Le présent chapitre examine les moyens de renforcer la compréhension des budgets et de la viabilité de la dette auprès des principaux décideurs. Il met ainsi l’accent sur la nécessité de changer d’approche pour ne plus se concentrer uniquement sur les mécanismes techniques du budget, et d’adopter à la place une vision plus large de la viabilité budgétaire, des principales tensions budgétaires et de l’incidence des choix stratégiques sur les finances publiques au fil du temps. Une meilleure maîtrise de ces questions permettra aux décideurs d’être mieux armés pour guider les débats, expliquer les motivations sous-jacentes à l’action publique, prendre des décisions éclairées et interagir plus efficacement avec les citoyens afin de susciter un soutien plus large au redressement des finances publiques.
Les citoyens et le budget
2. Démystifier le budget pour les principaux décideurs
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Infographie 2.1. Démystifier le budget pour les principaux décideurs
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Principaux résultats
Copier le lien de Principaux résultatsDes finances publiques plus saines exigent une meilleure compréhension des enjeux budgétaires : il convient, pour restaurer les finances publiques, de démystifier le budget et de renforcer la viabilité budgétaire auprès des principaux décideurs, et ce, afin de leur permettre de participer plus efficacement au débat politique, de déceler les risques budgétaires, de justifier leurs choix stratégiques, de soutenir les décisions à l’appui de la viabilité à long terme et de dialoguer avec les citoyens sur leurs choix budgétaires et les conséquences de l’inaction.
Un changement d’orientation est nécessaire : les initiatives actuelles visant à expliquer l’élaboration des budgets nationaux se concentrent de façon trop excessive sur la mécanique interne du processus de budgétisation. Pour être efficaces, ces initiatives doivent porter sur trois aspects essentiels : la pertinence des règles budgétaires, les facteurs qui déterminent la viabilité à long terme et les conséquences de l’inaction face à des défis majeurs comme le vieillissement de la population.
Des obstacles subsistent : les décideurs, tels que les élus, sont soumis à des contraintes de temps importantes et craignent parfois d’être épinglés pour leur manque de connaissances. Des programmes efficaces peuvent contribuer à surmonter ces obstacles sur la base de techniques éprouvées d’apprentissage des adultes, de dispositifs d’intégration ciblés en début de mandat et de contenus courts, disponibles à la demande, comme des didacticiels vidéo ou des notes d’information.
Les compétences fondamentales doivent être développées : la maîtrise d’un budget n’exige pas une parfaite compréhension des questions économiques complexes, mais plutôt des arbitrages à opérer dans un contexte plus global. Les programmes adoptés doivent être axés sur une simplification des notions complexes et s’appuyer sur des discours clairs et des exemples concrets, et ce, pour donner aux responsables de l’action publique les moyens d’évaluer l’incidence à long terme des décisions prises aujourd’hui.
2.1. Comment les pays de l’OCDE rendent les budgets plus accessibles pour les principaux décideurs
Copier le lien de 2.1. Comment les pays de l’OCDE rendent les budgets plus accessibles pour les principaux décideursAu fil du temps, les tensions sur les dépenses observées dans des domaines de l’action publique toujours plus sophistiqués ont entraîné une augmentation croissante de la complexité des systèmes et des documents budgétaires. Ces tensions ont par là même rendu plus difficiles les discussions au parlement sur les priorités en matière de politiques publiques, au point de nuire aux débats sur les moyens de rétablir l’équilibre des finances publiques et d’entraver la communication avec les citoyens.
Cette complexité ne fait qu’accentuer les difficultés intrinsèques auxquelles sont confrontés les parlementaires et autres responsables politiques pour prendre la pleine mesure des enjeux liés aux finances publiques. Ces difficultés peuvent être encore aggravées en l’absence d’un soutien approprié, de formations spécifiques ou de solides connaissances. Dès lors qu’ils ont pleinement conscience des tensions qui s’exercent sur les budgets publics et des répercussions des différents choix stratégiques sur la durée, les décideurs sont mieux à même d’orienter efficacement les débats, d’expliquer les motivations sous-jacentes à l’action publique et de prendre des décisions qui contribuent réellement à restaurer les finances publiques. Cette compréhension des enjeux budgétaires leur permet également de communiquer plus ouvertement avec la population, de renforcer la confiance et de susciter la volonté politique nécessaire pour rétablir l’équilibre des finances publiques de manière crédible et durable.
Les efforts déployés par certains parlements pour soutenir les élus dans leur rôle de contrôle budgétaire apportent un éclairage sur les actions mises en œuvre par les pays de l’OCDE dans le but de démystifier les questions budgétaires pour les principaux décideurs. Lorsque les parlements prennent des mesures pour renforcer les connaissances des décideurs sur les enjeux budgétaires propres au contexte national, celles-ci sont souvent mises en œuvre par des unités techniques internes, chargées de soutenir la surveillance budgétaire au sein des parlements.
Les initiatives actuellement menées par ces unités techniques pour améliorer la compréhension des finances publiques incluent notamment la publication de supports d’information et d’outils interactifs. Ces unités proposent ainsi des points d’information ciblés et des sessions de formation, des services d’enquête confidentiels ou encore de courtes vidéos, infographies ou notes explicatives (voir le Graphique 2.1).
Graphique 2.1. Comment les services parlementaires du budget renforcent-ils les connaissances des élus en matière de finances publiques dans les pays de l’OCDE
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Note : Ce graphique concerne uniquement les services assurés par des experts relevant des services parlementaires. N = 32 pays de l’OCDE
Source : OCDE (2025), Survey on Parliamentary Budget Oversight.
L’ampleur de ces efforts varie de manière sensible suivant les pays. Dans les pays les moins diligents, ces efforts sont sporadiques et ponctuels. À l’autre extrémité, ils sont à la fois beaucoup plus complets et structurés.
L’un des principaux enjeux reste néanmoins l’orientation de ces efforts. Dans l’idéal, les initiatives visant à démystifier le budget devraient couvrir les principes de base des finances publiques. Elles devraient ainsi permettre de mieux comprendre les enjeux globaux majeurs y afférents, comme la viabilité budgétaire ou l’importance de la croissance économique, et de mettre en évidence les grands défis à relever en matière de finances publiques, tels que le coût du maintien des dépenses actuelles dans un contexte de vieillissement de la population, l’augmentation du coût des pensions et des soins de santé, le départ à la retraite progressif de la main-d’œuvre ou encore le coût des événements météorologiques extrêmes. Avoir conscience des arbitrages sous-jacents peut également aider les décideurs à défendre plus clairement la nécessité d’agir.
Sur les 38 pays de l’OCDE, seuls 10 indiquent avoir prévu une formation à la culture budgétaire dans les activités communes d’intégration au parlement (OCDE, à paraître[1]). Pour une grande partie d’entre eux, les dispositifs proposés aux parlementaires ont un périmètre relativement restreint et mettent souvent l’accent sur des aspects de mécanique budgétaire, et notamment sur la manière dont le budget et les projets de loi sont adoptés. De nombreuses initiatives peuvent être mises en place pour créer une plateforme complète et cohérente, grâce à laquelle les responsables de l’action publique pourront acquérir une compréhension plus approfondie des finances publiques et répondre efficacement aux principaux enjeux budgétaires.
2.1.1. L’intensité des activités de renforcement des connaissances des principaux décideurs en matière de finances publiques n’est pas uniforme
Il existe plusieurs exemples de pays de l’OCDE à avoir mis en place des initiatives visant spécifiquement à démystifier les questions budgétaires pour les principaux décideurs et à améliorer leur compréhension de la viabilité budgétaire. Lorsque de telles initiatives sont adoptées, elles revêtent généralement trois formes différentes, allant de dispositifs sporadiques et ponctuels à des programmes beaucoup plus complets et structurés.
1) Faible intensité : initiatives sporadiques et ponctuelles consacrées à des thèmes précis
À une extrémité du spectre des initiatives mises en place se trouvent les initiatives sporadiques portant sur des thèmes précis, conçues pour informer les parties prenantes, telles que les élus, sur des dimensions essentielles des finances publiques. Celles-ci consistent généralement en l’organisation ponctuelle d’ateliers, de séminaires, de conférences ou de sessions de formation, lesquels ont tendance à être axés sur un aspect technique particulier de l’élaboration d’un budget, sans chercher à donner aux parties prenantes une vision globale de la politique budgétaire.
En Espagne par exemple, l’Autorité indépendante pour la responsabilité budgétaire (Autoridad Independiente de Responsabilidad Fiscal, AIReF) organise chaque année un atelier ouvert à l’ensemble des partis politiques. Ces ateliers couvrent les principaux domaines de travail de l’AIReF et abordent différents thèmes clés de son activité. L’un des thèmes envisagés en 2024 était ainsi le nouveau système de règles budgétaires issu de la réforme de la gouvernance économique de l’Union européenne.
Autre exemple, en Irlande, le Conseil consultatif budgétaire (Irish Fiscal Advisory Council) organise quant à lui chaque année la conférence « Path for the Public Finances », afin de renforcer la sensibilisation à des enjeux à long terme de politique budgétaire susceptibles de susciter moins d’intérêt dans le débat national. Ces conférences ont par le passé notamment porté sur l’évaluation de la viabilité budgétaire à long terme, les principaux risques budgétaires, le climat et les dépenses d’investissement, et sont ouvertes aux parlementaires, en particulier aux membres de commissions chargées des questions budgétaires.
Enfin, en Slovénie, le Conseil budgétaire (Fiskalni svet) a organisé un atelier exceptionnel pour étudier les aspects techniques du Pacte de stabilité et de croissance de l’Union européenne. Bien qu’elle ait suscité un fort intérêt auprès des élus, cette initiative était essentiellement axée sur des questions d’ordre technique.
2) Intensité modérée : efforts plus réguliers et plus ciblés
Au centre du spectre des initiatives visant à renforcer la compréhension des finances publiques se trouvent les activités régulières non structurées, à destination des responsables de l’action publique. Ces initiatives favorisent une meilleure maîtrise des questions budgétaires, et ce, de manière plus ciblée. Si elles ne constituent pas des programmes de formation à part entière, elles peuvent néanmoins offrir un soutien direct sur différentes questions dès que nécessaire ou après la réalisation d’un travail préliminaire par les analystes. Ces initiatives peuvent être mises en œuvre régulièrement par les principaux décideurs et sont souvent organisées à titre confidentiel.
Au Mexique, le centre d’études sur les finances publiques (Centro de Estudios de las Finanzas Públicas, CEFP), à l’instar de nombreux autres offices budgétaires parlementaires, joue un rôle essentiel pour aider les élus à mieux comprendre les rouages complexes du budget mexicain. Le CEFP produit régulièrement des rapports et des analyses à la demande de commissions ou de membres du Congrès. Ses réponses sont généralement transmises par écrit dans un délai moyen de 30 à 45 jours. Par ailleurs, pour permettre aux législateurs de mieux appréhender l’ensemble des aspects techniques et conceptuels, le CEFP propose une série de brochures d’information sur les notions fondamentales. Dans le cadre de cette série sont abordées la terminologie et les classifications utilisées pour l’élaboration du budget fédéral. La brochure de septembre 2023 portait par exemple sur les procédures concernées, certaines notions économiques et classifications budgétaires essentielles, et le calendrier d’approbation, et proposait une présentation des résultats budgétaires récents.
De la même manière, en Australie, les parlementaires bénéficient d’un soutien sur mesure, assuré par les services d’évaluation du coût des politiques de l’Office parlementaire budgétaire australien (Australian Parliamentary Budget Office, PBO). Cette initiative permet de répondre aux besoins des parlementaires de façon à la fois relativement informelle et interactive. Le PBO encourage les parlementaires à engager avec lui un dialogue informel avant toute demande concernant les services d’évaluation du coût des politiques qu’il propose. Le PBO échange également avec les parlementaires lors de la préparation de ses réponses. Cette interactivité est perçue comme une approche positive qui a permis d’améliorer l’élaboration des politiques publiques de manière plus générale.
Ce type de soutien permet aux principaux décideurs de renforcer plus régulièrement leurs connaissances dans le domaine des finances publiques. L’objet de ces initiatives est souvent déterminé par la demande, à mesure que les problèmes apparaissent, à quelques exceptions près toutefois comme dans le cas du CEFP au Mexique. De façon générale, elles ont également tendance à porter sur les aspects techniques du processus d’élaboration du budget, plutôt qu’à permettre une compréhension plus poussée des enjeux budgétaires.
3) Forte intensité : programmes réguliers, structurés et complets
À l’autre extrémité du spectre des initiatives visant à renforcer la compréhension des finances publiques se trouvent ainsi un ensemble d’actions plus complètes et plus fréquentes. Ces programmes ont pour objectif d’examiner les subtilités de la politique budgétaire, telle qu’elle est mise en œuvre, et peuvent couvrir tout un ensemble de questions, comme les modalités d’élaboration de la politique budgétaire, l’affectation des ressources, la surveillance des dépenses et la responsabilité financière.
Ces initiatives peuvent avoir des objectifs variés. Dans certains cas, elles ont précisément pour but d’apporter une aide aux responsables de l’action publique en leur proposant des conseils pratiques pour mieux appréhender les difficultés inhérentes à l’élaboration d’un budget. Dans d’autres cas, elles visent à favoriser une gouvernance à la fois plus efficace et plus éclairée.
En termes de mise en œuvre, ces programmes suscitent généralement une plus large participation et réunissent les principaux décideurs dans le cadre d’ateliers pratiques, de séminaires et de séances interactives. Elles permettent en principe de créer un environnement d’apprentissage sûr et sans jugement.
Au Royaume‑Uni par exemple, le Centre d’information du Parlement écossais (Scottish Parliament Information Centre, SPICe) propose, outre des informations et des analyses, différentes formations aux parlementaires nationaux. Par l’intermédiaire de son unité de contrôle financier (Financial Scrutiny Unit, FSU), le SPICe vise à aider les parlementaires à examiner les questions budgétaires avec davantage d’efficacité.
À ces fins, le FSU s’appuie sur une série d’approches novatrices. Quatre formes principales d’intervention sont ainsi prévues pour améliorer les connaissances des parties prenantes sur différents aspects des finances publiques.
Le FSU organise premièrement une activité d’initiation à la budgétisation au début du mandat de chaque nouveau gouvernement, considérant qu’il s’agit d’une période critique pour favoriser l’appropriation des enjeux budgétaires par les élus. Cette période est en effet le moment idéal pour tirer parti de l’enthousiasme initial suscité par cette prise de fonction, puisqu’elle s’accompagne également d’une volonté accrue d’apprendre. Elle intervient en outre avant la nomination officielle des élus au sein de commissions spécifiques. Le FSU profite de cette activité pour souligner l’importance de mettre l’accent sur des aspects fondamentaux et sur des domaines essentiels de l’action publique, plutôt que de chercher à couvrir trop de thèmes à la fois. Cette approche contribue à garantir des effets au-delà du cycle politique et des retombées à plus long terme. Une session facultative de remise à niveau est par ailleurs proposée au bout de deux ans.
Le FSU organise aussi régulièrement des réunions d’information, revêtant elles-mêmes différentes formes. Les séminaires « petits-déjeuners » en sont un exemple. Ceux-ci rencontrent généralement un vif succès car ils répondent bien aux disponibilités des élus et sont pour eux l’occasion de mener des réflexions selon la règle de confidentialité dite de « Chatham House » avant de se consacrer aux questions prévues à l’ordre du jour. Lorsque des intervenants extérieurs sont invités, en particulier s’il s’agit de personnalités de premier plan, ces séminaires ont tendance à être encore plus populaires. C’est par exemple à l’occasion d’un tel séminaire que la Commission budgétaire écossaise a présenté son tout premier rapport de viabilité budgétaire. Les réunions privées constituent une autre forme de réunion d’information dont la particularité est de permettre de poser des questions plus librement. Des réunions d’information peuvent également être destinées à des parlementaires spécifiques, afin d’en faire des experts sur des sujets précis et de leur permettre ainsi d’exercer une influence positive au sein de leurs partis respectifs.
Le FSU organise également chaque année une journée de planification, généralement de manière délocalisée, à un moment opportun du calendrier parlementaire de sorte à permettre une préparation en amont, par exemple avant la trêve estivale. Cette journée donne au FSU la possibilité d’entrer en contact direct avec les élus, tout en œuvrant à la planification des programmes de travail des commissions pour l’année à venir. Elle permet plus particulièrement d’aborder des questions fondamentales en dehors du cadre des activités quotidiennes. Il s’agit d’une occasion unique de revenir sur certains des grands principes et enjeux budgétaires auxquels sont confrontés les responsables de l’action publique.
Le FSU met enfin à la disposition des parties prenantes politiques, mais aussi du grand public, toute une série d’outils en ligne, de visualisations de données et de didacticiels vidéo, couvrant un ensemble de thèmes, tels que les processus budgétaires, les dernières évolutions en termes de dépenses et de fiscalité, les dépenses budgétaires actuelles, les obligations fiscales liées à l’impôt sur le revenu des personnes physiques ou encore la décentralisation des financements.
Autre exemple au Royaume‑Uni, l’unité de contrôle (Scrutiny Unit) du Parlement a été créée en 2002, après qu’une commission a déterminé que certaines commissions spéciales pourraient avoir besoin d’un soutien complémentaire pour examiner différents domaines budgétaires faisant l’objet d’une réforme. Le rôle de cette unité est ainsi de soutenir les travaux de la Chambre des communes en mettant son expertise technique à la disposition des commissions spéciales, notamment sur les questions financières et les projets de loi. Cette unité compte un ensemble de spécialistes du droit, de la comptabilité, des politiques publiques, de l’économie ou encore des statistiques, et propose aux parlementaires et à leurs assistants des analyses, des conseils, des rapports, et même des propositions de questions. Parallèlement à ses travaux auprès des élus, l’unité de contrôle encourage les ministères à renforcer la qualité des informations qu’ils publient.
Une dimension importante des travaux de cette unité consiste à proposer aux élus des sessions de formation spécialement conçues pour répondre aux besoins des parlementaires et de leurs assistants. Ces sessions abordent un éventail de thèmes, comme les processus législatifs, les techniques de contrôle financier, l’analyse des politiques et autres aspects pertinents susceptibles d’améliorer l’efficacité du contrôle et de la surveillance du Parlement. Le contenu et la fréquence de ces sessions de formation peuvent varier en fonction de l’évolution des besoins des parlementaires et des propres priorités de l’unité de contrôle.
Des dispositifs de soutien comparables sont également prévus aux États‑Unis. Ensemble, les travaux de la Commission de la Chambre des représentants des États-Unis sur la modernisation (United States House Modernization Committee) et du Service de recherche du Congrès (Congressional Research Service) renforcent non seulement la compréhension des enjeux budgétaires par les responsables de l’action publique, ils favorisent aussi une gouvernance efficace en matière de politique budgétaire.
La Commission de la Chambre des représentants des États-Unis sur la modernisation joue un rôle déterminant dans la promotion des initiatives visant à approfondir les connaissances des responsables de l’action publique sur les questions budgétaires. Créée en 2019, cette Commission met l’accent sur la modernisation du fonctionnement et des pratiques de la Chambre des représentants, de manière à répondre efficacement aux besoins des parlementaires.
L’un des aspects essentiels des travaux de cette Commission est l’organisation de programmes d’intégration pour les nouveaux membres de la Chambre. La Commission bénéficie du soutien du Service de recherche du Congrès dans la coordination de ces programmes. Par ailleurs, en tirant parti des outils et plateformes numériques, elle offre un accès simplifié aux données, aux analyses et aux ressources éducatives en matière budgétaire, permettant par là-même aux élus de prendre des décisions plus éclairées sur les questions liées au budget.
Le Service de recherche du Congrès joue également un rôle essentiel d’accompagnement, en proposant aux responsables de l’action publique des travaux de recherche à la fois complets et exempts de tout biais sur les enjeux budgétaires. En tant qu’organe de recherche du Congrès des États‑Unis, ce service produit des analyses approfondies, prépare des rapports et prodigue des conseils d’experts sur un large éventail de sujets, dont la budgétisation, la fiscalité ou les politiques économiques. Ses travaux permettent aux législateurs de disposer des informations nécessaires pour appréhender efficacement les enjeux budgétaires complexes. Le Service de recherche collabore également souvent avec des commissions du Congrès et des législateurs à titre individuel afin d’adapter ses travaux et de répondre plus précisément à des demandes spécifiques dans l’élaboration des politiques publiques.
L’un des principaux enseignements tirés des rares rapports d’évaluation consacrés à ces programmes (Ross, McIntyre et Roy, 2021[2]) est qu’il existe un risque que les pays consacrent trop de temps aux aspects techniques des cadres budgétaires, et ce, potentiellement au détriment d’aspects essentiels revêtant une importance particulière pour la viabilité budgétaire à moyen ou long terme (voir l’Encadré 2.1). Il peut par ailleurs être difficile pour les principaux décideurs de déceler les tendances importantes et d’interpréter les résultats budgétaires lorsque des volumes conséquents de données leur sont fournis sous forme de rapports.
Encadré 2.1. Efficacité des initiatives visant à renforcer la compréhension des finances publiques en Écosse
Copier le lien de Encadré 2.1. Efficacité des initiatives visant à renforcer la compréhension des finances publiques en ÉcosseL’expérience de l’Écosse fournit un éclairage précieux sur l’efficacité des initiatives visant à renforcer la compréhension des questions budgétaires par les élus.
L’enquête
En 2021, le Centre d’information du Parlement écossais (Scottish Parliament Information Centre, SPICe), l’université de Strathclyde et l’université de Glasgow ont conjointement publié les résultats d’une étude inédite (Ross, McIntyre et Roy, 2021[2]), fondée sur une enquête à laquelle ont participé 27 membres du Parlement écossais (20 % des parlementaires), assortie d’entretiens approfondis menés auprès de 23 personnalités de premier plan, dont des parlementaires de haut rang. Cette enquête avait pour objectif de recueillir leur avis sur leur compréhension des compétences budgétaires de l’Écosse et sur leur capacité à contrôler ces compétences.
Une évaluation personnelle plutôt positive, mais sévère entre parlementaires
La majorité des parlementaires considèrent avoir une relativement bonne compréhension du processus budgétaire et des compétences du Parlement en la matière (estimant leur niveau de compréhension à 7.1/10 en moyenne ; 10 correspondant à une compréhension « très fine » et 0 à une compréhension « très faible »). Ils estiment toutefois que les autres parlementaires n’ont globalement qu’une compréhension limitée des questions budgétaires (3.6/10). Sur la question des progrès réalisés, l’opinion majoritaire est que les contrôles « se sont légèrement améliorés » ou « n’ont pas évolué ».
Une surveillance budgétaire élargie, mais pas assez approfondie
L’une des principales conclusions du rapport est que les parlementaires considèrent que si la surveillance budgétaire s’est élargie, elle reste peu approfondie. Autrement dit, si le nombre de domaines examinés a augmenté, cet examen n’a pas permis une meilleure compréhension des domaines essentiels. Plus précisément, les parlementaires considèrent que cet élargissement s’est fait au détriment d’une analyse plus approfondie des défis structurels à relever en matière de finances publiques en Écosse.
Plusieurs explications sont avancées. La première est qu’il est possible que ce cadre ait besoin de temps pour produire ses effets, en particulier suite au Brexit et à la pandémie de COVID-19. La deuxième est que les nouvelles compétences budgétaires de l’Écosse sont complexes, notamment pour ce qui est des dotations globales, des impôts cédés, partagés ou affectés, etc. La troisième est qu’il subsiste un important déficit d’information. Malgré la grande quantité de données disponibles et certains rapports atteignant plusieurs centaines de pages, les parlementaires estiment ne pas disposer de suffisamment de données de séries chronologiques sur les domaines de dépenses ou de suffisamment d’informations sur les tendances à long terme, et qu’il leur est par conséquent difficile d’établir un lien entre les projets de budget et les résultats définitifs.
L’un des participants résume parfaitement les inquiétudes exprimées sur le manque d’attention accordée aux aspects structurels :
« Nous avons passé tellement de temps à essayer de décortiquer les mécanismes du nouveau cadre budgétaire écossais que nos débats en sont venus à négliger la vision d’ensemble, et notamment les enjeux structurels, qu’ils soient économiques, démographiques, sociaux ou environnementaux, et qui exerceront une tension importante sur la viabilité du budget de l’Écosse sur le long terme ou nuiront à la capacité des responsables de l’action publique à mettre en œuvre les changements nécessaires. Ces lacunes sont d’ailleurs souvent mises en évidence à l’occasion des séances de témoignage. »
Le temps est précieux
Cette étude met enfin en évidence une inquiétude générale liée au fait que la durée de la surveillance budgétaire reste limitée et que le temps qui y est consacré pourrait souvent être utilisé de manière plus efficace. Les parlementaires estiment en effet qu’il serait préférable de se concentrer sur des aspects prioritaires, tels que les débats sur l’optimisation des ressources ou les résultats budgétaires.
Source : (Ross, McIntyre et Roy, 2021[2]).
2.2. Adopter des bonnes pratiques pour renforcer la compréhension des finances publiques
Copier le lien de 2.2. Adopter des bonnes pratiques pour renforcer la compréhension des finances publiquesUne bonne maîtrise du fonctionnement des finances publiques peut s’avérer essentielle pour permettre des choix budgétaires judicieux. Les nouvelles approches adoptées devraient ainsi favoriser une compréhension plus approfondie de cette question. Il est donc indispensable d’encourager la mise en œuvre d’approches plus complètes, mieux structurées et permettant une participation plus large.
Pour déterminer comment améliorer efficacement la compréhension des finances publiques par les principaux décideurs, il est possible de tirer des enseignements des efforts importants déjà déployés dans le but de renforcer la culture financière.
Les travaux menés par l’OCDE dans ce domaine montrent que les niveaux observés de culture financière sont souvent relativement faibles. En 2023, l’Enquête internationale de l’OCDE/INFE sur la culture financière des adultes a révélé que trois adultes sur cinq n’atteignent pas l’objectif minimum de culture financière (OCDE, 2023[3]). En termes de compétences, plus de quatre adultes sur cinq n’utilisent jamais les mathématiques avancées ou les statistiques dans leur vie quotidienne. Les trois quarts des adultes ne lisent que rarement des graphiques (Jonas, 2018[4]).
La récente initiative conjointe de l’Union européenne et de l’OCDE visant à établir un cadre de compétences financières pour les adultes dans l’Union européenne (Financial competence framework for adults in the European Union) établit les bases d’une approche davantage coordonnée pour une amélioration de la culture financière dans l’ensemble de l’UE. Elle s’appuie également sur des cadres existants de l’OCDE couvrant les compétences fondamentales en matière de culture financière.
Ces initiatives contribuent à promouvoir une compréhension commune et la mise en place d’une plateforme centralisée permettant de renforcer les connaissances, les compétences, les attitudes et les comportements nécessaires à une prise de décisions éclairée en matière budgétaire. Elles devraient à terme contribuer à améliorer le bien-être financier des citoyens.
Comment ces enseignements peuvent-ils être appliqués dans le cas des finances publiques ? La présente section met en évidence la manière dont les pays peuvent renforcer leurs travaux dans ce domaine. Elle s’attache d’abord à déterminer qui pourrait assumer la responsabilité d’améliorer le niveau de compréhension des principales parties prenantes, y compris les élus et le grand public. Elle examine ensuite les ressources essentielles susceptibles de renforcer la compréhension des finances publiques. Cette section s’intéresse enfin aux meilleurs moyens de mettre en œuvre ces initiatives tout en optimisant leur efficacité.
2.2.1. Qui peut guider les efforts de renforcement de la compréhension des finances publiques ?
Les acteurs ayant déjà fait preuve d’initiative en faveur d’un renforcement des connaissances en matière de budgets publics, à savoir les institutions financières internationales et les organes à l’appui de la surveillance budgétaire des parlements (ainsi que les ministères des Finances) ont un rôle important à jouer pour améliorer la compréhension des finances publiques. Ces travaux pourraient également bénéficier du soutien des institutions supérieures de contrôle.
Dans le cas des organes qui mènent déjà ce type de travaux, elles devront redoubler d’efforts, mais aussi mettre l’accent sur des aspects fondamentaux de la viabilité budgétaire et sur les principaux défis auxquels sont confrontés les pays de l’OCDE. Ils devront pour cela mener des actions plus ciblées, mieux structurées et plus innovantes. Les acteurs qui n’ont encore pris aucune mesure en ce sens devront quant à eux passer rapidement à l’action.
2.2.2. Compétences fondamentales – Sur quoi devraient se concentrer les efforts d’amélioration de la compréhension des finances publiques ?
Les efforts visant à renforcer la culture financière dans l’ensemble de l’OCDE sont depuis longtemps axés sur ce que l’on considère comme des « compétences fondamentales », présentant un intérêt et une pertinence universellement reconnus pour préserver ou améliorer le bien-être financier des citoyens au quotidien (OCDE, 2018[5]).
Dans le domaine des finances publiques, en quoi pourraient consister ces compétences fondamentales ? Il convient, avant toute chose, de comprendre pourquoi, de manière plus globale, ces compétences revêtent une importance particulière. Plutôt que de mettre l’accent sur des aspects spécifiques des processus budgétaires au niveau national, il serait préférable d’approfondir la compréhension des principes budgétaires essentiels, de manière à établir une base sur laquelle les citoyens pourront eux-mêmes améliorer leurs connaissances. Ce n’est qu’à ce stade que des aspects plus complexes et spécifiques à chaque pays pourront être explorés.
Les trois thèmes suivants pourraient constituer le socle de tout programme de travail : l’importance des règles budgétaires, les tenants de la viabilité budgétaire et les conséquences à long terme des décisions politiques.
Pourquoi les pays mettent-ils en place des règles budgétaires ?
Les règles budgétaires sont souvent sources de perplexité et de frustration pour ceux qui les évaluent. Dans le cas des élus, en plus d’être extrêmement complexes, ces règles contribuent également à freiner leurs ambitions budgétaires. Les débats portant sur les règles budgétaires ont par conséquent tendance à se concentrer sur la marge de manœuvre budgétaire à court terme qui en résulte, ce qui nuit inévitablement aux objectifs de ces mêmes règles budgétaires et aux résultats recherchés.
Graphique 2.2. Trois années sur quatre en situation de déficit budgétaire
Copier le lien de Graphique 2.2. Trois années sur quatre en situation de déficit budgétairePourcentage d’années en situation de déficit budgétaire, 1995-2025
Note : L’astérisque « * » indique les pays pour lesquels la couverture des données n’est que partielle. Pour la Colombie, les données disponibles couvrent uniquement la période 2000-2023 ; pour Israël, la période 1998-2023 ; et pour la Türkiye, l’année 2009. La Colombie et Israël ne sont par conséquent pas inclus dans la moyenne OCDE ; la Türkiye n’est quant à elle pas prise en compte dans l’analyse.
Source : (OCDE, 2025[6]).
Une bonne compréhension des raisons pour lesquelles les règles budgétaires ont été mises en place constitue une compétence fondamentale qui peut être particulièrement utile aux principaux décideurs.
Pour dire les choses simplement, les pouvoirs publics ont notoirement tendance à laisser filer leurs déficits. Cette propension est relativement répandue. Dans la zone OCDE, les pays sont généralement en situation de déficit trois années sur quatre (Graphique 2.2). Il existe bien sûr des exceptions. À titre d’exemple, grâce à ses abondantes ressources gazières et pétrolières, la Norvège enregistre des excédents budgétaires persistants. On trouve également des exemples de cadres budgétaires bien gérés dans des pays comme le Canada ou la Nouvelle‑Zélande qui ont permis de contenir leur propension au déficit. Cette tendance générale est cependant indéniable.
Pour freiner cette propension au déficit, les pays mettent généralement en place des règles budgétaires, de manière à éviter tout endettement excessif et les effets préjudiciables qui en découlent. On peut estimer que le problème fondamental tient au fait que l’action budgétaire ne souffre d’aucune limite. Les États peuvent en effet, sans se soucier outre mesure des conséquences potentielles immédiates, répondre à la demande en dépensant plus qu’ils ne perçoivent de recettes au titre des impôts. Les règles budgétaires ont pour objectif d’encadrer cette trop grande liberté.
Les initiatives visant à renforcer la compréhension des finances publiques doivent préciser clairement les conséquences d’un endettement excessif. De la même manière, les répercussions sociales, politiques et économiques de l’adoption de politiques inadaptées devraient être mises en évidence. La crise financière mondiale offre à cet égard des exemples parlants dont il serait utile de s’inspirer. Bien qu’extrême, l’exemple de l’Irlande est dans ce cas particulièrement pertinent (Encadré 2.2).
De façon plus générale, il est nécessaire de permettre une meilleure prise de conscience des conséquences d’une augmentation incontrôlée de la dette publique1. Les trois principaux risques d’endettement excessif sont les suivants :
1. Une augmentation incontrôlée de la dette publique nuit à la croissance et limite la capacité à faire face aux crises : un endettement élevé entrave l’aptitude des pouvoirs publics à lutter contre les récessions et autres types de crises par une augmentation du budget. Plus la dette publique augmente, plus les coûts d’emprunt ont eux aussi tendance à augmenter dans l’ensemble de l’économie, au point de réduire l’investissement privé et de ralentir la croissance.
2. Une augmentation incontrôlée de la dette publique relègue au second plan les autres priorités : une hausse des paiements d’intérêts oblige les pouvoirs publics à affecter une part plus importante de leur budget au remboursement de la dette, ce qui limite d’autant les fonds disponibles pour d’autres priorités, comme les infrastructures, l’éducation ou la santé.
3. Une augmentation incontrôlée de la dette publique accroît le risque de crises d’envergure : les créanciers des États concernés pourraient remettre en doute leur capacité à rembourser leur dette, ce qui pourrait entraîner une hausse des coûts d’emprunt et accroître les risques qu’un pays soit confronté à des difficultés soudaines pour financer ses dépenses quotidiennes. Dès lors que le niveau d’endettement d’un pays est élevé, toute augmentation des taux d’intérêt entraîne une hausse proportionnellement plus importante du coût du service de la dette et accentue ainsi le risque d’une crise de financement inattendue. Par ailleurs, un niveau d’endettement élevé peut également amener la population à anticiper une hausse de l’inflation de manière à réduire la dette, et par là même ébranler la confiance dans la monnaie nationale.
Cette démarche pédagogique poursuit un double objectif: d’une part, que les responsables de l’action publique approfondissent encore leur compréhension des règles budgétaires et, d’autre part, qu’ils communiquent plus largement sur les raisons pour lesquelles il est important de s’y conformer.
Encadré 2.2. Exemples concrets à l’appui d’un renforcement de la compréhension des finances publiques : l’expérience de l’Irlande en matière d’austérité
Copier le lien de Encadré 2.2. Exemples concrets à l’appui d’un renforcement de la compréhension des finances publiques : l’expérience de l’Irlande en matière d’austéritéL’expérience de l’Irlande en matière d’austérité permet d’illustrer de manière claire et saisissante le danger des risques budgétaires. Les exemples concrets de ce type sont un moyen particulièrement efficace d’aider les élus à mieux comprendre comment les risques pesant sur la viabilité budgétaire peuvent se manifester dans la réalité.
Dans le cas de l’Irlande, cette austérité ne relevait pas d’une idéologie visant à réduire les dépenses publiques, ni ne constituait un outil utilisé pour lutter contre des gaspillages perçus ou des risques d’aléas moraux. Elle était plutôt la conséquence de décisions politiques antérieures (Honohan, 2017[7]) ayant mené à une incapacité soudaine de financer les dépenses courantes.
Suite à une forte expansion budgétaire opérée dans les années 2000, l’Irlande s’est retrouvée dans une situation de dépendance excessive aux recettes fiscales générées par la bulle immobilière, elle-même alimentée par un recours démesuré à l’emprunt bancaire. Lorsque l’économie s’est contractée, une crise bancaire a éclaté et les recettes se sont taries. Afin de freiner l’augmentation de la dette publique et d’inciter les prêteurs à acheter à nouveau des titres d’État, l’Irlande a procédé à un ajustement budgétaire de grande ampleur. Les répercussions économiques, sociales et politiques de cet ajustement ont été considérables.
Sur le plan économique, cet ajustement s’est traduit par sept années consécutives d’austérité budgétaire. Cet assainissement budgétaire représentait ainsi chaque année 3.2 % du revenu national. Cet effort revenait donc à trouver, chaque année pendant sept ans, l’équivalent d’un quart des dépenses de sécurité sociale d’un pays représentatif de l’OCDE. Ces baisses de dépenses et ces hausses d’impôts se sont produites au moment même où l’économie au sens large entrait en récession. Compte tenu des dépenses excessives du passé, les budgets se sont resserrés, aggravant par là même la situation, plutôt que de contribuer à compenser les effets de la récession. L’alourdissement de la charge des intérêts a par ailleurs absorbé une part plus importante des recettes fiscales et limité l’affectation de ressources publiques à d’autres priorités.
Rares sont toutefois les pays susceptibles de faire face à un choc budgétaire comparable à celui qu’a connu l’Irlande. Plusieurs facteurs ont en effet contribué à cette situation particulière : l’éclatement simultané des bulles immobilière et du crédit, la nature de la réponse à la crise bancaire, ou encore l’appartenance de l’Irlande à une union monétaire et son adhésion à une monnaie commune. L’Irlande n’avait en outre enregistré un budget déficitaire qu’une seule fois entre 1997 et 2007, sa propension au déficit était par conséquent difficile à prévoir. Dans les faits, les recettes temporaires ne faisaient que masquer les problèmes sous-jacents. Ces recettes n’avaient pu être décelées par les méthodes traditionnelles d’ajustement cyclique, ce qui a compliqué la détection des déficits réels ou sous-jacents qui ont ainsi pu s’accumuler au fil du temps.
Le principe de base selon lequel le respect des règles budgétaires permet de limiter la propension au déficit reste néanmoins tout à fait valable. Les règles budgétaires ont souvent pour objectif de maintenir une croissance régulière des dépenses plutôt que de mettre l’accent sur les déficits. Appliquée correctement, cette approche aurait permis de freiner les excès budgétaires de l’Irlande pendant les années 2000 et par là même limité la nécessité de recourir à des mesures d’austérité. Les répercussions économiques, sociales et politiques auraient également été moins douloureuses.
Quels sont les tenants de la viabilité budgétaire ?
La viabilité budgétaire est un concept fondamental étroitement lié à la question des règles budgétaires, qui lui aussi peut facilement devenir beaucoup plus complexe que nécessaire.
Si la viabilité budgétaire revêt de nombreux aspects importants, la croissance reste un facteur essentiel. L’une des principales difficultés pour les décideurs est que la croissance, au même titre que les taux d’intérêt, échappe en grande partie à leur contrôle. Il est en effet difficile d’avoir une prise sur la croissance potentielle et les retombées des réformes structurelles restent incertaines.
Le solde budgétaire devient donc une composante centrale des débats, à la fois pour ce qui est de son évolution probable compte tenu des orientations politiques actuelles et des objectifs qui peuvent raisonnablement être atteints (Blanchard, Leandro et Zettelmeyer, 2021[8]).
Il est également nécessaire de tenir compte du fait que les incertitudes, et par conséquent les risques, ont tendance à être amplifiés lorsque le niveau d’endettement est élevé. Barnes, Casey et Jordan-Doak (2021[9]) illustrent parfaitement ce phénomène selon deux scénarios distincts, présentés de manière synthétique ci-dessous (Graphique 2.3). Dans le premier scénario, un pays commence avec un faible taux d’endettement, représentant 25 % du PIB. Dans le second scénario, ce taux d’endettement est élevé, à hauteur de 100 % du PIB. L’évolution de la dette est ensuite examinée sur la durée dans les deux scénarios, en fonction d’une série de taux de croissance et de taux d’intérêt.
On notera en premier lieu une différence frappante dans les trajectoires d’évolution de la dette pour ces deux scénarios au cours des dix premières années. Dans le scénario de faible endettement, quel que soit le niveau de la croissance et des taux d’intérêt, le taux d’endettement évolue à peine. À l’inverse, dans le scénario de fort endettement, les conditions en vigueur ont une incidence sensible sur le taux d’endettement.
Il convient ensuite de noter les répercussions que peut avoir un choc soudain (une récession, par exemple). Dans les deux cas, nous partons de l’hypothèse qu’un choc affecte la croissance au bout de dix ans2. Quel que soit le scénario, ce choc entraîne une aggravation de la dette publique. Il apparaît toutefois que l’éventail d’incidences est une nouvelle fois beaucoup plus large lorsque la dette est déjà élevée.
Graphique 2.3. Incidence des chocs : des risques amplifiés par des taux d’endettement élevés
Copier le lien de Graphique 2.3. Incidence des chocs : des risques amplifiés par des taux d’endettement élevésPourcentage du PIB, dette publique
Note : Sur la base de taux d’endettement différents, le graphique montre comment le taux d’endettement public est susceptible d’évoluer en cas d’écart entre le taux d’intérêt et le taux de croissance de −5 % (plage inférieure), de −2 % (lignes médianes) et de 0 % (plage supérieure), avec un solde budgétaire excluant les intérêts à taux zéro. Ce choc illustre les répercussions possibles si le différentiel croissance-taux d’intérêt est ensuite accentué de 2 points.
Source : Adapté de Barnes, Casey et Jordan-Doak (2021[9]).
Ce graphique met en évidence les risques d’un niveau élevé d’endettement. Lorsque les taux d’endettement sont faibles, les perspectives sont relativement prévisibles. Les conditions économiques peuvent être plus ou moins favorables qu’escompté. Toutefois, si l’endettement initial est faible, les risques sont plus limités. En revanche, dès lors que l’endettement initial est élevé, l’évolution de la situation est bien plus incertaine. La dette pourrait facilement exploser et ainsi connaître une augmentation inexorable.
En cas de difficulté, les responsables de l’action publique peuvent-ils simplement réduire les dépenses et augmenter les impôts ? Une telle approche pose deux problèmes. D’une part, les mesures adoptées sont susceptibles d’être bien plus drastiques à des niveaux d’endettement élevés, et les risques et incertitudes peuvent être plus importants. D’autre part, la capacité des responsables de l’action publique à améliorer réellement les soldes budgétaires au point d’éviter toute explosion suscite encore des doutes (Bohn, 1998[10] ; Blanchard, Leandro et Zettelmeyer, 2021[8]). Tout dépend, notamment, du niveau préalable de la fiscalité, de la capacité d’action des pouvoirs publics, du temps nécessaire à la mise en place de ces mesures ou de la durée pendant laquelle ces mesures peuvent être maintenues. Ces questions reflètent la nature des débats qui se sont tenus en 2010 concernant la dette grecque. Il s’agissait alors de déterminer si la Grèce était réellement en mesure de dégager des excédents budgétaires suffisamment importants non pas sur quelques années, mais pendant plus d’une décennie.
Comment répondre aux grands enjeux budgétaires en seulement quelques exercices ?
Les responsables de l’action publique devraient dans l’idéal prendre réellement conscience des répercussions considérables que peuvent avoir leurs décisions politiques. En effet, les choix d’aujourd’hui peuvent prendre des proportions considérables avec le temps.
Par exemple, dans le domaine de la culture financière, l’une des compétences fondamentales consiste à savoir concilier le niveau de vie et les choix de dépenses actuels avec les résultats souhaités pour l’avenir des citoyens. Cela passe notamment par l’établissement d’un système de pension adapté. Les travaux de l’OCDE en matière de culture financière montrent cependant que moins de la moitié des adultes des 21 pays et économies participants détiennent un produit d’épargne, d’investissement ou de retraite (OCDE, 2023[3]). Parmi les détenteurs de tels produits, seuls la moitié comprennent la notion d’intérêts composés.
Graphique 2.4. En cas d’intervention tardive, des hausses plus marquées des taux de prélèvements obligatoires sur les revenus sont nécessaires pour stabiliser la dette fédérale des États-Unis
Copier le lien de Graphique 2.4. En cas d’intervention tardive, des hausses plus marquées des taux de prélèvements obligatoires sur les revenus sont nécessaires pour stabiliser la dette fédérale des États-UnisRevenus du travail et du capital en pourcentage du PIB
Note : Le présent graphique illustre les trajectoires des revenus du travail et du capital en pourcentage du PIB selon deux scénarios. Dans le premier scénario, les augmentations des taux d’impôt sur le revenu des personnes physiques sont échelonnées sur dix ans à partir de 2026 ; dans le second scénario, cet échelonnement se fait à partir de 2036. On part ici du principe que les taux de prélèvements obligatoires sur les revenus du travail et du capital des personnes physiques augmentent progressivement, proportionnellement aux taux prévus par la législation en vigueur.
Source : (CBO, 2022[11]).
Cela met en évidence un problème plus large au sein de la population, puisque cette dernière a du mal à extrapoler les conséquences pour l’avenir des décisions d’aujourd’hui. De la même manière, les élus devraient intégrer que les grandes décisions stratégiques, ou l’absence de décisions le cas échéant, auront des répercussions durables sur la prospérité à long terme. Cela vaut tout particulièrement pour les décisions, entre autres, relatives à l’âge de la retraite ou au fonctionnement du système de santé.
Le meilleur moyen de déterminer les répercussions à grande échelle des décisions stratégiques d’aujourd’hui est sans doute l’analyse de scénarios. Par exemple, l’Office budgétaire du Congrès des États-Unis s’est appuyé sur ses travaux sur les projections à long terme pour déterminer les conséquences d’une intervention tardive sur la stabilisation de la dette fédérale (CBO, 2022[11]). Il estime ainsi que si un ajustement devait être opéré par le biais de l’impôt sur le revenu, un report de dix ans nécessiterait une augmentation des recettes équivalant à 3.7 % du PIB, au point le plus fort, par rapport au scénario d’une intervention précoce (Graphique 2.4). Cela se traduirait à terme par une baisse bien plus importante du salaire net des travailleurs, soit presque 10 % de plus que dans le scénario d’une intervention précoce.
Ce type d’analyse permet de tirer des conclusions claires : plus une intervention est tardive, plus les changements de politique nécessaires pour stabiliser la dette sont importants. Par ailleurs, en mettant en évidence les répercussions directes sur le salaire net des travailleurs, le CBO montre de manière concrète le coût de l’inaction.
Cette analyse permet également de tirer un autre enseignement : même si les responsables de l’action publique ne disposent que d’un nombre limité d’exercices budgétaires pour mettre en œuvre leur programme d’action, des changements relativement modestes peuvent générer des résultats considérables sur la durée. Autrement dit, même si ces changements de politique se résument à de simples ajustements à court terme, leurs effets peuvent se cumuler au point d’entraîner des modifications bien plus profondes.
2.2.3. Les fondements d’un cadre plus large
Cette analyse permet d’illustrer certaines des compétences fondamentales abordées précédemment et qui pourraient être considérées comme prioritaires. Dans un cadre plus complet, ces compétences fondamentales pourraient être développées de manière plus fine. Les règles budgétaires pourraient ainsi être étoffées de manière à inclure des types spécifiques de règles, des clauses de sauvegarde ou encore des objectifs d’investissement. Les limites de la politique budgétaire en matière de soutien à la croissance à long terme, le cycle budgétaire et l’influence de la politique budgétaire sur l’inflation sont des aspects qui peuvent tous relever de la viabilité budgétaire. La mesure de l’optimisation des ressources peut également être intégrée aux discussions sur les grands enjeux budgétaires.
L’objectif est de structurer des programmes autour de domaines d’action prioritaires, de sorte à se détacher des aspects plus mécaniques des cadres budgétaires modernes.
Si la prise en compte des compétences fondamentales constitue une avancée positive, des problèmes non négligeables subsistent. Les élus ont généralement quitté le système d’enseignement formel depuis longtemps et ont nécessairement, du fait de leur engagement politique, de nombreuses responsabilités à assumer. Les finances publiques sont en outre souvent perçues comme un sujet difficile et peu attrayant. La section suivante aborde les différents moyens de surmonter ces difficultés.
2.2.4. Améliorer la compréhension des finances publiques en levant les obstacles à l’apprentissage
Si les finances publiques ne sont pas un sujet particulièrement séduisant ou simple à appréhender, elles engagent néanmoins d’importantes responsabilités. Ces facteurs peuvent être des obstacles à l’apprentissage. Compte tenu de ces difficultés, trois principes sont à retenir pour renforcer la compréhension des finances publiques :
Le temps est précieux
Le temps est une ressource limitée pour toutes les parties prenantes, en particulier pour les principaux décideurs, dont les élus, qui doivent faire face à une multitude de responsabilités, des tensions et d’échéances législatives. Il leur est difficile de consacrer du temps et de l’attention aux grands principes des finances publiques.
Pour surmonter ces contraintes de temps, les initiatives visant à améliorer la compréhension des finances publiques devraient être a) de courte durée ; b) ciblées ; et c) proposées aux moments les plus opportuns ou directement à la demande. Autrement dit, ces initiatives devraient éviter de trop entrer dans les détails des moindres particularités techniques d’un cadre budgétaire. Elles devraient en outre s’inscrire dans un cadre de soutien plus large et permettre aux principaux décideurs d’avoir accès aux informations dont ils ont besoin, dès qu’ils en ont besoin.
L’expérience des pays de l’OCDE montre que les programmes de soutien de grande ampleur sont davantage ciblés au début d’un nouveau mandat politique. Cette période initiale constitue une occasion unique d’établir un dialogue ouvert et constructif avec les nouveaux élus, et de les sensibiliser aux enjeux prioritaires. Une fois passée cette période propice, les décideurs ont inévitablement moins de temps disponible et sont également moins enclins à poser des questions susceptibles de trahir un manque de compréhension. Il leur faudra par la suite redoubler d’efforts pour trouver le temps et la motivation nécessaires pour renforcer leurs connaissances. C’est justement dans ces circonstances que les séminaires « petits-déjeuners », les journées annuelles de planification et autres initiatives ciblées peuvent s’avérer particulièrement utiles.
Il existe des méthodes éprouvées pour promouvoir l’apprentissage
De nombreuses techniques permettent d’améliorer notre capacité à acquérir des connaissances. L’Encadré 2.3 présente certaines des découvertes issues des sciences cognitives susceptibles d’être appliquées aux sessions de formation destinées aux principaux décideurs, dont les élus.
L’application des enseignements tirés des sciences cognitives présente certaines difficultés pratiques dans le cadre de l’élaboration d’interventions adaptées spécifiquement aux élus. Dans la mesure où les parties prenantes n’ont que peu de temps disponible, elles devront inévitablement en dégager et fournir les efforts nécessaires si elles souhaitent améliorer leur compréhension des finances publiques. Dans l’idéal, ces interventions devraient donc être fréquentes et de courte durée. Une préparation minutieuse est par ailleurs nécessaire pour garantir que les contenus puissent être proposés et abordés de différentes manières. Si une évaluation des connaissances des participants peut contribuer à renforcer les apprentissages, sa mise en œuvre peut être difficile d’un point de vue pratique.
Pour pallier le manque de temps disponible, les activités pourraient être structurées de manière ce qu’elles s’inscrivent dans le cadre de la période d’intégration. Des séminaires de suivi pourraient être proposés pour renforcer la compréhension des participants, élargir l’éventail de formats disponibles, aborder plus en détail les principes fondamentaux sur la base d’exemples pratiques plus concrets et permettre une meilleure intégration de ces notions. Les journées de planification constituent également un moyen supplémentaire de renforcer ces apprentissages.
La mise à disposition des supports de formation à la demande peut contribuer à faciliter leur accès lorsque les parties prenantes n’ont que peu de temps disponible. Si les documents de synthèse tendent à être le format de diffusion le plus répandu, il existe aujourd’hui des formats plus novateurs et plus accessibles, et qui favorisent une participation davantage soutenue :
Les courts didacticiels vidéo constituent une ressource utile et permanente, consultable à la demande. Dans l’idéal, ces didacticiels devraient porter sur un thème spécifique et être aussi courts que possible. Si un complément d’information est nécessaire, d’autres didacticiels vidéo peuvent alors être publiés. Il devrait être possible de les associer pour former un ensemble cohérent. Le didacticiel vidéo proposé par le FSU écossais sur le processus annuel de budgétisation (Burnside, 2023[12]) constitue un exemple particulièrement intéressant.
La communication narrative est considérée comme un outil de diffusion d’information qui a déjà fait la preuve de son efficacité dans de domaine de la culture financière. L’idée est qu’une communication narrative simple permet aux parties prenantes d’apprendre par procuration, à travers les expériences vécues par d’autres (OCDE/INFE, 2015[13]). La communication narrative est un moyen intéressant de comprendre les incidences concrètes de la viabilité budgétaire et des risques budgétaires. Plus particulièrement, les expériences des élus actuels et passés peuvent s’avérer utiles pour s’affranchir des aspects les plus rébarbatifs des compétences fondamentales, mais aussi pour approfondir et affiner la compréhension des grands enjeux.
Les outils interactifs en ligne constituent un autre moyen d’améliorer la compréhension des finances publiques, notamment au moyen d’évaluations. Les initiatives mises en œuvre dans le domaine de la culture financière offrent des exemples utiles. La Nouvelle‑Zélande, par exemple, a élaboré des programmes de formation en milieu professionnel afin d’améliorer l’éducation financière. Le programme « Sorted at Work » propose des formations flexibles, déclinées notamment sous forme de réunions en face-à-face ou de webinaires en ligne. Il peut dans ce dernier cas s’agir d’une série de webinaires d’une heure organisés sur plusieurs semaines ou encore de sessions de formation en ligne plus longues, mais plus condensées, couvrant des thèmes comme la budgétisation, la dette, les objectifs recherchés, l’épargne, les régimes de pensions ou encore les investissements (OCDE/INFE, 2015[13]). Il a été démontré que ces outils interactifs permettent de renforcer la compréhension des parties prenantes et entraînent une amélioration sensible et durable de leur satisfaction au travail, de leurs capacités, de leur confiance et de leur productivité.
Encadré 2.3. Renforcer les apprentissages – Ce que disent les sciences cognitives
Copier le lien de Encadré 2.3. Renforcer les apprentissages – Ce que disent les sciences cognitivesDe nombreuses données empiriques relevant des sciences cognitives montrent que certaines techniques d’apprentissage sont particulièrement efficaces. Cet encadré présente plusieurs méthodes qui peuvent être appliquées pour améliorer la compréhension des finances publiques par les principaux décideurs, dont les élus.
A) Espacer les sessions de formation
Les apprenants sont davantage susceptibles de retenir des informations si les enseignements sont espacés dans le temps, plutôt que dispensés d’un seul bloc (Baddeley et Longman, 1978[14] ; Lee et Genovese, 1988[15] ; Kapler, Weston et Wiseheart, 2015[16]). Au-delà de favoriser la mémorisation, cette approche peut également avoir pour avantage d’améliorer la compréhension conceptuelle et la réflexion critique des participants (Yuan, 2022[17]). Sur le plan cognitif, le fait d’espacer les sessions peut offrir davantage d’occasions de réviser les nouveaux savoirs, aussi bien volontairement qu’inconsciemment. Le fait de se remettre en mémoire des informations à intervalle régulier peut ainsi contribuer à renforcer les connexions neuronales nécessaires. Dans la pratique, les données plaident en faveur de modes d’apprentissage plus fréquents et moins intensifs.
B) Diffuser les supports de formation de différentes manières
Il est communément admis dans le domaine des sciences cognitives que plusieurs modes de diffusion des connaissances valent mieux qu’un (Kobus, Moses et Bloom, 1994[18]). Les individus qui n’ont accès qu’à des contenus oraux ou imprimés affichent un niveau de mémorisation bien inférieur à celui des individus bénéficiant d’un accès multimodal aux mêmes contenus, sous forme orale, écrite ou illustrée. Certaines nuances sont toutefois à noter. Il convient ainsi d’introduire en même temps les informations apparentées, de tenir compte de la rapidité, de la continuité et de la complexité des informations, et de veiller à la cohérence des informations diffusées sous forme verbale et graphique (Park et Etgen, 2000[19]).
C) Approfondir les connaissances
On sait depuis longtemps que le fait d’approfondir un sujet permet d’ancrer ses connaissances, et de transformer ainsi une expérience transitoire en compréhension durable (Craik et Lockhart, 1972[20] ; Coleman, Brown et Rivkin, 1997[21] ; Leutner et Schmeck, 2014[22]). Une fois que des contenus ont été abordés, le fait d’amener les apprenants à enrichir ou à approfondir eux-mêmes leurs connaissances sur un sujet, permet de renforcer leur niveau de compréhension. Cet approfondissement consiste à créer des associations, des images ou des histoires fondées sur ses expériences passées relativement au sujet concerné, et contribue à créer des liens significatifs plutôt que de prendre part à des activités basées simplement sur la répétition. Il peut ainsi être utile de demander aux participants de formuler leurs attentes en amont (Tucker et al., 2024[23]), de créer des représentations schématiques des contenus abordés (Leopold et Leutner, 2012[24]), d’en écrire un court résumé, même d’une seule phrase (Doctorow, Wittrock et Marks, 1978[25]), ou encore de réfléchir ou de répondre à des questions liées aux graphiques ou illustrations basés sur ces contenus (Menekse et al., 2013[26]). (Fiorella et Mayer, 2015[27]) proposent un résumé particulièrement utile des différents moyens de promouvoir ce type d’apprentissage.
D) Tester les connaissances dans le cadre du processus d’apprentissage
Les sciences cognitives ont largement démontré qu’évaluer les connaissances des apprenants afin de déterminer leur niveau de mémorisation d’un sujet permet non seulement de consolider cette mémorisation, mais aussi d’obtenir des informations sur leurs connaissances réelles. Ce phénomène, appelé l’« effet de test » (Roediger et Karpicke, 2006[28]), n’est pas directement corrélé aux capacités cognitives des individus (Jonsson et al., 2021[29]). Il a par ailleurs été démontré que des évaluations répétées et assorties de commentaires permettent une meilleure mémorisation (Karpicke et Roediger, 2009[30]). La complexité des sujets abordés a également son importance. L’effet de test apparaît ainsi moins prononcé, voire inexistant, lorsque les tâches d’apprentissage sont plus complexes (van Gog et Sweller, 2015[31]).
Il existe d’autres initiatives intéressantes dans le domaine de la culture financière dont il peut être utile de s’inspirer. Les méthodes interactives, comme les jeux, les concours ou les visualisations, se sont révélées particulièrement efficaces. À titre d’exemple, l’Agence de la consommation en matière financière du Canada propose un Planificateur budgétaire en ligne, s’appuyant sur des données statistiques nationales, des éclairages comportementaux et une stratégie de ludification visant à renforcer la culture financière des utilisateurs (OCDE, 2021[32]).
Des exemples existent également dans le domaine budgétaire, et notamment « The Fiscal Ship » (Le cargo budgétaire). Il s’agit d’un jeu de simulation basé sur des choix de politique budgétaire qui permet de mettre en évidence les arbitrages nécessaires pour placer le budget fédéral sur une trajectoire durable tout en soutenant les priorités politiques plus larges3.
Articles de blog et publications sur les réseaux sociaux – Ces médias sont un moyen intéressant de diffuser des informations pertinentes pour mieux comprendre les enjeux budgétaires, et ce, dans un format plus simple et plus concis, souvent sur un ton plus décontracté et dans un langage accessible. Par exemple, les articles de blog et les publications sur les réseaux sociaux du SPICe se renforcent mutuellement. En effet, sur son compte Twitter, le SPICe informe les utilisateurs lorsque de nouveaux articles de blogs sont publiés, souvent sur des questions d’actualité. Les articles de blog du SPICe qui sont relayés sur Twitter enregistrent en moyenne 26 % de consultations supplémentaires (Von Trapp et Nicol, 2019[33]). Par ailleurs, les notes d’information mises en avant sur les réseaux sociaux attirent deux fois plus de lecteurs que celles qui ne font pas l’objet d’une telle publicité. Le SPICe se distingue particulièrement par sa capacité à utiliser Twitter pour promouvoir les travaux parlementaires en cours, et par là même à renforcer sa pertinence et à élargir sa portée.
Robots d’intelligence artificielle (IA) – Par sa capacité à transmettre des connaissances spécialisées de manière conviviale, l’IA s’impose de plus en plus comme un outil particulièrement efficace. Les modèles modernes d’intelligence artificielle peuvent être entraînés à partir de contenus relevant d’un domaine spécifique, de sorte à développer des robots dotés de connaissances spécialisées et capables de générer des réponses aux questions précises des utilisateurs. Ainsi, dans le domaine médical, il est possible d’entraîner des modèles à partir de travaux de recherche, de revues spécialisées ou de dossiers cliniques, de manière à ce qu’ils comprennent la terminologie médicale et soient en mesure de traiter les diagnostics et les protocoles de soin. Ada Health constitue un bon exemple de ce type de dispositif (s.d.[34]). Les modèles proposés peuvent en effet être affinés par les développeurs, de sorte à tirer parti des connaissances intégrées dans les modèles de langage naturel préentraînés tout en les adaptant à leurs besoins spécifiques.
Ces modèles pourraient être appliqués de la même manière dans le domaine des finances publiques. Il est possible d’entraîner des robots fondés sur l’IA à partir de documents relatifs à ce domaine de manière générale, puis de les adapter aux spécificités d’un pays particulier, avant de les intégrer à des systèmes de conversation en langage naturel, permettant par là même aux utilisateurs de poser des questions ou de demander de l’aide sur des sujets relevant directement de la compréhension des finances publiques. Cette approche permet d’éviter les risques sous-jacents à l’utilisation d’outils d’IA généralistes, comme ChatGPT ou Gemini, qui s’appuient sur un large éventail de contenus et présentent donc plus de risques d’erreur ou d’hallucination. Certaines administrations ont déjà mis en place des robots conversationnels chargés de répondre aux questions des citoyens en matière de législation fiscale.
Les contenus devraient rester accessibles
Si les finances publiques sont un sujet complexe, impliquant un grand nombre de facteurs et un niveau élevé d’incertitude, il n’est pas pour autant impossible d’en parler de manière simple.
Sur la question de la viabilité budgétaire par exemple, les définitions sont souvent relativement vagues. De nombreux aspects sont ainsi à prendre en compte, d’autant que le contexte reste très incertain. L’OCDE (2013[35]) a ainsi notamment défini la viabilité budgétaire comme « la capacité d’un État à maintenir les finances publiques dans une position crédible et fonctionnelle sur le long terme ». Cette définition fait référence aux capacités des pouvoirs publics, mais aussi aux enjeux de crédibilité et de conditions économiques à long terme, soit deux aspects difficiles à observer ou extrêmement incertains. Cette définition pourrait également aborder la viabilité budgétaire sous l’angle de la valeur financière ou non financière nette d’un pays, ou de sa capacité à honorer ses engagements financiers.
La viabilité de la dette, qui constitue l’un des indicateurs possibles de la viabilité budgétaire, est déterminée par plusieurs facteurs, à savoir la croissance, l’inflation, les taux d’intérêt en vigueur, la structure des titres de dette souveraine, l’équilibre entre dépenses et recettes, la composition et la variabilité des dépenses et recettes, la capacité des responsables de l’action publique à réduire les déficits, voire à dégager durablement des excédents, etc.
Cette nature multidimensionnelle de la viabilité de la dette met en évidence le nombre considérable de variables à prendre en considération. Comme le soulignent Blanchard, Leandro et Zettelmeyer (2021[8]), « il n’existe pas de chiffre unique, magique, valable en tout temps et quel que soit le pays, pour la dette ou le déficit ». Plutôt que d’espérer une réponse directe par oui ou non à des questions sur la possible durabilité de certains choix, il serait préférable de procéder à des évaluations probabilistes, afin d’obtenir des réponses comme « on estime que la mise en œuvre de ces réductions d’impôts entraînerait une hausse de 5 % à 15 % de la probabilité que l’endettement s’inscrive sur une trajectoire non viable ».
Malgré le nombre important de facteurs et le niveau élevé d’incertitude, il existe des moyens de se recentrer sur l’essentiel. Ainsi, au lieu de multiplier les mises en garde en guise d’introduction, des lignes directrices générales peuvent être proposées avant d’examiner des études de cas où ces principes généraux ne s'appliquent pas (Pinker, 2014[36]). L’incertitude fait partie du quotidien de chacun, il n’est donc pas nécessaire de la mettre constamment en avant.
Il devrait être possible, dans un premier temps, d’aborder les sujets aussi complexes que la viabilité de la dette au moyen de principes généraux, et, dans un second temps, de mettre en avant les circonstances dans lesquelles ces principes ne s’appliquent pas. On peut également supposer que, malgré le niveau élevé d’incertitude, chacun est néanmoins capable de raisonner de manière intuitive en tenant compte d’un certain degré de risque et sans pour autant qu’il soit nécessaire de recourir à des mesures de précaution excessives.
L’exemple ci-dessous illustre l’application de cette approche à la notion de viabilité de la dette. Ce sujet pourrait ainsi être présenté aux responsables de l’action publique de la manière suivante :
« Si les pouvoirs publics dépensent plus qu’ils ne perçoivent, ils enregistreront des déficits. Des déficits persistants entraînent une augmentation de la dette et des paiements d’intérêts, et créent un risque que cette dette ne puisse être remboursée, ce qui mène alors à une situation de faillite. Les pouvoirs publics sont ainsi contraints de réduire soudainement leurs dépenses ou d’augmenter rapidement les impôts, généralement alors même que certains citoyens ont déjà commencé à perdre leurs emplois. En d’autres termes, l’austérité est de rigueur. Cette austérité est préjudiciable pour l’emploi, pour la croissance et pour la stabilité de la démocratie. »
Ces quelques phrases suffisent à présenter de manière relativement claire en quoi consiste la viabilité de la dette. Ce type de formulation est exactement ce que les ministres des Finances doivent utiliser lorsqu’ils sont soumis à la pression des médias. Cette formulation s’inspire en effet des déclarations de Michal Horvath, économiste slovaque qui a brièvement occupé le poste de ministre des Finances en 2023. Il raconte ainsi qu’il se limitait à cinq phrases lorsqu’il devrait faire passer des messages difficiles sur les finances publiques à la télévision.
La plupart des économistes s’opposeraient à une telle présentation de la viabilité de la dette, considérant que de nombreuses précautions, nuances et précisions pourraient être apportées. Certains économistes pourraient ainsi avancer que des déficits persistants peuvent être tout à fait supportables si les conditions favorables sont réunies. Une forte croissance, des taux d’intérêt faibles ou des déficits limités ne sont pas nécessairement des obstacles à la viabilité de la dette publique.
Certains économistes pourraient aussi contester l’utilisation du terme « faillite » dans la mesure où, techniquement, un État ne peut pas être en situation de faillite. Il n’existe pas de procédure formelle de faillite pour les États et les pouvoirs publics disposent souvent de solutions inaccessibles aux entreprises, puisqu’ils peuvent par exemple stimuler l’inflation pour réduire la valeur de l’encours de la dette, ou encore diminuer les coûts d’emprunt en forçant les banques à détenir davantage de dette publique.
D’autres économistes pourraient enfin remettre en doute la probabilité que ces situations donnent lieu à la mise en place de mesures d’austérité. Il est en effet possible d’éviter que des mesures d’assainissement budgétaire soient adoptées ; ces mesures peuvent être étalées dans le temps afin d’en limiter les incidences ; elles peuvent ne pas coïncider avec une récession économique générale ; et la politique monétaire pourrait permettre d’en atténuer les effets les plus préjudiciables.
Une telle introduction générale présente néanmoins de nombreux avantages.
Premièrement, elle permet d’établir de manière claire l’importance de la viabilité budgétaire, en partant de la notion fondamentale de déficit, en abordant son incidence sur la dette, puis en la corrélant directement à des répercussions négatives sur la société.
Deuxièmement, comme le soulignent Thomas et Turner (2011[37]), cette présentation sert avant tout à fournir une base solide sur laquelle s’appuyer, et ne prétend pas couvrir toutes les éventualités. En d’autres termes, elle ouvre simplement la voie à une compréhension plus approfondie et n’empêche aucunement que des précautions et nuances puissent être formulées par la suite.
Troisièmement, cette présentation est rédigée dans une langue ancrée dans l’expérience du quotidien, plutôt que dans un langage technique. Le terme « faillite » est couramment utilisé et compris de tous, même si chaque faillite présente des caractéristiques qui lui sont spécifiques. Rares sont en outre les responsables de l’action publique qui n’auront pas gardé en mémoire les souffrances causées par les mesures d’austérité adoptées suite à la crise financière.
La viabilité des finances publiques est un principe simple mais d’une grande complexité, en ce sens que si les équations sont connues et que les facteurs d’incertitude peuvent être estimés, la difficulté majeure tient à l’impossibilité d’être précis, cohérent et rigoureux dans l’évaluation des moyens permettant d’assurer la viabilité budgétaire dans un monde exposé à des chocs à la fois inédits et imprévisibles.
2.2.5. Favoriser une culture de l’évaluation et de l’apprentissage
Ces initiatives devraient s’inscrire dans un cadre favorisant le développement d’une culture de l’évaluation et de l’apprentissage. L’intégration des élus, des parties prenantes et de la communauté économique de façon plus générale au processus de réévaluation et de redéfinition des buts et objectifs de la stratégie nationale peut contribuer à garantir une forte adhésion du public, tout en renforçant la qualité des initiatives mises en œuvre.
Suivi des progrès
L’un des principaux enseignements des travaux de l’OCDE sur la culture financière est la nécessité de réfléchir en amont aux moyens d’évaluer la compréhension des finances publiques par les citoyens. L’objectif des initiatives examinées dans ce chapitre est de renforcer cette compréhension. Il est donc indispensable d’assurer le suivi de ces initiatives et de les ajuster si nécessaire afin de garantir qu’elles portent leurs fruits.
Pour mesurer les résultats de ces initiatives, il conviendra de pouvoir s’appuyer, d’une part, sur des indicateurs quantitatifs, comme le niveau de participation, l’évolution des connaissances en matière budgétaire pour chaque initiative ou encore l’amélioration de l’accès aux informations, et, d’autre part, sur des différents cycles d’enquêtes sur la compréhension des finances publiques. Ces données permettront d’établir des indicateurs clés de performance, qui pourront alors être évalués et suivis sur la durée. La conception de ces indicateurs exige une bonne compréhension des priorités et objectifs sous-jacents à toute évaluation.
Le financement des évaluations devrait par ailleurs être spécialement affecté. Des ressources pourraient en outre être allouées au recrutement d’évaluateurs professionnels externes afin de disposer des compétences nécessaires et de bénéficier d’un regard extérieur.
Tirer le meilleur parti des périodes clés et renforcer la compréhension des finances publiques par un processus d’enrichissement mutuel
Il existe certainement au cours de l’année des périodes qui peuvent plus facilement être consacrées au renforcement de la compréhension des finances publiques. Ces efforts peuvent en outre s’inscrire dans ce que l’on peut considérer comme un processus d’enrichissement mutuel. Par exemple, en œuvrant à améliorer la compréhension des citoyens, les élus peuvent renforcer leur propre compréhension et ainsi mieux plaider en faveur de la viabilité de la politique budgétaire.
Les auditions ou commissions parlementaires sont un bon exemple de ce type d’approche, puisqu’elles offrent l’occasion d’entamer ce processus d’enrichissement mutuel et permettent souvent d’entendre les inquiétudes des citoyens et de prendre connaissance de leurs priorités. Ces auditions ou commissions peuvent également donner lieu à des échanges utiles sur les arbitrages et les risques auxquels les élus doivent faire face. Les commissions sectorielles ont à ces fins un rôle important à jouer, dans la mesure où elles se prêtent tout particulièrement à la participation des citoyens. Elles doivent néanmoins veiller à faire part de leurs propres contraintes et faire en sorte que ces échanges contribuent à l’élaboration budgétaire, y compris en coordonnant les travaux parlementaires de différentes commissions.
Le forum « National Economic Dialogue » (NED) organisé chaque année en Irlande constitue un autre exemple intéressant. Le NED offre une occasion unique de renforcer la compréhension des enjeux budgétaires par les élus et les citoyens plusieurs mois avant le vote du budget annuel. Ce forum rassemble les partenaires sociaux, les syndicats, les entreprises et la société civile. L’un des moments clés du NED est son exposé introductif, au cours duquel des experts indépendants présentent les perspectives macroéconomiques et budgétaires. Cet exposé contribue à établir une vision commune des contraintes et des risques en amont des discussions, et par là même à modérer les demandes et à favoriser le consensus. Une telle approche permet de limiter le risque de voir les attentes s’emballer au point d’avoir une incidence sur le budget final (Gouvernement de l'Irlande, 2015[38]).
Autres considérations
D’autres aspects sont à prendre en considération pour renforcer efficacement la compréhension des budgets publics. Il convient par exemple de déterminer dans quelle mesure la participation à ces initiatives doit revêtir un caractère obligatoire, ou encore s’il est nécessaire de définir un certain niveau de connaissances comme seuil minimum acceptable. Ces données pourraient être transmises de façon anonyme à des fins de comparaison entre pairs, de sorte à encourager le développement personnel.
2.3. Conclusion
Copier le lien de 2.3. ConclusionPour consolider les fondements d’une politique budgétaire saine, il est essentiel de démystifier les finances publiques. Alors que les tensions budgétaires auxquelles sont confrontés les pays de l’OCDE s’intensifient, une compréhension renforcée des budgets, de la dynamique de la dette et de la viabilité à long terme s’impose comme une condition préalable indispensable pour permettre aux décideurs d’opérer des choix à la fois crédibles et durables. Le présent chapitre a ainsi montré que si de nombreuses initiatives ont déjà été mises en œuvre pour soutenir les décideurs dans leurs fonctions, les approches en vigueur restent déséquilibrées, trop axées sur les processus techniques et souvent peu en adéquation avec le contexte plus global.
Pour permettre une compréhension plus fine, les efforts visant à démystifier le budget doivent aller au-delà des simples aspects mécaniques du cycle budgétaire annuel. Les initiatives les plus efficaces portent ainsi sur les aspects fondamentaux : la pertinence des règles budgétaires, les facteurs de la viabilité à long terme et les conséquences de l’inaction. Elles reposent sur des principes clairs et accessibles, et s’appuient sur des techniques d’apprentissage des adultes qui tiennent compte des responsabilités et des contraintes de temps des décideurs. Elles tirent également davantage parti des outils numériques, des contenus interactifs et de la communication narrative pour rapprocher des concepts budgétaires abstraits de la réalité du terrain.
Il convient d’aider les décideurs à mieux comprendre les répercussions à long terme des décisions politiques d’aujourd’hui, et ce, au même titre que l’ensemble des intermédiaires qui ont une influence sur le débat public. Les élus, les médias et les organisations civiques jouent un rôle crucial pour rendre les informations budgétaires accessibles aux citoyens, contextualiser les grands défis en matière budgétaire et parvenir à une vision commune des contraintes et des arbitrages nécessaires.
Le renforcement de la compréhension des finances publiques doit devenir un objectif institutionnel commun. Les conseils budgétaires, les parlements, les institutions supérieures de contrôle et autres organismes d’analyse ont tous un rôle à jouer, tout comme les élus, les journalistes, les professionnels de l’enseignement et les organisations civiques qui animent le débat public. Le développement d’une culture fondée sur l’apprentissage continu, l’évaluation et l’ouverture contribue à garantir que les efforts de renforcement des connaissances se poursuivent et s’intensifient au fil du temps.
L’amélioration de la compréhension des finances publiques permettra à terme aux citoyens et aux décideurs de prendre toute la mesure des défis à venir et des arbitrages nécessaires, mais aussi de disposer des outils et connaissances nécessaires pour opérer les choix difficiles qui s’imposent.
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[17] Yuan, X. (2022), « Evidence of the Spacing Effect and Influences on Perceptions of Learning and Science Curricula », Cureus, https://doi.org/10.7759/cureus.21201.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. Pour une analyse plus large de la dette fédérale et de ses conséquences, voir le rapport « Federal Debt: A Primer » de l’Office budgétaire du Congrès des États-Unis (Congressional Budget Office, CBO) (2020[39]).
← 2. Cela revient, en théorie, à un choc lié aux charges d’intérêts effectives moyennes. Dans les faits, les taux d’intérêt effectifs moyens évoluent souvent plus lentement du fait des différentes mesures mises en place par les offices de gestion de la dette afin de limiter les risques immédiats. Le taux d’intérêt effectif moyen correspond à la charge d’intérêts annuelle exprimée en pourcentage de l’encours de la dette pour l’année précédente. La lenteur de cet ajustement tient au fait qu’une grande partie de la dette existante persiste et que les taux d’intérêt sont souvent fixes. Même lorsque ces taux ne sont pas fixes, les offices de gestion de la dette peuvent couvrir les risques de taux d’intérêt associés aux titres de créance à taux variable.
← 3. L’intérêt que présente le jeu « The Fiscal Ship » en tant qu’outil pédagogique est abordé plus en détail à l’adresse suivante : (Lee, Schüle et Sheiner, 2019[40]).