Ce chapitre présente les principales conclusions concernant la consommation, la production, les échanges et les prix des principaux produits agricoles, halieutiques et aquacoles couverts par les Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO, ainsi que l’évolution attendue des principaux indicateurs du secteur au cours de la période 2025‑2034. Il présente la synthèse d’un scénario de référence établi pour la prochaine décennie à partir d’hypothèses spécifiques relatives à la situation macroéconomique, à l’évolution de la productivité, à la météorologie, aux préférences des consommateurs ainsi qu’aux politiques agricoles et commerciales. La consommation mondiale de produits agricoles devrait progresser à un rythme moins soutenu au cours des dix prochaines années en raison d’un ralentissement de l’accroissement démographique et de la hausse des revenus, qui s’ajoute à la saturation de la demande alimentaire dans les économies avancées. L’essentiel de la consommation supplémentaire est attendu dans les pays à faible revenu et les pays à revenu intermédiaire, où une population plus urbaine avec un revenu par habitant plus confortable sera relativement plus encline à manger des produits de l’élevage et de la pêche. L’évolution des préférences alimentaires encouragera probablement l’investissement dans l’élevage et l’aquaculture, qui fera croître la production. Par conséquent, la production agricole, aquacole et halieutique mondiale, et en particulier celle de produits d’origine animale, va tirer avec elle les émissions de gaz à effet de serre imputables au secteur. Ce chapitre présente aussi un scénario indiquant comment la combinaison des gains de productivité et l’adoption généralisée de technologies de réduction des émissions pourrait réduire les émissions directes de GES imputables à l’agriculture et mettre un terme à la faim d’ici 2034. Les Perspectives nous montrent combien la coopération multilatérale et le bon fonctionnement des marchés internationaux des produits agricoles sont essentiels à la sécurité alimentaire mondiale et à la subsistance des populations rurales. Les tendances de la demande et de l’offre, telles qu’elles se dégagent des projections, suggèrent une baisse progressive des prix internationaux en termes réels au cours de la prochaine décennie, même si la variation de facteurs environnementaux, sociaux, géopolitiques ou économiques pourrait modifier ce pronostic.
Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2025‑2034
1. Marchés agricoles et alimentaires : tendances et perspectives
Copier le lien de 1. Marchés agricoles et alimentaires : tendances et perspectivesDescription
Les Perspectives agricoles sont le fruit de la collaboration entre l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Elles présentent cette année un scénario de référence cohérent de l’évolution des marchés des produits agricoles, halieutiques et aquacoles aux niveaux national, régional et mondial au cours de la période allant de 2025 à 2034.
Les projections de référence reposent sur un ensemble d’éléments communiqués par des experts. Elles reflètent les conditions actuelles des marchés (section 1.1), ainsi que les hypothèses concernant l’évolution de la conjoncture macroéconomique, de la situation démographique et des politiques publiques (section 1.2). Le modèle Aglink-Cosimo de l’OCDE et de la FAO, qui met en relation les différents secteurs et pays couverts par les Perspectives, assure une cohérence d’ensemble et un équilibre global entre tous les marchés.
Dans la section 1.6, les présentes Perspectives mettent en évidence, à partir d’une analyse de scénario, comment le déploiement à grande échelle de technologies de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) peut aider à concilier sécurité alimentaire et durabilité.
1.1. Évolution récente des marchés agricoles
Copier le lien de 1.1. Évolution récente des marchés agricolesLe Graphique 1.1 renseigne sur la situation actuelle des marchés de produits agricoles, qui sert de point de départ à nos projections. Les dates des campagnes de commercialisation n’étant pas les mêmes pour tous les produits, les données sont présentées soit pour l’année 2024, soit pour la campagne 2024-25, selon le cas.
Graphique 1.1. Conditions de marché pour les produits clés
Copier le lien de Graphique 1.1. Conditions de marché pour les produits clés
Note : toutes les données sont exprimées sous la forme d’un indice dont la base 100 correspond à la moyenne des dix dernières années (2015-24). On entend par consommation les volumes de la consommation mondiale. Les indices de prix sont pondérés par la valeur moyenne de la production mondiale sur les dix dernières années, calculée à l’aide des prix internationaux en valeur réelle. On trouvera davantage d’informations sur la situation des différents marchés et leur évolution dans les chapitres consacrés aux produits correspondants.
Source : OCDE/FAO (2025), « Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO », Statistiques agricoles de l’OCDE (base de données), http://data-explorer.oecd.org/s/1hc.
1.2. Tendances macroéconomiques ou politiques attendues qui auront une incidence sur les marchés agricoles
Copier le lien de 1.2. Tendances macroéconomiques ou politiques attendues qui auront une incidence sur les marchés agricolesLe présent scénario de référence ayant servi à établir les projections pour la période 2025-2034 s’appuie sur la connaissance approfondie des produits, des politiques publiques et des pays que possèdent l’OCDE et la FAO, ainsi que sur les contributions apportées par les pays membres et les organisations internationales spécialisées dans les produits. Les projections de référence considérées dans le présent chapitre reposent sur les données connues et les politiques en place au mois de décembre 2024. Il y a lieu de penser que les tendances macroéconomiques ci-après auront une incidence sur l’évolution des marchés agricoles au cours des dix années à venir.
Encadré 1.1. Établissement du scénario de référence de l’OCDE et de la FAO et prise en compte de l’incertitude
Copier le lien de Encadré 1.1. Établissement du scénario de référence de l’OCDE et de la FAO et prise en compte de l’incertitudeÉtablissement du scénario de référence
Depuis 2004, l’OCDE et la FAO publient conjointement chaque année les Perspectives agricoles, qui fournissent des projections transparentes et plausibles pour les dix années à venir, établies par consensus entre les diverses parties prenantes. Ces projections servent de scénario de référence pour évaluer les effets de la réorientation des politiques et envisager d’autres scénarios possibles. La démarche suivie pour établir ces projections est ajustée en permanence pour répondre à l’évolution des exigences et de la conjoncture, tout en restant fidèle à un certain nombre de principes destinés à limiter le caractère subjectif des hypothèses émises.
L’OCDE réunit des données et projections sur les marchés agricoles à l’aide de questionnaires adressés aux pays, dans lesquels elle prend en considération la situation économique et le cadre réglementaire de chacun. La FAO fait appel à sa capacité institutionnelle et à son expertise pour générer les projections de référence. Ces deux processus comportent de multiples étapes (gestion de bases de données, modélisation, analyse après modélisation) qui s’échelonnent sur plusieurs mois.
Une validation rigoureuse à plusieurs niveaux garantit la qualité de ce travail conjoint. Les projections et conclusions sont examinées par le Groupe des marchés de produits de l’OCDE et par des spécialistes des produits agricoles de la FAO, l’approbation définitive du texte revenant au Groupe de travail de l’OCDE des politiques et des marchés agricoles et au cabinet de l’Économiste en chef de la FAO. Ce processus établi garantit un scénario de référence plausible et transparent qui permet de brosser des perspectives agricoles à moyen terme faisant largement consensus. On trouvera davantage de précisions sur le cadre méthodologique et le processus de validation dans l’Annexe B.
Incertitudes entourant le scénario de référence
Les projections de référence présentées dans cette édition des Perspectives reposent sur les données connues et politiques en vigueur en décembre 2024 et sur les hypothèses qui ont pu être établies sur cette base. Les faits nouveaux survenus après cette date – qu’ils soient d’ordre politique, économique, environnemental ou technologique – n’ont pas été pris en considération.
L’actualité géopolitique a ajouté à l’incertitude entourant, à court terme, les relations commerciales internationales, la coopération réglementaire et les efforts mondiaux en faveur de la durabilité. L’évolution de la conjoncture sera suivie de près pour déterminer si elle est susceptible de donner lieu à des changements structurels qui auront une incidence significative sur les projections à moyen terme. La nature, l’ampleur et la persistance de ces changements étant mal connues, il a été décidé de conserver dans le présent rapport les projections de référence établies initialement. Si les principaux déterminants des marchés agricoles et les hypothèses les concernant venaient à s’écarter systématiquement des hypothèses retenues, les conséquences potentielles de cette divergence feraient l’objet d’une analyse dans le cadre de simulations de scénarios.
1.2.1. Le ralentissement de la croissance démographique mondiale, avec ses contrastes régionaux
La croissance démographique mondiale1 devrait ralentir considérablement : il y aura en effet quelque 729 millions d’humains supplémentaires à l’horizon 2034, qui porteront la population totale à 8.8 milliards de personnes, soit une progression moyenne de 0.8 % par an au cours de la prochaine décennie, contre 1.0 % par an au cours de la décennie précédente (Graphique 1.2). On peut s’attendre à voir la croissance de la demande alimentaire mondiale ralentir elle aussi par contrecoup. Ce sont toutefois les dynamiques démographiques locales qui détermineront, dans chaque région, l’évolution future de cette demande. L’Inde confortera sa position de pays le plus peuplé du monde (depuis 2023) : avec un accroissement annuel de 0.8 %, sa population devrait représenter 17.9 % de la population mondiale en 2034. L’Afrique subsaharienne connaîtra la croissance démographique la plus soutenue (2.3 % par an) et abritera 17.5 % de l’humanité d’ici la fin de la période de projection. La région Proche-Orient et Afrique du Nord, si elle arrivera en deuxième position pour ce qui est du dynamisme démographique (1.6 % par an), ne comptera que 6.3 % de la population mondiale à la même échéance.
La République populaire de Chine (ci-après « la Chine ») devrait au contraire voir sa population diminuer progressivement, de 0.3 % par an, au cours de la prochaine décennie. Elle n’en demeurera pas moins le deuxième pays le plus peuplé au monde, avec 15.7 % de la population totale, à l’horizon 2034. La population de l’Amérique latine et des Caraïbes, ainsi que celle de l’Amérique du Nord, devrait gagner 0.5 % par an, tandis que celle de l’Europe et de l’Asie centrale restera stable.
1.2.2. La stabilité de la croissance économique mondiale
Le revenu par habitant2, exprimé en dollar des États-Unis (USD) constants, devrait progresser au rythme moyen de 1.6 % par an au cours de la prochaine décennie. Cette progression sera portée avant tout par les économies émergentes et en développement d’Asie, dont l’Inde qui verra sa croissance annuelle bondir à 5.4 % (contre 4 % au cours des dix années précédentes) et la Chine verra la sienne s’établir à 3.8 % avec son entrée dans une phase de maturité économique. Ces pays à revenu intermédiaire vont conforter leur position de grands moteurs de la demande mondiale de produits agricoles. L’Amérique latine devrait elle aussi faire mieux que la moyenne mondiale, grâce à ses principales économies qui porteront le taux de croissance régional à 1.8 % par an.
En ce qui concerne les économies avancées, une légère accélération s’annonce en Europe et en Asie centrale, tandis que c’est un ralentissement qui se profile en Amérique du Nord, le rythme de croissance du revenu dans les deux régions étant attendu à 1.5 % par an, en moyenne, au cours des dix prochaines années. Les projections indiquent que le revenu par habitant devrait connaître une progression inférieure à la moyenne mondiale en Afrique subsaharienne (1.1 % par an) ainsi que dans la région Proche-Orient et Afrique du Nord (1.3 % par an).
1.2.3. Le recul des prix de l’énergie à la faveur du fléchissement de la demande de combustibles fossiles
D’après l’Agence internationale de l’énergie (AIE) (AIE, 2024[1]), la demande de combustibles fossiles devrait ralentir, atteignant un pic avant 2030, en raison des gains d’efficience énergétique, de l’électrification des véhicules et du déploiement rapide des énergies renouvelables. Il pourrait s’ensuivre un nouveau tassement des prix internationaux de l’énergie.
Le cours de référence du pétrole utilisé dans les Perspectives, qui a atteint son plus haut, à 101 USD/baril, en 2022, s’est replié à 80 USD/baril en 2024 et, selon les projections, poursuivra ce repli pour atteindre 73 USD/baril en 2025. On considère, aux fins des Perspectives, qu’il devrait rester stable, en termes réels, tout au long de la période de projection. De ce fait, les prix des engrais, qui ont bondi en 2022, poursuivraient leur recul et se stabiliseraient, en termes réels, pour toute la durée de la prochaine décennie.
1.2.4. Les politiques en vigueur continuent de s’appliquer dans le scénario de référence
L’action publique tenant un rôle important sur les marchés agricoles, ceux des biocarburants et ceux des produits halieutiques et aquacoles, les réformes dont elle fait l’objet y entraînent généralement des modifications d’ordre structurel. Les Perspectives reposent sur l’hypothèse que les dispositions en vigueur continueront de s’appliquer et qu’aucune nouvelle mesure ne sera promulguée. Seuls les accords de libre-échange ratifiés avant la fin du mois de décembre 2024 sont pris en compte dans la publication.
1.2.5. Les projections sont affectées d’une incertitude considérable
Les perspectives des marchés des produits agricoles sont soumises à différents facteurs d’incertitude – environnementaux, sociaux, géopolitiques et économiques, notamment – susceptibles de créer des écarts par rapport aux projections de référence.
Les conflits en cours rappellent que des risques pèsent encore sur la sécurité énergétique, qui menacent directement la production. Bien que les effets immédiats de la crise énergétique mondiale aient commencé à s’atténuer dès 2023, on ne peut exclure de nouvelles perturbations sachant combien le secteur agroalimentaire est dépendant de l’énergie. Le renchérissement des intrants, et en particulier de l’énergie produite à partir de combustibles fossiles, a fait bondir le prix des aliments et porté à leur paroxysme les inquiétudes pour la sécurité alimentaire mondiale. L’analyse de scénario développée dans l’édition 2023 des Perspectives avait montré que l’augmentation du prix des engrais de synthèse pouvait avoir à elle seule une incidence significative sur les prix alimentaires. L’Encadré 1.1 permet de pousser plus loin l’analyse de ces incertitudes liées aux intrants àla lumière de récents travaux d’analyse de scénario consacrés aux marchés des engrais de synthèse et à l’action menée par les pouvoirs publics dans l’OCDE.
Encadré 1.2. Les dynamiques croisées des marchés des engrais de synthèse, des politiques publiques et des marchés agricoles
Copier le lien de Encadré 1.2. Les dynamiques croisées des marchés des engrais de synthèse, des politiques publiques et des marchés agricolesLes conditions qui prévalent sur les marchés des engrais de synthèse, et qui déterminent l’application de ces engrais avec des conséquences directes sur les rendements, ont de vastes répercussions sur les systèmes alimentaires, la stabilité macroéconomique et l’environnement. Ces marchés sont très concentrés et étroitement liés à ceux de l’énergie, ce qui les rend très sensibles aux chocs et aux ruptures d’approvisionnement. De nombreux pays offrent des subventions afin d’encourager des pratiques agricoles faisant appel aux engrais pour garantir leur sécurité alimentaire et soutenir le niveau de vie des exploitants.
À l’aide du modèle d’équilibre partiel Aglink-Cosimo, un récent rapport de l’OCDE permet de mieux comprendre les relations complexes entre les marchés des engrais, les politiques relatives aux engrais de synthèse et leurs répercussions sur les marchés agricoles, la sécurité alimentaire et la durabilité environnementale à moyen terme (Adenäuer, Laget et Cluff, 2024[2]). Ce rapport présente deux analyses de scénario distinctes : l’une étudiant l’hypothèse de pénuries d’engrais et l’autre celle d’une suppression des subventions à l’utilisation d’engrais en Inde.
Le premier scénario, celui d’une diminution de 20 % de l’offre d’azote (N), de phosphore (P) et de potassium (K), en 2025 seulement dans un premier temps, puis en 2025 et 2026, répond à la préoccupation majeure de pénurie d'approvisionnement. On peut considérer que cette pénurie entraînerait une augmentation des coûts de production marginaux semblable au choc de prix observé en 2022. Les pénuries d’engrais sont une sérieuse préoccupation pour de nombreux pays non seulement depuis le début de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, mais aussi, et de manière plus générale, en raison des incertitudes géopolitiques qui pèsent sur les échanges mondiaux et sur les marchés des produits de base.
Dans le scénario étudié, il apparaît que les stocks existants peuvent, dans une certaine mesure, atténuer les conséquences immédiates sur les rendements. Cependant, une pénurie qui s’installerait pourrait nuire durablement au secteur agricole. Si modeste soit-elle, une diminution des rendements occasionnerait d’importantes baisses de la production qui feraient enfler les prix alimentaires. Le Graphique 1.3 montre que, dans le cas où les trois engrais de synthèse viendraient à manquer au cours d’une même année (courbe grise), l’indice FAO des prix des produits alimentaires pourrait augmenter de 6 % entre 2025 et 2028. Par contraste, la survenue de deux chocs consécutifs (courbe verte) entraînerait une hausse des prix plus nette, pouvant aller jusqu’à 13 %, sur la même période.
Le second scénario, qui prend pour hypothèse une suppression, par l’Inde, des subventions en faveur des engrais de synthèse, donne à penser qu’une telle décision entraînerait une diminution rapide de la consommation de ces produits au niveau national, et par voie de conséquence une baisse de la production et des exportations agricoles, qui coïnciderait avec une augmentation des importations. La baisse des prix de l’azote et la hausse des cours du riz, lié à la place particulière de l’Inde à la fois en tant que consommateur d’azote et en tant que producteur de riz, n’auraient qu’une incidence limitée sur les prix alimentaires mondiaux et leur effet sur la sécurité alimentaire serait négligeable.
Le scénario étudié donne à penser que les émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture diminueraient considérablement, de l’ordre de 7 Mt éq. CO₂, sous l’effet de la baisse notable de l’épandage d’engrais en Inde, baisse que ne compenserait pas la hausse modérée de la consommation dans le reste du monde. Il met ainsi en lumière le lien essentiel qui unit les politiques nationales aux objectifs mondiaux de durabilité environnementale.
Les inflexions de la politique extérieure des États‑Unis après le mois de décembre 2024, au cours duquel ont été arrêtées les hypothèses de travail, ajoutent une certaine incertitude aux projections de référence actuelles, en particulier en ce qui concerne les échanges internationaux, l’aide alimentaire et les initiatives internationales en faveur de la durabilité.
La hausse des températures, la modification du régime des précipitations, les perturbations subies par les services écosystémiques et la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes ont une incidence de plus en plus marquée sur l’évolution des rendements. Tandis que certaines régions pourraient profiter de périodes végétatives plus longues, d’autres deviennent moins propices à la culture. On part du principe que les exploitants vont s’adapter en modifiant les calendriers de plantation, en diversifiant les cultures et en adoptant des stratégies de lutte intégrée contre les ravageurs. Cependant leur capacité d’adaptation n’est pas identique dans toutes les régions. Dans ce contexte, les échanges internationaux jouent un rôle stabilisateur essentiel. À travers le transfert des produits alimentaires des régions excédentaires vers les régions déficitaires, ils permettent d’amortir les chocs frappant la production locale et stabilisent ainsi l’offre et les prix (Adenäuer, Frezal et Chatzopoulos, 2023[4]).
Les risques sanitaires et phytosanitaires (SPS), et en particulier les épizooties, sont une importante source d’incertitude en ce qui concerne les échanges de produits d’origine animale. Les poussées épizootiques affectant des espèces dont le cheptel se renouvelle rapidement, comme la grippe aviaire, seront relativement vite résorbées et leurs conséquences à long terme seront minimes. À l’inverse, celles qui frappent le bétail dont le cycle de vie est plus long, comme la fièvre aphteuse chez les bovins, peuvent entraîner des restrictions commerciales et avoir de graves répercussions économiques en raison de l’abattage systématique des troupeaux contaminés et de la longueur du processus à suivre pour qu’un élevage soit à nouveau considéré comme indemne.
1.3. Consommation : projections d’évolution pour 2025-2034
Copier le lien de 1.3. Consommation : projections d’évolution pour 2025-20341.3.1. Les économies émergentes soutiennent la croissance de la consommation de produits agricoles
Au cours de la prochaine décennie, la valeur de la consommation mondiale de produits agricoles, halieutiques et aquacoles devrait progresser de 13 %, en USD constants, entre maintenant et 2034, sachant que cette croissance interviendra pour l’essentiel dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, Où elle sera portée principalement par la présence d’une population plus nombreuse, plus aisée et plus citadine. Le Graphique 1.4 donne à voir comment les pays, selon leur niveau de revenu, répartissent les produits agricoles, halieutiques et aquacoles entre alimentation humaine, alimentation animale, biocarburants et autres utilisations industrielles. Il apparaît que l’alimentation humaine demeure le principal moteur de la demande agricole à l’échelle mondiale.
L’Inde et les pays d’Asie du Sud-Est, qui assurent l’essentiel de la croissance observée parmi les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, devraient compter pour 39 % de la consommation supplémentaire à l’horizon 2034, contre 32 % au cours des dix dernières années. La croissance démographique, l’augmentation du revenu et l’urbanisation dans la région vont sans doute soutenir la demande d’aliments de base et de produits d’origine animale, et par la même l’utilisation d’une quantité plus importante de produits agricoles pour l’alimentation humaine et animale.
À l’inverse, la Chine, qui a été l’un des principaux moteurs de la demande mondiale au cours de la décennie écoulée ne devrait contribuer qu’à hauteur de 13 % à la croissance de la consommation d’ici 2034, contre 32 % auparavant. Il faut y voir la conséquence du déclin de sa population, d’un moindre accroissement du revenu disponible et de la stabilisation des habitudes alimentaires.
Une forte croissance de la consommation est attendue dans les pays à faible revenu également, en particulier en Afrique subsaharienne qui devrait compter pour 14 % de la consommation supplémentaire de produits agricoles au cours de la décennie à venir. Si la progression du revenu disponible des ménages de la région devrait être moindre qu’en Asie, l’augmentation rapide de la population y suscitera une demande soutenue, en particulier en ce qui concerne les cultures de base.
L’alimentation humaine reste l’utilisation principale des produits agricoles. Dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, les projections indiquent que l’utilisation de ces produits pour les besoins de l’alimentation animale progressera environ 1.7 fois plus vite que leur utilisation dans le cadre de l’alimentation humaine, en raison d’une demande d’aliments d’origine animale orientée à la hausse. Dans les pays à faible revenu, elle ne progressera toutefois que 1.1 fois plus vite, signe que ces pays continuent de dépendre des aliments de base pour répondre à leurs besoins nutritionnels élémentaires et assurer leur sécurité alimentaire.
1.3.2. Avec l’élévation du niveau de revenu, la consommation dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire devrait inclure une plus large part de produits animaux et de produits halieutiques et aquacoles
L’apport calorique par jour et par habitant (mesuré par la consommation alimentaire3 réduite de l’estimation des déchets produits par les ménages) devrait augmenter principalement dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure ainsi que dans ceux de la tranche supérieure, où une stabilisation de l’apport calorique total est attendue vers la fin de la décennie (Graphique 1.5). Dans les pays à faible revenu, la progression du revenu disponible des ménages est trop modeste pour que la consommation alimentaire augmente autant que dans les pays à revenu intermédiaire. Dans les économies à revenu élevé, l’apport en calories n’augmentera qu’à la marge, car le point de saturation est désormais atteint.
Avec la progression des revenus à moyen terme, le régime alimentaire dans les pays à faible revenu et dans les pays à revenu intermédiaire devrait intégrer une portion plus importante de produits d’origine animale. À l’inverse, aucune évolution fondamentale n’est observée pour l’heure ni attendue dans les pays à revenu élevé, en particulier en ce qui concerne la consommation de viande. Même s’ils sont de mieux en mieux connus et disponibles en plus grande quantité, les substituts de viande d’origine végétale ne représentent encore qu’une faible partie de la consommation alimentaire totale. Qui plus est, les tendances récentes donnent à penser qu’une diminution de la consommation de viande dépend bien davantage de la fluctuation des prix que d’une évolution durable et délibérée des habitudes alimentaires. Par conséquent, il y a peu de chances que ces habitudes changent à court terme dans les économies à revenu élevé, mais des ajustements plus significatifs pourraient avoir lieu à plus longue échéance en raison de l’évolution des préférences générationnelles.
L’augmentation attendue de la consommation de produits d’origine animale est particulièrement forte dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, puisque l’apport quotidien de produits animaux, halieutiques et aquacoles par personne devrait y progresser d’environ 25 %, en moyenne. Cette progression est une bonne nouvelle sur le plan nutritionnel : ces pays, en effet, devraient franchir ainsi le seuil des 300 kcal/jour issues d’aliments d’origine animale riches en nutriments qui a été fixé par la FAO, dans son Panier alimentaire sain4, pour calculer le coût et l’accessibilité financière d’un régime bon pour la santé (Herforth et al., 2022[5]).
Pour les pays à faible revenu, en revanche, il sera encore très difficile de s’aligner sur les préconisations alimentaires mondiales. D’ici 2034, en effet, la ration individuelle d’aliments d’origine animale riches en nutriments ne devrait être que de 143 kcal/jour, bien loin, donc, du minimum visé par le Panier alimentaire sain. La lenteur avec laquelle les produits animaux, halieutiques et aquacoles – riches en protéines et micronutriments essentiels à la croissance et au développement – entrent dans le régime alimentaire montre que la malnutrition, sous toutes ses formes, est encore loin d’être éradiquée (FAO, 2023[6] ; FAO, 2024[7]).
Les projections des habitudes de consommation sont établies à l’échelle régionale, et il importe donc de bien garder à l’esprit qu’elles dissimulent une répartition inégale des nutriments entre les pays, à l’intérieur de ceux-ci et même parmi les ménages, qui perdurera probablement à moyen terme. Même dans les régions ou pays où la ration moyenne semble satisfaisante, certains consommateurs peuvent encore souffrir de carences.
Il importe de tenir compte du fait que des facteurs tant externes aux systèmes alimentaires (conflits, phénomènes météorologiques extrêmes, par exemple) qu’internes (faible productivité, offre insuffisante d’aliments nutritifs ou offre excessive d’aliments bon marché, ultra-transformés et très énergétiques, riches en matières grasses, en sucre et/ou en sel) continuent de tirer à la hausse le prix des aliments nutritifs, rendant l’alimentation saine de moins en moins abordable financièrement (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, Rome, 2024[8]). En parallèle, le recours accru à certains aliments de base, comme le maïs et le sucre, qui fournissent certes des calories, mais sont de faible valeur nutritionnelle, aggrave les carences alimentaires en substituant ces aliments à d’autres plus nutritifs et accroît l’apport calorique sans fournir pour autant de vitamines et de minéraux et essentiels (FAO, FIDA, OMS, PAM et UNICEF, 2019[9] ; FAO, FIDA, OMS, PAM et UNICEF, 2020[10]).
Dans les pays à revenu élevé, les projections de la consommation tiennent compte de la lente évolution des préférences alimentaires et des nouvelles préoccupations d’ordre sanitaire, accentuées par les mesures visant à prévenir l’excès de gras et d’édulcorants caloriques. Par conséquent, la consommation par personne d’aliments gras et d’édulcorants devrait diminuer au profit d’aliments plus riches en nutriments, comme la volaille, le poisson et autres produits aquatiques, les fruits et les légumes. L’engouement des consommateurs pour la volaille et la viande porcine au détriment de la viande bovine tient à la fois à des considérations sanitaires et à l’écart de prix entre les premières et la seconde.
L’édition 2024 des Perspectives a permis de montrer que la lutte contre les pertes et le gaspillage alimentaires (PGA) formait une part essentielle de la solution à mettre en place pour assurer la sécurité alimentaire et améliorer la nutrition d’une population mondiale croissante et renforcer la durabilité environnementale. Dans une analyse de scénario développée dans cette même édition, il était estimé que diminuer de moitié les pertes et gaspillages alimentaires d’ici 2030 pourrait réduire le nombre de personnes sous‑alimentées de 153 millions5.
Avec le rapport intitulé Beyond Food Loss and Waste Reduction Targets (OCDE, 2025[11]) et les études de cas s’y rapportant, consacrées à l’Australie (OCDE, 2025[12]), à la France (OCDE, 2025[13]) et au Japon (OCDE, 2024[14]), l’OCDE offre une vue d’ensemble, à l’échelle internationale, de l’environnement réglementaire relatif aux pertes et gaspillages alimentaires. Elle s’est appuyée à cet effet sur les données qu’elle avait recueillies auprès des représentants de 42 ministères nationaux et de la Commission européenne afin d’étayer les échanges entre les pays et de hâter l’introduction, dans ce domaine, de mesures plus efficaces, fondées sur des éléments probants et adaptées au contexte (Encadré 1.3).
Encadré 1.3. Environnement réglementaire relatif aux pertes et gaspillage alimentaires à l’échelle internationale : principaux éclairages issus du rapport Beyond Food Loss and Waste reduction Targets, publié en 2025 par l’OCDE
Copier le lien de Encadré 1.3. Environnement réglementaire relatif aux pertes et gaspillage alimentaires à l’échelle internationale : principaux éclairages issus du rapport <em>Beyond Food Loss and Waste reduction Targets</em>, publié en 2025 par l’OCDEEn 2011, la FAO a publié ses premières estimations des pertes et du gaspillage alimentaires, dont il ressortait que 30 % environ de l’ensemble des denrées alimentaires produites étaient perdus ou gâchés (FAO, 2011[15]). Depuis, la nécessité de lutter contre les pertes et gaspillage alimentaires (PGA) a été largement relayée à l’échelle internationale. Les pays se sont engagés à atteindre les Objectifs de développement durable à l’horizon 2030 qui ont été adoptés en 2015. Certains d’entre eux se sont fixé, en matière de lutte contre les PGA, des objectifs plus ambitieux encore que ceux auxquels ils ont souscrit sur la scène internationale. La France, par exemple, entend faire diminuer de moitié les PGA le long de toutes les chaînes d’approvisionnement d’ici 2030, en commençant par la distribution et la restauration collective, où ce doit être chose faite en 2025.
Une analyse quantitative réalisée par l’OCDE est venue confirmer dernièrement que la diminution des PGA était une étape nécessaire et indispensable pour relever le triple défi consistant à nourrir une population toujours plus nombreuse, préserver les moyens de subsistance des ménages ruraux et réduire les émissions de GES, de manière à respecter les engagements pris en faveur de la durabilité. Il en ressort qu’atteindre la cible 12.3 des ODD entraînerait une diminution de 4 % des émissions agricoles de GES et sauverait de la faim 137 millions de personnes d’ici 20301. Il apparaît également, en contrepoint, que le revenu des agriculteurs pourrait diminuer lui aussi sous l’effet d’un recul de la demande alimentaire, d’où la nécessité pour les responsables de la formulation des politiques de trouver un équilibre entre les avantages et les inconvénients de leurs stratégies nationales de lutte contre les PGA au moment de les mettre en œuvre (Nenert et al., 2025[16]).
La lutte contre les PGA s’est intensifiée depuis 2015, avec notamment la mise en place de stratégies nationales. De nombreux pays font appel à plusieurs instruments différents à cet effet, les ménages et le commerce de détail étant l’objet d’une attention toute particulière de la part des pouvoirs publics (Graphique 1.7) dont témoigne l’introduction de mesures incitatives à leur égard (campagnes de sensibilisation, initiatives volontaires, par exemple). Cela étant, le manque de clarté des objectifs fixés, qui ne comportent souvent ni échéance ni niveaux de référence, et la multiplication des initiatives sont de nature à susciter le désengagement des diverses parties prenantes le long de la chaîne d’approvisionnement.
Rares sont les pays qui évaluent à intervalles réguliers et de manière spécifique l’effet de leurs politiques de lutte contre les PGA, si bien qu’il est difficile de déterminer quelles sont celles qui se révèlent efficaces et de les répliquer à grande échelle afin de maximiser les retombées pour les systèmes alimentaires. Le Japon, par exemple, évalue sous différents angles les répercussions de sa stratégie et des instruments qui en relèvent. La sensibilisation des consommateurs et l’évolution des comportements sont ainsi appréciées dans le cadre d’une enquête annuelle auprès des ménages, tandis que les retombées économiques et environnementales ont fait l’objet d’une évaluation a posteriori en 2023.
1. Cette estimation est proche de celle tirée d’une analyse antérieure publiée dans l’édition 2024 des Perspectives, où l’on évaluait à 153 millions le nombre de personnes qui n’auraient plus à souffrir de la faim si les PGA étaient divisés par deux d’ici 2030. L’écart entre les deux analyses (16 millions de personnes) peut être attribué à l’introduction, dans le cadre de modélisation Aglink‑Cosimo, d’une structure de coûts plus précise en ce qui concerne la réduction des PGA et ses effets sur la demande alimentaire.
1.3.3. L’augmentation de la consommation d’aliments pour animaux est soutenue par l’expansion des cheptels et l’intensification des systèmes de production dans les domaines de l’élevage et de l’aquaculture, en particulier dans les pays à revenu intermédiaire
Sur la période de projection, les effectifs mondiaux de bovins, d’ovins, de porcins et de volaille (comptabilisés en unités de gros bétail) devraient s’accroître de 7 %, tandis que la production de viande, de produits laitiers et d’œufs (calculée sur la base de la valeur protéique) augmentera de 16.6 %, signe de gains de productivité des cheptels. Ces tendances sont encore plus nettes dans les cas des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, où les effectifs du bétail devraient progresser de 10 % et la production de 43.6 % d’ici 2034. Cette amélioration en continu de la productivité est rendue possible par le passage à des régimes alimentaires plus intensifs qui, avec la progression des cheptels, devraient entraîner une augmentation de 15 % de la consommation mondiale d’alimentation animale (en équivalent protéique).
L’efficience de la production est variable à l’échelle mondiale en raison de différences quant aux technologies employées, aux modes de gestion et d’alimentation du bétail et à la qualité de cette alimentation. Le Graphique 1.8 montre le taux attendu de croissance annuelle de la consommation de protéines par unité animale productive comparé à la croissance de la productivité dans l’élevage de non-ruminants. Ce graphique fait principalement apparaître l’évolution de la quantité de protéines employées pour l’alimentation animale et de la quantité de protéines animales produites dans les systèmes d’élevage porcin et d’élevage de volailles, la diagonale correspondant à une progression symétrique de l’une et de l’autre grandeur. Les points situés au-dessus de cette droite signalent un gain d’efficience, la quantité de protéines animales produite étant supérieure à celle des protéines consommées par les animaux, et inversement pour ceux situés en dessous.
Dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, le passage à des systèmes de production à caractère plus commercial et intensif devrait entraîner un accroissement de la consommation alimentaire par unité animale produite, de l’ordre de 1.7 % par an. Cet accroissement sera néanmoins inférieur à celui de la productivité (2 %), ce qui signifie que l’élevage de non-ruminants améliore son efficience productive globale. L’intensité d’utilisation d’aliments pour animaux devrait progresser plus rapidement dans les pays à faible revenu, signe que la transition de l’élevage vivrier à l’élevage commercial se poursuit, et excéder de ce fait la croissance attendue de la productivité animale. Dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure et dans les pays à revenu élevé, l’intensité de consommation d’aliments pour animaux ne progressera qu’à la marge et son rythme de croissance s’alignera plus étroitement encore sur celui de la productivité. Les progrès de la génétique et de la technologie d’alimentation animale ainsi que la place grandissante de la volaille parmi les animaux d’élevage sont à l’origine de gains d’efficience productive dans ces pays industrialisés.
Les projections indiquent que l’adoption de pratiques et de technologies durables devrait contribuer à améliorer l’efficience des productions animales à l’échelle mondiale. Des innovations telles que l’alimentation de précision, l’amélioration de la gestion des maladies, l’emploi des déchets alimentaires pour l’alimentation animale et l’optimisation des programmes de sélection contribueront sans doute à une utilisation plus efficiente des ressources et à une meilleure productivité globale. Ces progrès aideront grandement à satisfaire la demande croissante de protéines animales tout en contenant les conséquences environnementales de leur production.
Graphique 1.8. Variation annuelle de la quantité de protéines produites et consommées par l’élevage de non-ruminants
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Note : la taille des bulles correspond à la part des non-ruminants (viande porcine, volaille et œufs) dans la production totale de protéines au cours de la période de référence (2022-24).
Source : OCDE/FAO (2025), « Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO », Statistiques agricoles de l’OCDE (base de données), http://data-explorer.oecd.org/s/1hc.
1.3.4. Les pays à revenu intermédiaire sont à l’origine de la hausse de l’utilisation des produits agricoles de base comme matières premières dans la production de biocarburants
Les biocarburants sont des carburants liquides produits à partir de la biomasse et généralement mélangés à des carburants fossiles pour réduire les émissions de GES et accroître la sécurité énergétique. Leur production crée une demande supplémentaire de produits agricoles. C’est du maïs et du sucre qu’est issue la majeure partie de la production d’éthanol, tandis que le biodiesel provient surtout des huiles végétales et des huiles de cuisson usagées, mais le classement de ces matières premières varie d’un pays producteur à un autre (Tableau 1.1).
La demande mondiale de biocarburants devrait progresser au rythme de 0.9 % par an, portée par une demande de carburants en hausse et par les mesures de soutien mises en place à l’échelon national. Au cours des prochaines années, l’essentiel de la croissance de la consommation de biocarburants proviendra vraisemblablement des pays à revenu intermédiaire, en particulier du Brésil et de l’Inde, en ce qui concerne l’éthanol, et de l’Indonésie, en ce qui concerne le biodiesel.
Dans la mesure où la demande de biocarburants reste orientée à la hausse, il n’est pas exclu que les diverses méthodes de production faisant appel à la biomasse non alimentaire aient une incidence sur l’utilisation des principaux produits agricoles en guise de matières premières (Graphique 1.9). Aux États‑Unis, la progression significative de la demande d’huile végétale et de biocarburants issus de déchets au cours de la prochaine décennie pourrait bien faire croître l’offre de gazole renouvelable. Il est possible, cependant, que les risques de fraude – notamment par l’importation de matières premières du biodiesel prétendument issues de déchets – amèneront le pays à imposer des restrictions sur les importations. La croissance de la consommation de biocarburants pourrait aussi être tirée par les carburants d’aviation durables, même si leur part est encore négligeable à ce jour.
Tableau 1.1. Classement des producteurs de biocarburants en fonction des principales matières premières utilisées
Copier le lien de Tableau 1.1. Classement des producteurs de biocarburants en fonction des principales matières premières utilisées|
|
Classement des producteurs en 2022-24 (parts de marché) |
Principales matières premières utilisées pendant la période de référence 2022-24 |
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|---|---|---|---|---|
|
|
Éthanol |
Biodiesel |
Éthanol |
Biodiesel |
|
États-Unis |
N° 1 (45.7 %) |
N° 2 (22.3 %) |
Maïs |
Huile de soja, huiles de cuisson usagées |
|
Union européenne |
N° 5 (5.3 %) |
N° 1 (29.3 %) |
Maïs, blé, betterave sucrière |
Huile de colza, huiles de cuisson usagées, huile de palme |
|
Brésil |
N° 2 (25.3 %) |
N° 4 (11.7 %) |
Canne à sucre, maïs, mélasse |
Huile de soja, huiles de cuisson usagées |
|
Chine |
N° 3 (8.3 %) |
N° 5 (4.3 %) |
Maïs, manioc |
Huiles de cuisson usagées |
|
Inde |
N° 5 (5.4 %) |
N° 15 (0.3 %) |
Canne à sucre, mélasse, riz, maïs, blé |
Huiles de cuisson usagées |
|
Canada |
N° 6 (1.4 %) |
N° 12 (0.9 %) |
Maïs, blé |
Huile de colza, huiles de cuisson usagées, huile de soja |
|
Indonésie |
N° 19 (0.1 %) |
N° 3 (18.5 %) |
Mélasse |
Huile de palme |
|
Argentine |
N° 8 (1 %) |
N° 8 (2.2 %) |
Maïs, canne à sucre, mélasse |
Huile de soja |
|
Thaïlande |
N° 7 (1.1 %) |
N° 7 (2.4 %) |
Mélasse, manioc, canne à sucre |
Huile de palme |
|
Colombie |
N° 15 (0.3 %) |
N° 9 (1.2 %) |
Canne à sucre |
Huile de palme |
Notes : le numéro indique la place du pays considéré dans le classement de la production mondiale ; le pourcentage précise la part de ce même pays dans la production totale pour la période de référence.
Les Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2025-2034 intègrent le « gazole renouvelable » (ou huile végétale hydrotraitée, HVH) dans le biodiesel, bien qu’il s’agisse de deux produits différents.
Source : OCDE/FAO (2025), « Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO », Statistiques agricoles de l’OCDE (base de données), http://data-explorer.oecd.org/s/1hc.
1.4. Production : projections d’évolution pour 2025-2034
Copier le lien de 1.4. Production : projections d’évolution pour 2025-20341.4.1. L’augmentation de la consommation et la modification des préférences alimentaires en faveur des produits d’origine animale devraient orienter les investissements en direction de l’élevage et de l’aquaculture et pousser la production vers le haut
Au cours de la prochaine décennie, la valeur brute de la production agricole mondiale (mesurée en USD constants) devrait augmenter de 14 %, pour atteindre 3 960 milliards USD en 2034. La production animale devrait être en tête de cette tendance (avec une hausse de 16 %), suivie par la production végétale (+14 %), et enfin la production halieutique et aquacole (+12 %). Les pays à revenu intermédiaire de l’Asie développée et de l’Est, de l’Asie du Sud et du Sud-Est, de l’Afrique subsaharienne ainsi que de la région Amérique latine et Caraïbes devraient continuer d’être les principales sources du développement de l’agriculture au niveau mondial (Graphique 1.10), contribuant pour 83 % à la croissance de la production mondiale, contre 79 % au cours de la précédente décennie.
La région Asie-Pacifique englobe l’Asie développée et de l’Est, qui comprend la Chine, ainsi que l’Asie du Sud et du Sud-Est, qui inclut l’Inde. L’ensemble de la région Asie-Pacifique revêt une importance cruciale pour l’avenir de la production agricole mondiale et devrait contribuer pour 54 % à son augmentation. L’Inde devrait être le principal moteur de la hausse de la production en Asie-Pacifique – à hauteur de 40 % –, suivie par la Chine qui, malgré un affaiblissement de sa contribution, continuera de jouer un rôle important. Une part non négligeable de l’augmentation de la production agricole mondiale devrait avoir lieu en Amérique latine et dans les Caraïbes, même si son ampleur sera modérée. En Afrique subsaharienne, au Proche-Orient et en Afrique du Nord, une forte progression de la production est attendue, ce qui portera à 19 % leur contribution globale à la croissance de la production mondiale, contre 13 % pendant la précédente décennie. Dans les régions industrialisées d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie centrale, les perspectives de hausse de la production devraient être limitées en raison des contraintes de ressources et des réglementations, l’augmentation provenant surtout des pays d’Europe orientale et d’Asie centrale.
La part de l’élevage dans la production agricole totale devrait progresser dans les pays à revenu intermédiaire d’Asie ainsi que du Proche-Orient et d’Afrique du Nord (Graphique 1.11). L’accroissement de la demande intérieure de protéines d’origine animale dû à l’augmentation des revenus et des populations dans ces régions, ainsi que les débouchés à l’exportation, sont appelés à attirer davantage d’investissements dans les secteurs de l’élevage et de la pêche, ce qui stimulera la production. Même dans des régions comme l’Amérique latine et les Caraïbes ainsi que l’Afrique subsaharienne, où la part de la production animale est stable ou en légère baisse, la forte progression de l’ensemble de la production au cours des dix prochaines années entraînera dans son sillage celle des produits d’origine animale.
La Chine, qui est à la tête des évolutions constatées dans l’Asie développée et de l’Est, devrait conserver sa part actuelle de produits animaux dans la production agricole totale. En revanche, l’Inde, qui est le moteur des évolutions en Asie du Sud et du Sud-Est, devrait voir la part de sa production animale augmenter fortement d’ici 2034, sous l’effet des hausses substantielles de la production de poisson, de volaille et de produits laitiers. Bien que la production végétale soit aujourd’hui dominante en Afrique subsaharienne, la production animale devrait globalement bondir de 29 % à l’horizon 2034, les plus gros volumes étant enregistrés du côté de la volaille, de la viande bovine et des produits laitiers. Au Proche-Orient et en Afrique du Nord, la volaille et les produits laitiers devraient être les principaux moteurs de la croissance.
Dans presque toutes les régions, la part de la production halieutique et aquacole est en légère baisse. Bien que le volume total de cette production continue de s’accroître, un important ralentissement est à prévoir du fait de la diminution des gains de productivité à l’échelle mondiale causée par le durcissement de la réglementation environnementale et la disponibilité réduite de sites de production adaptés.
En dépit d’une hausse continue de la production animale et aquacole dans les pays à revenu intermédiaire d’Asie, d’Amérique latine et des Caraïbes, et d’Afrique, le potentiel de progression est limité car les producteurs ont un accès restreint aux technologies de production avancées et reçoivent peu d’incitations (prix du marché faibles, coûts des intrants élevés et obstacles réglementaires). Ces défis devront impérativement être relevés de façon durable si l’on veut que les secteurs de l’élevage et de l’aquaculture de ces régions libèrent tout leur potentiel de croissance.
1.4.2. L’augmentation de la production agricole, halieutique et aquacole au niveau mondial, ainsi qu’une évolution à la hausse de la production animale, devraient entraîner une augmentation des émissions de GES du secteur agricole
L’agriculture, la foresterie et les autres affectations des terres (AFAT) représentent environ 22 % des émissions mondiales de GES d’origine anthropique. La moitié de ces émissions provient des émissions directes de méthane et d’oxyde nitreux des exploitations agricoles, et l’autre moitié des émissions indirectes de CO₂ résultant de l’utilisation des terres, du changement d’affectation des terres et de la foresterie (UTCATF) liés à l’expansion de l’agriculture. Les Perspectives s’intéressent uniquement aux émissions directes associées à la production des exploitations agricoles, qui sont utilisées pour établir des projections à partir des données historiques provenant de la base de données FAOSTAT, conformément à l’approche de niveau 1 proposée par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Cette méthode simple consiste à appliquer aux activités agricoles des coefficients d’émissions tels que la taille des cheptels, l’épandage d’engrais de synthèse ou la culture du riz à l’hectare, entre autres. Des méthodes plus approfondies tenant compte des pratiques de gestion fourniraient des estimations plus précises, mais elles ne rentrent pas dans le cadre de ces Perspectives.
En utilisant cette méthode de base, les Perspectives montrent que l’accroissement prévu de la production agricole, halieutique et aquacole mondiale – qui sera dû en partie à l’extension des cheptels et des terres agricoles, en particulier dans les pays à revenu intermédiaire – entraînera directement une hausse des émissions de GES au cours des dix prochaines années. La hausse prévue devrait avoir lieu en majorité en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne, où les troupeaux de ruminants prennent de l’ampleur (Graphique 1.12). On prévoit que d’ici 2034, les émissions directes de GES imputables à l’agriculture augmenteront respectivement de 14 % et 8 % en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud et du Sud-Est. En revanche, dans les pays industrialisés d’Asie, d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie centrale, les émissions ne progresseront que de façon minime étant donné que l’élevage de ruminants n’évoluera pas.
En comparaison avec l’Amérique du Nord, l’Afrique subsaharienne a une population et un cheptel bovin plus de trois fois supérieurs. Or sa productivité – mesurée par la production par animal – équivaut à un dixième seulement. Compte tenu de l’impact mondial des émissions de GES, le fait de concentrer les efforts de réduction des émissions du secteur agricole sur les régions à faible rendement pourrait être très bénéfique. En réorientant l’élevage des ruminants et en augmentant la productivité, un cheptel moins important serait nécessaire pour produire une quantité de protéines animales identique ou supérieure, ce qui permettrait de réduire les émissions de méthane liées à la fermentation entérique et à la gestion des effluents. Ces efforts amélioreraient en outre les moyens d’existence des communautés rurales où sont élevés la plupart des ruminants. Il convient de préciser que si la production bovine dans ces régions génère une grande quantité d’émissions, la consommation plus importante de produits agricoles dans les pays industrialisés (en particulier de produits d’origine animale) contribue également pour une grande part aux émissions mondiales de GES directement liées au secteur agricole. Il en résulte donc que le problème des émissions nécessite une approche équilibrée tenant compte à la fois des modes de production et de consommation au niveau mondial.
Les ruminants et d’autres élevages représenteront, d’après les projections, quelque 70 % de l’augmentation mondiale des émissions directes de GES imputables à l’agriculture ; les engrais de synthèse – qui constituent une autre source majeure d’émissions de GES à cause de l’oxyde nitreux qui se dégage lors de la fertilisation – devraient y contribuer à hauteur de 28 %. Les Perspectives ne tiennent pas compte des émissions de GES provenant de la production des engrais, mais le fait de les inclure multiplierait par deux l’empreinte écologique indiquée. La riziculture est une autre source importante d’émissions directes de GES liées à l’agriculture, les rizières irriguées émettant de grandes quantités de méthane. Toutefois, l’augmentation prévue de la production de riz devrait provenir principalement de l’amélioration des rendements – et non de l’extension des rizières –, ce qui fera baisser les émissions liées à la riziculture.
Il est important de noter que si les émissions directes de GES sont une composante essentielle de l’empreinte écologique de l’AFAT, elles ne sont pas la seule. L’intégration d’autres facteurs aux indicateurs de durabilité (comme l’incidence des activités agricoles sur les ressources en eau, la santé des sols et la biodiversité, la capacité du secteur à séquestrer le carbone et à promouvoir la résilience environnementale) permettrait d’avoir une vision plus exhaustive des questions agro-environnementales. Une telle approche permettrait d’étayer l’analyse des diverses options à la disposition des pouvoirs publics pour gérer et améliorer l’empreinte écologique du secteur agricole en ne se contentant pas de traiter la question des émissions de GES.
1.4.3. La croissance de la production agricole mondiale sera stimulée par des gains de productivité – qui réduiront l’intensité carbone du secteur –, mais des écarts importants subsisteront dans ce domaine
En supposant une poursuite de la transition vers des systèmes de production plus intensifs dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, les projections montrent que la hausse de la production végétale mondiale proviendra à 83 % de l’amélioration des rendements. De la même manière, la progression de la production animale, halieutique et aquacole devrait résulter pour une très grande part des gains de productivité, même si l’expansion des troupeaux jouera également un rôle important. L’adoption progressive de meilleures techniques de sélection génétique, l’amélioration de la gestion des exploitations agricoles, l’utilisation accrue d’intrants comme les engrais et les produits chimiques, ainsi que l’accès accru à des services vétérinaires pour les animaux devraient progressivement accroître la productivité de l’agriculture dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire.
Dans la mesure où la hausse de la production proviendra en grande partie des améliorations de la productivité – et non de l’expansion des terres cultivées ou des cheptels –, on s’attend à ce que l’intensité carbone de la production agricole diminue dans toutes les régions au cours de la prochaine décennie. L’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud devraient connaître les baisses de l’intensité carbone (c’est-à-dire le volume d’émissions par unité de production ou par activité) les plus importantes, malgré l’augmentation du niveau des émissions directes de GES. La raison à cela est qu’il est généralement plus facile de réduire les émissions dans les systèmes de production qui en génèrent initialement beaucoup que dans les régions où les rendements sont plus élevés et où les gains marginaux provenant de la réduction des émissions sont faibles.
En dépit des projections de hausse de la productivité agricole dans un grand nombre de pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, de grandes disparités subsistent avec les pays industrialisés. Le Graphique 1.13 représente les variations de rendements qui existent entre les régions pour une sélection de produits végétaux. Les produits de l’élevage et les produits végétaux, comme le maïs et le riz, sont les produits qui affichent les plus grands écarts du fait des différences entre les technologies utilisées et du leur potentiel de rendement supérieur. Comme le montre le graphique précité, les différences de rendements ne devraient pas beaucoup évoluer au cours de la prochaine décennie.
Bien que ces disparités puissent s’expliquer en partie par les différentes conditions agroécologiques, les écarts dans l’accès aux financements, aux technologies agricoles modernes, les compétences de la main-d’œuvre et l’utilisation des intrants sont d’autres facteurs importants. Pour répondre à la demande alimentaire future sans accroître la taille des cheptels, les surfaces agricoles et, par conséquent, les émissions de GES de l’agriculture, une piste possible consiste à réduire les écarts technologiques existants en ce qui concerne les élevages et les terres cultivées ou, de manière plus générale, à intensifier de façon durable les systèmes agricoles. L’initiative Main dans la main de la FAO (voir l’Encadré 1.3), conçue et dirigée par les pays à l’aide de données probantes, vise à accélérer la transformation des systèmes agroalimentaires dans le but d’éradiquer la pauvreté, d’éliminer la faim et la malnutrition, ainsi que de réduire les inégalités.
Graphique 1.13. Évolution des rendements prévus d’une sélection de cultures dans certaines régions, entre 2022-24 et 2034
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Note : la productivité est mesurée en tonnes de céréales par surface récoltée pour les cultures, en tonnes de lait par vache pour les produits laitiers, en tonnes de viande pour 100 animaux productifs pour la viande bovine et porcine, et en tonnes de viande pour 1 000 poules pondeuses pour la volaille. Chaque symbole représente le rendement moyen d’un produit donné dans une région donnée. Les lignes rouges correspondent à la moyenne mondiale par produit.
Source : OCDE/FAO (2025), « Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO », Statistiques agricoles de l’OCDE (base de données), http://data-explorer.oecd.org/s/1hc.
Encadré 1.4. L’initiative Main dans la main ou la transformation des systèmes agroalimentaires
Copier le lien de Encadré 1.4. L’initiative Main dans la main ou la transformation des systèmes agroalimentairesLancée en 2019, l’initiative Main dans la main (HIH) de la FAO vise à accélérer la transformation des systèmes agroalimentaires et le développement rural à grande échelle en promouvant des investissements ciblés et des partenariats. L’initiative encourage les partenariats entre les pays qui y adhèrent et les investisseurs, créant ainsi des opportunités d’investissement aux niveaux national et régional. Lors du Forum de l’investissement Main dans la main qui a lieu chaque année, les autorités nationales peuvent présenter leurs priorités d’investissement afin d’orienter la transformation des systèmes agroalimentaires dans leurs pays.
Accroître la productivité de l’agriculture et réduire la pauvreté et l’insécurité alimentaire
L’initiative HIH privilégie les régions du monde les plus vulnérables, ciblant les investissements là où la productivité agricole et les économies rurales sont les plus faibles. Elle fait appel à des techniques d’analyse avancées et à des données géospatiales pour déterminer à quels endroits les interventions auront le plus d’impact, afin de s’assurer que les investissements profiteront aux communautés qui en ont le plus besoin. Les Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO peuvent être utiles dans ce processus, en fournissant des projections économiques et des éclairages stratégiques, ainsi qu’en identifiant des domaines d’action possibles pour permettre une prise de décision éclairée.
Afin d’accroître la productivité de façon durable, l’initiative HIH promeut une agriculture climato-compatible, l’amélioration des systèmes d’irrigation ainsi que la gestion durable des terres. Ces efforts permettent de combler les écarts technologiques et de mettre en place des solutions durables pilotées à l’échelon local, qui contribuent à la résilience économique et environnementale à long terme. Les projets notables d’amélioration de la productivité sont par exemple les suivants :
En Éthiopie, l’initiative HIH cible les zones agricoles à fort potentiel telles que les zones d’approvisionnement en produits agricoles de Bulbula à l’est de la région d’Oromia, où les investissements dans les engrais, les variétés de semences et les machines agricoles devraient considérablement stimuler la production et la commercialisation du blé (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, 2022[17]).
Au Guatemala, les typologies territoriales établies grâce à l’initiative Main dans la main ont été intégrées dans le système d’investissement public national et font désormais partie du cadre de planification gouvernemental qui est utilisé pour analyser l’ensemble des investissements publics, dont l’affectation de fonds pour l’irrigation et l’infrastructure routière (FAO, 2024[18]).
En Afrique du Sud, le plan d’investissement établi par l’initiative HIH – qui s’élève à presque 553 millions USD – met l’accent sur les systèmes d’irrigation pour accroître l’industrialisation et la mécanisation de l’agriculture, ainsi que pour améliorer l’intégration commerciale des marchés (FAO, 2024[19]).
Renforcer les économies rurales et l’accès aux marchés
L’initiative Main dans la main reconnaît l’importance du développement économique dans les zones rurales. Les partenariats public-privé qu’elle suscite permettent de renforcer les chaînes de valeur agricoles, de la production à la distribution en passant par la transformation. Les Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO complètent cet effort en fournissant des projections sur les tendances de la croissance à l’échelle mondiale, ce qui aide les responsables de l’action publique à aligner leurs stratégies agricoles sur les marchés internationaux.
Promouvoir la résilience et la durabilité
Les investissements dans les énergies renouvelables, l’agroforesterie et la gestion durable de la filière de l’élevage contribuent à la viabilité à long terme. Une autre priorité est la gestion efficiente de l’eau et des ressources naturelles. Grâce à la préservation des sols, aux actions de reforestation et à l’optimisation des techniques d’irrigation, l’initiative HIH améliore la productivité sans provoquer l’épuisement des ressources naturelles (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, 2024[20]).
La possibilité de modifier la trajectoire de l’agriculture mondiale
Lorsqu’elle est mise en œuvre par les autorités publiques et des partenaires (dont le secteur privé, des banques, des fonds de soutien, des institutions financières internationales et des partenaires de développement internationaux), l’initiative HIH peut influer sur l’avenir des systèmes agroalimentaires mondiaux en les rendant plus inclusifs, plus productifs et plus durables pour les générations futures.
1.5. Analyse de scénario : réduire les émissions et éradiquer la faim ?
Copier le lien de 1.5. Analyse de scénario : réduire les émissions et éradiquer la faim ?1.5.1. Présentation des technologies de réduction des émissions
Le secteur agricole est reconnu non seulement comme un émetteur de gaz à effet de serre (GES), mais aussi comme une possible source de solutions. Les émissions de GES imputables à l’agriculture – principalement du méthane (CH₄), de l’oxyde nitreux (N₂O) et du dioxyde de carbone (CO₂) – proviennent de toutes sortes d’activités, dont la fermentation entérique des animaux d’élevage, la gestion des effluents, la riziculture, l’épandage d’engrais et les changements d’affectation des terres. À mesure que la demande alimentaire mondiale continue d’augmenter, la difficulté consiste à réduire l’impact environnemental de la production agricole tout en assurant la sécurité alimentaire (Section 1.4.2).
L’édition 2024 des Perspectives (OCDE/FAO, 2024[21]) présentait un scénario simplifié simulant les effets d’une diminution de moitié, à l’horizon 2030, des pertes alimentaires le long des chaînes d’approvisionnement et d’une réduction des gaspillages au niveau de la distribution et des consommateurs, conformément à la cible 12.3 des Objectifs de développement durable. Ce scénario laissait entrevoir la possibilité d’une diminution de 4 % des émissions mondiales de GES de l’agriculture, qui se répartirait de manière relativement homogène entre les pays, quel que soit leur niveau de revenu. Il prévoyait en outre une baisse des prix de l’alimentation se traduisant par une augmentation de la ration alimentaire dans les pays à faible revenu (+10 %) et dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure (+6 %), ce qui entraînerait à terme une diminution de 153 millions du nombre d’individus souffrant de sous-alimentation (–26 %) d’ici 2030.
L’édition 2025 des Perspectives examine d’autres pistes possibles pour réduire l’impact environnemental de la production agricole tout en éradiquant la sous-alimentation dans le monde, en se concentrant sur l’utilisation à grande échelle de technologies de réduction des émissions. Dans le domaine de l’agriculture, les technologies précitées englobent un large éventail d’innovations, d’outils et de pratiques conçus pour abaisser les émissions de GES provenant des systèmes de production sans nuire à la productivité. Cela comprend à la fois des interventions biologiques et techniques qui agissent sur les principales sources d’émissions dans les secteurs de la production végétale et animale. Les paragraphes suivants fournissent des exemples des technologies qui sont en cours de développement ou de mise en œuvre pour réduire les émissions de GES tout en préservant ou améliorant la productivité de l’agriculture.
Dans le secteur de l’élevage, les technologies d’atténuation visent surtout à réduire les émissions de méthane liées à la fermentation entérique, à accroître l’efficacité alimentaire et à améliorer les systèmes de gestion des effluents. La gestion des rations alimentaires joue un rôle central et des stratégies comme l’optimisation du rendement et de la qualité des pâturages, l’amélioration de la digestibilité des fourrages et l’équilibrage des rations avec précision sont mises en œuvre avec l’aide de l’intelligence artificielle. Ces procédés permettent d’accroître l’efficacité de la conversion alimentaire et de réduire la production de méthane au cours de la digestion. Des additifs comme le 3-NOP et le Bovaer, déjà autorisés dans l’Union européenne, ont prouvé leur efficacité pour réduire les émissions des ruminants, mais leur utilisation continue d’être problématique dans les pays à faible revenu et les pays à revenu intermédiaire où le pâturage reste prédominant. L’utilisation d’algues dans l’alimentation des ruminants offre d’autres possibilités, même si des études plus approfondies sont nécessaires pour évaluer leurs impacts et leur extensibilité sur le long terme. La gestion de la reproduction, la prévention et le traitement des maladies, ainsi que la sélection animale peuvent également contribuer de manière significative à réduire les émissions de méthane grâce à un meilleur rapport d’efficacité entre aliments et émissions.
Les technologies permettant une meilleure gestion des effluents offrent une autre possibilité de réduction des émissions. Les digesteurs anaérobies capturent le méthane émanant des effluents entreposés et le transforment en biogaz renouvelable. D’autres techniques comme la séparation des solides et des liquides, l’utilisation de cuves de stockage fermées et des méthodes d’épandage des effluents plus efficaces permettent de réduire les émissions directes de méthane et les pertes d’azote. Des techniques d’épandage peu polluantes – comme l’utilisation de pendillards – ont montré qu’elles permettaient de réduire sensiblement la volatilisation de l’ammoniac et les émissions indirectes qui y sont associées. Toutefois, malgré le potentiel qu’elles offrent sur le plan technique, ces solutions ont généralement été peu adoptées. Les obstacles à leur adoption sont notamment le coût élevé des investissements initiaux, l’inadéquation des infrastructures et l’absence de cadres d’action facilitateurs ou d’incitations financières. Par conséquent, les producteurs manquent souvent de moyens ou de motivation pour adopter de telles pratiques, en particulier dans les zones où l’accès au crédit ou aux services de conseil est limité.
Dans le secteur de la production végétale, les technologies de réduction des émissions consistent surtout à améliorer l’efficacité de l’utilisation des éléments nutritifs, à limiter le plus possible la perturbation du sol et à accroître la séquestration du carbone dans les sols. L’agriculture de précision offre à cet égard d’importantes possibilités en permettant l’application ciblée des intrants à l’aide d’équipements guidés par GPS, de capteurs en temps réel et de l’apprentissage automatique. Les engrais et les pesticides peuvent ainsi être épandus de façon plus précise, avec moins d’émissions d’oxyde nitreux et moins de rejets dans l’environnement. Le respect des périodes et des méthodes d’épandage des intrants est par ailleurs capital. Une meilleure synchronisation de l’épandage des effluents et des engrais avec les besoins en nutriments des cultures, ainsi que l’utilisation d’inhibiteurs de la nitrification et de technologies à taux variable, peuvent réduire sensiblement les émissions et les pertes de nutriments.
Outre la gestion des intrants, diverses pratiques concernant les sols et le paysage contribuent à l’atténuation des émissions et au stockage du carbone. Le travail de conservation du sol et l’absence de labour aident à retenir le carbone organique des sols, tandis que l’utilisation de cultures de couverture d’hiver et la création de zones tampons réduisent l’érosion et le lessivage de l’azote. Dans les zones humides, la restauration des tourbières et la réhumidification des sols organiques offrent des possibilités prometteuses de séquestration du carbone sur le long terme. D’autres solutions innovantes (comme l’agrivoltaïque) sont à l’étude et visent à combiner l’utilisation des terres agricoles avec la production d’énergie solaire.
Malgré le large éventail de technologies disponibles, le taux d’adoption reste limité, en particulier dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire. Les obstacles sont notamment les coûts initiaux élevés, l’accès limité aux financements, des incitations insuffisantes de la part des pouvoirs publics, et l’absence générale de sensibilisation ou de soutien technique. Dans ces pays, la promotion de pratiques peu onéreuses, adaptées aux spécificités locales – comme la gestion intégrée des nutriments et de l’eau, le recyclage des matières organiques, l’agroforesterie et l’amélioration de la rotation des cultures – offre de multiples retombées bénéfiques et sert de point de départ concret lorsque l’on manque de solutions à forte intensité de capital.
1.5.2. Mise en œuvre des technologies de réduction des émissions selon le modèle Aglink-Cosimo
Comme l’explique la Section 1.4.2, les Perspectives se concentrent exclusivement sur les émissions directes de GES liées à la production des exploitations agricoles. Les données sur les émissions de GES sont tirées des séries chronologiques de FAOSTAT avant de faire l’objet de projections conformément à l’approche de niveau 1 proposée par le GIEC. Dans le scénario de référence, les émissions sont calculées en appliquant – pour chaque produit – des coefficients d’émissions à un ensemble d’activités de production comme la fermentation entérique, la gestion des effluents, la riziculture, l’épandage d’engrais de synthèse, l’épandage des effluents sur les sols et le fait de les laisser dans les pâturages.
Si une étude plus approfondie (à un niveau supérieur) permettrait une estimation plus précise des émissions, le manque de données à l’échelle mondiale limite actuellement l’ampleur de la modélisation sur le degré d’adoption des technologies de réduction des émissions par les producteurs. Par conséquent, pour évaluer l’impact potentiel de ces technologies sur l’agriculture mondiale via l’analyse de scénarios – en utilisant le modèle Aglink-Cosimo –, d’autres méthodes ont été mises au point pour intégrer la dynamique de l’atténuation de l’offre.
Réduire les émissions à l’aide de technologies tout en maintenant les niveaux de production requiert des producteurs qu’ils réalisent des investissements supplémentaires pouvant parfois s’avérer substantiels. Le lien entre le coût de la mise en œuvre et la quantité d’émissions réduites varie selon la région et le type d’activité agricole. Il est généralement évalué à l’aide de courbes de coût marginal de réduction (CMR), qui représentent le rapport coût-efficacité des différentes options d’atténuation.
Les courbes de CMR utilisées dans la présente analyse résultent du modèle GLOBIOM (Global Biosphere Management Model, ou modèle de gestion de la biosphère mondiale), conçu par l’Institut international pour l’analyse des systèmes appliqués (IIASA) (IIASA, 2023[22]). Le GLOBIOM étudie l’influence des décisions prises en matière d’agriculture et d’affectation des terres sur le niveau des émissions de GES. L’intégration de ces informations dans le modèle Aglink-Cosimo permet de simuler la réaction des producteurs aux incitations financières qui majorent le coût des émissions. Dans ce type de cas, il est attendu que les producteurs adoptent des pratiques plus efficientes (comme l’amélioration de l’alimentation ou de la génétique des animaux, ou encore la modernisation des équipements) pour réduire les émissions sans faire de concessions sur la production.
Dans la pratique, le coefficient d’émission est la principale variable qui est ajustée dans ce scénario afin de refléter la réduction possible de l’intensité des émissions. Cette réduction correspond à l’adoption de technologies plus écologiques et de systèmes de production plus efficients. Dans le modèle Aglink-Cosimo, cela se traduit par des coefficients d’émissions différents du scénario de référence, en adéquation avec les progrès technologiques et les changements structurels attendus, bien que les processus sous-jacents ne soient pas explicitement examinés du fait de la structure d’équilibre partiel du modèle. Le modèle GLOBIOM renseigne sur le coût marginal de réduction, en tablant sur un prix du carbone de 60 USD par tonne d’équivalent CO₂. Cette valeur approximative permet de relier les nouveaux coefficients d’émissions avec les coûts de production y afférents. Dans le modèle Aglink-Cosimo, ces coûts sont ajoutés aux autres coûts de production, en supposant que la charge en est assumée pleinement par les producteurs.
1.5.3. Les technologies de réduction des émissions nécessitent une augmentation moindre de la productivité pour atteindre l’objectif de faim « zéro » de manière durable
Le scénario élaboré dans l’édition 2022 des Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO (OCDE/FAO, 2022[23]) prévoyait l’élimination de la faim à l’échelle mondiale à l’horizon 2030 tout en maintenant les émissions de GES imputables à l’agriculture dans les limites autorisées pour atteindre un réchauffement planétaire de 1.5-2 °C. L’analyse reposait sur l’hypothèse que l’investissement dans la productivité agricole et l’amélioration de l’accès aux marchés allaient s’accélérer, et qu’un soutien ciblé serait fourni aux régions à faible revenu et en situation d’insécurité alimentaire.
Pour que les deux objectifs susmentionnés soient atteints, le scénario de 2022 prévoyait une nécessaire augmentation de la productivité agricole mondiale de 28 % au cours de la décennie suivante, soit trois fois plus que dans les projections du scénario de référence. Ce gain de productivité était nécessaire pour répondre à l’augmentation de la demande alimentaire, en particulier en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, tout en évitant d’avoir à étendre l’utilisation des terres à des fins agricoles, qui est une cause majeure des émissions de GES. Bien que le scénario ait mis l’accent sur l’augmentation de la productivité, il n’a pas envisagé l’adoption à grande échelle de technologies de réduction des émissions du côté de la production.
S’appuyant sur le scénario de 2022, la présente édition des Perspectives introduit un nouveau scénario intégrant l’utilisation de technologies permettant de réduire les émissions de GES liées à la production agricole, qui correspond au coût marginal de réduction des émissions en tablant sur un prix de carbone fixé à 60 USD par tonne d’équivalent CO₂. L’intégration de ces technologies modifie sensiblement ce qui est attendu du côté de la production pour atteindre les deux objectifs susmentionnés. En cas d’adoption généralisée de ces technologies, l’augmentation globale de la productivité qui est nécessaire pour accroître la quantité de nourriture à la disposition des ménages de toutes les catégories de revenu de manière à parvenir à éliminer la faim6 et pour faire baisser de 7 % des émissions de GES par rapport à la période de référence (2022-24) passe de 28 % à 15 % au niveau mondial à l’horizon 20347.
L’objectif de faim « zéro » est atteint en portant le revenu moyen par habitant à un niveau suffisant pour que la prévalence de la sous-alimentation passe en dessous du seuil de 2.5 % dans tous les pays où les projections l’annoncent supérieure à ce seuil dans le scénario de référence. La consommation alimentaire dans les pays jouissant de la sécurité alimentaire devrait rester inchangée par rapport au scénario de référence. Dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, l’augmentation de l’apport moyen en calories qui est nécessaire pour réduire la famine est estimée à 10 % entre la période de référence et l’échéance du scénario. Dans les pays à faible revenu, une hausse de 35 % serait requise. Ces hypothèses sont représentées sur le Graphique 1.14.
Pour atteindre cet objectif de faim « zéro », sans tabler sur une diminution significative des inégalités d’accès à la nourriture, il faut que la production alimentaire augmente de 10 %, en particulier dans les pays à faible revenu et dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure. La réduction des émissions générées par ce surcroît de production de telle sorte que les émissions directes de GES imputables à la production des exploitations agricoles diminuent de 7 % par rapport à leur niveau actuel suppose des gains de productivité et une adoption à plus grande échelle des technologies de réduction des émissions. Le Graphique 1.15 montre que l’importance relative de ces évolutions varie selon les régions.
Dans les régions comptant un pourcentage élevé de pays à faible revenu (Afrique subsaharienne, Proche-Orient et Afrique du Nord, Asie du Sud-Est), on note surtout une hausse de la production. Celle-ci est particulièrement évidente en Afrique, où les émissions de GES continuent de s’accroître par rapport à la situation actuelle. La principale raison est que l’élimination de la faim dans ces régions nécessite une forte augmentation de la production.
En revanche, dans les régions jouissant d’une plus grande sécurité alimentaire (Europe et Asie centrale, Amérique du Nord, Amérique latine et Caraïbes, Asie développée et de l’Est), les gains de productivité et l’adoption de technologies de réduction des émissions sont les évolutions qui dominent. Leur conséquence est une baisse absolue des émissions de GES.
Graphique 1.15. Croissance de la production agricole et des émissions de GES entre 2022‑24 (base de référence) et 2034 (scénario envisagé)
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Note : ce graphique illustre les projections de l’augmentation annuelle des émissions directes de GES de l’agriculture et de la valeur nette estimée de la production des produits végétaux et animaux pris en compte dans les Perspectives (en USD constants de 2014-16). La taille des bulles représente le volume des émissions de GES d’origine agricole en 2034. Ces estimations sont fondées sur des séries chronologiques provenant de la base de données de FAOSTAT « Changement climatique : émissions provenant des systèmes agroalimentaires », complétées à l’aide de la base de données élaborée pour les besoins des Perspectives. Les équivalents CO2 sont calculés sur la base du potentiel de réchauffement global de chaque gaz figurant dans le sixième Rapport d’évaluation du GIEC. Pour les catégories d’émission qui ne sont associées à aucune des variables étudiées (à savoir les émissions liées à l’exploitation de sols organiques et aux feux de savane), la valeur disponible la plus récente a été retenue. La catégorie « Autres » comprend les émissions directes de GES dues aux résidus de récolte et à leur incinération, aux feux de savane et à l’exploitation des sols organiques. La valeur nette de la production repose sur les estimations par les auteurs de l’utilisation de semences et d’aliments pour animaux autoproduits.
Source : FAOSTAT, base de données sur les émissions d’origine agricole et base de données sur la valeur de la production agricole, http://www.fao.org/faostat/fr/#data/, consultées en janvier 2025 ; OCDE/FAO (2025), « Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO », Statistiques agricoles de l’OCDE (base de données), http://data-explorer.oecd.org/s/1hc.
1.6. Échanges : projections d’évolution pour 2025-2034
Copier le lien de 1.6. Échanges : projections d’évolution pour 2025-20341.6.1. Les échanges entre régions exportatrices et régions importatrices vont s’intensifier
Suite à la conclusion de l’Accord de l’OMC sur l’agriculture en janvier 1995 et à l’adhésion de la Chine à cette organisation en décembre 2001, le commerce de produits agroalimentaires a considérablement augmenté. La part des produits étudiés dans les Perspectives qui font l’objet d’échanges est passée de 16 % en 2000 à 23 % au cours de la période de référence 2022-24, ce qui montre que les échanges progressent plus vite que la production agricole.
Le commerce agroalimentaire mondial a également affiché une remarquable résilience au cours des dernières années, malgré les nombreuses perturbations auxquelles il a été confronté. La pandémie de Covid-19, les conflits géopolitiques, le protectionnisme commercial et les goulets d’étranglement sur les chaînes d’approvisionnement ont représenté d’importants défis. Le secteur a néanmoins réussi à s’adapter et à continuer à fonctionner, ce qui atteste de sa robustesse et de sa résilience. Toutefois, depuis 2019, la part de la production qui est commercialisée s’est stabilisée entre 22 % et 23 %.
Dans la mesure où la production agricole se trouve souvent à distance des régions où la demande en matière d’alimentation humaine et animale devrait le plus augmenter, une coopération multilatérale efficace et un système commercial reposant sur des règles demeurent extrêmement importants. Ces mécanismes offrent la garantie que les produits alimentaires peuvent être efficacement distribués des régions excédentaires vers celles qui sont déficitaires, assurant ainsi la sécurité alimentaire à l’échelle mondiale et la subsistance des populations rurales. En supposant que les marchés mondiaux de produits agricoles continueront à fonctionner correctement, les Perspectives prévoient que le pourcentage de calories consommées qui traversent les frontières internationales se stabilisera aux alentours de 22 %. Cette projection montre l’importance continue des échanges internationaux pour la croissance du secteur agroalimentaire mondial, et souligne la nécessité de préserver et de renforcer les cadres commerciaux existants.
La différenciation croissante entre les régions exportatrices ou importatrices nettes de produits agricoles devrait se poursuivre dans les dix prochaines années (Graphique 1.6). Les régions exportatrices nettes (Amérique latine, Amérique du Nord, Europe et Asie centrale) assisteront sans doute à une augmentation de leurs excédents. En Amérique latine, les principaux pays exportateurs (comme le Brésil, l’Argentine et le Paraguay) ont enregistré une forte hausse de leurs exportations au cours de la précédente décennie et devraient continuer à générer des excédents, confirmant ainsi la position de la région au premier rang des exportations agricoles mondiales. L’Amérique du Nord devrait conserver la deuxième position, ses exportations agricoles nettes enregistrant un rebond après être retombées de leur niveau record de 2020 et s’être stabilisées à un niveau inférieur. La région Europe et Asie centrale est devenue exportatrice nette en 2014, après la restructuration et le développement de l’agriculture ainsi que les améliorations de la productivité qui en ont résulté du fait des investissements intérieurs et étrangers dans les pays de la mer Noire.
À l’opposé, les régions enregistrant une forte croissance démographique et une expansion de la classe moyenne devraient voir leurs importations nettes augmenter proportionnellement à la hausse de leur consommation. En Asie du Sud et du Sud-Est, la demande tirée par les revenus et la croissance démographique aux Philippines, en Malaisie, en Inde, au Viet Nam et en Thaïlande ont fait passer la région du statut d’exportatrice nette il y a dix ans à importatrice nette pendant la période de référence. Sur le moyen terme, des pays comme la République islamique d’Iran, les Philippines, l’Indonésie, la Malaisie ainsi que les pays les moins avancés de la région feront croître la demande d’importations. En Afrique subsaharienne, où les marchés mondiaux de produits agroalimentaires sont indispensables pour répondre aux besoins de sécurité alimentaire d’une population connaissant une croissance rapide, les importations nettes d’aliments de base devraient bondir de 55 % d’ici 2034. Néanmoins, l’Afrique voit progresser ses exportations de fruits (voir l’Encadré 1.5). Dans la région Proche-Orient et Afrique du Nord, les importations devraient s’accroître tandis que les exportations seront en baisse. La croissance démographique et les perspectives de production intérieure limitée – due au manque de ressources – contribueront à une hausse des importations nettes estimée à 34 % à l’horizon 2034.
Encadré 1.5. Le rôle des fruits en Afrique
Copier le lien de Encadré 1.5. Le rôle des fruits en AfriqueLe secteur des fruits représente une source essentielle de nourriture et recèle un fort potentiel rémunérateur sur un marché mondial de plus en plus concurrentiel. La majorité de la production de fruits est, en Afrique, destinée à la consommation interne. Ces fruits assurent à la population un apport en micronutriments essentiels et une relative diversification alimentaire, et l’on voit depuis quelques années croître sensiblement les échanges commerciaux dont ils font l’objet.
Compte tenu des importantes retombées économiques par hectare que génèrent certaines cultures de fruits, le développement durable de ce secteur est un moyen d’optimiser les ressources limitées du continent et de contribuer à réduire le déficit commercial qui est le sien en ce qui concerne les aliments essentiels. Le secteur peut contribuer encore à la sécurité alimentaire en étant une source de revenu pour les producteurs agricoles et en améliorant l’alimentation des ménages.
Les principaux fruits produits, en quantité et en valeur, sont la banane plantain et la banane à cuire, qui servent d’aliments de base en raison de leur teneur en amidon, ainsi que la banane. Les principaux producteurs de fruits en Afrique, au regard de la valeur de la production, sont l’Algérie, l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Maroc et le Nigéria.
Les fruits faisant l’objet d’échanges commerciaux à l’échelle du continent sont très différents de ceux échangés avec l’extérieur. Les fruits les plus fréquemment commercialisés en Afrique sont les pommes, les jus de fruits et les bananes. Les exportations quant à elles concernent essentiellement les agrumes et le raisin, en raison de leur valeur unitaire plus élevée sur les marchés extérieurs. Cette tendance est portée presque exclusivement par l’expansion des exportations de l’Afrique du Sud, de l’Égypte et du Maroc, qui ont considérablement progressé au cours des deux décennies précédentes (Graphique 1.17).
Tendances et perspectives
D’après les projections établies pour la production de bananes et de fruits tropicaux et dont il est fait état au Chapitre 10 de la présente publication, la possible progression de la production de fruits en Afrique d’ici 2034 sera probablement influencée par une extension modérée des surfaces cultivées, mais aussi par une productivité toujours médiocre. La croissance de la consommation ne sera pour sa part que graduelle en raison d’une faible croissance des revenus, des problèmes environnementaux et des contraintes géopolitiques qui pèseront sur l’accès aux consommateurs et sur l’accessibilité des produits. Dans ces circonstances, l’amélioration du bilan nutritionnel paraît bien incertaine.
La croissance des échanges à l’échelle de l’Afrique devrait être favorisée par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et l’urbanisation, qui est propice à la création de chaînes de valeurs formelles pour la production de fruits. En ce qui concerne les débouchés commerciaux extérieurs, l’Afrique du Sud devrait continuer à tirer parti de la progression de la demande au Proche-Orient, et notamment en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis (EAU), ainsi que sur les marchés d’Extrême-Orient. Le Maroc et l’Égypte jouissent pour leur part d’une excellente situation pour satisfaire la demande d’importations des marchés européens, qui est en hausse. Les exportations de fruits du Kenya devraient elles aussi augmenter, en particulier celles d’avocats, en raison d’une demande de plus en plus forte sur les marchés mondiaux et de nouveaux investissements visant à développer les capacités de production.
Les principaux leviers de croissance future du secteur des fruits en Afrique sont les infrastructures de transport et la chaîne du froid. Les pays enclavés se heurtent à des problèmes particulièrement importants, puisqu’il leur est extrêmement difficile d’accéder aux marchés internationaux. En outre, les périodes de récolte soumettent le secteur aux aléas météorologiques qui compliquent encore la production et la commercialisation.
1.6.2. Les échanges jouent un rôle crucial au regard de l’amélioration de la sécurité alimentaire, de la nutrition et de la durabilité environnementale
Les échanges internationaux de produits agricoles sont extrêmement importants pour équilibrer les excédents et les déficits alimentaires entre les pays, stabiliser les prix de l’alimentation et fournir aux consommateurs du monde entier des aliments plus variés et nutritifs. Ils permettent aussi aux parties prenantes des secteurs de l’agriculture et de l’alimentation d’intervenir sur les marchés mondiaux et les chaînes de valeur agroalimentaires, ce qui accroît leur capacité à produire, à engranger des revenus et à acheter des produits alimentaires.
Par ailleurs, en permettant un transfert efficient de produits entre les régions possédant des capacités de production optimales et celles qui en ont besoin, avec l’appui de dispositions et de normes environnementales promouvant des pratiques agricoles durables dans les accords commerciaux, les échanges agricoles peuvent encourager une utilisation plus durable des terres, de l’eau et d’autres ressources naturelles, réduisant ainsi la pression qui pèse sur les écosystèmes locaux et diminuant l’empreinte carbone du secteur à l’échelle mondiale. Cela dit, l’impact net des échanges agroalimentaires internationaux sur l’environnement est difficile à déterminer car la relocalisation de la production vers des régions où les normes environnementales sont moins strictes et le transport des produits agricoles sur de longues distances peuvent contribuer à la hausse des émissions de gaz à effet de serre.
Il est indispensable que le cadre des échanges actuel évolue, de manière à garantir la sécurité alimentaire et la nutrition des populations en situation de déficit alimentaire mais aussi la durabilité environnementale, afin que les bienfaits du commerce ne soient pas préjudiciables à l’environnement. L’Encadré 1.6 présente de façon succincte les travaux concernant le lien entre le commerce, la nutrition et la viabilité écologique. Si essentiels qu’ils soient à la durabilité, les aspects sociaux et économiques demeurent difficiles à quantifier ou à modéliser. Il sera nécessaire de mettre au point de nouvelles approches analytiques et de nouvelles méthodes qui n’entrent pas dans le cadre du modèle Aglink‑Cosimo.
Encadré 1.6. Le rôle des échanges au regard de l’amélioration de la sécurité alimentaire, de la nutrition et de la durabilité environnementale
Copier le lien de Encadré 1.6. Le rôle des échanges au regard de l’amélioration de la sécurité alimentaire, de la nutrition et de la durabilité environnementaleLe commerce fait partie intégrante des systèmes agroalimentaires car il établit le lien entre les producteurs et les consommateurs du monde entier. Il permet de transférer les produits des régions excédentaires vers celles qui sont déficitaires, contribuant ainsi à la sécurité alimentaire, à la stabilisation des prix et à la diversification des régimes alimentaires.
Le commerce international a joué un rôle clé en rendant cette transformation nutritionnelle possible. En 2023, les échanges mondiaux de produits agricoles et alimentaires ont atteint 1 900 milliards USD. Le volume des calories échangées a plus que doublé entre 2000 et 2023. La diversité des produits disponibles à la consommation s’est considérablement accrue, avec une moyenne actuelle de 225 contre 120 du côté de la production intérieure (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, 2024[24]). Les échanges permettent donc aux pays disposant de ressources agroécologiques réduites de compléter leur production intérieure avec des importations riches en éléments nutritifs qui offrent une garantie de qualité nutritionnelle et de sécurité alimentaire. L’analyse empirique laisse entendre que l’ouverture commerciale a tendance à réduire le retard de croissance chez les enfants de moins de cinq ans, quel que soit le niveau de revenu du pays.
Cependant, les échanges peuvent aussi contribuer à accroître la disponibilité d’aliments très énergétiques, riches en matières grasses, en sucre et/ou en sel, même si leurs effets en termes d’obésité sont hétérogènes et liés aux habitudes et aux contextes alimentaires de chaque pays (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, 2024[24]). Pour ce qui est des pays très dépendants des importations, une disponibilité accrue d’aliments (ultra-)transformés via les échanges peut accélérer la transition vers une alimentation obésogène.
Pourtant, la viabilité écologique du modèle commercial actuel n’est pas garantie. Dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, la hausse des revenus et la modification des préférences devraient accroître la consommation de produits animaux et halieutiques au cours de la prochaine décennie. Dans le même temps, la croissance démographique ajoutera une pression supplémentaire sur la demande agrégée en protéines. La production animale et aquacole contribue pour une part importante aux émissions de gaz à effet de serre (GES), et selon le lieu et le mode de production, les échanges peuvent amplifier cet impact. L’intensité des émissions est en revanche très variable. Il est donc possible, dans certaines conditions, que les échanges réduisent les émissions mondiales en relocalisant la production dans des régions plus efficientes, notamment où les émissions liées au transport sont relativement faibles (Avetisyan, Hertel et Sampson, 2013[25]).
Ce résultat dépend cependant de plusieurs facteurs. Les contraintes structurelles, les politiques commerciales et les préférences nationales peuvent empêcher la mise en œuvre de flux commerciaux éco-efficients. D’autre part, si des garde-fous environnementaux ne sont pas mis en place, l’ouverture aux échanges peut conduire à une utilisation intensive des ressources dans le cadre de la production, à la déforestation et au recul de la biodiversité (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, 2022[26]). On voit donc que l’impact net des échanges sur l’environnement et la nutrition dépend du contexte et est souvent ambigu.
S’agissant de l’avenir, la mise en œuvre de politiques promouvant des marchés alimentaires mondiaux ouverts et efficients, ainsi que l’instauration de réglementations et de normes de durabilité au niveau national, sont indispensables. Il est de plus en plus fréquent que les accords commerciaux régionaux intègrent des dispositions environnementales et promeuvent des systèmes de certification volontaire (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, 2022[26]). L’alignement des échanges sur les objectifs environnementaux et nutritionnels nécessitera des investissements dans la production éco-efficiente, un meilleur calcul de l’empreinte carbone des différentes chaînes de valeur, ainsi qu’une analyse nuancée des cas où les échanges favorisent – ou empêchent – la résilience des systèmes alimentaires locaux.
Note : Selon les comptes disponibilité/utilisation de la FAO, les produits alimentaires peuvent être soit des aliments pris individuellement (comme les myrtilles ou les pommes de terre), soit des catégories de produits (comme les légumes surgelés ou les aliments à base de chocolat).
1.7. Prix : projections d’évolution pour 2025-2034
Copier le lien de 1.7. Prix : projections d’évolution pour 2025-20341.7.1. La baisse continue des prix mondiaux des produits agricoles en valeur réelle sur le long terme repose sur la poursuite des investissements dans l’amélioration de la productivité
Les Perspectives utilisent les prix en vigueur dans les grands ports internationaux comme références pour faire la lumière sur les marchés mondiaux des produits agricoles. Les prix mondiaux des produits agricoles en valeur réelle devraient suivre une tendance à la baisse sur le long terme, en supposant une amélioration continue de la productivité et des conditions météorologiques normales, qui devraient abaisser le coût marginal de production de la plupart des produits agricoles (Graphique 1.18).
La poursuite des investissements dans la biotechnologie, la mécanisation et l’agriculture de précision – qui permettent d’améliorer la productivité de l’agriculture – est indispensable pour faire effectivement baisser les prix des produits agricoles en valeur réelle. Sans ces investissements, le secteur risque d’avoir du mal à obtenir les gains de productivité requis, ce qui pourrait entraîner la majoration des coûts de production et l’augmentation des prix des produits agricoles.
Il est en outre important de reconnaître que l’impact véritable des variations des prix mondiaux des produits agricoles sur les producteurs et les consommateurs locaux est extrêmement variable. Des facteurs comme les coûts de transport, les fluctuations de la monnaie locale, les politiques commerciales et le degré d’intégration des marchés intérieurs dans le système commercial international déterminent si, et dans quelle mesure, les signaux de prix internationaux se répercutent sur les marchés intérieurs, influençant de ce fait les prix de l’alimentation à l’échelon local. À titre d’exemple, des coûts de transport élevés peuvent atténuer l’effet des variations des prix mondiaux en les rendant moins perceptibles par les producteurs et les consommateurs locaux, alors que les fluctuations de la monnaie locale peuvent soit amplifier, soit atténuer cet effet. La compréhension de cette dynamique est cruciale pour les responsables de l’action publique souhaitant stabiliser les prix des aliments au niveau local et garantir la sécurité alimentaire.
1.7.2. Les simulations stochastiques montrent la variation possible des projections des prix
Les projections des prix présentées dans ces Perspectives sont le fruit de l’interaction entre les facteurs fondamentaux de l’offre et de la demande dans le contexte des tendances attendues en matière de météorologie et de rendements, ainsi que des hypothèses spécifiques concernant la situation macroéconomique et les politiques publiques. Bien que ces Perspectives s’appuient sur les meilleures informations disponibles, ces projections et les hypothèses qui les sous-tendent présentent inévitablement un degré d’incertitude. Parmi ces incertitudes figurent les événements météorologiques extrêmes, les maladies des animaux et des végétaux, les changements d’orientations stratégiques et les tensions géopolitiques, qui peuvent avoir des conséquences sur les perspectives de production et d’échanges et provoquer une volatilité inattendue du marché.
Le risque d’instabilité des prix des produits alimentaires est particulièrement élevé en raison du manque d’élasticité croissant de la demande mondiale d’aliments par rapport au prix, en particulier dans les pays à revenu élevé et intermédiaire. Ce manque de flexibilité signifie que des perturbations même minimes de l’offre peuvent provoquer des fluctuations des prix de grande ampleur qui ont un impact sur l’accessibilité financière des aliments pour les populations vulnérables, qui peinent peut-être déjà à se nourrir correctement. Par conséquent, des mesures de protection sociale (comme des subventions alimentaires, une aide financière ciblée et des filets de sécurité robustes) sont d’une importance capitale pour atténuer les effets délétères des variations des prix des produits alimentaires. De même, un environnement économique et politique favorable – c’est-à-dire privilégiant les investissements dans la production alimentaire locale, instaurant une plus grande discipline commerciale et favorisant l’amélioration de la résilience et de l’efficience des chaînes d’approvisionnement alimentaires – est également nécessaire.
Pour évaluer les répercussions de ces écarts par rapport aux tendances prévues, une analyse stochastique partielle des projections de référence a été réalisée. Cette analyse simule la variabilité potentielle future des principaux déterminants des prix en s’appuyant sur leur variabilité observée par le passé. Elle tient compte des fluctuations des facteurs macroéconomiques mondiaux et des rendements de certaines cultures, mais pas de la variabilité liée aux maladies des animaux ou aux modifications des politiques publiques. Les résultats agrégés de plusieurs sessions de l’analyse stochastique partielle (voir le Graphique 1.19) montrent que les prix ont une probabilité de 75 % de rester à l’intérieur de l’intervalle bleu, quelle que soit l’année considérée, et une probabilité de 90 % de rester à l’intérieur de l’intervalle vert. La probabilité qu’un événement extrême faisant passer les prix à l’extérieur de ces intervalles se produise au moins une fois au cours de la période de projection est de 40 %. L’analyse stochastique partielle permet aux responsables de l’action publique de mieux comprendre les risques budgétaires que peut entraîner le versement de prestations sociales en cas de hausse des prix des produits alimentaires, ou les risques que font courir des prix bas pour la subsistance des producteurs.
Graphique 1.19. Niveau de référence et intervalles stochastiques applicables à certains prix de référence internationaux
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Note : évolution attendue des prix nominaux dans le cadre du scénario de base des Perspectives (ligne continue) par rapport aux effets stochastiques représentés dans les intervalles de confiance de 75 % (en bleu) et de 90 % (en vert).
Source : OCDE/FAO (2025), « Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO », Statistiques agricoles de l’OCDE (base de données), http://data-explorer.oecd.org/s/1hc.
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Notes
Copier le lien de Notes← 1. Pour ce qui est de l’évolution démographique, les Perspectives se fondent sur les projections de la variante moyenne tirées de la révision de 2024 de la base de données du rapport de l’ONU sur les Perspectives de la population dans le monde.
← 2. Les hypothèses relatives au PIB et au revenu par habitant au niveau national au cours de la prochaine décennie reposent sur les Perspectives de l’économie mondiale du Fonds monétaire international (octobre 2024), dont l’horizon de projection, fixé à 2029, est étendue jusqu’en 2034.
← 3. Pour les besoins des Perspectives, la consommation alimentaire s’entend des aliments disponibles, déduction faite de ceux jetés lors de la distribution.
← 4. Norme mondiale utilisée par la FAO pour calculer le coût et l’accessibilité financière d’un régime bon pour la santé, le Panier alimentaire sain repose sur le panier moyen et les préconisations issus des recommandations nutritionnelles nationales fondées sur le choix des aliments. Il correspond à un apport énergétique alimentaire cible de 2 330 kcal/personne/jour.
← 5. Le même scénario annonçait un recul de 4 % des émissions directes de GES d’origine agricole. Cela étant, la mise en place de mesures visant à réduire les pertes et le gaspillage alimentaires aurait un coût non négligeable et exigerait de résoudre un certain nombre de problèmes, dont la détérioration des moyens de subsistance des producteurs induite par la baisse de la production et du prix de leurs produits.
← 6. Dans ce scénario, l’objectif de faim « zéro » est atteint lorsque la prévalence de la sous‑alimentation (indicateur ODD 2.1.1) est inférieure à 2.5 % dans chaque pays. La prévalence de la sous-alimentation est calculée à partir de la disponibilité moyenne en calories, des besoins énergétiques alimentaires minimaux et des inégalités d’accès à la nourriture dans un pays. La disponibilité moyenne en calories dans un pays est fonction du revenu par habitant et évolue avec celui-ci. Le revenu par habitant est ajusté de telle sorte que la disponibilité en calories soit supérieure aux besoins énergétiques alimentaires minimaux de 97.5 % des consommateurs, les habitudes alimentaires étant ajustées en parallèle pour correspondre au niveau de revenu. La projection des inégalités d’accès à la nourriture épouse la tendance baissière à long terme dans la plupart des pays, et le niveau de ces inégalités demeure conforme à la base de référence retenue pour le scénario.
← 7. Ces deux pourcentages ne sont pas totalement comparables car ils correspondent à des périodes de référence différentes où le niveau de productivité initial n’était pas le même, et tendent vers des horizons différents. Ces différences, ainsi que l’intégration de technologies particulières dans le scénario de 2025, appellent à faire preuve de prudence lors de la comparaison des résultats.