Ce chapitre présente les résultats des travaux de recherche de l’OCDE sur les normes de la masculinité au Sénégal. À l’aide de données qualitatives, il examine lesquelles sont les plus répandues au Sénégal et pourquoi, en mettant en lumière les facteurs sociaux, religieux et structurels sous-jacents. Le chapitre examine également comment les pressions et transformations socioéconomiques, ainsi que les perceptions erronées liées aux normes dominantes de la masculinité, peuvent à la fois créer des tensions mais aussi constituer des leviers de changement. Il conclut par des recommandations de politiques publiques visant à accélérer la mise en œuvre du programme de la masculinité positive au Sénégal.
Masculinité et égalité femmes‑hommes
3. Les normes de la masculinité au Sénégal
Copier le lien de 3. Les normes de la masculinité au SénégalDescription
En bref
Copier le lien de En brefPrincipaux constats sur les normes de la masculinité au Sénégal
Les normes restrictives de la masculinité restent largement présentes au Sénégal, en particulier les attentes selon lesquelles les hommes doivent être les principaux contributeurs financiers, détenir l’autorité dans les décisions du ménage et ne pas s’occuper des tâches domestiques.
Dans le même temps, le cadre des politiques publiques au Sénégal intègre de plus en plus le rôle des hommes et des garçons dans la promotion de l’égalité entre les hommes et les femmes, notamment à travers des initiatives articulées autour de la masculinité positive.
Les données qualitatives suggèrent que le soutien à la participation économique des femmes est souvent réel mais conditionnel : les revenus des femmes sont bien accueillis lorsqu’ils réduisent la pression sur les hommes, mais peuvent être contestés lorsqu’ils sont perçus comme remettant en cause le rôle des hommes en tant que principaux contributeurs financiers et décideurs.
Les normes restrictives de la masculinité persistent à travers des mécanismes interdépendants : une socialisation de genre précoce, des mécanismes d’application forts au niveau communautaire et la crainte du jugement social, ainsi que des interprétations sélectives de la religion et des traditions.
Des signes de changement positif sont observables, notamment parmi les jeunes générations, mais ces évolutions peuvent également générer des tensions et de la frustration chez certains jeunes hommes, confrontés à des difficultés pour répondre à l’attente d’être le principal contributeur financier du ménage.
Les attentes sociales perçues apparaissent souvent plus conservatrices que les croyances personnelles réelles, ce qui suggère que des actions de communication ciblées mettant en lumière le soutien existant à la masculinité positive constituent un levier encore sous-exploité pour accélérer le changement.
Au Sénégal, les attentes liées à ce que signifie être un homme demeurent très marquées. Au cours des échanges avec les décideurs politiques, les praticiens, les chercheurs, les partenaires techniques et financiers et les représentants de la société civile, une image cohérente se dégage : les hommes sont censés subvenir aux besoins de leur ménage, diriger la prise de décision et rester largement éloignés du travail domestique et de soins non rémunéré. Ces attentes sont largement reconnues et rarement remises en question dans leur principe, même si les conditions sociales et économiques évoluent.
Parallèlement, le Sénégal accorde une attention croissante au rôle des hommes et des garçons dans les politiques publiques et les initiatives nationales, en adéquation avec des dynamiques continentales telles que le programme de l’Union Africaine sur la masculinité positive et la Convention de l’Union Africaine sur l’Élimination de la Violence à l’Égard des Femmes et des Filles (Union Africaine, 2025[1] ; Union Africaine, 2021[2]). Cette orientation politique se reflète dans la Stratégie nationale pour l’Équité et l’Égalité de Genre (SNEEG 2016-2026) du Sénégal ainsi que dans la Stratégie nationale « École des Maris » et de Promotion de la Masculinité positive (SN-EDM/MP2021-2035) (République du Sénégal, 2015[3] ; République du Sénégal, 2021[4]).
Ces deux stratégies reconnaissent que les inégalités persistantes entre les hommes et les femmes découlent de la domination masculine, des rapports de pouvoir inégaux et d’un accès inéquitable aux ressources – des dynamiques renforcées par des institutions sociales discriminatoires. L’accent mis sur la masculinité positive reflète donc un changement important dans la manière de cadrer les enjeux liés à l’égalité entre les hommes et les femmes, avec une attention accrue portée aux normes et aux comportements qui entretiennent les inégalités. Il est important de souligner que la masculinité positive ne doit pas être comprise comme un concept nouveau ou importé de l’extérieur. Nombre de ses principes fondamentaux, notamment la responsabilité, le respect mutuel, la non-violence, le soin du bien-être familial et la cohésion sociale, trouvent un écho dans les valeurs culturelles et religieuses existantes au Sénégal. Le défi consiste à activer et à diffuser ces principes de manière à transformer les pratiques quotidiennes, notamment en favorisant l’autonomisation économique des femmes et en prévenant les violences basées sur le genre.
Ce chapitre examine ces dynamiques sur la base de données qualitatives issues d’entretiens avec des informateurs clés et d’un atelier participatif mené localement, et croisées avec la littérature existante et des données secondaires pertinentes. Il met l’accent sur la manière dont les normes de la masculinité sont organisées, sur les mécanismes qui les perpétuent et sur leur évolution dans la pratique. Les résultats montrent notamment que le principal contributeur financier, l’autorité masculine et la division sexuée du travail non rémunéré demeurent au cœur des normes de la masculinité dominantes au Sénégal. Ces normes sont renforcées par la socialisation, des contraintes structurelles ainsi que des référentiels culturels et religieux. En même temps, elles sont de plus en plus mises à l’épreuve, en particulier parmi les jeunes générations, ce qui crée à la fois des opportunités de changement et de nouvelles formes de tensions.
Encadré 3.1. . Collecte des données et approche analytique
Copier le lien de Encadré 3.1. . Collecte des données et approche analytiqueCe chapitre s’appuie sur des données qualitatives collectées au Sénégal lors d’entretiens avec des informateurs clés et d’un atelier participatif réunissant plusieurs parties prenantes, menés en collaboration avec le Groupe Technique Consultatif (GTC) présidé par la Direction nationale de l’Équité et de l’Égalité de Genre du ministère de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités.
Les entretiens ont impliqué neuf parties prenantes issues d’institutions gouvernementales, d’organisations de la société civile, d’institutions de recherche et de partenaires du développement. Ils ont exploré les perceptions des normes de la masculinité, leur manifestation dans différents domaines de la vie, ainsi que les facteurs qui les entretiennent ou les remettent en question.
L’atelier participatif a réuni 22 parties prenantes afin d’identifier et de hiérarchiser les normes restrictives de la masculinité les plus répandues au Sénégal. Les participants ont réalisé un exercice structuré, aboutissant à une liste de dix normes de la masculinité classées selon leur prévalence perçue. Cet exercice constitue une base empirique permettant d’identifier les normes principales qui structurent l’identité masculine, ainsi que les points de convergence et de divergence entre les participants.
Bien que les données qualitatives ne soient pas statistiquement représentatives, elles offrent des éclairages approfondis et contextualisés sur la manière dont les normes de la masculinité sont comprises, reproduites et contestées. La combinaison de ces méthodes permet une analyse nuancée à la fois du contenu des normes et des mécanismes par lesquels elles se maintiennent et évoluent.
La masculinité positive gagne du terrain dans les politiques publiques, mais les normes restrictives de la masculinité restent largement répandues
Copier le lien de La masculinité positive gagne du terrain dans les politiques publiques, mais les normes restrictives de la masculinité restent largement répanduesLa masculinité positive constitue un pilier essentiel des actions menées par le Sénégal en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes. Les parties prenantes la décrivent comme une approche qui promeut la responsabilité, la protection, la coopération et la bienveillance plutôt que la domination masculine, et qui cherche à redéfinir les rôles des hommes de manière à soutenir la cohésion sociale, à réduire les violences basées sur le genre et à combler les écarts persistants entre les hommes et les femmes. Parallèlement, les experts reconnaissent que les normes dominantes de la masculinité restent largement restrictives et continuent de limiter les droits, les opportunités et la sécurité des femmes.
« Masculinité positive », une approche sociétale qui transforme les mentalités, les comportements et les attitudes des hommes et des garçons, afin de respecter, de promouvoir et de protéger les droits et l’autonomisation des femmes et des filles, y compris l’égalité, la non-discrimination, la non-violence, la résolution des conflits et les relations saines avec les femmes et les filles (Union Africaine, 2025[1]).
Les données qualitatives montrent qu’une mise en œuvre efficace nécessite des définitions claires et partagées de la « masculinité positive », avec l’usage de termes compris dans les langues locales. Sans cette clarté, le concept risque d’être interprété de manière incohérente, soit comme une remise en cause des hommes, soit comme une notion abstraite de politiques publiques, soit comme un agenda imposé de l’extérieur. Inscrire la masculinité positive dans des valeurs localement reconnues de dignité, de responsabilité, de non-violence et de respect mutuel peut contribuer à montrer qu’il ne s’agit ni d’un concept nouveau ni d’un concept importé, mais qu’elle est ancrée dans des principes cohérents avec les valeurs de la société sénégalaise.
Être le principal contributeur financier, exercer l’autorité au sein du ménage et ne pas s'occuper des tâches domestiques sont perçus comme les normes de la masculinité les plus répandues
Sur la base du cadre des dix normes de l’OCDE adapté au contexte sénégalais (Tableau d’annexe 3.A.1), les participants de l’atelier ont identifié trois normes comme particulièrement répandues : ne pas s'occuper des tâches domestiques, être le principal contributeur financier et disposer d’un pouvoir décisionnel exclusif au sein du ménage. Les attentes selon lesquelles les hommes exercent une autorité sur les femmes figurent également parmi les plus élevées, contrairement à d’autres dimensions souvent associées aux normes de la masculinité, telles que le fait d’être financièrement dominant et de contrôler les biens du ménage, les attentes liées à l’éthique de travail et aux emplois des hommes, ou encore le fait de dominer les choix reproductifs (Tableau 3.1).
La participation des hommes au travail domestique et de soins non rémunéré reste stigmatisée et n’est souvent acceptée que dans des conditions spécifiques. Les normes sociales attribuant ces tâches aux femmes demeurent profondément ancrées, même si cette division sexuée traditionnelle entre activités rémunérées et non rémunérées tend à s’atténuer. En outre, les parties prenantes ont souligné de manière récurrente une distinction courante : les garçons et les hommes peuvent aider leur mère, mais leur participation aux tâches ménagères diminue généralement après le mariage, lorsque le travail domestique est plus clairement défini comme relevant du rôle de l’épouse. En pratique, cela signifie que les femmes consacrent plus de quatre heures par jour aux tâches ménagères ainsi qu’au soin des enfants et des personnes dépendantes, contre seulement 30 minutes pour les hommes (Gouvernement du Sénégal; ANSD, 2022[5]), illustrant la manière dont les normes de la masculinité façonnent les attentes à l’égard des hommes tout en prescrivant simultanément le rôle des femmes (voir Chapitre 4).
Étroitement liée à cette dynamique est la place des hommes en tant que principaux contributeurs financiers, qui est largement décrite comme centrale dans les normes de la masculinité. Ce rôle est presque non négociable, même si la participation économique des femmes est souvent bien accueillie, en particulier lorsqu’elle contribue à gérer les dépenses du ménage. Toutefois, les données qualitatives suggèrent que le soutien à l’autonomisation économique des femmes est souvent conditionnel : les contributions des femmes sont encouragées tant qu’elles ne remettent pas en cause l’identité des hommes en tant que principaux contributeurs financiers ni ne perturbent les rôles domestiques établis. En pratique, cela peut signifier que les femmes contribuent de manière informelle ou discrète, tandis que les hommes conservent un contrôle symbolique sur le statut de contributeur financier. Cela peut également conduire les femmes à se détourner de l’emploi formel au profit d’arrangements de travail plus flexibles, mais souvent informels, leur permettant de continuer à assumer leurs responsabilités domestiques (voir Chapitre 4). Les données d’Afrobarometer suggèrent que les femmes remettent davantage en question ces rôles sexués que les hommes : 60 % des hommes, contre seulement 36 % des femmes, estiment que les hommes devraient avoir davantage droit à un emploi lorsque les emplois sont rares (Afrobarometer, 2022[6]). Dans l’ensemble, les données montrent que l’autonomisation économique des femmes est le plus souvent négociée dans le cadre des normes existantes.
Tableau 3.1. Prévalence des normes de la masculinité au Sénégal
Copier le lien de Tableau 3.1. Prévalence des normes de la masculinité au SénégalLes normes de la masculinité sont classées en fonction de leur prévalence perçue au Sénégal
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Normes de la masculinité |
Distribution des votes par norme (%) |
|---|---|
|
Ne pas s'occuper des tâches domestiques |
24.2 |
|
Être le principal contributeur financier de la famille |
17.7 |
|
Avoir l'exclusivité des décisions du ménage |
17.7 |
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Exercer une autorité sur les femmes |
16.1 |
|
Être financièrement dominant |
4.8 |
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Travailler dans un secteur/emploi « masculin » |
4.8 |
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Être un leader puissant/fort |
4.8 |
|
Contrôler les biens du ménage |
4.8 |
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Dominer les choix et décisions relatives à la santé reproductive |
3.2 |
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Être le travailleur idéal |
1.6 |
Note : Lors d’un atelier participatif, les experts ont réparti trois votes entre dix normes de la masculinité identifiées (62 votes au total). Les résultats sont exprimés en pourcentages. L’annexe 3.A présente un aperçu du cadre des dix normes.
Source : OCDE (2026[7]), Données qualitatives sur les normes de la masculinité au Sénégal.
L’autorité au sein du ménage et le pouvoir décisionnel exclusif demeurent étroitement liés à l’identité masculine. Les parties prenantes décrivent des attentes persistantes selon lesquelles les hommes agissent en tant que chefs de ménage et détiennent l’autorité finale sur les décisions majeures, telles que le travail des femmes, la scolarisation des enfants et la mobilité des membres de la famille, y compris, par exemple, les décisions relatives aux consultations médicales. Dans les contextes ruraux, cela peut également inclure les décisions concernant les processus de production agricole (voir Chapitre 4). Plusieurs répondants ont souligné que les attentes liées à l’autorité des hommes peuvent légitimer la coercition dans les relations familiales et conduire à la violence comme moyen de « discipline » ou de résolution des conflits. Dans une perspective de masculinité positive, les parties prenantes suggèrent de redéfinir ces normes de la masculinité en faisant évoluer les attentes relatives au rôle des hommes : passer d’une autorité considérée comme naturelle à une valorisation accrue de leur responsabilité morale et matérielle au sein du ménage.
La domination dans les décisions reproductives semble moins marquée que dans d’autres domaines de décisions familiales. Cela peut refléter les efforts continus du Sénégal pour impliquer les hommes, notamment par des actions liées à la santé, qui ont servi de point d’entrée pour la promotion de la masculinité positive. Les premières initiatives se sont notamment concentrées sur l’encouragement de la participation des hommes à la santé maternelle et reproductive. Ces efforts ont également mis en évidence l’importance de formuler ces concepts de manière à ce qu’ils s’alignent sur les normes religieuses et culturelles. Par exemple, la « planification familiale » est parfois perçue comme un concept occidental et en contradiction avec l’islam, tandis que la notion d’« espacement des naissances » est plus facilement acceptée comme étant cohérente avec les pratiques culturelles et religieuses existantes.
Les résultats doivent être interprétés avec prudence compte tenu de la taille limitée de l’échantillon et ne sont donc pas nécessairement représentatifs de l’ensemble des contextes au Sénégal. Néanmoins, ils offrent une indication utile des normes les plus répandues et, par conséquent, les plus résistantes au changement en raison de leur rôle dans la structuration des normes de la masculinité.
Les normes restrictives de la masculinité sont entretenues par la socialisation, des sanctions et des pressions structurelles
Copier le lien de Les normes restrictives de la masculinité sont entretenues par la socialisation, des sanctions et des pressions structurellesAu cours des entretiens et des discussions menées lors de l’atelier participatif, les parties prenantes ont souligné que les normes restrictives de la masculinité sont moins maintenues par une idéologie explicite que par des processus quotidiens de socialisation et d’application collective, notamment à travers l’éducation et les médias. Elles sont renforcées par des référentiels culturels et religieux, des discours sur les réseaux sociaux et des pressions structurelles qui peuvent rendre difficile, dans la pratique, une évolution vers la masculinité positive.
Les parties prenantes décrivent de manière constante la socialisation précoce et sexuée comme un mécanisme central façonnant ce que les enfants apprennent comme étant un comportement « approprié ». Les normes sont transmises par des modèles familiaux, en particulier en ce qui concerne les tâches domestiques et l’autorité, ainsi que par l’école, les groupes de pairs et les espaces de socialisation des jeunes, l’éducation religieuse et la préparation au mariage. Les filles sont souvent socialisées très tôt à la responsabilité domestique, tandis que les garçons peuvent aider durant l’enfance mais se retirent du travail domestique et de soins non rémunéré une fois mariés.
De fortes sanctions sociales renforcent ces rôles. Conformément à la théorie des normes sociales (voir Chapitre 2), la conformité est souvent imposée par la stigmatisation et la crainte d’une perte de réputation, les hommes se montrant particulièrement préoccupés par la perte de leur statut masculin. Les parties prenantes ont souligné à plusieurs reprises le poids du « qu’en-dira-t-on » dans le découragement du changement de comportement, y compris dans des situations où les hommes aident aux tâches domestiques en privé mais évitent de le faire en public. Les femmes elles-mêmes peuvent également résister à l’aide des hommes, car elles anticipent le jugement de la communauté.
Les parties prenantes ont également souligné le rôle des référentiels religieux et culturels dans la légitimation de la domination masculine, non pas tant du fait de la religion elle-même que d’interprétations sélectives et de l’imbrication de traditions discriminatoires avec des principes religieux. Les répondants ont souligné que l’engagement des leaders religieux peut être déterminant pour montrer que des comportements fondés sur l’égalité entre les hommes et les femmes et la masculinité positive ne sont pas en contradiction avec la foi, pour corriger les interprétations controversées des textes religieux et pour éviter l’instrumentalisation de l’islam afin de légitimer des hiérarchies de genre inégales. Cela revêt une importance particulière au Sénégal, où l’islam occupe une place centrale dans la vie sociale et les cadres de référence moraux, et où les Musulmans constituent la grande majorité (98 %) de la population (Pew Research Centre, 2020[8]).
À titre d’exemple, dès 1995, des imams se sont organisés au sein du « Réseau Islam Population » afin d’aborder des interprétations controversées du Coran, en soulignant que l’islam promeut la dignité, la justice sociale, la non-violence et le respect mutuel, contribuant ainsi à renforcer l’acceptation de l’égalité entre les hommes et les femmes, parfois présentée comme un concept occidental. Un exemple récurrent est celui de la planification familiale qui, lorsqu’elle est formulée en termes d’« espacement des naissances », est moins susceptible d’être perçue comme un concept occidental et plus facilement comprise comme conforme aux principes islamiques. Ce type de cadrage contextualisé aux dimensions religieuses et culturelles peut contribuer à légitimer les réformes et à favoriser l’adoption de normes alignées sur la masculinité positive et l’égalité entre les hommes et les femmes. Le défi consiste donc à identifier, légitimer et diffuser à plus grande échelle des valeurs existantes, socialement acceptées, qui soutiennent des relations plus équitables et non violentes.
Les facteurs structurels peuvent également renforcer les normes restrictives de la masculinité et entraver le changement. L’insécurité économique, le chômage et l’augmentation du coût de la vie dans les milieux urbains ont été identifiés comme des facteurs accentuant l’anxiété des hommes, et en particulier des jeunes hommes, quant à leur capacité à être le principal contributeur financier. Les statistiques du marché du travail confirment que les jeunes âgés de 15 à 24 ans sont particulièrement vulnérables, affichant des résultats moins favorables que ceux des groupes plus âgés pour des indicateurs clés tels que les taux de chômage, d’emploi informel et de travailleurs pauvres (Partie A, Graphique 3.1). Plus d’un tiers d’entre eux (35 %) ne sont ni scolarisés, ni en emploi, ni en formation. Bien que les jeunes hommes obtiennent généralement de meilleurs résultats que les jeunes femmes pour certains indicateurs du marché du travail (Partie B, Graphique 3.1), les données qualitatives suggèrent que les normes de genre profondément ancrées associant la masculinité au rôle de principal contributeur financier peuvent faire de l’insécurité économique une source particulière de pression et de frustration pour les jeunes hommes. Cette situation peut nourrir des résistances à l’autonomisation des femmes et accroître le risque de conflits au sein du ménage, les modèles traditionnels de rôles de genre n’étant plus alignés avec les réalités économiques.
Graphique 3.1. Les indicateurs économiques mettent en évidence la vulnérabilité de la jeunesse sénégalaise
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Note : Le taux de pauvreté des travailleurs correspond au pourcentage de personnes employées vivant avec moins de 3 USD en PPA ; le taux de NEET correspond à la part des jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en éducation, ni en formation (NEET).
Source : OIT (2023[9]), ILOSTAT, https://ilostat.ilo.org/.
Les pressions et les perceptions erronées créent à la fois des tensions et des opportunités de changement
Copier le lien de Les pressions et les perceptions erronées créent à la fois des tensions et des opportunités de changementDes normes de la masculinité sous pression
Les parties prenantes s’accordent largement sur le fait que la participation économique des femmes peut bénéficier aux ménages et à l’économie dans son ensemble, notamment en réduisant la pression financière pesant sur les hommes. Toutefois, ce soutien est souvent négocié dans le cadre des attentes existantes. De nombreux répondants ont décrit des tensions liées au maintien du rôle des hommes en tant que principal contributeur financier et de leur autorité au sein du ménage, en particulier lorsque les politiques publiques sont perçues comme privilégiant l’accès des femmes aux opportunités sans prendre en compte les contraintes pesant sur les garçons et les hommes.
Les éléments recueillis suggèrent que l’incapacité à répondre aux idéaux dominants associés aux normes de la masculinité peut engendrer de la frustration, du stress et, dans certains cas, le recours à la violence chez les hommes. Faisant écho à la littérature existante et aux résultats observés en Côte d’Ivoire (voir Chapitre 2), les experts sénégalais soulignent que la masculinité restrictive peut avoir des effets négatifs sur la santé et le bien-être des hommes, ainsi que sur les droits et la sécurité des femmes. Cela est particulièrement le cas lorsque les hommes recourent à la violence pour affirmer leur autorité sur les femmes dans des contextes où ils perçoivent que leur masculinité est menacée (voir Chapitre 5).
Dans les entretiens et les discussions menées lors de l’atelier participatif, les parties prenantes ont indiqué que les jeunes générations tendent à adopter des points de vue plus égalitaires sur les rôles de genre et sont généralement plus ouvertes à la masculinité positive. Parallèlement, certaines tensions persistent. Certains jeunes hommes peuvent ressentir une pression accrue pour « réussir » sur les plans économique et social, en particulier dans des contextes de précarité où ces attentes sont difficiles à satisfaire. À l’inverse, certaines jeunes femmes sont décrites comme de plus en plus affirmées dans leurs revendications en faveur d’une plus grande égalité entre les hommes et les femmes. Dans certains contextes, notamment ceux marqués par les violences basées sur le genre, elles peuvent également exprimer une méfiance à l’égard des hommes et des garçons. Si elles ne sont pas prises en compte, ces dynamiques peuvent contribuer à des relations de genre plus polarisées et créer un risque de réactions de rejet, malgré une ouverture générale à la masculinité positive.
Reconnaissant que les jeunes sont au cœur d’un changement durable des normes, les décideurs publics et les organisations de la société civile impliquent de plus en plus les garçons et les hommes dans les actions en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes, à travers des initiatives scolaires et communautaires, des clubs de jeunes et des dialogues intergénérationnels. Ces initiatives mettent souvent l’accent sur des compétences pratiques telles que la communication assertive et respectueuse, la résolution non violente des conflits, la régulation des émotions et des stratégies pour contrer la stigmatisation et la pression des pairs. Afin de toucher l’ensemble des jeunes au Sénégal, il conviendrait d’intégrer des modules pertinents dans les programmes scolaires et, dans la mesure du possible, d’étendre les initiatives à toutes les régions. Globalement, les programmes existants mettent en évidence les bénéfices mutuels de l’égalité entre les hommes et les femmes, tout en inscrivant les normes de la masculinité positive dans des cadres culturellement et religieusement acceptés.
Un « écart silencieux » entre croyances personnelles et attentes sociales
Comme indiqué dans le Chapitre 2, les normes sociales dépendent non seulement des croyances personnelles, mais aussi de ce que les individus pensent que les autres croient et attendent. Les éléments issus des ateliers menés au Sénégal suggèrent que les participants perçoivent souvent la société comme plus favorable aux normes restrictives de la masculinité qu’ils ne le sont eux-mêmes, un schéma cohérent avec les dynamiques d’« ignorance pluraliste » décrites dans la littérature (Bicchieri, 2016[10] ; Bussolo et al., 2023[11] ; Matavelli et al., 2025[12]). Bien que ces données ne soient pas représentatives au niveau national et reflètent les perceptions d’un groupe de parties prenantes plutôt que celles de la population dans son ensemble, ce schéma reste instructif : les répondants perçoivent les hommes, et dans une moindre mesure les femmes, comme étant plus favorables à la masculinité restrictive qu’ils ne déclarent l’être eux-mêmes. Le schéma diffère légèrement s’agissant des différences de genre dans le soutien perçu à la norme du principal contributeur financier. Les participants s’attendent à ce qu’une proportion similaire de femmes et d’hommes partage cette croyance, ce qui souligne une fois de plus son importance au Sénégal (Graphique 3.2).
De telles perceptions erronées peuvent entretenir silencieusement les normes restrictives de la masculinité par l’autocensure, mais elles peuvent également créer des points d’entrée pour le changement dès lors qu’elles sont identifiées. Les individus peuvent aligner leur comportement sur ce qu’ils perçoivent comme socialement acceptable, malgré des points de vue plus progressistes, ou dissimuler ces opinions et pratiques. Des éléments anecdotiques provenant du Sénégal suggèrent, par exemple, que certains hommes qui participent aux tâches domestiques, ce qui peut être perçu comme une contradiction à leur rôle de principal contributeur financier, le font de manière discrète afin d’éviter le jugement social.
Graphique 3.2. Les individus surestiment le soutien des autres à la masculinité restrictive
Copier le lien de Graphique 3.2. Les individus surestiment le soutien des autres à la masculinité restrictiveAccord avec des affirmations reflétant les normes restrictives de la masculinité (échantillon non représentatif)
Note : Les données présentées dans cette figure ont été recueillies à partir d’une séquence de trois questions qui demandent au répondant : (1) s’il ou elle est d’accord ou non avec l’affirmation spécifique ; (2) d’estimer combien, sur 10 hommes de son entourage, seraient d’accord avec cette même affirmation ; (3) d’estimer combien, sur 10 femmes de son entourage, seraient d’accord avec cette même affirmation. Les réponses aux questions de type (1) sont intitulées « croyances personnelles », et les réponses aux questions de type (2) et (3) sont intitulées « soutien perçu parmi les hommes » ou « soutien perçu parmi les femmes », en référence aux proportions estimées par les répondants d’hommes et de femmes susceptibles de soutenir les différentes affirmations. La méthodologie appliquée suit l’approche de (Bursztyn, 2023[13]).
Source : OCDE (2026[7]), Données qualitatives sur les normes de la masculinité au Sénégal.
Dans ce contexte, trois enseignements clés se dégagent. Premièrement, le soutien à des formes plus positives de la masculinité pourrait être plus répandu qu’on ne le suppose généralement, ce qui suggère que les politiques publiques et les programmes pourraient rencontrer moins de résistance, en particulier lorsque les individus prennent conscience que leurs points de vue sont partagés. Deuxièmement, toutes les normes ne présentent pas le même degré de résistance au changement. Les efforts peuvent être plus efficaces s’ils ciblent des domaines où l’adhésion à la masculinité restrictive est déjà relativement faible, tels que les droits fonciers des femmes, l’accès à l’emploi et l’égalité de rémunération. Les programmes de transformation des normes, les réformes des politiques publiques et du cadre juridique, ainsi qu’une meilleure application des lois existantes peuvent contribuer à des progrès concrets. Ces efforts sont particulièrement pertinents dans des domaines où l’égalité des droits est déjà établie, comme l’égalité salariale. Troisièmement, les normes qui restent largement acceptées, telles que le rôle de principal contributeur financier ou l’autorité des hommes sur les femmes, sont susceptibles d’être plus résistantes au changement, ce qui souligne la nécessité d’approches plus progressives et contextualisées.
Conclusion et recommandations de politiques publiques
Copier le lien de Conclusion et recommandations de politiques publiquesLes données qualitatives recueillies au Sénégal indiquent que le rôle de principal contributeur financier, l’autorité au sein du ménage et la division sexuée du travail domestique et de soins non rémunéré demeurent des repères centraux des normes de la masculinité. Ces normes sont reproduites par une socialisation précoce, des mécanismes d’application au niveau communautaire, des pressions liées à la réputation et des interprétations culturelles et religieuses sélectives. Les contraintes structurelles, en particulier les opportunités d’emploi limitées et la précarité perçue des revenus, compliquent le respect des attentes associées au rôle de principal contributeur financier, tout en en renforçant l’importance comme source de reconnaissance et de statut masculins.
Malgré ces tensions, les données suggèrent l’existence d’une réelle marge de changement. Les jeunes générations apparaissent comme un enjeu central, à la fois source d’opportunités et de tensions. Si elles sont souvent perçues comme plus réceptives à l’égalité entre les hommes et les femmes et à la masculinité positive, certains jeunes hommes subissent également une pression accrue pour répondre aux attentes liées au rôle de principal contributeur financier, ce qui peut générer une frustration et une résistance face au changement. Par ailleurs, les attentes sociales perçues semblent souvent plus conservatrices que les croyances personnelles des individus. Cet écart peut entretenir la conformité, mais il peut également être exploité lorsque les individus prennent conscience que le soutien à des formes plus égalitaires des normes de la masculinité est plus répandu qu’ils ne le pensaient.
L’agenda du Sénégal en matière de masculinité positive peut donc s’appuyer sur des valeurs et des pratiques qui trouvent un écho au niveau local. La priorité est de traduire ce potentiel en changements concrets dans la vie quotidienne, notamment par une réduction de la charge de travail domestique et de soins non rémunéré pesant sur les femmes, un soutien accru à la participation économique des femmes, un partage des prises de décision et la prévention de la violence à l’égard des femmes et des filles. Cela nécessite une approche intégrée visant à définir la masculinité positive en des termes ancrés localement, à transformer les normes par l’éducation et les plateformes communautaires, à corriger les perceptions erronées qui perpétuent la conformité et à atténuer la pression liée au rôle de principal contributeur financier, en articulant ces efforts avec des opportunités économiques inclusives, en particulier pour les jeunes hommes.
Perspectives : Priorités des politiques publiques
S’appuyant sur l’analyse et les recommandations concrètes formulées par les parties prenantes sénégalaises, la promotion des normes de la masculinité positive apparaît comme un thème central et transversal, reliant l’autonomisation économique des femmes, la prévention de la violence, l’éducation et la cohésion sociale (voir Chapitres 4 et 5). Afin de soutenir la mise en œuvre de l’agenda du Sénégal en matière de masculinité positive, les actions suivantes devraient être prioritaires :
Clarifier et contextualiser la « masculinité positive » afin de construire une compréhension partagée et de réduire les résistances. Le gouvernement, en consultation et en collaboration avec les organisations de la société civile, les leaders religieux et traditionnels ainsi que le monde académique, devraient s’accorder sur une définition pratique et contextualisée de la masculinité positive, illustrée par des exemples concrets de la vie quotidienne tels que le partage des responsabilités de soins, les relations respectueuses et la résolution non violente des conflits. Le cadrage devrait mettre l’accent sur une évolution constructive des rôles et sur les bénéfices partagés, en particulier pour le bien-être familial et la cohésion sociale, l’autonomisation économique des femmes et la prévention des violences basées sur le genre.
S’appuyer sur les normes locales et les outils de communication en faveur du changement de comportement, afin de légitimer les transformations et d’atténuer la pression du « qu’en-dira-t-on ». Développer des outils de communication contextualisés, fondés sur les discours religieux et culturels, afin de démontrer que les normes de la masculinité positive sont cohérentes avec les valeurs locales. Les campagnes et initiatives devraient s’attacher à rendre visible le soutien existant et à mettre en avant les bénéfices de la masculinité positive pour le bien-être familial, la stabilité économique, la santé publique, l’autonomisation des femmes et la cohésion sociale.
Intégrer des modules sur la masculinité positive et l’égalité entre les hommes et les femmes dans les systèmes éducatifs. Les écoles et les universités sont des institutions clés dans la formation des normes. L’intégration de modules adaptés à l’âge dans l’enseignement primaire, secondaire, technique et professionnel peut influencer les attitudes avant que les normes restrictives de la masculinité ne soient intériorisées. Les contenus devraient être adaptés aux contextes socioculturels et respecter les valeurs religieuses, en combinant des activités mixtes et des espaces non mixtes afin de permettre un dialogue sûr, la réflexion et les échanges sur les droits, les responsabilités et les relations. Les enseignants devraient également bénéficier de formations ciblées sur les normes de genre et la masculinité positive afin de garantir une mise en œuvre efficace de ces contenus.
Développer des programmes communautaires impliquant les hommes et les garçons en tant que partenaires et agents de changement. Compte tenu du rôle des mécanismes d’application au niveau communautaire dans le maintien des normes, les interventions devraient s’appuyer davantage sur des approches éprouvées et ancrées localement, telles que les « Écoles des maris » du gouvernement, les clubs de jeunes garçons et les groupes de dialogue intergénérationnel. La diffusion par les pairs, dans laquelle des hommes respectés adoptent et incarnent des comportements alignés avec la masculinité positive, peut renforcer la crédibilité, l’adhésion et la durabilité de ces programmes.
Adopter une approche double traitant simultanément les normes liées au rôle de principal contributeur financier et les contraintes économiques. Réduire la « pression du contributeur financier » ressentie par les jeunes hommes nécessite des interventions ciblées qui remettent progressivement en question l’idée que la valeur et le statut des hommes reposent principalement sur leur rôle de principal contributeur financier. Dans le même temps, le changement des normes a plus de chances d’être durable lorsque les moyens de subsistance sont sécurisés et que des opportunités économiques existent. Les programmes d’emploi, de formation, d’apprentissage et d’entrepreneuriat des jeunes peuvent soutenir cette approche en associant inclusion économique et promotion d’une masculinité positive, notamment à travers des dialogues entre pairs, du mentorat et des modules de compétences de vie axés sur le partage des responsabilités, le soin, la non-violence et le bien-être émotionnel. Des mesures complémentaires visant à réduire la pression financière au sein des ménages peuvent également favoriser l’adoption concrète de rôles plus équitables.
Annexe 3.A. Cadre conceptuel sur les normes restrictives de la masculinité au Sénégal
Copier le lien de Annexe 3.A. Cadre conceptuel sur les normes restrictives de la masculinité au SénégalTableau d’annexe 3.A.1. Cadre conceptuel des dix normes de la masculinité restrictive
Copier le lien de Tableau d’annexe 3.A.1. Cadre conceptuel des dix normes de la masculinité restrictive|
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Norme sociale |
Idée sous-jacente |
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Dans la sphère privée |
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Une conception restrictive de la masculinité implique qu’un homme… |
… ne s’occupe pas des tâches domestiques |
Le travail domestique et de soins non rémunéré sont l'apanage des femmes ; les hommes qui participent à ces activités sont stigmatisés. |
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… ait l’exclusivité des décisions du ménage |
On attend d’un homme qu'il soit le chef de famille et qu'il ait l’exclusivité des décisions importantes, notamment celles qui impliquent de prendre des décisions quant à l'éducation des enfants, d'accéder aux soins de santé, de choisir de rendre visite à d'autres personnes telles que la famille ou les amis, et de choisir de travailler à l'extérieur du foyer. |
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… contrôle les biens du ménage |
Les hommes doivent contrôler les ressources, les biens et les finances du ménage. Cela implique d’être le propriétaire d’actifs tels que les terres ou autres biens fonciers, et d’obtenir une part plus conséquente de l’héritage. Cela implique également d'avoir autorité sur les dépenses du ménage, y compris les dépenses de première nécessité telles que la nourriture et les vêtements, ainsi que les investissements financiers à long terme, les achats importants et l'épargne. |
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… exerce une autorité abusive sur les femmes |
Le rôle de chef des hommes implique l'obéissance des femmes mais aussi le recours éventuel à la violence pour résoudre les conflits et protéger le foyer. Cela comprend également le contrôle des mouvements des femmes. |
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… domine les choix et les décisions relatives à la santé productive |
Certains hommes sont censés décider des choix en matière de procréation (utilisation de contraceptifs et choix du nombre d’enfants). |
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Dans la sphère publique |
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Une conception restrictive de la masculinité implique qu’un homme… |
… soit le principal contributeur financier de la famille |
Le rôle d’un homme est d’être le principal soutien de la famille et contributeur financier du ménage. À l’inverse, les femmes n'ont pas de rôle essentiel à jouer sur le marché du travail. |
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… soit financièrement dominant |
En conséquence de la norme selon laquelle l’homme devrait être le principal contributeur financier de la famille, il est normal que les hommes soient mieux payés que les femmes et que les écarts de rémunération soient acceptables. Cette idée est également liée à la hiérarchie au sein du ménage, selon laquelle un homme devrait gagner plus que son épouse étant donné que tous les deux travaillent. |
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… travaille dans un secteur ou un emploi considéré comme « masculin » |
Les normes sociales jouent un rôle crucial dans la définition de ce qui est considéré comme un emploi masculin et un emploi féminin. Ces conceptions renforcent la ségrégation horizontale sur le marché du travail, les femmes étant confinées dans des emplois associés à des traits féminins. Les hommes qui travaillent dans des secteurs féminins sont socialement pénalisés (par exemple, en tant qu'infirmier). |
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… soit le travailleur idéal |
Un homme, en tant que travailleur idéal, doit donner la priorité à son travail, c’est-à-dire être disponible en permanence, travailler à temps plein, travailler de longues heures, privilégier son travail par rapport à sa famille, être prêt à voyager et à s'installer ailleurs pour son travail. |
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… soit un leader puissant et fort |
Le leadership est souvent associé à des traits masculins tels que l’esprit de compétition, la dureté, l'agressivité, l'absence d'émotions et de faiblesses, et une attitude assertive. Les hommes sont donc perçus comme des leaders naturels, tandis que les femmes qui aspirent à un poste de direction doivent se conformer à ces traits perçus comme masculins. |
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Note : Ce cadre a été élaboré en collaboration avec le Groupe Technique Consultatif (GTC) sénégalais, sur la base du cadre en dix normes de l’OCDE tel que publié en 2021 (OCDE, 2021[14]).
Source : Elaboré à partir de l’OCDE (2021[14]), Man Enough? Measuring Masculine Norms to Promote Women’s Empowerment.
Références
[6] Afrobarometer (2022), Senegal Round 9 data (2022).
[10] Bicchieri, C. (2016), « Norms in the Wild: How to Diagnose, Measure, and Change Social Norms », Oxford University Press.
[13] Bursztyn, L. (2023), « How are gender norms perceived? », National Bureau of Economic Research Working Papers, n° w31049, https://www.nber.org/system/files/working_papers/w31049/w31049.pdf.
[11] Bussolo, M. et al. (2023), « Social Norms and Gender Disparities with a Focus on Female Labor Force Participation in South Asia », The World Bank Research Observer, vol. 39/1, pp. 124-158, https://doi.org/10.1093/wbro/lkad010.
[5] Gouvernement du Sénégal; ANSD (2022), Enquête nationale sur l’emploi du temps au Sénégal 2021. Rapport final, https://anads.ansd.sn/index.php/catalog/249/related-materials.
[12] Matavelli, I. et al. (2025), « Masculinity Norms and Their Economic Implications », Annual Review of Economics, In press, https://doi.org/10.1146/annurev-economics-051624-065932.
[7] OCDE (2026), Données qualitatives sur les normes de la masculinité au Sénégal, Données issues d’entretiens avec des informateurs clés et atelier participatif organisés par l’OCDE et la Direction nationale de l’Équité et de l’Égalité de Genre du ministère de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités.
[14] OCDE (2021), Man Enough? Measuring Masculine Norms to Promote Women’s Empowerment, Social Institutions and Gender Index, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/6ffd1936-en.
[9] OIT (2023), ILOSTAT data explorer, Organisation internationale du travail, https://ilostat.ilo.org/ (consulté le 4 mai 2026).
[8] Pew Research Centre (2020), Religious Composition by Country, 2010-2020, Pew Research Center, https://www.pewresearch.org/religion/feature/religious-composition-by-country-2010-2020/ (consulté le 4 mai 2026).
[4] République du Sénégal (2021), Stratégie Nationale « Ecole Des Maris », Ministère de la Femme, de la Famille, du Genre et de la Protection des Enfants, https://www.scribd.com/document/616030704/Strateigie-Nationale-Ecole-Des-Maris-Version-02-Juil-21-Vf.
[3] République du Sénégal (2015), Stratégie Nationale pour l’Équité et l’Égalité de genre 2016-2026, Ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfance du Sénégal, https://www.sante.gouv.sn/sites/default/files/sneeg%281%29_0.pdf.
[1] Union Africaine (2025), African Union Convention on Ending Violence Against Women and Girls, https://au.int/sites/default/files/newsevents/workingdocuments/44174-wd-EN_AU_Convention_on_Ending_Violence_Against_Women_and_Girls_CEVAWG_27.05.2025.pdf.
[2] Union Africaine (2021), Kinshasa Declaration and Call to Action on Positive Masculinity to End Violence Against Women and Girls in Africa, https://au.int/sites/default/files/pressreleases/41226-pr-Declaration_Mens_Conference_English.pdf.