Le présent chapitre analyse le rôle des compagnies d’assurance et des fonds de pension africains en tant qu’investisseurs institutionnels de premier plan. Il examine d’abord les marchés des assurances et des fonds de pension en Afrique et met en lumière les facteurs qui limitent leur influence dans les marchés de capitaux. Il traite ensuite de l’importance d’exploiter le potentiel de ces acteurs pour le développement des marchés de capitaux et présente des considérations majeures intéressant l’action publique.
8. Le rôle des compagnies d’assurance et des fonds de pension en tant qu’investisseurs institutionnels sur les marchés de capitaux africains
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Principaux messages
Copier le lien de Principaux messagesEn tant qu’investisseurs de long terme, les compagnies d’assurance et les fonds de pension peuvent constituer de puissants vecteurs de croissance économique. En regroupant les primes et les cotisations, ils sont en mesure de mobiliser d’importantes quantités de capitaux, d’accroître la liquidité des marchés, de faire augmenter les volumes de négociation, et d’influencer la fixation des prix.
En Afrique, ce potentiel reste largement sous-exploité. Dans le domaine des assurances, les marchés sont de petite taille, avec un taux de pénétration inférieur de moitié à la moyenne mondiale (à 3,5 % du PIB, contre 7 %). La valeur des actifs gérés par les fonds de pension est également modeste par rapport à d’autres régions du monde, et représente l’équivalent de 22,6 % du PIB, alors que la moyenne mondiale est de 33,9 %.
Le secteur de l’assurance-vie, qui constitue généralement l’une des principales sources d’investissements à long terme, essentiels au développement des marchés de capitaux, est de taille inférieure à celui de l’assurance non-vie, dont l’approche en matière de placement est traditionnellement moins risquée et à plus court terme. Une expansion des marchés de l’assurance-vie pourrait favoriser fortement le développement des marchés de capitaux. L’amélioration de la culture financière, l’instauration de canaux de distribution innovants, et l’intensification des efforts de déploiement des outils numériques pourraient collectivement permettre d’attirer de nouveaux titulaires de polices d’assurance-vie. Les banques pourraient aussi contribuer plus activement à la distribution des produits d’assurance-vie.
L’établissement d’exigences réglementaires claires et une surveillance fondée sur les risques sont essentiels pour donner confiance dans les produits d’assurance-vie que les détenteurs de polices souscrivent pour garantir leur sécurité à long terme. Les autorités de réglementation devraient veiller à ce que les dispositifs juridiques protègent les intérêts des assurés et renforcent la confiance dans le système en place. Les normes internationales peuvent fournir d’importantes orientations pour améliorer les pratiques de surveillance et de gouvernance.
Un certain nombre de contraintes entravent la croissance de la valeur des actifs gérés par les fonds de pension. La participation aux régimes de retraite adossés à des actifs (régimes par capitalisation) reste peu élevée en raison de leur caractère facultatif et de l’ampleur de l’emploi informel. La mise en place d’un système d’adhésion automatique ou de mandats applicables à l’ensemble des travailleurs pourrait permettre de faire augmenter le taux de couverture. Le cadre réglementaire et prudentiel doit être solide, transparent et clair conformément aux Principes fondamentaux de réglementation des pensions privées de l’OCDE.
La plupart des fonds de pension africains investissent massivement dans les obligations d’État, ce qui limite leur influence sur l’évolution des marchés de capitaux. Développer les marchés des actions et des obligations d’entreprise, comme on l’a évoqué aux chapitres 2 et 3, offrirait des possibilités de placement supplémentaires, contribuerait à diversifier les portefeuilles, et permettrait d’orienter les capitaux vers des secteurs productifs. Les autorités pourraient également promouvoir l’investissement privé dans les projets d’infrastructures en encourageant la création de consortiums susceptibles de rassembler les ressources et d’échapper à la fragmentation de taille qui bride les placements dans les infrastructures.
Enfin, il est capital de traiter les contraintes de capacité, qui peuvent notamment se manifester par un manque d’expertise interne. Les gérants d’actifs des fonds de pension peuvent en effet ne pas disposer des compétences requises pour pouvoir investir dans des actifs ou des infrastructures complexes. Les autorités ont les moyens de contribuer à résoudre ce problème en diffusant des études, des rapports et des données de marché et en établissant des cadres et des définitions clairs pour les actifs complexes.
8.1. Aperçu des marchés africains des assurances et des fonds de pension
Copier le lien de 8.1. Aperçu des marchés africains des assurances et des fonds de pensionLes compagnies d’assurance et les fonds de pension peuvent contribuer à développer les marchés de capitaux et à stimuler la croissance économique en Afrique. Il est en effet possible d’orienter l’épargne des ménages vers les marchés de capitaux soit directement par l’acquisition d’instruments financiers, soit indirectement par les primes d’assurance et les cotisations aux régimes de retraite. Les compagnies d’assurance et les fonds de pension peuvent constituer d’importantes réserves de capitaux au travers des primes et des cotisations collectées pour investir dans des actifs productifs.
Cependant, la petite taille des marchés des assurances et des fonds de pension en Afrique, par rapport aux autres régions, limite l’influence que ces acteurs peuvent exercer pour soutenir le développement des marchés de capitaux. Selon de récentes estimations, les compagnies d’assurance et les fonds de pension en Afrique détiennent environ 775 milliards USD d’actifs (Africa Finance Corporation, 2025[1]), soit 320 milliards et 455 milliards USD respectivement. La demande de produits d’assurance et la participation aux régimes de retraite sont faibles, probablement du fait de divers facteurs tels que l’absence de mandats permettant d’épargner pour la retraite dans des régimes par capitalisation ou d’acquérir des produits d’assurance, des niveaux élevés d’activité « informelle1 », une culture financière restreinte, ainsi qu’une confiance limitée du public dans les établissements financiers formels (Africa Finance Corporation, 2025[1]).
En outre, la faible proportion des actions, des obligations d’entreprise et des investissements alternatifs dans les portefeuilles de placements restreint la contribution des compagnies d’assurance et des fonds de pension au développement des marchés de capitaux. Une augmentation de la part des placements dans des actifs de long terme soutiendrait le développement des marchés des actions et des obligations d’entreprise et améliorerait aussi la profondeur des marchés de capitaux. Le portefeuille d’actifs des fonds de pension en Afrique reste toutefois essentiellement composé de titres d’État. Le présent chapitre passe en revue les raisons de ces évolutions et expose des orientations stratégiques.
8.1.1. Taille des marchés des assurances et des fonds de pension dans les pays africains
Les compagnies d’assurance et les fonds de pension sont de petite taille dans la plupart des pays africains comparés à leurs pairs au niveau mondial, ce qui limite les capitaux que ces acteurs pourraient orienter vers les marchés de capitaux et investir dans des actifs productifs.
Taille du marché des assurances dans les pays africains
La pénétration de l’assurance en Afrique est faible en comparaison d’autres régions. En Afrique, le taux de pénétration de l’assurance, soit le total des primes d’assurance émises en pourcentage du PIB, est deux fois moins élevé que la moyenne mondiale et inférieure à la moitié de la moyenne de l’OCDE (Graphique 8.1)2.
Graphique 8.1. Total des primes d’assurance en pourcentage du PIB par région, fin 2023
Copier le lien de Graphique 8.1. Total des primes d’assurance en pourcentage du PIB par région, fin 2023La pénétration de l’assurance en Afrique est faible par rapport à d’autres régions
Source : Swiss Re Institute (2024[2]), Sigma 3/2024-World insurance: strengthening global resilience with a new lease of life, https://www.swissre.com/dam/jcr:2d26776f-20e4-4228-8ee0-97cec2ddb3c4/sri-sigma3-2024-world-insurance.pdf
La part du revenu consacrée à l’assurance en Afrique est nettement plus restreinte que dans d’autres régions. Si le PIB par habitant en Afrique est trois fois moins élevé que le PIB mondial par habitant, les primes par habitant sont 19 fois plus faibles (Graphique 8.2). En 2023, l’Afrique représentait dès lors seulement 0,9 % du marché mondial de l’assurance (Swiss Re Institute, 2024[2]).
Graphique 8.2. Primes d’assurance par habitant et PIB par habitant pour chaque région, fin 2023
Copier le lien de Graphique 8.2. Primes d’assurance par habitant et PIB par habitant pour chaque région, fin 2023La part du revenu consacrée à l’assurance (densité d’assurance) est faible en Afrique
Note : Les données relatives au PIB par habitant sont exprimées en parité de pouvoir d’achat et en dollars internationaux constants de 2021. Un dollar international a le même pouvoir d’achat par rapport au PIB que le dollar américain aux États-Unis.
Sources : Swiss Re Institute (2024[2]), Sigma 3/2024-World insurance: strengthening global resilience with a new lease of life, https://www.swissre.com/dam/jcr:2d26776f-20e4-4228-8ee0-97cec2ddb3c4/sri-sigma3-2024-world-insurance.pdf ; Banque mondiale (s.d.[3]), « GDP per capita, PPP (constant 2021 international $) ».
Les primes d’assurance en Afrique se concentrent dans un nombre restreint de pays. Cinq d’entre eux (Afrique du Sud, Maroc, Égypte, Kenya et Nigéria) totalisent 87 % des primes, l’Afrique du Sud représentant à elle seule plus des deux tiers des primes collectées (Graphique 8.3). Le taux de pénétration de l’assurance en Afrique du Sud s’élève également à 11,5 %, un niveau nettement supérieur à celui d’autres pays africains (Graphique 8.4). Après l’Afrique du Sud, le Maroc, l’Égypte et le Kenya sont les principaux marchés des assurances en Afrique, même si les taux de pénétration y sont sensiblement inférieurs. La Namibie affiche le deuxième taux de pénétration le plus élevé, mais représente une part bien moindre du marché global3.
Graphique 8.3. Ventilation des primes d’assurance par pays en Afrique, fin 2023
Copier le lien de Graphique 8.3. Ventilation des primes d’assurance par pays en Afrique, fin 2023Les primes d’assurance en Afrique sont concentrées dans quelques pays
Source : Organisation des assurances africaines (2024[4]), Rapport annuel 2024, https://african-insurances.org/wp-content/uploads/2024/10/2024_AIO_f_Final1_Web.pdf
Graphique 8.4. Total des primes d’assurance en pourcentage du PIB par pays, fin 2023
Copier le lien de Graphique 8.4. Total des primes d’assurance en pourcentage du PIB par pays, fin 2023En Afrique, la pénétration de l’assurance varie fortement d’un pays à l’autre, l’Afrique du Sud affichant le taux le plus élevé
Source : Swiss Re Institute (2024[2]), Sigma 3/2024-World insurance: strengthening global resilience with a new lease of life, https://www.swissre.com/dam/jcr:2d26776f-20e4-4228-8ee0-97cec2ddb3c4/sri-sigma3-2024-world-insurance.pdf
La branche de l’assurance non-vie domine le marché des assurances en Afrique, comme dans la plupart des régions du monde4. Les contrats d’assurance dommages sont essentiellement de courte durée, et les assureurs non-vie investissent donc généralement dans des produits à court terme. À l’inverse, les contrats d’assurance-vie sont généralement des produits au long cours, de sorte que les assureurs-vie ont souvent des objectifs de placement plus lointains, qui pourraient davantage contribuer au développement des marchés de capitaux et à la croissance économique. L’assurance-vie représente toutefois moins de 30 % des polices d’assurance dans de nombreux pays d’Afrique (Africa Finance Corporation, 2025[1]). La part supérieure de l’assurance non-vie (assurance automobile, assurance santé, assurance professionnelle par exemple) s’explique principalement par les exigences d’assurance obligatoire (Africa Finance Corporation, 2025[1]). Au total, le taux de pénétration de l’assurance-vie en Afrique s’est établi à 2,4 % en 2023, un niveau inférieur à la moyenne mondiale de 2,9 % et à la moyenne de l’OCDE de 3,3 % (Swiss Re Institute, 2024[2]).
Taille des actifs gérés par des fonds de pension dans les pays africains
La participation aux régimes de retraite est réduite dans de nombreux pays africains. La valeur des actifs gérés par des fonds de pension est dès lors relativement limitée par rapport à d’autres régions du monde. Les niveaux modestes de participation reflètent essentiellement des revenus restreints et la prédominance de l’emploi informel et rural (Africa Finance Corporation, 2025[1]). Dans de nombreux pays d’Afrique, les systèmes de retraite ne concernent que les salariés du secteur formel comme les employés du secteur public et ceux du secteur privé formel, et n’intègrent pas de manière exhaustive les travailleurs du secteur informel (APSA, 2024[5])1. L’Afrique présente le taux d’emploi informel le plus élevé au monde, à 85,3 % en 2023 (OIT, s.d.[6]).
Cette faible participation s’explique également par la prépondérance des régimes de retraite facultatifs par rapport aux régimes obligatoires, le niveau d’adhésion étant inférieur dans les systèmes facultatifs. Les plans de retraite professionnels facultatifs représentent la catégorie la plus courante des régimes de retraite en Afrique (Tableau 8.1) et sont disponibles dans l’ensemble des pays, à l’exception du Malawi et du Nigéria. La plupart des pays autorisent également les plans de retraite individuels facultatifs. Parmi les pays dotés de régimes obligatoires, la plupart s’appuient sur des plans de retraite professionnels qui ne sont généralement accessibles qu’aux employés du secteur formel.
Tableau 8.1. Types de régimes de retraite par capitalisation disponibles dans une sélection de pays africains
Copier le lien de Tableau 8.1. Types de régimes de retraite par capitalisation disponibles dans une sélection de pays africains|
Pays |
Plans de retraite professionnels obligatoires |
Plans de retraite professionnels facultatifs |
Plans de retraite individuels obligatoires |
Plans de retraite individuels facultatifs |
|---|---|---|---|---|
|
Angola |
√ |
|||
|
Botswana |
√ |
√ |
||
|
Égypte |
√ |
|||
|
Ghana |
√ |
√ |
√ |
|
|
Kenya |
√ |
√ |
√ |
|
|
Lesotho |
√ |
√ |
√ |
|
|
Malawi |
√ |
|||
|
Maurice |
√ |
√ |
√ |
|
|
Maroc |
√ |
|||
|
Mozambique |
√ |
|||
|
Namibie |
√ |
√ |
||
|
Nigéria |
√ |
√ |
√ |
|
|
Afrique du Sud |
√ |
√ |
√ |
|
|
Ouganda |
√ |
√ |
√ |
|
|
Zambie |
√ |
√ |
√ |
|
|
Zimbabwe |
√ |
√ |
√ |
Note : L’accès aux plans de retraite professionnels est lié à l’existence d’une relation d’emploi ou professionnelle entre le participant au plan et l’organisme à l’initiative de ce plan (le promoteur du plan). Pour les employeurs, la participation aux plans de retraite professionnels obligatoires est obligatoire, et la constitution de plans de retraite professionnels facultatifs est facultative. L’accès aux plans de retraite individuels n’est pas forcément lié à l’existence d’une relation d’emploi. Les plans de retraite individuels obligatoires sont des plans auxquels les particuliers doivent adhérer ou qui sont habilités à recevoir les cotisations de retraite obligatoires. La participation aux plans de retraite individuels facultatifs est facultative pour les particuliers.
Source : Statistiques de pensions de l’OCDE au niveau mondial
Les actifs gérés par les fonds de pension dans la plupart des pays africains sont de taille modeste par rapport à ceux gérés par leurs pairs au niveau mondial. La part de l’Afrique dans le PIB mondial en parité de pouvoir d’achat s’est élevée à 5,2 % en 2023, tandis que celle du continent dans les actifs des fonds de pension mondiaux était inférieure à 1 % (FMI, 2025[7] ; OCDE, 2025[8]). Les fonds de pension au Botswana, en Namibie et en Afrique du Sud présentent certes des ratios d’actifs de retraite par rapport au PIB supérieurs à la moyenne mondiale et à celle de l’OCDE (Graphique 8.5). Cependant, 12 des 16 pays africains considérés affichent des ratios d’actifs de retraite par rapport au PIB inférieurs à la moyenne de l’Afrique, qui s’est établie à 22,6 % en 2023. Au sein du continent, les ratios d’actifs de retraite par rapport au PIB se sont échelonnés de 1,3 % au Mozambique à 103,6 % en Namibie, mettant en évidence des divergences notables d’un pays à l’autre.
Graphique 8.5. Total des actifs des fonds de pension en pourcentage du PIB, fin 2023
Copier le lien de Graphique 8.5. Total des actifs des fonds de pension en pourcentage du PIB, fin 2023Dans la plupart des pays africains, les actifs des fonds de pension sont de taille modeste par rapport à ceux détenus par leurs pairs au niveau mondial
Note : Les données concernent les fonds de pension autonomes, excepté en Namibie et au Zimbabwe, où elles comprennent également les contrats d’assurance retraite. Le total des actifs de fonds de pension en Afrique du Sud pour 2023 est estimé sur la base du rapport établi par la Financial Sector Conduct Authority (FSCA), et les chiffres du PIB de l’Afrique du Sud pour 2023 proviennent de Stats SA. Le ratio du total des actifs de fonds de pension par rapport au PIB pour l’Ouganda en 2023 est tiré des données de l’URBRA, et celui estimé pour le Zimbabwe repose sur la moyenne des quatre années précédentes.
Source : Statistiques de pensions de l’OCDE au niveau mondial ; FSCA (2025[10]), 2023 Retirement Funds Statistical Report, https://www.fsca.co.za/Regulated%20Entities/Regulated%20Entities%20Documents/2023%20Pensions%20Statistical%20Report.pdf ; Stats SA (2023[11]), données statistiques, produit intérieur brut du quatrième trimestre 2023, https://www.statssa.gov.za/publications/P0441/P04414thQuarter2023.pdf ; URBRA (2024[12]), Retirement Benefits Sector Annual Report 2022/2023, https://urbra.go.ug/download/retirement-benefits-sector-annual-report-2022-2023/?wpdmdl=5260&refresh=6842ebdc1c7ec1749216220
8.1.2. Répartition des actifs des fonds de pension africains, facteurs sous-jacents et conséquences potentielles
La contribution des compagnies d’assurance et des fonds de pension au développement des marchés de capitaux dépend de la répartition de leurs investissements. L’examen de l’allocation des actifs des fonds de pension africains, des facteurs sous-tendant leur répartition et des conséquences possibles de ces arbitrages peut permettre d’identifier les politiques qui sont susceptibles d’améliorer la contribution des fonds au développement des marchés de capitaux5.
Répartition des actifs des fonds de pension africains
Les fonds de pension africains investissent principalement dans les titres d’État, ce qui limite leur contribution au développement des marchés de capitaux. En moyenne, fin 2023, leurs portefeuilles se composaient à 44,4 % de bons et d’obligations, à 26,9 % d’actions, à 11,3 % de liquidités et dépôts, et à 15,9 % d’« autres » actifs (Graphique 8.6). Au Ghana, au Nigéria, en Ouganda, au Mozambique, en Égypte, en Angola et au Kenya, la proportion des bons et obligations détenues par les fonds de pension était plus élevée que la moyenne de la région. La composante actions était pour sa part supérieure à la moyenne au Botswana, au Lesotho, au Malawi, à Maurice, au Maroc, en Namibie et en Zambie. Par ailleurs, les portefeuilles des fonds de pension au Kenya, au Lesotho, en Afrique du Sud, en Zambie et au Zimbabwe accordaient une part plus importante aux « autres » actifs que la moyenne régionale. Les fonds de pension en Angola et en Égypte se sont eux distingués par leur plus forte exposition aux liquidités et dépôts (40,4 % et 24,6 % respectivement).
Graphique 8.6. Répartition des actifs des fonds de pension africains en pourcentage de l’investissement total, fin 2023
Copier le lien de Graphique 8.6. Répartition des actifs des fonds de pension africains en pourcentage de l’investissement total, fin 2023Les fonds de pension en Afrique investissent principalement dans des bons et obligations
Note : Les pays sont classés en fonction de leur exposition aux bons et obligations. La catégorie des « OPC » désigne les organismes de placement collectif et n’est représentée que si les données sur la transparence ne sont pas disponibles. La catégorie « Autres » comprend les prêts, les terrains et immeubles, les contrats d’assurance non imputés, les fonds d’arbitrage, les fonds de capital-investissement, les produits structurés, d’autres fonds communs de placement (c’est-à-dire ceux qui ne sont pas investis dans des actions, des bons et obligations ou des liquidités et dépôts) et les autres placements. Les données pour le Mozambique et l’Ouganda se rapportent à l’année 2021.
Source : Statistiques de pensions de l’OCDE au niveau mondial
Dans la catégorie des bons et obligations, les titres d’État constituent les instruments les plus largement représentés dans les portefeuilles de la plupart des fonds de pension africains. Au Ghana, par exemple, les titres d’État ont représenté à eux seuls 81 % du portefeuille de placements des fonds de pension privés en 2023 (NPRA, 2024[9]). Au Kenya, les régimes de pension ont également investi massivement en titres d’État, qui comptaient pour 47,5 % du total des actifs sous gestion en 2023 (RBA, 2024[10]). Au Nigéria, les actifs des fonds de pension se composaient principalement de titres des administrations fédérales, qui représentaient 64,9 % du total en 2023 (PenCom, 2024[11]). En Ouganda, les portefeuilles des fonds de pension étaient pour une large part constitués d’obligations d’État, avec plus de 79 % des capitaux affectés aux emprunts souverains en 2023 (URBRA, 2024[12]). En Zambie, les titres d’État ont représenté près de 34 % des portefeuilles de placements des régimes de pension en 2023, alors que les obligations d’entreprise ne pesaient en comparaison que 2% (PIA, 2025[13]). Par ailleurs, la part des bons et obligations d’État dans le total des placements obligataires des fonds de pension s’est élevée à 100 % en Angola, 99,8% en Égypte, 94,1% en Zambie, et 93,9% au Malawi en 2023 (OCDE, 2025[8]).
Le rôle des fonds de pension dans les marchés de capitaux intérieurs est également fonction du montant qu’ils peuvent investir au niveau national plutôt qu’à l’étranger. Les fonds de pension peuvent investir à l’étranger pour plusieurs raisons, comme une disponibilité limitée des actifs sur les marchés de capitaux nationaux ou la volonté de diversifier et d’atténuer les risques propres aux pays concernés par exemple. Seulement, réaliser de tels placements peut avoir pour conséquence de priver les marchés intérieurs des investissements nécessaires.
Investir à l’étranger peut présenter des avantages et des inconvénients. Parmi les avantages, les fonds de pension qui investissent à l’étranger peuvent accéder à des possibilités de placement plus vastes pour diversifier leurs portefeuilles. Ils sont en mesure de placer leurs capitaux dans des actifs qui peuvent ne pas être disponibles dans les marchés de capitaux nationaux. Les fonds peuvent également limiter ainsi leur dépendance à un seul marché de capitaux et atténuer les répercussions associées à des risques localisés tels que l’instabilité macroéconomique ou politique. Du côté des inconvénients, investir à l’étranger peut accroître le risque de change et les coûts de transaction, tels que les frais liés à la conversion des devises et au respect des réglementations applicables. Ces opérations peuvent également se traduire par des sorties de capitaux pour les marchés nationaux au lieu de financer l’économie locale. Or, ces sorties de capitaux peuvent entraîner une dépréciation de la monnaie nationale, pénalisée par une moindre demande. En 2022, plus de 60 % des actifs des fonds de pension au Botswana et plus de 30 % à Maurice étaient investis à l’étranger, limitant la capacité des fonds de pension à soutenir l’économie et les marchés de capitaux nationaux (Tableau 8.2).
Tableau 8.2. Part des actifs des fonds de pension investie à l’étranger, fin 2022
Copier le lien de Tableau 8.2. Part des actifs des fonds de pension investie à l’étranger, fin 2022En pourcentage de l’investissement total
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Pays |
Investissement à l’étranger |
|---|---|
|
Angola |
- |
|
Botswana |
62.0 |
|
Égypte |
- |
|
Ghana |
- |
|
Kenya |
0.9 |
|
Lesotho |
- |
|
Malawi |
- |
|
Maurice |
31.3 |
|
Maroc |
1.1 |
|
Mozambique |
- |
|
Namibie |
- |
|
Nigéria |
4.7 |
|
Afrique du Sud |
- |
|
Ouganda |
- |
|
Zambie* |
8.0 |
|
Zimbabwe |
- |
Note : Les données pour la Zambie se rapportent à fin 2023.
Source : Statistiques de pensions de l’OCDE au niveau mondial
Facteurs pouvant influencer la répartition des actifs des fonds de pension africains
Les décisions des fonds de pension en matière d’investissement dépendent de plusieurs facteurs, comme les conditions de marché, la conjoncture macroéconomique, la stabilité politique et le cadre réglementaire. Cette sous-section examine certains facteurs communs pouvant influencer la répartition des actifs des fonds de pension africains, même si l’importance de ces variables est susceptible de varier d’un pays à l’autre.
Le développement insuffisant des marchés de capitaux et l’ampleur limitée des actifs disponibles peuvent orienter la répartition des actifs des fonds de pension africains. De nombreux marchés d’actions en Afrique restent de petite taille, le nombre d’entreprises cotées y est limité et leur capitalisation boursière est faible (Banque africaine de développement (BAfD), 2023[14] ; ASEA, 2022[15]). En outre, les marchés des obligations d’entreprise sont naissants dans un grand nombre de pays africains, et inexistants dans d’autres (Otchere, Ofori-Sasu et Abor, 2022[16]). Au sein des pays africains considérés, seules des entités d’Afrique du Sud et de Maurice ont émis des obligations d’entreprise en 2023 (chapitre 3). Par ailleurs, dans de nombreux pays africains, les possibilités de placement disponibles dans les actifs alternatifs tels que les infrastructures, les sociétés d’investissement immobilier, le capital-investissement et le capital-risque restent limitées (SFI, BAfD, MFW4A, 2022[17]).
Le niveau élevé des rendements des titres d’État peut également engendrer un effet d’éviction en Afrique. Cet effet se produit lorsqu’une part significative des ressources financières est orientée vers une catégorie particulière d’actifs, ce qui limite les capitaux disponibles pour d’autres placements. Dans bon nombre de pays africains, les pouvoirs publics émettent des obligations d’État à haut rendement en vue de répondre à leurs besoins budgétaires. Les niveaux élevés des rendements traduisent un risque accru de défaut sur les obligations souveraines, car la dette de nombreux États africains s’est creusée en 2022 et 2023, dans un contexte d’augmentation des anticipations d’inflation (BEI, 2024[18]). Néanmoins, en dépit de ces rendements plus élevés, les titres d’État sont en général réputés présenter un risque de défaut relativement faible, et constituent de ce fait un actif privilégié pour les investisseurs.
Les obligations d’État assorties d’échéances plus longues devraient particulièrement susciter l’intérêt des fonds de pension du fait de leur horizon d’investissement à long terme. Dans la plupart des pays africains, les obligations d’État émises comportent une échéance supérieure à dix ans (Tableau 8.3).
Tableau 8.3. Montant des obligations d’État émises et ventilation par échéance, 2023
Copier le lien de Tableau 8.3. Montant des obligations d’État émises et ventilation par échéance, 2023En millions USD et en pourcentage du total des émissions
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Pays considéré |
Montant total |
Moins de 1 an |
Entre 1 et 5 ans |
Entre 5 et 10 ans |
Plus de 10 ans |
|---|---|---|---|---|---|
|
Angola |
9 979 |
0.0 % |
34.9 % |
35.1 % |
30.1 % |
|
Botswana |
2 062 |
19.0 % |
19.0 % |
34.9 % |
27.2 % |
|
Égypte |
187 292 |
57.8 % |
27.1 % |
8.9 % |
6.3 % |
|
Ghana |
30 364 |
20.3 % |
28.0 % |
28.0 % |
23.7 % |
|
Kenya |
35 751 |
15.2 % |
25.2 % |
23.6 % |
36.0 % |
|
Lesotho |
- |
- |
- |
- |
- |
|
Malawi |
438 |
32.0 % |
56.6 % |
11.5 % |
0.0 % |
|
Maurice |
8 351 |
21.4 % |
43.5 % |
17.7 % |
17.3 % |
|
Maroc |
72 737 |
15.3 % |
37.8 % |
22.4 % |
24.5 % |
|
Mozambique |
900 |
0.0 % |
0.0 % |
100.0 % |
0.0 % |
|
Namibie |
5 439 |
16.0 % |
34.6 % |
16.4 % |
33.1 % |
|
Nigéria |
46 805 |
10.7 % |
22.4 % |
23.7 % |
43.2 % |
|
Afrique du Sud |
243 670 |
11.8 % |
14.9 % |
25.4 % |
48.0 % |
|
Ouganda |
8 346 |
29.7 % |
23.7 % |
22.3 % |
24.3 % |
|
Zambie |
8 029 |
39.7 % |
38.3 % |
16.9 % |
5.1 % |
|
Zimbabwe |
- |
- |
- |
- |
- |
Source : Ensemble de données de la série sur les marchés de capitaux de l’OCDE.
La stabilité politique peut influencer la répartition des actifs des fonds de pension africains, notamment lorsqu’il s’agit d’arbitrer entre bons et obligations d’un côté et actions de l’autre. De nombreux pays africains sont concernés à des degrés divers par l’instabilité politique. Dans certains pays africains, où les indices de stabilité politique atteignent les niveaux les plus élevés (c’est-à-dire où la stabilité politique offerte est la plus grande), tels que le Botswana, Maurice et la Namibie, les fonds de pension ont principalement investi en actions (Tableau 8.4). En revanche, dans des pays où ces indices sont les plus faibles, comme le Nigéria, le Mozambique et le Kenya, les portefeuilles des fonds de pension étaient surtout constitués de bons et d’obligations. Cependant, dans certains pays, d’autres facteurs peuvent dissuader les fonds d’investir dans des bons et obligations. Par exemple, au Zimbabwe, où l’instabilité politique est forte par rapport à d’autres pays africains, les bons et obligations ne représentent qu’une part minime (0,9 %) des portefeuilles des fonds de pension, composés à 69,3 % d’« autres » actifs. Cette répartition peut s’expliquer par une inflation extrêmement élevée, dont le taux (mesuré par l’indice des prix à la consommation) a atteint pas moins de 667 % au Zimbabwe en 2023, soit le plus haut niveau au monde (FMI, 2025[19]). L’inflation a pour effet de réduire le rendement réel des bons et des obligations, les investisseurs préférant dans un tel contexte se tourner vers des actifs qui les protègent contre cette dynamique des prix, comme les produits de base et l’immobilier.
Tableau 8.4. Indice de stabilité politique et répartition des actifs des fonds de pension africains, fin 2023
Copier le lien de Tableau 8.4. Indice de stabilité politique et répartition des actifs des fonds de pension africains, fin 2023|
Pays |
Indice de stabilité politique (par ordre décroissant) |
Principale catégorie d’actifs du portefeuille des fonds de pension |
|---|---|---|
|
Botswana |
1.04 |
Actions (63.5 %) |
|
Maurice |
0.78 |
Actions (56.6 %) |
|
Namibie |
0.54 |
Actions (45.3 %) |
|
Zambie |
0.20 |
Bons et obligations (33.8 %) ; Actions (32.7 %) |
|
Ghana |
-0.02 |
Bons et obligations (85.0 %) |
|
Malawi |
-0.24 |
Actions (61.4 %) |
|
Lesotho |
-0.31 |
Actions (36.3 %) |
|
Angola |
-0.34 |
Bons et obligations (53.6 %) |
|
Maroc |
-0.37 |
Actions (48.2 %) |
|
Afrique du Sud |
-0.67 |
Autres (50.3 %) |
|
Ouganda |
-0.70 |
Bons et obligations (76.6 %) |
|
Égypte |
-0.87 |
Bons et obligations (70.1 %) |
|
Zimbabwe |
-0.93 |
Autres (69.3 %) |
|
Kenya |
-0.94 |
Bons et obligations (47.8 %) |
|
Mozambique |
-1.27 |
Bons et obligations (75.1 %) |
|
Nigéria |
-1.77 |
Bons et obligations (76.9 %) |
|
Moyenne des pays africains (16 pays) |
-0.37 |
|
|
Moyenne mondiale (205 pays) |
-0.03 |
Note : L’indice de stabilité politique et d’absence de violence/terrorisme reflète le risque perçu de déstabilisation politique ou de violence d’origine politique, y compris terroriste. L’estimation établie donne la note du pays pour l’indicateur global, en unités d’une distribution normale standard, c’est-à-dire allant d’environ ‑2.5 à 2.5. La valeur la plus élevée est enregistrée par les Îles Caïman (1.63 point) et la plus faible par la Syrie (-2.75 points).
Les données sur la répartition des actifs des fonds de pension pour le Mozambique et l’Ouganda se rapportent à 2021.
Source : Statistiques de pensions de l’OCDE au niveau mondial ; Banque mondiale (2025[20]), Political Stability and Absence of Violence/Terrorism: Estimate, https://data.worldbank.org/indicator/PV.EST?most_recent_value_desc=false
Les contraintes réglementaires qui s’appliquent aux investissements extraterritoriaux peuvent influencer la répartition des actifs des fonds de pension. De nombreux pays africains appliquent des restrictions aux investissements extérieurs (OCDE, 2025[21]). Le Ghana, par exemple, applique une limite distincte de 5 % sur les investissements extérieurs dans des actions, des obligations d’entreprise et des fonds de placements privés. En Égypte, les fonds de pension ne sont pas autorisés à investir dans des actifs étrangers. À Maurice, une limite de 10 % par émetteur est appliquée aux obligations étrangères cotées du secteur privé, et une autre de 5 % par émetteur aux obligations étrangères non cotées du secteur privé. Au Mozambique, les placements dans des actifs situés à l’étranger sont plafonnés à 10 % des actifs des fonds de pension. L’Ouganda interdit pour sa part tout investissement des fonds des régimes de retraite hors d’Afrique de l’Est. Compte tenu de ces éléments, les restrictions appliquées aux investissements extraterritoriaux, conjuguées à la disponibilité limitée des actifs dans les marchés intérieurs, pourraient contraindre les fonds de pension à investir massivement dans les titres d’État nationaux.
L’imposition de plafonds ou de planchers aux placements des fonds de pension par grande catégorie d’actifs ne semble pas avoir d’incidence significative sur la répartition des actifs des fonds de pension dans la plupart des pays africains. La part des investissements en actions est en effet bien inférieure à la limite d’allocation appliquée à cette catégorie d’actifs, excepté au Nigéria. En outre, la plupart des pays n’imposent pas de plancher pour les placements dans des bons et obligations, hormis en Égypte (Tableau 8.5).
Tableau 8.5. Comparaison des investissements et des limites de placement relatives aux actions et aux bons et obligations dans les pays africains, fin 2023
Copier le lien de Tableau 8.5. Comparaison des investissements et des limites de placement relatives aux actions et aux bons et obligations dans les pays africains, fin 2023|
Pays |
Part des bons et obligations (%) |
Part des actions (%) |
Limites de placement relatives aux actions et aux bons et obligations |
|---|---|---|---|
|
Angola |
53.6 |
2.0 |
-Actions : max. 50 % -Bons et obligations du secteur public : max. 70 % -Bons et obligations du secteur privé : max. 60 % |
|
Égypte |
70.1 |
2.0 |
-Actions : max. 15 % -Bons et obligations du secteur public : min. 15 %, max. 70 % -Bons et obligations du secteur privé : max. 15 % |
|
Ghana |
85.0 |
2.5 |
-Actions : max. 20 % -Bons et obligations du secteur public : max. 75 % -Bons et obligations du secteur privé : max. 35 % |
|
Kenya |
47.8 |
8.6 |
-Actions : max. 70 % (cotées) et max. 5 % (non cotées) -Bons et obligations du secteur public : max. 90 % -Bons et obligations du secteur privé : max. 20 % |
|
Mozambique* |
75.1 |
3.2 |
-Actions : max. 40 % -Bons et obligations du secteur public : max. 100 % -Bons et obligations du secteur privé : max. 60 % |
|
Nigéria |
76.9 |
10 |
-Actions : max. entre 5 % et 30 % en fonction du régime concerné -Bons et obligations du secteur public : max. entre 70 % et 100 % en fonction du régime concerné -Bons et obligations du secteur privé : max. entre 35 % et 45 % en fonction du régime concerné |
|
Ouganda |
76.6 |
14.8 |
-Actions : max. 70 % -Bons et obligations du secteur public : max. 80 % -Bons et obligations du secteur privé : max. 30 % |
Note : Le tableau présente les pays dans lesquels la part des bons et obligations dans les portefeuilles des fonds de pension est supérieure à la moyenne pour l’ensemble des pays africains considérés. L’enquête annuelle 2023 de l’OCDE sur la réglementation des investissements des prestataires de retraite sert de référence pour les limites de placement. Les pays distingués par une « * » sont ceux pour lesquels l’édition 2025 de l’enquête est utilisée faute d’informations disponibles pour 2023. Pour l’Angola, la source utilisée pour la limite d’exposition aux actions est l’Agence angolaise pour la réglementation et la supervision du secteur des assurances (ARSEG).
Source : Statistiques de pensions de l’OCDE au niveau mondial ; OCDE (2023[22]), Annual Survey of Investment Regulation of Pension Providers 2023, https://www.oecd.org/content/dam/oecd/en/topics/policy-sub-issues/asset-backed-pensions/2023-Survey-Investment-Regulation-Pension-Providers.pdf ; OCDE (2025[21]), Annual Survey of Investment Regulation of Pension Providers 2025, https://www.oecd.org/content/dam/oecd/en/topics/policy-sub-issues/asset-backed-pensions/2025-Annual-Survey-of-Investment-Regulation-of-Pension-Providers.pdf
En outre, les limites applicables aux placements dans des actifs alternatifs nationaux, tels que l’immobilier, les fonds de placements privés et les prêts, semblent également être non contraignantes dans la plupart des pays africains 6. En Angola, en Égypte, au Ghana, au Lesotho, au Malawi, à Maurice et au Mozambique, soit aucune limite n’est imposée sur les placements en actifs alternatifs nationaux, soit il existe bien des limites mais l’exposition à ce type d’actifs est largement inférieure aux limites imposées (Tableau 8.6).
Les limites relatives aux placements dans des actifs alternatifs nationaux peuvent représenter une contrainte plus importante pour les investissements dans certains types d’actifs alternatifs que dans d’autres. Au Botswana, au Maroc, en Namibie, en Ouganda et en Zambie, les placements dans certains types d’actifs alternatifs nationaux sont soit non autorisés, soit limités, et les niveaux d’exposition des portefeuilles sont proches des seuils imposés pour ces actifs. Toutefois, il est possible d’investir davantage dans d’autres actifs alternatifs nationaux. Par exemple, en Ouganda, si les fonds de pension ne sont pas autorisés à investir dans les prêts, ils pourraient placer des sommes plus importantes dans l’immobilier. En revanche, dans certains pays africains, comme le Kenya, l’Afrique du Sud, le Zimbabwe et le Nigéria, les limites de placement peuvent entraver la capacité des fonds de pension à investir dans les actifs alternatifs nationaux, car les niveaux d’exposition des portefeuilles sont proches des limites imposées.
La taille des fonds de pension peut également influencer la répartition de leurs actifs. Les fonds de pension africains sont relativement modestes et les marchés des pensions souvent fragmentés (SFI, 2023[23]). En 2023, on dénombrait 4 904 fonds de pension en Afrique du Sud (FSCA, 2025[24]), 1 027 au Kenya (RBA, 2023[25]) et 215 au Ghana (NPRA, 2024[9]). La fragmentation des marchés peut contribuer à restreindre les possibilités de placement offertes aux fonds de petite taille, qui n’ont pas l’envergure nécessaire pour investir dans de grands projets tels que les infrastructures.
Tableau 8.6. Incidence des limites de placement appliquées aux actifs alternatifs nationaux dans les pays africains, fin 2023
Copier le lien de Tableau 8.6. Incidence des limites de placement appliquées aux actifs alternatifs nationaux dans les pays africains, fin 2023|
Pays considéré |
Part du total des actifs (%) |
Limites appliquées aux actifs alternatifs nationaux (immobilier, fonds de placements privés et prêts) |
|---|---|---|
|
Les limites ne sont pas contraignantes |
||
|
Angola |
2.9 |
Limite de 40 % pour l’immobilier, limite de 30% pour les fonds de placements privés, limite de 40 % pour les prêts |
|
Égypte |
3.3 |
Limite directe de 10 % pour l’immobilier, limite de 10 % pour les fonds de placements hypothécaires, limite de 15 % pour les fonds de placements privés, limite de 25 % pour les prêts |
|
Ghana |
0.2 |
Limite de 10 % pour l’immobilier, limite de 15 % pour les fonds de placements privés |
|
Lesotho* |
18.8 |
Limite de 25 % pour les investissements en biens immobiliers, limite de 100% pour les fonds de placements privés sous certaines conditions, limite de 100 % ou 75 % pour les prêts en fonction de l’émetteur concerné |
|
Malawi |
2.9 |
Limite directe de 100 % pour l’immobilier, limite directe de 100% pour les fonds de placements privés, limite directe de 100 % pour les prêts |
|
Maurice |
0.5 |
Aucune limite particulière pour l’immobilier et les fonds de placements privés, limite d’exposition totale de 55 % pour les prêts |
|
Mozambique* |
13.3 |
Limite d’exposition totale de 50 % pour l’immobilier, limite de 50% pour les fonds de placements privés, limite d’exposition totale de 50 % pour les prêts |
|
Les limites peuvent être contraignantes pour certains actifs alternatifs, mais pas pour l’ensemble de ces actifs |
||
|
Botswana |
9.2 |
Limite de 25 % pour l’immobilier, limite de 5 % pour le capital-investissement, limite de 0 % pour les prêts |
|
Maroc |
9.5 |
Limite de 15 % pour l’immobilier, limite de 5% pour les prêts |
|
Namibie |
10.0 |
Limite directe de 25 % pour l’immobilier, limite d’exposition comprise entre 1,75 % et 3,5 % pour les titres de participation ou de dette non cotés, limite directe de 25 % pour les prêts |
|
Ouganda |
7.0 |
Limite directe de 30 % pour l’immobilier, limite directe de 15 % pour les fonds de placements privés, prêts non autorisés |
|
Zambie |
16.5 |
Limite de 40 % pour l’immobilier, limite de 15 % pour les fonds de placements privés, prêts non autorisés sans l’approbation de l’autorité compétente |
|
Les limites peuvent être contraignantes |
||
|
Kenya |
37.3 |
Limite de 30% pour les biens immobiliers au Kenya, limite de 30 % pour les fonds de placements immobiliers, limite de 10 % pour les fonds de placements privés, limite de 0 % pour les prêts |
|
Afrique du Sud* |
50.3 |
Limites de 25 % ou 15 % pour divers actifs immobiliers, limite de 10 % pour les fonds d’arbitrage, limite de 15 % pour le capital-investissement, limite de 45 % pour les actifs d’infrastructure, limite de 5 % pour les placements dans un employeur participant au fonds |
|
Zimbabwe |
69.3 |
Limite de 40 % pour l’immobilier, limite de 15 % pour les fonds de placements privés, limite de 10 % pour les prêts |
|
Nigéria |
2.6 |
Investissements dans l’immobilier (directs) et les prêts (directs) non autorisés ; limite de 0 % à 10 % pour les fonds de placements privés en fonction du plan concerné |
L’enquête annuelle 2023 de l’OCDE sur la réglementation des investissements des prestataires de retraite sert de référence pour les limites de placement. Les pays distingués par une « * » sont ceux pour lesquels l’édition 2025 de l’enquête est utilisée faute d’informations disponibles pour 2023. Concernant le Zimbabwe, la source utilisée pour la limite applicable aux prêts est la Commission des assurances et des pensions du Zimbabwe.
Source : Statistiques de pensions de l’OCDE au niveau mondial ; OCDE (2023[22]), Annual Survey of Investment Regulation of Pension Providers 2023, https://www.oecd.org/content/dam/oecd/en/topics/policy-sub-issues/asset-backed-pensions/2023-Survey-Investment-Regulation-Pension-Providers.pdf ; OCDE (2025[21]), Annual Survey of Investment Regulation of Pension Providers 2025, https://www.oecd.org/content/dam/oecd/en/topics/policy-sub-issues/asset-backed-pensions/2025-Annual-Survey-of-Investment-Regulation-of-Pension-Providers.pdf
Le manque d’expertise interne peut également peser sur la répartition des actifs des fonds de pension africains. Les investissements alternatifs tels que l’immobilier, les infrastructures, le capital-investissement et la dette privée reposent généralement sur des structures financières plus complexes que les placements traditionnels, et investir dans de tels actifs exige donc des équipes d’investissement et des connaissances spécialisées (CFA Institute, s.d.[26]). Or, de nombreux fonds de pension ne disposent pas des compétences techniques nécessaires pour analyser les risques inhérents aux projets, pour exercer une diligence raisonnable ou pour évaluer les placements dans les marchés privés et les marchés d’infrastructures (Africa Finance Corporation, 2025[1]), ce qui peut limiter leur capacité à investir dans ces actifs. L’un des plus grands fonds de pension d’Afrique du Sud a d’ailleurs indiqué que de nombreux fonds locaux continuent de témoigner un intérêt limité pour les placements alternatifs tels que le capital-investissement, parce qu’ils peinent à appréhender entièrement cette catégorie d’actifs et sont réticents à y investir du fait des risques perçus d’illiquidité ainsi que des perspectives de rendements limités au cours des phases initiales (SFI, BAfD, MFW4A, 2022[17]).
Conséquences potentielles de la répartition des actifs des fonds de pension africains
Les conséquences économiques des placements des fonds de pension africains en obligations d’État sont fonction de l’usage des capitaux levés. Les investissements en obligations souveraines permettent aux pouvoirs publics d’avoir accès aux financements indispensables à la couverture de leurs diverses dépenses. Si les pouvoirs publics utilisent les capitaux obtenus pour effectuer des investissements à long terme, tels que le financement d’infrastructures, ces placements pourraient se traduire par des gains de productivité. En revanche, si ces capitaux servent à financer des dépenses courantes (salaires des fonctionnaires ou coûts liés aux services publics, par exemple), ces positions pourraient limiter la propension des fonds à soutenir le financement d’activités productives.
La répartition des actifs des fonds de pension peut aussi représenter un risque pour l’adéquation future des revenus de retraite. Le recours massif aux obligations d’État peut déboucher sur des situations de vulnérabilité face à l’inflation et aux relèvements de taux d’intérêt. En 2022, les rendements réels des placements ont été négatifs dans 10 des 12 pays considérés (Tableau 8.7)7. En 2023, les fonds de pension en Angola, en Égypte et au Nigéria, dont plus de la moitié des actifs étaient constitués de bons et d’obligations, ont enregistré des rendements réels négatifs (OCDE, 2025[8]). Or, des rendements réels négatifs peuvent réduire le montant accumulé par les épargnants pour financer leur retraite.
Tableau 8.7. Taux de rendement réel annuel des investissements des fonds de pension
Copier le lien de Tableau 8.7. Taux de rendement réel annuel des investissements des fonds de pensionEn pourcentage
|
Pays |
2019 |
2020 |
2021 |
2022 |
2023 |
|---|---|---|---|---|---|
|
Angola |
-9.7 |
-16.1 |
-15.0 |
-4.3 |
-8.8 |
|
Botswana |
5.7 |
-1.3 |
5.9 |
-6.1 |
- |
|
Égypte |
5.8 |
8.4 |
5.8 |
-8.3 |
-17.4 |
|
Ghana |
- |
- |
-9.8 |
-22.7 |
2.7 |
|
Kenya |
- |
0.6 |
2.9 |
-5.9 |
-2.0 |
|
Lesotho |
- |
- |
- |
3.5 |
- |
|
Malawi |
1.3 |
5.1 |
6.7 |
-4.7 |
2.7 |
|
Maurice |
- |
- |
- |
- |
- |
|
Maroc |
- |
- |
1.7 |
-6.3 |
1.5 |
|
Mozambique |
9.2 |
- |
- |
- |
- |
|
Namibie |
- |
4.3 |
11.9 |
-7.2 |
8.7 |
|
Nigéria |
-0.5 |
2.2 |
-8.2 |
-10.8 |
-10.8 |
|
Afrique du Sud |
1.2 |
-2.9 |
9.5 |
- |
- |
|
Ouganda |
5.2 |
10.3 |
11.1 |
- |
- |
|
Zambie |
-1.5 |
-4.9 |
0.0 |
2.5 |
9.8 |
|
Zimbabwe |
- |
- |
-19.2 |
-26.7 |
- |
Source : Statistiques de pensions de l’OCDE au niveau mondial
8.2. L’importance d’exploiter le potentiel des compagnies d’assurance et des fonds de pension pour le développement des marchés de capitaux
Copier le lien de 8.2. L’importance d’exploiter le potentiel des compagnies d’assurance et des fonds de pension pour le développement des marchés de capitauxEn tant qu’investisseurs institutionnels, les compagnies d’assurance et les fonds de pension peuvent jouer un rôle majeur pour stimuler les marchés de capitaux et renforcer l’innovation et la productivité en Afrique.
Tout d’abord, ces acteurs peuvent servir de catalyseurs pour le développement des marchés des actions et des obligations d’entreprise. En Afrique, bon nombre de marchés d’actions sont insuffisamment développés (Banque africaine de développement (BAfD), 2023[14]), et les marchés des obligations d’entreprise sont soit inexistants soit naissants (Otchere, Ofori-Sasu et Abor, 2022[16]). En tant qu’investisseurs importants, les compagnies d’assurance et les fonds de pension pourraient représenter une source essentielle de la demande pour les émissions d’obligations d’entreprise ou les introductions en bourse, et encourager ainsi les entreprises à faire appel aux marchés pour leurs besoins de financement. En outre, ils pourraient aussi contribuer au développement des marchés d’actions et d’obligations d’entreprise en soutenant l’instauration d’une meilleure gouvernance au sein des entreprises. Lorsque ces entités achètent des participations dans certaines entreprises et en deviennent d’importants actionnaires, elles pourraient ainsi plaider pour une amélioration à la fois des pratiques de gestion, des performances, de la redevabilité et de la transparence. Un renforcement de la redevabilité et de la transparence permettrait d’accroître la confiance envers les entreprises, incitant les investisseurs à effectuer des placements en actions et en obligations.
Ensuite, les investisseurs institutionnels peuvent améliorer la profondeur des marchés de capitaux africains, limitée dans la plupart d’entre eux. Les marchés d’actions sont majoritairement de petite taille, présentent une faible liquidité et comptent un nombre restreint de valeurs cotées. Quant aux marchés obligataires, ils se caractérisent par une faible liquidité et par des référentiels limités en matière de détermination des prix des titres (SFI, 2024[27]). En se développant en Afrique et en investissant dans les marchés de capitaux locaux, les compagnies d’assurance et les fonds de pension pourraient contribuer à accroître les volumes de négociation et la liquidité des marchés. Ce processus pourrait aussi conduire à une amélioration des référentiels en matière de fixation des prix et à une réduction des coûts de transaction.
En outre, un renforcement de l’écosystème de l’investissement institutionnel permettrait d’améliorer la solidité du système financier global en Afrique. À la différence des investisseurs de court terme, les compagnies d’assurance et les fonds de pension, dont les engagements et les horizons d’investissement sont orientés sur le long terme, peuvent détenir des actifs sur des périodes prolongées. Si ces acteurs opérant en Afrique investissaient dans des actifs de long terme, ils pourraient accroître la stabilité des marchés de capitaux, consolidant ainsi la confiance des investisseurs et la résilience du système financier.
Par ailleurs, les investisseurs institutionnels peuvent contribuer à résorber le déficit d’infrastructures de l’Afrique. Ce continent fait face à un besoin considérable de financement en matière d’infrastructures, dont le montant est estimé entre 130 milliards et 170 milliards USD par an (SFI, BAfD, MFW4A, 2022[17]). De nombreux pays africains sont confrontés à des problèmes d’infrastructures très divers qui entravent la croissance économique, la prestation de services et le développement au sens large. Il peut s’agir par exemple d’un manque de logements abordables, de systèmes de transport insuffisamment développés, de déficits énergétiques ou d’infrastructures numériques limitées. Si les compagnies d’assurance et les fonds de pension investissaient davantage dans les infrastructures soit directement soit par le biais d’un fonds d’infrastructure, ils pourraient concourir à réduire le déficit d’infrastructures de l’Afrique.
En jouant un rôle accru dans les marchés de capitaux, les investisseurs institutionnels pourraient également renforcer la résilience de l’Afrique face aux aléas climatiques et contribuer à résorber le déficit énergétique tout en optimisant le rendement corrigé des risques. Les aléas climatiques tels que les inondations, tempêtes, incendies et sécheresses sont destructeurs en Afrique (OMM, 2022[28]). Ils ont directement touché plus de 110 millions de personnes, occasionnant quelque 5 000 décès, et ont causé un préjudice économique total de 8,5 milliards USD en 2022 (OMM, 2022[28]). En outre, l’Agence internationale de l’énergie estime que 600 millions d’habitants sont privés d’accès à l’électricité dans l’ensemble du continent, soit près de la moitié de la population totale (Forum économique mondial, 2023[29]). D’ici 2050, la population africaine devrait doubler et il faudra intensifier les mesures d’efficacité énergétique et les capacités des énergies renouvelables (Forum économique mondial, 2023[29]). Les besoins de financement de l’Afrique liés au climat pourraient aussi atteindre 2 500 milliards USD entre 2020 et 2030, soit un montant de 250 milliards USD par an en moyenne (Climate Policy Initiative, 2022[30]).
Enfin, un renforcement du rôle des investisseurs institutionnels sur les marchés de capitaux africains contribuerait à soutenir l’entrepreneuriat et l’innovation. En Afrique, les entrepreneurs rencontrent souvent des difficultés financières qui entravent la création d’entreprises et l’innovation. Le coût de la création d’une nouvelle entreprise en Afrique représente, en moyenne, environ 120 % du revenu annuel par habitant, contre quelque 50 % au niveau mondial et moins de 1 % en Amérique du Nord (Assenova et Agarwal, 2023[31]). Créer une entreprise semble donc hors de portée pour une large part de la population africaine (Assenova et Agarwal, 2023[31]). Les entrepreneurs peuvent se procurer des financements en faisant appel aux marchés de capitaux privés au travers d’actifs tels que le capital-investissement, la dette privée et le capital-risque. En général, les investisseurs particuliers sont souvent hésitants à investir dans ce type d’actifs qui constituent des engagements de long terme et présentent non seulement une liquidité limitée mais également des rendements risqués. Les compagnies d’assurance et les fonds de pension, en revanche, disposent d’une plus grande expertise sur le plan financier pour faire face aux risques et aux situations d’illiquidité. Leurs engagements et leur horizon de placement à long terme leur permettent également de tolérer les épisodes temporaires de mauvaises performances. Si les compagnies d’assurance et les fonds de pension en Afrique investissaient davantage dans le capital-investissement, la dette privée et le capital-risque, ils pourraient procurer aux entrepreneurs les capitaux nécessaires à leurs projets d’innovation, d’expansion ou de restructuration.
8.3. Principales considérations intéressant l’action publique
Copier le lien de 8.3. Principales considérations intéressant l’action publiqueLes marchés des assurances et les actifs gérés par les fonds de pension sont de taille restreinte dans les pays africains par rapport à leurs équivalents au niveau mondial. Ces dimensions modestes contraignent la capacité des acteurs opérant dans la région à mobiliser l’épargne à long terme et à l’orienter vers des placements productifs. Les portefeuilles de placements des fonds de pension se composent en outre essentiellement de titres d’État. Or, cette concentration de l’allocation des portefeuilles peut limiter le degré de diversification et réduire les capacités des compagnies d’assurance et des fonds de pension à soutenir le développement des marchés de capitaux et la croissance économique. D’autres obstacles existent, comme la taille limitée du marché de l’assurance-vie et la faible participation aux régimes de retraite par capitalisation, les assureurs-vie et les fonds de pension adoptant généralement des horizons de placement lointains. Le faible degré de participation observé dans les marchés des pensions s’explique largement par la nature facultative des systèmes de retraite et par les niveaux élevés d’emploi informel dans les marchés du travail africains.
Plusieurs mesures pourraient être mises en place par les autorités nationales pour encourager un rôle accru des compagnies d’assurance et des fonds de pension dans les marchés de capitaux africains.
Les autorités de réglementation devraient veiller à ce que le cadre juridique établi pour les marchés d’assurance-vie protège les intérêts des assurés et renforce la confiance. En outre, les instances de contrôle pourraient exercer une surveillance fondée sur les risques dans les marchés de l’assurance-vie. L’adoption d’une réglementation claire et la mise en œuvre d’une surveillance fondée sur les risques sont des facteurs particulièrement importants dans l’assurance-vie, car les assurés doivent avoir la garantie que l’assureur sera en mesure d’honorer les demandes de règlement sur de longues périodes. Les lignes directrices de l’OCDE sur la gouvernance des assureurs peuvent fournir des orientations à cet effet.
Les autorités nationales pourraient aussi accompagner le développement des marchés d’assurance-vie grâce à plusieurs mécanismes, comme la mise en place de programmes de culture financière permettant de mieux comprendre les produits d’assurance-vie, mais également l’élaboration d’outils numériques et de canaux de distribution innovants. Les banques pourraient ainsi par exemple contribuer plus activement à la distribution des produits d’assurance-vie.
Promouvoir une participation accrue aux régimes de retraite par capitalisation représente une autre piste de réforme majeure. Les autorités pourraient contribuer à accroître ce niveau de participation grâce au déploiement d’un système d’adhésion automatique ou de mandats. Il conviendrait à cet égard de mettre particulièrement l’accent sur les travailleurs informels qui ne sont pas tenus d’épargner pour leur retraite ou qui sont exclus des régimes de retraite standards. Les plans de retraite individuels comme les plans de micropension peuvent permettre d’assurer une couverture aux travailleurs exclus des régimes de retraite classiques. Certains pays africains disposent de régimes de micropension qui s’adressent aux travailleurs du secteur informel. Ainsi, le Kenya a lancé en 2011 le régime de pension Mbao en vue d’ouvrir la couverture du système de retraite et d’épargne au secteur informel (Kwena et Turner, 2013[32]). L’Ouganda pour sa part est doté de deux régimes de micropension facultatifs destinés aux travailleurs à bas revenus du secteur informel : le régime de retraite individuel facultatif Mazima et le régime de prévoyance de l’Association des commerçants de la ville de Kampala en Ouganda (APSA, 2024[33]).
Pour asseoir le rôle des fonds de pension en tant qu’investisseurs institutionnels, les autorités devraient également encourager une plus grande diversification des portefeuilles en faveur des obligations d’entreprise, des actions, des actifs d’infrastructure et des marchés privés. L’absence de marchés des obligations d’entreprise dans de nombreux pays africains et la faible capitalisation des marchés d’actions constituent d’importants obstacles aux investissements des fonds de pension dans ces actifs. Tout effort visant à développer les marchés de capitaux intérieurs, y compris les marchés nationaux des actions et des obligations d’entreprise, serait donc essentiel pour accroître les possibilités de placement8.
La cohérence des politiques et de l’environnement réglementaire est indispensable pour promouvoir les investissements à long terme. Les autorités de réglementation pourraient à cette fin élaborer ou améliorer des cadres qui facilitent explicitement ce type de placement en s’appuyant sur les Principes de haut niveau du G20 et de l’OCDE sur le financement des investissements à long terme par les investisseurs institutionnels, qui énoncent un ensemble de recommandations générales visant à encourager les placements à long terme par les investisseurs institutionnels (OCDE, 2013[34]). Ces principes fournissent des orientations relatives à la réglementation financière, à la valorisation et au traitement fiscal en vue de faciliter les investissements à long terme. Un cadre réglementaire clair permettrait de renforcer la confiance des investisseurs à l’égard de ces actifs.
Les autorités pourraient également promouvoir l’investissement dans les projets d’infrastructures. En Afrique, de nombreux fonds de pension sont de taille modeste et les marchés des pensions sont souvent fragmentés. Il est donc difficile d’investir dans de grands projets comme les infrastructures. L’établissement de consortiums peut répondre à ce problème en regroupant les fonds de pension. Le Consortium d’investissement des fonds de pension du Kenya (KEPFIC), par exemple, a été lancé en 2020 pour réunir les actifs destinés aux investissements dans les infrastructures (KEPFIC, 2025[35]). De même, en Afrique du Sud, le consortium Asset Owners Forum of South Africa (AOFSA) a été mis en place pour améliorer la participation des fonds de pension dans les actifs immobiliers et d’infrastructure (Cross Boundary Group, s.d.[36]).
Enfin, les fonds de pension ont besoin de politiques qui leur permettent de résoudre les contraintes de capacité auxquelles ils sont confrontés, comme un manque d’expertise interne. Les autorités pourraient envisager à cet effet de financer ou de publier des études et des données de marché qui facilitent l’analyse d’actifs complexes par les gérants. Elles pourraient également établir des cadres et des définitions clairs pour les actifs complexes afin de réduire l’incertitude. Améliorer ainsi les capacités techniques et d’analyse des fonds de pension permettrait la mise en place de stratégies de placement plus sophistiquées, renforçant ainsi le rôle de ces entités en tant qu’investisseurs de long terme et en tant qu’acteurs contribuant à l’approfondissement des marchés de capitaux et à une croissance économique durable dans toute l’Afrique.
Références
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[5] APSA (2024), A journey to reform the retirement system: South Africa’s experience and perspective, https://www.africapsa.org/wp-content/uploads/2024/02/pinBox-Book_A-Journey-to-Reform-the-Retirement-System-South-Africas.pdf.
[33] APSA (2024), Compulsions for Expanding Pension Coverage to Africa`s Non-Salaried Workforce, https://www.africapsa.org/wp-content/uploads/2024/02/pinBox-Book_Compulsions-for-expanding-pension-coverage.pdf.
[15] ASEA (2022), African Stock Exchanges Focus Report, https://african-exchanges.org/sites/default/files/2024-07/ASEA_Africa_Focus_Report_.pdf.
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[22] OCDE (2023), Annual Survey of Investment Regulation of Pension Providers 2023, https://www.oecd.org/content/dam/oecd/en/topics/policy-sub-issues/asset-backed-pensions/2023-Survey-Investment-Regulation-Pension-Providers.pdf.
[34] OCDE (2013), G20/OECD High-Level Principles of Long-Term Investment Financing by Institutional investors, https://www.oecd.org/content/dam/oecd/en/topics/policy-sub-issues/financing-infrastructure/OECD-G20-principles-long-term-investment-financing-institutional-investors.pdf.
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[16] Otchere, I., D. Ofori-Sasu et J. Abor (2022), « Bond Market Development in Africa: A Review », dans Palgrave Macmillan Studies in Banking and Financial Institutions, The Economics of Banking and Finance in Africa, Springer International Publishing, Cham, https://doi.org/10.1007/978-3-031-04162-4_27.
[11] PenCom (2024), Fourth-Quarter 2023 Report, https://www.pencom.gov.ng/wp-content/uploads/2024/04/FOURTH-QUARTER-REPORT-2023.pdf.
[13] PIA (2025), Annual Report 2023, https://www.pia.org.zm/?page_id=9728.
[10] RBA (2024), Retirement Benefits Industry Report for December 2023, https://www.rba.go.ke/download/retirement-benefits-industry-report-for-december-2023/?wpdmdl=5536&refresh=68428bda1cf431749191642.
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[27] SFI (2024), Créer des marchés de capitaux efficients en Afrique, https://www.ifc.org/content/dam/ifc/doc/2024/creating-efficient-capital-markets-in-africa-factsheet-fr.pdf (consulté le 2 July 2025).
[23] SFI (2023), Pooling Pensions in Kenya, https://www.ifc.org/en/stories/2023/pooling-pensions-in-kenya (consulté le 2 July 2025).
[17] SFI, BAfD, MFW4A (2022), Gauging Appetite of African Institutional Investors for New Asset Classes, https://www.ifc.org/content/dam/ifc/doc/mgrt/gauging-appetite-of-african-institutional-investors-for-new-asset-classes-published.pdf.
[37] Stats SA (2023), Gross domestic product-Fourth quarter 2023, https://www.statssa.gov.za/publications/P0441/P04414thQuarter2023.pdf.
[2] Swiss Re Institute (2024), sigma 3/2024 – World insurance: strengthening global resilience with a new lease of life, https://www.swissre.com/dam/jcr:2d26776f-20e4-4228-8ee0-97cec2ddb3c4/sri-sigma3-2024-world-insurance.pdf.
[12] URBRA (2024), Retirement Benefits Sector Annual Report 2022/2023, https://urbra.go.ug/download/retirement-benefits-sector-annual-report-2022-2023/?wpdmdl=5260&refresh=6842eba901d9c1749216169.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. Les travailleurs « informels » comprennent notamment les actifs qui ne sont pas tenus d’épargner en vue de leur retraite comme les travailleurs indépendants.
← 2. Les données sur l’Afrique englobent l’Afrique du Sud, qui fait partie des trois pays présentant les plus forts taux de pénétration de l’assurance sur les 54 considérés, selon l’édition 2024 des Global Insurance Market Trends.
← 3. La Namibie entre dans la catégorie « Autres » du Figure 8.4. Sa part s’établit à 1,5 %.
← 4. La situation est la même dans la plupart des juridictions déclarantes dans le monde, ce qui prime étant l’importance des régimes de retraite par capitalisation et le rôle de l’assurance-vie dans la phase de paiement des systèmes de retraite (Global Insurance Market Trends 2024).
← 5. L’analyse présentée dans cette partie ne tient pas compte de la répartition des actifs des compagnies d’assurance faute de données disponibles.
← 6. L’étude conjointe réalisée par la Banque africaine de développement, la Société financière internationale et Making Finance Work for Africa aboutit à une conclusion similaire sur les conséquences des limites de placement dans les pays africains (SFI, BAfD, MFW4A, 2022[17]). Cette étude porte sur le Botswana, le Ghana, le Kenya, la Namibie, le Nigéria, l’Afrique du Sud ainsi que l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). En se fondant sur les données disponibles, elle déduit que les plafonds réglementaires nationaux ne constituent pas un obstacle majeur à la poursuite de la diversification sur ces marchés.
← 7. Des performances similaires ont été enregistrées dans de nombreux pays de l’OCDE.
← 8. Les chapitres 2 et 3 de cette publication fournissent un éclairage sur les moyens d’y parvenir.