Le cadre stratégique de la protection sociale est défini par la Politique Nationale de Protection Sociale (PNPS) 2020–2030. Celle-ci adopte une approche large, intégrant l’assistance sociale, l’assurance sociale, les services sociaux et les mesures d’équité (République du Cameroun, 2022[1]).
Financement de la protection sociale au Cameroun
1. Évaluer les besoins en matière de protection sociale
Copier le lien de 1. Évaluer les besoins en matière de protection socialeLe système de la protection sociale au Cameroun est confronté à des limites
Copier le lien de Le système de la protection sociale au Cameroun est confronté à des limitesLes composantes clés du système
Ce rapport porte sur la protection sociale dans une acception incluant la santé. Le périmètre de la protection sociale varie selon les organisations et les pays qui la définissent et l’analysent. Par exemple, la Banque mondiale et le Fonds Monétaire International (FMI) opèrent généralement une distinction claire entre les secteurs de la protection sociale et de la santé, tandis que l’Organisation Internationale du Travail (OIT) considère une définition plus large des systèmes de protection sociale intégrant la dimension santé. Le présent rapport s’inscrit dans cette seconde approche. Il se concentre sur trois composantes : (i) l’assistance sociale, qui désigne l’ensemble des transferts monétaires ou en nature financés par l’État (dits non contributifs) destinés à garantir un niveau de vie minimal aux ménages et personnes en situation de pauvreté, vulnérabilité ou d’exclusion ; (ii) l’assurance sociale, qui repose sur une logique contributive, dans laquelle les travailleurs (et le cas échéant leurs employeurs) s’acquittent de cotisations sociales obligatoires en contrepartie de droits à prestations en cas de survenue de risques spécifiques tels que la vieillesse (pension de retraite) ; et (iii) la santé. Au Cameroun, le système de protection sociale – santé incluse – se compose notamment des régimes contributifs, des filets sociaux et de la CSU présentés ci-dessous (Tableau 1.1).
Régimes contributifs. La Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) gère trois branches : les prestations familiales, les pensions, ainsi que les accidents du travail et maladies professionnelles. En 2023, elle couvrait 1,3 million de travailleurs, dont 20 % de travailleurs indépendants à travers le régime volontaire. Ce dernier, limité aux pensions, suscite un intérêt croissant, comme en témoigne l’augmentation de 148 % des recettes de cotisations en un an. Un projet d’extension du régime volontaire aux autres branches de la CNPS est à l’étude. Par ailleurs, le Cameroun ne dispose ni d’assurance santé, ni d’assurance chômage.
Filets sociaux. Ils s’organisent notamment autour du Projet Filets Sociaux (PFS) coordonné par le Ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT) avec l’appui de la Banque mondiale, qui constitue le principal programme non contributif d’assistance sociale au Cameroun. Il comprend des transferts monétaires ordinaires (TMO), des transferts monétaires d’urgence (TMU) et des travaux à haute intensité de main-d’œuvre (THIMO), et inclut un volet dédié à l’inclusion socio‑économique et l’entrepreneuriat des jeunes. Fin 2022, plus de 350 000 ménages ont bénéficié du PFS (Cassidy et al., 2023[2]). Par ailleurs, le Cameroun dispose de filets de sécurité en nature, incluant notamment le don de céréales (mil, sorgho, maïs, blé, etc.), le don de farines de céréales (semoule), le don de nourriture pour les élèves à l'école, la nourriture contre travail, le supplément alimentaire pour les enfants malnutris. Outre le MINEPAT, le Ministères des Affaires Sociales (MINAS) – à travers notamment ses programmes d’aide sociale décentralisée et d’insertion professionnelle, ainsi que sa contribution au développement du RESUC –, le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF) – à travers notamment ses programmes d’autonomisation économique et de promotion du statut social des femmes, ainsi que de développement de la famille – et le Ministère de la Jeunesse et de l’Éducation Civique (MINJEC) – par ses dispositifs et programmes d’insertion socio-économique des jeunes – constituent les pierres angulaires du dispositif d’assistance sociale.
Couverture Santé Universelle. Mise en œuvre par le Ministère de la Santé publique (MINSANTE) depuis avril 2023, la CSU vise un accès universel aux soins essentiels et s’articule autour d’une série de besoins prioritaires (Tableau 1.2), relatifs notamment la santé maternelle et infantile (60 % des coûts des centres de santé), la lutte contre le VIH/SIDA, la tuberculose et le paludisme chez l’enfant, ce dernier étant la première cause de mortalité. La CSU inclut aussi des mesures de prévention comme la vaccination, ainsi que des soins curatifs tels que la consultation gratuite pour les enfants de 0 à 5 ans. La CSU assure également la prise en charge de la dialyse. Tous les services inclus dans le panier de soins sont intégralement gratuits, à l’exception de (i) la prise en charge des femmes enceintes et des nouveau-nés qui est assurée en contrepartie de l’acquittement d’un chèque santé de 6 000 FCFA, et de (ii) des dialyses nécessitant une participation forfaitaire annuelle de 15 000 FCFA. Au 17 mars 2025, la Cellule Technique Nationale de la CSU (CTN-CSU) 4 M de personnes étaient enrôlées et plus de 3 600 formations sanitaires accréditées. Malgré des avancées notables, des défis persistent, parmi lesquels des disparités d’accès, des retards de remboursement générant des tensions de trésorerie au sein des formations sanitaires dispensant les soins, ou encore un besoin de financement accru dans la perspective de l’extension territoriale et du panier de soins. Le financement de la CSU repose sur les recettes du budget général. Un projet de loi prévoit d’instituer une cotisation santé, ainsi qu’une caisse autonome chargée de la gestion des recettes associées, dotée de son propre organe de gouvernance.
Tableau 1.1. Description des principaux programmes du système de protection sociale au Cameroun
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Programme |
Institution en charge |
Prestations |
Populations cibles |
Couverture |
Sources de financement |
Budget |
|---|---|---|---|---|---|---|
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CNPS (Caisse Nationale de Prévoyance Sociale) |
CNPS sous tutelle technique du Ministère du Travail et de la Sécurité Sociale. |
1. Prestations familiales : allocations prénatales, maternité, familiales, frais médicaux liés à la grossesse. 2. Pensions : vieillesse, invalidité, survivants. 3. Accidents du travail/maladies professionnelles : soins, indemnités, rentes et frais funéraires. |
- Travailleurs salariés (affiliation obligatoire) - Travailleurs indépendants, secteur informel, professions libérales (affiliation volontaire dès 18 ans) - Pension vieillesse : 60 ans, 20 ans d’immatriculation, 180 mois de cotisation |
1 294 526 assurés actifs en 2023, dont : - 1 032 025 affiliés au régime obligatoire - 262 501 affiliés au régime volontaire |
- Cotisations sociales sur la rémunération (plafonnée à 750 000 FCFA/mois pour les prestations familiales et pensions) : • Prestations familiales : 3,7 % à 7 % à la charge de l’employeur (selon secteur) • Pensions : 8,4 % (4,2 % employeur + 4,2 % salarié) • Accidents du travail et maladies professionnelles : de 1,75 % à 5 %, selon le niveau de risque, à la charge de l’employeur - |
Total des cotisations encaissées en 2023 : 211,7 milliards FCFA, répartis comme suit : - Pensions : 92,8 milliards FCFA - Prestations familiales : 77,4 milliards FCFA - Accidents du travail/Maladies professionnelles : 39,5 milliards FCFA |
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Projet de Filets Sociaux (PFS) |
Ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT), à travers l’Unité de Coordination du Projet (UCP). Appui technique de la Banque mondiale. |
Programme de Transferts Monétaires Ordinaires (TMO) : - Soutien aux ménages pauvres chroniques et vulnérables par un transfert total de 360 000 FCFA sur deux ans. Programme de Transferts Monétaires d’Urgence (TMU) : - Soutien aux ménages affectés par des chocs (insécurité, inondations, sécheresse, afflux de réfugiés) par un transfert total de 180 000 FCFA sur un an. Programme de Travaux Publics à Haute Intensité de Main-d’Œuvre (THIMO) : - Financement de projets communautaires (environ 60 jours de travail par bénéficiaire, rémunérés 1 300 FCFA la journée). |
Ménages en situation de pauvreté chronique ou extrême. |
Plus de 350 000 ménages bénéficiaires fin 2022, incluant les déplacés internes et les réfugiés. |
Banque mondiale |
Total engagé en 2023 : 14 189 M FCFA |
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Couverture Santé Universelle (CSU) |
Ministère de la Santé Publique (MINSANTE), avec appui de la Cellule Technique Nationale CSU. |
Soins préventifs et soins curatifs. Accès aux soins via enrôlement et carte CSU. |
- Phase 1 cible : femmes enceintes + nouveau-nés jusqu’à 42 jours (5 régions), enfants de 0-5 ans, personnes vivant avec le VIH, tuberculose, dialysés - Enrôlement gratuit requis, sur présentation de pièce d'identité (ou garant). |
- 4 millions de personnes enrôlées dans la CSU (en mars 2025) et plus de 3 600 formations sanitaires accréditées. - Indice de couverture des services de santé essentiels : 44 % en 2021 (dans la moyenne des pays d'Afrique subsaharienne). |
- État du Cameroun : ligne budgétaire dédiée CSU dans la loi de finances - Partenaires techniques et financiers - Contribution sociale des bénéficiaires : 6 000 FCFA pour femmes enceintes, 15 000 FCFA/an pour dialysés - Participation communautaire non financière |
Information non disponible |
Tableau 1.2. Panier de soins de la CSU
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Soins et services curatifs |
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Consultation gratuite des enfants de 0 à 5 ans |
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Prise en charge gratuite du paludisme des enfants de 0 à 5 ans |
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Prise en charge des femmes enceintes et des nouveau-nés jusqu'à 42 jours de vie (via chèque santé de 6 000 FCFA) |
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Prise en charge des hémodialysés (via forfait annuel de 15 000 FCFA) |
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Traitement antirétroviral (TARV) |
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Prise en charge de la tuberculose |
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Dépistage précoce des enfants exposés (nés de mères séropositives) |
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Prise en charge de l'onchocercose |
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Prise en charge du VIH-SIDA |
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Vaccination |
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Bacille de Calmette et Guérin (BCG) |
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Vaccin contre les diarrhées à rotavirus |
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Vaccin pentavalent : diphtérie, tétanos, coqueluche, hépatite B, haemophilus influenzae de type B |
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Fièvre jaune |
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Pneumocoque |
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Vaccin poliomyélite inactive et oral (VPI et VPO) |
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Rougeole et rubéole |
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Covid-19 |
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Nutrition |
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Supplémentation en vitamine A |
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Prise en Charge Intégrée de la Malnutrition Aigüe (PECIMA) |
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Alimentation du Nourrisson et du Jeune Enfant (ANJE) |
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Déparasitage |
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Fortification Alimentaire à Domicile (FAD) avec des poudres de micronutriments |
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Interventions de santé communautaire |
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Suivi du nouveau-né |
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Recherche des perdus de vue (vaccination) |
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Dénombrement des enfants |
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Organisation des stratégies avancées |
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Administration d'anthelminthique |
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Dépistage de la malnutrition |
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Traitement de diarrhée |
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Traitement des insuffisances respiratoires aiguës |
Source : MINSANTE.
Le renforcement des capacités de ciblage constitue un préalable à l’extension des programmes sociaux. Afin de procéder à une expansion des transferts monétaires qui soit correctement ciblée, le Cameroun a entrepris la mise en place et le développement d’un registre social pour évaluer l’éligibilité des potentiels bénéficiaires de programmes d’assistance sociale. Acté par l’arrêté du 19 mai 2022, le pays développe ainsi un Registre Social Unifié (RESUC), destiné à centraliser l’identification des bénéficiaires de l’assistance sociale. Plus spécifiquement, le RESUC est chargé d’enregistrer et géolocaliser les ménages et personnes vulnérables, de centraliser et actualiser les données des programmes de protection sociale non contributive dans une base unifiée, d’en garantir la sécurité et l’interopérabilité, et d’améliorer la coordination des interventions entre les acteurs publics, la société civile et les partenaires au développement. Un manuel de procédures institué le 10 novembre 2023 précise en outre ses mécanismes et critères de ciblage. Le RESUC combine un ciblage communautaire et un scoring statistique élaboré par l’Institut national de la statistique (INS), fondé sur des critères tels que la pauvreté monétaire ou des indicateurs de nutrition. Déployé dans 47 communes, il couvre 127 000 ménages au deuxième trimestre 2025, avec un objectif de couverture nationale d’ici 2028. Il intègre progressivement l’ensemble des bénéficiaires du PFS.
Le secteur de la protection sociale est fragmenté, et son périmètre n’est pas clairement défini. Bien que la PNPS définisse un cadre stratégique aux orientations à suivre, une définition plus fine, opérationnelle et détaillant les programmes et acteurs composant le système de protection reste encore à développer dans la perspective d’une meilleure planification et d’un impact renforcé de l’action publique dans le domaine. Une définition fonctionnelle du périmètre de la protection sociale contribuera également à assurer un suivi budgétaire rigoureux et une évaluation cohérente du système de protection sociale. Une consolidation du système d'information fournissant notamment des statistiques fiables sur chaque programme (nombre de bénéficiaires, montants déboursés, etc.) et données actualisées permettant de suivre leur exécution, ainsi qu’une classification budgétaire harmonisée – impliquant que les différentes composantes de la protection sociale soient clairement identifiables dans le budget de l’État – seraient également bienvenues pour appuyer la planification stratégique. En outre, la gouvernance du système de protection sociale est marquée par une forte fragmentation, impliquant plusieurs ministères et programmes, faiblement coordonnés. Cela nuit à la cohérence et à l’efficience du système. La mise en place envisagée d’un Fonds de Solidarité Nationale (FSN) pour renforcer la coordination entre acteurs et la cohérence des politiques d’assistance sociale apparaît ainsi opportune.
La couverture de l’assistance sociale, de l’assurance et de la CSU demeure très insuffisante
La couverture de la protection sociale au Cameroun est très limitée. Selon les données de la cinquième Enquête Camerounaise Auprès des Ménages (ECAM5), la part de la population camerounaise couverte par l’assurance et l’assistance sociales, c’est-à-dire qui cotise ou bénéficie d’au moins un programme associé, s’élève à 7,8 % en 2022, un niveau largement inférieur à la moyenne mondiale (52,4 %), des pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure (71,2 %), ou encore des pays d’Afrique subsaharienne (15,4 %) (Graphique 1.1). Les dispositifs de protection sociale en place apparaissent donc étroits, ne bénéficiant qu’à une frange limitée de la population. La couverture est en outre plus faible pour les femmes (6,6 %) que pour les hommes (9,1 %). Il convient toutefois de souligner que l’ECAM5 ne couvre qu’une partie des programmes existants (voir note du Graphique 1.1), et fournit à ce titre une estimation basse de la couverture réelle.
La couverture de l’assistance sociale et de l’assurance est largement inférieure à la moyenne en Afrique subsaharienne. Dans le domaine de l’assistance sociale, en 2022, selon les données de l’ECAM5, seule 4,2 % de la population totale bénéficie d’un programme au Cameroun, soit près de moitié moins que la moyenne régionale, estimée à 8,5 %. L’écart est encore plus marqué lorsqu’on compare le Cameroun aux pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure. Il en va de même pour le pilier contributif. Ainsi, au sein de celui-ci, seule 6,3 % de la population en âge de travailler (14 ans et plus) était couverte par l’assurance sociale (hors santé), un indicateur qui inclut les travailleurs cotisant à la sécurité sociale ainsi que les bénéficiaires de pensions de retraite, de réversion ou d’invalidité (Graphique 1.2). Ce taux reste légèrement inférieur à la moyenne des pays d’Afrique subsaharienne (6,9 %). Dans ce contexte où la couverture de l’assistance sociale et de l’assurance sociale demeure très limitée, il apparaît essentiel, à court terme, de renforcer le pilier non contributif afin de mieux répondre aux besoins des populations pauvres et vulnérables. Parallèlement, la poursuite des efforts pour couvrir une part plus large de la population par l’assurance sociale est indispensable (voir Chapitre 3) pour construire un système de protection sociale inclusif, durable et efficace. Selon une perspective de genre, la couverture de l’assistance sociale est relativement similaire pour les femmes et les hommes. En revanche, la couverture de l’assurance sociale des hommes (8,9 %) est plus du double de celle des femmes (4,1 %). Cet écart reflète la position moins favorable des femmes sur le marché du travail qui limite leur carrière contributive. En 2022, selon l’ECAM5, seules 19,1 % d’entre elles occupaient un emploi salarié, contre 35,1 % des hommes. L’emploi vulnérable – qui regroupe les travailleurs à leur propre compte et les travailleurs familiaux non rémunérés – concernait 77,4 % des femmes, contre 60 % des hommes. Enfin, selon la troisième Enquête sur l’Emploi et le Secteur Informel au Cameroun (EESI3), plus de la moitié des unités de production informelles (56,1%) étaient dirigées par des femmes en 2021 (INS, 2022[9]).
Graphique 1.1. Part de la population couverte par la protection sociale (hors santé)
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Note : 2022 pour le Cameroun et dernière année disponible pour les pays de référence.
Cameroun : Part de la population totale cotisant ou bénéficiant d'au moins un programme de protection sociale hors santé, c’est-à-dire les individus cotisant à la sécurité sociale ou recevant une pension (retraite, réversion ou invalidité), ou bénéficiant d'au moins un programme de filets de sécurité (hors CSU et don de moustiquaire imprégnée). Les filets de sécurité incluent le don de céréales (mil, sorgho, maïs, blé, etc.), le don de farines de céréales (semoule), le don de nourriture pour les élèves à l'école, la nourriture contre travail, le supplément alimentaire pour les enfants malnutris, les travaux publics à haute intensité de main-d’œuvre et les transferts en espèce du gouvernement ou des ONG dans le cadre notamment du Projet Filets Sociaux (PFS). Les transferts monétaires du PFS sont versés à la femme pour le compte du ménage. Tous les membres du ménage sont considérés comme bénéficiaires de ces transferts et pris en compte dans le calcul de la couverture de la protection sociale.
Proportion de la population couverte par au moins une prestation sociale en espèces : ratio de la population recevant des prestations en espèces, à l’exclusion des prestations de santé et de maladie, au titre d’au moins un des risques ou fonctions de la protection sociale (prestation contributive ou financée par l’impôt), ou cotisant activement à au moins un régime de sécurité sociale, rapporté à la population totale.
Source : Calcul des auteurs à partir des données de l’ECAM5 pour le Cameroun et OIT (2025[10]) pour les régions de référence.
La grande majorité de la population camerounaise reste exclue de toute forme de couverture santé. En l’absence d’assurance maladie au Cameroun – mises à part les assurances privées auxquelles les individus peuvent souscrire volontairement –, la Couverture Santé Universelle (CSU) reste le seul dispositif en place. D’après les données de l’ECAM5, seuls 3,1 % des Camerounais déclaraient bénéficier en 2022 du programme de prise en charge des femmes enceintes et des soins pour les enfants de moins de 5 ans, des prestations qui font partie du panier de soins de la CSU qui a été mise en place progressivement à partir de 2023 (Graphique 1.3). Ces chiffres sous-estiment toutefois l’ensemble des bénéficiaires de la CSU. En particulier, l’ECAM5 ne permet pas d’identifier les autres populations éligibles, notamment les personnes atteintes d’affections de longue durée comme le VIH/SIDA, la tuberculose ou l’insuffisance rénale, également couvertes par les dispositifs publics.
Graphique 1.2. Part de la population couverte par l’assistance et l’assurance sociales (hors santé)
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Notes : 2022 pour le Cameroun et dernière année disponible pour les pays de référence.
Pour le Cameroun, l’assistance sociale inclut les programmes de filets de sécurité suivants : don de céréales (mil, sorgho, maïs, blé etc.), don de farines de céréales (semoule), don de nourriture pour les élèves à l'école, nourriture contre travail, supplément alimentaire pour les enfants malnutris, travaux publics à haute intensité de main-d’œuvre, transferts en espèce du gouvernement ou des ONG dans le cadre notamment du PFS). Les transferts monétaires du PFS sont versés à la femme pour le compte du ménage. Tous les membres du ménage sont considérés comme bénéficiaires de ces transferts et pris en compte dans le calcul de la couverture de l’assistance sociale. La couverture de l’assistance sociale est mesurée sur la population totale. Le don de moustiquaire imprégnée et la CSU (programme de prise en charge des femmes enceintes, soins pour les enfants de moins de 5 ans) sont exclus. L’assurance sociale inclut les travailleurs qui cotisent à la sécurité sociale dans le cadre de leur emploi et les bénéficiaires d’une pension (retraite, réversion ou invalidité). La couverture de l’assurance sociale est mesurée uniquement sur la population en âge de travailler, c’est-à-dire âgée de 14 ans ou plus.
Source : Calcul des auteurs à partir des données de l’ECAM5 pour le Cameroun et OIT (2025[10]) pour les régions de référence.
Graphique 1.3. Couverture de la protection sociale au Cameroun par composante
Copier le lien de Graphique 1.3. Couverture de la protection sociale au Cameroun par composantePart de la population couverte par un dispositif d’assistance sociale, d’assurance sociale et de santé non-contributive en 2022
Note : Assistance sociale = Part de la population totale bénéficiant d'au moins un programme de filets de sécurité (hors CSU et don de moustiquaire imprégnée). Santé (CSU) = Part de la population totale bénéficiant de la CSU (programme de prise en charge des femmes enceintes et soins pour les enfants de moins de 5 ans). Assurance sociale = Part de la population en âge de travailler (14 ans ou plus) cotisant à la sécurité sociale ou bénéficiant d’une pension (retraite, réversion ou invalidité).
Source : Calcul des auteurs à partir des données de l’ECAM5.
La proportion de Camerounais bénéficiant simultanément de plusieurs programmes de protection sociale demeure très faible. Selon les données de l’ECAM5, parmi les personnes bénéficiant d’au moins un dispositif de protection sociale – qu’il s’agisse de filets de sécurité, de la CSU ou d’une assurance sociale (pensions de retraite, d’invalidité ou de réversion) – 91,7 % ne sont couvertes que par un seul programme (Graphique 1.4). La couverture multiple demeure marginale. Seuls 6,9 % des bénéficiaires accèdent simultanément à deux programmes, et 1,4 % à trois programmes. Aucun individu recensé dans l’ECAM5 ne déclare être couvert par plus de trois programmes à la fois. Les disparités de genre apparaissent limitées, avec 8,6 % des femmes bénéficiaires couvertes par plus d’un programme, contre 7,9 % de leurs homologues masculins.
Le taux de couverture des personnes âgées par une pension de retraite reste également faible. En 2022, seulement 9,4 % des personnes âgées de 60 ans ou plus – âge correspondant au départ à la retraite à taux plein – perçoivent une pension de retraite contributive. Le pays ne dispose d’aucun mécanisme de pension sociale (non contributive), accentuant le risque de pauvreté chez les personnes âgées sans carrière contributive (voir infra pour une discussion sur la mise en place d’une pension sociale). Les femmes sont particulièrement touchées en raison de leur forte concentration dans l’emploi non salarié et informel, comme indiqué précédemment : seules 4,7 % d’entre elles bénéficient d’une pension contributive à l’âge de la retraite, contre 14,9 % des hommes. Le niveau des pensions contributives reste néanmoins relativement élevé parmi les bénéficiaires. Le Cameroun applique une pension minimale contributive équivalente à 50 % du salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG), soit 30 000 FCFA. Selon les données de l’ECAM5, la pension médiane perçue s’élève toutefois à 96 000 FCFA pour les hommes et 90 000 FCFA pour les femmes, un montant supérieur à la pension minimale comme au seuil de pauvreté monétaire, estimé à environ 25 000 FCFA.
Graphique 1.4. Nombre de programmes de protection sociale par bénéficiaire
Copier le lien de Graphique 1.4. Nombre de programmes de protection sociale par bénéficiaireNombre de programmes dont bénéficient les personnes couvertes par la protection sociale au Cameroun en 2022
Note : Aucun individu ne bénéficie de plus de trois programmes. Sont considérés tous les programmes d’assistance sociale, la CSU et les pensions (retraite, réversion et invalidité).
Source : Calcul des auteurs à partir des données de l’ECAM5.
Le Cameroun investit peu et de façon déséquilibrée dans son système de protection sociale1
Copier le lien de Le Cameroun investit peu et de façon déséquilibrée dans son système de protection sociale<a id="back-endnotee7e92b83312" href="/content/oecd/fr/publications/financement-de-la-protection-sociale-au-cameroun_526eff6e-fr/full-report/evaluer-les-besoins-en-matiere-de-protection-sociale_fae8097d.html#endnotee7e92b83312" style="vertical-align: top;font-size: 0.8em;">1</a>Les dépenses totales en protection sociale restent globalement faibles en dépit des défis structurels majeurs. En moyenne, les dépenses de protection sociale du Cameroun ont représenté 2,5 % de PIB entre 2017 et 2021, un niveau modeste au regard de la moyenne régionale (3,6 % en Afrique subsaharienne) et des pays à revenu intermédiaire comparables. Ce pourcentage intègre l’ensemble des dépenses liées à l’assistance sociale, les programmes d’employabilité, les services de santé sans contributions (inclus dans la CSU), les services de prestations sociales, les subventions générales et les pensions publiques. Cette définition, issue de la dernière revue des finances publiques au Cameroun (Banque mondiale, 2024[4]), est plus large que celle retenue dans ce rapport et tend ainsi à surestimer le niveau réel des dépenses de protection sociale. Les dépenses totales en protection sociale restent insuffisantes pour répondre aux besoins d’une population exposée à une forte pauvreté monétaire et à des vulnérabilités multiples. De surcroît les ressources dévolues à la protection sociale sont principalement captées par les régimes de retraite et les subventions, au détriment de l’assistance sociale.
L’assistance sociale est largement sous-financée et dépendante de l’aide extérieure
Les dépenses publiques d’assistance sociale sont très faibles et concentrées sur un seul programme. Les dépenses publiques consacrées à l’assistance sociale sont restées très modestes, représentant seulement 0,1 % du PIB en moyenne sur la période 2017–2021, avec un pic à 0,2 % du PIB en 2021. Malgré l’absence de données plus récentes, ces niveaux apparaissent largement inférieurs à ceux des pays comparables2 (0,4 %) et des pays d’Afrique subsaharienne (1,2 %) (Banque mondiale, 2024[4]). L’essentiel des dépenses d’assistance sociale est concentré sur le PFS, ciblant les ménages pauvres à travers des transferts monétaires et des filets sociaux productifs.
Le financement de l’assistance sociale provient majoritairement de l’extérieur. Environ 75 % du financement de l’assistance sociale provient de bailleurs de fonds, ce qui soulève la question de sa soutenabilité à moyen terme.
Le financement de l’assistance sociale présente des déséquilibres géographiques et institutionnels marqués. Près de 47 % des dépenses en assistance sociale sont concentrées dans la région du Centre, siège des principales institutions nationales, tandis que les neuf autres régions se partagent une part modeste des ressources budgétaires du secteur. La mise en œuvre est principalement assurée par le MINAS et le MINEPAT. Une plus grande implication des collectivités locales et de la société civile, qui sont au plus près des bénéficiaires sur le terrain, faciliterait le ciblage et l’exécution des programmes.
Les pensions publiques concentrent une part substantielle des dépenses de protection sociale
Les dépenses de protection sociale sont dominées par les pensions publiques. Les pensions publiques, qui constituent avec les pensions privées l’essentiel de l’assurance sociale au Cameroun notamment en raison de l’absence d’assurance maladie, représentent plus de 40 % des dépenses totales de protection sociale, soit environ 1 % du PIB. Cette dépense est comparable à la moyenne des pays à revenu intermédiaire, mais elle ne bénéficie qu’à une très faible part de la population.
Les pensions publiques font face à un déficit structurel. Les cotisations ne couvrent qu’environ un tiers des pensions publiques, les deux-tiers restants étant financés par le budget de l’État. Les pensions militaires représentent à elles-seules 70 % du déficit du régime de pension du secteur public. S’agissant du secteur privé, le taux de cotisation à la branche pensions de la CNPS s’élève à 8,4 % de la masse salariale (4,2 % à la charge de l’employé et 4,2 % à celle de l’employeur), soit un niveau nettement inférieur à certains pays comparateurs tels que le Sénégal et la Côte d’Ivoire, tous deux à 14 %. La CNPS n’étant pas déficitaire, contrairement aux pensions publiques, elle ne bénéficie pas d’un appui budgétaire de l’État (CNPS, 2023[7])3.
Les dépenses de santé sont principalement à la charge des ménages
Les dépenses de santé sont majoritairement privées. Environ 70 % des dépenses de santé au Cameroun sont financées directement par les ménages, pour un montant moyen annuel de 40 USD par habitant entre 2015 et 2020 soit l’un des niveaux de reste à charge pour les ménages les plus élevés au monde. Cela reflète l’insuffisance du financement public et l’absence d’un système d’assurance maladie. La couverture santé repose principalement sur des initiatives publiques ciblées, notamment la CSU qui reste partielle.
Les dépenses publiques de santé sont très limitées. Les dépenses totales de santé au Cameroun sont restées faibles et relativement stables, autour de 3,4 à 3,7 % du PIB entre 2015 et 2020 et les dépenses publiques de santé sont demeurées inférieures à 1 % du PIB au cours de la même période. Par rapport aux autres pays africains et à ses pairs de même niveau de revenu, le Cameroun se classe au dernier rang en termes de dépenses publiques de santé exprimées en proportion des dépenses totales de santé, s’élevant à 14 % sur la période 2000-2023.
La faible couverture de l’assistance sociale cible principalement les ménages pauvres
La pauvreté demeure élevée, en particulier dans les ménages avec enfants. D’après les données de l’ECAM5, en 2022, 37,7 % de la population camerounaise — soit environ 1,5 million de ménages — vivaient en dessous du seuil de pauvreté. Cette situation affecte plus sévèrement les ménages avec enfants de moins de 14 ans, qui n’ont pas encore atteint l’âge légal de travailler. En effet, près d’un enfant sur deux vit dans un ménage en situation de pauvreté (Graphique 1.5).
Graphique 1.5. Taux de pauvreté par groupe d’âge au Cameroun
Copier le lien de Graphique 1.5. Taux de pauvreté par groupe d’âge au CamerounPart de la population vivant dans un ménage sous le seuil de pauvreté par groupe d’âge en 2022
Note : Les individus sont considérés comme pauvres si les dépenses totales de consommation de leur ménage par tête sont inférieures au seuil de pauvreté national (296 721 FCFA par an).
Source : Calcul des auteurs à partir des données de l’ECAM5.
Les personnes âgées restent également exposées, bien que dans une moindre mesure. Plus d’un individu de 60 ans ou plus sur quatre, vit encore en situation de pauvreté, soit un taux nettement inférieur à la moyenne nationale. Ce constat s’explique en partie par la moindre espérance de vie des populations pauvres, notamment dans un contexte d’accès très limité aux soins de santé.
L’assistance sociale et la CSU tendent à cibler efficacement les populations pauvres. Les bénéficiaires de l’assistance sociale affichent un taux de pauvreté élevé (56,9 %), nettement supérieur à celui des non-bénéficiaires (36,8 %). Ce constat est attendu et encourageant, car l’assistance sociale vise précisément à soutenir les ménages pauvres. Par ailleurs, la pauvreté s’intensifie avec le cumul des programmes d’assistance : elle touche 53,0 % des bénéficiaires d’un seul programme, 64,3 % de ceux couverts par deux, et jusqu’à 71,1 % pour ceux bénéficiant de trois programmes. La CSU semble également cibler efficacement les ménages pauvres. En effet, le taux de pauvreté parmi les bénéficiaires de la CSU atteint 62,7 %, contre 36,9 % chez les non-bénéficiaires.
Graphique 1.6. Taux de pauvreté et couverture de l’assistance sociale et de la CSU
Copier le lien de Graphique 1.6. Taux de pauvreté et couverture de l’assistance sociale et de la CSUIncidence de la pauvreté en fonction de la couverture par l’assistance sociale et la CSU en 2022
Note : Assistance sociale = Population bénéficiant d'au moins un programme de filets de sécurité (hors CSU et don de moustiquaire imprégnée). Santé (CSU) = Population totale bénéficiant de la CSU (programme de prise en charge des femmes enceintes et soins pour les enfants de moins de 5 ans).
Source : Calcul des auteurs à partir des données de l’ECAM5.
Les besoins en matière de protection sociale sont considérables
Copier le lien de Les besoins en matière de protection sociale sont considérablesLa mise en place d’un socle de protection sociale au Cameroun nécessiterait des investissements substantiels
Un effort de financement exceptionnel est requis pour atteindre la protection sociale universelle au Cameroun. Selon les dernières estimations de l’OIT (Cattaneo et al., 2024[11]), le déficit de financement pour garantir une couverture universelle des socles de protection sociale – c’est-à-dire une couverture universelle des prestations essentielles pour tous les enfants, les mères de nouveau-nés, les personnes lourdement handicapées, toutes les personnes âgées et les chômeurs, ainsi que l’accès universel aux soins de santé essentiels – s’élève à 13,5 % du PIB au Cameroun (Graphique 1.7). En proportion des dépenses publiques, ce déficit atteint près de 84 %, révélant un décalage structurel entre les besoins sociaux fondamentaux et les capacités budgétaires actuelles. Le rapport de l’OIT donne une vue d’ensemble des besoins financiers pour atteindre une couverture universelle de la protection sociale pour l’ensemble des pays du monde à travers une méthodologie standardisée. Ces estimations sont donc à prendre avec précaution. Elles suggèrent néanmoins l’importance des besoins de financement additionnels en matière de protection sociale nécessaires au Cameroun pour converger vers une couverture universelle.
Graphique 1.7. Déficit de financement de la protection sociale universelle par pays
Copier le lien de Graphique 1.7. Déficit de financement de la protection sociale universelle par paysEn % du PIB, en 2024
Note : Pays d'Afrique subsaharienne disponibles dans Cattaneo et al. (2024[11]) de même groupe de niveau de revenu que le Cameroun (revenu intermédiaire de la tranche inférieure) ou de niveau supérieur (revenu intermédiaire de la tranche supérieure). Le calcul du déficit de financement de la protection sociale repose sur une approche développée par l’OIT, en conformité avec la Recommandation n°202, qui établit un cadre normatif pour les socles de protection sociale. Deux composantes structurent cette estimation : (1) cinq garanties de revenu minimales (enfants, personnes âgées, handicapées, mères de nouveau-nés et chômeurs, et (2) l’accès aux soins de santé essentiels. Le déficit de financement reflète les ressources nécessaires pour couvrir les personnes actuellement exclues. Il est défini comme les ressources additionnelles requises pour fournir à toutes les personnes éligibles une prestation minimale, fondée sur le seuil de pauvreté. Faute d’un seuil de pauvreté défini à l’échelle nationale en 2014, l’année de référence pour le Cameroun dans l’étude, le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) est utilisé. Les prestations sont calibrées en fonction de durées et montants standards : par exemple, une prestation enfant équivaut à 25 % du seuil sur un an, alors que la prestation chômage couvre 100 % du seuil sur 26 semaines. Pour les autres garanties, le niveau de prestations s’élève à 100 % sur un période d’un an pour les personnes âgées et les personnes handicapées, et de quatre mois pour les mères des nouveau-nés. Les individus couverts ne sont pas intégrés aux estimations même si les prestations reçues ne leur permettent pas de sortir de la pauvreté. Ceci induit ainsi une possible sous-estimation des besoins de financement additionnels de protection sociale.
Source : Cattaneo et al. (2024[11]).
Les soins de santé essentiels posent un défi budgétaire majeur. Le déficit lié aux soins de santé essentiels est estimé à 6,2 % du PIB. L’estimation, fondée sur la méthodologie de l’OMS (Stenberg et al., 2017[12]), tient compte des investissements nécessaires pour atteindre les objectifs de développement durable en matière de santé, incluant 187 services ainsi que les besoins en infrastructures (tels que l’accès à l’eau, l’assainissement, l’hygiène, les soins préventifs et curatifs).
La protection de l’enfance constitue la principale source du déficit non lié à la santé. Parmi les prestations sociales en espèces, la composante famille est prépondérante : elle représente 4,2 % du PIB, soit plus de la moitié du déficit social hors santé. Ce poids s’explique par la structure démographique jeune du Cameroun, conjuguée à un taux de couverture très faible des allocations familiales. Les autres prestations sont moins coûteuses : prestations pour handicap (1,3 % du PIB), vieillesse (0,9 %), maternité (0,5 %) et chômage (0,3 %).
Les estimations de l’OIT montrent que des investissements substantiels seraient nécessaires pour permettre au Cameroun de mettre en place un véritable socle de protection sociale. Compte tenu des contraintes budgétaires, cet objectif ne pourra être atteint que de manière progressive. Le Cameroun pourrait ainsi concentrer ses efforts, dans un premier temps, sur l’extension de la couverture aux groupes les plus vulnérables, en particulier les ménages pauvres et les personnes dépendantes comme les enfants. À plus long terme, la protection sociale pourra être progressivement étendue au reste de la population. Les estimations de l’OIT ont été réalisées sur un grand nombre de pays. Il conviendrait d’affiner cette analyse en prenant mieux en compte les spécificités du Cameroun et en s’appuyant sur les données disponibles les plus récentes.
Graphique 1.8. Déficit de financement de la protection sociale universelle au Cameroun
Copier le lien de Graphique 1.8. Déficit de financement de la protection sociale universelle au CamerounEn % du PIB, en 2024
Note : Dans Cattaneo et al. (2024[11]), la protection sociale universelle inclut la couverture universelle des prestations essentielles pour tous les enfants, les mères de nouveau-nés, les personnes lourdement handicapées, toutes les personnes âgées et les chômeurs, ainsi que l’accès universel aux soins de santé essentiels.
Source : Cattaneo et al. (2024[11]).
L’éradication de la pauvreté impliquerait également un coût très élevé
Soutenir le niveau de vie des ménages, en particulier en luttant contre la pauvreté, constitue l’essence de la protection sociale. L’OIT définit ainsi la protection sociale comme l’ensemble des politiques et des programmes conçus pour réduire et prévenir la pauvreté, la vulnérabilité et l’exclusion sociale tout au long du cycle de vie (OIT, 2022[13]). Cette section propose une estimation du coût annuel minimal nécessaire combler l’écart entre le revenu actuel des ménages pauvres et le seuil de pauvreté. Les sections suivantes explorent des pistes concrètes pour lutter graduellement contre la pauvreté reposant sur le développement de programmes d’assistance sociale et en estimant les coûts associés.
Le coût de l’éradication de la pauvreté au Cameroun s’élève à 3,7 % du PIB (Tableau 1.3). D’après les données de l’ECAM5 et tel qu’indiqué précédemment, dix millions de camerounais (38 %) vivent sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire que les dépenses totales de consommation par tête dans les ménages auxquels ils appartiennent sont inférieures à 296 721 FCFA par an, soit 813 FCFA par jour. Le taux de pauvreté n’a que très légèrement baissé depuis 2001 où il atteignait 40 %.
Le coût de l’éradication est calculé à partir de la profondeur de la pauvreté. Cet indicateur mesure l’écart moyen entre la dépense annuelle de consommation par personne des ménages et le seuil de pauvreté, exprimée en pourcentage du seuil de pauvreté. Officiellement, la profondeur de la pauvreté s’élève à 13 %. Cette mesure conventionnelle s’applique à l’ensemble de la population, y compris les non-pauvres4, mais l'inclusion de ces derniers conduit à une sous-estimation importante de la profondeur réelle de la pauvreté. Pour cette raison, une mesure alternative prenant uniquement en compte les pauvres est préférée. Selon cette dernière, la profondeur de la pauvreté atteint 34,6 % du seuil de pauvreté, soit environ 100 000 FCFA par individu pauvre en moyenne sur un an. En multipliant le nombre de pauvres par la valeur moyenne de la profondeur de la pauvreté, on obtient la valeur totale de la profondeur de la pauvreté qui fournit une approximation du coût de l’éradication de la pauvreté, c’est-à-dire du montant qui permettrait à l’ensemble des pauvres d’augmenter leurs dépenses de consommation jusqu’au seuil de pauvreté.
Tableau 1.3. Coût de l'éradication de la pauvreté
Copier le lien de Tableau 1.3. Coût de l'éradication de la pauvretéTaux de pauvreté et profondeur de la pauvreté en 2022
|
PIB nominal (en milliards FCFA) |
27 662 |
|---|---|
|
Seuil national de pauvreté (annuel, en FCFA) |
296 721 |
|
Nombre de pauvres |
10 068 822 |
|
Taux de pauvreté (% de la population totale) |
37,7 % |
|
Profondeur de la pauvreté (population totale, % du seuil de pauvreté) |
13,0 % |
|
Profondeur de la pauvreté (population pauvre, % du seuil de pauvreté) |
34,6 % |
|
Profondeur de la pauvreté (moyenne, en FCFA) |
102 537 |
|
Profondeur de la pauvreté (valeur totale, en milliards FCFA) |
1 032 |
|
Profondeur de la pauvreté (valeur totale, en % du PIB nominal) |
3,7 % |
Note : 1. Seuil national de pauvreté : 296 721 FCFA par personne par an en 2022, soit 24 727 FCFA par mois ou 813 FCFA par jour.
1. Profondeur de la pauvreté : La mesure conventionnelle de la profondeur de la pauvreté s'applique à l'ensemble de la population, c'est-à-dire en incluant les non-pauvres auxquels on attribue une profondeur équivalente à zéro dans la mesure où leur niveau de dépenses de consommation dépasse le seuil de pauvreté. Mais l'inclusion de ces derniers conduit à une sous-estimation importante de la profondeur réelle de la pauvreté ; raison pour laquelle une mesure alternative de la profondeur de la pauvreté prenant uniquement en compte les pauvres est utilisée dans les estimations. Cette mesure alternative, excluant les non-pauvres, est également utilisée pour le calcul des autres indicateurs de la profondeur de la pauvreté.
Source : Calcul des auteurs à partir des données de l’ECAM5 et de l’INS (2024[14]).
Les estimations précédentes de l’OIT et celles relatives à l’éradication de la pauvreté doivent être interprétées avec prudence et considérées comme des repères à moyen et long terme. Il est essentiel de souligner qu’il s’agit d’ordres de grandeur indicatifs, destinés à orienter les stratégies à moyen et long terme, qui ne prennent pas en compte l’ensemble des coûts comme les coûts administratifs des programmes de protection sociale. Ces données mettent néanmoins en évidence l’importance de hiérarchiser les priorités et de planifier une extension progressive de la protection sociale. Elles constituent une base pour élaborer des scénarios d’expansion, tels que le coût de la mise en place d’allocations familiales ciblées, de transferts monétaires aux ménages pauvres ou de pensions sociales pour les personnes âgées sans pension contributive.
Cibler les plus vulnérables renforce l’efficacité des réformes tout en maîtrisant les coûts
Dans un contexte de fortes contraintes budgétaires, les efforts pourraient être orientés en priorité vers les groupes vulnérables. La rareté des ressources publiques et le recul de l’aide internationale exigent des choix stratégiques pour maximiser l’impact social des interventions. À court terme, il est donc prioritaire de cibler les ménages pauvres ainsi que les personnes dépendantes, en premier lieu les enfants puis les personnes âgées, dont la vulnérabilité est bien documentée. Investir davantage dans la santé, à travers notamment l’extension horizontale et verticale de la couverture de la CSU, constitue également une priorité, d’autant plus compte tenu du fort taux de pauvreté observé dans le pays et de l’absence d’assurance maladie.
Les instruments les plus appropriés pour répondre à ces besoins sont déjà identifiés au sein de l’architecture actuelle de la protection sociale. Le PFS, principal programme national de lutte contre la pauvreté, joue un rôle central en fournissant des transferts monétaires ciblés. Il peut être complété par d’autres dispositifs comme les allocations familiales et les pensions sociales, qui renforcent la protection des enfants et des personnes âgées.
Étendre le projet Filets Sociaux constitue une option efficace pour réduire la pauvreté
Compte tenu du la forte incidence de la pauvreté parmi les ménages pauvres avec enfants, les premiers scénarios analysés ciblent exclusivement ce groupe. Dans un contexte de fortes contraintes budgétaires, une approche progressive et pragmatique est privilégiée, fondée sur une série de scénarios de réforme allant d’une couverture très ciblée à des options plus ambitieuses. Chaque scénario fait l’objet d’une évaluation en termes de coût, d’impact sur la pauvreté et de rapport coût-efficacité (mesuré comme les dépenses d’assistance sociale nécessaires pour réduire le taux de pauvreté de 10 %exprimées en pourcentage du PIB). Le scénario 1 prévoit une extension du programme à tous les ménages pauvres comptant au moins un enfant de moins de 14 ans, âge minimum légal pour travailler au Cameroun. Le scénario 2 élargit la couverture aux ménages pauvres ayant au moins un enfant de moins de 18 ans. Le scénario 3 propose une couverture universelle de l’ensemble des ménages pauvres non encore bénéficiaires du programme.
Selon les données de l’enquête ECAM5, seuls 2,9 % des ménages pauvres bénéficiaient du PFS en 2022. Le programme repose sur trois instruments : (1) les transferts monétaires ordinaires, (2) les transferts monétaires d’urgence et (3) les travaux publics à haute intensité de main-d’œuvre. Le chiffrage des différents scénarios repose exclusivement sur les TMO, versés sur une durée de 24 mois, pour un montant annuel de 180 000 FCFA par ménage. En l’absence d'informations plus détaillées dans l’ECAM5, tous les ménages déclarant avoir reçu des transferts en espèce – quel que soit le programme ou l’institution d’origine (gouvernement, ONG, etc.) – sont, par défaut, considérés comme bénéficiaires du PFS. Sur cette base, 44 501 ménages pauvres bénéficiaires sont identifiés, un chiffre largement inférieur aux données officielles et à la cible fixée de 356 000 ménages pour la période 2023-2028. Selon le rapport sur l’enquête de base pour l’évaluation d’impact du PFS, plus de 350 000 ménages, y compris des personnes déplacées, étaient déjà bénéficiaires du programme fin 2022 (Cassidy et al., 2023[2]). Compte tenu de ces écarts importants, les résultats issus de l’ECAM5 doivent être interprétés avec prudence.
Le scénario 3, le plus ambitieux, représenterait un coût annuel de 264 milliards FCFA, soit 0,95 % du PIB nominal en 2022 (Graphique 1.9). En raison de la forte corrélation entre pauvreté des ménages et présence d’enfants, les scénarios plus ciblés ne permettent qu’une réduction marginale des coûts. En effet, 93 % des ménages pauvres ont au moins un enfant de moins de 14 ans et 96 % au moins un enfant mineur de moins de 18 ans. Les coûts des scénarios 1 et 2 sont estimés respectivement à 246 milliards FCFA (0,89 % du PIB) et 253 milliards FCFA (0,92 % du PIB).
L’impact en matière de réduction de la pauvreté est significatif. L’extension du PFS à tous les ménages pauvres non couverts ferait passer le taux de pauvreté national de 37,7 % à 32,8 %, soit une baisse de 4,9 points de pourcentage (pp) (Tableau 1.4). Les scénarios plus ciblés enregistrent des réductions également notables : -4,4 pp pour le scénario 1 et -4,5 pp pour le scénario 2. Une évaluation du programme pourrait être envisagée, d’autant qu’aucune évaluation officielle n’a, à ce jour, été réalisée selon les informations disponibles.
Graphique 1.9. Coût annuel de l’extension du Projet Filets Sociaux
Copier le lien de Graphique 1.9. Coût annuel de l’extension du Projet Filets SociauxEstimation du coût annuel résultant d’une simulation de l’extension du PFS, en % du PIB
Note : Le nombre de bénéficiaires du PFS identifiés dans l’ECAM5 est nettement inférieur à celui indiqué dans les données administratives du projet. Cet écart peut notamment être dû à des erreurs de déclaration des répondants et conduit à une potentielle surestimation des coûts de l’extension du PFS. En conséquence, les résultats obtenus doivent être interprétés avec prudence et considérés comme des bornes hautes.
Source : Calcul des auteurs à partir des données de l’ECAM5.
L’extension des allocations familiales est tout aussi efficace pour réduire la pauvreté
L’extension des allocations familiales à l’ensemble des familles éligibles sans condition d’affiliation à la CNPS constituerait une option très coûteuse. Depuis le 21 février 20245, la CNPS verse à ses affiliés une allocation mensuelle de 4 500 FCFA par enfant à charge. Sont éligibles les ménages ayant : (1) des enfants âgés de moins de 14 ans ; (2) des enfants de 14 à 18 ans en apprentissage ; (3) des enfants de 14 à 21 ans poursuivant des études ou en situation de handicap. Si cette allocation mensuelle de la CNPS était remplacée par une allocation universelle de même montant versée aux ménages pour tout enfant répondant à ces critères d’éligibilité, indépendamment de leur affiliation à la CNPS (scénario 3), alors le coût annuel s’élèverait à 675 milliards de FCFA, soit 2,4 % du PIB (Graphique 1.10).
Des scénarios de ciblage plus restreint permettraient de réduire significativement le coût de l’extension. Limiter l’octroi de l’allocation aux ménages pauvres avec enfants de moins de 14 ans (scénario 1) ou de moins de 18 ans (scénario 2) ramènerait le coût annuel à 278 et 308 milliards de FCFA respectivement, soit entre 1,0 % et 1,1 % du PIB. Dans un contexte de forte contrainte budgétaire, recentrer l’éligibilité sur les ménages pauvres avec enfants offrirait une alternative au statu quo, tout en maximisant l’impact social.
Graphique 1.10. Coût annuel de l'extension des allocations familiales
Copier le lien de Graphique 1.10. Coût annuel de l'extension des allocations familialesEstimation du coût annuel résultant d’une simulation de l’extension des allocations familiales, en % du PIB
Note : Pour cette simulation, sont éligibles aux allocations familiales (4 500 FCFA par enfant à charge), les ménages ayant (1) un enfant de moins de 14 ans ; (2) un enfant âgé de 14 à 18 ans en apprentissage ; et (3) ceux ayant un enfant âgé de 14 à 21 ans poursuivant des études ou en situation de handicap ; sans considération d’affiliation à la CNPS.
Source : Calcul des auteurs à partir des données de l’ECAM5.
L’extension des allocations familiales aurait un effet notable sur la réduction de la pauvreté. Cibler les ménages pauvres avec enfants de moins de 14 ans (scénario 1) entraînerait une baisse du taux de pauvreté de 37,7 % à 33,3 %, soit une réduction de 4,4 pp (Tableau 1.4). Ce taux passerait à 32,8 % (−4,9 pp) si l’éligibilité était étendue aux ménages avec enfants de moins de 18 ans (scénario 2). Ces effets sont proches de ceux obtenus avec une extension à tous les ménages avec enfants actuellement éligibles, indépendamment du statut du ménage (scénario 3), qui permettrait de ramener le taux de pauvreté à 32,5 % (−5,1 pp). Cependant, le scénario 3 présente un rapport coût-efficacité nettement moins favorable. Réduire la pauvreté de 10 % nécessiterait 1,79 % du PIB, contre seulement 0,86 % pour les scénarios 1 et 2. Le scénario 3 offre ainsi le moins bon ratio coût-efficacité parmi l’ensemble des réformes analysées, tous programmes confondus. Dans ce contexte, un recentrage des allocations familiales sur les ménages pauvres apparaît comme l’option la plus efficiente.
Des pensions sociales ciblées présentent à la fois un coût et un impact limités
Le coût annuel d’une pension sociale destinée aux personnes âgées pauvres dépourvues de pension de retraite est estimé entre 0,2 % et 0,5 % du PIB, selon le seuil d’âge retenu (Graphique 1.11). Au Cameroun, la législation encadre le montant minimum légal de la pension de vieillesse, fixé à 50 % du SMIG. En 2023, le SMIG s’élevait à 60 000 FCFA par mois, ce qui établit le montant minimal de la pension de vieillesse à 30 000 FCFA par mois. Ce montant sert de référence pour estimer le coût d’un dispositif de pension sociale pour les personnes âgées sans couverture contributive. L’âge légal de départ à la retraite à taux plein est fixé à 60 ans pour les travailleurs du secteur privé affiliés à la CNPS ainsi que pour les fonctionnaires des catégories A et B. Les agents des catégories C et D peuvent partir dès 55 ans. Dans les simulations de coût, le scénario 3 – le plus ambitieux – retient un seuil d’âge de 60 ans. Afin de contenir les dépenses, les scénarios 1 et 2 repoussent ce seuil à 65 et 70 ans respectivement. Les pensions sociales universelles ne sont pas envisagées dans cette analyse. La situation budgétaire actuelle ne permet pas d’envisager un dispositif d’une telle ampleur.
Graphique 1.11. Coût annuel des pensions sociales pour les personnes âgées pauvres sans pension de retraite
Copier le lien de Graphique 1.11. Coût annuel des pensions sociales pour les personnes âgées pauvres sans pension de retraiteEstimation du coût annuel résultant d’une simulation de mise en place de pensions sociales, en % du PIB
Source : Calcul des auteurs à partir des données de l’ECAM5.
Les personnes âgées sont globalement moins exposées à la pauvreté. D’après les données de l’ECAM5, 9,4 % des personnes âgées de 60 ans et plus percevaient une pension contributive en 2022. Le taux de pauvreté parmi l’ensemble des personnes âgées s’élève à 28,9 %, soit un niveau inférieur à celui observé dans la population en âge de travailler (14–59 ans) et nettement plus faible que chez les enfants (0–14 ans). Ce résultat masque toutefois de fortes disparités : seules 5,1 % des personnes âgées bénéficiant d’une pension contributive sont pauvres, contre 31,4 % parmi celles qui n’en perçoivent pas.
Cette moindre exposition à la pauvreté s’explique en partie par un effet de sélection lié à la mortalité. L’espérance de vie est positivement corrélée à l’état de santé et à la situation économique des individus, surtout dans un contexte où l’absence de couverture maladie limite l’accès aux soins. Les personnes âgées qui atteignent un âge avancé tendent donc à appartenir aux groupes les moins défavorisés.
Cela étant, la création de pensions sociales reste pertinente compte tenu de la vulnérabilité d’une partie des personnes âgées, en particulier celles sans couverture contributive. Pour en maximiser l’impact et garantir la soutenabilité budgétaire, ces dispositifs devraient être strictement ciblés sur les personnes appartenant à des ménages pauvres et dépourvues de pension contributive.
L’instauration d’une pension sociale mensuelle de 30 000 FCFA au bénéfice des personnes âgées pauvres de 60 ans et plus représenterait un effort budgétaire annuel estimé à 140 milliards de FCFA, soit environ 0,5 % du PIB (graphique 1.11). Relever le seuil d’âge à 65 ans permettrait de réduire ce coût à 92 milliards de FCFA (0,3 % du PIB), tandis qu’un seuil de 70 ans le ramènerait à environ 60 milliards de FCFA (0,2 % du PIB).
L’impact des pensions sociales sur la pauvreté reste modéré, ce qui limite leur efficacité au regard de leur coût comparativement au PFS. Dans le scénario le plus ambitieux, une pension sociale ciblant les personnes âgées pauvres dès 60 ans réduirait le taux de pauvreté de 37,7 % à 35,5 %, soit une baisse de 2,2 pp (Tableau 1.4). Cet impact diminue à -1,5 pp pour un seuil d’âge fixé à 65 ans, et à -1,0 pp pour un seuil de 70 ans. Ces résultats contrastent nettement avec ceux observés pour l’extension du PFS ou des allocations familiales. Le ratio coût-efficacité — mesuré comme la dépense requise pour réduire la pauvreté de 10 % exprimée en pourcentage du PIB— de ces trois options est très proche, s’étalonnant de 0,82 % (65 ans) à 0,87 % (60 ans) du PIB (Tableau 1.4). Ces niveaux sont comparables à ceux des allocations familiales, mais restent inférieurs à ceux du PFS. Au vu de ces résultats, une introduction progressive des pensions sociales apparaît justifiée. Elle pourrait débuter par un ciblage des personnes âgées de 70 ans et plus, avec un abaissement progressif du seuil d’âge en fonction de la disponibilité des ressources, jusqu’à atteindre l’âge de 60 ans à terme.
Une autre option consisterait à octroyer des pensions sociales inférieures à 30 000 FCFA, mais cela reviendrait à fixer leur montant en deçà du seuil légal applicable aux pensions de vieillesse. Le Cameroun pourrait s’inspirer des expériences latino-américaines en matière de pensiones alimentarias, notamment au Paraguay et au Mexique, où ces pensions non contributives visent à couvrir les besoins alimentaires et essentiels des personnes âgées en situation de pauvreté (Bando, Galiani et Gertler, 2022[15]).
Des réformes bien ciblées peuvent réduire significativement la pauvreté à un coût modéré
Cibler les plus vulnérables permettrait de maximiser l’impact en matière de réduction de la pauvreté dans un contexte de ressources limitées. Les enfants issus de ménages pauvres figurent parmi les groupes les plus exposés à la pauvreté. Les efforts de réforme peuvent donc se concentrer en priorité sur cette population.
Le PFS apparaît comme l’option permettant de réduire la pauvreté au moindre coût. Son extension à tous les ménages pauvres non couverts permettrait de réduire la pauvreté de 4,9 pp pour un coût inférieur à 1 % du PIB, représentant l’option la plus efficiente sur le plan budgétaire. Les allocations familiales ont un impact comparable mais sont plus coûteuses. Un ciblage sur les ménages pauvres avec enfants permettrait de maintenir un impact significatif tout en limitant le coût à environ 1 % du PIB. Les pensions sociales ciblées ont quant à elles un coût modéré, mais un effet plus limité. Leur mise en œuvre pourrait commencer à partir de 70 ans, avec un abaissement progressif de l’âge selon les marges budgétaires disponibles. Une stratégie graduelle, équitable et soutenable apparaît ainsi à portée de main. En priorisant les interventions à plus fort rendement social, il est possible d’étendre la couverture des plus vulnérables sans compromettre la soutenabilité des finances publiques.
Tableau 1.4. Coût annuel de l’extension du PFS, des allocations familiales et des pensions sociales
Copier le lien de Tableau 1.4. Coût annuel de l’extension du PFS, des allocations familiales et des pensions sociales|
|
FCFA (milliards) |
PIB (%) |
Impact sur le taux de pauvreté (points de pourcentage) |
Coût-efficacité |
|---|---|---|---|---|
|
Projet Filets sociaux |
|
|||
|
Scénario 1 : Extension aux ménages pauvres non couverts avec enfant(s) (<14 ans) |
246 |
0,89 % |
-4,4 pp |
0,77 % |
|
Scénario 2 : Extension aux ménages pauvres non couverts avec enfant(s) (<18 ans) |
253 |
0,92 % |
-4,5 pp |
0,76 % |
|
Scénario 3 : Extension à tous les ménages pauvres non couverts |
264 |
0,95 % |
-4,9 pp |
0,74 % |
|
Allocations familiales |
|
|||
|
Scénario 1 : Extension aux enfants pauvres non couverts (<14 ans) |
278 |
1,0 % |
-4,4 pp |
0,86 % |
|
Scénario 2 : Extension aux enfants pauvres non couverts (<18 ans) |
308 |
1,1 % |
-4,9 pp |
0,86 % |
|
Scénario 3 : Extension à tous les enfants éligibles non couverts |
675 |
2,4 % |
-5,1 pp |
1,79 % |
|
Pensions sociales |
|
|||
|
Scénario 1 : Personnes âgées pauvres sans pension de retraite (70 ans ou plus) |
60 |
0,2 % |
-1,0 pp |
0,84 % |
|
Scénario 2 : Personnes âgées pauvres sans pension de retraite (65 ans ou plus) |
92 |
0,3 % |
-1,5 pp |
0,82 % |
|
Scénario 3 : Personnes âgées pauvres sans pension de retraite (60 ans ou plus) |
140 |
0,5 % |
-2,2 pp |
0,87 % |
Note : Coût-efficacité : % du PIB nécessaire pour réduire la pauvreté de 10 %.
Source : Calcul des auteurs à partir des données de l’ECAM5.
Références
[15] Bando, R., S. Galiani et P. Gertler (2022), « Another brick on the wall: On the effects of non-contributory pensions on material and subjective well being », Journal of Economic Behavior & Organization, vol. 195, pp. 16-26, https://doi.org/10.1016/j.jebo.2021.12.029.
[3] Banque Mondiale (2025), Cameroon Health Equity Diagnostic, https://doi.org/10.1596/44373.
[5] Banque Mondiale (2023), Cameroon Social Safety Nets - Implementation completion and results report, https://documents1.worldbank.org/curated/en/099081723104517535/pdf/BOSIB096a701b60790b4af04e45dd7714a1.pdf.
[6] Banque Mondiale (2021), Projet de filets sociaux adaptatifs et d’inclusion économique, https://documents1.worldbank.org/curated/en/099555001182251592/pdf/CADRE0DE0PLANI0S00CPPA00P1753630010.pdf.
[4] Banque mondiale (2024), Collecter davantage, Dépenser Mieux pour atteindre les objectifs de la Vision 2035, https://documents.worldbank.org/en/publication/documents-reports/documentdetail/099061224152015712/p17898211056460581bbe61114370399c6d (consulté le 1 avril 2025).
[2] Cassidy, R. et al. (2023), Projets Filets Sociaux - Rapport sur l’enquête de base pour l’évaluation d’impact des mesures d’accompagnement auprès des populations hôtes et réfugiées, https://thedocs.worldbank.org/en/doc/451f21262cd45c0c1ab0270a04a1ba81-0010012023/original/Cameroon-Social-Safety-Nets-Project-Baseline-Report.pdf.
[11] Cattaneo, U. et al. (2024), « Déficit de financement pour la protection sociale universelle : estimations mondiales, régionales et nationales et stratégies de création d’une marge de manœuvre budgétaire », Document de Travail de l’OIT, n° 113, Organisation Internationale du Travail, Genève, https://doi.org/10.54394/RGJG9199.
[7] CNPS (2023), Annuaire statistique 2023, Caisse Nationale de Prévoyance Sociale du Cameroun, https://www.cnps.cm/images/parutions/Annuairestatistique2023.pdf.
[14] INS (2024), Comptes nationaux de 2023, Institut National de la Statistique du Cameroun, https://ins-cameroun.cm/wp-content/uploads/2025/07/Comptes-Nationaux-2023_FR-Final-1.pdf.
[9] INS (2022), Troisième enquête sur l’emploi et le secteur informel au Cameroun (EESI3), Institut National de la Statistique, https://ins-cameroun.cm/wp-content/uploads/2025/07/EESI3_Rapport-principal_Secteur-Informel_FR_28_09_2023.pdf.
[10] OIT (2025), Rapport mondial sur la protection sociale 2024-2026, Organisation Internaitonale du Travail, https://doi.org/10.54394/UXEL5671.
[13] OIT (2022), Mobiliser les unités de l’économie sociale et solidaire pour une protection sociale universelle, Organisation Internationale du Travail, https://www.ilo.org/sites/default/files/wcmsp5/groups/public/%40ed_protect/%40soc_sec/documents/publication/wcms_847195.pdf.
[8] OMS/BIRD (2023), Tracking universal health coverage: 2023 global monitoring report, Organisation Mondiale de la Santé et Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développment (Banque Mondiale), Genève, https://iris.who.int/server/api/core/bitstreams/3d4572d2-30a5-4cf0-bf73-0062d677bbf0/content.
[1] République du Cameroun (2022), Politique Nationale de Protection Sociale (PNPS) au Cameroun, https://minepat.gov.cm/wp-content/uploads/2022/01/Strategie-Services-sociaux-et-PNPS-Francais.pdf.
[12] Stenberg, K. et al. (2017), « Financing transformative health systems towards achievement of the health Sustainable Development Goals: a model for projected resource needs in 67 low-income and middle-income countries », The Lancet Global Health, vol. 5/9, pp. e875-e887, https://doi.org/10.1016/S2214-109X(17)30263-2.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. En l’absence d’accès aux données administratives récentes, cette section repose sur la dernière revue des finances publiques qui fournit des données sur les dépenses de protection sociale pour la période 2017-2021
← 2. Les pays comparateurs utilisés par le rapport Banque mondiale (2024[4]) sont les suivants : Kenya, Togo, Côte d’Ivoire, Nigeria, Ghana, Malaisie, Indonésie, Sénégal, Soudan, Vietnam, Azerbaïdjan, Namibie.
← 3. Les sources de financement de la CNPS incluent : (i) les cotisations des employeurs et des travailleurs ; (ii) les majorations et les pénalités de retard ; (iii) les produits des placements des réserves ; (iv) les subventions, dons et legs ; et (v) les participations versées par les bénéficiaires des œuvres sociales et sanitaires.
← 4. On attribue aux non-pauvres une profondeur de la pauvreté équivalente à zéro dans la mesure où leur niveau de dépenses de consommation dépasse le seuil de pauvreté.
← 5. Décret n°2024/056.