L’édition 2025 de l’Examen de l’OCDE sur les pêches paraît à un moment critique pour la politique internationale dans le domaine de la pêche. Cette année 2025, en effet, est aussi celle de la troisième Conférence des Nations Unies sur l’Océan, qui aura lieu à Nice (France), et celle de la poursuite des négociations, au sein de l’Organisation mondiale du commerce, quant aux disciplines visant à éliminer les subventions à la pêche qui s’avèrent préjudiciables pour l’environnement. Aujourd’hui plus que jamais, les pays ont besoin d’éléments factuels solides pour agir concrètement en faveur de la durabilité des pêches. L’Examen de l’OCDE sur les pêches 2025 peut justement les leur fournir.
L’Examen comporte en effet des données inédites, réunies à l’échelle des pays, au sujet de la santé des ressources halieutiques, des politiques de gestion des pêches, des aides publiques à la pêche (subventions comprises) et de la tenue générale du secteur. Il propose également des éléments de contexte au sujet de l’adaptation au changement climatique et de son atténuation dans le domaine de la pêche, ainsi qu’une première approche des problématiques de genre dans le secteur.
Il ressort de l’Examen de cette année que la durabilité des ressources halieutiques demeure un objectif difficile à atteindre. Si les stocks faisant l’objet d’évaluations scientifiques sont, pour la majeure partie d’entre eux (81 %), en bonne santé, beaucoup ne sont pas suffisamment abondants pour atteindre une productivité optimale (41 %). En d’autres termes, sous réserve d’une gestion optimale, la pêche pourrait contribuer davantage à la subsistance des collectivités côtières et aux systèmes alimentaires locaux et mondiaux. D’autre part, le socle de connaissances nécessaire à une gestion durable des stocks demeure trop faible dans certains pays. Afin que l’on puisse s’affranchir de ces limites, l’Examen comporte des propositions concrètes d’investissement en faveur du renforcement de ce socle de connaissances et d’une meilleure réglementation de la pêche.
Il ressort par ailleurs du présent rapport qu’il serait possible d’employer l’argent public à meilleur escient pour soutenir le secteur et améliorer sa résilience face aux chocs, notamment ceux provoqués par le changement climatique. Environ 10 milliards USD de soutien public ont été consacrés chaque année à la pêche dans les pays et territoires considérés entre 2020 et 2022, soit un peu plus de 10 % de la valeur des débarquements. Cependant, 65 % de ce soutien est apporté au titre de mesures qui risquent d’encourager la pêche non durable en l’absence d’une gestion efficace des pêches. En outre, ces mesures peuvent se révéler préjudiciables pour les pêcheurs auxquels les autorités souhaitent venir en aide. En d’autres termes, les pouvoirs publics ne manquent pas de possibilités d’améliorer leur soutien au secteur et aux populations qui en dépendent, tout en protégeant mieux les écosystèmes marins, moyennant une réaffectation et un meilleur ciblage des aides. L’Examen leur offre également un cadre à utiliser pour identifier les politiques à réformer en priorité.
Des réformes sont d’ores et déjà en cours. Le bilan des risques induits par le soutien public s’est nettement amélioré depuis 2010, à la faveur d’un net recul des mesures de soutien les plus problématiques (subventions des carburants, p. ex.) au profit de mesures présentant un risque moins direct (soutien au revenu, p. ex.). Les Membres de l’OCDE ont sensiblement accru les dépenses affectées à la gestion, au suivi, au contrôle et à la surveillance des pêches, qui sont indispensables tant pour améliorer la santé des stocks que pour maîtriser les risques présentés par d’autres types de mesures de soutien. Cette évolution positive des moyens financiers consacrés à la gestion des pêches pourrait bien, d’autre part, aider les pays à relever les défis du changement climatique, qui a déjà des conséquences notables sur les pêcheurs et les ressources halieutiques.
En 2025, les pays ont une occasion unique de tirer parti des processus internationaux pour bâtir un avenir durable et résilient tant pour leur secteur de la pêche que pour les écosystèmes marins. Il leur faudra cependant coordonner leur action afin de ne pas laisser passer cette occasion. La présente édition de l’Examen présente des données, des éléments factuels et des recommandations dont les responsables de l’action publique peuvent se servir pour accélérer et amplifier les réformes propres à rendre la pêche mondiale durable et résiliente.