Ce chapitre donne un aperçu et une description de la situation actuelle du marché pour les racines et tubercules (manioc, pomme de terre, igname, patate douce et taro), les légumineuses (petits pois, fèves, pois chiches et lentilles), ainsi que pour la banane et les principaux fruits tropicaux (mangue, mangoustan et goyave, ananas, avocat et papaye). Il présente par ailleurs les projections à moyen terme (2025-34) pour la production, la consommation et le commerce de ces produits et décrit les principaux facteurs qui les sous‑tendent.
Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2025‑2034
10. Autres produits
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10.1. Racines et tubercules
Copier le lien de 10.1. Racines et tubercules10.1.1. Vue d’ensemble du marché
Les racines et les tubercules sont des plantes qui produisent de l’amidon dérivé soit de leurs racines (comme pour le manioc, la patate douce et l’igname), soit de leurs tiges (comme pour la pomme de terre et le taro). Ces produits sont principalement destinés à l’alimentation humaine (en l’état ou après transformation) et, comme la plupart des autres cultures de base, ils peuvent également être utilisés pour nourrir les animaux ou pour produire notamment de la fécule, de l’éthanol ou des boissons fermentées. À moins d’être transformés, ils se gâtent très vite une fois récoltés du fait de leur faible teneur en matière sèche (de 20 % à 40 %). Cela limite leurs possibilités de commercialisation et de stockage, aussi les racines et les tubercules sont-ils des produits pour lesquels les pertes et le gaspillage alimentaires sont particulièrement importants.
Dans la famille des racines et des tubercules, la production mondiale est dominée par la pomme de terre, suivie de loin par le manioc. La pomme de terre est la quatrième culture vivrière la plus importante après le maïs, le blé et le riz. Elle est plus riche en calories, pousse plus rapidement et plus densément, et peut être cultivée sous des climats variés. Cependant, la production de pommes de terre – qui constitue l’essentiel du secteur des racines et des tubercules dans les pays à revenu élevé – est restée stagnante au cours de la dernière décennie, son taux de croissance se situant nettement en deçà de celui de la population.
La production de manioc croît trois fois plus vite que celle de pommes de terre et à un rythme environ une fois et demie plus rapide que la population. Implantée principalement sous les tropiques et dans certaines des régions les plus pauvres du globe, elle a quasiment doublé en vingt ans. Autrefois considéré comme une culture de subsistance, le manioc est aujourd’hui perçu comme un produit agricole essentiel pour la création de valeur, le développement rural et la réduction de la pauvreté, la sécurité alimentaire et énergétique, ainsi qu’en raison des importants avantages macroéconomiques qu’il procure. Ces considérations expliquent la rapide commercialisation de ce produit et les investissements considérables réalisés pour développer l’activité de transformation, avec pour résultat une expansion substantielle de la production mondiale.
10.1.2. Situation actuelle du marché
Les régions qui ont produit le plus de racines et de tubercules au cours de la période de référence sont l’Asie (118 Mt) et l’Afrique (97 Mt). Les racines constituent un aliment de base important en Afrique subsaharienne. À l’échelle mondiale, quelque 143 Mt sont utilisées pour l’alimentation humaine, 44 Mt pour l’alimentation animale et 22 Mt pour d’autres usages, dont principalement la fabrication de biocarburant et de fécule. Du fait de leur caractère périssable, qui empêche leur commercialisation internationale à grande échelle à l’état frais, ces produits sont généralement destinés à la consommation intérieure. Environ 20 Mt sont aujourd’hui commercialisées à l’étranger, principalement sous forme déshydratée ou de produit transformé. La Thaïlande en est le principal exportateur, loin devant le Viet Nam, et la République populaire de Chine (ci-après « la Chine ») le premier importateur.
La production mondiale de racines et tubercules a atteint 265 Mt (matière sèche) au cours de la période de référence (2022-24). Elle a augmenté d’environ 7 Mt par an au cours des dernières années et est principalement destinée à l’alimentation humaine. Les prix des racines et tubercules (dont la valeur unitaire des exportations de manioc de la Thaïlande constitue la référence) ont connu une évolution à la baisse en 2024 sous l’effet d’une diminution de la demande. La production et les exportations thaïlandaises ont été affectées par la baisse de la demande en Chine, mais aussi par la sécheresse consécutive au phénomène El Niño et par le virus de la mosaïque du manioc.
10.1.3. Contexte des projections
La production de manioc nécessite peu d’intrants et permet de planifier la récolte avec souplesse, car le produit peut demeurer en terre un certain temps après être arrivé à maturité. Tolérante aux conditions météorologiques extrêmes (dont la sécheresse), cette culture est au cœur des stratégies d’adaptation. Par rapport aux autres produits de base, le manioc se distingue par son prix compétitif et par la diversité de ses usages. La farine de manioc de haute qualité (HQCF) est de plus en plus convoitée par les pays d’Afrique qui la considèrent comme une culture vivrière stratégique aux prix moins volatils que ceux d’autres céréales importées.
L’obligation de la mélanger avec de la farine de blé, par exemple au Nigéria, permet de réduire les volumes d’importation de cette céréale et d’alléger ce faisant le coût des importations de manière à préserver les avoirs en devises. En Asie, la recherche de sécurité énergétique et l’exigence d’incorporation dans l’essence ont entraîné la création de distilleries d’éthanol à base de manioc. Sur le plan commercial, le manioc transformé tire son épingle du jeu sur le marché mondial, notamment face à la fécule de maïs et aux céréales utilisées pour l’alimentation animale.
La pomme de terre est principalement réservée à l’alimentation humaine, où elle occupe une place importante dans les régions à revenu élevé, en particulier en Europe et en Amérique du Nord. La consommation humaine de pommes de terre est très élevée dans ces régions et a peut-être atteint le seuil de saturation, ce qui limite la possibilité pour la consommation de croître plus vite que la population. Les régions à faible revenu impriment cependant un certain élan à la production de pommes de terre au niveau mondial.
La culture mondiale de patate douce a fléchi ces dernières années, du fait principalement d’une nette diminution des superficies cultivées (qui ne semble pas s’atténuer) en Chine, premier producteur mondial. Compte tenu de la viabilité commerciale limitée des autres usages, c’est sur la consommation humaine que repose l’essentiel du potentiel de croissance de la patate douce ainsi que d’autres racines et tubercules moins répandus. Les préférences des consommateurs et les prix jouent par conséquent un rôle déterminant.
10.1.4. Principaux éléments des projections
La production et la consommation mondiales de racines et de tubercules devraient s’accroître d’environ 25 % au cours de la prochaine décennie. Dans les régions défavorisées, la croissance de la production pourrait atteindre 3 % par an, contre un taux annuel de 0.4 % dans les pays à revenu élevé. Au niveau mondial, la superficie des terres cultivées devrait s’accroître de 6 millions d’hectares pour s’établir à 71 millions d’hectares, malgré des évolutions variables selon les régions. Si l’on en croit les projections, elle devrait augmenter dans les pays africains et baisser en Europe et en Amérique. La hausse de la production découlera avant tout des investissements réalisés en Afrique et en Asie pour améliorer les rendements, mais aussi, quoiqu’à un moindre degré, d’une utilisation plus intensive des terres sur le continent africain.
D’ici 2034, la consommation de racines alimentaires par habitant augmentera de 2.6 kg par an à l’échelle mondiale, principalement sous l’influence de l’Afrique subsaharienne, où chaque individu pourrait consommer annuellement jusqu’à 48 kg de racines et tubercules, contre 43 kg aujourd’hui. Bien qu’elle ne représente actuellement que 4 % de la consommation, l’utilisation de ces produits pour la fabrication de biocarburants devrait progresser de 17 % sur les dix prochaines années, sous l’impulsion du secteur chinois des biocarburants. L’alimentation animale et les autres usages industriels se maintiendront à un niveau élevé, enregistrant une croissance d’environ 24 % et 18 % respectivement, au cours de la période couverte par les Perspectives.
Les échanges internationaux de racines et tubercules représentent environ 8 % de la production mondiale de ces cultures. Ce pourcentage devrait rester stable à moyen terme. Les exportations de la Thaïlande et du Viet Nam sont en hausse et devraient se hisser à un total de 19 Mt, principalement pour approvisionner les secteurs chinois de la fécule et des biocarburants, qui sont en pleine expansion.
Après un fléchissement en 2024 en partie dû à un ralentissement de la demande en Chine, les prix des racines et tubercules devraient suivre une tendance similaire à celle des prix des céréales à moyen terme, compte tenu de la substituabilité de ces produits sur les marchés de l’alimentation humaine et animale, ce qui entraînera une hausse en valeur nominale, mais une baisse en valeur réelle.
10.2. Légumineuses
Copier le lien de 10.2. Légumineuses10.2.1. Vue d’ensemble du marché
Les légumineuses sont les graines comestibles de certaines plantes. On en distingue généralement onze types1. Elles sont riches en protéines, fibres alimentaires, vitamines, minéraux, substances phytochimiques et glucides complexes. Outre leur apport calorique, les légumineuses permettent aussi d’améliorer la digestion, de réduire la glycémie, d’atténuer les inflammations, d’abaisser le taux de cholestérol et de diminuer les maladies chroniques telles que le diabète, les maladies cardiaques et l’obésité. Leur niveau de consommation diffère cependant d’une région à l’autre selon les préférences alimentaires et leur disponibilité. Par rapport aux autres cultures, les légumineuses ne contribuent que pour une faible part au gaspillage alimentaire total. Les légumineuses peuvent se conserver sur une longue durée sans que leurs qualités nutritionnelles en soient gâtées ou réduites. Cette particularité contribue à réduire au minimum le risque que leur dégradation aboutisse à un gaspillage alimentaire, ce qui est un précieux atout pour les ménages confrontés à l’insécurité alimentaire.
La culture des légumineuses relève d’une longue tradition dans presque toutes les régions du monde. Depuis des siècles, les légumineuses jouent un rôle fondamental dans les systèmes agricoles traditionnels. Les légumineuses sont essentielles pour améliorer la santé des sols grâce à la fixation biologique de l'azote, à l'augmentation de la matière organique du sol et à la perturbation des cycles de ravageurs et de maladies lorsqu'elles sont utilisées dans des systèmes de rotation ou de culture intercalaire. Ces avantages sont particulièrement importants dans le contexte des petites exploitations, où l'amélioration de la fertilité des sols avec des intrants externes limités est essentielle à la durabilité et à la productivité. Avant 2000, la production mondiale stagnait sous l’effet de la disparition généralisée des systèmes traditionnels de rotation des cultures dans les pays à faible revenu. D’autres facteurs étaient en cause, comme la faible résistance aux maladies due à la diversité génétique réduite des semences, l’accès limité à des variétés à haut rendement et le soutien restreint apporté par les pouvoirs publics aux producteurs. Le secteur a commencé à se redynamiser au début des années 2000 et connaît depuis une croissance annuelle moyenne d’environ 3 % à l’échelle mondiale, dominée par l’Asie et l’Afrique. Ensemble, ces deux régions ont totalisé plus des deux tiers de la hausse de la production (+22 Mt) au cours de la précédente décennie.
La consommation mondiale de légumineuses par habitant a commencé à diminuer dans les années 60 (Graphique 10.2), sous l’effet d’une hausse des prix due à la faible progression des rendements. La croissance des revenus et l’urbanisation ont conduit à une modification des préférences, les consommateurs se tournant vers une alimentation plus riche en protéines animales, en sucre et en matières grasses. Malgré cela, les légumineuses demeurent une importante source de protéines dans les pays à faible revenu et la consommation mondiale par habitant s’est accrue pour atteindre quelque 7 kg/an à l’heure actuelle. Cette progression s’explique principalement par la hausse des revenus dans les pays où ces produits constituent une importante source de protéines, particulièrement en Inde, où environ 20 % à 40 % de la population est végétarienne, mais aussi en Éthiopie, pays dont la consommation de légumineuses par habitant atteint le niveau le plus élevé.
Les légumineuses peuvent être transformées et utilisées sous différentes formes : entières, décortiquées, en farine et en isolats en fonction de leurs composants (protéines, amidon et fibres). La farine et les isolats sont employés dans des secteurs comme les préparations à base de viande et les en-cas, la boulangerie et les boissons, et la pâte et la chapelure.
10.2.2. Situation actuelle du marché
De loin le plus gros producteur de légumineuses, l’Inde a compté pour environ 29 % de la production mondiale au cours de la période de référence. Viennent ensuite le Canada, la Chine et l’Union européenne, avec près de 5 % de la production mondiale. Le marché asiatique représente 51 % de la consommation totale, mais seulement quelque 44 % de la production, ce qui en fait la principale destination des importations. Environ 20 % de la production mondiale est exportée ; le Canada arrive nettement en tête dans le classement des exportateurs (24 % des échanges internationaux) tandis que la Chine est le plus gros importateur (13 % du commerce mondial). L’Afrique a encore augmenté sa production et sa consommation au cours des dix dernières années et demeure largement autosuffisante.
En 2024, la consommation mondiale de légumineuses a atteint un volume de 101 Mt après une croissance moyenne de 2 % par an au cours de la précédente décennie, sous l’impulsion de l’Asie et de l’Afrique. Le commerce international est monté à 20.7 Mt, soit 1.5 Mt de plus qu’en 2023. Cette croissance a été alimentée par les augmentations de la production et des exportations canadiennes en 2024, de bons rendements et des conditions propices ayant augmenté les rendements et la superficie récoltée. La plupart des exportations canadiennes ont été destinées à l’Inde, qui a provisoirement levé les restrictions à l’importation de légumineuses afin de maîtriser l’inflation des prix alimentaires. Les prix internationaux des légumineuses (dont la référence est le pois sec canadien) ont continué à baisser par rapport à leur niveau record de 2021, pour tomber à 276 USD/t en 2024.
10.2.3. Contexte des projections
Les légumineuses présentent divers bienfaits et se substituent avantageusement à la viande du fait de leur teneur élevée en protéines. Aussi les consommateurs soucieux de leur santé et de l’environnement les intègrent-ils de plus en plus dans leur alimentation quotidienne, ce qui se traduit par la croissance du marché de ces produits à l’échelle mondiale. L’urbanisation rapide, le changement des modes de vie et les rythmes de travail frénétiques conduisent la population active à se tourner vers une restauration rapide bonne pour la santé, et les légumineuses sont des ingrédients de plus en plus couramment utilisés dans les aliments prêts à consommer.
Les bienfaits pour la santé et pour l’environnement attribués aux légumineuses poussent les gouvernements des pays producteurs à venir en aide aux agriculteurs, contribuant ainsi au développement de ce marché. Le soutien à la production de légumineuses constitue un volet important de la stratégie de l’Union européenne en faveur des protéagineux, où ces produits comptent parmi les principaux ingrédients de préparations telles que les substituts de viande. Selon l’évolution future de la demande de ce type de produits, les légumineuses pourraient voir leur part gagner sensiblement en importance dans la production agricole.
10.2.4. Principaux éléments des projections
Les légumineuses devraient regagner en importance dans les régimes alimentaires de nombreuses régions du monde. La présente édition des Perspectives prévoit une poursuite de cette croissance mondiale et une hausse de la consommation humaine de légumineuses, qui devrait s’établir à 8.6 kg par an et par habitant à l’horizon 2034. La consommation par habitant devrait augmenter dans presque toutes les régions au cours de la prochaine décennie, tout particulièrement en Amérique du Nord (+2.2 % par an) (Graphique 10.2). Cependant, contrairement à d’autres produits de base, la consommation de légumineuses par habitant en Amérique du Nord, qui devrait s’établir à 5.9 kg/personne en 2034, restera nettement inférieure à la moyenne mondiale de 8.6 kg/personne.
L’offre mondiale devrait s’accroître de 26 Mt. Aux alentours de 40 % de cette hausse sera enregistrée en Asie, et particulièrement en Inde, le plus gros producteur mondial. D’après les projections, l’amélioration soutenue des rendements permettra au pays de produire 8 Mt supplémentaires d’ici 2034. L’Inde a introduit des semences hybrides à haut rendement, encouragé la mécanisation et instauré un prix minimum de soutien pour stabiliser les revenus des agriculteurs. De plus, le gouvernement central et certains États fédérés ont inclus les légumineuses dans leurs programmes d’achat, même si leur couverture géographique n’est pas la même que pour le blé et le riz.
Cette augmentation escomptée de l’offre repose sur l’hypothèse que la production de légumineuses va poursuivre son intensification grâce à la hausse des rendements et à une utilisation plus intensive des terres. Environ la moitié de la croissance de la production peut être attribuée à l’intensification de l’utilisation des terres au cours de la période de projection, et l’autre moitié à l’amélioration des rendements. Sur le continent africain en particulier, la combinaison de ces deux facteurs pourrait faire progresser la production de quelque 0.9 Mt par an.
Ces Perspectives partent du principe que la hausse de l’offre sera favorisée par l’association de la culture des légumineuses avec celle des céréales, en particulier en Asie et en Afrique, où les petits producteurs occupent une place importante. L’amélioration prévue des rendements restera inférieure à celle des céréales et des oléagineux, car, dans la plupart des pays, les légumineuses tendent à être laissées de côté par les initiatives de développement de variétés à haut rendement ou d’amélioration des systèmes d’irrigation, tout comme par les mesures de soutien à l’agriculture.
Les échanges internationaux de légumineuses sont passés de 14 Mt à 20 Mt au cours des dix dernières années et devraient atteindre 23 Mt à l’horizon 2034. Le Canada restera le principal exportateur de légumineuses, avec des volumes qui devraient passer de 4.9 Mt aujourd’hui à 5.7 Mt en 2034 ; il sera suivi par l’Australie et la Fédération de Russie (ci-après « la Russie »), avec 2.4 Mt et 1.9 Mt d’exportations respectivement en fin de période.
En valeur nominale, les prix mondiaux des légumineuses devraient continuer à décroître en 2025 avant de connaître une légère hausse sur le reste de la décennie à venir, tandis qu’un fléchissement est attendu en valeur réelle.
10.3. Bananes et principaux fruits tropicaux
Copier le lien de 10.3. Bananes et principaux fruits tropicauxLa banane et les quatre principaux fruits tropicaux – mangue, ananas, avocat et papaye – jouent un rôle essentiel au sein des marchés agricoles, notamment en garantissant l’alimentation et la subsistance des petits exploitants des pays tropicaux. Ces dernières décennies, la hausse des revenus et l’évolution des préférences des consommateurs sur les marchés tant émergents qu’à revenu élevé, mais aussi l’amélioration des transports et de la gestion de la chaîne d’approvisionnement, ont favorisé la croissance rapide des échanges internationaux de ces produits.
La production mondiale de bananes et des principaux fruits tropicaux rapporte environ 122 milliards USD aux producteurs. Bien que seulement 14 % de la production mondiale de bananes et 8 % de celle des principaux fruits tropicaux, environ, soient exportés, ces deux groupes de produits génèrent respectivement des recettes d’exportation situées aux alentours de 11.5 milliards USD et 13.8 milliards USD par an (chiffres provisoires pour 2024). Dans les pays exportateurs, qui sont majoritairement des pays à revenu faible à moyen, les recettes provenant de la production et du commerce de ces produits peuvent représenter une part importante du PIB de l’agriculture, en particulier pour les pays tropicaux d’Amérique latine. En 2022, par exemple, les bananes représentaient environ 17 % du PIB agricole et pesaient pour environ 39 % dans les recettes des exportations agricoles de l’Équateur, tandis que, prises dans leur ensemble, les exportations d’ananas et de bananes ont représenté quelque 40 % des recettes des exportations agricoles au Costa Rica. Le commerce de bananes et des principaux fruits tropicaux peut donc générer d’importantes recettes d’exportation pour les pays producteurs.
10.3.1. Bananes
Situation du marché
Les données préliminaires pour 2024 indiquent que les échanges mondiaux de bananes ont continué de subir les répercussions de la baisse de l’offre due aux intempéries et à la propagation des ravageurs et des maladies des végétaux. L’évolution de la situation a été très variable parmi les principaux partenaires : certains pays exportateurs ont bénéficié de conditions propices tandis que d’autres ont connu des difficultés. La Colombie, l’Inde et le Viet Nam ont fait état d’une hausse de la production au cours des huit premiers mois, grâce à une augmentation des investissements et à des conditions météorologiques favorables. À l’inverse, le Costa Rica, la République dominicaine, l’Équateur, le Guatemala, et le Mexique ont enregistré une baisse de leur offre à l’exportation en raison des intempéries, surtout sous la forme d’un excès de précipitations et de tempêtes tropicales. La propagation des maladies végétales, dont notamment l’épidémie dévastatrice de la fusariose du bananier race tropicale 4 (RT4) survenue aux Philippines, et sa présence alarmante dans la République bolivarienne du Venezuela et au Pérou, est demeurée à l’origine de pertes de production et d’importants coûts financiers liés aux mesures de prévention de la maladie.
Les producteurs ont également dû faire face à des difficultés liées à des taux de change défavorables, la dépréciation du dollar des États-Unis au premier semestre ayant entraîné une baisse des recettes en monnaies locales, alourdissant des coûts de production déjà élevés. Le haut niveau des taux d’intérêt a accru les pressions exercées sur l’activité économique des marchés intérieurs comme des marchés importateurs. La demande d’importation de bananes est restée stable sur les marchés développés, les bananes tirant parti de leur prix abordable dans un contexte d’inflation. Les valeurs unitaires moyennes des importations ont toutefois diminué en 2024 : elles ont enregistré des baisses de 2 % dans l’Union européenne et de 23 % aux États-Unis, à rebours des hausses de prix des deux années précédentes, et elles ont intensifié la pression sur l’ensemble de la filière. Les perspectives demeurent difficiles pour le secteur, car la faiblesse des marges compromet la capacité des producteurs à faire face aux coûts élevés et aux risques environnementaux auxquels ils sont confrontés.
Principaux éléments des projections
Si tant est que les conditions météorologiques demeurent normales et que les maladies du bananier ne se propagent pas davantage, la production mondiale de bananes devrait atteindre 166 Mt à l’horizon 2034, contre 139 Mt au cours de la période de référence. Vu la saturation croissante de la demande par habitant dans la plupart des régions, l’augmentation de la production et de la consommation mondiales devrait essentiellement reposer sur leur dynamisme démographique. Compte tenu du ralentissement de la croissance démographique mondiale, les projections de référence actuelles indiquent que la production et la consommation mondiales de bananes vont connaître une progression modérée de 1.4 % par an au cours de la période couverte par les Perspectives. Parallèlement, dans certaines économies émergentes – en Inde et en Chine, surtout – la hausse des revenus devrait favoriser une évolution du rapport à la santé et à l’alimentation et maintenir une progression de la demande supérieure à la croissance démographique. L’Asie devrait donc demeurer la principale région productrice avec tout juste plus de 50 % des quantités mondiales, l’Inde atteignant d’après les projections un volume de production de 45 Mt et une consommation annuelle par habitant de 28.1 kg à l’horizon 2034, contre 24.9 kg au cours de la période de référence.
Dans la principale région d’exportation, l’Amérique latine et les Caraïbes, la production devrait croitre de 0.8% par an pour atteindre 37 Mt en 2034, grâce à la demande croissante des principaux marchés d’importation, dont au premier chef l’Union européenne et les États-Unis. Les pressions inflationnistes étant probablement amenées à perdurer en 2025, voire au-delà, la demande de bananes sera vraisemblablement favorisée par leur coût relativement abordable. Les principaux pays exportateurs de cette région – Équateur, Guatemala, Colombie et Costa Rica – bénéficieront vraisemblablement de cet essor, sous réserve qu’ils puissent protéger leur production des effets néfastes des maladies et des phénomènes météorologiques imprévisibles. L’augmentation de la demande dans l’Union européenne et au Royaume-Uni devrait quant à elle profiter aux exportations en provenance d’Afrique, qui devraient croître de 1.9 % par an au cours de la période de projection, tirées par la Côte d’Ivoire, pour s’établir aux alentours de 0.7 Mt en 2034. La hausse de la demande d’importations de la Chine, où la croissance de la production intérieure devrait rester relativement faible, sera vraisemblablement un facteur supplémentaire de croissance de la production en Amérique latine et dans les Caraïbes, et surtout parmi les nouveaux fournisseurs asiatiques, le Viet Nam et la République démocratique populaire lao, dont les exportations conjointes pourraient s’élever à environ 0.9 Mt d’ici 2034. Dans ce contexte, les exportations mondiales de bananes devraient atteindre quelque 21.8 Mt à l’horizon 2034.
10.3.2. Mangue, mangoustan et goyave
Situation du marché
Les exportations mondiales de mangues, mangoustans et goyaves2 ont atteint environ 2.5 Mt en 2024, soit une hausse de 3 % par rapport à l’année précédente. Cette évolution s’explique principalement par l’augmentation des exportations thaïlandaises de mangoustans au premier semestre, ainsi que de celles de mangues en provenance de nouveaux pays producteurs, en l’occurrence l’Équateur et l’Égypte. Pour ce qui est des exportations mondiales par produit, les mangues ont représenté environ 85 % des expéditions, contre quelque 15 % pour les mangoustans. La goyave a continué d’afficher une disponibilité statistiquement négligeable sur les marchés d’importation, du fait principalement de sa moindre aptitude au transport.
Les importations mondiales de mangues, mangoustans et goyaves frais ont augmenté de 4 % pour atteindre 2.4 Mt en 2024. Les États-Unis et l’Union européenne demeurent les deux premiers importateurs à l’échelle mondiale, avec des parts estimées à environ 24 % et 14 %, respectivement. Sur ces deux marchés, la demande de mangues est d’après certaines sources restée soutenue, à la faveur d’une plus grande prise de conscience nutritionnelle des bienfaits présumés de ces fruits pour la santé. Toutefois, la croissance des importations aux États-Unis a été entravée par la faible disponibilité des approvisionnements en provenance du Mexique, tandis que les exportations à destination de l’Union européenne se sont heurtées à d’importantes difficultés logistiques, dont la pénurie de moyens de transport maritime et le coût élevé du fret aérien. Dans l’ensemble, les importations des États-Unis ont diminué d’environ 1 % en 2024 et ont représenté environ 0.56 Mt. Les importations de l’Union européenne ont quant à elles chuté de 15 % en 2024, pour s’établir aux alentours de 0.34 Mt. Sur les deux marchés, la baisse de l’offre face à une demande sans entraves a entraîné une forte hausse des valeurs unitaires au stade de l’importation. Dans le même temps, les importations de la Chine, troisième importateur mondial de mangues, mangoustans et goyaves ces dernières années, ont augmenté de 16 % en 2024, pour atteindre environ 0.34 Mt.
Principaux éléments des projections
La production mondiale de mangues, mangoustans et goyaves devrait connaître une augmentation annuelle de 2.8 % au cours de la décennie à venir, pour atteindre 86 Mt d’ici 2034, contre 62 Mt au cours de la période de référence. La croissance de la production de mangues sera essentiellement dictée par une hausse de la demande liée à la progression des revenus dans les pays producteurs, ainsi que par la croissance démographique. L’Asie, d’où sont originaires la mangue et le mangoustan, continuera de représenter quelque 70 % de la production mondiale en 2034. Cela s’expliquera principalement par une forte augmentation de la demande intérieure en Inde, le premier producteur et consommateur mondial de mangues, sous l’effet de la hausse des revenus et des modifications des préférences alimentaires qui s’ensuivront. En Inde, la production de mangues, pour une large part destinée aux marchés informels locaux, devrait représenter aux alentours de 36 Mt en 2034, soit 42 % de la production mondiale. Ce pays devrait enregistrer une hausse de la consommation par habitant de 1.2 % par an au cours de la période couverte par les Perspectives, pour s’établir à 23.1 kg en 2034, contre 18.5 kg au cours de la période de référence, tandis que la consommation moyenne par habitant sur le continent asiatique devrait atteindre 13.6 kg en 2034, contre 10.6 kg pendant la période de référence. Au Mexique et en Thaïlande, premiers pays exportateurs, la hausse de la production répondra au contraire à l’augmentation de la demande d’importations à l’échelle mondiale. À l’horizon 2034, la part de la production destinée à être exportée devrait atteindre 18 % au Mexique et 29 % en Thaïlande. Cependant, avec des volumes de production prévus de 3.3 Mt et 1.7 Mt, respectivement, ces deux pays ne représenteront qu’une part relativement faible de la production mondiale en 2034.
Les exportations mondiales de mangues, mangoustans et goyaves devraient se monter à 3.3 Mt en 2034, contre 2.4 Mt au cours de la période de référence, grâce à une augmentation des achats aux États-Unis, en Chine et dans l’Union européenne. Le Mexique, le principal fournisseur de mangues, devrait bénéficier de l’essor de la demande d’importation sur son marché le plus important, celui des États-Unis, sous réserve que ce pays n’impose pas de droits de douane sur les mangues en provenance du Mexique. Dans cette hypothèse, le Mexique détiendrait en 2034 une part de 20 % dans les exportations mondiales. Les expéditions thaïlandaises, presque exclusivement composées de mangoustans, répondront principalement à une hausse de la demande d’importation en Chine, tandis que celles du Pérou et du Brésil seront essentiellement constituées de mangues à destination de l’Union européenne. La Thaïlande devrait s’arroger une part de 16 % dans les exportations mondiales en 2034, alors que le Brésil et le Pérou devraient en représenter environ 12 % et 7 %, respectivement. La Chine, où la consommation de mangues, mangoustans et goyaves s’est établie à 2.8 kg par habitant au cours de la période de référence, ce qui est relativement faible par rapport aux autres pays asiatiques, devrait voir ses importations croître de 4 % par an pour atteindre 0.7 Mt en 2034. Cette progression sera surtout due à la forte hausse de la demande de mangoustans induite par l’augmentation des revenus, la production intérieure devant rester faible en Chine.
10.3.3. Ananas
Situation du marché
Les données préliminaires indiquent que les exportations mondiales d’ananas ont augmenté d’environ 4 % en 2024, pour atteindre 3.3 Mt, sous l’impulsion principalement d’une hausse des volumes en provenance du Costa Rica et des Philippines, principaux pays exportateurs avec des parts de marché d’environ 65 % et 21 %, respectivement. Les exportations du Costa Rica ont par conséquent progressé de quelque 3 % en 2024, pour atteindre environ 2.1 Mt. Pour ce qui est des principaux pays de destination, les expéditions d’ananas du Costa Rica sont restées presque exclusivement destinées aux marchés des États-Unis et de l’Union européenne, dont d’après certaines sources la demande demeure soutenue.
Les données préliminaires indiquent que les importations mondiales d’ananas ont progressé d’environ 5 % en 2024 pour atteindre approximativement 3.1 Mt. D’après les informations fournies par la filière, la demande est restée forte aux États‑Unis comme au sein de l’Union européenne. Les approvisionnements en provenance du Costa Rica, premier fournisseur mondial, ont augmenté pour la deuxième année consécutive, mais n’ont pas, d’après certaines sources au sein de la filière, été suffisants pour répondre pleinement à la demande en 2024, en particulier au sein de l’Union européenne, ce qui a entraîné une hausse des valeurs unitaires indicatives moyennes des importations des deux principales destinations.
Grâce à la relative stabilité des ventes dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration, les importations des États-Unis ont progressé d’environ 4 % en 2024, pour atteindre 1.2 Mt. Les importations de l’Union européenne, deuxième principal importateur, ont également enregistré une hausse aux alentours de 4 % pour s’élever à un niveau avoisinant 0.8 Mt, volume qui reste de près de 10 % inférieur à leur moyenne au cours des cinq années antérieures. Les estimations portent à croire que les États-Unis ont absorbé en 2024 environ 39 % des exportations, contre 26 % pour l’Union européenne.
Principaux éléments des projections
Au cours de la prochaine décennie, la production mondiale d’ananas devrait croître de 1.2 % par an, à la faveur d’une expansion de 0.6 % par an de la superficie récoltée, pour atteindre 37 Mt en 2034, contre 30 Mt pendant la période de référence. L’Asie devrait conserver la première place par le volume de production, concentrant environ 44 % du total mondial, avec une offre importante aux Philippines, en Indonésie, en Chine, en Inde et en Thaïlande. En Asie, la production d’ananas continuera à satisfaire principalement la demande intérieure et devrait augmenter fortement sous l’effet de l’évolution démographique et de la croissance des revenus, en particulier en Inde, en Indonésie et en Chine. De même, en Amérique latine et dans les Caraïbes, la production d’ananas – qui devrait se classer au deuxième rang mondial avec 34 % du volume total en 2034 – sera principalement déterminée par l’évolution des besoins d’une population croissante et de plus en plus aisée. Seuls le Costa Rica et les Philippines, deux grands producteurs et exportateurs mondiaux d’ananas, devraient accroître les quantités exportées pour répondre à la hausse de la demande d’importations : à l’horizon 2034, les exportations devraient représenter environ 73 % de la production d’ananas frais dans le cas du Costa Rica et 21 % dans celui des Philippines.
Les exportations mondiales d’ananas frais devraient croître de 0.5 % par an pour atteindre 3.7 Mt en 2034, principalement sous l’effet de la demande d’importations des États-Unis et de l’Union européenne. Avec des quantités importées estimées à 1.3 Mt en 2034 – soit 36 % du total mondial – les États-Unis resteront le plus gros importateur. L’Union européenne détiendra quant à elle une part d’environ 26 % dans les importations mondiales. Sur ces deux marchés clés, la demande d’ananas frais devrait bénéficier de prix unitaires toujours peu élevés et, dans une certaine mesure, de l’introduction de nouvelles variétés de plus grande qualité. La hausse de la demande d’importations de la Chine, où la consommation a progressé plus rapidement que la production ces dernières années, devrait également favoriser l’essor des exportations mondiales. À l’horizon 2034, les importations chinoises d’ananas, en hausse au taux annuel de 4.9 %, devraient avoisiner 0.37 Mt par an, et provenir en majeure partie des Philippines.
10.3.4. Avocat
Situation du marché
D’après les estimations, les exportations mondiales d’avocat ont augmenté à un rythme modéré de 2 % en 2024 pour atteindre environ 2.8 Mt, en contraste saisissant avec l’expansion de près de 11 % observée en 2023. La baisse des approvisionnements en provenance du Mexique et du Pérou, les deux principaux exportateurs, qui fournissent conjointement environ 65 % des quantités totales échangées, en est la principale raison. Les données et informations préliminaires indiquent que les exportations de plusieurs autres pays, notamment Israël, le Kenya et l’Afrique du Sud, ont dans le même temps augmenté.
Si l’on en croit les estimations, les importations mondiales d’avocats sont demeurées pratiquement inchangées par rapport à l’année précédente, à environ 2.8 Mt. La demande des deux principaux marchés d’importation, les États-Unis et l’Union européenne, est certes restée soutenue, mais la croissance des importations a été ralentie par la situation difficile de l’offre au Mexique et au Pérou. En conséquence, les importations des États-Unis, qui représentaient environ 42 % des importations mondiales en 2024, ont enregistré un recul d’environ 3 % en 2024 pour atteindre aux alentours de 1.2 Mt. Face à la forte demande, qui a dépassé la croissance de l’offre, les données commerciales mensuelles disponibles pour la période allant de janvier à août 2024 mettent en évidence une augmentation en glissement annuel de la valeur unitaire moyenne des importations des États-Unis égale à 30 %, ce qui l’a portée à 3 148 USD la tonne. Les importations de l’Union européenne devraient quant à elles augmenter de quelque 4 % en 2024, pour atteindre environ 0.79 Mt. Compte tenu des difficultés de production au Pérou, la demande d’importation de l’Union européenne a principalement été satisfaite par Israël et l’Afrique du Sud.
Principaux éléments des projections
Parmi les principaux fruits tropicaux, l’avocat présente le plus faible volume de production, mais connaît l’expansion la plus rapide ces dernières décennies, et cette tendance devrait se poursuivre tout au long de la période de projection. La forte demande mondiale, des rendements importants par hectare et le niveau élevé des prix unitaires à l’exportation restent les principaux moteurs de cette hausse, stimulant les investissements dans l’expansion des surfaces cultivées tant dans les zones de production déjà solidement établies qu’émergentes. D’ici 2034, la production devrait par conséquent croître au rythme de 2.1 % par an, soit un volume annuel de 14 Mt près de trois fois plus élevé qu’en 2015. Bien que de nouvelles zones de culture aient rapidement émergé ces dernières années, la production d’avocats continuera vraisemblablement de se concentrer dans un petit nombre de régions et de pays. Les quatre premiers pays producteurs – Mexique, Colombie, Pérou et République dominicaine – devraient sensiblement développer leur production au cours de la décennie à venir pour atteindre conjointement une part d’environ 53 % de la production mondiale en 2034. Au Mexique, en Colombie et au Pérou, la production devrait croître de 25 % à 35 % par rapport aux niveaux de la période de référence. Par conséquent, l’Amérique latine et les Caraïbes, en particulier, devraient continuer de concentrer environ 64 % de cette production.
L’avocat est en voie de devenir le principal fruit tropical échangé et dépasser ainsi l’ananas vers la fin de la période de projection pour atteindre un volume d’exportations de 4 Mt à l’horizon 2034. La valeur totale des exportations mondiales d’avocats devrait par conséquent s’élever à 9.7 milliards USD aux prix constants de 2022-24, faisant de l’avocat l’un des fruits les plus lucratifs. Malgré une concurrence de plus en plus forte de la part de nouveaux exportateurs, le Mexique devrait demeurer le premier exportateur mondial, avec une part de 45 % en 2034. Le pays tirera en effet parti d’une croissance annuelle de la production de 1.6 % au cours de la décennie à venir ainsi que de la hausse continue de la demande aux États-Unis. Le Pérou, deuxième pays exportateur d’avocats, devrait quant à lui être à l’origine de 18 % des expéditions mondiales, ces dernières étant principalement destinées à répondre à la croissance de la demande observée dans l’Union européenne.
Les États-Unis et l’Union européenne, où l’intérêt des consommateurs pour l’avocat tient à ses bienfaits allégués pour la santé, devraient rester en 2034 les principaux importateurs à l’échelle mondiale, à hauteur de 42 % et 28 % respectivement. Cependant, les importations devraient également progresser au Royaume-Uni, au Canada, en Chine et dans certains pays du Moyen-Orient en raison de l’augmentation des revenus et de l’évolution des préférences des consommateurs sur ces marchés. La consommation d’avocats par habitant devrait également augmenter dans de nombreux pays producteurs sous l’effet de la croissance des revenus, notamment en Colombie, au Mexique et en Indonésie.
10.3.5. Papaye
Situation du marché
Les données préliminaires sur les échanges font apparaître une contraction des exportations mondiales de papayes estimée à 1 % en 2024, leur volume tombant à environ 0.365 Mt. Les exportations du Mexique, principal exportateur mondial de papayes, n’ont que modérément augmenté, d’environ 1 %, pour atteindre 0.2 Mt. D’après les acteurs de la filière, les conditions météorologiques défavorables, et en particulier des températures plus fraiches que la normale, ont limité la quantité aussi bien que la qualité des approvisionnements. La quasi-totalité des exportations mexicaines de papayes est destinée aux États-Unis. L’essentiel de la production mexicaine de papayes demeure cependant destiné à la consommation intérieure.
Les données préliminaires suggèrent en outre que les importations mondiales se sont contractées de 1 % en 2024, tombant à environ 0.35 Mt. Les États-Unis sont demeurés le principal importateur mondial, ayant absorbé une part estimée à 61 % de l’ensemble des quantités exportées en 2024. Les données disponibles indiquent que les importations des États-Unis ont diminué d’environ 1 % en 2024 pour s’établir à quelque 0.21 Mt. Les acteurs de la filière ont fait valoir que, malgré le maintien d’une demande soutenue de papayes aux États-Unis, la croissance des importations a été contrariée par une offre déficitaire au Mexique. L’Union européenne demeure le deuxième importateur mondial de papayes, mais avec une part estimée à seulement 9 % en 2024. La papaye reste de manière générale un produit méconnu dans l’Union européenne en raison principalement de sa fragilité lors du transport. De ce fait, une croissance significative sur ce marché semble difficilement atteignable.
Principaux éléments des projections
La production mondiale de papayes devrait progresser de 1.9 % par an pour atteindre 17 Mt en 2034, contre 14 Mt au cours de la période de référence. La part de papayes exportées étant particulièrement faible, autour de 2 % au cours de la période de référence, la production de ce fruit est essentiellement dictée par la demande intérieure, qui dépend de la croissance démographique et des revenus. L’Asie, première région productrice au monde, devrait bénéficier de la plus forte croissance, sa part dans la production mondiale atteignant d’après les projections 59 % en 2034, contre 56 % au cours de la période de référence. L’Inde, premier pays producteur au monde, verra sa production augmenter de 2 % par an et conservera une part de 36 % dans les approvisionnements mondiaux d’ici 2034. La croissance de la population et l’augmentation des revenus seront les principaux facteurs de cette hausse, avec une consommation intérieure de papayes estimée à 4 kg par habitant en 2034, en légère progression par rapport aux 3.7 kg atteints au cours de la période de référence. En Indonésie, la production devrait croître de 1.3 % par an au cours de la période de projection, dans le sillage de l’accroissement de la demande intérieure, conséquence de la hausse attendue des revenus par habitant à un rythme supérieur à 3.7 % par an.
Les exportations mondiales seront principalement déterminées par l’augmentation de la production au Mexique et par celle de la demande des principaux importateurs. Moyennant un taux de croissance annuel de 1.4 %, les exportations mondiales de papayes devraient atteindre un niveau tout juste inférieur à 0.4 Mt à l’horizon 2034. Le développement du commerce international de la papaye se heurte toutefois à un obstacle majeur : sa grande périssabilité et sa fragilité dans les transports, qui rendent difficile son expédition vers des destinations lointaines. Les innovations dans la chaîne du froid, l’emballage et le transport pourraient toutefois faciliter sa distribution à plus grande échelle, d’autant que la demande de fruits tropicaux est en hausse sur les marchés d’importation.
10.3.6. Incertitudes
Les perspectives de la production, des échanges et de la consommation de bananes et des principaux fruits tropicaux pourraient être compromises par plusieurs incertitudes. Un coût de la vie élevé, la hausse des charges d’intérêt et les fluctuations des taux de change risquent de freiner la demande sur les marchés intérieurs comme sur ceux d’importation, surtout pour les consommateurs des couches les moins aisées de la population. Compte tenu de la valeur unitaire généralement élevée des fruits tropicaux et des fortes élasticités prix et revenu de la demande dont ils font l’objet, les fluctuations des revenus des consommateurs ou des prix à la consommation peuvent avoir une incidence considérable sur la demande. Les incertitudes géopolitiques susceptibles de bouleverser les relations commerciales existantes et d’avoir des effets de grande ampleur sur les marchés intérieurs et mondiaux constituent en outre une source de préoccupation.
D’autre part, le réchauffement climatique accroît la fréquence des sécheresses, inondations, ouragans et autres catastrophes naturelles qui rendent la production de plus en plus difficile et coûteuse. Compte tenu de la périssabilité de la banane et des principaux fruits tropicaux aux stades de la production, de la commercialisation et de la distribution, les défis environnementaux et le manque d’infrastructures continuent de menacer la production et les approvisionnements internationaux. Le problème est d’autant plus aigu que l’immense majorité des fruits tropicaux sont produits dans un cadre informel et dans des zones reculées, que leur culture dépend beaucoup des précipitations, est sujette aux effets néfastes de phénomènes météorologiques de plus en plus imprévisibles et est éloignée des grands axes de transport.
Dans un contexte de hausse des températures, on observe une propagation plus rapide et plus intense des ravageurs et des maladies, à l’instar de la fusariose. La souche de la maladie qui se propage actuellement, dénommée « race tropicale 4 » (RT4), présente des risques particulièrement élevés pour l’approvisionnement mondial de bananes, car elle peut toucher une variété beaucoup plus grande de cultivars de bananes et de bananes plantains que les autres souches. Malgré de récentes avancées dans la création de variétés résistantes, aucun fongicide ni aucune méthode d’éradication n’est actuellement efficace contre la maladie. Selon les informations officielles, la RT4 est actuellement confirmée dans 22 pays, principalement en Asie du Sud et du Sud-Est, mais aussi au Moyen-Orient, en Afrique, en Océanie et en Amérique latine. Une évaluation de l’impact économique potentiel de la TR4 sur les marchés mondiaux a montré que la propagation de la maladie entraînerait notamment une perte considérable de revenus et d’emplois dans le secteur bananier des pays concernés, ainsi qu’une hausse importante des prix au consommateur dans les pays importateurs3.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. Les différents types de légumineuses sont les suivants : haricots secs, fèves sèches, pois secs, pois chiches, niébés, pois d’Angole, lentilles, pois bambara, vesces, lupins et légumineuses secondaires (non comprises ailleurs)
← 2. Les systèmes de classification internationale des produits au regard de la production et des échanges n’obligent pas les pays à enregistrer ces fruits séparément, raison pour laquelle les données officielles sont rares. On estime qu’en moyenne, la mangue représente environ 75 % du total de la production, la goyave 15 %, et le mangoustan les 10 % restants.
← 3. Une autre simulation a été réalisée en 2019 pour évaluer l’impact économique que la race tropicale 4 de la fusariose pourrait avoir sur la production et le commerce de bananes à l’échelle mondiale. Les résultats de cette simulation ont été publiés dans le numéro de novembre 2019 de la publication semestrielle Perspectives de l’alimentation de la FAO (http://www.fao.org/3/ca6911en/CA6911EN_TR4FR.pdf).