Le commerce alimentaire intrarégional est une pierre angulaire de la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Afrique de l’Ouest. Ce rapport estime qu’environ 68 000 milliards de kilocalories sont échangées chaque année dans la région, suffisamment pour couvrir les besoins énergétiques annuels d’environ 80 millions de personnes, soit près d’un quart de la population de la région. Au-delà de ce volume considérable, le commerce intrarégional joue un rôle essentiel dans la disponibilité saisonnière et locale des aliments, la diversité alimentaire et l’accessibilité économique, notamment pour les populations urbaines en forte croissance. Cependant, le manque de données fiables sur ces flux commerciaux empêche de prendre la réelle mesure de leur contribution à la sécurité alimentaire et nutritionnelle, et biaise l’élaboration des politiques et réponses mises en place en situation de crise. Une meilleure compréhension du commerce intrarégional, fondée sur des données précises et actualisées, est indispensable pour concevoir des politiques efficaces, qui améliorent la diversité de l’offre alimentaire, son accessibilité et la stabilité des prix. Si les décideurs politiques envisagent trop souvent le commerce régional comme un simple transfert des zones excédentaires vers les zones déficitaires, ils négligent le rôle plus large que joue le commerce dans les dynamiques de marché et la situation nutritionnelle. L’amélioration des systèmes de données peut favoriser la mise en place d’interventions ciblées permettant de réduire les prix alimentaires, d’optimiser les réseaux de distribution et de renforcer les mécanismes d’alerte précoce — aidant ainsi les pays à anticiper et atténuer les crises alimentaires. Alors que le commerce intrarégional façonne la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans toutes ses dimensions (disponibilité, accès, utilisation et stabilité), il est impératif de le prendre en compte à sa juste mesure dans les cadres politiques. De meilleures données permettront non seulement d’améliorer le suivi et les prévisions, mais aussi de soutenir des systèmes alimentaires plus réactifs et résilients, garants d’une offre stable de produits diversifiés, nutritifs et abordables pour tous.
Le commerce alimentaire intrarégional en Afrique de l’Ouest
2. Commerce intrarégional : le pilier caché de la sécurité alimentaire et nutritionnelle
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Marchés, commerce et sécurité alimentaire et nutritionnelle
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Face à l’urbanisation rapide de l’Afrique de l’Ouest et à la forte croissance de ses villes, les marchés, et par conséquent le commerce, occupent désormais une place centrale dans la sécurité alimentaire et nutritionnelle de la région. En 2020, 52 % des Ouest-Africains vivaient en zone urbaine, contre seulement 35 % en 2000 (OCDE/CSAO, 2024[1]). En chiffres absolus, la population urbaine a triplé, passant de 76 millions en 2000 à 203 millions en 2020 (OCDE/CSAO, 2024[1]). Avec l’urbanisation, les marchés ont gagné en importance dans l’accès à l’alimentation. En milieu urbain, 90 % des aliments sont achetés sur les marchés (Bricas, Tchamda et Mouton, 2016[2]). Une tendance qui s’étend d’ailleurs aussi aux zones rurales, où les achats sur les marchés représentent la moitié de la consommation alimentaire totale (Thériault et al., 2024[3]). Cette hausse des achats sur les marchés en zones rurales est portée par la transition des ménages agricoles vers une agriculture commerciale et l’augmentation des opportunités d’emploi non agricole. Les achats sur les marchés concernent à présent tous les produits alimentaires, y compris les denrées de base traditionnelles : ils représentent par exemple jusqu’à deux tiers de la consommation de mil et de sorgho (Thériault et al., 2024[3]). Dans l’ensemble, plus des deux tiers de la consommation alimentaire régionale proviennent du marché (Staatz et Hollinger, 2016[4]).
Le commerce alimentaire – national, intrarégional et mondial – s’est développé au rythme de la croissance des marchés alimentaires afin de répondre à une demande en forte expansion. Si le commerce alimentaire national – qui assure le lien entre production et consommation intérieures – reste prédominant, les échanges intrarégionaux ont toutefois nettement progressé pour répondre à la demande du marché. La consommation alimentaire est fortement concentrée dans les centres urbains, en particulier dans les villes de plus d’un million d’habitants, où réside la moitié de la population urbaine ouest-africaine (OCDE/CSAO, 2024[1]). Ces villes dépendent, pour satisfaire leurs besoins alimentaires, de vastes réseaux commerciaux qui s’étendent souvent au-delà des frontières nationales (Maur et Shepherd, 2015[5]).
Par ailleurs, l’urbanisation et la hausse des revenus transforment les habitudes de consommation et stimulent la demande de produits alimentaires plus diversifiés (Staatz et Hollinger, 2016[4]). Le commerce intrarégional joue un rôle crucial pour répondre à cette demande, en particulier pour les aliments produits localement. L’attiéké ivoirien, à base de manioc, en offre un bon exemple : il gagne en popularité dans toute la région, même si sa production reste concentrée dans certaines zones spécifiques (Zoma, Ilboudo et Sangli, 2022[6]).
L’impact du commerce alimentaire intrarégional sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle
Partout en Afrique de l’Ouest, les producteurs agricoles et les commerçants répondent à la demande du marché régional en assurant l’approvisionnement alimentaire des principaux centres de consommation. D’après nos estimations, jusqu’à 68 000 milliards de kilocalories sont échangées chaque année dans la région : suffisamment pour couvrir les besoins énergétiques annuels d’environ 80 millions de personnes, soit près d’un quart de la population de la région. Si le volume total des échanges alimentaires témoigne de l’importance du commerce intrarégional pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle, celui-ci présente également d’autres avantages, non moins essentiels.
Le commerce alimentaire intrarégional joue un rôle clé pour garantir la disponibilité de certains produits à certains endroits et à certaines périodes. Au Mali, 96 % des avocats consommés à Bamako, où vit la moitié de la population urbaine du pays, proviennent du commerce intrarégional. Au Ghana, pendant la période de soudure, la plupart des tomates sont importées du Burkina Faso. Sans commerce intrarégional, les effets domestiques de la saisonnalité et des chocs de production auraient un impact direct et important sur la disponibilité des aliments, la diversité alimentaire et les prix alimentaires.
De nombreux flux commerciaux régionaux en Afrique de l’Ouest tirent parti des avantages comparatifs liés à la diversité des conditions agroécologiques et aux spécialisations des systèmes de production alimentaire. Le bétail des pays sahéliens, les racines et tubercules des pays côtiers et les oignons du Niger contribuent à diversifier l’offre alimentaire sur les marchés régionaux, améliorant ainsi les résultats nutritionnels. Un constat corroboré par les études internationales, qui soulignent la corrélation positive entre l’ouverture du commerce des produits agricoles et la diversité alimentaire. Dans les pays à revenu intermédiaire et élevé, l’ouverture commerciale tend à améliorer la disponibilité des aliments autres que les produits de base et des protéines davantage que la diversité de la production seule (FAO, 2022[7]).
Le commerce régional influence également les prix alimentaires. À court terme, l’augmentation et la diversification de l’offre grâce aux échanges contribuent à stabiliser les prix et à atténuer leurs éventuelles flambées causées par les chocs de production saisonniers ou localisés. À long terme, il dynamise l’investissement dans l’économie alimentaire (agricole et non agricole), notamment dans les infrastructures, les technologies et la logistique, avec à la clé des gains d’efficacité et une augmentation de l’offre alimentaire globale – facteurs qui contribuent à réduire le coût des produits alimentaires.
En Afrique de l’Ouest, où l’alimentation représente en moyenne 55 % des dépenses des ménages (Allen, 2017[8]), l’accessibilité économique constitue un enjeu central de la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Des prix alimentaires élevés peuvent contraindre les ménages à réduire leur apport calorique ou à limiter leur consommation d’aliments riches en nutriments. Or, même de courtes périodes de sous-alimentation peuvent avoir des effets durables sur la santé des enfants. Le caractère saisonnier de l’agriculture ouest-africaine, conjugué à des chocs d’offre récurrents — qu’ils soient locaux ou mondiaux — accentue la volatilité des prix alimentaires, compromettant ainsi davantage l’accès des populations à une alimentation adéquate.
L’économie alimentaire est également le premier pourvoyeur d’emplois en Afrique de l’Ouest, représentant 66 % de l’emploi total (Allen, Heinrigs et Heo, 2018[9]). Ainsi, le commerce alimentaire intrarégional améliore non seulement l’accès à la nourriture, mais soutient également les moyens de subsistance de centaines de milliers d’agriculteurs, commerçants et travailleurs de l’agroalimentaire. Des marchés comme celui de Dawanau, au Nigéria, illustrent bien ce rôle central en assurant des revenus à des dizaines de milliers de personnes dans la région. Au Niger, la filière oignon, dont au moins la moitié de la production est destinée à l’exportation régionale, emploie 82 400 travailleurs à temps plein, devrait créer 32 000 emplois supplémentaires d’ici 2030, et génère chaque année 207 millions d’euros de valeur ajoutée par an (SOFRECO, 2022[10]).
Dans les régions frontalières, le commerce alimentaire intrarégional joue également un rôle crucial en termes de création de revenus et de moyens de subsistance. Des marchés comme ceux de Malanville et de Gaya, dans la région du Dendi, constituent par exemple des pôles clés de commerce transfrontalier (OCDE/CSAO, 2019[11]). Ces dynamiques commerciales contribuent au maintien des économies locales en créant des emplois dans la production, le transport et la vente au détail. En augmentant les revenus des ménages, le commerce intrarégional renforce le pouvoir d’achat et améliore l’accessibilité économique des produits alimentaires dans la région.
Évaluer l’impact du commerce intrarégional sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle : les défis de l’évaluation
Malgré son rôle déterminant dans l’amélioration de la disponibilité, de l’accessibilité, de la diversité et de la stabilité alimentaires, le commerce intrarégional reste souvent négligé dans les politiques de sécurité alimentaire et nutritionnelle en Afrique de l’Ouest (FAO et CEA, 2018[12]). Une situation qui tient en partie à la complexité des effets du commerce sur le plan alimentaire et nutritionnel, mais aussi au manque de données fiables et à la persistance d’un certain nombre d’idées reçues sur les dynamiques du commerce alimentaire.
Complexité des interactions entre commerce, disponibilité et prix alimentaires
Il est difficile d’appréhender de manière globale les effets du commerce intrarégional sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle, ceux-ci variant selon les pays, les régions et les périodes. Si le commerce intrarégional permet d’acheminer des volumes déterminants de certains produits alimentaires vers des zones spécifiques à des périodes données, ces flux dynamiques, souvent non enregistrés, sont mal captés par les systèmes statistiques et restent souvent occultés dans les données nationales sur le commerce ou la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Les flux alimentaires régionaux peuvent ainsi sembler négligeables lorsqu’ils sont analysés au niveau national, alors qu’ils sont en réalité très localisés et essentiels pour les centres urbains de consommation.
Un autre défi réside dans la prise en compte de la dimension saisonnière de l’impact du commerce sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle. De nombreux flux suivent des cycles saisonniers marqués et s’observent principalement à des moments précis de l’année. Durant ces périodes, ils jouent un rôle crucial dans la disponibilité alimentaire, un aspect souvent ignoré dans les données annualisées.
Les dimensions spatiales et temporelles interagissent également, compliquant davantage la mesure de cet impact. Selon le produit alimentaire et la période de l’année, une même région peut ainsi être exportatrice ou importatrice nette, avec des implications différentes en termes de sécurité alimentaire et nutritionnelle.
Un autre facteur de complexité concerne l’effet du commerce sur les prix alimentaires. En règle générale, l’augmentation de l’offre grâce au commerce tend à faire baisser les prix, ce qui améliore l’accessibilité économique des produits alimentaires. Toutefois, cet effet varie selon les régions et les saisons. Par ailleurs, les effets de l’ouverture des échanges commerciaux sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle dépendent du statut des ménages – producteurs ou consommateurs nets. Pour les producteurs nets, l’impact de l’ouverture commerciale dépendra de leur accès aux marchés d’exportation et de leur capacité à concurrencer les produits importés (Brooks et Matthews, 2015[13]).
Insuffisance des données pour quantifier les flux, les canaux de transmission et les impacts
Le sous-enregistrement massif du commerce alimentaire intrarégional constitue un obstacle majeur à l’analyse et à la quantification de son impact sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle des ménages. Cette sous-estimation systématique fausse non seulement les données sur le volume des échanges, mais occulte également son importance.
L’ampleur de cette sous-déclaration ressort clairement dans les bilans alimentaires (Food Balance Sheets [FBS]), qui estiment, pour chaque pays, l’offre alimentaire annuelle disponible pour la consommation humaine. Près des deux tiers des observations de produits au sein de ces bilans affichent des ratios commerce/production nuls, en contradiction avec les données factuelles disponibles sur les dynamiques du commerce alimentaire régional. L’absence de données sur une partie des échanges fausse les estimations de la disponibilité alimentaire – surestimant l’offre lorsque les exportations ne sont pas enregistrées et la sous-estimant lorsque les importations ne sont pas prises en compte –, ce qui compromet encore davantage la fiabilité des données (Chapitre 4).
Cela est particulièrement marqué pour les aliments produits et échangés localement, comme les céréales, les fruits et les légumes. Au Nigéria, par exemple, différentes denrées clés pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle, comme le sorgho, la volaille, les tomates et la laitue, sont absentes des données officielles sur le commerce. De plus, l’absence de données régulières et détaillées permettant de capturer les variations saisonnières et spatiales des échanges masque le rôle crucial du commerce dans la garantie de la sécurité alimentaire et nutritionnelle.
L’estimation de l’impact du commerce sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle des individus nécessite des microdonnées sur la consommation alimentaire, la disponibilité et l’accessibilité économique des produits alimentaires. Or, s’il existe des enquêtes auprès des ménages, celles-ci présentent d’importantes lacunes : elles ne sont souvent pas disponibles dans l’ensemble des pays de la région et ne sont pas toujours standardisées pour permettre des comparaisons entre pays (Bricas, Tchamda et Mouton, 2016[2]). En outre, elles se concentrent principalement sur la valeur économique des produits alimentaires consommés plutôt que sur leur quantité – un facteur essentiel pour l’analyse nutritionnelle – et fournissent rarement des informations sur l’origine des aliments consommés.1
Une analyse exhaustive de l’impact du commerce sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle nécessiterait également des données permettant de mesurer sa contribution aux moyens de subsistance, et donc à l’accès à l’alimentation, des nombreux travailleurs et activités génératrices de revenus qu’il soutient dans les secteurs de l’agriculture, du commerce, de la transformation, du transport et de la vente au détail. Or, les enquêtes existantes sur les ménages et les entreprises ne fournissent que des informations limitées sur le nombre de personnes dépendant de ces activités et les revenus qu’elles génèrent.
Les idées reçues sur le commerce intrarégional et la sécurité alimentaire et nutritionnelle
En raison du manque de données permettant de bien saisir la relation entre commerce et sécurité alimentaire et nutritionnelle en Afrique de l’Ouest, les discours et actions politiques se fondent souvent sur des perceptions erronées des effets économiques à long terme du commerce alimentaire intrarégional. Les exportations alimentaires sont par exemple systématiquement perçues comme un facteur de réduction de la disponibilité alimentaire nationale. Selon cette vision, les exportations sont considérées comme un mécanisme d’ajustement : les marchés nationaux étant approvisionnés en priorité, puis les excédents, exportés. Cette vision est renforcée par l’idée largement répandue selon laquelle les flux commerciaux se déplacent des zones excédentaires vers les zones déficitaires, supposant que seule la production excédentaire est exportée, indépendamment des conditions prévalant sur les marchés extérieurs en matière de demande et de prix. Cette perception erronée a conduit jusqu’ici à de fréquentes interdictions d’exportations alimentaires dans plusieurs pays de la région2, reflets d’un environnement politique privilégiant les préoccupations d’approvisionnement national à court terme plutôt que l’adoption de stratégies commerciales intégrées. Or, si les restrictions commerciales peuvent, dans certains cas, améliorer temporairement la disponibilité alimentaire et stabiliser les prix, leur efficacité globale dépend de tout un ensemble de facteurs, notamment des conditions du marché, des capacités de production et des dynamiques régionales en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle. Une approche plus nuancée des politiques commerciales est donc nécessaire pour parvenir à un juste équilibre entre besoins immédiats en termes de sécurité alimentaire et nutritionnelle, et durabilité économique à long terme.
Tout d’abord, les interdictions d'exportation n’entraînent pas automatiquement la redistribution de l’ensemble de l’offre alimentaire nationale vers les marchés domestiques. Le réacheminement des flux vers les marchés nationaux dépend en effet des coûts de transaction associés, comparés à ceux du contournement des interdictions. Dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest, les marchés d’exportation peuvent de fait s’avérer considérablement plus proches que certains marchés nationaux. Les passages informels aux frontières permettent souvent la poursuite des échanges commerciaux même en période d’interdiction (Odijie, 2024[14] ; Wiseman, 2023[15]).
Par ailleurs, l’imposition d’interdictions d’exportation peut compromettre les moyens de subsistance des ménages vivant de la production et du commerce alimentaire. Ces mesures perturbent en effet les activités économiques établies, réduisant les revenus des ménages, en particulier de ceux qui dépendent du commerce avec les pays voisins. De plus, ce type de politique peut provoquer des mesures de rétorsion de la part des partenaires commerciaux, exacerbant les tensions commerciales régionales, au détriment, in fine, de la sécurité alimentaire et nutritionnelle tant nationale que régionale.
D’un point de vue économique plus large, à moyen et long terme, la tendance à assimiler les exportations alimentaires à une baisse de la disponibilité alimentaire nationale occulte certaines dynamiques fondamentales du commerce alimentaire intrarégional. Une part importante des produits alimentaires commercialisés au sein de la région sont spécifiquement produits pour approvisionner les marchés d’exportation régionaux. Par exemple, les 360 000 tonnes d’oignons que le Niger exporte chaque année sont produites pour les marchés d’exportation et ne peuvent être absorbées par le marché national. De même, la taille des cheptels au Sahel est étroitement liée à l’ampleur des exportations vers les pays voisins. L’existence de cet « excédent » découle directement de la demande extérieure (autrement dit du « déficit »).
Il est également essentiel de reconnaître les complémentarités saisonnières qui caractérisent de nombreux flux commerciaux intrarégionaux. Plutôt que de concurrencer la production nationale, ces dynamiques commerciales régionales fonctionnent comme des mécanismes compensatoires permettant de lisser les fluctuations saisonnières de l’offre alimentaire. Elles améliorent dès lors la disponibilité et l’accessibilité économique des produits alimentaires, tout en jouant un rôle essentiel dans la réduction de la volatilité des prix alimentaires et la stabilisation des chaînes d’approvisionnement (Karg et al., 2022[16] ; AGRA, 2020[17]).
Au-delà de ces différents aspects, le commerce joue un rôle clé dans la stimulation des investissements dans la production agricole régionale et les chaînes de valeur connexes. L’amélioration de la capacité de production et de la compétitivité qui en découle améliore la disponibilité alimentaire, et permet donc une baisse des prix, tant au niveau régional que national. Autant d’éléments qui contribuent à renforcer la sécurité alimentaire et nutritionnelle des consommateurs et des producteurs, tout en soutenant un système alimentaire plus résilient dans l’ensemble de la région.
Bien que la mesure précise de l’impact direct du commerce intrarégional sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle reste complexe, le présent chapitre fournit un ensemble d’éléments théoriques et empiriques soulignant l’importance et la nature multidimensionnelle de son rôle. Au-delà de la disponibilité des produits, le commerce intrarégional est un levier indispensable pour garantir, à long terme, la sécurité alimentaire et nutritionnelle ainsi que la stabilité économique de la région.
Le commerce intrarégional : vecteur de disponibilité et de diversité alimentaires
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Flux totaux de calories
Les problèmes de données relatives à la production et aux échanges compliquent l’évaluation précise de la contribution du commerce intrarégional à la disponibilité alimentaire nationale dans les pays de la région. Une approche possible, en particulier dans le contexte de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, consiste alors à estimer les flux commerciaux en termes de calories. Cette méthode permet l’agrégation en un seul chiffre de la valeur énergétique de différents produits alimentaires. Sur la base des données disponibles sur le commerce intrarégional enregistré et non enregistré, jusqu’à 68 000 milliards de kilocalories seraient échangées chaque année dans la région.3 Cela correspond aux besoins énergétiques annuels d’environ 80 millions de personnes, soit près d’un quart de la population régionale. Ce chiffre est encore plus significatif lorsque l’on considère qu’il masque d’importantes variations saisonnières et infranationales en termes de disponibilité calorique.
Ces échanges de calories s’appuient sur un réseau dense de flux à travers la région. Parmi les 15 pays d’Afrique de l’Ouest analysés4, 89 % des combinaisons possibles entre pays sont représentées dans les données (Graphique 2.1). À l’exception du Cabo Verde, qui commerce avec huit partenaires, chaque pays d’Afrique de l’Ouest entretient des relations commerciales avec au moins 12 des 14 partenaires régionaux possibles, ce qui témoigne d’une forte interconnexion sur le plan du commerce alimentaire au sein de la région.
Les flux de calories sont également relativement bien répartis dans l’espace régional. Le degré de concentration des échanges, mesuré par l’indice Herfindahl-Hirschman (IHH) – où un score inférieur à 1 500 traduit une faible concentration et un score compris entre 1 500 et 2 500, une concentration modérée (OECD, 2022) – est ainsi de 1 566 pour les exportations régionales et de 1 211 pour les importations, des scores attestant de flux relativement équilibrés. La Côte d’Ivoire (31 %), le Burkina Faso (15 %), le Ghana (11 %) et le Sénégal (10 %) dominent les exportations, tandis que le Mali (18 %), le Burkina Faso (16 %) et le Sénégal (12 %) sont en tête des importations.5 Cependant, il est important de noter que les données disponibles sous-estiment de manière significative les échanges avec le Nigéria6, dont la concentration réelle est vraisemblablement supérieure aux chiffres rapportés.
Graphique 2.1. Flux régionaux de kilocalories, moyenne pour la période 2014-22
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Note : Ce graphique n’inclut pas les enquêtes nationales sur le commerce non enregistré, en raison de l’indisponibilité des données sur les quantités alimentaires.
Source : Calculs des auteurs.
Ratios importations/production
Le croisement des données sur le commerce régional avec les chiffres de production pour des produits et pays spécifiques permet de calculer des ratios importations/production et exportations/production au niveau régional. Ces ratios permettent d’appréhender sous un autre angle le rôle du commerce régional dans la disponibilité alimentaire des pays.
Des ratios importations/production élevés mettent en évidence les cas où le commerce intrarégional joue un rôle clé dans la disponibilité alimentaire nationale. Les dynamiques régionales des flux de maïs en offrent une bonne illustration. Aliment de base essentiel dans la région (Foltz, Aldana et Laris, 2012[18]), il s’agit de la céréale la plus commercialisée au niveau régional, comptant pour 35 % des flux céréaliers intrarégionaux.7 Le commerce régional contribue de manière importante à la disponibilité du maïs dans certains pays d’Afrique de l’Ouest, à l’instar du Niger, dont le ratio importations/production moyen sur la période 2014-20 de 282 % témoigne de sa dépendance structurelle à l’égard du maïs régional pour sa sécurité alimentaire et nutritionnelle. Parmi les autres exemples notables de ratios élevés figurent les oignons : les importations régionales du Ghana et du Bénin représentant respectivement 48 % et 15 % de leur production nationale, en moyenne sur la période 2014-20. De même, les importations régionales de tomates de la Côte d’Ivoire représentent 15 % de sa production nationale, assurant la disponibilité de ce produit sur les marchés nationaux pendant les périodes de forte demande et de faible production locale.
Ratios exportations/production
Des ratios exportations/production élevés, en particulier sur de longues périodes, suggèrent des cas où les denrées alimentaires sont produites spécifiquement pour le marché régional, le commerce intrarégional jouant alors un rôle de catalyseur pour la disponibilité alimentaire régionale. La Côte d’Ivoire joue par exemple un rôle essentiel dans la disponibilité du maïs en Afrique de l’Ouest, exportant en moyenne 18 % de sa production au sein de la région sur la période 2014-20. Ce ratio a atteint 28 % en 2020, soit 334 000 tonnes. Au Burkina Faso, autre grand exportateur régional, ce ratio atteint 34 %, soit 646 000 tonnes. Les exportations du Burkina Faso sont presque exclusivement destinées au Niger, tandis que 80 % des exportations ivoiriennes sont à destination du Burkina Faso, probablement pour être ensuite réexportées vers le Niger. À titre de comparaison, le volume de maïs commercialisé au sein de la région est 40 fois supérieur à la contribution du Nigéria à la Réserve régionale de sécurité alimentaire de la CEDEAO en 2018 (ARAA, 2024[19]) et 20 fois supérieur aux stocks nationaux de sécurité alimentaire du Mali (OPAM, 2024[20]).
Étant donné que les volumes réels échangés peuvent être jusqu’à six fois supérieurs aux données officielles rapportées (Chapitre 1, Chapitre 3), plusieurs millions de tonnes de maïs sont probablement échangées chaque année en Afrique de l’Ouest, améliorant ainsi considérablement la disponibilité alimentaire régionale. Ces dynamiques ne se limite pas aux céréales, comme l’illustre l’exemple du Burkina Faso, qui exporte 73 % (moyenne pour la période 2014-20) de sa production de tomates vers le marché régional. De même, le ratio exportations/production d’oignons du Niger pourrait varier entre 50 % et 95 %, d’après les estimations fournies par SOFRECO (SOFRECO, 2022[10]).
Les exportations d’oignons du Niger : une manne pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle de millions d’Ouest-Africains
Le commerce de l’oignon nigérien offre un exemple révélateur de l’importance du commerce intrarégional pour stimuler la production nationale et accroître la disponibilité alimentaire régionale. En 2020, le Niger a exporté environ 364 400 tonnes d’oignons en Afrique de l’Ouest, soit quatre fois plus que ce dont font état les chiffres officiels (SOFRECO, 2022[10]). Sur la base d’une consommation régionale moyenne par habitant comprise entre 2.2 kg et 16 kg par an8 (SOFRECO, 2022[10]), le nombre potentiel de Ouest-Africains ainsi approvisionnés pourrait varier de 23 millions à 168 millions.
La spécialisation du Niger dans la production d’oignons a permis au pays de devenir complètement auto-suffisant (SOFRECO, 2022[10]). Le pays est également devenu l’un des leaders régionaux de la production d’oignons, avec un volume moyen de 54 kg par habitant et par an9, soit plus de dix fois la moyenne régionale. Environ 10 % à un tiers de cette production satisfait la demande intérieure, le reste étant exporté à destination des pays de la région (SOFRECO, 2022[10]). Ce secteur florissant a su tirer parti de l’expansion des débouchés régionaux, portée par la demande urbaine croissante de sauces à base d’oignons et la dévaluation du franc CFA en 1994, qui a fragilisé les exportations néerlandaises (Hollinger et Staatz, 2015[21] ; Tarchiani, Robbiati et Salifou, 2013[22] ; David, 1996[23]).
Au total, le Niger exporte 68 % des oignons commercialisés dans la région, principalement à destination des pays côtiers : Ghana (64 %), Côte d’Ivoire (23 %) et Bénin (6.5 %). Le Ghana, le Bénin et le Togo dépendent quant à eux fortement du Niger pour leurs importations d’oignons (Graphique 2.2). Sur ces marchés, l’oignon nigérien est hautement compétitif face aux produits nationaux et extrarégionaux, en particulier pendant la saison de forte production au Niger (Hollinger et Staatz, 2015[21]). Plus précisément, le Niger représente respectivement 75 %, 63 % et 47 % des importations totales d’oignons du Ghana, du Bénin et du Togo, devançant ainsi son principal concurrent, les Pays-Bas. Au Ghana, les importations d’oignons nigériens équivalent à la moitié de la production nationale.
Carte 2.1. Exportations régionales d’oignons du Niger, moyenne pour la période 2014-22Exportations régionales d’oignons du Niger, moyenne pour la période 2014-22
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Note : Exportations d’oignons du Niger entre 2014 et 2022. La largeur des flux est proportionnelle à la valeur totale du commerce alimentaire pour la période 2014‑2022, selon une échelle logarithmique.
Source : Calculs des auteurs.
Graphique 2.2. Flux commerciaux des oignons, exportations (à gauche) et importations (à droite), moyenne pour la période 2014-22
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Note : Basé sur les flux commerciaux entre 2014 et 2022 (moyenne annuelle). La taille des flux est proportionnelle à la valeur des échanges. Chaque couleur correspond à un pays de destination (graphique de gauche, dédié aux exportations) ou à un pays d’origine (graphique de droite, dédié aux importations).
Source : Calculs des auteurs.
Le commerce intrarégional : facteur d’atténuation des effets de la saisonnalité et des chocs de production
La saisonnalité influe fortement sur la production agricole, les activités agricoles étant étroitement liées à l’évolution des conditions climatiques en fonction des saisons. Cette saisonnalité impacte de manière significative les dynamiques de marché, les périodes de récolte entraînant souvent des fluctuations de prix dues à des augmentations rapides de l’offre (Cedrez, Chamberlin et Hijmans, 2020[24]). En Afrique de l’Ouest, où l’agriculture pluviale prédomine et où l’accès à l’irrigation et au stockage reste limité, la disponibilité des produits alimentaires est soumise à une saisonnalité particulièrement marquée (Gilbert, Christiaensen et Kaminski, 2017[25]). Le commerce intrarégional joue alors un rôle crucial dans l’atténuation de ces effets saisonniers sur la disponibilité et l’accessibilité économique des produits alimentaires. L’étalement des cycles de production entre les régions – du sud au nord – contribue ainsi à stabiliser l’approvisionnement alimentaire tout au long de l’année. Pendant la haute saison des tomates au Ghana, par exemple, l’approvisionnement en tomates de Tamale, quatrième ville du pays (CSAO/OCDE, 2024[26]), est entièrement assuré par la production nationale (Carte 2.2). Cependant, durant la période de soudure, environ 90 % des tomates sont importées du Burkina Faso. Des dynamiques saisonnières similaires s’observent pour le commerce des oignons à destination de Tamale (Carte 2.1). Ces dynamiques sont corroborées par les données ECO-ICBT.
Carte 2.2. Provenance des tomates (à gauche) et des oignons (à droite) à destination de Tamale pendant la période de soudure (orange) et la haute saison (bleu)
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Note : La taille de chaque rond est proportionnelle aux quantités importées par lieu. Les flux d’oignons en provenance de partenaires commerciaux régionaux sont susceptibles d’être nettement plus importants, car l’étude ne couvre que les segments immédiats en amont.
Source : Calculs des auteurs, à partir de la base de données Urban Food Plus.10
De même, Hoffmann, Melly and Donnelly (2015[27]) mettent en évidence le rôle du commerce dans l’atténuation des fluctuations saisonnières de l’offre de céréales entre le Niger et le Nigéria. La période de culture commence plus tôt et est plus courte au Niger qu’au Nigéria, ce qui entraine des pics de production complémentaires. Cela favorise un commerce bilatéral des céréales, garantissant un approvisionnement prolongé et régulier des marchés de consommation des deux côtés de la frontière. Le commerce régional du maïs illustre également la variation de la direction des flux selon les saisons : pendant la période de soudure au Sahel, qui commence en juin, le Ghana, le Bénin, le Togo et la Côte d’Ivoire exportent ainsi leur maïs vers leurs voisins du nord, en particulier vers le Niger, tandis que plus tard dans la saison, le maïs du Mali et du Burkina Faso est acheminé vers le sud et l’est, à destination du Niger (Hollinger et Staatz, 2015[21]).
En cas de chocs de production, le commerce joue également un rôle particulièrement important dans la disponibilité des produits alimentaires. Le commerce intrarégional joue un rôle de régulateur en cas de choc dans une zone de production, les importations en provenance des zones non affectées permettant de réduire la pénurie et de stabiliser les prix (Badiane et Odjo, 2016[28]). En effet, la variabilité de la production est moins volatile au niveau régional qu’au niveau national. Un constat qui vaut particulièrement pour les petits pays, à l’instar de la Gambie, dont on estime l’offre intérieure annuelle de céréales 70 fois plus volatile que celle agrégée à l’échelle de l’Afrique (Malabo Montpellier Panel, 2020[47]).
Lors de la crise alimentaire de 2010 au Niger, par exemple, le pays a connu un déficit céréalier important suite à la mauvaise récolte de 2009, avec un déficit estimé à plus de 400 000 tonnes (Inter-réseaux Développement rural, 2010[29]). Toutefois, l’impact a été largement atténué par d’importantes importations de céréales en provenance des pays voisins, qui ont permis d’éviter de graves pénuries alimentaires (CILSS, FAO, FEWSNET et WFP, 2010[30] ; Inter-Réseaux, 2010[31]). Ce cas n’est qu’un exemple parmi d’autres où le commerce intrarégional a contribué à atténuer les effets des pénuries alimentaires en période de crise.
Nourrir les villes : l’importance du commerce intrarégional dans l’approvisionnement des villes
Le commerce intrarégional permet d’assurer l’approvisionnement des villes en produits alimentaires
La majeure partie des denrées alimentaires étant produite en zones rurales, les villes dépendent du commerce pour approvisionner leurs marchés alimentaires et satisfaire la demande de leurs habitants. Plus une ville est grande, plus les chaînes d’approvisionnement nécessaires pour la nourrir sont longues (Reardon, 2016[32]). À mesure que la taille des « bassins alimentaires » des villes d’Afrique de l’Ouest augmente, le rôle du commerce intrarégional dans leur approvisionnement gagne en importance (Karg et al., 2022[16]). Les habitants de Lagos consomment par exemple environ 280 000 tonnes11 de maïs par an, soit un volume proche de la consommation combinée de toutes les zones urbaines du Mali, du Burkina Faso et du Niger (OCDE/CSAO, 2013[33]). L’agriculture urbaine ou périurbaine ne peut, à elle seule, satisfaire une telle demande. De plus, Lagos se trouve géographiquement plus près des zones de production du Bénin et du Togo que de la principale région céréalière du Nigéria, la Middle Belt. Le commerce alimentaire intrarégional constitue donc un canal d’approvisionnement important en céréales pour la capitale économique du Nigéria (OCDE/CSAO, 2013[33]), comme en attestent les quelque 25 000 tonnes de maïs importées du Bénin, d’après les données partielles disponibles.12
Les données du projet Urban Food Plus13 fournissent une description détaillée des flux alimentaires à destination de trois villes d’Afrique de l’Ouest : Bamako (Mali), Ouagadougou (Burkina Faso) et Tamale (Ghana). Ces données montrent que 14 % de la consommation alimentaire totale de Ouagadougou et 12 % de celle de Bamako sont assurés par le commerce régional (Karg et al., 2022[16]). Toutefois, la part réelle des importations alimentaires régionales est vraisemblablement bien plus élevée. En effet, 9 % supplémentaires (Ouagadougou) à 18 % (Bamako) des flux alimentaires proviennent de marchés frontaliers14 et comprennent donc probablement des volumes importants de produits en provenance de l’autre côté de la frontière (Carte 2.3).15 Par ailleurs, les produits alimentaires approvisionnant Ouagadougou et Bamako en provenance de la région sont importés de pays voisins, mais aussi de pays plus éloignés tels que le Ghana, le Nigéria, le Niger, le Sénégal et la Sierra Leone (Carte 2.3).
Carte 2.3. Provenance des flux alimentaires à destination de Bamako (en haut) et de Ouagadougou (en bas) au cours d’une semaine, marchés nationaux en bleu clair, marchés régionaux en bleu foncé
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Note : Pour Bamako (Mali), la carte présente les données collectées pendant une semaine de la saison des pluies en 2017 ; et pour Ouagadougou (Burkina Faso), celles collectées pendant une semaine de la saison des pluies en 2016. La taille des ronds est proportionnelle aux quantités importées par lieu. Les marchés frontaliers se situent dans une bande de 35 km de part et d’autre de la frontière.
Source : Calculs des auteurs à partir de la base de données Urban Food Plus.
Pour plusieurs produits alimentaires, en particulier les fruits, les légumes et les tubercules, la part des importations intrarégionales est particulièrement élevée. À Bamako, par exemple, 97 % des bananes plantains et 96 % des avocats sont importés de la région, preuve de la forte dépendance à l’égard du commerce intrarégional pour ces produits (Graphique 2.3). Parmi les autres produits alimentaires largement importés de la région figurent l’igname (67 %), le poisson (67 %) et le manioc (50 %). Des dynamiques similaires s’observent à Ouagadougou, où 96 % des avocats, 57 % des oranges, 54 % des oignons et 37 % des bananes et du poisson proviennent de la région (Graphique 2.3).
Graphique 2.3. Part moyenne du commerce intrarégional dans les flux alimentaires à destination de Bamako (en haut) et de Ouagadougou (en bas)
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Note : Seuls figurent les produits pour lesquels la part du commerce intrarégional dans les flux alimentaires est relativement importante. Les pourcentages présentés correspondent au pourcentage moyen sur les trois saisons de collecte des données. Les lieux ont été classés en fonction de leur échelle spatiale par rapport à la ville considérée, à savoir : 1) les lieux à l’intérieur des frontières nationales ; 2) les lieux intrarégionaux; et 3) les lieux internationaux, excluant les pays d’Afrique de l’Ouest.
Source : Calculs des auteurs à partir de la base de données Urban Food Plus.
Urbanisation, sécurité alimentaire et nutritionnelle en milieu urbain et commerce intrarégional
Même si les données du projet Urban Food Plus ne couvrent que trois villes ouest-africaines, on peut raisonnablement supposer que le commerce intrarégional joue un rôle similaire sur le plan de la disponibilité alimentaire dans de nombreux grands centres de consommation de la région. À l’heure où l’urbanisation se poursuit à un rythme galopant, ces dynamiques commerciales devraient s’intensifier, capitalisant sur des complémentarités de cycles de production et des réseaux commerciaux bien établis. En 2020, l’Afrique de l’Ouest comptait 31 agglomérations urbaines de plus d’un million d’habitants, pour une population cumulée de 94 millions de personnes ; d’ici 2035, ces chiffres devraient atteindre 43 agglomérations, pour une population cumulée de 156 millions d’habitants (OCDE/CSAO, 2024[1]).
Partout dans le monde, le joug de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle se déplace de plus en plus vers les zones urbaines, où la sous-alimentation, mais aussi la suralimentation et l’obésité, sont en hausse, en particulier parmi les populations à faible revenu (HLPE, 2024[34] ; Balineau et al., 2021[35]). En Afrique de l’Ouest, plus de 22 millions des 58 millions de personnes souffrant d’insuffisance pondérale vivent ainsi en ville (van Wesenbeeck, 2018[36]). Avec une augmentation prévue de 233 millions de citadins supplémentaires d’ici 2050 (OCDE/CSAO, 2024[1]), il apparaît plus important que jamais de s’attaquer au problème de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle en milieu urbain. Mobiliser le commerce alimentaire intrarégional pour soutenir la sécurité alimentaire et nutritionnelle urbaine constituera un levier essentiel de la stratégie de développement régional.
L’importance du commerce intrarégional pour la diversité alimentaire
À l’échelle mondiale, la diversité alimentaire est en partie soutenue par les échanges commerciaux entre des économies alimentaires complémentaires, façonnées par des différences en matière de cultures alimentaires, de ressources naturelles et de conditions agroécologiques. Composante essentielle de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, la diversité alimentaire est souvent utilisée comme un proxy de l’adéquation nutritionnelle (Kennedy, Ballard et Dop, 2011[37]). Une alimentation diversifiée, constituée d’une grande variété d’aliments de différents groupes alimentaires, garantit un apport en nutriments essentiels contribuant à prévenir les carences et à réduire les risques de maladies chroniques, comme le diabète et les maladies cardiovasculaires (Bai et al., 2023[38]).
Diversité de la production et complémentarité des échanges
En Afrique de l’Ouest, les différences en matière de conditions agroécologiques, de climat, d’orientations politiques16, d’investissements privés dans les technologies, d’accès aux marchés et de préférences des consommateurs ont abouti à des systèmes de production alimentaire distincts et à une spécialisation de la production (Badiane, Makombe et Bahiigwa, 2014[39]). Cette spécialisation de la production se traduit par des échanges alimentaires intrarégionaux complémentaires, comme en atteste l’indice de similarité des exportations alimentaires, qui met en évidence une similarité inférieure à 50 % pour 71 % des paires de partenaires commerciaux au sein de la région (Graphique 2.4). Un faible degré de similarité indique qu’une grande variété de produits alimentaires sont échangés, favorisant ainsi la diversité alimentaire à travers la région (Badiane et Odjo, 2016[28]).
Graphique 2.4. Scores des pays d’Afrique de l’Ouest sur l’indice de similarité des exportations alimentaires, moyenne pour la période 2014-22
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Note : L’indice de similarité des exportations (ISE) est calculé à partir de l’ensemble de données compilé pour le présent rapport, qui comprend 15 pays d’Afrique de l’Ouest et 170 produits de la nomenclature du système harmonisé (SH4) faisant l’objet d’échanges intrarégionaux. Pour chaque pays, la part de chaque produit SH4 dans les exportations alimentaires totales (moyenne pour la période 2014-22) a été calculée. Pour chaque paire de pays, les parts obtenues pour l’ensemble des 170 produits ont été additionnées afin d’obtenir le score ISE. Ces scores pouvant varier de 0 % (absence totale de similarité des exportations alimentaires) à 1 % (exportation alimentaires identiques).
Source : Calculs des auteurs.
Commerce de nutriments essentiels
L’analyse des données relatives aux principales sources de protéines échangées dans la région révèle un réseau régional interconnecté et relativement équilibré (Graphique 2.5).
Ces flux intrarégionaux de protéines, dont le volume est chiffré à 2.6 milliards de kg, équivalent aux besoins annuels estimés de près de 200 millions d’habitants de la région.17 Ils forment un réseau distribué (IHH de 1 278 pour les exportations et 1 235 pour les importations), au sein duquel les principaux exportateurs sont le Sénégal (20 %) (poisson, principalement), le Burkina Faso (18 %) (bétail) et la Côte d’Ivoire (18 %) (huile de palme), et les principaux importateurs, le Burkina Faso (16 %), la Côte d’Ivoire (16 %) et le Ghana (16 %). Les flux de lipides et de glucides suivent une dynamique similaire, bien que légèrement plus concentrés (Graphique 2.A.1, Annexe).
Graphique 2.5. Flux régionaux de protéines, moyenne pour la période 2014-22
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Source : Calculs des auteurs.
Diversité des produits échangés au sein du commerce alimentaire intrarégional
La diversité du commerce alimentaire intrarégional en Afrique de l’Ouest va bien au-delà des échanges de bétail, de céréales et de poissons entre les pays du Sahel et les pays côtiers, que l’on a le plus souvent coutume de mentionner. Il recouvre en réalité un éventail bien plus large de produits alimentaires, dont nombre ne figurent pas dans les statistiques officielles. D’après les données de diverses enquêtes nationales sur le commerce alimentaire non enregistré (Nigéria, 2013/14 ; Bénin, 2019, 2022 ; et Togo, 2019), ainsi que les statistiques officielles sur les échanges enregistrés, le Bénin a ainsi importé 115 produits alimentaires distincts (code SH à 4 chiffres), le Togo, 101 et le Nigéria, 99 (Graphique 2.6). De même, ces trois pays ont exporté respectivement 105, 115 et 109 produits distincts à destination d’autres pays de la région.
Graphique 2.6. Nombre de produits alimentaires faisant l’objet d’échanges commerciaux au sein de la région (code SH à 4 chiffres, échanges enregistrés et non enregistrés)
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Note : Sur la base des données BACI (Base pour l’analyse du commerce international) et ECO-ICBT (ECOWAS-Informal Cross-Border Trade [initiative de la CEDEAO sur le commerce transfrontalier informel]), ainsi que de celles de différentes enquêtes nationales (Bénin, Nigéria, Togo). Le nombre de produits alimentaires correspond au nombre de codes SH à 4 chiffres distincts. Le total n’est pas égal à la somme des produits du commerce enregistré et de ceux du commerce non enregistré, certains produits figurant dans ces deux canaux.
Source : Calculs des auteurs.
Les produits faisant l’objet d’échanges commerciaux sont nombreux et variés. Au Nigéria, ils comprennent des denrées telles que les céréales (maïs, riz), les légumes (choux, oignons, tomates), les racines amylacées (igname), les légumineuses et les fruits à coque (niébé, arachide), les produits transformés (pain, biscuits, spaghettis, purée de tomates), les boissons (thé, sodas), les fruits (oranges, pommes, bananes, mangues), les protéines animales (bovins vivants, ovins, volaille, œufs, poisson fumé) et même des blocs de glace (Graphique 2.7). Les données du Bénin viennent appuyer ce constat, en mettant en évidence une grande variété de produits alimentaires importés de la région, incluant notamment des produits bruts (céréales, légumes et fruits), mais aussi transformés (pâtes, produits préparés à base de tomate, poisson congelé, huiles et graisses), ou encore des animaux vivants.
Un examen plus approfondi des données du Bénin confirme encore davantage cette diversité. Sur une période de deux semaines de collecte de données sur les flux alimentaires transfrontaliers non enregistrés, l’Institut National de la Statistique du pays a recensé 84 produits alimentaires distincts importés de la région. Une grande diversité de produits a été observée à chaque frontière, en particulier aux frontières avec le Togo (69 produits) et le Nigéria (62 produits), et dans une moindre mesure aux frontières avec le Niger (24 produits), le Burkina Faso (18) et le Ghana (10).
Graphique 2.7. Diversité des importations alimentaires régionales à destination du Nigéria (à gauche) et du Bénin (à droite) (par groupe d’aliments, commerce enregistré et non enregistré)
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Note : Sur la base des données BACI, ECO-ICBT et des enquêtes nationales (Bénin, Nigéria).La taille de chaque rond correspond à l’importance relative du produit (en valeur monétaire) dans les importations régionales totales.
Source : Calculs des auteurs.
Commerce intrarégional, prix alimentaires et accessibilité économique
Copier le lien de Commerce intrarégional, prix alimentaires et accessibilité économiqueL’importance des prix dans la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Afrique de l’Ouest
Le prix est un facteur déterminant de l’accessibilité économique des produits alimentaires et, par conséquent, de la sécurité alimentaire et nutritionnelle. En moyenne, l’alimentation représente 55 % des dépenses totales des ménages ouest-africains (Allen, 2017[8]). Cette part qui varie d’environ 40 % pour les ménages les plus riches à près de 70 % pour les plus pauvres (Graphique 2.8). Les prix alimentaires en Afrique de l’Ouest sont 30 % à 40 % plus élevés que dans d’autres régions au niveau de revenu similaire (Allen, 2017[8]). Les aliments nutritifs, comme les fruits, les légumes, les légumineuses, les fruits à coque et les graines, ainsi que les aliments d’origine animale, y sont en outre particulièrement onéreux, rendant une alimentation saine inabordable pour une grande partie de la population (42 % à 97 %) (Bai et al., 2023[38]).
Graphique 2.8. Part du budget alloué à l’alimentation selon les quintiles de dépenses au Mali, au Nigéria et au Sénégal, 2018/19
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Note : Le 1er quintile correspond aux ménages les plus pauvres et le 5e aux ménages les plus riches.
Source : Thériault et al. (2024[3]).
Le niveau élevé des prix alimentaires en Afrique de l’Ouest résulte d’une combinaison de facteurs, parmi lesquels on note les coûts de production et de transaction élevés, ainsi que différentes contraintes dans les segments en aval des chaînes de valeur (Allen, 2017[8]). Par ailleurs, la région a connu plusieurs cycles d’inflation alimentaire au cours des vingt dernières années (Graphique 2.9), à l’instar de la récente flambée des prix, alimentée par la pandémie de COVID-19, la hausse des prix de l’énergie et des engrais, ainsi que par des réformes macroéconomiques coûteuses, notamment la récente dévaluation monétaire au Nigéria (CILSS et FSIN, 2024[40]).
Graphique 2.9. Inflation mensuelle des prix alimentaires dans quelques pays d’Afrique de l’Ouest
Copier le lien de Graphique 2.9. Inflation mensuelle des prix alimentaires dans quelques pays d’Afrique de l’OuestL’impact du niveau élevé des prix alimentaires est aggravé par la volatilité des prix alimentaires 18, dus aux effets de la saisonnalité ainsi qu’aux chocs d’offre nationaux et mondiaux. Cette volatilité des prix compromet la stabilité de l’accès à la nourriture dans le temps (FAO, CEA et CUA, 2021[42]) et affecte directement la sécurité alimentaire et nutritionnelle des consommateurs, en obligeant les ménages à réduire la diversité, la qualité et la quantité de leur alimentation (Bai, Naumova et Masters, 2020[43] ; Bonuedi, Kamasa et Opoku, 2020[44]). Même de brèves envolées des prix peuvent avoir des conséquences durables et irréversibles sur la santé et la nutrition, en particulier chez les enfants (FEWSNET, 2014[45] ; Kalkuhl, von Braun et Torero, 2016[46]). Par ailleurs, la volatilité des prix alimentaires accroît l’incertitude pour les producteurs, ce qui décourage l’investissement agricole, freine la croissance de la productivité et augmente les risques de nouveaux chocs d’offre (Badiane, Makombe et Bahiigwa, 2014[39]). Ces effets en chaîne se traduisent à leur tour par de nouvelles hausses de prix pour les consommateurs.
Le commerce intrarégional : un levier pour réduire les prix alimentaires
Le commerce intrarégional peut jouer un rôle crucial dans l’atténuation des envolées des prix liées aux pénuries causées par les fluctuations saisonnières ou les chocs de production localisés. Des marchés bien intégrés et concurrentiels contribuent à stabiliser les prix en absorbant l’impact des chocs temporaires d’offre et de demande, réduisant ainsi la pauvreté saisonnière et l’insécurité alimentaire (Moser, Barrett et Minten, 2009[47]). Sans commerce, même une légère baisse de la production céréalière nationale peut entraîner une forte hausse de prix, avec des conséquences importantes sur la consommation. Toutefois, en raison du manque de données disponibles sur les prix et les flux commerciaux, ainsi que de la complexité des canaux de transmission des prix, les éléments empiriques sur cette relation restent limités.
Les effets à long terme : augmentation de l’offre et baisse des prix
Les effets à long terme du commerce intrarégional sur les prix reposent sur une amélioration de l’efficacité des chaînes de valeur agricoles et sur l’innovation. La mise en concurrence des producteurs de différents pays sur un marché régional élargi les incite à investir et innover pour sécuriser et accroître leur part de marché (FAO et CEA, 2018[12]), avec à la clé une augmentation de l’efficacité et de la productivité, et donc à terme une baisse des coûts de production et des prix plus compétitifs (FAO, CEA et CUA, 2021[42]). L’augmentation de la production alimentaire ainsi générée par les gains de productivité devrait renforcer l’offre globale et contribuer à la réduction des prix à la consommation (Panel Malabo Montpellier, 2020[48]).
Ces effets s’étendent même au-delà de la production agricole, en encourageant commerçants, transformateurs et transporteurs à investir dans l’amélioration des infrastructures de stockage, de transport et de distribution afin d’accéder à des marchés plus éloignés (AGRA, 2020[17]). L’amélioration de l’efficacité de la chaîne de valeur peut également contribuer à faire baisser les prix à la consommation, notamment en réduisant les pertes alimentaires. Les investissements dans de meilleures infrastructures de commerce (entrepôts frigorifiques, installations de transformation et systèmes de transport, entre autres) permettent de limiter les pertes post-récolte, d’accroître la disponibilité des produits périssables, et ainsi d’exercer une pression à la baisse sur les prix (Panel Malabo Montpellier, 2020[48]).
Les effets à court terme : amélioration de la disponibilité alimentaire et stabilisation des prix
Les écarts de prix entre régions exportatrices et importatrices sont un moteur essentiel du commerce. Ces écarts doivent être suffisamment importants pour couvrir les coûts de transaction, comme les coûts de transport et d’intermédiation. Le commerce permet alors d’augmenter la disponibilité alimentaire dans les régions importatrices et de faire baisser les prix à la consommation (Panel Malabo Montpellier, 2020[48]). Des effets encore amplifiés quand les régions importatrices diversifient leurs sources d’approvisionnement.
L’existence d’importantes fluctuations saisonnières des prix en Afrique de l’Ouest, avec des cycles de production asynchrones, renforce le rôle que peut jouer le commerce dans la stabilisation des prix et la réduction des risques de flambée brutale. Les commerçants tirent ainsi parti de ces variations en acheminant les produits alimentaires des régions où les prix sont bas vers celles où ils sont plus élevés, garantissant ainsi un approvisionnement plus régulier tout au long de l’année.
La persistance de prix élevés et d’une forte volatilité
Les données analysées indiquent qu’au moins 10 milliards USD de produits alimentaires sont échangés chaque année dans la région (Chapitre 1, Chapitre 3). Cependant, elles révèlent aussi la persistance d’une forte volatilité des prix alimentaires et de niveaux de prix élevés. Constat d’où l’on déduit : 1) l’insuffisance probable du volume des échanges pour permettre une stabilisation complète des prix ; et 2) la persistance de dysfonctionnements du marché qui entravent l’efficacité de la transmission des prix.
L’efficacité des marchés dépend de multiples facteurs, notamment des infrastructures physiques, de l’accès à l’information sur le marché, du cadre institutionnel, de la dynamique de concurrence, du pouvoir de marché ou encore des politiques gouvernementales telles que les restrictions et interdictions d’exportation. Tous ces éléments s’avèrent essentiels à l’intégration des marchés et à la transmission des prix (Bekoe, Ayeduvor et Etwire, 2023[49]). La persistance d’écarts de prix importants entre pays en Afrique de l’Ouest (Carte 2.4) suggère que certains obstacles à l’intégration des marchés régionaux persistent.
Carte 2.4. Écarts de prix alimentaires entre les pays d’Afrique de l’Ouest, 2011
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Source : Adaptée d’Allen (2017[8]).
La mise en place de politiques et d’investissements visant à améliorer l’intégration des marchés et leur efficacité pourrait permettre une hausse substantielle du volume des échanges alimentaires régionaux et contribuer à la baisse des prix alimentaires. Bien que la réduction des barrières commerciales grâce à des mesures de facilitation soit une préoccupation importante — souvent mise en avant par les décideurs —, elle ne constitue pas nécessairement la principale préoccupation de l’ensemble des commerçants. D’après une enquête menée par l’OCDE/CSAO et l’Association ouest-africaine du commerce transfrontalier des produits alimentaires, agro-sylvo-pastoraux et halieutiques (AOCTAH) auprès du secteur privé sur sa perception de l’environnement du commerce alimentaire en Afrique de l’Ouest19, les défis auxquels sont confrontés les commerçants de denrées alimentaires vont bien au-delà des seules questions liées aux frontières telles que les droits de douane, les procédures douanières et la sécurité aux frontières.
Interrogés sur l’impact négatif des contraintes aux frontières sur leur activité, un tiers des commerçants régionaux interviewés considèrent les obstacles aux frontières comme un problème relativement mineur.20 Ils accordent en revanche davantage d’importance à d’autres facteurs, tels que l’accès au crédit, la sécurité, les routes et infrastructures de transport, ainsi que celles de stockage et de manutention, qu’ils jugent essentiels au développement de leur activité.21
Revenus, accessibilité économique et commerce intrarégional
Une source de revenus pour les agriculteurs et les acteurs des chaînes de valeur agricoles
Le volume du commerce alimentaire intrarégional souligne son rôle crucial dans la création d’emplois et la génération de revenus. Au-delà du renforcement de l’activité agricole, des milliers d’emplois tout au long de la chaîne d’approvisionnement – transformation, transport, manutention, commercialisation et vente de détail, notamment – sont directement liés au commerce régional. Une étude récente estime que les activités de commercialisation des produits alimentaires, telles que le transport, la logistique, le commerce de détail et de gros, génèrent 5.5 millions d’emplois en Afrique de l’Ouest (Allen, Heinrigs et Heo, 2018[9]). Au Niger, le secteur de l’oignon orienté vers l’exportation crée environ 82 400 emplois à temps plein (SOFRECO, 2022[10]). Au Bénin, jusqu’à 75 % du PIB proviendraient du commerce régional informel (Clingendael Report, 2024[50]).
Les revenus générés par ces activités ont un impact direct sur l’accessibilité économique des produits alimentaires pour les ménages, en particulier pour ceux qui sont engagés dans ce secteur. Dans les zones frontalières à forte intensité d’échanges, le commerce alimentaire constitue souvent l’une des principales sources de revenus et de sécurité alimentaire et nutritionnelle (Bouët, Odjo et Zaki, 2020[51]) (encadré 1). Étant donné que la pauvreté est le principal facteur expliquant la faible accessibilité économique des produits alimentaires dans la région (Programme alimentaire mondial et CEA, 2021[52]), les opportunités économiques créées par le commerce jouent un rôle essentiel dans le renforcement de la sécurité alimentaire et nutritionnelle régionale.
Pour de nombreux petits commerçants et femmes vivant dans les régions frontalières, le commerce transfrontalier reste une source essentielle de revenus, leur permettant de subvenir aux besoins de leur famille et de soutenir l’économie locale. Les marchés transfrontaliers, comme ceux de Malanville (Bénin-Niger), Basso-Babanna (Bénin-Nigéria) ou Sémé-Kraké (Bénin-Nigéria), offrent des opportunités d’emploi dans le commerce, le transport et la vente de détail, renforçant les liens étroits entre le commerce alimentaire et les moyens de subsistance des ménages (OCDE/CSAO, 2019[11] ; Clingendael Report, 2024[50]).
Encadré 2.1 Le marché de Dawanau
Copier le lien de Encadré 2.1 Le marché de DawanauCréé en 1985, le marché de Dawanau, au Nigéria, est le plus grand marché céréalier d’Afrique de l’Ouest. Situé dans l’État de Kano, le long de l’axe Kano-Katsina, qui dessert cinq grandes villes frontalières du pays (Maigatari, Babura, Zango, Mai’aduwa (Kongolam) et Jibiya), il constitue un pôle régional incontournable du commerce des céréales, des racines, des tubercules et, de plus en plus, des cultures de rente. Il attire ainsi des commerçants de toute la région et même d’au-delà, proposant par exemple des produits en provenance du Bénin, du Cameroun, du Ghana, du Niger ou encore du Tchad (Gambo, 2017[53]). Source de revenus pour des dizaines de milliers d’habitants de la région, le marché compte plus de 10 000 échoppes et 662 entrepôts, qui emploient des milliers de commerçants et environ 4 000 manutentionnaires, 500 agents de sécurité et des centaines d’autres personnes impliquées dans son fonctionnement (Inter-Réseaux, 2010[31]). Y opèrent en outre 32 associations de commerçants et coopératives agréées, comptant respectivement au moins 20 580 et 1 600 membres enregistrés et non enregistrés. Plus de 200 entreprises enregistrées au niveau international participent également aux activités du marché.
Accélérer le développement des segments intermédiaires et en aval de l’économie alimentaire
En Afrique de l’Ouest, la croissance démographique, l’urbanisation et l’augmentation des revenus alimentent une demande croissante de produits alimentaires plus diversifiés (AGRA, 2020[17]). 22 Si les consommateurs urbains recherchent de plus en plus des denrées de base importées, comme le blé et le riz, on observe également une demande importante pour les aliments produits localement, tels que le maïs, le manioc, l’igname, la pomme de terre, le taro ou encore la banane plantain (Bricas et Tchamda, 2017[53]). L’évolution des préférences des consommateurs s’accompagne en outre d’une demande croissante de produits alimentaires à plus forte valeur ajoutée, plus périssables et transformés, qui encourage l’implication croissante d’entreprises agroalimentaires régionales (AGRA, 2020[17]).
Cette transformation de la demande soutient le développement des segments intermédiaires et en aval de l’économie alimentaire, favorisant la création d’emplois et d’opportunités de revenus dans l’ensemble de la région (AGRA, 2020[17]). Le commerce encourage en outre les investissements dans des cultures plus lucratives et des technologies de production plus avancées, stimulant ainsi la productivité (Hollinger et Staatz, 2015[21] ; AGRA, 2020[17]). Des investissements qui devraient avoir des retombées positives sur les activités de soutien à l’agriculture, créant de nouveaux emplois et de nouvelles sources de revenus qui amélioreront, à terme, l’accès à l’alimentation pour une population croissante de consommateurs nets, notamment en milieu rural. Parmi ces nouvelles opportunités figurent des emplois dans les entreprises fournissant des intrants agricoles, des services de vulgarisation et vétérinaires, des machines et d’autres équipements agricoles.
Le segment intermédiaire de l’économie alimentaire, souvent appelé le « niveau intermédiaire caché » (Reardon, 2015[54]), constitue une source d’emplois et de revenus négligée et pourtant essentielle dans la région. Le segment aval, principalement informel, comprend quant à lui les vendeurs ambulants et les petits détaillants. Bien que souvent sous-estimé par les décideurs politiques en raison de son importance économique jugée faible, le secteur alimentaire informel joue un rôle considérable sur le continent. En Afrique du Sud, par exemple, ce secteur représenterait à lui seul environ 20 milliards USD par an (Panel Malabo Montpellier, 2020[48]).
La contribution sous-estimée du commerce régional à la sécurité alimentaire et nutritionnelle
Copier le lien de La contribution sous-estimée du commerce régional à la sécurité alimentaire et nutritionnelleInsuffisance des statistiques sur le commerce intrarégional : un frein à l’évaluation de la sécurité alimentaire et nutritionnelle
La faible qualité des données sur le commerce intrarégional complique non seulement la compréhension de sa contribution à la sécurité alimentaire et nutritionnelle, mais fausse également les évaluations de la sécurité alimentaire et nutritionnelle. En atteste par exemple le cas des bilans alimentaires (Food Balance Sheets [FBS]). Les bilans alimentaires sont compilés pour fournir des estimations standardisées de la nourriture disponible pour la consommation humaine au niveau national. Pour ce faire, ils agrègent la production nationale et les importations alimentaires, tout en soustrayant les exportations et la consommation non humaine, et en tenant compte des variations des stocks. Or, la sous-estimation massive des importations et des exportations alimentaires intrarégionales dans les données utilisées conduit à la fois à des sous-estimations et des surestimations de la disponibilité en calories et en nutriments, ce qui compromet in fine la précision des évaluations des politiques alimentaires (Tableau 2.1).
Tableau 2.1. Biais des bilans alimentaires liés à la sous-estimation ou à la surestimation du commerce alimentaire intrarégional
Copier le lien de Tableau 2.1. Biais des bilans alimentaires liés à la sous-estimation ou à la surestimation du commerce alimentaire intrarégional|
Exportations alimentaires |
Importations alimentaires |
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Sous-estimation |
Surestimation de la disponibilité nationale de calories et de nutriments |
Sous-estimation de la disponibilité nationale de calories et de nutriments |
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Surestimation |
Sous-estimation de la disponibilité nationale de calories et de nutriments |
Surestimation de la disponibilité nationale de calories et de nutriments |
Source : Calculs des auteurs.
L’ampleur de ce phénomène de sous-estimation est frappante. Par exemple, les bilans alimentaires indiquent qu’aucune tonne de mil n’a été importée dans les pays de la région entre 2018 et 2020, alors que les données disponibles sur le commerce non enregistré font état de 190 000 tonnes de mil importées. De même, les bilans ne mentionnent aucune importation de manioc pour aucun pays à l’exception du Burkina Faso et du Niger, alors que les données sur le commerce non enregistré révèlent que la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Mali et le Libéria ont importé 393 000 tonnes sur cette même période. Puisque la non-prise en compte de toute une partie des flux commerciaux entraîne une sous-estimation de la disponibilité alimentaire dans les pays importateurs et une surestimation dans les pays exportateurs, son impact sur la précision des données de disponibilité alimentaire est d’autant plus importante.
Les ratios importations/disponibilité alimentaire et exportations/production témoignent également de l’ampleur de la sous-estimation des flux commerciaux dans les données des bilans alimentaires. Selon les bilans alimentaires, sur la période 2018-20, les pays d’Afrique de l’Ouest présentent des ratios exportations/production nuls pour 57 % des observations pays-produits, et des ratios inférieurs à 5 % pour 78 % des observations (Graphique 2.10).23 La prévalence de ces faibles valeurs est particulièrement importante pour les produits alimentaires commercialisés au niveau régional, comme les céréales locales, les fruits et les légumes. La même tendance ressort lorsque l’on s’intéresse aux importations : entre 2018 et 2020, le ratio moyen importations/disponibilité alimentaire nationale est inférieur à 5 % pour 70 % des observations pays-produits (Graphique 2.11).
Graphique 2.10. Ratios exportations/production des bilans alimentaires de la FAO, moyenne sur trois ans (2018-20)
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Note : D’après les données sur la production et les exportations des bilans alimentaires de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAOSTAT). Le graphique présente les 30 principaux produits de la région en termes de quantités produites. Les boissons, les produits fermentés, la bière et les graines de coton sont exclus. L’absence de rond indique une production nulle.
Source : Calculs des auteurs.
Graphique 2.11. Ratios importations/disponibilité alimentaire des bilans alimentaires de la FAO, moyenne sur trois ans (2018-20)
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Note : D’après les données sur la disponibilité alimentaire et les importations des bilans alimentaires de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAOSTAT). Le graphique présente les 30 principaux produits de la région en termes de quantités produites. Les boissons, les produits fermentés, la bière et les graines de coton sont exclus. L’absence de rond indique une disponibilité alimentaire nulle.
Source : Calculs des auteurs.
Consolider les systèmes d’information sur le commerce régional pour des politiques de sécurité alimentaire et nutritionnelle plus efficaces
Une meilleure compréhension du commerce alimentaire intrarégional, étayée par des données et des analyses améliorées, est essentielle pour renforcer la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Afrique de l’Ouest. Des informations fiables et actualisées sur les flux commerciaux, les dynamiques de marché et les prix alimentaires peuvent ainsi permettre aux décideurs politiques de concevoir des mesures adéquates pour améliorer la disponibilité, la diversité et l’accessibilité économique des produits alimentaires dans la région. Le renforcement des systèmes de données peut aussi favoriser l’adoption de politiques visant à réduire les barrières commerciales, améliorer les infrastructures et optimiser les réseaux de distribution, pour un accès plus efficace et équitable à l’alimentation.
Enfin, l’accès à des données fiables sur le commerce intrarégional est crucial pour les systèmes d’alerte précoce et la gestion des crises, celles-ci permettant de réagir plus rapidement et plus efficacement aux pénuries alimentaires, à la volatilité des prix et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement. En s’appuyant sur le commerce intrarégional comme pilier de résilience, les pays seront alors mieux à même de faire face aux chocs climatiques, aux risques géopolitiques et à l’instabilité économique. La prise en compte des données sur le commerce intrarégional dans leurs stratégies de sécurité alimentaire et nutritionnelle sera essentielle pour favoriser le bon fonctionnement des marchés régionaux et leur permettre d’assurer une offre fiable de produits alimentaires diversifiés, nutritifs et abordables pour tous.
ANNEXE 2.A Flux régionaux de lipides et de glucides
Copier le lien de ANNEXE 2.A Flux régionaux de lipides et de glucidesLes flux régionaux de lipides et de glucides révèlent un réseau complexe et interconnecté. Bien qu’il soit globalement comparable à celui des échanges régionaux de calories et de protéines, il présente des différences en termes de niveau de concentration, liées à la spécialisation de certains pays dans le commerce de certains produits alimentaires.
Les flux régionaux de lipides sont légèrement plus concentrés que ceux de protéines, avec un IHH de 1 398 pour les exportations et de 1 296 pour les importations. La Côte d’Ivoire (22 %) et le Sénégal (19 %) se distinguent comme les principaux exportateurs, reflet de leurs fortes capacités de production de produits riches en matières grasses, en particulier l’huile de palme en Côte d’Ivoire et les cubes de bouillon au Sénégal. En ce qui concerne les importations, le Ghana (23 %), le Burkina Faso (15 %) et la Côte d’Ivoire (14 %) occupent les premières places.
Les flux régionaux de glucides affichent quant à eux un IHH de 1 375 pour les exportations et une concentration plus élevée pour les importations, avec un IHH de 1 421. La Côte d’Ivoire (24 %) et le Sénégal (15 %) ressortent comme les principaux exportateurs, reflet de leur rôle de premier plan dans l’exportation de produits alimentaires transformés ainsi que de céréales riches en glucides (maïs, riz). Le Niger (22 %) et le Burkina Faso (19 %) présentent les plus grandes parts d’importations, suivis du Mali (19 %).
Graphique 2.A.1. Flux régionaux de lipides, moyenne pour la période 2014-22
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Source : Calculs des auteurs.
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Notes
Copier le lien de Notes← 1. Une analyse élémentaire de la provenance peut être réalisée en posant des hypothèses selon le produit alimentaire, comme dans Bricas, Tchamda et Mouton (2016[2]). Le mil, le sorgho ou le manioc seront par exemple presque exclusivement produits ou importés à l’échelle régionale.
← 2. Parmi les exemples récents d’interdiction d’exportations alimentaires figurent : 1) la suspension par la Côte d’Ivoire de l’exportation de 20 produits alimentaires, dont le manioc, l’igname, le maïs, le riz, le mil, pendant six mois à compter de janvier 2024 (République de Côte d’Ivoire, 2024[59]) ; 2) l’interdiction par le Bénin, en mai 2024, d’exporter du maïs, du riz, du mil et du sorgho (FAO, 2025[57]); et 3) l’interdiction par le Ghana, en août 2024, d’exporter des céréales telles que le riz, le maïs et le soja afin d’atténuer les pénuries alimentaires potentielles causées par la sécheresse (Global Trade Alert, 2025[58]).
← 3. Les quantités échangées de produits alimentaires issues des bases de données BACI (Base pour l’Analyse du Commerce International) et ECO-ICBT (ECOWAS Informal Cross Border Trade) sont converties en kilocalories. Pour ce faire, les produits alimentaires sont mis en correspondance avec leurs équivalents les plus proches dans la base de données INFOODS de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), qui fournit les valeurs caloriques standard des produits alimentaires couramment consommés en Afrique de l’Ouest. Afin de rendre compte du commerce non enregistré, un facteur d’ajustement de 77 % est appliqué (Chapitre 1). Le volume total annuel des échanges dans la région est estimé à 68 000 milliards de kilocalories. En considérant un besoin énergétique quotidien par habitant de 2 330 kilocalories (FAO), soit un besoin annuel de 850 450 kilocalories, il est estimé que les 68 000 milliards de kilocalories correspondent aux besoins énergétiques annuels de 80 millions de personnes.
← 4. Les données sur le commerce alimentaire intrarégional en Afrique de l’Ouest présentées dans ce rapport concernent les 15 pays membres de la CEDEAO en 2024, au moment où le périmètre du rapport a été défini : Bénin, Burkina Faso, Cabo Verde, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Libéria, Mali, Niger, Nigéria, Sénégal, Sierra Leone, Togo.
← 5. L'indice Herfindahl-Hirschman (IHH) correspond à la somme des carrés des parts de chaque pays. Le Burkina Faso a par exemple exporté 15 % des calories entre 2014 et 2022, soit un carré de 223. L’IHH correspond alors à la somme des parts de chaque pays au carré.
← 6. Les données collectées pour 2014 par la Banque centrale du Nigéria sur le commerce alimentaire régional non enregistré montrent qu’il est au moins deux fois plus élevé, en valeur, que ce qui est indiqué dans ce calcul. Ces données ne mentionnant toutefois pas les volumes, elles n’ont pu être utilisées pour le calcul de la valeur calorique.
← 7. D’après l’ensemble de données compilé pour le présent rapport. Les flux commerciaux régionaux de maïs représentent 107 millions USD par an, sur la base de la valeur en USD des exportations enregistrées et non enregistrées pour période 2014-22. Le riz arrive en deuxième position (30 %, soit 94 millions USD par an), suivi du blé (17.5 %, soit 48 millions USD par an).
← 8. Il existe une incertitude importante concernant la consommation d’oignons par habitant dans la région. L’étude réalisée par SOFRECO (SOFRECO, 2022[10]) fournit par exemple trois estimations pour le Niger : une estimation basse, de 1.1 kg par habitant dans les zones rurales ; une estimation de 3 kg par habitant dans les zones urbaines ; et une estimation haute, de 16 kg par habitant.
← 9. Moyenne sur trois ans (2018-20).
← 10. Les données collectées sur les flux alimentaires sont présentées dans « A spatio-temporal dataset on food flows for four West African cities » (Karg et al., 2023[55]).
← 11. Chiffre tiré d’OCDE/CSAO (2013[33]). Le volume de la consommation de chaque agglomération est obtenu en multipliant sa population totale par le volume de la consommation par habitant.
← 12. À partir des données de l’enquête de 2014 de la Banque centrale du Nigéria sur le commerce non enregistré, qui font état de 6.2 millions USD d’importations de maïs en provenance du Bénin (volumes non notifiés), soit l’équivalent de 25 000 tonnes, en partant de l’hypothèse d’un prix de 250 USD par tonne cette année-là, sur la base d’une analyse de la littérature disponible.
← 13. Partenariat germano-africain, le projet Urban Food Plus a pour objectif d’améliorer l’efficacité de l’utilisation des ressources et la sécurité alimentaire dans l’agriculture urbaine et périurbaine (AUP) dans les villes ouest-africaines. Les données collectées sur les flux alimentaires sont présentées dans « A spatio-temporal dataset on food flows for four West African cities » (Karg et al., 2023[55]).
← 14. Définis comme se situant dans un rayon de 35 km d’une frontière.
← 15. En outre, les données existantes ne couvrent que les segments immédiats en amont et en aval de la chaîne d’approvisionnement. Par conséquent, les flux alimentaires notifiés en provenance de sources nationales, même de marchés non frontaliers, peuvent initialement provenir de partenaires régionaux.
← 16. Cela comprend les politiques qui ont une incidence directe sur les prix alimentaires et l’allocation des ressources agricoles (interdictions d’exportation ou subventions énergétiques, par exemple), les politiques de soutien (environnement des affaires ou qualité des transports, par exemple) et les politiques industrielles visant à faciliter l’adoption de technologies dans des secteurs spécifiques.
← 17. Sur la base de la même méthode que celle retenue pour les kilocalories. Le volume total des flux annuels de protéines au sein de la région est estimé à 2.6 milliards de kg. En partant de l’hypothèse d’un besoin énergétique quotidien moyen par habitant de la région de 35 grammes, sur la base d’un poids corporel moyen (enfants, femmes et hommes) de 43 kg et d’un coefficient de 0.83 gramme par jour par kilogramme de poids corporel (FAO), 2.6 milliards de kg de protéines correspondent ainsi aux besoins annuels en protéines de 198 millions de personnes.
← 18. Défini comme « l’amplitude des fluctuations de prix ou le risque de variations importantes et imprévues des prix » (Kalkuhl et al., 2016).
← 19. Enquête menée auprès de 3 200 commerçants alimentaires au Bénin, Côte d’Ivoire, Ghana, Libéria, Nigéria, Sénégal, Sierra Leone et Togo.
← 20. L’enquête invitait les commerçants à évaluer l’impact des contraintes commerciales aux frontières sur leur activité (via la question suivante : « Dans quelle mesure les contraintes commerciales aux frontières affectent-elles votre activité ? ») sur une échelle de 1 (impact quasi nul) à 5 (impact important). Dans l’ensemble, 6 % des répondants ont opté pour la réponse « 1 » (impact quasi nul) ; 27 %, pour la réponse « 2 » (impact faible) ; 28 %, pour la réponse « 3 » (impact neutre) ; 19 %, pour la réponse « 4 » (impact notable) ; et 20 %, pour la réponse « 5 » (impact important).
← 21. En réponse à la question « Que faudrait-il améliorer pour permettre à votre activité commerciale dans le secteur alimentaire de se développer ? », les commerçants ont identifié plusieurs priorités clés, les pourcentages reflétant la part des répondants ayant sélectionné le facteur considéré comme premier choix parmi les trois options proposées. La facilitation de l’accès au crédit ressort ainsi comme le premier choix le plus fréquemment sélectionné (23 %), suivi de l’amélioration des routes et des infrastructures de transport (19 %), du renforcement de la sécurité (10 %), de la simplification des règles frontalières (10 %), de l’amélioration des infrastructures de stockage et de manutention (10 %) et enfin, de la réduction des interdictions commerciales et des taxes (8 %).
← 22. Le profil de consommation des urbains de la région est nettement plus diversifié que celui des habitants des zones rurales, les premiers présentant un quasi-équilibre entre féculents (37 %), produits d’origine animale (33 %) et autres aliments (30 %), tandis que les seconds consomment davantage de féculents (49 %) et moins de produits d’origine animale (22 %) et d’autres aliments (19 %) (Bricas et al., 2017).
← 23. Parmi les 30 principaux produits des données des bilans alimentaires relatives à la production. Moyenne régionale pour la période 2018-20.