Ce chapitre présente de nouveaux éléments d’analyse sur la relation entre les normes de la masculinité et les violences basées sur le genre (VBG), en s’appuyant sur les travaux de l’OCDE en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Après avoir présenté la prévalence des VBG, il évalue empiriquement comment l’adhésion aux normes de la masculinité influence la probabilité pour les individus de subir des VBG ou d’y recourir. Il examine ensuite les autres facteurs sociaux et structurels qui contribuent à créer des environnements d’impunité dans lesquels la violence peut être perpétrée de manière répétée malgré l’existence de cadres juridiques et institutionnels visant à lutter contre les VBG. Le chapitre se conclut par des recommandations en matière de politiques publiques, mettant l’accent sur la nécessité de promouvoir la masculinité positive afin de prévenir plus efficacement les VBG.
Masculinité et égalité femmes‑hommes
5. Transformer les normes de la masculinité pour prévenir les violences basées sur le genre
Copier le lien de 5. Transformer les normes de la masculinité pour prévenir les violences basées sur le genreDescription
En bref
Copier le lien de En brefPrincipaux constats sur les liens entre les normes de la masculinité et les violences basées sur le genre
Un changement de paradigme est nécessaire pour renforcer la prévention et mettre fin aux VBG, compte tenu de leur niveau prévalence élevée et persistant en Côte d’Ivoire et au Sénégal. De nouvelles données d’enquête du Centre de développement de l’OCDE montrent qu’environ 30 % des femmes et 20 % des hommes en Côte d’Ivoire ont subi des violences conjugales au moins une fois dans leur vie. Au Sénégal, les données officielles indiquent que 70 % des femmes ont subi des violences au sein du couple depuis leur première union. Malgré des différences méthodologiques, ces deux estimations soulignent le caractère répandu et le poids considérable des violences conjugales. La promotion des normes de la masculinité positive devrait être plus systématique dans le cadre des stratégies de prévention des VBG.
Les normes de la masculinité positive peuvent réduire la probabilité de commettre des violences. Les données issues de la Côte d’Ivoire montrent que les hommes qui adhèrent aux normes restrictives de la masculinité sont plus susceptibles d’adopter des comportements violents, tandis que ceux qui ont des attitudes plus égalitaires le sont moins. En revanche, ces normes ne permettent pas de prédire les personnes qui subissent des violences, ce qui reflète le caractère omniprésent des VBG.
La pression exercée sur les hommes pour se conformer aux attentes sociales peut augmenter le risque qu’ils recourent à la violence, notamment là où les normes restrictives de la masculinité sont fortes et rigides. C’est notamment le cas lorsque les hommes rencontrent des difficultés à répondre aux attentes liées à leur rôle de principal contributeur financier.
La prévalence déclarée est probablement inférieure à l’ampleur réelle des VBG. La honte, la stigmatisation, la peur des représailles et la perception de la violence comme « affaire privée » réduisent la révélation des violences et leur signalement. Au Sénégal, par exemple, 44 % de la population considèrent que la violence domestique relève de la sphère familiale privée.
Différentes formes de violence se chevauchent souvent et ont tendance à se répéter. En Côte d’Ivoire, plus des deux tiers des victimes/survivants1 de violences conjugales déclarent avoir subi des violences plusieurs fois par mois, voire plus, au cours des 12 derniers mois. Cela suggère que la violence est rarement un incident isolé, mais qu’elle s’inscrit souvent dans des dynamiques continues de contrôle et d’abus au sein des relations.
Les VBG s’étendent également au-delà du cadre domestique et des relations de couple. Au Sénégal, la prévalence des violences non-conjugales est particulièrement élevée, malgré des variations régionales. Les violences psychologiques et physiques sont les formes les plus courantes, tandis que les abus sexuels et le harcèlement constituent également des préoccupations majeures pour la santé et l’intégrité des femmes.
Être témoin de violences conjugales pendant l’enfance peut façonner les attitudes et les comportements à l’âge adulte. Les efforts de prévention devraient donc commencer tôt et inclure le cadre familial, car les données montrent que les individus, et en particulier les hommes, qui ont été témoins de violences durant l’enfance sont plus susceptibles de justifier ou de perpétrer des violences à l’âge adulte.
Dans l’ensemble, les données mettent en évidence un double défi : les VBG restent fréquentes et sous-déclarées, tandis que les normes restrictives de la masculinité et la faiblesse des mécanismes de responsabilisation accroissent le risque de commettre des violences. La prévention et l’élimination des VBG nécessitent donc à la fois une transformation des normes néfastes, ainsi qu’un renforcement des mécanismes de signalement fiables, de la justice et des dispositifs de soutien aux survivants.
Les violences basées sur le genre (VBG) restent largement répandues dans de nombreux pays, et ce malgré les progrès réalisés dans les cadres juridiques, une sensibilisation accrue et le développement de services de soutien aux survivants. Les travaux de l’OCDE, notamment à travers l’indice Institutions sociales et égalité des genres (SIGI), ont montré que les normes sociales discriminatoires continuent d’influencer à la fois la prévalence de la violence et l’efficacité des réponses en matière de politiques publiques (OCDE, 2023[1] ; OCDE, 2023[2]). Ces normes ne se reflètent pas uniquement dans les lois, mais aussi dans les attentes quotidiennes concernant les rôles des femmes et des hommes. Cela inclut des attentes qui positionnent les hommes comme principaux décideurs, contributeurs financiers ou figures d’autorité au sein du ménage et de la société. Examiner les normes de la masculinité sous cet angle permet de mieux comprendre comment certaines de ces attentes, en particulier celles liées au contrôle des choix et du corps des femmes ou à l’acceptation de la violence dans certaines situations, peuvent contribuer à des environnements où les VBG sont tolérées ou minimisées, réduisant ainsi l’efficacité des efforts de prévention.
S’appuyant sur des données provenant de la Côte d’Ivoire et du Sénégal, ce chapitre analyse la manière dont les attentes placées sur les hommes façonnent les schémas de perpétration de la violence ainsi que l’acceptation sociale plus large de celle-ci. L’analyse ne suggère pas une relation directe entre la masculinité restrictive et les personnes qui subissent la violence. Elle montre plutôt comment les normes de la masculinité influencent les comportements et contribuent à créer des environnements où la violence est plus susceptible de se produire et moins susceptible d’être sanctionnée. Dans ces contextes, les attitudes qui renforcent la domination des hommes sur les femmes et qui justifient le recours à la violence comme moyen de discipline ou de résolution des conflits contribuent à la normalisation des comportements abusifs. Dans de telles situations, et en particulier lorsque la violence est considérée comme une affaire privée, les mécanismes de responsabilisation restent limités, ce qui affaiblit l’effet dissuasif des lois et crée des obstacles supplémentaires pour les survivants dans leur accès au soutien ou à la justice.
Les conclusions du chapitre soulignent ainsi la nécessité de renforcer la prévention en complément des systèmes de soutien existants. Les systèmes judiciaires, la protection juridique et les services destinés aux survivants sont essentiels, mais ils sont peu susceptibles de réduire durablement les violences basées sur le genre (VBG) si les normes sociales sous-jacentes restent inchangées. Ainsi, s’attaquer aux attentes placées sur les hommes devient un élément central de la prévention, dans la mesure où les normes associant la masculinité à l’autorité, au contrôle du comportement et du corps des femmes, ou à l’acceptabilité de la violence façonnent les attitudes bien avant que la violence ne survienne. Faire évoluer ces attentes peut réduire l’acceptation sociale de la violence, influencer les réponses aux conflits au sein des relations et accroître la probabilité que les comportements abusifs soient remis en question ou sanctionnés par les pairs et les communautés. Cela contribue également à créer des conditions dans lesquelles les survivantes sont plus susceptibles de chercher du soutien et dans lesquelles les institutions sont plus à même de réagir efficacement. Conformément à l’agenda de l’Union africaine pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes et des filles, les efforts visant à promouvoir la masculinité positive constituent un point d’entrée concret pour prévenir les VBG en s’attaquant à leurs causes profondes plutôt qu’à leurs conséquences.
Les violences basées sur le genre sont répandues et dépassent le cadre des relations intimes
Copier le lien de Les violences basées sur le genre sont répandues et dépassent le cadre des relations intimesLes données représentatives au niveau national en Côte d’Ivoire montrent que les violences basées sur le genre (VBG) sont largement répandues et suivent des schémas de genre bien marqués. Bien que les femmes et les hommes déclarent tous deux avoir été survivants de violence, les femmes sont plus souvent identifiées comme survivantes, tandis que les hommes sont plus fréquemment identifiés comme auteurs. En moyenne, 28 % des femmes et 19 % des hommes déclarent avoir subi au moins une fois dans leur vie des violences au sein du couple. D’importantes variations régionales apparaissent également. Chez les femmes, la prévalence déclarée varie entre environ 17 % dans le Sud-Ouest et plus de 40 % dans le Nord-Est et le Sud. Chez les hommes, les taux varient de 12 % dans le Centre à un peu plus de 40 % dans le Nord-Est (Graphique 5.1, Partie A).
Les violences au sein du couple prennent des formes multiples qui se chevauchent souvent. Les violences émotionnelles ou psychologiques (par exemple, menaces, critiques constantes, insultes ou comportements de contrôle) constituent la forme la plus fréquemment signalée, suivies par les violences physiques et les rapports sexuels forcés, tandis que les violences économiques (par exemple, des actes visant à créer une dépendance financière en contrôlant l’accès à l’argent, en sabotant le travail ou en empêchant l’accès à l’emploi) sont moins souvent rapportées (Graphique 5.1, Partie B). Les données mettent également en évidence le caractère cumulatif des violences : près de la moitié des femmes ivoiriennes (45 %) déclarant des violences au sein du couple ont subi plusieurs formes de violence, et une large majorité (64 %) indique que ces incidents se produisent de manière répétée, au moins plusieurs fois par mois. Ces schémas suggèrent que la violence est rarement un phénomène isolé, mais qu’elle s’inscrit plutôt dans des dynamiques continues au sein des relations.
Graphique 5.1. La prévalence des violences conjugales varie selon les zones et le type de violence en Côte d’Ivoire
Copier le lien de Graphique 5.1. La prévalence des violences conjugales varie selon les zones et le type de violence en Côte d’Ivoire
Note : Les différences entre les sexes selon les zones sont statistiquement significatives au seuil de 1 %. Les différences entre les sexes selon le type de violence au sein du couple sont statistiquement significatives au moins au seuil de 5 %, sauf pour la violence économique.
Source : OCDE (2026[3]), Base de données de l’OCDE sur la masculinité en Côte d’Ivoire, https://data-explorer.oecd.org/s/4sy.
Les informations relatives aux auteurs de violence soulignent davantage encore le caractère genré des VBG. En Côte d’Ivoire, 20 % des hommes et 15 % des femmes déclarent avoir commis une forme de violence à l’encontre d’un conjoint ou partenaire au cours des 12 derniers mois. Bien que les femmes et les hommes déclarent tous deux avoir recours à des violences émotionnelles, physiques, sexuelles et économiques, les hommes le font globalement plus fréquemment, et les violences émotionnelles constituent la forme la plus souvent signalée pour les deux groupes (Graphique 5.2). Les écarts entre les sexes en matière de violences commises au sein du couple sont relativement faibles dans le Centre, le Centre-Est et le Sud, mais nettement plus marqués dans le Nord-Est et le Centre-Ouest.
La violence en dehors des relations intimes ou conjugales constitue également un enjeu important, bien que moins répandu que les violences au sein du couple. En Côte d’Ivoire, 8 % des femmes et des hommes déclarent avoir subi des violences physiques et/ou sexuelles de la part d’une personne autre qu’un partenaire intime au cours des 12 derniers mois. Le harcèlement sexuel est la forme la plus fréquemment signalée, suivi des violences physiques et des abus sexuels2. Les schémas de recours à la violence reflètent globalement ces constats : 10 % des hommes et 5 % des femmes déclarent avoir infligé des violences physiques, harcelé sexuellement et/ou abusé d’une personne autre qu’un partenaire intime au cours des 12 derniers mois. L’écart relativement faible entre les violences commises au sein et en dehors du couple dans le Centre et à Abidjan suggère la nécessité particulière de lutter contre la violence au-delà de la sphère privée dans ces zones (Graphique 5.2).
Graphique 5.2. Les hommes sont plus souvent auteurs de violence que les femmes en Côte d’Ivoire
Copier le lien de Graphique 5.2. Les hommes sont plus souvent auteurs de violence que les femmes en Côte d’IvoireProportion des femmes et des hommes en Côte d’Ivoire déclarant avoir commis des violences conjugales et non-conjugales au cours des 12 derniers mois, au niveau national et par zone
Note : Conjugale renvoie aux violences conjugales et non-conjugale renvoie aux actes de violence commis en dehors du couple.
Source : OCDE (2026[3]), Base de données de l’OCDE sur la masculinité en Côte d’Ivoire, https://data-explorer.oecd.org/s/4sy.
Les données disponibles pour le Sénégal indiquent également des niveaux élevés de violence à l’égard des femmes, bien que les estimations ne soient pas directement comparables à celles de la Côte d’Ivoire ou aux dernières données disponibles relatives aux Objectifs de développement durable, en raison de différences dans les sources de données, les définitions et les périodes de référence3. En particulier, les estimations disponibles des violences au sein du couple pour le Sénégal issues des ODD en 2018 ne prennent en compte que les violences sexuelles et/ou physiques (ONU Femmes, s.d.[4]), tandis que les estimations nationales plus récentes de 2024 incluent également les violences psychologiques et économiques. Selon ces données, 70 % des femmes au Sénégal ont subi des violences au sein du couple au moins une fois depuis leur première union, et 22 % au cours des 12 derniers mois (ANSD, 2024[5]). La forte prévalence sur l’ensemble de la vie s’explique principalement par les violences psychologiques, signalées par 61 % des femmes, tandis que les violences physiques, sexuelles et économiques sont rapportées à des niveaux nettement plus faibles, allant de 8 % à 30 % (Graphique 5.3). Comme en Côte d’Ivoire, la prévalence varie sensiblement selon les régions. Les taux sont les plus élevés à Matam (85 %), suivi de Thiès, Louga et Tambacounda (toutes au-dessus de 70 %), tandis que Kaffrine enregistre les niveaux les plus faible de violences au sein du couple (49 %) (ANSD, 2024[5]).
Graphique 5.3. Les violences psychologiques et physiques sont les formes les plus courantes de violence à l’égard des femmes au Sénégal
Copier le lien de Graphique 5.3. Les violences psychologiques et physiques sont les formes les plus courantes de violence à l’égard des femmes au SénégalFormes de violence subies par les femmes au cours de leur vie ou au cours des 12 derniers mois, au sein ou en dehors du couple
Note : Conjugale renvoie aux violences conjugales et non-conjugale renvoie aux actes de violence commis en dehors du couple. La prévalence sur l’ensemble de la vie pour les différents types de violences conjugales est calculée à partir de la première union des femmes.
Source : Élaboration de l’auteur à partir de (ANSD, 2024[5]), Enquête nationale de référence sur les violences faites aux femmes.
Les violences non-conjugales sont très répandues au Sénégal. En moyenne, environ 90 % des femmes déclarent avoir été survivantes de ce type de violence au cours de leur vie et 22 % au cours des 12 derniers mois, avec d’importantes variations régionales, allant de 8 % à Fatick à 39 % à Diourbel (ANSD, 2024[5]). Les violences psychologiques constituent la forme la plus fréquemment signalée, tandis que les violences économiques et sexuelles sont rapportées à des niveaux bien inférieurs (Graphique 5.3). Les données disponibles indiquent également que les violences physiques en dehors du couple sont le plus souvent perpétrées par des membres de la famille, notamment les frères et sœurs et les parents, ainsi que par des amis (ANSD, 2024[5]). D’autres éléments mettent en évidence des vulnérabilités spécifiques chez les jeunes femmes. La majorité des femmes ayant subi une forme de violence en dehors du couple au cours de leur vie y ont été exposées avant l’âge de 18 ans. La violence numérique apparaît également répandue, 20 % des femmes de moins de 18 ans déclarant en avoir été survivantes (ANSD, 2024[5]).
Encadré 5.1. Sources de données et comparabilité
Copier le lien de Encadré 5.1. Sources de données et comparabilitéCe chapitre combine différents types de données provenant de la Côte d’Ivoire et du Sénégal. Pour la Côte d’Ivoire, il s’appuie principalement sur des données originales d’enquête auprès des ménages, représentatives au niveau national, collectées dans le cadre du présent rapport. Ces données incluent des informations sur les attitudes à l’égard des normes de la masculinité, les expériences de violence et la perpétration des violences auto-déclarée (voir Chapitre 2). Pour le Sénégal, il repose sur des sources quantitatives secondaires ainsi que sur des éléments qualitatifs issus d’entretiens avec des informateurs clés et de discussions participatives (voir Chapitre 3).
Ces sources de données sont complémentaires mais pas entièrement comparables. Les différences de méthodologie, de définitions, d’indicateurs et de périodes de référence signifient que les estimations de prévalence doivent être interprétées avec prudence d’un pays et d’une étude à l’autre. Dans ce chapitre, les données de la Côte d’Ivoire sont principalement utilisées pour analyser les schémas de violence et de perpétration, tandis que les données du Sénégal apportent des éclairages supplémentaires sur les normes sociales, les pratiques de signalement et le contexte plus large dans lequel s’inscrivent ces violences. Pour les deux pays, des experts nationaux ont été consultés afin de contextualiser les résultats des données.
Dans l’ensemble, en Côte d’Ivoire comme au Sénégal, les données disponibles indiquent des niveaux élevés de violence à l’égard des femmes, tant au sein qu’en dehors du couple, tout en mettant en évidence d’importantes différences dans la manière dont cette violence est vécue et déclarée. Les niveaux de prévalence doivent toutefois être interprétés avec prudence d’un pays à l’autre, car ils dépendent de différences dans les sources de données, les définitions et les contextes de déclaration. Une prudence similaire s’impose lors de l’analyse des variations régionales des taux de perpétration, dans la mesure où les données autodéclarées sont sensibles aux biais de désirabilité sociale, aux différences dans la manière dont les comportements violents sont compris, ainsi qu’à l’agrégation de diverses formes de violence. Ces facteurs peuvent influencer à la fois les schémas de déclaration et la comparabilité des résultats entre les différents contextes.
La honte, la pression sociale et l’acceptation de la violence limitent le signalement et masquent l’ampleur réelle des VBG
Copier le lien de La honte, la pression sociale et l’acceptation de la violence limitent le signalement et masquent l’ampleur réelle des VBGPour appréhender l’ampleur réelle des VBG, il est nécessaire d’aller au-delà de la seule prévalence et d’examiner la manière dont les facteurs sociaux et institutionnels influencent la reconnaissance, la divulgation et la prise en charge de la violence. En Côte d’Ivoire comme au Sénégal, un ensemble de facteurs sociaux et institutionnels limite le signalement et masque l’ampleur réelle des VBG. La honte, la stigmatisation, la peur de représailles, la pression sociale à garder le silence et la faible confiance envers les autorités publiques influencent la décision des survivants de chercher du soutien ou de recourir aux mécanismes formels de plainte (OCDE, 2023[2]). Les données disponibles sous-estiment donc probablement l’ampleur de la violence, en particulier lorsque certaines de ses formes sont normalisées ou considérées comme relevant de la sphère privée.
Les données provenant du Sénégal illustrent clairement ces dynamiques. Les données de l’Afrobarometer indiquent que 46 % de la population estiment que les femmes seraient probablement critiquées ou harcelées si elles signalaient des expériences de VBG, tandis que 44 % considèrent la violence domestique comme une affaire privée devant être réglée au sein de la famille (Afrobarometer, 2022[6]). Les données d’une enquête menée en 2023 confirment cette tendance, montrant que la plupart des survivants ne recherchent ni assistance médicale ni soutien psychologique et ne saisissent pas les autorités (Tine et al., 2026[7]). Les données qualitatives vont dans le même sens, en mettant en évidence la honte, les préoccupations liées à la préservation de l’honneur familial et la connaissance limitée des droits juridiques comme des obstacles importants à la révélation et au signalement des violences auprès des autorités compétentes (OCDE, 2026[8]). Ces constats permettent d’expliquer pourquoi la prévalence déclarée ne reflète pas pleinement l’ampleur de la violence, ni certaines formes spécifiques de violence, même dans un contexte où les données d’enquête disponibles indiquent déjà des niveaux élevés de violence.
Des schémas comparables sont observés en Côte d’Ivoire. Les données de l’Afrobarometer indiquent que les principales raisons perçues de ne pas signaler la violence sont la préférence pour un règlement à l’amiable (34 %), la peur de représailles en cas de signalement (26 %), la honte (17 %), le manque de connaissance des droits juridiques ou des procédures (11 %), ainsi que la pression sociale à garder le silence (11 %). En outre, seuls 17 % de la population considèrent que les survivants sont susceptibles de déposer une plainte auprès des autorités compétentes (Afrobarometer, 2024[9]). Les écarts entre les niveaux de violence déclarés et les perceptions du public suggèrent par ailleurs que certaines formes de violence sont plus largement reconnues qu’elles ne sont formellement signalées. Par exemple, 26 % de la population considèrent que les femmes sont souvent ou toujours harcelées dans les lieux publics, tandis que 38 % pensent que les filles et les jeunes femmes subissent souvent ou toujours des discriminations ou du harcèlement dans les milieux éducatifs. Pourtant, en moyenne, seules 6 % des femmes en Côte d’Ivoire déclarent être des survivantes du harcèlement sexuel (OCDE, 2026[3]).
Au-delà du signalement, les normes sociales influencent également le degré de tolérance ou de justification de la violence. En Côte d’Ivoire, 30 % des femmes et des hommes estiment qu’un homme a le droit de frapper ou de blesser physiquement son épouse dans au moins une circonstance – par exemple si elle brûle la nourriture, lui tient tête, ne s’occupe pas correctement des enfants, sort sans sa permission ou refuse d’avoir des relations sexuelles avec lui (OCDE, 2026[3]). Au Sénégal, 21 % des femmes et 14 % des hommes partagent cette opinion, révélant des écarts importants entre les sexes dans les attitudes, contrairement aux points de vue plus homogènes observés en Côte d’Ivoire (ANSD; The DHS Program, 2023[10]). Au Sénégal, ce schéma – où davantage de femmes que d’hommes justifient le recours à la violence par les hommes – se vérifie pour la plupart des situations, à l’exception des cas où la femme tient tête à son conjoint ou sort sans son autorisation, pour lesquels l’écart entre les sexes s’inverse. Au contraire, en Côte d’Ivoire, les opinions des femmes et des hommes sont étroitement alignées pour l’ensemble des situations. Le refus d’avoir des relations sexuelles constitue la justification la plus fréquemment acceptée du recours à la violence par les hommes au Sénégal, contrairement à la Côte d’Ivoire où ce motif est le moins souvent cité après celui de brûler la nourriture (Graphique 5.4, Partie A). Une enquête de perception menée auprès des jeunes au Sénégal montre également que la violence sexuelle au sein du couple est largement acceptée, contrairement à celle qui survient en dehors de ces relations (van Tuijl et al., 2025[11]).
L’acceptation des violences physiques au sein du couple varie également selon les régions, ce qui suggère que la violence est ancrée dans des environnements normatifs locaux et que la tolérance sociale à l’égard des abus est plus forte dans certains contextes que dans d’autres. Par exemple, en Côte d’Ivoire, les taux par zone varient d’un peu plus de 15 % dans le Sud à environ 40 % dans le Nord-Est et le Nord (Partie B, Graphique 5.4. Une part non négligeable de la population justifie le recours à la violence par les hommes). Au Sénégal, la proportion de femmes justifiant le recours des hommes à la violence dans au moins une circonstance varie de 55 % à Fatick à 90 % à Ziguinchor (ANSD; The DHS Program, 2023[10]). Ces attitudes sont déterminantes, car elles influencent non seulement la survenue de la violence, mais aussi son signalement, sa condamnation et sa sanction4. Lorsque la violence est perçue comme normale, justifiée ou relevant de la sphère familiale, les survivantes font face à davantage d’obstacles pour chercher du soutien et les auteurs sont moins susceptibles d’être confrontés à des conséquences sociales ou institutionnelles. Les mêmes normes de la masculinité qui limitent la visibilité de la violence influencent également les comportements à travers lesquels elle se manifeste.
Graphique 5.4. Une part non négligeable de la population justifie le recours à la violence par les hommes
Copier le lien de Graphique 5.4. Une part non négligeable de la population justifie le recours à la violence par les hommes
Note : La Partie A indique la part de la population (total, femmes, hommes) au Sénégal (SEN) et en Côte d’Ivoire (CIV) qui considère qu’un homme a le droit de battre, gifler, donner des coups de pied ou blesser physiquement sa femme ou sa partenaire si elle brûle le repas ; se dispute avec lui ; sort sans le prévenir ou sans demander sa permission ; ne s’occupe pas bien de leurs enfants ; ou refuse d’avoir des relations sexuelles avec lui. La Partie B indique la part de la population (total, femmes, hommes) en Côte d’Ivoire, par zone, qui considère qu’un homme peut blesser physiquement sa femme ou sa partenaire dans au moins l’une des circonstances mentionnées dans la Partie A.
Source : OCDE (2026[3]), Base de données de l’OCDE sur la masculinité en Côte d’Ivoire, https://data-explorer.oecd.org/s/4sy ; ANSD; The DHS Program (2023[10]), Enquête Démographique et de Santé continue 2023.
Les normes restrictives de la masculinité expliquent la perpétration, et non la victimisation
Copier le lien de Les normes restrictives de la masculinité expliquent la perpétration, et non la victimisationLes données issues de la Côte d’Ivoire montrent que les normes restrictives de la masculinité permettent de mieux comprendre les schémas de perpétration de la violence plutôt que la victimisation. Cela ne signifie pas que tous les hommes qui adhèrent à ces normes commettent des actes de violence, ni que seuls les hommes sont auteurs de violence. Cela suggère plutôt que l’adhésion à des normes valorisant l’autorité masculine, le contrôle sur les femmes et des rôles de genre rigides peut, dans certaines circonstances, accroître la probabilité de comportements violents.
La littérature existante montre souvent que les femmes qui internalisent des normes mettant en avant l’autorité masculine et la subordination féminine peuvent être plus vulnérables à la violence, dans la mesure où ces normes peuvent normaliser des relations de pouvoir inégales et réduire la capacité des femmes à reconnaître, résister ou signaler les abus (Bernard, Bernard et Bernard, 1985[12]). Toutefois, les résultats présentés ici ne montrent pas de relation statistiquement significative entre l’adhésion globale des femmes à des normes restrictives de la masculinité et leur probabilité de subir des violences au sein du couple. Cela ne signifie pas que les normes de la masculinité sont sans incidence sur les expériences de violence des femmes. Cela suggère plutôt que la victimisation résulte d’un ensemble plus large de facteurs interdépendants et ne peut être expliquée uniquement par les attitudes des femmes à l’égard de la masculinité. Cette conclusion s’inscrit dans la lignée des approches écologiques qui considèrent la violence comme un phénomène multifactoriel, mettant en évidence le rôle combiné de facteurs individuels, relationnels, communautaires et structurels (Heise, 1998[13]).
D’autres facteurs sociodémographiques apportent davantage d’éclairages sur les personnes susceptibles d’être plus exposées à la violence. En Côte d’Ivoire, les femmes en emploi et celles vivant en milieu rural déclarent des taux plus élevés de violences au sein du couple, tandis que les femmes ayant un niveau d’éducation plus élevé sont moins susceptibles d’en avoir fait l’expérience (OCDE, 2026[3]). Au Sénégal, une étude montre que les femmes travaillant dans le secteur informel sont plus susceptibles de subir des violences physiques que celles employées dans le secteur public (Tine et al., 2026[7]). Ces tendances soulignent l’importance des dynamiques structurelles et relationnelles au-delà des seules croyances individuelles. Par exemple, la théorie des ressources suggère que les évolutions de la position économique des femmes peuvent remettre en cause les rapports de pouvoir établis au sein des couples, et ainsi susciter des réactions violentes de la part des hommes pour réaffirmer leur contrôle, en particulier dans des contextes où les normes de la masculinité liées à l’autorité masculine restent fortes (Macmillan et Gartner, 1999[14]). Le fait de vivre en milieu rural peut également être associé à une plus grande acceptation des normes discriminatoires et à un accès plus limité à la protection juridique et aux services de soutien. À l’inverse, l’éducation peut renforcer la connaissance des droits (juridiques), accroître l’autonomie et améliorer l’accès à l’information ainsi qu’aux systèmes de soutien (Weitzman, 2018[15]).
Un tableau différent se dégage lorsqu’on examine la perpétration de la violence. Chez les hommes, l’adhésion à des normes restrictives de la masculinité est significativement associée à une probabilité plus élevée d’exercer des violences à l’encontre d’une épouse ou d’une partenaire intime, non seulement de manière ponctuelle mais aussi répétée. Cela vaut également pour la violence perpétrée en dehors du couple. À l’inverse, les hommes qui adhèrent à des conceptions moins restrictives de la masculinité sont moins susceptibles de recourir à la violence envers les femmes5. Les données confirment en outre que la relation entre les normes restrictives de la masculinité et le recours à la violence se vérifie pour la plupart des dimensions de l’Indice des masculinités de l’OCDE, à l’exception de la dimension relative au pouvoir de décision finale, pour laquelle la faible variabilité des réponses ne permet pas d’obtenir un résultat statistiquement significatif6. Comprendre le fonctionnement des normes restrictives de la masculinité est donc essentiel pour identifier les profils les plus susceptibles de commettre des VBG, plutôt que pour prédire quelles personnes en font l’expérience.
L’analyse met également en lumière les mécanismes par lesquels les normes restrictives de la masculinité peuvent se traduire par des comportements violents. Les hommes qui adhèrent fortement aux attentes liées à l’autorité, au rôle de principal contributeur financier et à la performance sexuelle peuvent ressentir une pression pour démontrer qu’ils remplissent ces rôles. Lorsque ces attentes sont difficiles à satisfaire, certains hommes peuvent recourir à la violence comme moyen de réaffirmer leur contrôle ou de restaurer un sentiment d’identité masculine. Cela correspond au concept de stress lié aux rôles de genre masculins, selon lequel le fait de ne pas répondre aux normes sociales valorisées de la masculinité peut engendrer frustration, honte ou insécurité (Copenhaver, 2000[16]). Cela rejoint également les travaux montrant que les menaces pesant sur la masculinité peuvent accroître la probabilité de comportements de contrôle ou de violence lorsque la domination constitue un élément central de l’identité masculine (Fleming et al., 2019[17]).
Ce schéma est particulièrement visible en ce qui concerne le rôle économique des hommes. En Côte d’Ivoire, les hommes qui déclarent qu’ils ressentiraient du stress s’ils n’étaient pas en mesure de subvenir aux besoins de leur famille sont plus susceptibles d’exercer des violences au sein du couple, en particulier au cours des 12 derniers mois7. Les hommes qui indiquent qu’ils ressentiraient de la honte s’ils gagnaient moins que leur épouse sont également plus susceptibles de déclarer avoir exercé des violences au sein du couple, tant au cours de leur vie que de manière répétée. L’analyse spécifique de la norme du principal contributeur financier va dans le même sens : une adhésion plus forte des hommes à l’idée qu’ils doivent subvenir aux besoins de leur famille est associée à une probabilité plus élevée de commettre des violences au sein du couple. Ce résultat doit toutefois être interprété avec prudence, en raison de la faible variabilité des réponses des hommes concernant leur adhésion à cette norme8.
La pression liée aux attentes concernant les relations intimes joue également un rôle important. Les hommes qui estiment qu’ils devraient ressentir de la honte s’ils n’avaient pas de bonnes performances sexuelles et qui adhèrent simultanément à des normes restrictives de la masculinité sont plus susceptibles d’exercer des violences au sein du couple9. Comparée au stress financier, qui semble davantage associé à des actes récents de violence, la pression liée à la performance sexuelle semble s’inscrire dans un horizon temporel plus long, puisqu’elle est associée à la fois à des violences commises au cours des 12 derniers mois et à des violences sur l’ensemble de la vie. Ce schéma suggère que l’interaction entre pressions économiques et violence est plus ponctuelle et spécifique à certains contextes (par exemple liés au chômage ou à des périodes d’insécurité économique), tandis que les attentes liées à la sexualité masculine sont moins sensibles aux conditions extérieures et peuvent ainsi déclencher des comportements violents sur une période plus étendue.
Dans l’ensemble, les résultats issus de la Côte d’Ivoire et du Sénégal sont cohérents avec un corpus croissant de recherches et présentent d’importantes implications pour les politiques publiques. La promotion de formes positives de la masculinité peut contribuer à réduire la violence, à transformer les attitudes à son égard et à favoriser des attitudes plus égalitaires entre les hommes et les femmes (Pérez-Martínez et al., 2023[18]).
La normalisation de la violence et la faiblesse des mécanismes de responsabilisation contribuent à la persistance des abus
Copier le lien de La normalisation de la violence et la faiblesse des mécanismes de responsabilisation contribuent à la persistance des abusLes normes restrictives de la masculinité constituent un élément important de l’ensemble plus large de facteurs qui façonnent les violences basées sur le genre (VBG), mais elles n’agissent pas de manière isolée. La violence est également entretenue par une exposition précoce à des comportements abusifs, une normalisation générale de l’usage de la force par les hommes et des environnements institutionnels faibles. Comprendre cet ensemble élargi de facteurs est essentiel au regard de la persistance des VBG en Côte d’Ivoire et au Sénégal. La nécessité de repenser plus largement les réponses aux VBG a également été mise en évidence lors des entretiens qualitatifs menés au Sénégal, dans la mesure où, malgré des investissements humains et financiers soutenus sur plusieurs années, la prévalence des VBG demeure alarmante (OCDE, 2026[8]).
Les expériences vécues durant l’enfance s’inscrivent dans cette dynamique plus large, et les données soulignent l’importance d’engager les efforts de prévention de la violence dès le plus jeune âge. Les données provenant de la Côte d’Ivoire indiquent un lien significatif entre le fait d’avoir été témoin de violences au sein du couple durant l’enfance et les attitudes ou comportements ultérieurs liés à la perpétration, à la justification ou à l’expérience de ces violences10. Cette relation semble plus marquée chez les hommes que chez les femmes, ce qui suggère que l’exposition précoce joue un rôle plus important dans l’inclination des hommes, par rapport aux femmes, à tolérer ou à recourir à la violence à l’âge adulte11. En moyenne, 18 % de la population ivoirienne déclarent avoir vu leur mère battue par son mari ou partenaire, et 32 % ont été témoins d’insultes ou d’humiliations verbales à son encontre durant leur enfance (OCDE, 2026[3]). Ces résultats sont cohérents avec la littérature existante, qui montre que l’exposition à la violence à un jeune âge peut non seulement façonner les perceptions individuelles de la violence, mais est également associée à la perpétration et, dans une moindre mesure, à la victimisation (Wadji, Pirro et Langevin, 2024[19] ; Zhu et al., 2023[20] ; Curtis et al., 2022[21] ; Kimber et al., 2018[22]).
L’acceptation sociale plus large de l’autorité masculine et du recours à la violence contribue également à créer un environnement dans lequel les abus peuvent se produire de manière répétée avec des conséquences limitées pour les auteurs. Par exemple, en Côte d’Ivoire, 54 % des hommes et 45 % des femmes estiment que les femmes ne peuvent pas refuser d’avoir des relations sexuelles avec leur mari ou partenaire (OCDE, 2026[3]). Ces attitudes reflètent l’acceptation de la domination masculine sur l’autonomie sexuelle et reproductive des femmes et peuvent créer des conditions dans lesquelles la coercition et la violence sont plus susceptibles de se produire (Decker et al., 2021[23] ; Katz et al., 2015[24]). En outre, l’acceptation générale du recours à la violence par les hommes pour résoudre les conflits ou « discipliner » leur épouse contribue à la persistance des VBG. En Côte d’Ivoire, 14 % de la population considèrent qu’il est normal pour un homme de recourir à la violence ou à la force physique pour résoudre un conflit ou affirmer son autorité, et l’analyse montre que les hommes qui normalisent l’usage de la violence dans ces contextes sont plus susceptibles de perpétrer des violences au sein du couple (OCDE, 2026[3])12. Au Sénégal, un tiers de la population estime qu’un homme peut recourir à la force physique pour « discipliner » son épouse si elle fait quelque chose qu’il désapprouve ou qu’il considère comme incorrect (Afrobarometer, 2022[6]). Ces opinions sont également partagées par des jeunes sénégalais, qui considèrent les violences au sein du couple comme une réaction courante, liée au droit perçu des hommes à des relations sexuelles dans le cadre du mariage (van Tuijl et al., 2025[11]).
La persistance de la violence se manifeste également par sa fréquence, alimentée par des normes sociales néfastes et par l’insuffisance des dispositifs institutionnels de soutien et de recours. Parmi les femmes déclarant avoir subi des violences au sein du couple en Côte d’Ivoire, environ deux tiers indiquent que ces violences se produisent au moins plusieurs fois par mois, voire plus souvent, au cours des 12 derniers mois13. Les auteurs font donc face à des conséquences limitées pour leurs actes et peuvent adopter des comportements violents de manière répétée, malgré des réformes juridiques récentes visant à définir et à criminaliser la violence domestique et à renforcer l’accompagnement des survivants (Gouvernement de Côte d'Ivoire, 2021[25] ; Gouvernement de Côte d'Ivoire, 2021[26]). Un renforcement de l’application des lois existantes et l’amélioration de l’accès aux dispositifs de soutien apparaissent essentiels pour rompre ce cycle d’impunité et de répétition des violences. En particulier, plus de la moitié de la population ivoirienne (53 %) estime que la police devrait intensifier ses efforts pour protéger les femmes et les filles contre le harcèlement dans les milieux éducatifs, professionnels et dans l’espace public (Afrobarometer, 2024[9]).
Les données issues du Sénégal mettent en évidence des contraintes similaires et la nécessité d’efforts concertés pour lutter contre les VBG. Près des trois quarts de la population (73 %) estiment que le gouvernement devrait faire davantage pour promouvoir les droits des femmes (Afrobarometer, 2022[6]). Bien qu’une proportion comparable (76 %) considère que la police prendrait au sérieux le cas d’une femme signalant un viol ou un acte de violence domestique (Afrobarometer, 2022[6]), les entretiens qualitatifs révèlent que la pression sociale demeure élevée, ce qui dissuade les survivants de signaler officiellement les incidents de VBG et de chercher à obtenir justice ou un soutien auprès des institutions publiques (voir ci-dessus). Les entretiens montrent en outre que les contraintes économiques et la connaissance limitée des comportements constituant des violations de droits limitent la capacité des individus à engager des démarches de justice ou à accéder à des services de soutien (OCDE, 2026[8]). Ces obstacles renforcent le décalage entre les engagements juridiques de l’État et les réalités vécues par les individus.
Dans l’ensemble, les données disponibles suggèrent que la violence persiste non seulement parce que des normes néfastes influencent les comportements, mais aussi parce qu’elle est trop souvent tolérée, répétée et insuffisamment sanctionnée. Cela a des implications importantes pour les politiques publiques. Une combinaison de mesures est nécessaire pour prévenir les cas de VBG tout en renforçant l’accès à la justice et à un soutien approprié aux survivants. Au-delà de cadres juridiques complets, il est essentiel de renforcer les mécanismes de responsabilisation, de développer des institutions dignes de confiance et accessibles pour les survivants, et d’investir dans la prévention dès le plus jeune âge. Cela implique également de remettre en cause les normes de la masculinité qui légitiment l’autorité masculine et le recours à la violence, de renforcer les capacités des acteurs de la justice et des prestataires de services (notamment les centres d’hébergement, les services médicaux et psychologiques, l’assistance juridique, etc.), et de garantir que les survivants puissent accéder à un soutien rapide et efficace.
Conclusion et recommandations de politiques publiques
Copier le lien de Conclusion et recommandations de politiques publiquesLes données provenant de la Côte d’Ivoire et du Sénégal montrent que les VBG restent largement répandues et prennent des formes multiples, autant au sein qu’en dehors du couple. Dans le même temps, les estimations de prévalence ne reflètent pas pleinement l’ampleur du phénomène. La honte, la pression sociale, la peur de représailles et la perception de la violence comme une affaire privée continuent de décourager le signalement et de masquer l’ampleur des VBG.
Les résultats suggèrent également que les normes de la masculinité permettent d’expliquer plus clairement les schémas de perpétration que ceux de la victimisation. En particulier, une adhésion plus forte aux normes restrictives de la masculinité est associée à une probabilité plus élevée de commettre des actes de violence, notamment lorsque la masculinité est étroitement liée à la domination, au contrôle et à des droits sexuels implicites. Par exemple, la légitimation ou la normalisation du recours à la violence par les hommes pour résoudre les conflits ou « discipliner » leur épouse ou partenaire intime est associée à un risque accru de perpétration.
Ces constats ont des implications claires pour les politiques publiques. Placer la masculinité positive au centre des stratégies de prévention des VBG peut contribuer à transformer les environnements normatifs dans lesquels la violence est tolérée et rarement signalée, condamnée ou sanctionnée. Bien que les réponses juridiques et les services de prise en charge soient essentiels, ils sont peu susceptibles de produire une réduction durable de la violence sans des changements parallèles des normes de genre qui légitiment l’autorité masculine et le recours à la violence. La prévention des VBG nécessite donc une attention accrue aux attentes placées sur les hommes et les garçons, notamment en ce qui concerne la prise de décision, la résolution des conflits, les rôles économiques et les relations sexuelles. La remise en question de ces normes doit commencer dès le plus jeune âge et être intégrée dans une stratégie globale de prévention, sans se substituer aux réponses juridiques et institutionnelles.
Dans le même temps, un renforcement de la mise en œuvre et des mécanismes de responsabilisation institutionnelle est indispensable. Les données mettent en évidence des obstacles persistants au signalement, un niveau de confiance limité envers les institutions publiques et un effet dissuasif insuffisant pour les auteurs. Il est donc essentiel de renforcer les capacités des forces de police, des acteurs judiciaires et des prestataires de services afin de répondre efficacement aux VBG, tout en améliorant la sensibilisation aux droits, aux mécanismes de signalement et à l’accès à des services de soutien centrés sur les survivants. Pris dans leur ensemble, ces résultats suggèrent qu’une action efficace contre les VBG requiert à la fois des mesures de prévention et de réponse : une prévention qui s’attaque aux normes restrictives de la masculinité et à l’acceptation sociale de la violence, et des systèmes de réponse qui soient fiables, accessibles et capables de garantir protection et justice.
Perspectives : Priorités en matière de politiques publiques
S’appuyant sur l’analyse et sur les recommandations formulées par des experts ivoiriens et sénégalais, les actions de politiques publiques suivantes devraient être priorisées afin de renforcer la prévention et la réponse aux violences basées sur le genre (VBG). Les États devraient également ratifier et mettre en œuvre la Convention de l’Union africaine sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles, adoptée en février 2025, qui fournit un cadre continental pour la prévention, la protection, la redevabilité et le soutien aux survivants (Union africaine, 2025[27]).
Promouvoir la masculinité positive et transformer les normes sociales néfastes à travers des programmes communautaires destinés aux hommes et aux garçons, notamment des initiatives de mentorat autour de la paternité et des campagnes nationales de communication utilisant divers médias tels que la radio locale, la télévision et les plateformes numériques (voir Chapitres 1, 2 et 3 pour plus de détails). Les programmes devraient impliquer les hommes et les garçons en tant qu’acteurs du changement, tout en plaçant les droits des femmes et la sécurité des survivants au centre.
Intégrer la prévention des VBG et l’égalité entre les hommes et les femmes dans les systèmes éducatifs en inscrivant ces thématiques dans les programmes scolaires dès le plus jeune âge, y compris des modules portant sur les relations respectueuses, la résolution non violente des conflits et le partage des responsabilités. Ces efforts devraient être accompagnés de formations ciblées pour les enseignants ainsi que de mesures visant à soutenir l’inscription, le maintien et l’achèvement de la scolarité des enfants.
Renforcer la réponse juridique et institutionnelle aux VBG en révisant, harmonisant et appliquant les législations, en introduisant des sanctions plus efficaces et en mettant en place des unités spécialisées dans les VBG au sein des postes de police, des tribunaux et des administrations locales. Les mécanismes communautaires, y compris les conseils d’anciens, les chefs traditionnels et religieux ainsi que les structures locales de responsabilisation, peuvent compléter ces efforts en soutenant la prévention, l’orientation et la responsabilisation, tout en contribuant à renforcer l’application du droit formel.
Développer des dispositifs de réponse et de protection centrés sur les survivants en améliorant les mécanismes d’orientation, les réseaux d’alerte, les dispositifs de protection, les fonds d’urgence, ainsi que l’accès à des services complets d’assistance juridique, psychosociale et sociale.
Renforcer les capacités et les mécanismes de responsabilisation des acteurs de première ligne, notamment les prestataires de services, les acteurs de la justice, les forces de sécurité et les professionnels des médias, afin de garantir une prévention et une réponse aux VBG efficaces, sensibles au genre et fondées sur les droits.
Ces priorités soulignent la nécessité d’une approche plus intégrée combinant transformation des normes de la masculinité, responsabilisation institutionnelle et soutien centré sur les survivants.
Références
[9] Afrobarometer (2024), Côte d’Ivoire Round 10 data (2024), https://www.afrobarometer.org/survey-resource/cote-divoire-round-10-data-2024/ (consulté le 26 février 2026).
[6] Afrobarometer (2022), Senegal Round 9 data (2022).
[5] ANSD (2024), Enquête nationale de référence sur les violences faites aux femmes (ENR-VFFS, 2023), https://www.ansd.sn/sites/default/files/2024-11/Brochure_ENR-VFFS_0.pdf.
[10] ANSD; The DHS Program (2023), Sénégal : Enquête Démographique et de Santé Continue (EDS Continue), https://dhsprogram.com/Countries/Country-Main.cfm?ctry_id=36&c=Senegal&Country=Senegal&cn=&r=1.
[12] Bernard, J., S. Bernard et M. Bernard (1985), « Courtship Violence and Sex-Typing », Family Relations, vol. 34, pp. 573–76, https://doi.org/10.2307/584021.
[16] Copenhaver, M. (2000), « Masculine Gender-Role Stress, Anger, and Male Intimate Abusiveness: Implications for Men’s Relationships », Sex Roles, pp. 405-414, https://doi.org/10.1023/A:1007050305387.
[21] Curtis, A. et al. (2022), « Childhood Predictors of Adult Intimate Partner Violence Perpetration and Victimization », Journal of Family Violence, vol. 38/8, pp. 1591-1606, https://doi.org/10.1007/s10896-022-00451-0.
[23] Dalby, A. (dir. pub.) (2021), « Gendered power dynamics and threats to sexual and reproductive autonomy among adolescent girls and young adult women: A cross-sectional survey in three urban settings », PLOS ONE, vol. 16/11, p. e0257009, https://doi.org/10.1371/journal.pone.0257009.
[17] Fleming, P. et al. (2019), « Competition and Humiliation: How Masculine Norms Shape Men’s Sexual and Violent Behaviors », Men and Masculinities, pp. 197-215, https://doi.org/10.1177/1097184X17715493.
[26] Gouvernement de Côte d’Ivoire (2021), « Loi n° 2021-894 du 21 décembre 2021 relative aux mesures de protection des victimes de violences domestiques ».
[25] Gouvernement de Côte d’Ivoire (2021), « Loi n°2021-893 du 21 décembre 2021 modifiant la loi n°2019-574 du 26 juin 2019 portant code pénal ».
[13] Heise, L. (1998), « Violence Against Women: An Integrated, Ecological Framework: An Integrated, Ecological Framework », Violence Against Women, pp. 262-290, https://doi.org/10.1177/107780129800400300.
[24] Katz, J. et al. (2015), « Reproductive Coercion by Male Sexual Partners: Associations With Partner Violence and College Women’s Sexual Health », Journal of Interpersonal Violence, vol. 32/21, pp. 3301-3320, https://doi.org/10.1177/0886260515597441.
[22] Kimber, M. et al. (2018), « The association between child exposure to intimate partner violence (IPV) and perpetration of IPV in adulthood—A systematic review », Child abuse & neglect, vol. 76, pp. p. 273-286, https://doi.org/10.1016/j.chiabu.2017.11.007.
[14] Macmillan, R. et R. Gartner (1999), « When she brings home the bacon: Labor-force participation and the risk of spousal violence against women », Journal of Marriage and the Family, pp. 947-958.
[3] OCDE (2026), Base de données de l’OCDE sur la masculinité en Côte d’Ivoire, Enquête nationale représentative auprès des ménages sur les normes de la masculinité, réalisée par l’OCDE et l’ANStat, https://data-explorer.oecd.org/s/4sy.
[8] OCDE (2026), Données qualitatives sur les normes de la masculinité au Sénégal, Données issues d’entretiens avec des informateurs clés et atelier participatif organisés par l’OCDE et la Direction nationale de l’Équité et de l’Égalité de Genre du ministère de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités.
[2] OCDE (2023), Breaking the Cycle of Gender-based Violence: Translating Evidence into Action for Victim/Survivor-centred Governance, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/b133e75c-en.
[1] OCDE (2023), SIGI 2023 Global Report: Gender Equality in Times of Crisis, Social Institutions and Gender Index, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/4607b7c7-en.
[4] ONU Femmes (s.d.), Senegal Country Profile, https://data.unwomen.org/country/senegal (consulté le 5 juin 2026).
[7] Orri, M. (dir. pub.) (2026), « Epidemiology of violence and suicide risk in Senegal: A nationwide survey in 2023 », PLOS Global Public Health, vol. 6/1, p. e0005782, https://doi.org/10.1371/journal.pgph.0005782.
[18] Pérez-Martínez, V. et al. (2023), « Positive Masculinities and Gender-Based Violence Educational Interventions Among Young People: A Systematic Review », Trauma, Violence, & Abuse, pp. 468-486, https://doi.org/10.1177/1524838021103024.
[27] Union africaine (2025), African Union Convention on Ending Violence Against Women and Girls, https://au.int/sites/default/files/newsevents/workingdocuments/44174-wd-EN_AU_Convention_on_Ending_Violence_Against_Women_and_Girls_CEVAWG_27.05.2025.pdf.
[11] van Tuijl, C. et al. (2025), « Perceptions of sexual violence among adolescents and youth in Senegal and Ghana: Insights into normalization, victim-blaming and prospective behavior », Global Public Health, vol. 20/1, https://doi.org/10.1080/17441692.2025.2588852.
[19] Wadji, D., T. Pirro et R. Langevin (2024), « A Systematic Review and Meta-Analysis of the Association between Childhood Exposure to Intimate Partner Violence and Intimate Partner Violence Victimization/Perpetration in Adulthood in Africa », Trauma, Violence, & Abuse, vol. 26/4, pp. 634-650, https://doi.org/10.1177/15248380241287144.
[15] Weitzman, A. (2018), « Does increasing women’s education reduce their risk of intimate partner violence? Evidence from an education policy reform », Criminology, vol. 56/3, pp. 574-607, https://doi.org/10.1111/1745-9125.12181.
[20] Zhu, J. et al. (2023), « Adverse childhood experiences and intimate partner violence: A meta-analysis », Development and Psychopathology, vol. 36/2, pp. 929-943, https://doi.org/10.1017/s0954579423000196.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. Dans la suite du chapitre, le terme « survivants » est employé pour désigner les victimes/survivants de VBG.
← 2. Les taux de violence hors violences conjugales sont les suivants : 6 % pour les femmes et 5 % pour les hommes en ce qui concerne le harcèlement sexuel ; 2 % pour les femmes et 3 % pour les hommes pour les violences physiques ; et 1 % pour les femmes et 2 % pour les hommes pour les abus sexuels/le viol.
← 3. Les données de l’ANSD constituent les données représentatives au niveau national les plus récentes disponibles pour le Sénégal, reposant sur un échantillon de 7 503 femmes. Les estimations de prévalence des violences au sein du couple publiées par l’Organisation mondiale de la Santé ou les Nations Unies sont plus faibles – toutefois, ils ne prennent en compte que les violences sexuelles et/ou physiques. Les données collectées par l’ANSD incluent également les violences économiques et psychologiques, ces dernières expliquant notamment le taux élevé de 70 %. Les estimations de prévalence des violences conjugales rapportés dans d’autres études récentes (par exemple (Tine et al., 2026[7])) ne sont pas entièrement cohérents avec les données de l’ANSD. Ces différences peuvent s’expliquer par divers facteurs, notamment des variations dans la taille et la conception des échantillons, les types de violence mesurés, la formulation des questions dans les enquêtes respectives et les différences dans les déclarations de violences par les personnes interrogées.
← 4. Des études ont montré que les croyances qui normalisent ou justifient le recours à la violence sont associées à des niveaux plus élevés de la violence (OCDE, 2023[1]). Les données collectées en Côte d’Ivoire pour ce rapport montrent que la probabilité pour les femmes de subir des violences conjugales au cours de leur vie augmente avec le nombre de situations dans lesquelles elles justifient le recours à la violence par les hommes. Le coefficient de corrélation entre la prévalence des violences au sein du couple au cours de la vie pour les femmes et la justification du recours à la violence par les hommes, selon le nombre de circonstances, est de 0.13 et est significatif au seuil de 5 %.
← 5. Les résultats reposent sur des modèles logit estimés sur le sous-échantillon des hommes ayant déjà été en couple, mariés ou en union libre au cours de leur vie, avec la perpétration de VPI et en dehors du couple comme variables dépendantes d’intérêt. L’Indice des masculinités de l’OCDE inversé est utilisé comme principale variable explicative d’intérêt (un score plus élevé est associé à des normes de la masculinité moins restrictives). Les variables de contrôle incluent l’âge, le niveau d’éducation, le revenu, le statut religieux, le fait d’avoir des enfants biologiques, la zone de résidence et le statut d’emploi. Les modèles prennent également en compte des effets fixes de zone.
← 6. Ce résultat repose sur dix modèles logit estimés à partir du sous-échantillon des hommes ayant déjà été en couple, mariés ou en union libre au cours de leur vie. La variable dépendante, la perpétration des violences, est codée par 1 si un homme a déjà commis des violences conjugales au cours de sa vie, et 0 sinon. Dans les dix estimations, la principale variable explicative correspond à une dimension de l’Indice des masculinités de l’OCDE, mesurée comme un score agrégé continu compris entre 0 et 100. Chaque modèle inclut une dimension différente de l’indice, telle que la norme consistant à être le principal contributeur financier, la dominance financière ou le contrôle des biens (voir le Chapitre 2 pour une description détaillée des dix dimensions). Les variables de contrôle incluent l’âge, le niveau d’éducation, le revenu, le statut religieux, le fait d’avoir des enfants biologiques, la zone de résidence et le statut d’emploi. Tous les modèles intègrent en outre des effets fixes de zone.
← 7. Ce résultat repose sur un modèle logit estimé à partir du sous-échantillon des hommes ayant déjà été en couple, mariés ou en union libre au cours de leur vie. La variable dépendante est égale à 1 si un homme a déjà commis des violences au sein du couple au cours de sa vie, et 0 sinon. La variable d’intérêt est une interaction entre l’Indice des masculinités de l’OCDE et un indicateur égal à 1 si la personne interrogée déclare ressentir du stress ou de l’anxiété s’il ne pouvait pas subvenir aux besoins de sa famille, et 0 sinon. Les variables de contrôle incluent l’âge, le niveau d’éducation, le revenu, le statut religieux, le fait d’avoir des enfants biologiques, la zone de résidence et le statut d’emploi. Le modèle prend également en compte des effets fixes de zone. Lorsque les estimations sont ventilées par type de violence, les hommes présentant des normes de la masculinité plus restrictives et éprouvant de l’anxiété et du stress sont également plus susceptibles d’exercer des violences physiques et économiques au sein du couple au cours de leur vie.
← 8. Ce résultat repose sur un modèle logit estimé à partir du sous-échantillon des hommes ayant déjà été en couple, mariés ou en union libre au cours de leur vie. La variable dépendante est égale à 1 si un homme a déjà commis des violences conjugales au cours de sa vie, et 0 sinon. La variable d’intérêt est la norme consistant à être le principal contributeur financier, mesurée comme un score agrégé continu compris entre 0 et 100. Elle représente le niveau moyen d’accord avec les affirmations suivantes : « Je pense que le rôle le plus important d’un homme est de subvenir financièrement aux besoins de sa famille » et « Lorsque les emplois sont rares, je pense que les employeurs devraient donner la priorité à l’embauche des hommes ». Les variables de contrôle incluent l’âge, le niveau d’éducation, le revenu, le statut religieux, le fait d’avoir des enfants biologiques, la zone de résidence et le statut d’emploi. Le modèle prend également en compte des effets fixes de zone. Malgré la faible variabilité des données, lié au fait que presque tous les répondants adhèrent à cette affirmation, les estimations révèlent néanmoins une relation statistiquement significative avec la perpétration de la violence au sein du couple.
← 9. De manière similaire au modèle de spécification principale, les résultats reposent sur un modèle logit estimé à partir du sous-échantillon des hommes ayant déjà été en couple, mariés ou en union libre au cours de leur vie. Toutefois, l’Indice des masculinités de l’OCDE est remplacé par une variable égale à 1 si le répondant estime qu’un homme devrait se sentir honteux s’il échoue à avoir de bonnes performances lors des relations sexuelles, et 0 sinon. Les variables de contrôle incluent l’âge, le niveau d’éducation, le revenu, le statut religieux, le fait d’avoir des enfants biologiques, la zone de résidence et le statut d’emploi. Le modèle prend également en compte des effets fixes de zone.
← 10. Les corrélations entre une mesure agrégée du fait d’avoir été témoin de violences conjugales durant l’enfance (combinant violences physiques et émotionnelles) et l’expérience de violences conjugales au cours de la vie, la perpétration de violences, ainsi que la justification du recours à la violence physique par les hommes à l’égard de leur épouse/partenaire, sont significatives au seuil de 1 %. Les coefficients de corrélation sont de 0.10, 0.13 et 0.13, respectivement, indiquant une relation positive mais relativement faible.
← 11. Les coefficients de corrélation entre le fait d’avoir été témoin de violences conjugales durant l’enfance et la perpétration de violences conjugales au cours de la vie sont de 0.09 pour les femmes et de 0.17 pour les hommes. Les coefficients de corrélation entre le fait d’avoir été témoin de violences conjugales durant l’enfance et la justification du recours à la violence physique par les hommes à l’égard de leur épouse/partenaire sont de 0.11 pour les femmes et de 0.15 pour les hommes.
← 12. Les résultats reposent sur un modèle logit estimé à partir du sous-échantillon des hommes ayant déjà été en couple, mariés ou en union libre au cours de leur vie. La variable dépendante est égale à 1 si un homme a déjà commis des violences au sein du couple au cours de sa vie, et 0 sinon. La variable d’intérêt est une mesure agrégée de tous les cas dans lesquels la violence est normalisée, notamment lorsque la femme brûle le repas, sort avec la permission de son mari ou sans lui demander, ne s’occupe pas bien des enfants, se dispute avec son mari ou refuse d’avoir des relations sexuelles avec lui. Cette mesure agrégée est égale à 1 si la violence est normalisée dans au moins un de ces cas, et à 0 sinon. Les variables de contrôle incluent l’âge, le niveau d’éducation, le revenu, le statut religieux, le fait d’avoir des enfants biologiques, la zone de résidence et le statut d’emploi. Le modèle prend également en compte des effets fixes de zone. Le résultat observé se vérifie également pour les violences conjugales physiques, économiques et sexuelles au cours de la vie.
← 13. En Côte d’Ivoire, une fréquence élevée de violence persiste pour tous les types d’abus, avec plus de 70% des femmes survivantes ayant subi des violences émotionnelles quelques fois par mois ou plus fréquemment, suivies d’environ 60 % et 57 % pour les violences sexuelles et économiques respectivement, et de 47 % pour les violences physiques. Ces valeurs excluent les participantes de l’enquête qui n’ont pas souhaité indiquer à quelle fréquence elles ont subi ces formes de violence, mais qui les ont néanmoins vécues au moins une fois au cours de leur vie.