles dont les parents travaillent, qui échappent aux mesures classiques de la pauvreté monétaire. Cinq grandes conclusions se dégagent de l’analyse :
Un enfant sur huit environ connaît la pauvreté monétaire. En 2023, 12.5 % des enfants de la zone OCDE vivaient dans un ménage dont le revenu était inférieur au seuil de pauvreté relative, un taux souvent supérieur à celui de l’ensemble de la population. Le taux de pauvreté infantile est particulièrement élevé dans des pays comme le Chili, le Costa Rica, l’Espagne, les États-Unis, Israël, le Mexique, le Royaume-Uni et la Türkiye, tandis qu’il est très faible dans des pays comme le Danemark, la Finlande, la Hongrie et la Slovénie, où les enfants sont moins susceptibles que les adultes de vivre dans un ménage en situation de pauvreté monétaire.
L’emploi réduit sensiblement les risques de pauvreté, sans pour autant les éliminer. En moyenne, environ 10 % des familles avec enfants dont l’un au moins des parents travaille sont en situation de pauvreté monétaire, et cette proportion est même bien plus élevée parmi les familles monoparentales. Dans la zone OCDE, environ une famille monoparentale active sur cinq connaît la pauvreté, voire plus d’une sur trois dans des pays comme le Costa Rica, l’Espagne et les États‑Unis.
La pauvreté monétaire est associée à de multiples formes de précarité. Les enfants de ménages à faible revenu sont plus susceptibles que les autres de vivre dans un logement inadapté, de ne pas recevoir les soins dont ils auraient besoin et de n’avoir qu’un accès limité aux loisirs et activités récréatives. Ces difficultés ne sont toutefois pas exclusives aux ménages modestes, puisque de nombreux enfants vivant au-dessus du seuil de pauvreté connaissent eux aussi des formes de précarité analogues.
La privation matérielle va bien au-delà de la pauvreté monétaire. En 2024, en Europe, environ un enfant sur dix se trouvait dans une situation de privation matérielle spécifique. Si les enfants vivant dans des ménages pauvres en termes monétaire sont près de cinq fois plus susceptibles d’être dans une telle situation, ceux qui connaissent effectivement la privation matérielle, dans leur grande majorité, ne sont pas pour autant pauvres en termes monétaires. Les deux tiers d’entre eux environ appartiennent à un ménage dont le revenu est supérieur au seuil de pauvreté relative et un tiers à un ménage qui se classe au-delà du troisième décile de la distribution des revenus dans les pays européens de l’OCDE.
La structure familiale reste un déterminant majeur de la pauvreté infantile. Les enfants de familles monoparentales ou de familles nombreuses sont nettement plus exposés au risque de pauvreté monétaire et de privation matérielle que ceux de familles biparentales de plus petite taille. Les enfants de familles nombreuses sont même deux fois plus exposés que ceux des familles monoparentales, ce qui s’explique par les tensions financières plus importantes que l’entretien d’une telle famille induit au regard du revenu du ménage.
Améliorer l’efficacité des politiques sociales en matière de réduction de la pauvreté infantile
Appréhender la question de la pauvreté infantile sous l’angle de l’utilisation optimale des ressources nous révèle que les schémas d’action publique axés sur la promotion de l’emploi et les prestations en nature fournies sous forme de services – en ce qui concerne notamment la santé, l’éducation et la garde d’enfants – sont, d’une manière générale, relativement efficaces pour ce qui est de faire reculer la pauvreté et la privation matérielle tout en contenant la croissance à long terme des dépenses sociales. Le soutien du revenu reste essentiel pour protéger les familles des chocs économiques et leur apporter une aide immédiate lorsque les ressources du ménage diminuent. Cependant, s’ils sont efficaces face à la pauvreté monétaire relative, les transferts en espèces ont une action moins décisive sur les formes de précarité plus graves et tendent à accentuer les pressions à long terme sur les dépenses.
Dans l’ensemble, l’analyse donne à penser que, pour faire reculer la pauvreté infantile tout en préservant la viabilité des dépenses sociales, il faut avoir recours à des trains de mesures équilibrés plutôt que miser sur un seul instrument d’action, quel qu’il soit. L’analyse fait ressortir sept conséquences principales pour l’action des pouvoirs publics :
Aucun instrument d’action publique ne suffit à lui seul
Au cours des deux dernières décennies, les pays de l’OCDE ont considérablement augmenté leurs dépenses sociales, ce qui a contribué à faire reculer la pauvreté relative des enfants de près de 3 points de pourcentage, d’après les estimations, soit environ un quart de son niveau moyen en 2023. L’analyse montre toutefois que la manière dont les ressources sont affectées a tout autant d’importance que le montant engagé.
Les stratégies les plus efficaces associent politiques axées sur l’emploi, aide au revenu bien pensée et investissement dans les prestations en nature fournies sous forme de services. L’emploi stable est la voie la plus durable pour sortir de la pauvreté, les transferts de revenu assurent une protection immédiate contre les difficultés financières, et les services – garde d’enfants, santé, logement, par exemple – contribuent à préparer un meilleur avenir aux enfants. La lutte contre la pauvreté infantile est donc plus efficace lorsque ces différents leviers sont actionnés de façon combinée et non lorsqu’ils le sont séparément.
Élargir l’accès aux services d’éducation et d’accueil des jeunes enfants (EAJE) est l’un des investissements les plus efficaces, dans la durée, pour réduire la pauvreté monétaire des enfants
Trois grands constats se dégagent :
Premièrement, il vaut mieux accroître la fréquentation que les seules dépenses. L’augmentation des dépenses d’EAJE n’a pas de lien intrinsèque avec le recul de la pauvreté infantile. La pauvreté recule lorsque les nouveaux investissements consentis se traduisent par une fréquentation plus élevée, en particulier parmi les enfants de familles modestes. Une hausse de la fréquentation de l’ordre d’un écart-type (soit environ 18 points de pourcentage), parmi les enfants âgés de 3 à 5 ans, doublée d’une augmentation des dépenses sociales est associée à un recul de la pauvreté infantile relative de 1.5 point de pourcentage supplémentaire – ce qui revient peu ou prou à doubler l’effet sur la pauvreté de la seule augmentation des dépenses sociales. Une progression identique de 18 points de pourcentage du taux de fréquentation des enfants de 0 à 2 ans va quant à elle de pair avec une diminution de 1.8 point de pourcentage de la pauvreté infantile ancrée dans le temps et fait ainsi croître de moitié l’efficacité des dépenses sociales.
Toutefois, dans les pays où le niveau des dépenses sociales est relativement faible, la hausse de la fréquentation des services d’EAJE, à elle seule, ne semble pas avoir autant d’incidence sur la pauvreté infantile profonde (ancrée dans le temps). Il est probable en effet que l’extension de ces services bénéficie d’abord à des familles relativement favorisées et que les familles les plus démunies restent difficiles à atteindre. Pour que l’EAJE produise le maximum d’effet sur la pauvreté, il faut par conséquent des mesures fortes visant à la rendre plus abordable financièrement, une offre plus accessible et une communication ciblée en direction des familles défavorisées.
Deuxièmement, les retombées financières augmentent au fur et à mesure que les systèmes gagnent en maturité. L’élargissement de la couverture des services d’EAJE exige des investissements initiaux et pourrait, dans un premier temps, accentuer les tensions sur les dépenses sociales. Avec la croissance économique et la hausse de la fréquentation, cependant, ces coûts sont compensés, dans une mesure toujours plus large, par la progression du taux d’emploi des parents et le resserrement du lien qui unit ces derniers au marché du travail (voir Annexe 1.A). Dans les pays où le système d’EAJE est plus développé (et où le taux d’emploi des mères est plus élevé), la poursuite de son expansion n’est plus associée à de nouvelles tensions sur les dépenses à long terme et peut même contribuer à modérer la croissance future des dépenses sociales. À titre d’exemple, les simulations présentées dans le chapitre 3 autorisent à penser que, dans les pays avec un PIB par habitant moyen, augmenter les dépenses sociales totales d’un point de pourcentage en faveur de l’EAJE – de quoi accroître le taux de fréquentation d’environ 14 points de pourcentage – entraînerait un recul des dépenses sociales de 1.9 % par rapport à un scénario de croissance du PIB assortie d’une répartition inchangée des dépenses. Il s’ensuivrait une diminution des dépenses sociales supplémentaires d’un cinquième environ, au bout de 11 ans, par rapport à la projection de référence.
Troisièmement, il est peu probable que l’EAJE permette, à elle seule, d’éliminer la privation matérielle aigüe. Même si la hausse de la fréquentation peut faire reculer la privation matérielle dans les pays où l’offre d’EAJE est encore limitée, les effets en sont généralement modestes. Dans les systèmes plus matures, les investissements supplémentaires en faveur de l’EAJE produisent des effets moindres que ceux en faveur des soins, du logement ou d’autres services ayant une action plus directe sur les multiples difficultés rencontrées par les familles en situation de privation matérielle.
Les politiques actives du marché du travail (PAMT) réduisent la pauvreté infantile, quelle que soit la nature de l’intervention
Lorsque la part des dépenses sociales affectée aux PAMT augmente, le recul de la pauvreté s’accélère. Un point de pourcentage additionnel accroît l’efficacité des dépenses supplémentaires de 25 % environ en ce qui concerne la pauvreté infantile, de 20 % environ en ce qui concerne la pauvreté ancrée dans le temps et de 10 % environ en ce qui concerne la privation matérielle aigüe au bout de 10 ans.
Cependant, le rendement marginal s’amenuisant au fur et à mesure que les dépenses sociales globales augmentent, il y a lieu de penser que les retombées des investissements supplémentaires sur la pauvreté infantile sont moindres dans les systèmes de protection sociale plus matures. Néanmoins, si la hausse des dépenses consacrées aux PAMT accentue dans un premier temps les tensions sur les dépenses sociales, ces tensions diminuent – et peuvent même s’inverser – au fur à mesure que les pays s’enrichissent, grâce à un resserrement des liens avec le marché du travail et, éventuellement, à une moindre dépendance à l’égard de l’aide au revenu.
Il a été observé que les PAMT aident les parents à surmonter les obstacles à l’emploi et à obtenir des revenus plus réguliers, mais des recherches approfondies doivent être menées pour déterminer quelles interventions sont les plus efficaces à l’égard des familles avec enfants, et en particulier des familles monoparentales.
Il est tout aussi important de rendre le travail rémunérateur. Le chapitre 3 montre que l’augmentation des gains financiers résultant de l’accès à l’emploi à temps plein – que ce soit pour une personne sans emploi ou pour un travailleur à temps partiel – peut être mise en lien avec une diminution du pourcentage d’individus en situation de privation matérielle aigüe. L’aide à l’emploi est donc plus efficace lorsqu’elle est combinée à des systèmes de prélèvements et de prestations fonctionnant de telle sorte que le fait de travailler amène une amélioration significative du niveau de vie.
L’investissement dans la santé et les autres services fournis en nature possède un rendement significatif
La part des dépenses sociales consacrées à la santé a considérablement augmenté dans les pays de l’OCDE au cours des vingt dernières années. Il ressort de l’analyse qu’augmenter ces dépenses d’un écart-type (soit environ 9 points en pourcentage du total des dépenses sociales) ferait reculer de 4.1 points supplémentaires la pauvreté infantile ancrée dans le temps – ce qui multiplierait par plus de deux l’efficacité des dépenses sociales supplémentaires, en termes de réduction de la pauvreté, par rapport à un maintien à l’identique de la répartition des dépenses – et de 3.2 points la privation matérielle aigüe chez les enfants, augmentant ainsi l’efficacité des dépenses de 76 % environ. En parallèle, il est estimé que consacrer à la santé une part plus importante des dépenses sociales au fur et à mesure que le PIB augmente atténue de 11 % les tensions à long terme sur ces mêmes dépenses au bout de 11 ans, ce qui signifie que les dépenses sociales augmenteraient plus lentement qu’attendu sous l’effet de la seule croissance économique. À en juger par ces observations, l’investissement dans la santé peut tout à la fois améliorer le sort des enfants et préserver la viabilité à long terme des finances publiques.
Une tendance similaire se dégage en ce qui concerne le logement, les prestations liées à l’invalidité et les autres services sociaux. Un investissement plus important dans ces domaines s’accompagne d’un recul de la pauvreté monétaire et de la privation matérielle chez les enfants, même si c’est au prix de plus fortes tensions sur les dépenses à long terme. Augmenter d’un écart-type la part des dépenses sociales qui leur est affectée (soit environ 3.5 points de pourcentage) accroît de 20 % l’efficacité des dépenses sociales supplémentaires en termes de réduction de la pauvreté infantile relative au bout d’une dizaine d’années ; le gain est de 40 % dans le cas de la pauvreté infantile ancrée dans le temps et de plus de 50 % dans celui de la privation matérielle aigüe chez les enfants. Toutefois, ce rééquilibrage va aussi de pair avec une augmentation de 5.6 % des tensions sur les dépenses sociales à long terme, ce qui donne à penser qu’en règle générale, les services en question complètent d’autres formes de soutien plutôt qu’ils ne les remplacent. Ces différentes observations mettent en relief le rôle important que le logement et les autres services fournis en nature peuvent jouer dans l’amélioration des conditions de vie des enfants défavorisés, non sans souligner qu’un calibrage adéquat est nécessaire afin d’obtenir un maximum d’effet pour un coût minimum.
Les transferts en espèces demeurent indispensables, mais la conception des dispositifs pourrait être renforcée
Les transferts en espèces restent un instrument essentiel dans la lutte contre la pauvreté infantile. Ils offrent une protection immédiate contre les pertes de revenu, soutiennent les familles dont les ressources sont insuffisantes pour leur assurer un niveau de vie décent et viennent en complément de mesures axées sur l’emploi dont les effets se matérialisent de façon plus progressive.
En moyenne, dans la zone OCDE, une augmentation d’un écart-type du niveau moyen de l’ensemble des prestations en espèces (soit environ 6 points de pourcentage du revenu disponible) va de pair avec un recul de 1.2 point du taux de pauvreté infantile relative et accroît ainsi de 80 % environ l’efficacité des dépenses sociales supplémentaires en termes de réduction de la pauvreté.
Le ciblage a également son importance. L’affectation d’une part plus importante des prestations aux ménages modestes accélère le recul de la pauvreté tout en contribuant à limiter les tensions sur les dépenses. Pour une augmentation d’un écart-type du montant moyen des prestations monétaires, une hausse d’un écart-type de la part des prestations perçues par les 30 % de ménages du bas de l’échelle de distribution des revenus fait reculer de 1.1 point de pourcentage supplémentaire l’effet de réduction de la pauvreté relative des enfants. Un ciblage plus marqué en faveur des ménages les plus modestes est en outre associé à une baisse de 3 points la pauvreté infantile ancrée dans le temps (ce qui accroît de 80 % environ l’efficacité des dépenses sociales sur la grande pauvreté infantile).
Cela étant, un meilleur ciblage des catégories de revenu ne semble pas avoir d’incidence sur l’efficacité des transferts dans la lutte contre la privation matérielle aigüe. Trois facteurs sont sans doute en cause : Premièrement, le resserrement du ciblage autour des ménages les plus modestes ne s’est pas toujours accompagné du versement de prestations plus généreuses à ces familles. Deuxièmement, une part notable des enfants en situation de privation matérielle aigüe appartiennent à des ménages qui se situent au-dessus des seuils conventionnels de pauvreté monétaire et, de ce fait, ne bénéficient pas des transferts ciblés de manière étroite. Troisièmement, il est fréquent que la privation matérielle découle non seulement d’un revenu insuffisant, mais aussi de difficultés à accéder à un logement abordable, aux services d’accueil des enfants, aux services de santé, aux transports et à d’autres services essentiels. Par voie de conséquence, la lutte contre la privation matérielle passe à la fois par des dispositifs bien conçus de soutien du revenu et par des investissements complémentaires en faveur des services fournis en nature.
S’il contribue à faire reculer la pauvreté monétaire infantile, le renforcement du soutien au revenu des familles avec enfants semble avoir une action moins efficace sur les formes de pauvreté plus profondes, ce qui laisse supposer que l’adéquation et la couverture des prestations sont sans doute perfectibles. Augmenter ce soutien par rapport à celui accordé aux ménages sans enfant présentant des caractéristiques similaires entraîne une diminution de la pauvreté relative des enfants de 1.4 à 1.8 point de pourcentage. En d’autres termes, l’effet produit, sur la pauvreté, par la hausse des dépenses sociales prise en compte dans la simulation se trouve accru de 95 % à 120 % environ. Cette relation est particulièrement nette dans des pays où le niveau des dépenses sociales est élevé, les prestations liées aux enfants y étant généralement plus généreuses. En revanche, aucune relation significative sur le plan statistique n’est observée avec la pauvreté infantile ancrée dans le temps. Il est possible que le niveau des prestations soit encore insuffisant pour arracher les familles à la pauvreté persistante ou que peu de familles très modestes fassent valoir leurs droits.
Ces constats soulignent l’intérêt de conjuguer visée universelle et soutien ciblé. Une approche universelle proportionnée serait de nature à assurer à tous les enfants un niveau minimum de sécurité du revenu tout en apportant un soutien supplémentaire aux familles qui en ont le plus besoin eu égard à la faiblesse de leur revenu, à leur composition ou à d’autres facteurs de vulnérabilité.
L’efficacité de la mise en œuvre des politiques publiques a autant d’importance que le niveau des dépenses
Dans tous les domaines, l’efficacité de l’action publique dépend de la mesure dans laquelle les familles bénéficient d’un soutien qui répond à leurs besoins et qui est accessible, adapté et prévisible.
Il est possible de dégager trois principes de conception :
Ajuster le soutien aux besoins des familles. Le niveau des prestations et les services proposés devraient être fonction de la taille des familles, de la composition des ménages et de l’âge des enfants. Cela vaut en particulier pour les familles monoparentales et les familles nombreuses, les enfants représentant pour elles une lourde charge financière et les risques de pauvreté étant élevés (Rapp and Thévenon, 2025[36]).
Améliorer le recours effectif aux aides et veiller au caractère adéquat de celles-ci La complexité administrative empêche souvent les familles de recevoir l’aide à laquelle elles pourraient prétendre. Simplifier les procédures, mieux informer le public et maintenir la valeur des prestations par leur revalorisation régulière sont des moyens de gagner considérablement en efficacité.
Apporter un soutien prévisible et en temps voulu Les systèmes de protection sociale doivent être en mesure de réagir rapidement face à l’évolution de la situation des familles tout en évitant de fragiliser inutilement les ressources des ménages. Toute la difficulté consiste à concilier précision du ciblage, sécurité du revenu, simplicité administrative et accessibilité. Si des réévaluations fréquentes donneraient probablement un meilleur ciblage, elles pourraient aussi rendre les revenus plus volatils, alourdir la charge de travail administratif et donner lieu à des trop‑perçus que les familles se verraient contraintes de rembourser et qui seraient alors cause d’embarras financiers. Il est par conséquent indispensable de trouver un juste équilibre. Il est tout aussi important de fournir une aide continue tout au long de l’enfance. Un soutien prévisible et durable aide les familles à se projeter dans l’avenir pour engager des dépenses et des investissements à plus long terme et garantit une meilleure stabilité aux stades clés du développement de l’enfant.
Faire reculer la privation matérielle aigüe nécessite une approche plus vaste fondée sur les services
Les conclusions de l’étude soulignent, dans l’ensemble, que l’aide au revenu n’est pas suffisante face à la privation matérielle aigüe. Pour que celle-ci recule durablement, il faut que les transferts en espèces se doublent d’investissements plus importants en faveur des soins, du logement et d’autres services qui agissent sur les causes générales de la précarité.
Elles soulignent aussi l’importance des politiques territorialisées qui corrigent les inégalités d’accès aux services essentiels (OCDE, 2025[37]; 2025[38]). Veiller à ce que des services de garde d’enfants, de santé, de logement et de transport, des infrastructures de loisirs et des espaces verts soient accessibles, à tous égards, aux groupes défavorisés peut contribuer à accroître notablement l’efficacité des mesures de lutte contre la pauvreté et à améliorer le bien-être des enfants, comme cela a été souligné également dans les recommandations à l’effet de renforcer la mise en œuvre de la Garantie européenne pour l’enfance (Commission européenne, 2026[39]).
Quels sont les domaines où l’accroissement des dépenses sociales est le plus rentable ?
La dernière question traitée dans le chapitre 3 permet de comparer l’efficacité qu’un même effort de dépense sociale aura, selon le domaine d’intervention dans lequel il s’applique, sur la pauvreté infantile et la privation matérielle ainsi que l’influence qui sera la sienne, en parallèle, sur les tensions à long terme en matière de dépenses. Il en ressort ce qui suit :
L’augmentation de la fréquentation des services d’éducation et d’accueil des jeunes enfants (EAJE) est le moyen le plus efficace de réduire la pauvreté monétaire relative des enfants, en grande partie grâce à ses effets sur l’emploi et les revenus des parents : relever d’un point de pourcentage la part des dépenses sociales totales allouée à l’EAJE afin d’accroître les taux de fréquentation accroît l’efficacité de ces dépenses sociales en termes de réduction de la pauvreté de 0.74 point supplémentaire (environ 50 % de plus que l’augmentation des seules dépenses sociales). L’efficacité d’une telle mesure sur les formes de précarité plus graves dépend en revanche du degré de maturité du système de protection sociale. Dans les pays où le niveau des dépenses est peu élevé, le basculement de ressources vers l’EAJE afin d’en encourager la fréquentation est susceptible de nuire à l’efficacité de la lutte contre la grande pauvreté, alors que dans ceux où l’État-providence est plus développé – les systèmes de garde d’enfants étant plus étoffés et le taux d’emploi des parents plus élevé – il peut accélérer sensiblement le recul de la pauvreté ancrée dans le temps.
En ce qui concerne la privation matérielle aigüe, les investissements consacrés à l’EAJE sont plus efficaces lorsque l’offre est encore insuffisante, mais leur effet marginal diminue au fur et à mesure que celle-ci s’élargit. À l’inverse, miser sur les politiques actives du marché du travail (PAMT), les services de santé, le logement et autres formes de soutien en nature accroît l’efficacité des dépenses sociales pour ce qui est de faire reculer tant la pauvreté infantile ancrée dans le temps que la privation matérielle aigüe. En moyenne, lorsque l’on augmente d’un point de pourcentage la part des dépenses sociales consacrée aux PAMT, à la santé et aux autres services en nature, le gain d’efficacité dans la lutte contre la privation matérielle aigüe progresse d’environ 9 %, 8 % et 14 % respectivement.
Investir davantage dans l’EAJE, les services de santé et les PAMT peut contribuer à atténuer les tensions sur les dépenses à long terme, en particulier dans les pays les plus riches. Ainsi, chaque point de pourcentage supplémentaire, sur le total des dépenses sociales, consacré à l’extension de la couverture des services d’EAJE va de pair avec une diminution de 1.9 % des dépenses sociales à long terme au bout d’un peu plus de dix ans – soit environ 20 % de moins que l’augmentation attendue sous l’effet de la croissance économique sans changement dans l’action des pouvoirs publics. Ces économies s’expliquent par le fait que le taux d’emploi des parents et le resserrement du lien qui les unit au marché du travail compensent, dans une mesure toujours plus grande, le coût de la prestation de ces services. À l’inverse, faire une plus large place aux transferts en espèces et à certaines prestations fournies en nature dans la panoplie des instruments utilisés tend à accentuer les pressions sur les dépenses à long terme.
On observe dans l’ensemble qu’investir dans le développement de l’EAJE est le poste de dépenses qui offre le meilleur rapport coût-efficacité pour ce qui est de lutter contre la pauvreté monétaire relative, tandis que la santé, le logement, les autres services en nature et les PAMT sont des moyens plus efficaces de faire reculer les formes de précarité plus tenaces.
1.4. Optimiser l’utilisation des ressources consacrées à l’instruction et à la santé des adolescents
Copier le lien de 1.4. Optimiser l’utilisation des ressources consacrées à l’instruction et à la santé des adolescentsLe chapitre 4 est consacré à l’étude du rapport coût-efficacité des politiques sociales pour ce qui est d’améliorer le niveau scolaire et la santé des adolescents. Il s’ouvre par une analyse de l’évolution du niveau des jeunes de 15 ans, à la lumière des données réunies par le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) entre 2009 et 2025, de la proportion de jeunes sans emploi et sortis du système scolaire5 et des tendances de l’état de santé autodéclaré des adolescents, telles qu’elles se dégagent de l’étude Health Behaviour in School-aged Children (HBSC). Ce chapitre cherche également à établir dans quelle mesure ces différents indicateurs varient en fonction du milieu socioéconomique auquel les adolescents appartiennent. Le cadre d’analyse du rapport coût-efficacité, dans une version adaptée à la tranche d’âge, sera utilisé par la suite pour déterminer en quoi les leviers de politique sociale mis en évidence précédemment contribuent à l’amélioration du niveau scolaire et de l’état de santé, et avec quelle incidence sur les dépenses sociales à long terme.
Améliorer le niveau scolaire et la santé des élèves tout en garantissant l’équité est une tâche difficile
L’éducation est l’un des principaux déterminants de la mobilité sociale et de l’égalité des chances, mais son potentiel égalisateur est bridé par les inégalités socioéconomiques qui apparaissent dès la petite enfance et perdurent à l’adolescence. Les enfants de familles défavorisées sont plus susceptibles d’entrer à l’école avec des compétences cognitives et socioémotionnelles relativement faibles et de réaliser un parcours plutôt médiocre, tandis que les enfants familles favorisées auront plus de chances de compenser leurs difficultés scolaires par des ressources économiques, sociales et culturelles plus abondantes. Dans le même temps, de nombreux pays de l’OCDE assistent à une détérioration du niveau scolaire depuis le début des années 2010, la proportion d’élèves en difficulté augmentant tandis que le pourcentage de bons élèves est, bien souvent, en baisse. Cette tendance ne laisse pas de préoccuper en ce qui concerne tant l’inclusion sociale que la croissance économique à long terme, surtout dans des économies où le savoir et la technologie occupent une place de plus en plus importante (Hanushek and Woessmann, 2008[40]; 2015[41]; Commission européenne, 2020[42]). L’un des principaux enjeux pour les pouvoirs publics est donc d’améliorer le niveau scolaire global tout en réduisant les disparités socioéconomiques, ce qui implique de faire diminuer le pourcentage d’élèves en difficulté et de mieux aider les plus défavorisés à devenir excellents.
Les données des évaluations PISA réalisées entre 2009 et 2025 révèlent une détérioration du niveau scolaire aux deux extrémités de la répartition des élèves en fonction de leurs résultats, détérioration qui est particulièrement prononcée chez les élèves les moins doués.
À l’échelle de la zone OCDE, 43 % des enfants n’avaient pas atteint le niveau de compétences de base aux évaluations PISA de 2025, contre 31 % en 2009. L’augmentation de la proportion d’élèves médiocres a été très marquée en Finlande, en Grèce, en Islande, en Norvège et aux Pays-Bas. Ces élèves n’appartiennent pas tous aux catégories de population défavorisées : près de la moitié d’entre eux provenait de la classe moyenne6 en 2025.
La proportion d’excellents élèves parmi les jeunes de 15 ans a elle aussi diminué dans la plupart des pays de l’OCDE, passant de 15.1 %, en moyenne, en 2009, à 11.9 %, en 2025, même si elle reste très variable d’un pays à un autre. Les plus fortes baisses ont été observées dans différents pays européens, tandis que seuls de rares pays – dont la Türkiye, les États-Unis et le Royaume‑Uni – ont connu au contraire une amélioration sur ce plan. L’excellence n’est pas réservée aux catégories les plus favorisées : dans la zone OCDE, 47 % des meilleurs élèves sont issus de la classe moyenne et 9 % de catégories socioéconomiques plus modestes.
Dans la zone OCDE, 13 % des 15-29 ans sont sans emploi et sortis du système scolaire. Il est encourageant de constater que ce pourcentage tend à diminuer au fil du temps dans la plupart des pays, puisque la moyenne OCDE était de 16 % en 2010.
Parallèlement à l’évolution des résultats scolaires, la santé des jeunes est devenue elle aussi un sujet de préoccupation en raison de la détérioration progressive des indicateurs correspondants et de l’influence persistante des déterminants sociaux sur les inégalités en ce domaine.
Dans l’OCDE, 28 % des adolescents de 15 ans se déclarent en « excellente » santé, mais cette proportion connaît d’amples variations, puisqu’elle va de 46 % en Israël à moins d’un jeune sur six en Lettonie et en Pologne. Depuis 2013-2014, elle a perdu plus de 3 points de pourcentage, en moyenne, accusant notamment un recul très marqué en Espagne et en Grèce.
Par ailleurs, 22 % des adolescents jugent leur état de santé « passable » ou « mauvais », la fourchette allant de moins de 15 %, en Finlande, en France et en Suède, à 35 %, voire davantage, en Hongrie, en Lettonie et en Pologne. La proportion de ceux qui se déclarent en mauvaise santé a progressé de 5 points de pourcentage environ entre 2013-2014 et 2020-2021, et de façon particulièrement nette au Canada, en Hongrie, en Irlande et en Pologne.
En 2021-2022, plus de la moitié (53 %) des adolescents disait avoir eu deux problèmes de santé au moins plus d’une fois par semaine au cours des six mois précédents. Le pourcentage d’individus faisant état de problèmes de santé subjectifs multiples a nettement augmenté dans tous les pays de l’OCDE, avec une accélération après 2017-2018.
L’état de santé autodéclaré des adolescents est marqué par un gradient socioéconomique très prononcé. Les adolescents appartenant à une famille aisée sont plus enclins à se déclarer en excellente santé, et moins susceptibles de juger que celle-ci est passable ou mauvaise, que ceux issus d’un milieu moins favorisé.
Améliorer l’efficacité des politiques sociales au regard du niveau scolaire et de l’état de santé des adolescents
Pour que le niveau scolaire et l’état de santé des adolescents s’améliorent, il faut à la fois une moindre proportion de jeunes chez qui ils sont insuffisants et davantage d’individus brillants et épanouis. Ces objectifs sont complémentaires : corriger les facteurs de précarité fait grandir l’égalité des chances, tandis qu’encourager l’excellence rend les pays mieux à même de relever les défis économiques et sociaux à venir, dont la nécessité d’avoir une population très qualifiée et en bonne santé. Pour les atteindre, cependant, il pourra être nécessaire de recourir à diverses combinaisons de mesures et d’investissements. Cela vaut en particulier pour les adolescents issus des catégories socioéconomiques modestes ou intermédiaires, qui sont nettement moins enclins que leurs camarades plus favorisés à obtenir de bons résultats scolaires ou à se juger en excellente santé.
Offrir à davantage d’élèves d’origine modeste la possibilité de parvenir à un excellent niveau scolaire demeure un enjeu majeur. Dans les pays de l’OCDE, 5 % seulement des jeunes de 15 ans appartenant au premier quartile de l’échelle de répartition socioéconomique font partie des meilleurs élèves, contre 12 % de ceux qui sont issus des classes moyennes et 23 % de ceux qui relèvent du dernier quartile. D’où l’importance d’apporter un soutien à un large éventail d’enfants de milieu modeste ou intermédiaire, tout en veillant à ce que ce soutien demeure proportionné aux besoins et soit donc d’autant plus actif que ses bénéficiaires sont défavorisés.
Dans ce contexte, le cadre d’analyse permet d’apprécier l’influence que le niveau, l’affectation et la nature des dépenses sociales exercent sur la ventilation des résultats, en matière d’éducation et de santé, des jeunes de 15 ans. Plutôt que d’être axée exclusivement sur les résultats moyens, l’analyse cherche à déterminer quelles configurations de l’action publique sont les plus efficaces s’agissant de réduire la proportion d’adolescents dont les résultats sont médiocres tout en augmentant le pourcentage de ceux qui affichent un niveau scolaire et un bien-être élevés. Le cadre d’analyse sert également à apprécier la contribution des politiques sociales à la diminution de la proportion de jeunes sans emploi et sortis du système éducatif.
L’une des principales caractéristiques de la méthodologie employée consiste en ceci que les variables liées à l’action publique sont ajustées au stade de l’enfance auquel chaque cohorte a pu leur être exposée. À titre d’exemple, les dépenses consacrées à l’éducation et à l’accueil des jeunes enfants (EAJE) sont mesurées 10 à 15 ans avant les résultats observés parmi la population âgée de 15 ans afin de correspondre au contexte qui prévalait lorsque la population considérée était en âge de fréquenter ces services. L’analyse prend également en compte les dépenses consacrées à l’enseignement primaire et secondaire, bien qu’elle ne vise pas à déterminer l’incidence des caractéristiques institutionnelles des systèmes éducatifs sur l’efficacité des dépenses, la question ayant été traitée par Egert et al. (2020[30]).
Dans l’ensemble, les conclusions de l’analyse mettent en lumière l’importance d’investissements soutenus tout au long de l’enfance. Il apparaît que les investissements en faveur des tout-petits sont particulièrement efficaces pour la prévention des résultats médiocres sur le plan de l’éducation et de la santé, tandis que ceux visant les enfants et les adolescents favorisent surtout un niveau scolaire élevé et une bonne santé. Ces observations soulignent en outre qu’il importe d’adapter aussi bien la nature que l’ampleur du soutien aux besoins des enfants, notamment dans le cas des enfants issus de milieux socioéconomiques modestes ou intermédiaires.
L’analyse fait ressortir six conséquences principales pour l’action des pouvoirs publics :
L’investissement en faveur de l’éducation et l’accueil des jeunes enfants est déterminant pour l’amélioration des résultats à long terme dans les domaines de l’éducation et de la santé
L’EAJE se révèle être l’un des points d’entrée les plus efficaces pour infléchir dans le bon sens la trajectoire de développement des enfants. L’affectation d’une part plus importante des dépenses sociales aux services d’EAJE est associée à un pourcentage plus élevé d’élèves obtenant de très bons résultats au PISA de même qu’à une meilleure santé, tous indicateurs confondus (pourcentages d’adolescents se jugeant en excellente santé, en mauvaise santé et en proie à de multiples problèmes de santé subjectifs). Ces corrélations portent sur les dépenses d’EAJE dans leur ensemble, sans distinction entre les investissements visant à en étendre la couverture et ceux destinés à améliorer la qualité des services.
Il est important de noter que dépenses et fréquentation semblent se renforcer mutuellement. Les bienfaits produits par l’investissement dans l’EAJE sont bien plus grands lorsque cet investissement s’accompagne d’une fréquentation en hausse, ce qui donne à penser que la qualité des services est aussi importante que leur couverture. Des simulations indiquent qu’investissement et fréquentation ont, lorsqu’ils sont combinés, une incidence positive sur le pourcentage d’élèves obtenant de très bons résultats au PISA plus forte que lorsque que l’on agit sur l’un sans agir sur l’autre. Elles montrent également que, lorsque la hausse de la fréquentation est suffisamment importante, ces deux facteurs vont de pair avec une moindre proportion d’élèves médiocres alors que l’effet des seules dépenses sur ce plan est insignifiant.
Il est donc essentiel, pour obtenir un maximum de retombées à long terme, de veiller à la qualité des services, d’accompagner le passage à la scolarité obligatoire et d’assurer une continuité entre les différents cycles de celle-ci. D’une manière plus générale, l’EAJE se révèle plus efficace lorsqu’elle s’inscrit dans un système plus vaste assurant un accompagnement continu tout au long de l’enfance.
Il demeure indispensable d’investir pendant toute la durée de la scolarité
L’analyse tend à montrer que les dépenses engagées aux différentes étapes du parcours éducatif ont une incidence sur des aspects différents. Dans tous les pays, un effort d’investissement en faveur de l’enseignement primaire va ainsi de pair avec une moindre proportion d’élèves en difficulté, tandis que les dépenses affectées à l’enseignement primaire et, plus encore, à l’enseignement secondaire se traduisent par une plus forte proportion d’excellents élèves.
Toutefois, l’évolution des dépenses d’éducation au niveau national n’est pas systématiquement associée à une amélioration mesurable des résultats, ce qui indique que le niveau de ces dépenses ne fait pas nécessairement tout. L’efficacité des investissements dans l’éducation dépend sans doute aussi de facteurs institutionnels plus larges, comme la qualité du corps enseignant, les modalités de gouvernance et l’organisation du système d’enseignement. L’optimisation des dépenses d’éducation exige par conséquent de prêter attention à la fois aux montants investis et à l’emploi qui est fait des ressources (Égert, Botev and Turner, 2020[30]).
Le moment où intervient l’aide au revenu des familles avec enfants a son importance
Les prestations familiales en espèces ont des effets différents au long de l’enfance. Le soutien apporté pendant la petite enfance et la phase intermédiaire de l’enfance se révèle particulièrement important pour prévenir les mauvais résultats, sur le plan de l’éducation comme sur le plan de la santé, tandis que celui qui s’étale sur toute l’enfance est associé de façon plus étroite à une augmentation de la proportion d’élèves ayant de bons résultats scolaires et se jugeant en excellente santé à l’âge de 15 ans. Ces constats sont le reflet des tendances observées en ce qui concerne les dépenses éducatives, puisque l’investissement dans l’enseignement primaire est lié à une diminution du nombre d’élèves en difficulté, et que les dépenses consacrées à l’enseignement secondaire entretiennent une corrélation relativement forte avec la proportion d’élèves brillants.
Il ressort de ce qui précède que l’aide au revenu peut être bénéfique pour le développement des enfants non seulement au cours de leurs premières années, mais également par la suite, en ce qu’elle permet aux familles de mieux faire face aux nouveaux besoins qui se font jour au fur et à mesure que les enfants grandissent et de conserver un environnement domestique propice à l’apprentissage et au bien-être. Outre le niveau des dépenses, la conception des politiques a aussi son importance. Les critères d’attribution et les liens avec la fréquentation scolaire, les bilans de santé préventifs ou autres formes de contreparties peuvent donner plus d’efficacité aux transferts en espèces pour ce qui est d’améliorer le niveau scolaire et l’état de santé des enfants.
L’EAJE et les prestations familiales contribuent à corriger l’effet des inégalités socioéconomiques sur les résultats scolaires
La préscolarisation et les prestations familiales en espèces sont pour beaucoup dans le resserrement des écarts socioéconomiques en matière de résultats scolaires. Elles réduisent le risque que les élèves défavorisés aient un niveau insuffisant et en augmentent simultanément les chances de s’améliorer et de bénéficier de la mobilité ascendante.
On constate que l’aide au revenu apportée pendant la petite enfance et la phase intermédiaire de l’enfance est particulièrement utile pour réduire le pourcentage d’élèves en difficulté parmi les enfants de milieu modeste, ce qui fonde à croire qu’un renforcement de cette aide pourrait avoir des retombées très significatives sur les groupes les plus défavorisés. Ces observations confirment qu’il est important de veiller à ce que les dispositifs publics soient conçus de telle sorte qu’ils bénéficient bien aux enfants qui se heurtent aux obstacles les plus considérables, tout en continuant d’assurer une aide à une plus large population.
Il est indispensable de concilier soutien ciblé et soutien élargi
La conception des dispositifs d’aide au revenu importe tout autant que le montant des prestations. Plus ce montant moyen est élevé, plus les élèves issus de milieux modestes ou intermédiaires ont de chances d’obtenir de bons résultats scolaires. À l’inverse, des aides au ciblage plus restreint, cantonné aux ménages les plus pauvres, n’ont pas nécessairement d’effet positif sur ces résultats et peuvent même aller de pair avec une diminution de la proportion d’excellents élèves.
On touche peut-être ici du doigt les limites d’un ciblage étroit lorsque le soutien aux familles à revenu intermédiaire est insuffisant pour desserrer les contraintes financières susceptibles d’avoir une incidence sur le développement des enfants. D’une manière générale, il apparaît que si le ciblage peut aider à contenir les tensions sur les dépenses, les mécanismes de soutien accessibles également aux ménages à revenu intermédiaire sont sans doute plus efficaces pour réduire la privation matérielle – comme on l’a vu dans la partie précédente et comme on le verra plus en détail dans le chapitre 3 – et, par là même, renforcer les environnements d’apprentissage à la maison et favoriser de meilleurs résultats scolaires.
Les dépenses publiques de santé et les PAMT semblent avoir d’importantes retombées indirectes
Les dépenses publiques consacrées aux soins préventifs semblent particulièrement importantes pour accroître la proportion d’adolescents qui se jugent en excellente santé. Bien qu’aucune corrélation directe n’ait été observée avec le niveau scolaire, le fait de consacrer une plus large part des dépenses sociales aux services de santé est associé à un moindre pourcentage de jeunes sans emploi et sortis du système éducatif, ce qui dénote l’existence d’effets indirects à travers un plus grand bien-être et des liens plus étroits avec le marché du travail. L’investissement dans les soins préventifs peut également contribuer à contenir les dépenses sociales à long terme en évitant des interventions plus coûteuses à un âge plus avancé, même s’il faut souvent une mise de départ substantielle avant de réaliser des économies. L’une des principales limites de l’analyse, cependant, est le manque de données détaillées sur les dépenses de santé spécifiques aux enfants, qui fait qu’il est plus difficile de distinguer parmi ces dépenses celles aux effets bénéfiques les plus considérables (Morgan and Mueller, 2023[43]).
Les éléments réunis à ce stade tendent à montrer que plus la part des dépenses sociales affectées aux PAMT est importante, moins il y a d’adolescents qui disent se porter mal et font état de multiples problèmes subjectifs et plus il y en a, au contraire, qui se déclarent en excellente santé. Bien qu’ils ne soient pas les bénéficiaires directs de ces dispositifs, les enfants peuvent en ressentir les effets parce que leurs parents ont une meilleure situation professionnelle, des revenus plus stables et un emploi de meilleure qualité. Du fait qu’elles assurent de meilleures conditions de vie aux ménages, atténuent les difficultés financières et rendent les parents mieux à même de remplir leur rôle, les PAMT peuvent contribuer à une atmosphère familiale plus propice à la santé et au bien-être des enfants. Seules des recherches complémentaires permettront toutefois de mieux appréhender les mécanismes qui sous-tendent ces corrélations et de connaître les types de dispositifs qui sont les plus efficaces au regard de leurs bienfaits pour les enfants.
Le constat d’ensemble qui se dégage est le suivant : l’optimisation des ressources consacrées aux politiques sociales suppose de ne pas s’arrêter au niveau global des dépenses, mais de s’intéresser à la conception des politiques, à leur ciblage et aux complémentarités entre les domaines d’intervention. Les principales difficultés ont trait au déploiement à grande échelle d’interventions de qualité, à la couverture effective des groupes défavorisés, à la continuité de l’aide tout au long de l’existence et aux arbitrages à effectuer entre efficience, équité et viabilité budgétaire.
Quels sont les domaines où l’accroissement des dépenses sociales est le plus rentable ?
Enfin, les auteurs du chapitre 4 ont cherché à apprécier l’incidence d’une augmentation des dépenses sociales, dans différents domaines d’intervention, sur le niveau scolaire et la santé des adolescents. Voici ce qui ressort des simulations réalisées:
L’investissement dans les services d’EAJE est particulièrement rentable. L’augmentation de la part des dépenses sociales dévolue à l’EAJE, conjuguée à une fréquentation plus large tendant à devenir universelle, est la mesure associée aux plus grands progrès du niveau scolaire. Un point de pourcentage supplémentaire, accompagné d’une hausse proportionnée de la fréquentation, va en effet de pair avec une baisse de 1.7 point du pourcentage d’élèves en difficulté aux évaluations PISA, tandis que la proportion d’élèves obtenant d’excellents résultats à ces mêmes évaluations progresse de 0.4 point. Cela correspond à des améliorations de 3 et 4 %, respectivement, par rapport aux moyennes de l’OCDE en 2025. Ces gains se matérialisent tout en réduisant la croissance à long terme des dépenses sociales attendue sous l’effet de l’évolution démographique et du développement économique.
Le moment où les prestations familiales en espèces interviennent à son importance. Un soutien plus important au cours de la petite enfance et de la phase intermédiaire de l’enfance a des retombées positives sur le niveau scolaire et l’état de santé, les investissements consacrés aux enfants au cours de cette seconde phase (6-11 ans) semblant à cet égard être les plus productifs : l’ajout d’un point de pourcentage à la part des dépenses sociales totales allouée aux programmes destinés à cette tranche d’âge va de pair avec une diminution, de 1.5 point, du pourcentage d’élèves en difficulté aux évaluations PISA, celui des élèves très performants augmentant en parallèle de 0.8 point, ainsi qu’avec une progression de 1.6 point de la proportion d’adolescents se déclarant en excellente santé.
La prévention sanitaire et les autres services en nature ont un effet positif sur la santé des adolescents. Un effort d’investissement simultané en faveur des soins préventifs, des politiques actives du marché du travail (PAMT) et d’autres services en nature est associé à de meilleurs résultats sanitaires chez les adolescents. La combinaison d’interventions idéale dépend de la taille du système de protection sociale. Néanmoins, les dépenses de prévention sanitaire se distinguent, dans tous les cas de figure, car elles exercent une action positive très nette sur le pourcentage d’adolescent se déclarant en excellente santé sans ajouter de pressions sur les dépenses sociales à long terme, ce qui est signe d’une rentabilité tout à fait remarquable. Accroître d’un point de pourcentage la part des dépenses sociales totales consacrée à la prévention sanitaire est associé à une progression de près de 7 points de la proportion d’adolescents qui se jugent en excellente santé (ce qui correspond à une hausse de 24 % par rapport aux niveaux relevés en 2021-2022).
1.5. Conclusion
Copier le lien de 1.5. ConclusionL’analyse montre que les politiques sociales peuvent améliorer le bien-être des enfants par des canaux multiples et complémentaires. Lorsqu’elles sont bien conçues, elles peuvent faire reculer la pauvreté infantile à travers l’aide au revenu et les services fournis aux enfants et à leur famille. Elles peuvent aussi viser directement à favoriser l’emploi des parents, la stabilité des revenus, ainsi que la santé et le bien-être des familles, améliorant ainsi l’environnement familial dans lequel les enfants grandissent et se développent. Même si la croissance économique peut offrir la possibilité d’accroître les dépenses sociales, l’intérêt de politiques sociales bien conçues est évident même en période de fortes contraintes financières, puisque les responsables publics peuvent ainsi déterminer quelles interventions seront les plus profitables aux enfants au regard de leur coût.
Dans l’ensemble, les résultats montrent que le meilleur rapport coût-efficacité repose sur des trains de mesures équilibrés, conjuguant soutien à l’emploi, protection du revenu et services de qualité aux familles. Le Tableau 1.1 récapitule les observations faites et met en lumière trois grandes conclusions.
Premièrement, aucune politique ne donne des résultats optimaux à l’égard de tous les résultats des enfants. La typologie des effets varie selon que l’objectif est de réduire la pauvreté monétaire, lutter contre la privation aigüe, améliorer les résultats scolaires ou promouvoir la santé des adolescents. Les observations faites soulignent l’intérêt de trains de mesures cohérents dans le cadre desquels différentes interventions agissent sur diverses causes et dimensions du désavantage.
Deuxièmement, améliorer les résultats des enfants et contenir les tensions à long terme sur les dépenses ne vont pas toujours de pair. L’EAJE, les soins de santé et les PAMT sont associés à la fois à une amélioration des résultats et à une croissance plus modérée des dépenses sociales dans la durée, et présente de ce fait un profil d’optimisation des ressources particulièrement favorable. À l’inverse, les transferts en espèces aux familles et certains services sociaux font reculer la pauvreté infantile et tirent vers le haut les résultats scolaires, mais ils peuvent aussi impliquer davantage de pressions sur les dépenses à long terme. Cela ne signifie pas pour autant que ces mesures n’ont que peu de valeur. Bien au contraire, certaines sont même indispensables nonobstant le fait qu’elles aillent de pair avec des tensions accrues sur les dépenses. Les transferts en espèces aux familles, par exemple, assurent une protection ponctuelle contre les difficultés matérielles et demeurent absolument nécessaires aux familles dont les parents ne peuvent pas participer au marché du travail.
Enfin, il est capital de combiner aide au revenu, mesures en faveur de l’emploi des parents et accès à des services de qualité. Les mesures favorables à l’emploi des parents – en particulier l’EAJE et les PAMT – se distinguent par leur capacité à réduire la pauvreté infantile, améliorer les résultats des enfants et contenir les tensions à long terme sur les dépenses. Les transferts en espèces aux familles sont importants pour réduire la pauvreté monétaire relative et peuvent aussi améliorer les résultats dans le domaine de l’éducation, même s’ils semblent avoir des effets plus limités sur des formes plus graves de difficultés matérielles. Les services de santé, de logement et autres services en nature complètent le soutien au revenu en aidant les familles à satisfaire leurs besoins essentiels, avec des effets particulièrement importants sur la privation aigüe et la santé. En ce qui concerne les dépenses de santé, mettre davantage l’attention sur les soins préventifs semble être un moyen particulièrement efficace de promouvoir une bonne santé et de modérer la croissance à long terme des dépenses sociales. Il est important de noter que le fait de combiner des mesures ayant une incidence différente sur les dépenses peut permettre de mieux optimiser l’ensemble. Les mesures qui contribuent à atténuer les tensions sur les dépenses à long terme sont susceptibles de dégager la marge de manœuvre budgétaire nécessaire à d’autres interventions essentielles qui peuvent alourdir les dépenses, mais agissent sur des aspects sur lesquels les mesures les plus efficaces au regard de leur coût n’ont pas suffisamment de prise. Il est donc d’autant plus justifié d’évaluer le rapport coût-efficacité de l’ensemble des mesures mises en place, plutôt que de considérer chaque intervention de manière isolée.
Tableau 1.1. Synthèse de l’incidence estimée des politiques publiques
Copier le lien de Tableau 1.1. Synthèse de l’incidence estimée des politiques publiquesOrientation de la corrélation à long terme, telle qu’estimée, avec les résultats des enfants et la croissance des dépenses sociales
|
Intervention publique |
Situation matérielle des enfants |
Résultats scolaires |
État de santé autodéclaré des enfants |
Dépenses sociales à long terme |
|||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
|
Pauvreté relative ↓ |
Grande pauvreté ↓ |
Privation aigüe ↓ |
Élèves en difficulté ↓ |
Élèves brillants ↑ |
Mauvaise santé ↓ |
Excellente santé ↑ |
Problèmes de santé multiples ↓ |
Croissance |
|
|
EAJE – Investissement et fréquentation |
↓↓ |
↓ |
↑ |
↓↓ |
↑ |
– |
– |
↓↓ |
↓↓ Modération |
|
Transferts en espèces aux familles |
↓ |
– |
↑ |
↓↓* |
↑ |
– |
– |
– |
↑ Augmentation |
|
Soins de santé |
– |
↓ |
↓ |
– |
– |
– |
↑↑** |
– |
↓↓ Modération |
|
Aide au logement, prestations d’invalidité et autres services sociaux |
– |
↓ |
↓ |
– |
– |
– |
– |
↓↓ |
↑ Augmentation |
|
Programmes actifs du marché du travail |
↓ |
↓ |
↓ |
– |
– |
↓ |
↑ |
↓ |
↓↓ Modération |
Note : Lecture du tableau : les flèches correspondent à l’évolution attendue d’un résultat donné chez les enfants ou de la croissance des dépenses totales sous l’effet des modifications de la répartition des dépenses sociales accompagnant les augmentations de ces dépenses au fil du temps (voir le Graphique 3.10 au chapitre 3 et le Graphique 4.7 au chapitre 4). La couleur verte correspond à une amélioration des résultats ou à une modération de la croissance des dépenses ; la couleur orange indique une association négative avec les résultats ou une croissance plus rapide des dépenses ; « – » signifie qu’aucun lien significatif n’a été observé. Ce tableau présente une synthèse des corrélations estimées pour les pays ayant des niveaux moyens de dépenses sociales et de PIB par habitant. Comme on le verra dans les chapitres suivants, l’intensité et, dans certains cas, l’orientation de ces corrélations peuvent varier selon le niveau de développement économique des pays et la taille de leur système de protection sociale.
* La diminution de la proportion d’élèves en difficulté est plus importante lorsque le soutien aux familles se concentre sur la période intermédiaire de l’enfance.
** La corrélation avec la proportion d’individus en excellente santé est spécifique aux dépenses de santé préventive.
Quatre grandes recommandations se dégagent :
Renforcer l’emploi des parents et faire en sorte que le travail constitue un moyen durable de sortir de la pauvreté
Les données montrent invariablement que l’emploi des parents constitue l’un des mécanismes les plus puissants par lesquels les politiques sociales permettent d’améliorer les résultats des enfants. La stabilité de l’emploi augmente non seulement le revenu familial et réduit le risque de pauvreté et de privation matérielle, mais elle peut aussi améliorer le bien-être des parents, réduire le stress financier et créer un environnement propice à un meilleur accompagnement parental et à des conditions plus favorables au développement des enfants (OCDE, 2018[44]; 2021[3]). Les politiques qui aident les parents à entrer sur le marché du travail, à y rester et à y progresser génèrent donc des avantages qui vont bien au-delà de l’emploi lui-même.
Pour obtenir ces résultats, il faut mettre en place un ensemble complet de mesures « favorables à l’emploi » :
L’investissement dans des services d’éducation et d’accueil des jeunes enfants (EAJE) de qualité se distingue par le double avantage qu’il procure : il favorise l’emploi des parents tout en améliorant le développement cognitif, les résultats scolaires et la santé des enfants. On estime qu’une hausse de la part des dépenses sociales consacrées à l’EAJE, associée à une augmentation de la fréquentation, renforcerait d’environ 50 % l’impact des dépenses sociales sur la réduction de la pauvreté monétaire relative des enfants en l’espace de dix ans. Une augmentation des investissements et de la fréquentation est également associée à de meilleurs résultats scolaires, notamment une réduction estimée à 4 % de la part des élèves faibles dans l’enquête PISA et une hausse de 3 % de la part des meilleurs élèves, par rapport aux niveaux de 2025.
Les programmes actifs du marché du travail (PAMT) semblent également offrir un bon rapport coût-efficacité en aidant les parents à surmonter les obstacles à l’emploi tout en atténuant les tensions sur les dépenses à long terme. Néanmoins, des données supplémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre les mécanismes par lesquels les PAMT influent sur les résultats des familles et pour identifier les programmes les plus bénéfiques. On estime qu’affecter un point de pourcentage supplémentaire de dépenses sociales aux PAMT augmenterait l’efficacité de ces dépenses de 24 % en termes de réduction de la pauvreté infantile et de 9 % en termes de privation matérielle aigüe des enfants, tout en réduisant la progression des dépenses de 1 % en l’espace de dix ans.
En plus d’offrir des possibilités d’emploi, il demeure essentiel d’aider les parents à concilier responsabilités professionnelles et familiales en leur donnant accès à des services de garde d’enfants abordables, au congé parental, à des modalités de travail flexibles et à des services d’accueil périscolaire (OCDE, 2011[45]; 2007[46]).
Enfin, il est essentiel de faire en sorte que le travail soit rémunérateur. L’emploi ne suffit pas à lui seul à garantir un niveau de vie adéquat, en particulier pour les familles monoparentales et les bas salaires. Dans les pays de l’OCDE, près de 10 % des familles actives avec enfants et 20 % des familles monoparentales restent pauvres. Veiller à ce que l’emploi assure un niveau de vie adéquat reste donc un enjeu central pour les pouvoirs publics (Balestra, Hirsch and Vaughan-Whitehead, 2023[47]). Les systèmes de prélèvements et de prestations, les aides liées à l’exercice d’un emploi et les possibilités de développement des compétences doivent compléter les politiques de l’emploi pour que le travail offre une véritable voie de sortie de la pauvreté.
Apporter une aide au revenu adéquate, équitable et prévisible aux familles avec enfants
Malgré l’importance de l’emploi, les revenus du travail sont souvent insuffisants à eux seuls pour couvrir les coûts liés aux études des enfants ou protéger les familles des chocs économiques. Les aides au revenu restent donc un élément fondamental de la réduction de la pauvreté infantile. Elles apportent un soutien financier immédiat aux familles, contribuent à protéger les enfants contre les chocs de revenu et améliorent les conditions de vie, en particulier lorsque les parents ne sont pas en mesure de travailler ou lorsque leurs revenus ne suffisent pas à assurer un niveau de vie adéquat. Toutefois, leur efficacité dépend non seulement du niveau global des dépenses, mais aussi de la manière dont ces aides sont conçues et réparties. L’analyse montre que les transferts en espèces sont plus efficaces lorsqu’ils bénéficient aux familles qui en ont le plus besoin, notamment les ménages à faible revenu, les familles monoparentales et les familles nombreuses.
Les résultats semblent également indiquer qu’une augmentation d’un écart-type de la part des dépenses sociales consacrée aux prestations familiales en espèces (4.5 points, soit environ la moitié de la part moyenne) ferait plus que doubler l’effet de réduction de la pauvreté d’une hausse des dépenses sociales, par rapport à une hausse équivalente des dépenses sociales globales dont la répartition resterait inchangée. Au-delà de la réduction de la pauvreté infantile, l’octroi de prestations en espèces tout au long de l’enfance – plutôt que de se concentrer principalement sur les premières années – est associé à un risque plus faible de mauvais résultats scolaires et à une plus grande probabilité de résultats scolaires élevés. Parallèlement, le constat selon lequel la privation matérielle touche un éventail relativement large de familles sur l’ensemble de la distribution des revenus plaide en faveur d’une approche universaliste proportionnée, combinant un socle universel de protection des revenus des enfants et un soutien supplémentaire, progressivement ciblé, pour les familles qui ont des besoins plus importants (Francis-Oliviero et al., 2020[48]). Un système de ce type devrait également garantir que les prestations sont adéquates, accessibles, adaptées à l’évolution de la situation familiale et versées en temps voulu et de manière prévisible.
Compléter l’aide au revenu par des services accessibles, abordables et de qualité
Les transferts en espèces ne suffisent pas à eux seuls à agir sur les déterminants plus larges des handicaps auxquels les enfants peuvent être confrontés. La lutte contre les conditions de logement médiocres, les besoins de santé non satisfaits et la privation matérielle aigüe nécessite des investissements complémentaires dans le logement, les services de santé et d’autres services familiaux et sociaux. Ces formes de soutien en nature semblent offrir un bon rapport coût-efficacité : elles contribuent à réduire la privation matérielle aigüe, tandis que les investissements dans les soins préventifs sont également associés à de meilleurs résultats en matière de santé. Plus généralement, consacrer une part plus importante des dépenses sociales aux services de santé et à d’autres services de prévention semble contribuer à limiter les tensions à long terme sur les dépenses sociales, ce qui laisse penser que ces investissements peuvent améliorer à la fois le bien-être des enfants et la viabilité des systèmes de protection sociale.
Les dépenses de santé sont particulièrement importantes parce qu’elles semblent générer des avantages dans de multiples dimensions. Elles sont associées à une privation matérielle moins grande, à un meilleur état de santé autodéclaré des adolescents et à un moindre désengagement vis-à-vis des études, de l’emploi ou de la formation, tout en contribuant à contenir les tensions sur les dépenses à long terme grâce à la prévention. Le logement et les autres services sociaux en nature jouent également un rôle important dans la lutte contre les difficultés matérielles en améliorant les conditions de vie immédiates des enfants. Ces résultats semblent indiquer que les stratégies les plus efficaces sont celles qui associent l’aide au revenu et les investissements directs dans les services et les cadres qui déterminent la vie quotidienne des enfants. Il apparaît donc essentiel de veiller à ce que ces services soient accessibles aux groupes défavorisés et atteignent efficacement les familles vulnérables, afin d’améliorer à la fois l’équité et l’optimisation des ressources.
Combiner intervention précoce et soutien continu tout au long de l’enfance et de l’adolescence
L’un des messages les plus clairs de l’analyse est que le moment où l’investissement intervient est important. La petite enfance est une période particulièrement sensible, pendant laquelle les interventions peuvent générer des retombées importantes et durables. Les investissements dans l’EAJE, l’aide au revenu pendant les premières années et l’accès aux services essentiels semblent particulièrement importants pour éviter que les handicaps ne se manifestent et ne s’enracinent.
Pour autant, les données montrent qu’une intervention précoce seule ne suffit pas. Les différentes étapes de l’enfance nécessitent diverses formes de soutien, et les retombées des investissements précoces peuvent s’amoindrir si le soutien n’est pas maintenu. Les résultats donnent à penser que les investissements réalisés au cours de la période intermédiaire de l’enfance et à l’adolescence jouent un rôle particulièrement important dans de meilleurs résultats scolaires et dans un meilleur état de santé autodéclaré. En ce qui concerne les résultats scolaires, par exemple, il semble particulièrement important d’accroître les aides en espèces pendant la petite enfance et la phase intermédiaire de l’enfance afin de réduire le risque de mauvais résultats, tandis qu’un soutien continu entre cette phase et la fin de l’enfance est plus fortement associé à des niveaux de performance élevés. On observe des tendances similaires dans les dépenses d’éducation : les investissements dans l’école primaire contribuent à réduire les faibles résultats scolaires, tandis que les dépenses ultérieures, dans l’enseignement secondaire, sont plus fortement associées à des niveaux d’études plus élevés. Il convient donc d’appréhender le bien-être des enfants à travers le prisme du cycle de vie : les politiques publiques doivent non seulement offrir aux enfants un bon départ, mais aussi les accompagner tout au long des étapes successives de leur développement, en répondant à l’évolution de leurs besoins et en renforçant leurs capacités au fil du temps (OCDE, 2021[3]; Hendren and Sprung-Keyser, 2020[49]; Page, 2024[50]).
Considérées ensemble, ces quatre priorités aboutissent à une même conclusion : les retombées les plus importantes sont obtenues non pas grâce à une intervention unique, mais par des trains de mesures cohérents qui se renforcent mutuellement. La combinaison de politiques axées sur l’emploi, d’une protection adéquate des revenus, de services accessibles et d’investissements soutenus tout au long de l’enfance constitue le fondement le plus solide pour réduire la pauvreté, favoriser la réussite scolaire et la santé, et améliorer les perspectives offertes aux enfants, tout en préservant la viabilité à long terme des dépenses sociales publiques. En d’autres termes, l’optimisation des ressources ne consiste pas à choisir entre diverses politiques, mais plutôt à trouver le bon dosage et à maintenir le soutien à mesure que les enfants grandissent.
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[31] OCDE (n.d.), Base de données de l’OCDE des dépenses sociales (SOCX), https://www.oecd.org/fr/data/datasets/social-expenditure-database-socx.html (accessed on 3 September 2026).
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[34] OCDE (n.d.), “OECD calculator of taxes and benefits”, https://www.oecd.org/en/data/tools/oecd-calculator-of-taxes-and-benefits.html (accessed on 3 September 2026).
[35] OCDE (n.d.), OECD Child Well-being Data Portal, https://www.oecd.org/en/data/datasets/oecd-child-well-being-data-portal.html (accessed on 3 September 2026).
[51] OCDE (n.d.), OECD Employment Database, https://www.oecd.org/en/data/datasets/oecd-employment-database.html (accessed on 3 September 2026).
[33] OCDE (n.d.), OECD Income and Wealth Distribution Database, https://www.oecd.org/en/data/datasets/income-and-wealth-distribution-database.html (accessed on 3 September 2026).
[50] Page, M. (2024), “New Advances on an Old Question: Does Money Matter for Children’s Outcomes?”, Journal of Economic Literature, Vol. 62/3, pp. 891-947, https://doi.org/10.1257/JEL.20231553.
[36] Rapp, S. and O. Thévenon (2025), “Parenting on a budget: The cost of raising children in changing family configurations and its policy implications”, OECD Papers on Well-being and Inequalities, No. 36, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/bd0b594e-en.
[22] Social Investment Agency (2026), “What is social investment?”, https://www.sia.govt.nz/social-investment/what-is-social-investment (accessed on 5 May 2026).
[15] Thévenon, O. (2004), “Les enjeux pour l’emploi féminin de la Stratégie européenne pour l’emploi”, Revue de l’OFCE, Vol. 90/3, pp. 379-417, https://doi.org/10.3917/reof.090.0379.
[27] Thévenon, O., C. Clarke and G. Simard-Duplain (2024), “The economic cost of childhood socio-economic disadvantage in Canada”, OECD Papers on Well-being and Inequalities, No. 25, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/7abf1837-en.
[17] Vandenbroucke, F., A. Hemerijck and B. Palier (2011), “The EU Needs a Social Investment Pact”, Observatoire social européen (OSE) opinion paper, No. 5, https://ssrn.com/abstract=2991018.
Annexe 1.A. Développement économique, élaboration des politiques sociales et pauvreté infantile
Copier le lien de Annexe 1.A. Développement économique, élaboration des politiques sociales et pauvreté infantilePour évaluer le rapport coût-efficacité des politiques sociales, on part de l’hypothèse que le développement économique est un déterminant essentiel du niveau global des dépenses et qu’une hausse des dépenses sociales totales peut s’accompagner d’un changement dans la façon dont se répartissent les ressources entre les différents domaines d’action et dans les caractéristiques de conception qui déterminent l’efficacité avec laquelle ces politiques permettent de réduire la pauvreté infantile. Concrètement, les pays dont le PIB par habitant est plus élevé consacrent généralement des dépenses nettement plus importantes aux politiques sociales – en moyenne six fois plus par habitant que dans les pays à faible revenu.
Les écarts de développement économique et un niveau plus élevé de dépenses sociales se traduisent également par des schémas de répartition différents entre les domaines d’action (Graphique d’annexe 1.A.1). La santé est le seul domaine dans lequel un niveau de PIB et de dépenses par habitant plus élevé est associé à une part plus faible des dépenses sociales, ce qui reflète des niveaux de dépenses plus élevés dans d’autres domaines de la politique sociale dans ces pays plutôt que des dépenses de santé plus faibles en valeur absolue. En revanche, un niveau de PIB et de dépenses sociales plus élevé est associé à une part plus importante des dépenses allouées aux familles avec enfants (notamment sous forme de prestations en espèces), aux politiques actives du marché du travail et à d’autres prestations en nature (regroupant les prestations liées à l’incapacité, au logement et à d’autres domaines de la politique sociale). Il convient toutefois de noter que la part des dépenses sociales consacrées à l’éducation et à l’accueil des jeunes enfants (EAJE) varie peu d’un pays à l’autre, quel que soit leur niveau de PIB ou de dépenses sociales globales.
Graphique d’annexe 1.A.1. Un niveau plus élevé de PIB et de dépenses sociales est associé à une part plus importante des dépenses consacrées aux familles, aux aides en nature et aux politiques actives du marché du travail, et à une part plus faible aux dépenses de santé
Copier le lien de Graphique d’annexe 1.A.1. Un niveau plus élevé de PIB et de dépenses sociales est associé à une part plus importante des dépenses consacrées aux familles, aux aides en nature et aux politiques actives du marché du travail, et à une part plus faible aux dépenses de santéPart des dépenses sociales publiques et privées réparties entre les différents domaines d’action, selon le niveau des dépenses sociales totales et du PIB par habitant
Note : Le graphique présente la part moyenne des dépenses allouées à un domaine d’action donné, selon le niveau de PIB et de dépenses sociales par habitant exprimé sous forme logarithmique, dans un échantillon de 32 pays de l’OCDE, entre 2002 et 2021. Les parts des dépenses sont calculées en faisant la moyenne des paires pays-année dont les niveaux de dépenses sociales et de PIB par habitant sont supérieurs de plus d’un écart-type à la moyenne de l’échantillon, compris entre un écart-type au-dessus et au-dessous de la moyenne de l’échantillon, et inférieurs d’un écart-type à cette moyenne pour chacune des deux variables exprimées sous forme logarithmique. Les intervalles de confiance sont indiqués avec un seuil de 95 %.
* Les dépenses de santé sont indiquées sur l’axe secondaire (droite), tandis que toutes les autres catégories de dépenses sont exprimées en pourcentage sur l’axe primaire (gauche). Les « autres dépenses en nature » désignent les dépenses en nature liées à l’incapacité, au logement et à d’autres domaines de la politique sociale.
Source : Calculs du Secrétariat de l’OCDE d’après (OCDE[31]), Base de données sur les dépenses sociales (SOCX), https://www.oecd.org/fr/data/datasets/social-expenditure-database-socx.html.
Le développement économique a également une influence sur la situation dans laquelle vivent les familles. Des niveaux d’emploi parental plus élevés modifient notamment les conditions dans lesquelles les enfants grandissent, ainsi que la nature et l’ampleur de l’aide sociale dont ils ont besoin. Comme le montre le Graphique d’annexe 1.A.2, un niveau de PIB et de dépenses sociales par habitant plus élevé est associé à un taux d’activité des mères plus important et à un niveau de chômage plus faible, en particulier chez les familles monoparentales. Il est également lié à une moindre incidence des emplois faiblement rémunérés, même si ces écarts restent relativement modestes.
En outre, un niveau de PIB et de dépenses sociales plus élevé est généralement associé à une plus grande couverture des services d’éducation et d’accueil des jeunes enfants (EAJE), lesquels jouent un rôle important en faveur de l’emploi des parents. En particulier, l’élargissement de la couverture est plus marqué entre les niveaux faible et moyen de PIB par habitant qu’entre les niveaux moyen et élevé, ce qui donne à penser que le développement de ces services tend à ralentir une fois atteint un certain niveau de développement économique.
Graphique d’annexe 1.A.2. Un niveau plus élevé de PIB et de dépenses sociales est associé à une plus grande couverture des services formels d’accueil et d’éducation des jeunes enfants, à une hausse de l’emploi des mères et à une baisse du chômage
Copier le lien de Graphique d’annexe 1.A.2. Un niveau plus élevé de PIB et de dépenses sociales est associé à une plus grande couverture des services formels d’accueil et d’éducation des jeunes enfants, à une hausse de l’emploi des mères et à une baisse du chômageNiveaux moyens des indicateurs de l’action publique, selon le niveau des dépenses sociales totales par habitant et du PIB par habitant
Note : Le graphique présente le valeur moyenne des indicateurs de l’action publique selon le niveau de PIB et de dépenses sociales publiques et privées par habitant exprimé sous forme logarithmique, dans un échantillon de 32 pays de l’OCDE entre 2002 et 2021. Les indicateurs de l’action publique sont calculés en faisant la moyenne des paires pays-année dont les niveaux de dépenses sociales et de PIB par habitant sont supérieurs de plus d’un écart-type à la moyenne de l’échantillon, compris entre un écart-type au-dessus et au-dessous de la moyenne de l’échantillon, et inférieurs d’un écart-type à cette moyenne pour chacune des deux variables exprimées sous forme logarithmique. Les intervalles de confiance sont indiqués avec un seuil de 95 %.
Source : Calculs du Secrétariat de l’OCDE d’après (OCDE[51]), Base de données sur l’emploi, https://www.oecd.org/en/data/datasets/oecd-employment-database.html, (OCDE[32]), Base de données sur la famille, https://www.oecd.org/fr/data/datasets/oecd-family-database.html et (OCDE[31]), Base de données sur les dépenses sociales (SOCX), https://www.oecd.org/fr/data/datasets/social-expenditure-database-socx.html.
Un niveau de PIB et de dépenses sociales par habitant plus élevé est également associé à des niveaux plus faibles de pauvreté infantile. La pauvreté monétaire relative est généralement plus élevée dans les pays dont le PIB et les dépenses sociales sont plus faibles, tandis que les variations des formes plus profondes de pauvreté – mesurées par le taux de pauvreté ancré dans le temps – restent relativement limitées (voir Graphique d’annexe 1.A.3). Cependant, les écarts les plus marquants concernent la privation matérielle aigüe : environ 35 % des enfants de moins de 18 ans vivent dans une situation de privation matérielle aigüe lorsque le PIB et les dépenses sociales sont relativement faibles, contre seulement 2 % lorsque le PIB et les dépenses sociales par habitant atteignent des niveaux plus élevés. Ce constat montre tout le potentiel que recèle le développement économique, conjugué aux dépenses sociales, pour réduire la pauvreté et la privation matérielle chez les enfants. Pour exploiter ce potentiel, l’analyse présentée dans ce rapport vise à comprendre quels types de politiques sociales sont les plus efficaces pour parvenir à de telles réductions.
Graphique d’annexe 1.A.3. Des dépenses sociales plus élevées sont associées à des niveaux de pauvreté infantile plus faibles
Copier le lien de Graphique d’annexe 1.A.3. Des dépenses sociales plus élevées sont associées à des niveaux de pauvreté infantile plus faiblesNiveaux moyens de pauvreté infantile selon le niveau des dépenses sociales totales par habitant et du PIB par habitant
Note : Le graphique présente les valeurs moyennes des indicateurs de pauvreté infantile selon le niveau de PIB et de dépenses sociales publiques et privées par habitant exprimé sous forme logarithmique. Les résultats sont calculés en faisant la moyenne des paires pays-année dont les niveaux de dépenses sociales et de PIB par habitant sont supérieurs de plus d’un écart-type à la moyenne de l’échantillon, compris entre un écart-type au-dessus et au-dessous de la moyenne de l’échantillon, et inférieurs de plus d’un écart-type à cette moyenne, pour chacune des deux variables exprimées sous forme logarithmique. Les intervalles de confiance sont indiqués avec un seuil de 95 %.
Le taux de pauvreté monétaire relative des enfants correspond à la proportion d’enfants vivant dans des ménages dont le revenu disponible équivalent est inférieur à 50 % du revenu médian national ; le taux de pauvreté infantile ancré dans le temps correspond à la proportion d’enfants vivant sous le seuil de pauvreté « ancré » en 2005 et corrigé de l’inflation. Le taux de privation matérielle aigüe des enfants correspond à un indicateur de l’UE mesurant la proportion d’enfants vivant dans des ménages incapables, faute de moyens, de couvrir les dépenses liées à certains éléments considérés par la plupart des individus comme souhaitables, voire nécessaires, pour avoir un niveau de vie acceptable, comme maintenir le logement à une température convenable, pouvoir s’offrir des repas de qualité nutritionnelle suffisante, faire face à des dépenses imprévues ou s’offrir une semaine de vacances par an hors du domicile (d’après la définition d’Eurostat, voir Annexe 3.B pour la définition complète).
Source : Calculs du Secrétariat de l’OCDE d’après (OCDE[33]), Base de données sur la distribution des revenus, https://www.oecd.org/en/data/datasets/income-and-wealth-distribution-database.html et (OCDE[31]), Base de données sur les dépenses sociales (SOCX), https://www.oecd.org/fr/data/datasets/social-expenditure-database-socx.html.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. D’importantes mesures ont été prises au niveau européen pour promouvoir l’investissement dans les enfants et favoriser des actions intégrées propres à améliorer le bien-être des enfants défavorisés, notamment : la Recommandation Investir dans l’enfance pour briser le cercle vicieux de l’inégalité de la Commission européenne de 2013, qui encourage l’adoption d’une approche de l’investissement social à l’égard du bien-être des enfants, reposant sur trois piliers : assurer l’accès à des ressources suffisantes, fournir des services abordables et de qualité notamment pour l’éducation et l’accueil des jeunes enfants, l’éducation et la santé, et encourager la participation des enfants à la vie sociale et culturelle. Autre initiative majeure : la mise en place en 2021 de la Garantie européenne pour l’enfance, qui vise à prévenir et combattre la pauvreté des enfants et l’exclusion sociale en veillant à ce que les enfants démunis aient bien accès à certains services essentiels, notamment l’éducation et l’accueil des jeunes enfants, l’éducation, la santé, une alimentation saine et un logement convenable.
← 2. La base de données de l’OCDE sur les dépenses sociales répartit les prestations sociales selon leur nature en dépenses sociales publiques, privées obligatoires et privées facultatives au regard de neuf domaines différents relevant de la politique sociale (OCDE, 2019[52]). La distinction entre protection sociale publique et privée est établie sur la base de l’entité qui contrôle les flux financiers concernés : les institutions publiques ou des organismes privés. Dépenses sociales publiques : dépenses sociales dont les flux financiers sont contrôlés par les administrations publiques (différents échelons de l’administration et caisses de sécurité sociale), sous forme de prestations d’assurance sociale et d’aide sociale. Par exemple, les prestations d’assurance maladie financées par les cotisations patronales et salariales obligatoires (recettes) aux caisses d’assurance sociale sont, par convention, considérées comme publiques. Le groupe des prestations sociales privées se décompose en deux grandes catégories : (i) les dépenses sociales privées obligatoires : prestations sociales prévues par la loi, mais mises en œuvre par le secteur privé, comme les prestations de maladie directement versées par les employeurs à leurs salariés absents conformément à la législation publique, ou les prestations versées au titre des cotisations obligatoires à des caisses d’assurance privées ; (ii) les dépenses sociales privées facultatives : les prestations versées au titre de programmes gérés par le secteur privé qui impliquent la redistribution de ressources entre les ménages et comprennent les prestations versées par les ONG, et les prestations versées au titre de plans individuels bénéficiant d’avantages fiscaux et de dispositifs de soutien collectifs (souvent liés à l’emploi), tels que les pensions, les aides à la garde d’enfants et, aux États-Unis, les régimes d’assurance santé liés à l’emploi. Les dépenses allouées aux retraites et aux allocations de vieillesse ne sont pas prises en compte dans la présente analyse.
← 3. Il faut noter que les données sur les dépenses sociales ne permettent pas de recenser précisément les dépenses dans plusieurs domaines d’action qui sont importants pour le bien-être des enfants et qui sont au cœur des orientations stratégiques de certains pays, comme la fourniture de repas scolaires, les programmes de nutrition ou les activités extrascolaires et de loisirs dédiées aux enfants. Souvent, ces dépenses ne sont pas déclarées séparément ou ne sont intégrées qu’en partie dans des catégories plus larges d’aide sociale, d’où des difficultés à les isoler et les comparer de manière fiable entre les pays.
← 4. Atténuer les tensions sur les dépenses à long terme ne signifie pas nécessairement réduire les dépenses actuelles. Cela consiste à concevoir les politiques de telle sorte que les dépenses sociales progressent plus lentement qu’elles ne le feraient avec l’élévation des revenus et l’évolution de la population. En examinant en parallèle l’atténuation des dépenses et leur efficacité, notre analyse doit révéler des configurations de l’action publique générant un double dividende : une amélioration du sort des enfants et moins de pressions à la hausse sur les dépenses sociales futures. À titre d’exemple, des services de garde d’enfant accessibles conjugués à de fortes incitations à travailler et à des politiques actives du marché du travail efficaces à l’égard des parents peuvent aider ces derniers à trouver un emploi ou à augmenter leurs revenus. Ils peuvent ainsi réduire directement la pauvreté infantile, rendre, dans la durée, les familles moins dépendantes de l’aide au revenu et élargir la base d’imposition.
← 5. Pourcentage de jeunes de 15 à 29 ans n’ayant ni emploi ni formation en cours.
← 6. Il s’agit d’élèves classés entre le 25e et le 75ecentiles de l’indice PISA du statut économique, social et culturel.