Le présent chapitre examine les données disponibles sur la participation des femmes dans les activités de pêche de capture et d’aquaculture, sur les désavantages systémiques et les obstacles auxquels elles se heurtent encore et toujours dans ce secteur, et sur la façon dont ces inégalités nuisent aux résultats socioéconomiques et à la durabilité du secteur. Le chapitre donne aussi un aperçu de certaines des mesures mises en œuvre pour promouvoir l’égalité et l’équité entre les genres dans le secteur et recommande d’intégrer systématiquement la dimension du genre dans l’analyse des résultats du secteur afin d’étayer l’élaboration de politiques publiques éclairées.
8. Égalité et équité entre les genres dans le secteur de la pêche de capture et de l’aquaculture
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Principaux messages relatifs à l’égalité et l’équité entre les genres dans le secteur de la pêche de capture et de l’aquaculture
Copier le lien de Principaux messages relatifs à l’égalité et l’équité entre les genres dans le secteur de la pêche de capture et de l’aquacultureL’égalité et l’équité entre les genres sont un droit fondamental, et leur contribution aux performances économiques et à la durabilité n’est plus à démontrer. Pourtant, dans la plupart des domaines de la vie sociale et économique, les femmes et les filles, partout dans le monde, se heurtent encore et toujours à des obstacles et à des désavantages systémiques.
Il ressort des données disponibles que les inégalités et le manque d’équité entre les genres perdurent dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture. Les informations et données ventilées par sexe indiquent que les femmes représentent 39 % de la main-d’œuvre dans l’aquaculture, 37 % dans la pêche de capture et 51 % dans la transformation des ressources halieutiques. Dans la zone OCDE, les parts correspondantes sont encore plus faibles. Ces statistiques doivent toutefois être interprétées avec prudence, étant donné que les données ventilées font souvent défaut.
Le manque de données est un obstacle majeur à une meilleure compréhension de la problématique du genre dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture, et il empêche de dégager des solutions pour promouvoir l’égalité et l’équité. Ainsi, dans les pays membres de l’OCDE examinés dans le présent rapport, les données ventilées par sexe sur l’emploi dans le secteur ne sont pas disponibles pour 38 % des aquaculteurs, 66 % des pêcheurs et 63 % des transformateurs de produits halieutiques et aquacoles. Ce déficit de données est encore plus marqué à l’échelle mondiale.
Il ressort des études de cas que la contribution des femmes au secteur est multiple et va bien au-delà de leur représentation dans les emplois déclarés, à la fois parce que les femmes seraient surreprésentées dans les emplois informels (non déclarés) et parce que leur participation aurait des effets positifs sur le bien-être des communautés de pêcheurs au‑delà de la réalisation de leur travail.
Dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture, les femmes sont confrontées à des obstacles fondés sur le genre, comme les préjugés, un environnement de travail hostile et des tâches domestiques non rémunérées, ce qui limite leur présence et leurs possibilités dans le secteur. Malgré certains progrès, d’importants obstacles culturels et sociaux perdurent et exigent des solutions ciblées qui répondent aux besoins des femmes.
En outre, le secteur présente des risques pour la santé qui touchent particulièrement les femmes, notamment l’exposition aux polluants, les risques sanitaires dans le secteur de la transformation des aliments d’origine marine et les problèmes de sécurité dans un environnement majoritairement masculin. Il est essentiel de remédier à ces situations de vulnérabilité afin de protéger le bien-être des femmes dans ces secteurs.
Il est nécessaire de fournir un effort systématique d’étude et d’approfondissement des questions liées au genre dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture des pays membres de l’OCDE afin d’apporter un complément aux recherches existantes, souvent axées sur des études de cas de pays en développement, et de mieux saisir comment répliquer les solutions dans des contextes différents. Il serait utile que de tels travaux s’inscrivent dans une perspective intersectorielle étant donné que les initiatives des pouvoirs publics à l’appui de l’égalité et de l’équité entre les genres sont généralement transversales.
8.1. Quels sont les enjeux ?
Copier le lien de 8.1. Quels sont les enjeux ?8.1.1. L’égalité et l’équité entre les genres sont essentielles au bien-être socioéconomique
L’égalité et l’équité entre les genres1 sont un droit humain fondamental qui apporte une contribution positive à l’économie (OECD, 2024[1]). Promouvoir la participation des femmes à l’économie favorise leur autonomisation économique et renforce l’égalité, ce qui stimule la croissance économique, la productivité et le développement global (IMF, 2018[2]). Venir à bout des inégalités entre les genres peut aussi favoriser la durabilité des économies et accélérer l’action climatique, ainsi que la protection et la préservation de l’environnement (Deininger et al., 2023[3] ; OCDE, 2021[4]). Il ressort des données disponibles que le fait de combler les écarts de taux d’activité pourrait faire augmenter le produit intérieur brut des pays membres de l’OCDE de 9.2 % d’ici 2060, ce qui équivaut à ajouter environ 0.23 points de pourcentage à la croissance annuelle moyenne (OECD, 2023[5]). Des études sur la participation des femmes à l’agriculture ont aussi montré qu’elle peut accroître l’efficience technique d’un secteur, ce qui signifie que l’efficacité des moyens de production utilisés est optimisée (Bozoğlu et Ceyhan, 2007[6] ; Aung et al., 2021[7] ; Sell et al., 2018[8] ; Seymour, 2017[9]). Parvenir à l’égalité des genres n’est donc pas seulement un impératif moral, c’est aussi une ambition essentielle pour améliorer les résultats socioéconomiques et environnementaux pour tous.
En conséquence, l’égalité et l’équité entre les genres sont de grands objectifs horizontaux et internationaux (Encadré 8.1). Toutefois, malgré l’attention croissante des pays, l’inégalité des genres reste un problème partout dans le monde, les femmes se heurtant encore et toujours à des obstacles et à des désavantages systémiques dans la plupart des domaines de la vie sociale et économique (OECD, 2024[1] ; OECD, 2023[10]).
Encadré 8.1. Principaux objectifs et engagements internationaux et régionaux en faveur de l’égalité et de l’équité entre les genres
Copier le lien de Encadré 8.1. Principaux objectifs et engagements internationaux et régionaux en faveur de l’égalité et de l’équité entre les genresParmi les engagements internationaux à haut niveau figurent la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (UN General Assembly, 1979[11]) ; la Déclaration et le Programme d'action de Pékin (adoptés en 1995) (UN General Assembly, 1995[12]), qui appellent les gouvernements à prendre des engagements précis en faveur des droits des femmes ; et l’Objectif de développement durable n° 5 des Nations Unies, qui vise à atteindre l’égalité des genres et à autonomiser toutes les femmes et les filles d’ici 2030 (UN General Assembly, 2015[13]).
Ces engagements internationaux sont aussi complétés par des engagements au niveau régional et l’intégration des questions liées au genre dans d’autres cadres, par exemple la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (UNFCCC, 2024[14]). L’égalité des genres est en outre une valeur fondamentale et une priorité stratégique de l’OCDE, comme le souligne la Contribution de l’OCDE à la promotion de l’égalité des genres (OECD, 2023[5]) et le montre l’adoption des Recommandations de l’OCDE sur l’égalité entre hommes et femmes en matière d’éducation, d’emploi et d’entrepreneuriat, sur l’égalité hommes-femmes dans la vie publique, et sur la promotion de l’équilibre entre les genres dans le secteur nucléaire, ainsi que de la Recommandation du Comité d’aide au développement sur l’égalité des genres et l’autonomisation de toutes les femmes et les filles dans le contexte de la coopération pour le développement et de l’aide humanitaire (OECD, 2013[15] ; OECD, 2015[16] ; OECD, 2024[17] ; OECD, 2023[18]). D’après l’enquête 2021 de l’OCDE sur l’intégration de la problématique du genre et la gouvernance, un certain nombre de pays membres de l’OCDE ont indiqué intégrer dans des documents stratégiques des exigences et des mesures pour prendre en compte la problématique du genre et mobiliser davantage les responsables pour qu’ils s’engagent en faveur de l’égalité des genres (OECD, 2023[5] ; OECD, 2019[19]).
Le présent chapitre s’appuie sur les échanges tenus lors d’une session thématique du Comité des pêcheries de l’OCDE sur les questions liées au genre dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture, organisée en mai 2024. Ces échanges ont souligné la nécessité de mener de nouveaux travaux de recherche pour mieux comprendre les questions liées au genre dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture des pays membres de l’OCDE afin d’apporter un complément aux recherches existantes, axées sur les études de cas par pays, et de mieux saisir comment répliquer les solutions dans des contextes différents. Le Comité des pêcheries de l’OCDE s’est donc engagé à examiner régulièrement en plénière les questions liées au genre, notamment les mesures envisageables pour promouvoir l’égalité des genres dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture en vue de parvenir à une durabilité biologique, économique et sociale du secteur. Les enseignements tirés du processus de documentation sur les questions à examiner, ainsi que des discussions elles-mêmes, sont synthétisés ci-après.
8.2. Que savons-nous du rôle des femmes et des défis auxquels elles sont confrontées dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture et dans la chaîne de valeur des aliments d’origine marine ?
Copier le lien de 8.2. Que savons-nous du rôle des femmes et des défis auxquels elles sont confrontées dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture et dans la chaîne de valeur des aliments d’origine marine ?8.2.1. Activité des femmes dans le secteur
Quand des informations étaient disponibles pour les 41 pays et territoires examinés dans le présent rapport, les femmes représentaient 37 % de l’ensemble de la main-d’œuvre dans le secteur de la pêche commerciale, 39 % dans l’aquaculture et 51 % dans la transformation (Graphique 8.1). Il convient toutefois d’interpréter ces statistiques avec prudence, étant donné que l’on ne dispose souvent pas de données ventilées par genre2.
De nombreux travaux, allant de la recherche universitaire aux publications d’organisations internationales (Elias et al., 2024[20] ; Giakoumi et al., 2021[21] ; Lu et Zou, 2023[22]), déplorent le manque de données ventilées, qui est souvent cité comme faisant obstacle à une meilleure compréhension de la problématique du genre dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture (Elias et al., 2024[20] ; Lu et Zou, 2023[22] ; Kleiber, Harris et Vincent, 2014[23] ; FAO, 2024[24]). En outre, les données ventilées sont encore plus rares dans le secteur de la pêche artisanale que dans les secteurs industriels (FAO; Duke University; WorldFish, 2023[25]). Au niveau des pays membres de l’OCDE, des statistiques équivalentes montrent que les femmes représentent 20 % de la main-d’œuvre dans le secteur de l’aquaculture, 12 % dans le secteur de la pêche et 51 % dans le secteur de la transformation, même si le manque de données reste problématique3.
Les chiffres agrégés de l’emploi masquent d’autres inégalités en termes d’accès aux emplois et aux revenus pour les femmes du secteur. Une grande problématique est que les femmes sont généralement surreprésentées dans les fonctions peu qualifiées et mal rémunérées. Ces disparités sont révélatrices de plus vastes schémas d’inégalité entre les genres et soulignent la nécessité de cibler les efforts pour remédier à ces déséquilibres (Syddall et Grant, 2023[26] ; Mangubhai et al., 2022[27] ; Elias et al., 2024[20]).
On considère d’autre part que la représentation des femmes dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture est sous-estimée dans les statistiques officielles étant donné qu’elles sont souvent très présentes dans le secteur informel (UN Women, 2018[28] ; FAO, 2022[29]). On estime par exemple que les femmes représentent environ la moitié de la main-d’œuvre dans la chaîne de valeur du secteur de la pêche artisanale (UN Women, 2018[28] ; FAO, 2022[29]). La plupart des femmes seraient particulièrement présentes dans les activités préalables à la capture, comme le ramendage des filets de pêche (FAO, 2022[29] ; FAO, 2024[24]), et consécutives à la capture, comme la transformation et les activités de subsistance (Merayo, Vakhitova et Carlson, 2024[30]). En général, ces tâches ne sont pas rémunérées ou sont réalisées de façon informelle, et elles ne sont souvent pas considérées comme du travail mais plutôt comme des tâches domestiques incombant aux femmes.
En outre, la présence des femmes dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture varie selon la région et le contexte socioculturel (UN Women, 2018[28] ; FAO, 2022[29]). Comme dans d’autres secteurs, la dynamique de la participation des femmes peut être influencée par des facteurs tels que l’accès aux ressources, les normes culturelles et les perspectives économiques (Njuki et al., 2022[31]). Les femmes jouent aussi un rôle plus important dans certaines sous-parties du secteur. Par exemple, des rapports indiquent que dans certaines régions, les femmes sont souvent les seules responsables de la production de l’aquaculture en raison de l’exode rural des hommes, une tendance qui est notamment observée dans certaines régions de la Thaïlande et de la République populaire de Chine (Kusakabe, 2003[32]). En outre, il a été reconnu que les femmes apportaient une contribution essentielle aux secteurs émergents tels que la production d’algues, où elles représentent actuellement plus de la moitié de la main-d'œuvre dans les activités de production et de transformation dans certains pays. Le secteur des algues est ainsi devenu une source importante de revenus pour de nombreuses femmes. Un rapport récent de la CNUCED (UNCTAD, 2024[33]) reconnaît que le secteur des algues est riche de promesses pour l’activité des femmes.
Les femmes jouent aussi un rôle clé dans la recherche (Merayo, Vakhitova et Carlson, 2024[30]). On estime en effet que l’écart entre les genres dans les sciences de la mer, où les femmes représenteraient 38 % des chercheurs, est inférieur à l’écart général entre les genres dans les sciences (OCDE, 2021[4]). Il est ressorti d'une étude portant sur la présence des femmes dans les sciences de la mer dans l’Union européenne que la représentation des femmes et des hommes est relativement équilibrée en début de carrière (doctorants et diplômés), mais que cet écart se creuse aux postes à responsabilité, la part de femmes directrices de laboratoires de recherche marine n’étant que de 24 % (Giakoumi et al., 2021[21]).
Un certain nombre de publications indiquent que les femmes jouent un rôle de plus en plus important dans la gouvernance et la gestion des milieux marins à divers titres, notamment au niveau de la prise de décision ; on ne dispose toutefois pas de statistiques globales sur ces activités (Gissi, Portman et Hornidge, 2018[34] ; DFAT, 2022[35]). À mesure que la société évolue et que les politiques et la gestion du secteur de la pêche et de l’aquaculture se complexifient, les femmes font de plus en plus partie des dimensions humaines de ces systèmes et continuent d’y être intégrées d’une manière qui n’a pas toujours été visible par le passé (Calhoun, Conway et Russell, 2016[36]). Il s’agit là d’un élément crucial étant donné que les régimes de gouvernance doivent être socialement inclusifs pour être efficaces et durables, ce qui implique d’associer les femmes à la gouvernance de l’océan (Gissi, Portman et Hornidge, 2018[34] ; DFAT, 2022[35]).
Enfin, au-delà des statistiques de l’emploi, le fait d’analyser la situation du point de vue du genre modifie la façon dont on perçoit la contribution des femmes au secteur, en mettant en évidence leur rôle majeur dans la prise de décision, la gestion et la commercialisation, ainsi que les effets multidirectionnels de leur activité (Williams, 2008[37]) (Williams, 2008[37] ; FAO, 2012[38])4. Il est par exemple avéré que la participation des femmes à la production a des répercussions positives sur le bien-être physique et émotionnel des communautés de pêcheurs et que leurs efforts de participation contribuent non seulement à préserver l’environnement, mais aussi à resserrer les liens de ces communautés et à renforcer leur résilience face aux défis extérieurs (Szaboova, Gustavsson et Turner, 2022[39]). Un autre exemple venu de l’Oregon, aux États-Unis, montre que les femmes, souvent les épouses des pêcheurs, participent de plus en plus aux réunions sur la gestion des pêches et y jouent un rôle plus actif, en lieu et place de leurs conjoints lorsque ceux-ci sont en mer (Calhoun, Conway et Russell, 2016[36]).
Il s’avère en outre que l’activité des femmes dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture améliore l’efficience technique. Par exemple, une étude sur l’aquaculture à petite échelle au Myanmar a montré que la participation des femmes à la prise de décision était corrélée à une amélioration de l’efficience technique (Aung et al., 2021[7]). De même, il ressort d’une étude menée au Cambodge que, de façon générale, les étangs aquacoles gérés par des femmes génèrent des rendements plus élevés (Kusakabe, 2003[32]).
Mieux comprendre la présence des femmes dans le secteur de la pêche peut même avoir des implications pour les sciences halieutiques et la protection du milieu marin. Une analyse de 106 études de cas sur la pêche artisanale a mis en évidence un déficit de données quantitatives sur le genre, qui peut s’expliquer par des facteurs tels qu’une définition restreinte des termes « pêcheurs » et « pêche » dans le cadre des collectes de données, les femmes pouvant dans certains cas pratiquer des activités de pêche pour subvenir aux besoins du foyer ou avoir un complément de revenu. L’analyse a aussi constaté que les données qualitatives ventilées par genre (comme les captures) n’étaient pas enregistrées, ni même incluses dans les ensembles de données. Il en ressort que lorsque les données ne sont pas ventilées par genre, il n’est pas possible d’obtenir un tableau complet du secteur de la pêche, ce qui risque d’entraîner une sous-estimation des captures et de la diversité des espèces capturées, limitant ainsi la compréhension sociale et écologique du secteur (Kleiber, Harris et Vincent, 2014[23]).
8.2.2. Obstacles rencontrés par les femmes pour entrer dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture
Les femmes se heurtent souvent à des contraintes et des obstacles fondés sur le genre pour mener des activités dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture, c’est pourquoi il est nécessaire de trouver des solutions qui répondent à leurs besoins (FAO, 2024[24]). La cause profonde de ces difficultés réside dans les inégalités entre les genres, elles-mêmes issues de préjugés fondés sur le genre et de normes sociales profondément ancrées. Ces normes sont étroitement liées à diverses dimensions intersectionnelles de la société, notamment la classe sociale, l’âge, l’origine ethnique et la religion. L’effet cumulatif de ces facteurs intersectionnels exacerbe les inégalités (Shang, 2022[40] ; FAO, 2022[29]).
Plus précisément, les obstacles à la participation des femmes aux activités de pêche et d’aquaculture peuvent se manifester sous la forme de préjugés en faveur des hommes, comme lors de la transmission des entreprises familiales de pêche, d’un environnement réel et perçu hostile aux femmes dans certaines parties du secteur, et d’une incompatibilité de l’emploi dans le secteur de la pêche avec le travail domestique non rémunéré qui est attendu des femmes dans certaines sociétés (Giner, Hobeika et Fischetti, 2022[41]). En outre, 45 % de la population mondiale pensent que les hommes devraient avoir la priorité sur les femmes en matière de possibilités d’emploi, ce qui réduit encore l’emploi des femmes dans le secteur, d’autant plus que de nombreux emplois dans le secteur de la pêche sont situés dans des zones où le chômage est relativement élevé (WVS, 2022[42]).
Même pour les femmes qui travaillent dans ce secteur, il existe des obstacles qui limitent leurs revenus et leurs chances de développer leur activité. Par exemple, dans la plupart des pêcheries artisanales, les hommes possèdent généralement les bateaux et les engins de pêche nécessaires à la capture d’espèces commerciales. Comme ils sont propriétaires, les hommes ont souvent la haute main sur les revenus du ménage et ont aussi accès à certaines initiatives réservées aux propriétaires, comme les subventions et les coopératives de pêcheurs (Uc-Espadas et al., 2018[43]). Il en résulte que les femmes sont souvent privées de certains avantages, comme les aides publiques aux pêcheurs, une rémunération équitable, la possibilité de prendre des décisions dans les entreprises de pêche et l’accès au crédit pour développer leur activité (Giner, Hobeika et Fischetti, 2022[41] ; OCDE, 2021[4]).
Dans la zone OCDE, des exemples de contraintes et d’obstacles subis par les femmes sont parfois bien documentés, et la situation progresse. Par exemple, en 2021, plusieurs femmes du secteur norvégien de la pêche ont signalé des cas de harcèlement (sexuel et non sexuel). En réponse, l’autorité maritime norvégienne et le médiateur norvégien pour l’égalité et la lutte contre la discrimination ont signé un accord pour intensifier les efforts de prévention du harcèlement dans le secteur. L’objectif premier de cet accord est de sensibiliser au harcèlement et de fournir des stratégies pour prévenir et combattre ce fléau. Cette initiative est axée sur la formation et la sensibilisation des responsables, des délégués à la sécurité et des représentants syndicaux du secteur (Norwegian Maritime Authority, 2024[44]).
On continue aussi d’observer des obstacles à l’entrée dans le secteur de l’aquaculture, lesquels sont souvent liés à des normes culturelles, sociales et pratiques qui déterminent le niveau de participation des femmes. Par exemple, des travaux de recherche ont mis en évidence que différents facteurs, tels que les croyances religieuses, les traditions culturelles et les attentes sociétales, influencent les niveaux de participation des femmes. En outre, diverses difficultés ont été signalées dans des pays comme le Cambodge, l’Inde, l’Indonésie, la Malaisie et les Philippines, dont le manque de soutien de la part de la famille ou de la communauté, un sentiment d’infériorité, un pouvoir de décision limité et l’insuffisance des aides publiques (Bosma et al., 2018[45]).
8.2.3. Questions relatives à la sécurité des femmes
Les discussions sur les questions d’égalité des genres dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture se concentrent souvent sur les aspects économiques et sociaux, mais il est essentiel de reconnaître les dangers potentiels que ces secteurs présentent pour les femmes, en particulier lorsque l’on envisage des mesures visant à les atténuer (OCDE, 2021[4]). Le milieu marin est de plus en plus contaminé par des polluants tels que les débris marins, les microplastiques et divers produits chimiques, qui présentent tous des risques importants pour la santé. Les femmes enceintes et les enfants sont particulièrement vulnérables vu que certaines toxines comme le mercure, très répandu dans les ressources halieutiques, peuvent avoir des effets néfastes sur leur santé. En outre, des études ont montré que les microplastiques traversent la barrière placentaire, ce qui peut nuire à la santé des enfants à naître (Lloyd-Smith et Immig, 2018[46]).
Dans les communautés côtières pauvres et le long des côtes, les femmes mènent souvent des activités de pêche complémentaires ou effectuent d’autres tâches (par exemple, le ramendage des filets), et sont donc confrontées à un risque accru d’exposition à des produits chimiques et des déchets nocifs qui s’accumulent progressivement sur les littoraux (OCDE, 2021[4]). En outre, les femmes qui occupent des emplois dans le secteur de la transformation des aliments d’origine marine, majoritairement féminin, ont souvent des problèmes de santé, notamment des troubles musculosquelettiques, en raison de la nature exigeante de leur travail (S.M. Shaikh et al., 2016[47] ; Tran et al., 2016[48]).
En outre, le fait que les femmes ne soient pas pleinement en sécurité dans ces secteurs peut les empêcher de réaliser efficacement leur travail, les difficultés rencontrées pouvant aller d’un environnement majoritairement masculin à bord des navires au manque de vêtements et d’équipements de protection appropriés ou de tailles adaptées pour les uniformes dans certains cas (AMSA, 2024[49] ; MTS, 2024[50]). Il est essentiel de reconnaître ces inégalités fondées sur le genre et d’y remédier pour gérer efficacement les risques et assurer le bien-être des femmes qui travaillent dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture.
8.3. Que savons-nous des politiques et initiatives visant à prendre systématiquement en compte la problématique du genre dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture ?
Copier le lien de 8.3. Que savons-nous des politiques et initiatives visant à prendre systématiquement en compte la problématique du genre dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture ?Les pouvoirs publics jouent un rôle majeur en veillant à l’obtention de résultats inclusifs dans tous les secteurs au moyen de mécanismes tels que la législation, la réglementation, la définition de stratégies et la prise en compte de la problématique du genre dans les budgets. Pour lutter contre les déséquilibres entre les genres dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture, les responsables de l’action publique se tournent de plus en plus vers des stratégies d’intégration de cette problématique, ainsi que vers des cadres et outils supplémentaires qui s’attaquent aux causes profondes des inégalités et donnent l’impulsion du changement (OECD, 2024[1] ; OECD, 2019[19])5.
8.3.1. Exemples de politiques qui tiennent compte de la problématique du genre dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture
La base de données de la FAO sur les lois et réglementations nationales relatives à l’alimentation, à l’agriculture et à la gestion des ressources naturelles, qui couvre la pêche et l’aquaculture (FAOLEX), a été consultée à l’aide des mots-clés « genre », « femme » et « femmes ». La base de données FAOLEX couvre 24 années (2000-24) et contient différents types de textes : constitutions, politiques, législations, réglementations et documents divers. La recherche a permis de recenser 264 politiques pertinentes6. La grande majorité (97 %) des mesures recensées émanent de pays non-Membres. Bien que ce point ne soit pas clair, l’une des raisons possibles pourrait être que la grande majorité des travaux consacrés au rôle des femmes dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture se concentrent sur des questions de visibilité dans les économies émergentes, et que les recherches sont souvent menées sous l’angle du développement (Calhoun et al., 2016; Kleiber et al., 2015).
Un point intéressant concernant la nature des politiques qui tiennent compte de la problématique du genre dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture est que, d’après les exemples cités dans le tableau 8.1, un bon nombre d’entre elles ne sont pas propres à ce secteur. Au contraire, elles sont nombreuses parmi les exemples ci-dessous à s’inscrire dans le cadre de politiques de plus vaste portée, comme celles qui visent l’égalité des genres au sens large ou les politiques alimentaires et agricoles en général. Ce constat montre bien les possibilités qui existent en termes de travaux horizontaux entre les différentes communautés d’action. Il convient toutefois de noter que la base de données FAOLEX ne contient pas d’informations sur les politiques en faveur de l’égalité des genres lorsqu’elles sont traitées à un niveau juridique supérieur (intersectoriel), sans référence à l’alimentation, à l’agriculture ou à la gestion des ressources naturelles.
Le Tableau 8.1 présente une sélection d’instruments pour illustrer les types de politiques et d’initiatives qui existent en lien avec les questions d’égalité des genres dans des activités telles que la pêche et l’aquaculture dans les pays et territoires examinés dans le présent rapport.
Tableau 8.1. Exemples de politiques et d’initiatives relatives à l’égalité des genres et au secteur de la pêche et de l’aquaculture
Copier le lien de Tableau 8.1. Exemples de politiques et d’initiatives relatives à l’égalité des genres et au secteur de la pêche et de l’aquaculture|
Pays |
Objectifs stratégiques |
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Colombie |
La loi 731, entrée en vigueur en janvier 2002, vise à améliorer la qualité de vie des femmes en milieu rural, en particulier celles aux revenus modestes, en favorisant l’égalité entre les genres. Elle porte sur un large éventail d’activités rurales, notamment les secteurs traditionnels comme l’agriculture, la sylviculture, la pêche et l’exploitation minière, ainsi que sur des secteurs non traditionnels comme l’agro-industrie, les microentreprises, le tourisme rural et l’artisanat. La loi vise à autonomiser les femmes en milieu rural et à favoriser leur participation active à ces secteurs, en renforçant l’égalité des chances dans les collectivités rurales (Government of Colombia, 2002[51]). |
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Costa Rica |
Le Plan d’action 2020-2030 pour une politique d’égalité en faveur du développement inclusif dans les secteurs agricole, halieutique et rural vise à ce que les femmes des zones rurales aient accès aux ressources, aux services et aux opportunités nécessaires à la mobilité sociale et au développement des entreprises. Il s’agit notamment d’assurer un accès équitable aux ressources productives, à des services financiers complets, aux infrastructures, à la technologie et à l’innovation. Le plan vise à réduire les disparités et les inégalités entre les genres tout en encourageant la modernisation des institutions pour répondre aux besoins divers des femmes (UNDP, 2020[52]). |
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France |
Depuis 2013, le CMF (Cluster Maritime France) dispose d’un programme dédié, Cap sur l’Égalité Professionnelle, qui vise à favoriser l’égalité dans la filière maritime française et à encourager davantage de femmes à y participer en mettant en commun les meilleures pratiques, en éliminant les obstacles et en luttant contre les violences sexuelles et fondées sur le genre dans le secteur. Les trois principales actions sont les suivantes : 1) des enquêtes détaillées ; 2) la production d’informations sur les bonnes pratiques dans le secteur ; et 3) la promotion du secteur par le biais de programmes tels que Les Elles de l’Océan, une manifestation annuelle visant à sensibiliser les jeunes filles aux métiers de la mer (Cluster Maritime Francais, 2024[53]). |
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Irlande |
La stratégie nationale Vision alimentaire 2030 vise à faciliter la transition vers des systèmes alimentaires durables, et englobe le secteur de la pêche et de l’aquaculture. Elle défend plus précisément un rôle accru des femmes dans ce secteur et propose la création de réseaux et de systèmes d’appui pour les femmes actives dans l’agriculture, la pêche et l’entrepreneuriat rural en Irlande. En outre, la stratégie souligne la nécessité de mettre à jour en permanence les programmes d’éducation et de formation afin de les adapter à l’évolution des besoins du secteur, en soulignant l’importance des possibilités d’apprentissage mutuel et d’apprentissage tout au long de la vie. Elle vise aussi à promouvoir la présence des femmes dans l’agriculture et à publier des données ventilées par genre sur la mise en œuvre des politiques. |
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Japon |
L’article 28 de la loi fondamentale sur la pêche (Promotion de la participation des femmes au secteur de la pêche) stipule que l’État, reconnaissant l’importance de l’activité des hommes et des femmes, doit garantir l’égalité des chances afin qu’ils participent à toutes les activités en tant que membres à part entière de la société. La loi rend obligatoire l’évaluation équitable du rôle des femmes dans le secteur de la pêche et préconise l’amélioration du milieu afin de faciliter leur participation volontaire à la pêche et aux activités connexes (Government of Japan, 2001[54] ; FAO, 2022[29]). |
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Corée |
La loi de soutien aux femmes dans les secteurs de l’agriculture et de la pêche vise à contribuer au développement de l’agriculture et de la pêche dans les collectivités rurales en favorisant activement la protection et les droits des femmes dans ces secteurs, notamment en améliorant leur statut et leur protection au moment de la maternité. Certaines dispositions de cette loi prévoient la réalisation de travaux de recherche sur les conditions de travail, l’amélioration de l’encadrement, un appui administratif aux organisations de femmes et la création de structures (Government of Korea, 2015[55] ; FAO, 2022[29]). |
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Norvège |
Alimentation, population et environnement : le Plan d’action du gouvernement pour des systèmes alimentaires durables dans le contexte de la politique étrangère et de développement de la Norvège souligne le rôle essentiel des femmes dans les systèmes alimentaires, notamment dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture. Ce plan vise à renforcer la présence des femmes dans l’ensemble des activités commerciales (y compris la pêche et l’aquaculture), notamment fournir une aide à la création de start-ups aux femmes entrepreneures, favoriser la mise en place de groupes de femmes au sein du secteur de la pêche et de l’aquaculture et améliorer l’accès des femmes actives dans ce secteur aux prêts et au crédit (Norwegian Ministries, 2019[56]). |
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La Norvège applique un dispositif appelé Recruitment Quota Bonus, en vertu duquel les quotas sont répartis de manière égale entre les hommes et les femmes. Toutefois, l’âge limite est de 30 ans pour les hommes et de 40 ans pour les femmes. En outre, en 2024, le gouvernement norvégien a lancé 12 projets d’une valeur approximative de 20 000 EUR pour promouvoir l’égalité des genres dans le secteur. Si les projets ciblent à la fois les hommes et les femmes, l’objectif premier est d’accroître le nombre de femmes dans le secteur de la pêche. Ils prévoient notamment des subventions aux organisations non gouvernementales afin de créer des possibilités de coopération pour les femmes du secteur et d’améliorer le recrutement. |
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Espagne |
En 2010, le Secrétaire général de la pêche a mis sur pied le Réseau espagnol des femmes dans le secteur de la pêche, appelé Red Española de Mujeres en el Sector Pesquero. Le réseau vise à promouvoir le rôle des femmes dans le secteur de la pêche et à faire progresser l’égalité entre les genres. Il comprend des activités telles que l’organisation de congrès au niveau national, le suivi des progrès, l’échange d’idées et la mise en commun des meilleures pratiques (Herrera-Racionero et al., 2021 ; MAPYA, s.d.). |
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Viet Nam |
Le décret portant élaboration de certains articles de la loi sur l’aide aux petites et moyennes entreprises contient des mesures assorties de dispositions spéciales pour les femmes, notamment celles qui travaillent dans l’aquaculture. Ces dispositions donnent la priorité aux petites et moyennes entreprises (PME) détenues par des femmes ; aux PME employant un grand nombre de femmes ; et aux PME qui sont des entreprises sociales, comme le prévoit la loi dans des secteurs tels que l’agriculture, la sylviculture, l’aquaculture et l’industrie. En outre, le décret exonère de droits de scolarité les salariés des PME, des PME détenues par des femmes, des PME employant un grand nombre de femmes et des PME qui sont des entreprises sociales, lorsqu’ils suivent des formations à la gestion d’entreprise (Government of Viet Nam, 2021[57]). |
8.3.2. Le manque de données ventilées empêche de mieux intégrer la problématique du genre dans les politiques du secteur de la pêche et de l’aquaculture
L’intégration de la problématique du genre, ainsi que d’autres approches visant à prendre en compte cette dimension dans le processus d’élaboration des politiques, reposent sur la nécessité de disposer de données de qualité actualisées et ventilées par genre pour éclairer leur utilisation et leur mise en œuvre et évaluer leur efficacité. Nous avons besoin de données qui prennent en considération des facteurs tels que l’origine ethnique, l’âge, le genre et la situation socioéconomique, ainsi que leur interaction et leur influence sur l’accès aux politiques, pour comprendre les questions liées au genre, réfléchir à des solutions, définir des objectifs stratégiques pour élaborer des politiques publiques qui tiennent compte des disparités entre les genres et répondent aux besoins de tous les citoyens, et assurer le suivi des progrès (OECD, 2024[1] ; OECD, 2023[10]). Le manque de données ventilées par genre constitue donc un obstacle de taille à l'intégration plus poussée de la problématique du genre dans l’élaboration des politiques relatives au secteur de la pêche et de l’aquaculture.
Des données ventilées par genre sont en outre nécessaires pour mettre efficacement en œuvre différentes approches, comme l’intégration de la problématique du genre, à la bonne échelle géographique. Compte tenu de la diversité des rôles dévolus aux femmes et aux hommes et des normes culturelles dans les différentes régions, il ne semble pas approprié d’appliquer un modèle universel pour promouvoir l’inclusion des femmes dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture, et il importe de reconnaître ces complexités au moment de concevoir des stratégies inclusives.
En outre, recueillir des données sur les effets de la dégradation des océans sur la santé, le bien-être et les possibilités d’emploi des femmes, en mettant l’accent sur les plus vulnérables et en tenant compte de l’intersectionnalité, serait utile pour mieux comprendre la situation des femmes dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture. Ces données permettraient de mieux appréhender les difficultés spécifiques que rencontrent les femmes dans ce secteur et serviraient de base aux mesures prises par les pouvoirs publics pour y remédier efficacement (OCDE, 2021[4]).
Les lacunes dans les données ventilées par genre ne sont pas propres au secteur de la pêche et de l’aquaculture. C’est aussi le cas, par exemple, dans des domaines tels que la protection de l’environnement, où moins de 40 % des données sont ventilées par genre dans les pays membres et non-Membres de l’OCDE (PARIS21, 2023[58] ; OECD, 2024[1] ; OECD, 2019[19]). Des approches communes à l’ensemble des secteurs pourraient contribuer à l’élaboration de méthodes de collecte de données qui soient économes en ressources. Quelques pays, comme l’Espagne, la Finlande et la Suède, ont déjà pris des initiatives ou des engagements explicites pour recueillir des données sur la base du genre ou d’autres caractéristiques (OECD, 2024[1]).
8.4. Que peuvent faire les pouvoirs publics ?
Copier le lien de 8.4. Que peuvent faire les pouvoirs publics ?On manque de données et d’informations ventilées par genre sur le rôle des femmes dans les chaînes de valeur dans le secteur de la pêche, et les données probantes restent rares sur les avantages que le secteur de la pêche et de l’aquaculture et la société en général pourraient retirer d’une présence accrue des femmes. C’est notamment le cas dans les pays membres de l’OCDE, les travaux publiés étant généralement axés sur la pêche artisanale dans les économies émergentes et en développement (Freeman et Svels, 2022[59] ; NOAA, 2020[60]). Le fait que, dans de nombreux endroits, les femmes jouent aussi un rôle crucial dans l’aquaculture et au sein de grandes entreprises d’aliments d’origine marine reste peu documenté (Liontakis et al., 2020[61]).
Ce déficit général d’informations est problématique pour les responsables de l’action publique qui cherchent à favoriser l’égalité et l’équité entre les genres dans le secteur. C’est pourquoi de nouvelles recherches et analyses sont clairement nécessaires pour mieux comprendre les problèmes rencontrés et mettre efficacement en œuvre une approche d’intégration de la problématique du genre. Les questions clés que les responsables de l’action publique devraient se poser sont notamment les suivantes :
Comment combler le manque de données sur les questions liées au genre dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture ?
Quelles sont les répercussions plus générales du manque d’égalité et d’équité entre les genres sur les femmes en tant que consommatrices de produits halieutiques et aquacoles et utilisatrices d’autres services écosystémiques marins ?
Quelles approches se sont avérées efficaces pour favoriser l’égalité et l’équité entre les genres dans les politiques du secteur de la pêche et de l’aquaculture ?
Références
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Notes
Copier le lien de Notes← 1. L’égalité entre les genres garantit les mêmes droits et les mêmes chances à tous les genres tandis que l’équité entre les genres vise à assurer un traitement juste et impartial sur la base des besoins propres à chaque genre (FAO, 2009[62]).
← 2. Pour les 41 pays et territoires couverts par le rapport, le sexe n’est mentionné dans l’ensemble de données OCDE-FAO sur l’emploi que pour 32 % des aquaculteurs, 64 % des pêcheurs et 7 % des transformateurs de produits halieutiques et aquacoles. Dans les autres cas, le sexe n’est pas indiqué.
← 3. Pour les pays membres de l’OCDE, le sexe était précisé dans l’ensemble de données OCDE-FAO sur l’emploi pour 62 % des aquaculteurs, 34 % des pêcheurs et 37 % des transformateurs de produits halieutiques et aquacoles.
← 4. Les travaux publiés montrent aussi que les femmes prennent souvent des initiatives visant à diversifier les sources de revenu pour subvenir aux besoins de la famille, en particulier lorsque les recettes de la pêche primaire sont menacées. Cette diversification comprend des activités telles que la vente directe, la transformation des produits halieutiques et aquacoles en des produits à plus forte valeur ajoutée, le tourisme de la pêche et la prestation de services touristiques comme des restaurants et des chambres d’hôtes (Liontakis et al., 2020[61] ; Frangoudes et al., 2008[63]).
← 5. Sur la base du Cadre d’action de l’OCDE pour une gouvernance publique intégrant la problématique femmes-hommes (OCDE, 2021[4]), l’OCDE a élaboré en 2023 une Boîte à outils pour l’intégration et la mise en œuvre de l’égalité des genres afin de fournir aux responsables de l’action publique des orientations pour atteindre ces objectifs (OECD, 2013[15]). On trouvera de plus amples informations dans le Rapport de l’OCDE « Agir ensemble pour l’égalité des genres » et le Rapport de l’OCDE Fast Forward to Gender Equality.
← 6. Les accords internationaux et les accords régionaux et bilatéraux comme ceux de l’Union européenne et de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est ont été exclus pour éviter un double comptage.