La protection sociale et la santé constituent des priorités stratégiques pour le développement du Cameroun, comme le souligne la Stratégie Nationale de Développement 2030 (SND). Identifiée comme un levier central de progrès social, la protection sociale au Cameroun vise à réduire la pauvreté, favoriser l’accès à l’emploi décent et mettre en place la Couverture Santé Universelle (CSU) d’ici à 2030. Bien que des réformes importantes aient été engagées, à l’instar du déploiement de la CSU, le développement du Registre Social Unifié (RESUC) et la création projetée d’un Fonds de solidarité nationale (FSN), leur consolidation et leur mise en œuvre effective restent à parachever. Le renforcement de la coordination institutionnelle et l’identification de mécanismes de financement durables apparaissent ainsi essentiels pour accompagner l’extension progressive et cohérente du système de protection sociale.
Le développement de la CSU constitue une avancée importante, mais son déploiement reste partiel. Quatre millions de bénéficiaires disposent d’une carte leur donnant accès aux prestations de santé associées. Des efforts importants en cours restent toutefois nécessaires pour assurer un déploiement effectif sur l’ensemble du territoire et renforcer progressivement le panier de soins. La planification de l’extension géographique de la CSU, de l’élargissement du panier de soins et de leur financement demeure essentielle afin de consolider le dispositif, et en garantir sa durabilité et son efficacité.
Même en introduisant une cotisation santé, davantage de recettes fiscales générales seront nécessaires pour financer l’accroissement des dépenses publiques de santé. Le coût estimé de la CSU à maturité (4-6 % de PIB par an) est substantiel au regard du taux de pression fiscale qui demeure limité. L’introduction d’une cotisation santé assise sur les salaires pour les travailleurs du secteur formel, accompagnée de l’instauration d’une caisse dédiée, pourrait contribuer à financer l’extension progressive de la CSU (par exemple, à court terme, une cotisation fixée à un taux de 3% engendrerait des recettes de l’ordre de 0,2% de PIB). Le budget général de l’État continuera néanmoins de jouer un rôle majeur dans le financement, faisant de la mobilisation accrue de recettes fiscales générales une priorité pour étendre la couverture de la CSU à l’ensemble de la population et enrichir graduellement le panier de soins, dans l’attente que l’emploi se formalise progressivement et de manière significative. De même, le Cameroun pourrait envisager de soumettre les travailleurs du secteur informel aux ressources suffisantes à une forme de contribution, faute de quoi ils demeureraient inéligibles à la CSU et devraient supporter eux-mêmes de leurs dépenses de santé. Cela supposerait un renforcement du RESUC afin d’évaluer efficacement la capacité contributive des individus. Les réformes devront viser à réduire les dépenses de santé des ménages, qui représentaient 70 % de la dépense de santé en 2021, un des niveaux les plus hauts du monde.
La couverture et les dépenses engagées en matière d’assurance et d’assistance sociales demeurent très limitées. Hors santé, seuls 11 % de la population bénéficient d’au moins un programme de protection sociale, un niveau bien en deçà des pays comparables, avec une couverture faible tant en matière d’assistance sociale (4 %) que d’assurance sociale (6 %). Les dépenses publiques de santé et d’assistance sociale sont également très basses et nettement inférieures aux moyennes régionales. Les dispositifs existants sont par ailleurs fortement dépendants des financements extérieurs.
Malgré l’ampleur des besoins en matière de financement de la protection sociale, ceux-ci peuvent être progressivement comblés et des impacts significatifs sont possibles à court terme. Dans un contexte d’informalité généralisée, le développement de l’assistance sociale est essentiel pour étendre progressivement la couverture du système de protection sociale, notamment aux groupes vulnérables. Diverses options non exclusives de renforcement du pilier non contributif du système de protection sociale s’offrent au Cameroun pour y parvenir, telles que l’extension du programme d’assistance sociale phare Projet Filets Sociaux (PFS), la création d’allocations familiales non contributives ou encore la mise en place de pensions sociales. Par exemple, l’extension du PFS à l’ensemble des ménages pauvres représenterait un coût annuel supplémentaire de près de 1 % de PIB et pourrait permettre une réduction du taux de pauvreté de 5 points de pourcentage.
Le renforcement du financement de la protection sociale requiert une mobilisation accrue des ressources internes. Le taux de pression fiscale reste faible (15 % du PIB en 2024 cotisations sociales incluses), tandis que les recettes non fiscales liées aux redevances pétrolières et à l’aide extérieure se contractent, rendant le renforcement des recettes fiscales indispensable. Une réforme fiscale ambitieuse pourrait contribuer à développer l’espace budgétaire du Cameroun. À cette fin, le maintien d’une croissance économique soutenue se traduisant par une hausse plus que proportionnelle des recettes fiscales demeurera crucial. Enfin, le Cameroun pourra envisager de substituer progressivement des transferts monétaires ciblés à une partie des subventions à l’énergie, sous réserve d’un renforcement des capacités de ciblage. Les ressources libérées par la réduction progressive des subventions à l’énergie pourraient ainsi être réorientées vers le renforcement des dispositifs d’assistance sociale, qui s’avéreraient alors être plus efficients à soutenir les ménages que des subventions généralisées. Un séquençage adéquat des réformes et une communication claire se révèleraient cruciaux au succès d’une telle transition.
La réforme fiscale devra s’inscrire dans une approche globale offrant une attention particulière aux dépenses fiscales. La réalisation du potentiel de recettes fiscales du Cameroun est un processus complexe et de long terme, qui requiert un effort continu et une approche graduelle. La rationalisation des dépenses fiscales constitue un chantier important et transversal dans cette perspective. Le système fiscal souffre de nombreuses dérogations (465 en 2023), contribuant à complexifier et possiblement à limiter la productivité du système fiscal. Leur rationalisation, assise sur une évaluation approfondie de leur coût et de leur efficacité, en particulier pour la taxe sur valeur ajoutée et l’impôt sur les sociétés, devrait viser à stimuler les recettes fiscales sans nuire à l’activité économique. Par ailleurs, le renforcement de la fiscalité sur les produits néfastes à la santé permettrait à la fois d’accroître les recettes et de réduire les coûts économiques liés aux pathologies associées à la consommation de ces produits.
Le Cameroun pourrait œuvrer au développement de l’assurance sociale pour les travailleurs du secteur informel, en renforçant l’attractivité du régime d’assurance volontaire. Pour mieux répondre aux besoins de protection, le régime de l’assurance volontaire, actuellement limité à la pension vieillesse, pourrait également intégrer des prestations de court terme, relatives à la santé et aux accidents et maladies professionnels. Il conviendrait alors de repenser les modalités de son financement, en considérant un éventuel cofinancement public pour limiter le coût de la contribution et maintenir l’attractivité du régime. Le Cameroun pourra également intensifier les mécanismes incitatifs et contraignants conduisant à une plus grande participation à ce régime.
L’assurance sociale du régime public fait face aux défis de son financement et de sa gouvernance. L’introduction d’une cotisation employeur pour les agents de l’État permettrait d’éviter, ou de limiter, le recours au budget général pour le financement du régime de pensions des fonctionnaires. Une telle réforme requerrait l’instauration d’une caisse dédiée. Si le Cameroun alignait les modalités de cotisations et de prestations du secteur public sur le secteur privé, il pourrait envisager la fusion des caisses pour l’institution d’une caisse unique.