Les finances publiques sont sous tension dans tous les pays de l’OCDE, et il est de plus en plus périlleux de repousser le moment d’agir. Le niveau élevé d’endettement public, le vieillissement démographique, les besoins en hausse du secteur de la défense et le coût grandissant des événements météorologiques extrêmes sont autant de paramètres qui, loin d’être des tensions futures, influent dès aujourd’hui sur les décisions budgétaires à prendre. Les chocs récents, notamment la crise énergétique et la flambée du coût de la vie, ont eux aussi pesé sur les finances publiques tout en accentuant les attentes de la population en matière d’aide publique.
Le moment présent est révélateur d’un défi encore plus grand. Les administrés exigent des pouvoirs publics qu’ils soient à même de gérer les risques budgétaires à long terme, dans un contexte marqué par la fragilité de la confiance dans les institutions publiques et une tolérance basse vis-à-vis des arbitrages à opérer. Les mesures d’urgence ont certes permis de protéger les ménages, mais le recours répété à des réponses axées sur le court terme risque d’éroder la confiance dans la capacité de la puissance publique à mener son action en suivant un cap clair et un objectif à long terme.
D’après les travaux de l’OCDE, le niveau de confiance faiblit dès lors que les citoyens ne comprennent pas pourquoi des réformes s’imposent, comment les coûts et les avantages se répartissent et dans quelle mesure les décisions prises aujourd’hui s’inscrivent dans le cadre d’une stratégie à plus long terme. En parallèle, retarder l’action à mener face aux défis à long terme ne fait qu’accroître l’ampleur des ajustements qu’il faudra opérer à l’avenir. Cette situation enclenche un cycle périlleux, où l’hésitation alimente la défiance, laquelle rend toute action encore plus difficile à déployer.
Ces tensions sont exacerbées par l’évolution rapide du paysage communicationnel. Du fait de la fragmentation des environnements médiatiques, du recul de la confiance dans les intermédiaires traditionnels et de la polarisation du débat en ligne, il est plus compliqué de maintenir l’attention sur les enjeux budgétaires à long terme et d’expliquer pourquoi certains choix difficiles sont inévitables. Dans ce contexte, même des réformes bien conçues peuvent échouer dès lors que les citoyens, ne se reconnaissant pas dans la parole des autorités, ont le sentiment que ni leurs préoccupations, ni leurs perspectives ne sont prises en compte.
Il est désormais impératif de rompre avec ce cycle pour restaurer les finances publiques et rétablir la confiance. La viabilité budgétaire n’est pas seulement une question technique, ou une affaire de règles et d’institutions. C’est aussi un enjeu politique et social qui repose sur la conviction des administrés que les pouvoirs publics agissent, aussi difficiles les décisions soient-elles, en toute transparence et dans le respect de l’équité, et en gardant les générations futures à l’esprit.
Le présent rapport souligne que l’action budgétaire moderne doit faire une place centrale à la compréhension des citoyens. Les processus budgétaires, les stratégies de communication et les dispositifs de contrôle doivent fonctionner ensemble dans l’objectif d’expliquer les tenants et les aboutissants du budget, de clarifier les arbitrages à opérer et de conférer aux citoyens le sentiment qu’ils ont véritablement voix au chapitre. Cela n’enlève rien à la difficulté de mener les réformes, mais permet de les rendre plus pérennes.
Ce rapport définit quatre piliers pour une action concrète à l’appui de cette bifurcation : démystifier le budget auprès des principaux décideurs publics ; communiquer clairement sur les finances publiques ; favoriser une véritable participation citoyenne pour renforcer la légitimité de la prise de décision ; et transformer les institutions budgétaires indépendantes en éclaireurs engagés des finances publiques. Ensemble, ces piliers offrent un moyen d’ancrer la politique budgétaire dans une réflexion à long terme tout en préservant la confiance dans l’action publique en période de tension économique.
Les choix que doivent opérer les pouvoirs publics sont de plus en plus influencés par des forces de long terme qui pèsent dans la balance, indépendamment des cycles électoraux. En investissant maintenant dans la compréhension des citoyens, les pays peuvent réduire le risque de paralysie, tout en rétablissant la confiance dans les institutions publiques et en créant les conditions nécessaires pour placer leurs finances publiques sur une trajectoire viable dans les années à venir.