En 2025, le monde s’est de nouveau trouvé confronté à toute une série de lourds effets du changement climatique, dont des inondations meurtrières, des vagues de chaleur record et des sécheresses prolongées. Ces événements météorologiques extrêmes ne cessent de gagner en fréquence et en intensité, avec de graves conséquences pour les économies, les écosystèmes, la santé et les sociétés. Sans une action renforcée pour réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre, ces impacts continueront de s’aggraver, amplifiant les risques et les défis pour les communautés partout dans le monde. Face à l’escalade des aléas et catastrophes climatiques, les pays doivent accélérer et intensifier leurs efforts d’adaptation afin de protéger leurs populations vulnérables et leurs infrastructures critiques, et de renforcer leur résilience économique. La gravité croissante des perturbations souligne la nécessité d’accroître l’ambition climatique de sorte à l’aligner sur les objectifs de température de l’Accord de Paris (Chapitre 1), et de déployer des politiques climatiques efficaces (Chapitre 3).
Les données scientifiques suggèrent que la planète pourrait s’approcher de points de bascule climatiques majeurs, des seuils au-delà desquels des modifications irréversibles et abruptes des systèmes terrestres pourraient survenir (OECD, 2022[1]) (OECD, 2024[2]). Depuis 2015‑16, d’importants bouleversements environnementaux ont été observés, notamment une inversion potentielle de la circulation de l’océan Austral (Silvano et al., 2025[3]), ainsi qu’une forte contraction de l’étendue de la banquise antarctique, entraînant des libérations dans l’atmosphère du CO2 emprisonné dans les eaux riches en carbone des profondeurs. Le dernier rapport (IPCC, 2023[4]) du GIEC souligne que la proximité de ces seuils critiques pourrait avoir été sous-estimée, suggérant qu’un ralentissement, voire un effondrement de la circulation méridienne de retournement de l’Atlantique (AMOC) pourrait se produire dans les décennies à venir (Aðalgeirsdóttir et al., 2024[5]). Étant donné que l’océan Austral est interconnecté avec les autres grandes circulations océaniques, y compris l’AMOC, ces résultats laissent craindre que des points de bascule climatiques puissent être atteints dans un avenir proche1.
Un tel dérèglement aurait des conséquences majeures sur le climat, en entraînant notamment un refroidissement hivernal extrême en Europe du Nord‑Ouest, des modifications des régimes de précipitations tropicales susceptibles de provoquer des sécheresses en Afrique de l’Ouest et en Amérique centrale, et une élévation accélérée du niveau des océans (IPCC, 2023[4]). Ce risque aigu et imminent de franchir des points de bascule souligne la nécessité d’approfondir notre compréhension des aléas liés au climat et de leur évolution dans le temps afin d’appuyer l’élaboration de réponses efficaces.
Pour aider les décideurs à répondre à l’aggravation des risques climatiques, l’IPAC a développé un ensemble d’indicateurs qui suivent l’évolution dans le temps des aléas liés au climat. Ces indicateurs évaluent à la fois l’exposition historique et projetée à divers aléas climatiques : températures et précipitations extrêmes, sécheresses, feux de forêt et inondations (OECD, 2025[6]). Ils sont élaborés à partir de données d’observation de la Terre, de données de télédétection et autres, produites par des acteurs de référence, comme l’ESA et la NASA, qui respectent les normes nationales et internationales pour l’élaboration des données climatiques2. Ils contribuent à la base factuelle utile pour éclairer la planification et l’élaboration des politiques en matière de résilience climatique.
L’édition 2025 de L’Observateur de l’action climatique introduit une avancée importante avec l’extension de ses indicateurs relatifs aux aléas climatiques et à l’exposition, qui intègrent désormais des projections jusqu’en 2100. Ces projections couvrent les anomalies anticipées pour les décennies 2030, 2050, 2070 et 2090, par rapport à la période de référence 1995-2014 (Maes et al., 2025[7])3. Ces indicateurs révèlent des résultats alarmants, avec des températures moyennes mondiales en forte augmentation dans tous les scénarios climatiques (Graphique 2.1). D’ici la fin du siècle, les projections indiquent un écart d’environ 6 °C de la température moyenne mondiale entre les scénarios d’émissions très faibles et très fortes, soulignant la possibilité d’impacts et de risques considérables. Ces indicateurs permettent à l’IPAC de fournir, aux niveaux national et infranational, des informations sur la façon dont les aléas et catastrophes climatiques pourraient évoluer au cours du siècle. S’appuyant sur cette perspective élargie, le présent chapitre intègre des indicateurs à la fois historiques et prospectifs qui apportent un éclairage non seulement sur les événements marquants des dernières décennies, mais aussi sur les risques futurs. Les données prospectives peuvent également soutenir l’élaboration de stratégies d’adaptation et de plans de résilience à long terme.
Afin d’assurer une couverture complète du large éventail d’indicateurs disponibles, l’édition 2025 de L’Observateur de l’action climatique inaugure un cycle triennal d’analyse approfondie en alternance des trois principaux domaines d’aléas que sont : les températures extrêmes, les précipitations extrêmes et les sécheresses. Cette édition s’intéresse plus particulièrement aux températures extrêmes, tout en proposant de brefs états des lieux pour les autres catégories d’aléas, notamment les précipitations, les sécheresses, les inondations, les incendies de forêt et les menaces liées aux vents. Les éditions futures mettront l’accent sur les autres domaines d’aléas majeurs, de sorte que chacun fasse l’objet d’une analyse détaillée sur la durée du cycle triennal, tandis que les autres catégories feront l’objet de brefs bilans. L’ensemble complet des indicateurs nationaux sur les aléas liés au climat reste consultable dans le Tableau de bord de l’IPAC.