Le Togo est une petite économie en croissance de l’Afrique de l’Ouest. Le pays abrite le quatrième port à conteneurs d’Afrique. Il jouit d’une réputation de stabilité dans un contexte sous-régional difficile. Il est exposé à des vulnérabilités structurelles, notamment une forte exposition au changement climatique et aux catastrophes naturelles. Le gouvernement s’est engagé à mettre en œuvre des réformes pour transformer la croissance en une prospérité partagée. Le pays, dont l’activité principale reste l’agriculture malgré l’émergence récente d’activités manufacturières et de services, dispose d’une stratégie nationale qui donne la priorité à l’attraction des investissements, à la création de valeur locale et au développement des infrastructures. Moderniser l’État en mettant l’accent sur les résultats, identifier des projets qui changent la donne et trouver de nouveaux moyens de mieux tirer parti des partenariats internationaux et de la coopération au développement sont des étapes cruciales pour libérer le potentiel de développement du Togo.
Examen des politiques de transformation économique du Togo
1. Évaluation et recommandations
Copier le lien de 1. Évaluation et recommandationsDescription
Une petite économie en pleine croissance qui abrite le premier port à conteneurs d’Afrique de l’Ouest
Copier le lien de Une petite économie en pleine croissance qui abrite le premier port à conteneurs d’Afrique de l’OuestLe Togo est un petit pays d’Afrique de l’Ouest situé sur le golfe de Guinée. Il compte plus de 8 millions d’habitants, soit l’équivalent de 0.6 % de la population totale de l’Afrique. Il est classé parmi les pays les moins avancés (PMA) depuis 1982 et, en 2021, son PIB s’élevait à 8.2 milliards de dollars, soit 0.3 % du PIB de l’Afrique. Entre 2010 et 2023, le Togo a connu l’une des croissances économiques les plus rapides du continent, avec une croissance moyenne du PIB d’environ 5.5 %, supérieure à la moyenne des pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) (Graphique 1.1, Panel A). La croissance du Togo, tout en contribuant à la réduction de la pauvreté de 61.7 % de la population en 2006 à 43.8 % en 2021, ne s’est pas traduite par une augmentation effective du PIB par habitant qui reste à 71 % de la moyenne de l’espace CEDEAO.
Historiquement un corridor commercial reliant les pays et territoires africains avec le reste du monde, le Togo a progressé en faisant de son port et de son secteur logistique un moteur de développement économique. Établi pendant la période coloniale et agrandi après l’indépendance en 1961, le port en eau profonde de Lomé est devenu le port à conteneurs le plus fréquenté d’Afrique de l’Ouest, avec 75.5 millions de tonnes de marchandises traitées en 2022 (Graphique 1.1, Panel B). Le port de Lomé joue aujourd’hui un rôle crucial en tant que plaque tournante du transbordement, avec 67 % de son trafic impliquant des marchandises transférées entre navires et dirigées vers diverses destinations. Entre 2021 et 2024, l’efficacité du port s’est améliorée. La vitesse moyenne de traitement des conteneurs a doublé, passant de 0.4 à 0.8 tonne par seconde. Le port sec mis en place en 2022 et l’adoption de solutions numériques ont permis d’élargir les opportunités commerciales, de rationaliser les processus douaniers, de renforcer la sécurité et de réduire les inefficacités.
Graphique 1.1. Croissance du PIB et trafic de conteneurs
Copier le lien de Graphique 1.1. Croissance du PIB et trafic de conteneurs
Source : Élaboration des auteurs sur la base des données des comptes nationaux de la Banque mondiale, https://data.worldbank.org/, et du Port autonome de Lomé https://www.togo-port.net/statistiques-pal/, 2023.
Une économie basée sur l’agriculture et les services avec des activités manufacturières émergentes
Copier le lien de Une économie basée sur l’agriculture et les services avec des activités manufacturières émergentesL’économie togolaise repose en grande partie sur l’agriculture, qui contribue à environ un cinquième du PIB, emploie 40 % de la main-d’œuvre et représente 35 % des recettes d’exportations. Le Togo possède 3.6 millions d’hectares de terres agricoles (70 % de la superficie totale), soit plus que le Ghana (55 %) et le Bénin (35 %). La plupart des terres sont utilisées pour les cultures temporaires (54 %), suivies par les prairies et les pâturages (26 %) et les cultures permanentes (4 %). La production agricole a augmenté de 3 % par an en moyenne entre 2013 et 2022, dépassant la croissance démographique de 2.5 %. Les petites exploitations familiales dominent, produisant 94 % de la production sur des parcelles de moins de 3.5 hectares, 52 % des ménages gérant moins de 3 hectares.
Outre les aliments de base comme le manioc, le riz, l’igname et le maïs, les cultures de rente orientées vers l’exportation comme le coton, le cacao, l’huile de palme et le soja sont de plus en plus importantes. Le Togo est le premier exportateur de soja biologique vers l’Union européenne (UE) et le septième importateur de produits biologiques dans l’UE, représentant 5 % des importations totales de produits biologiques.
Malgré l’augmentation de la production et l’amélioration des disponibilités alimentaires, l’insécurité alimentaire reste élevée : 63 % de la population connaîtra une insécurité alimentaire modérée ou grave entre 2020 et 2022, contre 39 % au Ghana, 33 % au Brésil et moins de 10 % au Viet Nam. Le changement climatique, l’inflation croissante des produits agroalimentaires et des intrants importés, ainsi que les coûts élevés des engrais, qui ont augmenté de 45 % entre 2022 et 2023, sont autant de facteurs qui contribuent à cette situation.
Depuis le milieu des années 2000, le développement des institutions financières et des services publics a stimulé la croissance du secteur des services, qui représente 52 % du PIB en 2023. L’industrie manufacturière, restée stable à environ 15 % du PIB, reste spécialisée principalement dans les industries de l’agroalimentaire, du textile et des matériaux de construction. L’industrie alimentaire est le plus grand secteur manufacturier, contribuant à 46 % de la valeur ajoutée manufacturière et à 31 % de l’emploi manufacturier (Graphique 1.2).
La structure économique du Togo est fragile : 99 % des entreprises sont des micros, petites et moyennes entreprises (MPME), représentant 80 % du PIB. La plupart des entreprises nationales (85.5 %) opèrent de manière informelle, avec une moyenne de deux employés contre sept pour les entreprises formelles. Le Togo ne compte que huit entreprises multinationales (EMN), principalement dans le domaine du transport maritime et de l’assurance, essentiellement en provenance d’Europe.
Graphique 1.2. L’agriculture et les services représentent 80 % du PIB
Copier le lien de Graphique 1.2. L’agriculture et les services représentent 80 % du PIB
Source : Élaboration des auteurs sur la base des données des comptes nationaux de l’INSEED, https://inseed.tg, 2023 et des données de la plateforme d’information sur les entreprises multinationales de l’OCDE et de l’UNSD, https://www.oecd.org/sdd/its/mne-platform.htm, 2023.
Les exportations sont concentrées sur des produits de base et agroalimentaires. Les 20 premiers produits représentent 82 % des exportations totales. Le phosphate représente 14 % de toutes les exportations brutes en 2020-22 et est principalement expédié vers l’Inde où il sert de composant principal dans la production d’engrais. Après le phosphate, les articles en plastique, les produits de beauté et le ciment représentent chacun des parts d’exportation variant de 6 % à 8 %. Les autres produits comprennent le soja, les tissus de coton et les produits agroalimentaires.
Le Togo exporte principalement vers l’Afrique et importe d’Asie. Le continent africain représente 64 % des exportations brutes totales, suivi de l’Asie avec 17 % et de l’Europe avec 12 %. L’Amérique du Nord, au contraire, ne représente que 3 % des exportations brutes totales. Les pays asiatiques, au premier rang desquels la République populaire de Chine (ci-après « Chine ») avec 20 %, sont les principaux partenaires du Togo en matière d’importation, avec 48 % des importations totales, suivis par les pays européens avec 29 %, la France étant en tête avec 9 %. Dans le même temps, les réexportations jouent un rôle important, représentant jusqu’à 22 % des exportations brutes, soulignant le rôle du Togo en tant que corridor reliant les pays enclavés au reste du monde. Le Togo traite 90 % des marchandises en transit à destination des pays enclavés tels que le Burkina Faso, le Niger et le Mali (Graphique 1.3, Panel A et B). Les principaux produits réexportés sont les carburants (30 %) et les produits de transport (26 %), suivis par les textiles (13.5 %) et les légumes (8.5 %).
L’importance du commerce dans le PIB du Togo a diminué au fil du temps. Au cours de la seconde moitié des années 2000, le commerce en pourcentage du PIB était relativement plus élevé, notamment en raison des prix élevés du phosphate et du coton. Toutefois, ces facteurs se sont dissipés depuis le début des années 2010, le ratio des échanges sur le PIB ayant diminué pour atteindre 58 % en 2019-22. Depuis 2021, les prix mondiaux du phosphate ont augmenté en raison de la hausse de la demande mondiale d’engrais et des perturbations de l’offre, ce qui a entraîné une légère augmentation de l’incidence des échanges (Graphique 1.3, Panel C).
Graphique 1.3. La diversification commerciale du Togo est limitée
Copier le lien de Graphique 1.3. La diversification commerciale du Togo est limitée
Source : Élaboration des auteurs sur la base de Comtrade, https://comtrade.un.org/, 2023 et du système de prix des produits primaires du FMI, https://data.imf.org/, 2024.
Le Togo doit surmonter ses faiblesses structurelles pour atteindre une prospérité partagée
Copier le lien de Le Togo doit surmonter ses faiblesses structurelles pour atteindre une prospérité partagéeLe Togo est exposé à un ensemble de vulnérabilités internes et externes qui entravent les progrès futurs :
Le Togo est confronté à d’importants risques liés au changement climatique, avec une hausse des températures et une aggravation des sécheresses, en particulier dans les régions septentrionales. Ces conditions ont fortement impacté de nombreux produits, notamment le coton dont la production a chuté de 62 % entre 2018-19 et 2021-22. La mauvaise répartition des pluies, la dégradation des sols et la déforestation exacerbent la vulnérabilité de l’ensemble du secteur agricole, d’autant plus que celui-ci repose en grande partie sur un système pluvial et une adoption technologique limitée.
Les disparités territoriales freinent le développement. Le Togo reste une économie essentiellement rurale, 57 % de la population résidant dans les zones rurales en 2022. Les opportunités de développement économique sont concentrées autour de la capitale, Lomé, et dans la région maritime, le long de la côte. La pauvreté est plus élevée dans les zones rurales (59 %) que dans les zones urbaines (24 %) et dépasse 65 % dans la région des Savanes, au nord du pays. Alors que le pays est engagé dans un effort important pour améliorer les infrastructures sur l’ensemble du territoire national, les zones rurales sont à la traîne en termes d’infrastructures de transport, d’énergie et d’eau, ce qui exacerbe leur vulnérabilité déjà élevée. Par exemple, alors que le taux d’électrification moyen national est de 57 %, il n’est que de 25 % dans les zones rurales.
Les lacunes en matière d’infrastructures de transport et d’énergie entravent les aspirations à l’industrialisation locale. La dépendance énergétique et les coûts élevés de l’électricité pour les industries (0.19 USD par kWh en 2023) rendent le Togo moins compétitif par rapport à des partenaires régionaux tels que le Ghana (0.10 USD par kWh) et le Nigéria (0.04 USD par kWh). En outre, le Togo dépend fortement des importations d’énergie, qui représentent environ 70 % de la consommation totale, et importe la totalité des combustibles.
L’augmentation de la mobilisation des ressources et des investissements est essentielle pour le Togo. La dette publique intérieure représentait 68 % du PIB en 2022, et l’accès au financement international est difficile pour le pays. Des projets cruciaux comme l’expansion des routes rurales manquent de 88 millions d’USD sur les 97 millions d’USD estimés. L’augmentation des obligations de remboursement de la dette, avec des paiements d’intérêts représentant 14 % des recettes publiques en 2022, et la faible propension du secteur privé à investir posent des défis considérables. L’augmentation des coûts de l’énergie, due à la flambée des prix mondiaux, grève encore davantage le budget, affectant les ministères et les capacités opérationnelles. Du côté des banques, alors que les taux d’inclusion financière sont élevés (86 %) et que la capitalisation des banques nationales s’est améliorée pour atteindre 25 % en 2021, le crédit au secteur privé est faible, à 27 %, en dessous de la moyenne des pays d’Afrique subsaharienne et des PMA, qui s’élevait respectivement à 34.4 % et 35.5 %.
L’instabilité en Afrique de l’Ouest pose des défis importants aux ambitions de développement du Togo, ayant un impact direct sur le commerce régional et l’intégration économique avec des partenaires clés tels que le Burkina Faso, le Niger et le Mali. Malgré ces obstacles, la stabilité et la fiabilité du Togo en tant que plaque tournante commerciale en font un partenaire de plus en plus stratégique pour la communauté internationale dans ses efforts de gestion et de réduction de l’instabilité régionale.
Le Gouvernement togolais s’engage à mettre en œuvre des réformes structurelles
Copier le lien de Le Gouvernement togolais s’engage à mettre en œuvre des réformes structurellesLe Togo est un pays en mouvement. Son gouvernement s’est engagé à mettre en œuvre des réformes, avec une vision claire de la transformation de l’économie, de la promotion du développement du secteur privé et de la mise en œuvre de la croissance pour tous.
Tableau 1.1. Priorités stratégiques pour la transformation économique du Togo, FDR 2020-2025
Copier le lien de Tableau 1.1. Priorités stratégiques pour la transformation économique du Togo, FDR 2020-2025|
Domaines prioritaires |
Combler les lacunes en matière d’infrastructures |
Favoriser la transformation numérique et la promotion des start-ups |
Attirer les IDE grâce aux zones économiques spéciales |
Promouvoir le développement industriel local |
Mise à jour du cadre institutionnel et juridique |
|---|---|---|---|---|---|
|
Principales actions |
Développement de l’électrification, des routes rurales et des routes nationales, ainsi que des capacités aéroportuaires et portuaires. |
Améliorer l’infrastructure numérique, favoriser l’accès aux technologies numériques et la numérisation des services publics. Améliorer et augmenter les options de financement pour les micro, petites et moyennes entreprises (MPME), et développer un centre d’innovation local. |
Lancement de la PIA (Plateforme d’Investissement Industriel) et plan pour 10 agropoles (sur l’ensemble du territoire). |
Soutien ciblé aux agriculteurs (aide non remboursable pour les semences, les engrais et les tracteurs), à l’industrie minière et chimique (y compris la production de phosphate), campagne de sensibilisation visant à encourager la consommation locale de la production nationale, promotion de l’image de marque du pays et amélioration du système d’infrastructures (QIS). |
Création d’agences de modernisation agricole, de zones rurales, réformes juridiques pour réduire la bureaucratie, réformes foncières, réformes des règles de gestion des entreprises publiques. |
|
Principaux secteurs |
Agriculture, industrie manufacturière et logistique |
Horizontal |
Agroalimentaire et industrie manufacturière |
Exploitation minière et phosphate |
Tous les secteurs, avec un accent particulier sur l’agriculture et l’agroalimentaire |
|
Principaux bénéficiaires |
Toutes les entreprises |
Toutes les entreprises + secteur public |
Grandes entreprises (nationales et étrangères) |
Grandes entreprises |
Agriculteurs et toutes les entreprises |
|
Budget prévu public (en millions d’USD) |
690 |
78 |
26 |
113 |
38 |
|
Budget prévu privé (en millions d’USD) |
1 798 |
82 |
188 |
2 062 |
4 |
|
Budget prévu total (millions d’USD et part du total) |
2 488 (49 %) |
159 (3.4 %) |
214 (4 %) |
2 175 (43 %) |
42 (1 %) |
Note : Pour les besoins de cette analyse centrée sur les mesures de transformation économique, les mesures suivantes ayant des composantes sociales significatives ont été exclues : couverture sanitaire universelle, plan d’intervention d’urgence en matière de soins de santé, eau et assainissement, développement du logement, banque numérique, capacité de scolarisation et amélioration de la qualité de l’enseignement.
Source : Élaboration des auteurs sur la base de la Feuille de route gouvernementale Togo, 2024, https://presidence.gouv.tg/feuille-de-route-gouvernementale-togo-2025/.
La Feuille de route gouvernementale (FDR 2025) met l’accent sur l’inclusion sociale et la répartition équitable des initiatives gouvernementales dans l’ensemble du pays, et donne la priorité à l’industrialisation. Elle comprend 42 actions à mettre en œuvre entre 2021 et 2025. Trente-cinq de ces 42 actions sont liées à la transformation économique et représentent environ 70 % du coût total estimé à 4.4 milliards USD. Le secteur privé devrait contribuer à environ 80 % de l’investissement total estimé (Tableau 1.1). La FDR 2025 est coordonnée par la primature et la présidence assure le suivi et la mise en œuvre par l’intermédiaire de l’unité de mise en œuvre de la présidence. Chaque projet prioritaire a un ministère chef de file qui agit en tant que coordinateur d’un groupe de travail composé des ministères et agences concernés.
Dans la mise en œuvre de la FDR 2025, le Togo a progressé sur trois fronts principaux :
Combler les lacunes en matière d’infrastructures.
Moderniser les institutions gouvernementales et la gouvernance.
Mettre à jour les systèmes d’incitation et le cadre réglementaire.
Les progrès réalisés sont résumés ci-dessous.
Combler les lacunes en matière d’infrastructures
La stratégie du Togo met l’accent sur le comblement des lacunes en matière d’infrastructures dans les domaines du transport et de l’énergie, ainsi que sur les infrastructures liées à la production, grâce à la création de zones économiques spéciales (ZES) destinées à accélérer l’industrialisation, à attirer les investissements et à favoriser la diversification de la production en ajoutant de la valeur au niveau local.
En 2021, le Togo a inauguré la Plateforme Industrielle d’Adetikopé (PIA). Lancée grâce à un partenariat public-privé (PPP) de 250 millions USD, la PIA est conçue comme un parc industriel multisectoriel situé à 15 km au nord de Lomé. Elle se concentre sur l’agroalimentaire, l’industrie légère et le textile, en mettant l’accent sur la transformation locale du coton. La plateforme comprend des installations industrielles, commerciales et de conteneurs, ainsi qu’une zone résidentielle, et devrait créer 35 000 emplois.
Pour compléter la PIA, le Togo a lancé en 2022 le port sec, situé à 27 km du port de Lomé. Il couvre 20 hectares et peut accueillir 500 camions et 12 000 conteneurs. Le port sec sert principalement de plateforme de manutention et de transit pour les camions et les conteneurs reliant les pays enclavés au port. Il étend la zone franche du port et offre des entrepôts, des zones de stockage et des services de dédouanement. Dans le cadre de la FDR 2025, le gouvernement prévoit de relier le port et le port sec par une voie ferrée.
Parallèlement, le gouvernement encourage le développement basé sur l’agriculture. Depuis 2020, il est prévu de construire 11 agropoles sur l’ensemble du territoire togolais afin de favoriser le développement basé sur l’agriculture. Le pays a commencé par la construction du premier projet pilote dans la région de Kara. Le projet d’agropoles dispose d’un budget initial de 6 millions USD provenant de la Banque africaine de développement (BAD) et de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) pour le développement des infrastructures et le soutien ciblé aux agriculteurs afin d’améliorer les pratiques agricoles. La mise en œuvre a progressé plus lentement que prévu. Il sera essentiel d’attirer les investissements du secteur privé pour accélérer les progrès. Pour soutenir les agropoles, le Togo travaille également avec les agriculteurs locaux pour améliorer les techniques de production des petits exploitants grâce à la création de zones de développement agricole planifiées (ZAAP).
Le Togo investit dans l’expansion de sa capacité énergétique, avec des projets récents tels que l’achèvement de la première phase de l’usine de gaz de Kékéli de 47 MW en 2021 et le développement d’une centrale hydroélectrique de 50 MW à Tététou. Le pays se concentre également sur les énergies renouvelables, en visant l’accès universel d’ici 2030 et en se fixant pour objectif que 50 % de la capacité installée provienne de sources renouvelables d’ici 2025.
Le Togo priorise la modernisation des infrastructures de transport. La FDR 2025 fait état d’un besoin d’investissement de 2 500 millions USD entre 2020 et 2025, avec des projets clés tels que l’autoroute N1 reliant le Togo au Burkina Faso (2 milliards USD) et le corridor est-ouest reliant le Ghana et le Bénin. Le Togo a agrandi et modernisé l’aéroport international Gnassingbé Eyadéma et est en train d’agrandir l’aéroport international de Niamtougou dans la région de la Kara.
Le Togo a progressé dans le déploiement de l’infrastructure digitale. En 2023, le câble sous-marin de télécommunications à fibre optique Equiano est devenu opérationnel, complétant les connexions existantes et devrait permettre de multiplier par 20 la capacité du réseau et d’augmenter considérablement la vitesse de l’internet.
Modernisation de la gouvernance et des institutions publiques
Depuis 2015, le Togo a mis en œuvre des réformes institutionnelles et a créé :
en 2018, l’Agence pour la promotion et le développement des agropoles (APRODAT) qui a pour objectif d’encadrer le développement de dix agropoles sur l’ensemble du territoire et d’attirer les investisseurs étrangers.
en 2018, le Mécanisme d’incitation au financement agricole (MIFA) pour relever les défis du financement agricole. L’objectif est de fournir aux acteurs de la chaîne de valeur agricole un accès durable aux marchés et des services financiers et non financiers adaptés.
en 2019, le ministère de la Promotion des investissements et de l’Agence de promotion des investissements (API-ZF) pour offrir des services de pré- et d’après-vente aux investisseurs.
en 2020, le Comité de concertation État-secteur privé (CCESP). Il est présidé par la primature, ainsi que par des unités spéciales chargées de superviser la mise en œuvre des réformes et le développement des entreprises depuis le bureau présidentiel.
en 2022, l’Agence de transformation agricole (ATA) en tant qu’agence de mise en œuvre affiliée au ministère de l’Agriculture, chargée du transfert de technologie et des services de vulgarisation.
Parallèlement, le Togo a renforcé son système d’infrastructure nationale de qualité (INQ), notamment en mettant en place :
La Haute Autorité pour la Qualité et l’Environnement (HAUQE) : créée pour superviser et coordonner le cadre de l’infrastructure de la qualité, elle garantit la qualité des produits et des services nationaux, le respect des normes internationales et la protection des consommateurs.
L’Agence togolaise de normalisation (ATN) qui est responsable de l’élaboration et de l’adoption des normes.
L’Agence togolaise de métrologie (ATOMET) qui gère le contrôle et l’étalonnage des instruments de mesure.
L’Agence togolaise pour la promotion de la qualité (ATOPROQ) qui promeut une culture de la qualité auprès des entreprises et du public.
Le Comité d'Agrément Togolais (COTAG) en charge des agréments et de l'évaluation de la conformité au Togo.
Le Togo a progressé dans l’utilisation de la technologie digitale pour accroître la responsabilité, la transparence et l’efficacité du gouvernement. Le Togo a mis en place l’Agence nationale de cybersécurité (ANCy) en 2019. En 2021, il a inauguré le centre de données de Lomé qui, avec ses 500 m², fournit des services numériques au gouvernement et au secteur privé.
Le Togo a également progressé en matière d’infrastructures portuaires en adoptant des solutions numériques, notamment le système de gestion des douanes ASYCUDA World adopté en 2014, qui a permis de réduire les formalités administratives et le temps nécessaire aux échanges commerciaux. Le Togo a également adopté la plateforme SEGUCE en 2021 ; ce système fonctionne comme un guichet unique pour le commerce extérieur en facilitant l’interaction des parties prenantes et en accélérant le traitement des marchandises, en réduisant les délais de transit et en simplifiant les procédures douanières. En 2023, le Togo a adopté l’AIS 2.0, un système d’identification à distance des navires et d’amélioration des flux de trafic, renforçant ainsi la sécurité portuaire.
Mise à jour du cadre réglementaire
Le Togo a modernisé son cadre réglementaire et ses systèmes d’incitation dans le but d’augmenter la valeur ajoutée locale et d’attirer les investissements étrangers.
Depuis 2024, le cadre réglementaire des investissements directs étrangers (IDE) est régi par trois lois : le code des investissements de 2019, la loi sur les zones franches de 2011 et le décret sur les zones industrielles et textiles de 2023, récemment approuvé. Les trois régimes offrent des taux d’imposition préférentiels couvrant à la fois les impôts directs et indirects, y compris des exonérations de droits de douane et d’importation, avec des dispositions spécifiques relatives aux importations de capital et de machines, des exonérations de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et des dividendes sur les gains en capital, ainsi que la retenue de l’impôt sur le revenu des sociétés et de l’impôt foncier. Bien que les trois régimes d’investissement aient des caractéristiques distinctes ciblant différents types d’investisseurs et d’industries, ils comprennent tous des dispositions spécifiques et supplémentaires visant les régions moins développées dans lesquelles les investisseurs potentiels peuvent bénéficier d’avantages accrus.
Les réformes foncières, telles que le Code foncier et domanial de 2018, ont simplifié les procédures d’enregistrement des propriétés, en particulier à Lomé. Le pays a enregistré une croissance significative des recettes fiscales, avec une augmentation du ratio impôts/PIB de 6 points de pourcentage entre 2010 et 2021, grâce à la modernisation de la collecte des recettes et à la prévention de la fraude. Le Togo a favorisé un environnement commercial numérique relativement ouvert, avec un score sur l’indice de restriction du commerce des services numériques qui indique moins de restrictions que la moyenne africaine, bien que des améliorations dans l’infrastructure et la connectivité soient encore nécessaires.
D’autres réformes réglementaires importantes comprennent la loi sur les partenariats public-privé (PPP) de 2021, qui met à jour le cadre de 2014 ; un code de la propriété (CDF) qui vise à réglementer la propriété foncière et les droits de propriété ; et en 2021, un nouveau code réglementant les activités des microentreprises et des PME, afin d’améliorer la formalisation et l’accès à des mécanismes de financement spécifiques. En outre, le Togo est devenu le 140ème membre du cadre inclusif OCDE/G20 sur l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices (BEPS), s’engageant dans des efforts mondiaux pour lutter contre la fraude et l’évasion fiscales. En tant que membre, le Togo collaborera sur un pied d’égalité avec les autres pays pour mettre en œuvre le BEPS qui comprend 15 mesures visant à lutter contre l’évasion fiscale et à assurer le respect des règles fiscales internationales.
Le pays a également adopté des législations clés en matière de numérisation, notamment la loi sur l’identification biométrique, la loi sur la cybersécurité et la loi sur la protection des données personnelles.
Cinq clés pour libérer le potentiel de développement du Togo
Copier le lien de Cinq clés pour libérer le potentiel de développement du TogoLe Togo a fait ses preuves en matière de réformes et s’est forgé une réputation de partenaire fiable sur les marchés internationaux.
En tant qu’économie relativement petite dans un continent émergent aux aspirations claires, le Togo doit définir ses priorités dans l’ordonnancement de ses politiques et dans la constitution d’alliances pour réussir. Cinq actions s’avèrent essentielles pour accélérer les progrès et faire en sorte que le Togo respecte son programme de développement inclusif et durable.
Priorité au développement inclusif et local
L’identification de politiques et de réformes concrètes visant à offrir de réelles opportunités aux jeunes sur l’ensemble du territoire national et à combler les principaux retards de développement dans les régions rurales changera la donne pour le pays. Traduire la vision nationale d’une prospérité partagée sur l’ensemble du territoire est une étape essentielle pour que le Togo progresse sur la voie du développement durable. Pour progresser vers un développement inclusif, le Togo devra mettre à jour la planification de ses infrastructures afin de garantir le développement des routes rurales, la connexion du dernier kilomètre et la planification efficace d’un réseau de transport intermodal.
De même, le Togo devra progresser dans l’engagement des parties prenantes de la communauté dans l’élaboration des politiques. Ceci est particulièrement important pour les projets d’infrastructure dans les zones rurales. Ces actions permettront de mieux répondre aux besoins locaux, tels que les techniques d’irrigation appropriées et les capacités de gestion de l’eau. L’engagement communautaire servira également à accroître l’appropriation et la participation des citoyens locaux et nécessitera d’augmenter les capacités au niveau local, notamment en encourageant la mobilité des fonctionnaires de la capitale vers le territoire. Des mécanismes de rotation du personnel pourraient être mis en place pour renforcer les capacités au niveau local.
Les futurs accords d’investissement étranger et de concession devraient ajouter une clause spécifique sur la répartition équitable de la valeur afin de garantir que la valeur générée est équitablement répartie entre toutes les parties prenantes, avec des mécanismes d’application clairs et un soutien ciblé pour le partage des connaissances et le transfert de technologie. Ces mesures devraient être associées à une stratégie portant sur l’emploi et l’informalité des entreprises. Dans ce contexte, les programmes d’éducation et de renforcement des capacités au niveau local seront essentiels, de même qu’un effort accru dans le développement des zones de développement agricole planifié (ZAAP).
Le Togo doit continuer à moderniser l’État en renforçant les capacités de planification, de gestion et de mise en œuvre dans tous les ministères et à tous les niveaux du gouvernement. Le passage d’une feuille de route nationale à une stratégie nationale de développement nécessitera une administration habilitée à tous les niveaux du gouvernement. À l’heure actuelle, la présidence est à l’origine de la plupart des initiatives de premier plan, ce qui est courant aux premiers stades du développement et dans les contextes de grande fragilité. Cependant, sur la voie de la prospérité, il sera important de renforcer les capacités du gouvernement et, parallèlement, de créer des espaces efficaces pour la coordination des politiques. Ces changements contribueraient à réduire les niveaux élevés d’exécution budgétaire limitée, qui s’élevaient en moyenne à environ 70 % entre 2015 et 2021.
Diversifier et améliorer la production nationale grâce à des exportations de qualité et à l’IDE
Le Togo doit diversifier et améliorer sa base de production et d’exportations. Le gouvernement du Togo a l’ambition d’augmenter la valeur ajoutée locale et de soutenir l’industrialisation. L’une des politiques clés est liée à l’augmentation des consommateurs centrée sur l’initiative « Made in Togo » pour promouvoir les exportations qui devraient être renforcées et soutenues par des progrès dans le contrôle de la qualité à tous les stades des différentes chaînes de valeur. Il s’agit par exemple d’adopter des semences de qualité pour accroître la productivité agricole, la qualité des produits et la sécurité au niveau de l’exploitation, en adhérant aux systèmes de l’OCDE pour la certification variétale des semences. De même, l’attention doit être portée sur des domaines tels que la métrologie, la normalisation, l’accréditation, l’évaluation de la conformité, dans lesquels le Togo est à la traîne non seulement par rapport aux économies plus avancées, mais aussi par rapport aux pays voisins. Il est essentiel de continuer à progresser dans le renforcement du système d’infrastructure de qualité pour la compétitivité afin de tirer davantage profit du commerce et des IDE et cela nécessitera une approche impliquant une coordination avec d’autres parties prenantes dans la région afin de compléter le système national actuel d’infrastructure de qualité.
Il sera essentiel d’attirer davantage d’investissements étrangers pour soutenir le processus d’industrialisation naissant. Le Togo pourrait bénéficier davantage des IDE en continuant à diversifier son réseau de partenaires internationaux et en donnant la priorité aux IDE tournés vers l’avenir. Bien que le stock d’IDE ait augmenté depuis 2000 et qu’il ait représenté 17 % du PIB en 2022, il reste inférieur à la moyenne africaine de 37 % et à celle de l’Afrique de l’Ouest de 26 %. Dans le même temps, alors que plusieurs investissements étrangers ont marqué des étapes importantes pour le pays, comme l’expansion du terminal du port de Lomé et la création de la plateforme industrielle PIA, les entrées nettes d’IDE ont ralenti en 2019-22.
Le Togo a commencé à diversifier ses partenaires d’investissement, les Émirats arabes unis et l’Inde devenant de nouveaux investisseurs, et devrait poursuivre dans cette voie. Le Togo bénéficie d’une part plus importante d’investissements intra-africains que les pays voisins, notamment grâce aux investissements récents d’une multinationale panafricaine basée au Gabon dans le domaine de la production industrielle, et pourrait tirer davantage parti de cette attractivité continentale. Pour aller de l’avant, le Togo pourrait continuer à mettre à jour son cadre réglementaire pour les IDE en encadrant les incitations à l’investissement autour de critères de performance et en les associant à des activités d’innovation afin de mettre à niveau les capacités industrielles nationales. Enfin, une analyse coût-bénéfice appropriée devrait être mise en œuvre pour mettre en lumière l’ensemble des incitations fiscales actuelles et évaluer correctement l’impact réel des projets d’investissement par rapport à la perte fiscale potentielle.
Graphique 1.4. L’attraction des IDE reste difficile
Copier le lien de Graphique 1.4. L’attraction des IDE reste difficile
Source : Élaboration des auteurs sur la base des indicateurs de développement de la Banque mondiale, https://databank.worldbank.org/source/world-development-indicators, et de la base de données des marchés des IDE du Financial Times, https://www.fdimarkets.com/, 2023.
Investir dans l’innovation pour accroître la productivité
Le Togo est confronté à d’importants défis en matière de productivité, avec une productivité du travail en 2020 de 600 USD par travailleur, soit seulement 3 % du niveau des États-Unis et moins que les pays voisins. Une analyse de la productivité relative par rapport à d’autres pays montre que la productivité togolaise est inférieure de 9 points de pourcentage à celle du Bénin et de 12 points de pourcentage à celle du Ghana (Graphique 1.5, Panel A). Les défis de la productivité sont également liés à l’agriculture, où les améliorations de la production au cours de la dernière décennie ont été en grande partie dues à l’expansion des terres plutôt qu’aux progrès technologiques. Bien que le stock net de capital dans l’agriculture ait augmenté, la formation brute de capital fixe dans l’agriculture est actuellement de 5.3 %, ce qui est inférieur à des pays comme le Bénin (7.7 %) et le Ghana (12.6 %), ainsi qu’à la moyenne des pays les moins avancés (8.3 %).
Le renforcement des capacités d’innovation et de recherche sera essentiel pour faire avancer le programme de transformation économique du Togo et stimuler la productivité. La stratégie nationale actuelle (FDR 2025) ne donne pas la priorité à l’innovation. Seul 0.1 % de l’investissement prévu lui est alloué. L’augmentation des efforts d’innovation devrait englober un large éventail d’activités, allant de la stimulation de la recherche scientifique à l’amélioration des capacités d’innovation et de main-d’œuvre des entreprises. Au Togo, seulement 15.5 % des entreprises ont introduit des innovations de processus, soit la moitié de la moyenne de l’Afrique subsaharienne. De même, la production scientifique reste faible, avec seulement 167 publications par million d’habitants entre 2000 et 2021, derrière le Sénégal et le Bénin (Graphique 1.5, Panel B). Les capacités de la main-d’œuvre sont également préoccupantes, car le taux d’inscription dans l’enseignement supérieur reste faible (15 % en 2020) et le nombre de chercheurs par habitant est inférieur aux moyennes régionales.
La promotion de l’innovation au Togo passe également par la modernisation de l’offre nationale de services de vulgarisation, qui est essentielle pour améliorer la productivité des petits agriculteurs et des entreprises agroalimentaires, ainsi que pour renforcer la sécurité alimentaire et accroître le potentiel d’exportation du pays. Le Togo gagnerait à donner la priorité aux services visant à améliorer l’irrigation, la mécanisation et l’utilisation des semences et des engrais, et à accroître le soutien aux agriculteurs pour les stratégies de gestion des risques.
Le Togo devrait envisager la création d’un fonds d’innovation financé par des contributions publiques et privées. Ce fonds intégrerait le secteur privé via un mécanisme de gouvernance ciblé, avec un comité national de sélection incluant des représentants des institutions publiques, privées et universitaires. Ce fonds devrait permettre d’atteindre les objectifs de la FDR 2025 et devrait prioriser le développement local ainsi que des projets innovants dans l’industrie, l’agriculture et les services. Ce fonds devrait également prévoir des conditionnalités spécifiques pour faciliter l’innovation dans les micros, petites et moyennes entreprises (MPME).
Le Togo devrait également continuer à améliorer son infrastructure de qualité pour la productivité. En s’alignant sur les certifications mondiales et les systèmes d’étiquetage, le Togo peut renforcer son image de marque, faciliter les échanges commerciaux et renforcer la confiance des consommateurs, tant au niveau local qu’international. L’adhésion aux systèmes de semences de l’OCDE est une étape positive dans cette direction. En outre, le Togo pourrait développer son infrastructure de laboratoire pour les essais et le prototypage.
Enfin, en tant que PMA, le Togo bénéficie de mesures d’appui internationales ad hoc pour faciliter la diversification et le commerce. La prise de conscience des opportunités commerciales liées au statut de PMA est limitée au Togo, en particulier parmi les MPME. Des services d’appui à l’exportation ciblés pourraient être développés pour informer le secteur privé sur la manière de tirer le meilleur parti de ces préférences.
Graphique 1.5. Le renforcement de la productivité et des capacités d’innovation est essentiel pour la transformation économique du Togo
Copier le lien de Graphique 1.5. Le renforcement de la productivité et des capacités d’innovation est essentiel pour la transformation économique du Togo
Note : Panel B. Ghana (2013), Nigéria (2014), Sénégal (2014), Mali (2016), Bénin (2016), Côte d’Ivoire (2016), Togo (2016), Niger (2017) et Gambie (2023).
Source : Élaboration des auteurs sur la base de l’enquête de la Banque mondiale sur les entreprises, https://www.enterprisesurveys.org/ et Elsevier Scopus, https://www.elsevier.com/products/scopus.
Capitaliser sur la digitalisation et appuyer la création de start-ups
Le Togo a progressé en matière de connectivité numérique, avec des vitesses de haut débit passant de 25 Mbps en 2021 à 31.53 Mbps en 2023, désormais à égalité avec le Ghana et dépassant le Bénin. La couverture du réseau 4G s’est considérablement étendue, passant de 7.5 % à 72 % de la population entre 2018 et 2022, positionnant le Togo devant le Burkina Faso, mais toujours derrière le Ghana, Maurice et le Viet Nam, qui ont une couverture de 99 %. L’adoption des smartphones a atteint 45 % de la population en 2022, légèrement en dessous de la Côte d’Ivoire et du Ghana.
Le Togo a progressé dans le domaine du commerce numérique. Il a obtenu de bons résultats dans des domaines tels que les normes techniques, les restrictions du commerce quantitatif et les marchés publics. Cependant, il est confronté à des défis en matière de droits de douane, de protection commerciale des biens et des technologies de l'information et de la communication (TIC) et de politiques de données, y compris les réglementations sur la conservation des données et l’accès du gouvernement aux données personnelles (Graphique 1.6). Le Togo est devenu un exportateur net de services numériques depuis 2015, avec 193 millions USD d’exportations en 2020, principalement dans le domaine des services aux entreprises et des télécommunications. Toutefois, il est à la traîne par rapport à des leaders régionaux comme le Ghana.
Des initiatives telles que la plateforme Invest Togo peuvent améliorer la transparence et renforcer la confiance des entreprises. Le portail du guichet unique devrait être opérationnel et bien intégré aux systèmes existants, tout en clarifiant son rôle par rapport à d’autres initiatives menées par le secteur privé. Dans le même temps, l’adoption des technologies digitales pourrait améliorer la productivité de l’agriculture. Les outils numériques émergents offrent des opportunités pour moderniser l’industrie agroalimentaire du Togo. À cet égard, l’implication du secteur privé est cruciale, et une politique incitative pourrait encourager le développement de plusieurs initiatives, telles que l’agriculture intelligente, l’approvisionnement numérique et les services de conseil numérique.
L’adoption des technologies numériques peut également contribuer à rationaliser les charges administratives et à réduire la paperasserie. L’accélération de la mise en œuvre prévue du système de communauté portuaire (PCS) au Togo améliorera le mouvement des marchandises et l’efficacité opérationnelle. D’autres technologies, telles que l’identification par radiofréquence (RFID) et les jumeaux numériques, ouvrent des opportunités pour améliorer la productivité et réduire la vulnérabilité aux changements climatiques.
Graphique 1.6. Le Togo a mis en place des réformes pour faciliter le commerce numérique
Copier le lien de Graphique 1.6. Le Togo a mis en place des réformes pour faciliter le commerce numérique
Note : Les pays africains sélectionnés représentent la moyenne des pays suivants : Burundi, Botswana, Cameroun, Congo, République démocratique du Congo, Égypte, Eswatini, Éthiopie, Gabon, Gambie, Ghana, Kenya, Lesotho, Libéria, Madagascar, Malawi, Mozambique, Namibie, Nigéria, Ouganda, Rwanda, Sénégal, Sierra Leone, Tchad, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe.
Source : Élaboration des auteurs à partir de la base de données de la CEA sur l’intégration réglementaire du commerce numérique, https://dtri.uneca.org/eca/home.
Les start-ups émergent au Togo. Le pays compte 2.8 start-ups par million d’habitants, ce qui est conforme à l’Afrique de l’Ouest et inférieur à la moyenne africaine de 13. Le pays héberge aujourd’hui environ 22 start-ups, ce qui représente une augmentation notable par rapport à l’absence de start-ups il y a dix ans, même si le nombre de start-ups reste inférieur à celui de la Côte d’Ivoire. Le Nigéria domine le capital-risque en Afrique de l’Ouest, le Sénégal et le Ghana se développant également en tant que centres d’investissement. Le Togo, qui ne représente que 0.5 % du capital-risque régional, doit améliorer l’accès au financement pour les jeunes entreprises et renforcer les réseaux d’investisseurs régionaux (Graphique 1.7). L’émergence de cet écosystème de start-ups est soutenue par les premiers efforts politiques visant à favoriser le développement des start-ups, qui comprennent des programmes de fonds d’amorçage pour les start-ups et des programmes d’incubateurs, principalement situés à Lomé. Pour l’avenir, le Togo aurait intérêt à développer une politique globale de développement des start-ups dans le but de mettre en place un mécanisme complet de soutien aux start-ups, de l’incubation à l’expansion, avec un soutien financier et technique adéquat, en mobilisant également des entreprises leaders du Togo et des partenaires internationaux.
Les technologies numériques peuvent changer la donne pour le Togo sur d’autres fronts. Elles peuvent aider le pays à stimuler la productivité, à faciliter l'accès au marché et à renforcer l'efficacité dans tous les secteurs de la production et des services. Elles peuvent également être essentielles pour améliorer la transparence, la responsabilité et l’efficacité de l’administration publique. Par exemple, l’intégration de programmes numériques tels que l’initiative Novissi, lancée au cours de la pandémie COVID-19, avec des mécanismes d’inclusion financière peut contribuer à réduire la marginalisation des populations rurales, en particulier des agriculteurs.
Graphique 1.7. L’émergence des start-ups en Afrique de l’Ouest
Copier le lien de Graphique 1.7. L’émergence des start-ups en Afrique de l’OuestTop 10 des pôles de start-ups en Afrique de l’Ouest, 2023
Note : Start-ups actives en 2023 qui ont été fondées entre 2012 et 2013.
Source : Élaboration des auteurs sur la base des données de Crunchbase, https://www.crunchbase.com/, 2023.
Renforcer les partenariats continentaux et internationaux
Le Togo dispose d’une stratégie nationale de développement bien conçue et les partenaires internationaux sont essentiels à la mise en œuvre de la vision nationale d’une prospérité partagée. Ils sont indispensables pour l’investissement, le partage du savoir-faire et des technologies, et la formation de partenariats industriels pour co-créer des capacités locales.
En tant que petite économie africaine, le Togo risque d’être marginalisé dans les grands plans d’investissement et partenariats internationaux. Un programme de diplomatie économique bien conçu et mis en œuvre est nécessaire pour que le Togo reste dans la ligne de mire des partenaires internationaux. En outre, une stratégie ciblée est nécessaire pour s’assurer que la ZLECAf agisse comme un véritable moteur de développement pour l’économie locale et que les grands plans d’infrastructures continentaux, en particulier ceux liés aux corridors, offrent des avantages qui se répercutent sur le Togo.
La ZLECAf offre aux entreprises locales du Togo des opportunités d’amélioration de la productivité et de la qualité, mais présente également des défis en raison de la concurrence accrue, en particulier pour les entreprises non préparées. Pour bénéficier pleinement de la ZLECAf le Togo doit aligner sa stratégie nationale dans le cadre de la FDR gouvernementale sur les objectifs et les mécanismes associés au cadre continental pour soutenir les entreprises et les autres acteurs vulnérables. Le secteur privé doit jouer un rôle de premier plan dans la mise en œuvre de la ZLECAf en adoptant une approche axée sur l’innovation afin d’élargir les opportunités commerciales et de renforcer les capacités industrielles.
La transformation du port de Lomé d’un atout national en un atout continental est essentielle pour le développement durable du Togo. Le pays peut en effet tirer parti du port de Lomé au niveau continental, le trafic de conteneurs africains devant augmenter de 125 % d’ici 2030 dans le cadre de la ZLECAf. Toutefois, cela nécessite des mesures stratégiques pour atténuer les risques dans une industrie logistique très concentrée avec un nombre limité d’acteurs africains.
Pour que son port devienne un atout continental, le Togo devrait davantage participer aux initiatives régionales et continentales visant à préparer l’avenir des transports, telles que le PIDA (le programme de la CUA pour le développement des infrastructures en Afrique). Grâce à ce programme, le Togo pourrait bénéficier des réseaux de transport intermodaux et des systèmes de communautés portuaires partagées à travers le continent, ce qui renforcerait la sécurité et l’efficacité des ports. Le Togo pourrait également réduire les coûts et accroître l’efficacité en utilisant le système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), ainsi qu’en faisant progresser les cadres réglementaires et les normes partagées à travers le continent. Les initiatives visant à faire des ports continentaux des moteurs du développement industriel local sont également essentielles. Une collaboration accrue entre les ports africains pourrait permettre d’optimiser les performances, de réduire les coûts et d’améliorer la compétitivité mondiale. Les stratégies pourraient inclure des infrastructures partagées, des alliances portuaires et des mesures d’incitation collectives pour éviter la concurrence sur les prix.
Pour soutenir efficacement la transformation du Togo, les partenariats internationaux devraient être mieux coordonnés et mieux alignés sur les aspirations du pays en matière de développement (Graphique 1.8). Cela s’applique particulièrement au développement des infrastructures et à l’agriculture, où le Togo bénéficierait davantage de grands projets efficaces que d’un soutien international fragmenté pour des initiatives pertinentes mais qui restent à petite échelle.
Graphique 1.8. Les partenaires pourraient investir davantage pour la transformation économique au Togo
Copier le lien de Graphique 1.8. Les partenaires pourraient investir davantage pour la transformation économique au Togo
Note : L’aide publique au développement (APD) est définie comme l’aide gouvernementale destinée à promouvoir le développement économique et le bien-être des pays en développement. Les prêts et les crédits à des fins militaires sont exclus. L’aide peut être fournie de manière bilatérale, de donateur à bénéficiaire, ou par l’intermédiaire d’une agence multilatérale de développement telle que les Nations unies ou la Banque mondiale. L’aide comprend les subventions, les prêts à taux réduit et l’assistance technique. L’OCDE tient une liste des pays et territoires en développement ; seule l’aide à ces pays est considérée comme de l’APD. Cette liste est mise à jour périodiquement et contient actuellement plus de 150 pays ou territoires (voir la liste du CAD des bénéficiaires de l’APD (https://oe.cd/dac-list).
Source : Élaboration des auteurs sur la base du Système de notification des pays créanciers (SNPC) de l’OCDE, https://stats.oecd.org/Index.aspx?DataSetCode=crs1 ; AidData 2023, Global Chinese Development Finance Dataset, Version 3.0. Extrait de https://www.aiddata.org/data/aiddatas-global-chinese-development-finance-dataset-version-3-0.
Annexe 1.A. Résumé des recommandations
Copier le lien de Annexe 1.A. Résumé des recommandationsTableau d’annexe 1.A.1. Principales recommandations de l’EPTE pour un développement durable et une prospérité partagée
Copier le lien de Tableau d’annexe 1.A.1. Principales recommandations de l’EPTE pour un développement durable et une prospérité partagée|
Priorité |
Secteur |
Objectif |
Actions proposées |
|---|---|---|---|
|
Priorité au développement inclusif et local |
Infrastructure |
Combler les lacunes en matière d’infrastructures à l’intérieur des territoires et entre eux |
Priorité au développement des routes rurales. Garantir l’engagement de la communauté, intégrer le transfert de technologie, explorer les financements innovants. Adopter une approche fondée sur le cycle de vie pour les projets d’infrastructure. |
|
Gouvernance |
Mettre en place une administration publique efficace et réactive |
Moderniser les capacités de l’État, autonomiser l’administration, décentraliser la gouvernance. Améliorer l’exécution du budget, attirer les talents, mettre en œuvre des programmes de formation, établir des mécanismes de suivi. Mettre à jour la proposition de valeur entre les agropoles et le développement des ZAAP. |
|
|
Agroalimentaire |
Moderniser la chaîne de valeur agroalimentaire |
Investir dans la mécanisation, moderniser les services de vulgarisation et donner la priorité à l’amélioration de l’accès au marché. Adopter des politiques de gestion des risques agricoles. |
|
|
Faciliter l’accès aux marchés internationaux et régionaux |
Promouvoir les systèmes de semences certifiées, développer les certifications (par exemple, « Made in Togo », produits biologiques). Élaborer une stratégie de marque nationale. Utiliser des services de conseil numériques pour la gestion des cultures. |
||
|
Assurer un financement à long terme |
Fournir un soutien au crédit avec les institutions internationales de financement du développement, y compris le co-investissement, les bons, les subventions et les subventions de contrepartie. |
||
|
Diversifier et améliorer la production nationale |
Gouvernance |
Rationaliser la collaboration interministérielle |
Promouvoir des projets de collaboration croisée entre les ministères de l’investissement, du commerce et de l’industrie. Mettre en œuvre un mécanisme de suivi et d’évaluation afin d’évaluer l’efficacité du dosage actuel des politiques (FDR 2025). |
|
Industrie, investissement et commerce |
Renforcer les systèmes d’infrastructure de qualité |
Renforcer l’infrastructure nationale de qualité (INQ) pour la métrologie et l’évaluation de la conformité, s’aligner sur les normes internationales. Établir des partenariats avec des organisations régionales et internationales. |
|
|
Améliorer l’accès au marché |
Sensibiliser les acteurs privés et les MPME aux régimes préférentiels (par exemple, les mesures de soutien international pour les PMA). Élargir les produits éligibles au SPG et rationaliser les règles d’origine. |
||
|
Augmenter l’attraction des IDE et l’impact local |
Rationaliser et clarifier les synergies entre les programmes d’investissement, adopter des incitations modernes assorties de conditions liées à l’innovation, au transfert de technologie et à la performance (dépenses par rapport aux revenus). Mise en place rapide d’une agence de promotion des investissements avec un soutien après-vente. Adhérer aux normes internationales en matière d’environnement, de travail et de conduite responsable des affaires. |
||
|
Soutenir la diversification |
Tirer parti de la marge de manœuvre politique dont disposent les PMA pour favoriser la diversification industrielle vers des secteurs plus sophistiqués. Mettre à jour le dosage des politiques pour soutenir à la fois la demande et l’offre (y compris les aides, les subventions). |
||
|
Logistique maritime |
Accélérer la modernisation de la chaîne de valeur logistique |
Intégrer des normes écologiques pour réduire les coûts opérationnels et les émissions et attirer des cargos durables. Concevoir des accords de concession efficaces en tenant compte de l’impact local. |
|
|
Investir dans l’innovation pour accroître la productivité |
Gouvernance |
Donner la priorité aux projets scientifiques et d’innovation |
Allouer des ressources adéquates à la science, à l’innovation et à la technologie, en envisageant la création d’un fonds dédié à l’innovation. Soutenir les projets internationaux et régionaux dans le domaine de la science, de la technologie et de l’innovation. |
|
|
Évaluer la création d’une agence spécialisée, recenser les parties prenantes, donner la priorité aux projets dans les domaines de l’agriculture et de la logistique, et tirer parti du financement des donateurs. |
||
|
Agriculture |
Renforcer le soutien international à la R&D |
Renforcer les institutions de R&D agricole, investir dans la recherche, rationaliser les efforts de recherche. Favoriser la collaboration internationale, y compris les partenariats triangulaires et Sud-Sud. |
|
|
Capitaliser sur la numérisation et les start-ups |
Infrastructure |
Connecter numériquement l’ensemble du territoire |
Développer la connectivité nationale, y compris l’infrastructure numérique du dernier kilomètre, en s’appuyant sur les progrès récents (par exemple, le câble Equiano). |
|
Développement des start-ups |
Favoriser un écosystème numérique et de start-up résilient |
Établir un cadre global pour l’aide à la création d’entreprises, y compris l’accès au financement, l’incubation et la collaboration régionale. Coordonner les efforts des ministères dispersés dans ce domaine. |
|
|
Logistique maritime |
Adopter des solutions numériques pour la logistique |
Mettre en œuvre un système de communauté portuaire (PCS), des jumeaux numériques et un système d’identification automatique (SIA) pour planifier la logistique maritime. |
|
|
Agroalimentaire |
Accroître la numérisation dans les secteurs agroalimentaires et traditionnels |
Promouvoir les solutions numériques dans l’agroalimentaire par le biais du commerce électronique, du conseil et des plateformes IoT afin d’améliorer la traçabilité, la productivité et l’accès au marché. |
|
|
Renforcer les partenariats internationaux et continentaux |
Développement et coopération |
Coordonner l’aide internationale pour réduire la fragmentation |
Renforcer la coordination nationale et internationale avec les partenaires bilatéraux et multilatéraux pour les investissements stratégiques et réduire la fragmentation des projets et des financements. |
|
Promouvoir la sécurité régionale et réaffecter les ressources |
Soutenir les efforts de stabilisation et de sécurité afin de réduire les dépenses militaires et de réorienter les ressources vers des domaines productifs et sociaux. |
||
|
Industrie, investissement et commerce |
Accélérer la mise en œuvre de la ZLECAf |
Accélérer la mise en œuvre de la stratégie nationale de la ZLECAf (c’est-à-dire les cadres institutionnels, la promotion de la sensibilisation, l’accélération de la mise en œuvre et de la ratification des protocoles). Intégrer la stratégie de la ZLECAf dans la Feuille de route gouvernementale (FDR 2025) |
|
|
Logistique maritime |
Positionner le port de Lomé comme un atout continental |
Favoriser la coopération régionale en matière de gestion portuaire et de logistique, établir un partenariat avec la CEDEAO et les organismes régionaux pour les infrastructures multimodales, coordonner la logistique maritime et accélérer les projets d’infrastructures intérieures afin d’optimiser la compétitivité commerciale. |
Note : Les recommandations détaillées sont énumérées aux chapitres 2, 3 et 4 du rapport.