Les systèmes d’IA deviennent de plus en plus puissants, et à un rythme rapide. De récents incidents ont mis en lumière des risques émergents, et des appels ont été lancés, y compris par certains développeurs d’IA de pointe, en faveur d’une coopération entre gouvernements sur des normes communes et le partage d’informations.
L’IA offre un potentiel considérable pour la productivité, la science et la société. Et coopérer au-delà des frontières ne signifie pas ralentir l’innovation. Il s’agit plutôt de renforcer la confiance dans la fiabilité et la sécurité de ces systèmes afin d’en exploiter pleinement les bénéfices.
La question est donc de savoir comment les pouvoirs publics, les entreprises et la communauté scientifique peuvent travailler ensemble pour faire progresser simultanément l’innovation et la confiance. Inutile de repartir de zéro : nombre des outils pratiques et des normes nécessaires existent déjà à l’OCDE.
Ces outils ont notamment été conçus pour renforcer l’interopérabilité entre juridictions grâce à des définitions communes, des cadres de déclaration partagés, des données comparables et des approches cohérentes de gestion des risques. Cette base devient de plus en plus précieuse à mesure que les pays cherchent à coopérer face aux opportunités et aux risques associés à l’IA avancée.
S’appuyer sur des principes communs
Le point de départ est constitué par les Principes de l’OCDE sur l’IA. Adoptés en 2019 en tant que premières normes intergouvernementales sur l’IA, puis actualisés en 2024, ils promeuvent une IA innovante et digne de confiance, respectueuse des droits humains et des valeurs démocratiques. Le principe 1.4 est celui qui répond le plus directement aux enjeux actuels de l’IA de pointe. Il préconise que les systèmes d’IA soient robustes et sûrs tout au long de leur cycle de vie, avec des mécanismes permettant de les interrompre, de les réparer ou de les mettre hors service lorsqu’ils se comportent de manière indésirable. L’esprit de cette approche n’a rien de nouveau : les pouvoirs publics ont toujours travaillé avec les parties prenantes afin de rendre les technologies puissantes à la fois sûres et fiables. Ce qui a changé, c’est la vitesse du progrès technologique.
Des principes à la pratique
Au-delà des principes, l’OCDE met à disposition des outils concrets. Pour faciliter leur mise en œuvre, elle propose notamment la Boîte à outils sur les politiques d’IA et un Guide sur le devoir de diligence à l'appui d'une IA responsable. Un cadre commun de signalement des incidents liés à l’IA contribue aux travaux internationaux de normalisation et aux approches réglementaires de déclaration. En parallèle, un Observatoire des incidents et risques liés à l’IA suit les incidents rapportés dans les médias afin d’identifier les tendances émergentes. L’OCDE héberge également le Cadre volontaire de déclaration du Processus d’Hiroshima du G7 sur l’IA, grâce auquel les développeurs et déployeurs de systèmes d’IA peuvent partager leurs pratiques de gestion des risques, renforçant ainsi la transparence et la comparabilité.
L’OCDE joue aussi un rôle de plateforme de dialogue. Le Partenariat mondial sur l’intelligence artificielle (PMIA) réunit gouvernements, entreprises, organisations de la société civile et experts universitaires pour travailler sur des questions pratiques telles que les incidents liés à l’IA, l’IA agentique, la gouvernance des données et la protection de la vie privée, les capacités de calcul et l’investissement. Le Forum mondial sur la technologie offre quant à lui un espace permanent de dialogue sur les risques et les opportunités des technologies émergentes de manière plus générale. Enfin, le Réseau informel d’échange sur les semi-conducteurs aide les gouvernements à développer une compréhension commune des chaînes d’approvisionnement en puces électroniques dont dépend l’IA et à renforcer leur résilience.
Les défis à venir
Ces outils et mécanismes de dialogue ne constituent pas une solution définitive. Ils fournissent toutefois les bases de la coopération qui est aujourd’hui nécessaire : construire un socle commun de connaissances, tirer des enseignements des incidents, comparer les approches de gestion des risques et identifier les domaines dans lesquels des actions supplémentaires sont requises. L’étape suivante consiste à s’appuyer sur ces acquis pour répondre ensemble à des questions plus complexes. Comment préserver l’ouverture qui favorise l’innovation tout en répondant aux préoccupations liées à la sécurité et à la sûreté ? Comment les incidents impliquant des modèles d’IA de pointe doivent-ils être signalés, traités et corrigés ? Et comment les démocraties de plus petite taille, ne disposant pas nécessairement de capacités techniques avancées, peuvent-elles participer pleinement à la transition vers l’IA ?
Aucun pays ne peut répondre seul à ces questions. Il faudra apprendre les uns des autres et élaborer ensemble des solutions pragmatiques. C’est précisément ce type de coopération que l’OCDE a vocation à soutenir : un forum de confiance où les démocraties peuvent travailler collectivement sur des enjeux politiques et pratiques complexes.
Pourquoi la confiance est essentielle à la croissance
Réussir cette transition est crucial, car c’est la confiance qui permet de transformer le potentiel de l’IA en gains économiques réels. Or, ces gains sont loin d’être garantis. Selon les estimations de l’OCDE, l’IA pourrait ajouter entre 0,2 et 1,3 point de pourcentage à la croissance annuelle de la productivité du travail dans les économies du G7 au cours de la prochaine décennie, selon le degré de diffusion de cette technologie. Les travaux de l’OCDE montrent également que les entreprises utilisant l’IA sont plus productives que celles qui ne l’utilisent pas.
Pourtant, son adoption reste limitée. Elle a plus que doublé dans les pays de l’OCDE entre 2023 et 2025, mais en 2025, seuls 20 % des entreprises comptant au moins dix salariés utilisaient l’IA. L’adoption varie également fortement selon les secteurs. Elle est la plus élevée dans les technologies de l’information et de la communication (57 %) ainsi que dans les activités professionnelles, scientifiques et techniques (37 %), mais demeure nettement plus faible dans l’industrie manufacturière (19 %) et dans l’hébergement-restauration (12 %). L’écart entre les grandes et les petites entreprises reste également marqué. L’adoption de l’IA par les petites entreprises progresse rapidement, mais en 2025 elle n’atteignait encore que 17 %, soit environ un tiers du niveau observé dans les grandes entreprises.
Réduire ces écarts suppose d’aider les entreprises comme les administrations publiques à adopter l’IA de manière efficace. Cela nécessite des investissements dans les infrastructures à haut débit, les capacités de calcul, l’accès aux données et le développement des compétences. Cela implique également de démontrer aux entreprises, aux pouvoirs publics et aux citoyens que les systèmes d’IA sont fiables, robustes et capables de produire des résultats exacts et dignes de confiance.
La coopération internationale ne peut être une réflexion après coup. Elle ne doit pas non plus être perçue comme un synonyme d’immobilisme. C’est ainsi que se construit la confiance nécessaire pour avancer plus vite, diffuser plus largement les bénéfices de l’IA et permettre aux économies comme aux sociétés de prospérer grâce à l’IA.