Le présent chapitre propose une analyse du fonctionnement des marchés de la dette d’entreprise (obligations, prêts syndiqués et crédit privé) en Afrique. En s’appuyant sur des données originales, ses auteurs examinent l’évolution de ces marchés au cours des deux dernières décennies et replacent les tendances observées dans un contexte mondial. À partir de cette analyse, ils mettent en évidence quatre domaines dans lesquels des réformes sont nécessaires pour favoriser le développement des marchés, en s’appuyant sur un examen des initiatives existantes et des expériences internationales pertinentes.
3. Marchés de la dette d’entreprise
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Principaux messages
Copier le lien de Principaux messagesLa taille des marchés africains de la dette d’entreprise est extrêmement limitée. Même par rapport à son poids déjà modeste dans l’économie mondiale, l’Afrique est sous-représentée dans l’utilisation des instruments de dette d’entreprise à la fois à l’échelle mondiale et parmi les économies de marché émergentes, et sa part a diminué au fil du temps.
L’activité est fortement concentrée dans un petit nombre de pays, tous segments de marché confondus : à la fin de 2024, quatre économies représentaient 61 % de l’encours total de la dette d’entreprise sur le continent africain. Cela dit, même sur ces marchés plus actifs, le volume total de la dette reste faible par rapport aux normes internationales. L’encours de la dette d’entreprise en pourcentage du PIB, qui s’établit à 52 % à l’échelle mondiale, est inférieur à 15 % dans les 15 pays analysés dans le présent chapitre, à l’exception d’un seul.
L’activité est non seulement concentrée au niveau de certains pays, mais les marchés africains des prêts syndiqués et des obligations d’entreprise sont aussi dominés par un petit nombre de grandes entreprises qui disposent d’une note de crédit et sont capables d’émettre des volumes considérables d’instruments de dette à longue échéance. Cela tient à la fois aux obstacles importants auxquels les petites entreprises se heurtent pour accéder aux marchés obligataires et au faible nombre d’entreprises sur le continent qui génèrent des flux de trésorerie positifs et suscitent l’intérêt des investisseurs.
Ce manque d’actifs de nature à attirer les investissements s’observe également sur les marchés africains du crédit privé. Malgré l’intérêt croissant des investisseurs internationaux, plus de la moitié de l’augmentation des actifs sous gestion dans des fonds axés sur l’Afrique constatée entre 2021 et 2024 correspond à de la poudre sèche (c’est-à-dire des capitaux levés mais pas encore investis).
Les pays africains restent fortement tributaires des investisseurs et des prestataires de services étrangers. En 2024, 53 % de l’encours total de la dette des sociétés non financières en Afrique était libellé en dollars des États-Unis, dont 43 % des prêts syndiqués et 100 % des obligations d’entreprise. Entre 2000 et 2024, seuls 14 pays africains ont vu des entreprises émettre des instruments de dette en monnaie locale. En outre, bien que les prestataires de services africains soient montés en puissance au fil du temps, près des deux tiers de l’ensemble des opérations d’endettement des sociétés non financières étaient encore effectuées par des entreprises étrangères en 2024.
Il demeure essentiel d’attirer davantage d’investissements étrangers, sachant que ceux-ci ne remplacent nullement le marché intérieur, mais viennent plutôt favoriser son développement. Les entreprises africaines ne représentent actuellement que 7 % de la dette extérieure privée à long terme dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, et seulement 17 % de la dette extérieure de la région sont imputables à des emprunteurs privés, le reste étant contracté par des administrations publiques.
Le niveau élevé de l’emploi informel et la faiblesse des revenus dans une grande partie de l’Afrique continuent de freiner la montée en puissance des investisseurs institutionnels nationaux, tels que les fonds de pension. En 2024, les investisseurs institutionnels africains détenaient environ 1 100 milliards USD d’actifs au total, fortement concentrés sur quelques marchés, dont la Namibie et l’Afrique du Sud. La faiblesse de l’investissement dans des actifs nationaux restreint encore davantage la contribution des investisseurs institutionnels à la croissance à long terme de l’ensemble du continent.
Malgré les nombreuses initiatives menées à l’échelle du continent, les progrès accomplis vers la mise en place d’un marché panafricain de la dette pleinement intégré restent limités. Parmi les principaux obstacles figurent les divergences réglementaires et juridiques entre pays, la fragmentation des infrastructures de marché, les restrictions à l’investissement à l’étranger pour les investisseurs institutionnels, et le manque de transparence et de disponibilité des données relatives aux marchés.
Afin de développer les marchés de la dette d’entreprise en Afrique, il conviendrait surtout d’accroître les réserves de capitaux levés auprès d’investisseurs institutionnels nationaux et d’encourager leur placement dans le secteur privé national, mais aussi de faire progresser l’intégration régionale, d’harmoniser les cadres réglementaires et d’assurer l’interopérabilité entre les infrastructures de marché.
3.1. Aperçu des marchés africains de la dette d’entreprise
Copier le lien de 3.1. Aperçu des marchés africains de la dette d’entrepriseL’Afrique a des besoins croissants de financements à long terme que ses marchés de la dette d’entreprise, sous-développés, ne permettent pas de couvrir à l’heure actuelle. Les instruments tels que les prêts syndiqués et les obligations d’entreprise, largement utilisés dans les économies avancées et les économies émergentes, jouent un rôle minime dans le financement des entreprises sur le continent africain. D’après les données de l’OCDE, moins de la moitié des pays africains (21 sur 54) ont vu au moins une entreprise nationale émettre une obligation d’entreprise depuis 2000 (Graphique 3.1, partie A). Bien que les prêts syndiqués soient plus répandus, compte tenu du rôle important joué par le secteur bancaire (partie B), aucun de ces deux instruments n’a été utilisé au cours du dernier quart de siècle dans dix pays. Dans l’ensemble, le niveau de la dette d’entreprise reste faible en termes de comparaison internationale, tant en valeur absolue qu’en proportion du PIB.
Graphique 3.1. Marchés actifs de la dette en Afrique
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Note : Un marché est considéré comme actif si des instruments de dette ont été émis au moins une fois sur celui-ci depuis 2000.
Source : Ensemble de données issu de la série sur les marchés de capitaux de l’OCDE, London Stock Exchange Group (LSEG), voir l’annexe pour plus d’informations ; et Fonds monétaire international.
Plusieurs facteurs contribuent au faible recours des entreprises africaines aux marchés de la dette. On peut notamment citer des problèmes structurels, tels que les lacunes et la fragmentation des cadres réglementaires et des infrastructures de marché, la forte dépendance à l’égard des capitaux étrangers et le sous-développement des bases d’investisseurs institutionnels nationaux. Tous ces facteurs sont examinés plus en détail tout au long de ce chapitre. D’autres obstacles, tels que la taille limitée des marchés des obligations souveraines, le faible niveau de culture financière et les faiblesses des cadres de gouvernance d’entreprise, sont évoqués dans d’autres chapitres du présent rapport.
Outre les problèmes propres aux marchés de capitaux, des problématiques macroéconomiques et politiques plus larges – qui dépassent le cadre de ce rapport – limitent considérablement l’accès des entreprises aux financements extérieurs et leur capacité de développement. Ces obstacles se traduisent dans les faits par la persistance de rendements élevés sur les obligations d’État dans de nombreuses économies africaines, reflétant les risques politiques et macroéconomiques. Étant donné que la dette d’entreprise est généralement évaluée par rapport à la dette souveraine, les coûts d’emprunt sont prohibitifs pour les entreprises privées. Ces dynamiques mettent en évidence une relation synergique : la stabilité des conditions politiques/macroéconomiques et le bon fonctionnement des marchés financiers se renforcent mutuellement, de la même façon que, selon un cercle vicieux, l’instabilité des conditions macroéconomiques entrave le fonctionnement des marchés financiers, ce qui déstabilise encore davantage les conditions macroéconomiques.
Le lien entre les fondamentaux macroéconomiques et la profondeur du marché de la dette d’entreprise est évident lorsque l’on compare le PIB par habitant à la taille des marchés de la dette d’entreprise (mesurée par l’encours total de prêts syndiqués et d’obligations d’entreprise rapporté au PIB). Un PIB par habitant plus élevé s’accompagne d’un recours plus important à la dette d’entreprise dans les grands groupes régionaux (Graphique 3.2, partie A). Le même constat s’impose lorsqu’on prend les pays africains individuellement (partie B). Bien qu’il soit difficile d’établir le sens de la causalité entre ces deux variables lorsqu’un tel lien existe, on peut affirmer sans crainte de se tromper qu’il est peu probable que des marchés de la dette d’entreprise se développent en l’absence d’un niveau minimum de stabilité macroéconomique et politique.
Graphique 3.2. Niveaux de développement économique et d’endettement, fin 2024
Copier le lien de Graphique 3.2. Niveaux de développement économique et d’endettement, fin 2024Les marchés de la dette d’entreprise sont généralement plus développés dans les pays affichant un PIB par habitant plus élevé
Note : La partie A du graphique présente les moyennes régionales. La partie B exclut quatre pays présentant des valeurs atypiques (Burundi, Libéria, Maurice et Mozambique).
Source : Ensemble de données issu de la série sur les marchés de capitaux de l’OCDE, London Stock Exchange Group (LSEG), voir l’annexe pour obtenir de plus amples informations ; et Fonds monétaire international.
Un accès adéquat des entreprises aux marchés de la dette peut en outre contribuer à stimuler le développement économique. Par rapport à son PIB, l’Afrique est aujourd’hui nettement sous-représentée dans l’utilisation des instruments de dette d’entreprise, à la fois à l’échelle mondiale et au sein d’un groupe plus large d’économies de marché émergentes. Cela est d’autant plus notable que le poids économique du continent est à l’origine déjà faible. En 2024, l’Afrique représentait 2.5 % du PIB mondial et 6.1 % du PIB des marchés émergents, mais seulement 1 % de l’encours mondial de la dette d’entreprise et environ 5 % de celui des marchés émergents (Graphique 3.3, parties A et B). Les obligations d’entreprise restent particulièrement sous-utilisées. Et depuis 2010, l’écart entre le poids économique de l’Afrique dans le groupe des marchés émergents et sa part dans l’encours de la dette d’entreprise s’est creusé, alors même que sa part dans le PIB a diminué.
Graphique 3.3. Poids de l’Afrique dans l’économie mondiale et les marchés de la dette
Copier le lien de Graphique 3.3. Poids de l’Afrique dans l’économie mondiale et les marchés de la detteL’Afrique est nettement et de plus en plus sous-représentée sur les marchés de la dette par rapport à son poids économique
Note : La part du crédit privé dans les marchés émergents n’est pas affichée en raison de la granularité limitée des données sources.
Source : Ensemble de données issu de la série sur les marchés de capitaux de l’OCDE, London Stock Exchange Group (LSEG), voir l’annexe pour plus d’informations ; Preqin ; et Fonds monétaire international.
Ce recul transparaît également dans les chiffres en valeur absolue. Contrairement à la forte hausse tendancielle des niveaux d’endettement des entreprises observée à l’échelle mondiale depuis 2008, l’encours total de la dette d’entreprise – obligations et prêts syndiqués – des sociétés non financières africaines a diminué en termes réels. Les émissions d’obligations d’entreprise ont été particulièrement faibles, l’encours étant passé de 52 milliards USD en 2010 à 38 milliards USD en 2024 (Graphique 3.4, parties A et B). Il convient de noter que cette baisse tient en partie à la dépréciation des monnaies locales par rapport au dollar des États-Unis (même si une grande partie de l’encours de la dette des entreprises africaines est libellée en USD).
Le même constat ressort du nombre d’instruments émis. Les émissions d’obligations d’entreprise sont restées globalement modestes, avec seulement deux sommets notables atteints en 2010 (64 obligations émises) et en 2014 (85 obligations émises). Abstraction faite de ces deux années, le nombre annuel moyen d’obligations émises entre 2000 et 2024 n’est que de 13. Le nombre de prêts syndiqués accordés à des entreprises a également été relativement faible, même s’il suit une légère tendance à la hausse, la moyenne annuelle étant passée de 46 au cours de la période 2000-2011 à 77 sur la période 2012-2024.
Graphique 3.4. Niveaux d’endettement des entreprises en Afrique
Copier le lien de Graphique 3.4. Niveaux d’endettement des entreprises en AfriqueOn observe une baisse tendancielle des émissions d’instruments de dette et de leur encours en volume depuis dix ans
Source : Ensemble de données issu de la série sur les marchés de capitaux de l’OCDE, London Stock Exchange Group (LSEG), voir l’annexe pour obtenir de plus amples informations ; et Fonds monétaire international.
Les marchés africains de la dette présentent des différences notables en matière de structure et de développement. L’activité est fortement concentrée dans un petit nombre de pays (Graphique 3.5, partie A). À la fin de 2024, quatre économies (Afrique du Sud, Égypte, Nigéria et Maurice) représentaient à elles seules 61 % de l’encours total de la dette des entreprises du continent. La part relative des marchés des obligations d’entreprise et des prêts syndiqués varie aussi considérablement. Contrairement aux tendances mondiales, les prêts syndiqués sont généralement prédominants, même si quelques pays, dont le Maroc, la Tunisie et le Gabon, ont des marchés obligataires plus importants (partie B). Cette tendance s’explique toutefois par l’absence de marchés des prêts syndiqués dans ces pays plutôt que par le dynamisme du marché des obligations d’entreprise. En Tunisie et au Gabon, par exemple, le petit nombre d’obligations d’entreprise en circulation est émis exclusivement par des sociétés financières. Même sur les marchés les plus actifs, les émissions d’instruments de dette d’entreprise restent de taille modeste. En Afrique, l’encours de la dette d’entreprise varie de moins de 1 % du PIB dans de nombreux pays à 14 % en Afrique du Sud ; Maurice, qui affiche une valeur beaucoup plus élevée (80 %), est une exception notable. À titre de comparaison, le taux d’endettement des entreprises en pourcentage du PIB s’établit à 26 % dans les marchés émergents et à 52 % à l’échelle mondiale (partie C).
Graphique 3.5. Encours de la dette dans certains pays d’Afrique, fin 2024
Copier le lien de Graphique 3.5. Encours de la dette dans certains pays d’Afrique, fin 2024Le ratio dette totale/PIB reste faible en Afrique et les marchés des prêts syndiqués sont plus importants que ceux des obligations d’entreprise
Source : Ensemble de données issu de la série sur les marchés de capitaux de l’OCDE, London Stock Exchange Group (LSEG), voir l’annexe pour obtenir de plus amples informations ; et Fonds monétaire international.
Les échéances des prêts syndiqués et des obligations d’entreprise en Afrique sont globalement comparables à celles observées dans les économies avancées (Graphique 3.6), ce qui concorde avec les données relatives à d’autres marchés émergents (Cortina, Didier et Schmukler, 2018[1]) Cela n’indique pas pour autant qu’il existe une abondance de financements à long terme dans la région. Dans le contexte africain, où le volume global de la dette d’entreprise est très limité, cette structure des échéances reflète plutôt l’ampleur et la profondeur insuffisantes des marchés de la dette d’entreprise, qui sont essentiellement réservés aux sociétés pouvant émettre des instruments à plus longue échéance.
Graphique 3.6. Échéance moyenne des instruments de dette d’entreprise, pondérée en fonction de leur valeur
Copier le lien de Graphique 3.6. Échéance moyenne des instruments de dette d’entreprise, pondérée en fonction de leur valeurLes instruments de dette émis en Afrique présentent des échéances comparables à celles observées dans les économies avancées
Note : Maturité moyenne pondérée en fonction de la valeur des instruments de dette émis. Moyennes mobiles sur trois ans.
Source : Ensemble de données issu de la série sur les marchés de capitaux de l’OCDE, London Stock Exchange Group (LSEG), voir l’annexe pour obtenir de plus amples informations.
La position dominante des grandes entreprises sur les marchés africains de la dette transparaît aussi clairement dans la taille des instruments de dette émis dans la région. Entre 2000 et 2024, 77 % des émissions de dette d’entreprise en Afrique dépassaient 100 millions USD, en moyenne annuelle (Graphique 3.7, partie A). En 2024, la taille médiane des émissions d’obligations d’entreprise et de prêts syndiqués était (en moyenne annuelle) de 293 millions USD et de 287 millions USD (partie B). À titre de comparaison, aux États-Unis, où se trouve un grand nombre des plus grandes entreprises mondiales, ces chiffres étaient de 432 millions USD et 267 millions USD.
Graphique 3.7. Taille des émissions d’instruments de dette d’entreprise en Afrique
Copier le lien de Graphique 3.7. Taille des émissions d’instruments de dette d’entreprise en Afrique
Note : La partie A du graphique comprend les obligations d’entreprise et les prêts syndiqués.
Source : Ensemble de données issu de la série sur les marchés de capitaux de l’OCDE, London Stock Exchange Group (LSEG), voir l’annexe pour obtenir de plus amples informations.
On observe une tendance similaire dans la proportion d’émissions obligataires notées par une grande agence de notation internationale. La multiplication des petits émetteurs a entraîné une hausse des émissions d’obligations non notées à l’échelle mondiale, mais pas en Afrique (Graphique 3.8). La forte proportion d’émissions notées (81 % en 2024) dans la région tient avant tout à l’accès limité des petites entreprises aux marchés.
Graphique 3.8. Proportion d’obligations non notées parmi celles émises par des sociétés non financières, moyenne mobile sur 3 ans
Copier le lien de Graphique 3.8. Proportion d’obligations non notées parmi celles émises par des sociétés non financières, moyenne mobile sur 3 ansLa majorité des obligations d’entreprise émises en Afrique sont notées
Note : Le graphique renvoie aux notations de S&P, Moody’s et Fitch.
Source : Ensemble de données issu de la série sur les marchés de capitaux de l’OCDE, London Stock Exchange Group (LSEG), voir l’annexe pour obtenir de plus amples informations.
Outre les obligations d’entreprise et les prêts syndiqués, le crédit privé est un segment du marché mondial de la dette d’entreprise qui a gagné en importance ces dernières décennies (OCDE, 2025[2]). Cet essor est également visible en Afrique, mais contrairement à ce que l’on peut voir sur d’autres marchés, où les fonds proviennent généralement de gestionnaires d’actifs alternatifs ou d’investisseurs institutionnels traditionnels, le crédit privé africain est en grande partie fourni par des banques multilatérales de développement (BMD) et des institutions de financement du développement (IFD) (FSD Africa, 2018[3]). Les placements en crédit privé des investisseurs institutionnels traditionnels en Afrique demeurent limités, les portefeuilles restant très concentrés sur les titres de dette souveraine et très peu exposés aux catégories d’actifs alternatifs (voir la section 3.2.2 et le chapitre X). On explique souvent cela par le manque d’expertise et de capacités locales pour évaluer les risques liés à ce type d’actifs, ainsi que par la mise en place relativement récente de réglementations régissant les placements en actifs alternatifs.
S’agissant de la demande, le nombre limité de projets viables et d’entreprises de taille suffisante susceptibles d’attirer des investissements constitue un obstacle majeur, comme en témoigne l’évolution de la participation des investisseurs étrangers au marché africain du crédit privé. Bien que plusieurs gestionnaires internationaux d’actifs alternatifs aient lancé des fonds axés sur l’Afrique – l’un des exemples les plus récents étant le fonds BluePeak (2025[4]), qui est soutenu par des IFD européennes –, de nombreux fonds de ce type ont réduit la voilure ou quitté la région ces dernières années (WSJ, 2017[5] ; 2019[6]). La ventilation des actifs totaux sous gestion dans les fonds axés sur l’Afrique fait ressortir ce problème. Bien qu’il y ait eu une forte croissance des actifs depuis 2021 (Graphique 3.9), cette hausse est constituée pour moitié de poudre sèche (capitaux engagés qui n’ont pas encore été affectés à des investissements spécifiques). À titre de comparaison, la poudre sèche représentait moins d’un tiers du total des actifs sous gestion dans le monde en 2024. Cela montre que, malgré l’intérêt et les engagements croissants des investisseurs, d’importants obstacles subsistent pour canaliser cette demande vers des activités d’investissement réelles dans la région.
Graphique 3.9. Actifs sous gestion dans des fonds de crédit privé axés sur l’Afrique
Copier le lien de Graphique 3.9. Actifs sous gestion dans des fonds de crédit privé axés sur l’AfriqueMalgré l’augmentation récente des actifs sous gestion dans des fonds de crédit privé, une proportion importante de ces actifs n’est toujours pas investie
Note : Les données relatives aux actifs sous gestion correspondent aux fonds de crédit privé non cotés à capital fixe.
Source : Preqin.
3.2. Principales considérations intéressant l’action publique
Copier le lien de 3.2. Principales considérations intéressant l’action publiqueÀ partir de la cartographie empirique établie dans la section précédente, la présente section met en évidence quatre domaines dans lesquels des réformes pourraient favoriser le développement des marchés, à savoir : la dépendance à l’égard de l’étranger, les investisseurs institutionnels nationaux, l’attraction de l’investissement international et les infrastructures de marché.
3.2.1. Dépendance à l’égard de l’étranger
Le savoir-faire et l’investissement étrangers sont des éléments fondamentaux de la mise en place de marchés de capitaux nationaux solides dans les économies émergentes, mais une dépendance excessive à l’égard d’acteurs étrangers sur les marchés de capitaux peut exposer les pays à des sorties soudaines de capitaux et à des conditions de financement instables. Elle peut en outre freiner le développement des capacités nationales. Une telle dépendance est donc susceptible de compromettre la stabilité financière et de restreindre la marge de manœuvre des autorités nationales, à mesure que celles-ci deviennent plus vulnérables à la perception des risques par les acteurs étrangers et aux tensions sur les taux de change. L’un des indicateurs les plus manifestes de la dépendance à l’égard de l’étranger est la part de la dette libellée en devises. Les marchés émergents ont vu la proportion d’instruments de dette émis par des sociétés non financières en monnaie locale augmenter au fil du temps. Si l’on exclut la Chine (où les obligations libellées en monnaie locale représentaient 96 % des émissions en 2024), la proportion d’obligations libellées en monnaie locale dans les marchés émergents s’établissait à 43 % à la fin de 2024, contre 12 % en 2000. Bien que l’Afrique ait également enregistré une hausse des émissions en monnaie locale, la majorité des instruments émis (60 % en 2024) sont toujours libellés en devises (Graphique 3.10, partie A). La plupart des emprunts en monnaie locale sont contractés sur le marché des prêts syndiqués (partie B), tandis que la proportion d’émissions d’obligations d’entreprise libellées en monnaie locale a diminué depuis 2000 (partie C).
Le dollar des États-Unis reste la monnaie principale des instruments de dette émis par des sociétés non financières en Afrique, représentant 53 % du total des émissions de dette en 2024, dont 43 % des prêts syndiqués et 100 % des obligations d’entreprise. En dehors des marchés de capitaux, le dollar des États-Unis est également couramment utilisé pour régler des transactions commerciales intra-africaines et pour fixer le prix de biens essentiels tels que le pétrole, le blé et les médicaments (Gopaldas, 2025[7]). Si l’investissement étranger influe favorablement sur l’économie, une forte concentration de l’exposition au risque de change lié à un seul pays peut limiter la capacité d’un État à agir au mieux des intérêts de la croissance nationale (Kentor et Boswell, 2003[8]). Plusieurs mesures ont déjà été prises pour réduire la dépendance à l’égard des devises. Le Fonds ALCB (African Local Currency Bond) est un fonds d’investissement dédié aux obligations d’entreprise en monnaie locale qui a été créé en 2012 par la banque nationale de développement allemande (KfW, Kreditanstalt für Wiederaufbau) et l’État fédéral allemand pour promouvoir l’émission d’obligations en monnaie locale sur le continent africain. Ce fonds agit en tant qu’investisseur panafricain de référence dans les émissions d’obligations d’entreprise en monnaie locale et fournit une assistance technique aux prestataires de services financiers. Il investit dans des entreprises actives dans les secteurs du développement dont les bénéficiaires ultimes sont les ménages à faible revenu et les micro, petites et moyennes entreprises. Outre les émetteurs locaux, les investisseurs et les intermédiaires qui réalisent des transactions innovantes sur le marché local sont également admissibles (ALCB Fund[9]). À la fin de 2024, le fonds avait investi 214 millions USD dans 39 entreprises différentes (ALCB Fund, 2024[10]).
Il existe, en dehors des marchés obligataires, des initiatives monétaires plus vastes, telles que le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS, Pan-African Payment and Settlement System), qui a été lancé en 2022 pour faciliter les transactions transnationales en monnaies locales sur le continent (PAPSS[11]). En 2025, le PAPSS, en collaboration avec l’entreprise technologique africaine Interstellar, a annoncé la création d’une place de marché (PAPSS Africa Currency Marketplace) permettant d’échanger directement des monnaies africaines sans passer par des devises fortes (PAPSS, 2025[12]).
Graphique 3.10. Ventilation par monnaie de libellé des instruments de dette émis par des sociétés non financières
Copier le lien de Graphique 3.10. Ventilation par monnaie de libellé des instruments de dette émis par des sociétés non financièresLes instruments de dette d’entreprise émis en Afrique sont encore principalement libellés en devises
Note : Moyennes mobiles sur trois ans.
Source : Ensemble de données issu de la série sur les marchés de capitaux de l’OCDE, London Stock Exchange Group (LSEG), voir l’annexe pour obtenir de plus amples informations.
Seuls 14 pays d’Afrique ont vu des entreprises emprunter en monnaie locale sur les marchés des obligations et des prêts syndiqués entre 2000 et 2024, ce qui dénote l’utilisation limitée des monnaies locales dans les émissions de dette dans la région. Des obligations d’entreprise ont été émises en monnaie locale dans seulement cinq pays (Graphique 3.11, partie A). L’Afrique du Sud, qui est de loin le plus grand marché d’Afrique, affiche la proportion d’instruments de dette émis par des sociétés non financières en monnaie locale la plus élevée (35 %), suivie du Kenya (16 %) et du Sénégal (16 %). Seules sept économies ont enregistré une hausse de la proportion de prêts syndiqués libellés en monnaie locale entre 2000-2010 et 2011-2024 (partie B). Il est plus difficile de suivre les évolutions survenant sur les marchés des obligations d’entreprise compte tenu du sous-développement général de ce segment dans la région. Le Ghana et Maurice n’ont jamais enregistré d’émission obligataire en monnaie locale. L’Afrique du Sud, qui est le seul pays à avoir enregistré des émissions d’obligations d’entreprise en monnaie locale au cours des deux périodes considérées, affiche une tendance à la baisse de la proportion d’instruments de dette émis en monnaie locale, laquelle est passée de 38 % sur la période 2000-2010 à seulement 10 % au cours de la période 2011-2024. Le Sénégal se distingue par le fait que toutes les obligations d’entreprise émises entre 2011 et 2024 étaient libellées en monnaie locale, même si le montant global est très faible (partie C).
Lorsqu’une dette est libellée en devises, le risque de change est transféré du prêteur à l’emprunteur. La forte volatilité du taux de change de nombreuses monnaies africaines expose les émetteurs à des risques importants et crée un besoin de couverture du risque de change, laquelle est souvent extrêmement coûteuse, compte tenu de cette volatilité (BEI, 2022[13]). Un certain nombre d’initiatives internationales ont été mises en œuvre pour remédier à ce problème (voir l’Encadré 3.1). Même si les deux zones du franc CFA (UEMOA et CEMAC), ainsi que huit autres pays de la région1, sont dotés de régimes d’arrimage de jure (Boris, 2025[14] ; FMI, 2004[15]), qui réduisent la volatilité du taux de change, des ajustements importants peuvent s’avérer nécessaires si l’arrimage devient insoutenable (Horrocks et al., 2025[16]).
Graphique 3.11. Ventilation par monnaie de libellé des instruments de dette émis par des sociétés non financières, 2000-2024
Copier le lien de Graphique 3.11. Ventilation par monnaie de libellé des instruments de dette émis par des sociétés non financières, 2000-2024Depuis 2000, seuls 14 pays africains ont enregistré des émissions de dette d’entreprise en monnaie locale
Note : Chiffres agrégés sur les périodes indiquées. Aucune obligation d’entreprise n’a été émise entre 2000 et 2024 au Botswana, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Kenya, en Namibie, en Ouganda, en Tanzanie, en Tunisie, en Zambie et au Zimbabwe ; entre 2000 et 2010 à Maurice, au Maroc, au Nigéria et au Sénégal ; et entre 2011 et 2024 en Égypte et au Ghana.
Source : Ensemble de données issu de la série sur les marchés de capitaux de l’OCDE, London Stock Exchange Group (LSEG), voir l’annexe pour obtenir de plus amples informations.
Encadré 3.1. Outils de gestion du risque de change pour les entreprises et les investisseurs en Afrique
Copier le lien de Encadré 3.1. Outils de gestion du risque de change pour les entreprises et les investisseurs en AfriquePlusieurs initiatives, dont The Currency Exchange Fund (TCX), ont été lancées pour remédier aux difficultés liées au risque de change dans les économies émergentes. Le fonds TCX a été créé en 2007, avec le concours d’institutions de financement du développement, d’organismes de microfinance et de certains États européens, pour proposer des instruments tels que des contrats à terme et des contrats d’échange de devises sur des marchés frontières et des marchés en développement, où les marchés de produits dérivés ne s’étaient pas encore développés. Le fonds propose des stratégies d’atténuation du risque de change pour toutes les monnaies africaines à l’exception de celles de l’Érythrée, de la Somalie, du Soudan, du Soudan du Sud et du Zimbabwe. Depuis 2013, il fournit une couverture des obligations de paiement découlant de titres d’emprunt libellés en monnaie locale (TCX[17]). Dans plusieurs pays africains, les entreprises ont déjà bénéficié de partenariats entre le fonds TCX et le fonds ALCB, qui soutient l’émission d’obligations d’entreprise en monnaie locale en réalisant des investissements précoces importants. Ceux-ci contribuent à renforcer la confiance des marchés et à attirer des capitaux privés supplémentaires (TCX, 2018[18]). En 2024, le fonds TCX a couvert des obligations libellées en dix monnaies africaines différentes, d’une valeur totale de 80 millions USD, dont la moitié était libellée en shillings tanzaniens. Sa présence en Afrique a été renforcée par l’offre de contrats d’échange à des taux subventionnés grâce à la composante « tarification » (Pricing Component) du programme de création de marchés de l’UE (EU Market Creation Facility), initiative conjointe du fonds TCX, de la banque nationale de développement allemande (KfW) et de la Commission européenne (TCX, 2024[19]).
Des organisations internationales ont également pris des mesures pour atténuer le risque de change et soutenir la croissance des marchés de capitaux en monnaie locale. Ainsi, la Société financière internationale (SFI) propose des financements en monnaie locale dans près de 60 monnaies des marchés émergents. Elle propose également des contrats d’échange de taux d’intérêt et de devises pour aider les emprunteurs à couvrir leurs dettes – actuelles et nouvelles – libellées en devises.
En s’approvisionnant en monnaie locale via des contrats d’échange avec les acteurs du marché, la SFI contribue au développement des marchés locaux de produits dérivés. La SFI a en outre élargi l’éventail des contreparties éligibles pour y inclure les banques centrales locales, afin de favoriser le financement en monnaie locale même dans les pays où il n’existe pas de marché des contrats d’échange (SFI, 2017[20]).
Les marchés africains de la dette d’entreprise sont dépendants à l’égard d’acteurs étrangers non seulement sur le plan monétaire, mais aussi en ce qui concerne les infrastructures et les prestataires de services. En 2024, un peu plus d’un tiers (37 %) des émissions de dette des sociétés non financières en Afrique étaient gérées par des établissements financiers africains, contre 1 % en 2000, ce qui représente une hausse importante mais témoigne encore de la persistance de lacunes structurelles dans le secteur local du conseil financier (Graphique 3.12, partie A). L’activité de conseil en Afrique est fortement concentrée dans quatre pays (l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Nigéria et le Togo), lesquels représentent plus de 90 % de l’activité des chefs de file africains sur le marché de la dette des sociétés non financières depuis 2000 (partie B), ce qui montre bien le développement inégal des infrastructures des marchés des capitaux dans la région. L’augmentation du pourcentage de chefs de file africains a été surtout contrebalancée par un recul du rôle joué par les établissements européens, dont la part dans l’activité globale a fortement chuté, passant de 71 % à 25 % sur la même période. Les établissements asiatiques occupent quant à eux une place de plus en plus importante depuis 2015.
Graphique 3.12. Ventilation géographique des chefs de file de syndicats d’émissions de dette d’entreprise en Afrique
Copier le lien de Graphique 3.12. Ventilation géographique des chefs de file de syndicats d’émissions de dette d’entreprise en AfriqueLa plupart des émissions de dette des sociétés non financières en Afrique sont gérées par des chefs de file étrangers
Note : Les données du graphique correspondent à la dette des sociétés non financières (émissions d’obligations d’entreprise et de prêts syndiqués). Dans la partie B, la barre indiquant 100 % pour la catégorie « Autres » en 2000 se rapporte au Ghana. Les émissions réalisées au Togo sont toutes gérées par Ecobank Transnational.
Source : Ensemble de données issu de la série sur les marchés de capitaux de l’OCDE, London Stock Exchange Group (LSEG), voir l’annexe pour obtenir de plus amples informations.
Considérations intéressant l’action publique
Le degré de dépendance à l’égard de l’étranger sur les marchés de la dette d’une économie, notamment l’utilisation de devises, dépend dans une large mesure de facteurs macroéconomiques plus vastes qui ne relèvent pas du champ du présent rapport. Il existe toutefois des mesures propres aux marchés de capitaux auxquelles les responsables de l’action publique peuvent recourir pour favoriser le développement des marchés de la dette d’entreprise en monnaie locale. Ces mesures peuvent notamment faciliter l’émergence d’instruments financiers destinés à aider les emprunteurs et les investisseurs à se couvrir contre le risque de change. Les institutions internationales offrent actuellement des solutions de couverture, mais, sur certains marchés émergents, les banques centrales locales ont joué un rôle supplémentaire en proposant des couvertures de change aux investisseurs étrangers sous la forme de contrats de change à terme non livrables, de façon à réduire le risque de change et encourager une plus grande participation étrangère (BRI, 2019[21]). Il est en outre essentiel de renforcer l’expertise locale en matière de services de conseil financier. À cette fin, les responsables de l’action publique pourraient exiger l’inclusion d’au moins une entreprise locale parmi les chefs de file de syndicats financiers, et collaborer avec des institutions internationales pour faciliter le transfert de connaissances et le renforcement des capacités.
3.2.2. Investisseurs institutionnels nationaux
Il sera impératif de constituer une réserve suffisamment large de capitaux locaux permettant de financer le secteur privé pour répondre aux besoins de financement à long terme de l’Afrique et réduire sa dépendance à l’égard des capitaux étrangers, tout en atténuant les effets des risques associés tels que la volatilité des taux de change. Selon des estimations récentes, les investisseurs institutionnels en Afrique (fonds de pension, compagnies d’assurance, fonds souverains et banques de développement) détiennent collectivement environ 1.1 billion USD d’actifs (AFC, 2025[22]). Ce montant équivaut à environ 40 % du PIB de l’Afrique en 2024. Sur ce total, environ 455 milliards USD sont détenus par des fonds de pension, tandis que les compagnies d’assurance en contrôlent 320 milliards USD environ.
La taille des capitaux institutionnels en Afrique et leur capacité à soutenir le développement économique sont fortement limitées par les faibles niveaux de revenu et les taux élevés d’emploi informel, qui s’établissent à 83 % en moyenne à l’échelle du continent et atteignent 92 % en Afrique centrale (ILOSTAT[23]). Néanmoins, du fait de tendances démographiques telles que la croissance de la population et l’augmentation de l’espérance de vie, le continent est bien placé pour mettre en œuvre des réformes qui accompagnent la croissance des actifs des investisseurs institutionnels, et notamment des fonds de pension et de l’assurance vie. Grâce à la structure de leur portefeuille actifs-passifs, ces acteurs sont particulièrement aptes à fournir des financements à long terme.
Le niveau de développement du secteur des investisseurs institutionnels varie beaucoup d’un pays africain à l’autre, et les actifs sont fortement concentrés dans un petit nombre de marchés. S’agissant du total des actifs des fonds de pension exprimé en pourcentage du PIB, deux pays se distinguent : la Namibie, où les actifs représentent 104 % du PIB – plus du double de la moyenne de l’OCDE (voir le chapitre X) – et l’Afrique du Sud, où les actifs équivalent à 96 % du PIB (Graphique 3.13). Ces cas montrent que des efforts soutenus des pouvoirs publics et des instances de réglementation peuvent encourager l’épargne retraite. En Namibie, les travailleurs du secteur formel sont nombreux à adhérer aux fonds de pension professionnels. Le système bénéficie d’incitations fiscales avantageuses : les cotisations patronales et salariales sont fiscalement déductibles jusqu’à certaines limites, les rendements sont exonérés d’impôt, et seuls les deux tiers des prestations de retraite sont imposables (IOPS, 2020[24]). En Afrique du Sud, le plus grand marché en valeur absolue, diverses réformes menées au cours de la dernière décennie avaient pour but d’améliorer les revenus à la retraite, avec entre autres le versement obligatoire d’une rente, le traitement fiscal identique de tous les produits de retraite et la promotion de l’épargne individuelle. Plus récemment, les réformes se sont employées à élargir la couverture aux travailleurs de l’économie informelle et sans couverture, et à concevoir des produits plus attractifs ciblant les jeunes épargnants (APSA, 2024[25]). Cependant, malgré une certaine progression des actifs de pension ces dernières années, leur niveau reste faible dans la plupart des pays d’Afrique, ce qui freine le développement des marchés de capitaux en général et des marchés des obligations d’entreprise en particulier.
Graphique 3.13. Actifs des fonds de pension en pourcentage du PIB dans une sélection de pays africains
Copier le lien de Graphique 3.13. Actifs des fonds de pension en pourcentage du PIB dans une sélection de pays africainsLes actifs de pension restent limités dans la plupart des pays d’Afrique
Note : Les actifs déclarés sont les suivants – Namibie : actifs des fonds de pension déclarés par la Banque de Namibie ; Afrique du Sud : fonds de retraite publics et privés déclarés par la Banque de réserve sud-africaine ; Botswana : actifs des fonds de pension déclarés par la NBFIRA ; Ouganda : actifs sous gestion des régimes de prestations de retraite déclarés par l’URBRA ; Maurice : actifs de pension privés déclarés par la Banque de Maurice ; Nigéria : actifs de fonds de pension déclarés par la RSA ; Ghana : actifs de fonds de pension privés et actifs gérés par le régime de base de la sécurité sociale (BNSSS) déclarés par la NPRA. Les données concernant Maurice en 2018 ne sont pas disponibles. Les dernières données disponibles pour le Ghana datent de 2023.
Source : Rapports des banques centrales et des autorités de réglementation.
Outre le volume total des réserves de capitaux, la répartition de ces actifs, et notamment la fraction investie dans des sociétés nationales, revêt une importance tout aussi grande. Pour promouvoir les investissements nationaux, certains pays plafonnent la proportion d’actifs qui peuvent être investis à l’étranger. Par exemple, l’Afrique du Sud fixe une limite de 45 % (Banque de réserve sud-africaine, 2022[26]) et, en 2023, le Botswana a porté son obligation d’investissements nationaux de 30 % à 38 %, entamant un relèvement progressif visant à atteindre 50 % d’ici 2027 (NBFIRA, 2023[27] ; Banque mondiale, 2023[28]). Le Ghana suit une approche plus stricte qui consiste à interdire aux fonds de pension d’investir plus de 5 % de leurs actifs à l’étranger (NPRA[29]), ce qui explique pourquoi l’investissement national des fonds de pension est beaucoup plus élevé au Ghana que dans d’autres pays africains représentés dans le Graphique 3.14.
À l’échelle du continent, les stratégies de placement nationales restent très prudentes, avec une préférence marquée pour les fonds souverains plutôt que pour les obligations d’entreprise (partie B). Comme on l’a déjà mentionné, cette tendance est liée en partie aux rendements élevés des fonds souverains, qui dissuadent les investisseurs de s’intéresser à d’autres classes d’actifs, à quoi s’ajoute le nombre réduit de sociétés suffisamment grandes pour pouvoir émettre des obligations d’entreprise.
Graphique 3.14. Répartition des actifs des fonds de pension dans une sélection de pays africains
Copier le lien de Graphique 3.14. Répartition des actifs des fonds de pension dans une sélection de pays africainsLes fonds de pension privilégient les obligations souveraines par rapport aux obligations d’entreprise dans leur portefeuille national
Source : Rapports des banques centrales et des autorités de réglementation.
Bien que les données relatives à la répartition des actifs d’assurance soient moins complètes, rendant les comparaisons régionales plus difficiles, le tableau d’ensemble est similaire à celui des fonds de pension, les actifs se concentrant massivement dans une poignée de pays (AFC, 2025[22]). Les actifs d’assurance vie, qui se prêtent bien à l’investissement à long terme, représentent des parts très différentes des actifs totaux d’assurance d’un pays africain à l’autre (Graphique 3.15, partie A). Leur part est plutôt faible dans la majorité des pays. À l’exception de l’Afrique du Sud, les actifs d’assurance vie représentent moins d’un tiers du PIB dans les pays analysés (et probablement à l’échelle de la région, étant donné que les pays pour lesquels des données sont disponibles possèdent généralement une base d’actifs plus étoffée). Indépendamment de la répartition du portefeuille, les investissements des compagnies d’assurance dans le secteur privé sont donc nécessairement très limités en valeur absolue.
Graphique 3.15. Actifs des compagnies d’assurance dans une sélection de pays africains
Copier le lien de Graphique 3.15. Actifs des compagnies d’assurance dans une sélection de pays africainsLes actifs d’assurance à long terme restent limités dans la plupart des pays d’Afrique
Source : Rapports des banques centrales et des autorités de réglementation.
Considérations intéressant l’action publique
Le niveau élevé d’emploi informel et la faiblesse des revenus dans une grande partie de l’Afrique constituent les principaux freins à la croissance des investisseurs institutionnels nationaux, mais des mesures sectorielles plus spécifiques peuvent aussi contribuer à orienter les capitaux vers l’investissement productif dans l’économie réelle. Pour accroître les réserves de capitaux disponibles pour l’investissement, les pouvoirs publics devraient s’attacher à étendre la couverture des régimes de retraite en soutenant le développement des fonds de pension professionnels et individuels au sein de la population active. La stratégie prudente de répartition des actifs actuellement menée par les fonds de pension, qui fait la part belle aux titres d’État, constitue aussi un obstacle de taille à l’investissement institutionnel dans les entreprises locales. Les pouvoirs publics devraient encourager des stratégies de répartition d’actifs plus diversifiées qui investissent davantage dans le secteur privé. Dans les pays où ces investissements sont plafonnés par la réglementation, une révision à la hausse des plafonds d’investissement dans les obligations d’entreprise, les actions et d’autres instruments privés pourrait soutenir cet objectif. Toutefois, il importe de souligner que, très souvent, les placements actuels des investisseurs institutionnels restent bien en-deçà des limites réglementaires. D’où la nécessité de définir une stratégie globale sur le long terme visant à développer à la fois l’économie nationale et les marchés de capitaux en parallèle, comportant des mesures propres à étoffer la réserve de projets susceptibles d’attirer les capitaux en améliorant la solvabilité, l’échelle et la visibilité des entreprises locales, afin de les rendre plus attractives aux yeux des investisseurs institutionnels.
3.2.3. Attirer l’investissement international
Les efforts destinés à promouvoir l’investissement national et à réduire la dépendance à l’égard d’acteurs étrangers dans certains domaines ne doivent pas être perçus comme incompatibles avec l’augmentation des investissements internationaux dans certains marchés de capitaux africains. Au contraire, les capitaux internationaux jouent un rôle complémentaire essentiel pour appuyer le développement des marchés nationaux. L’accroissement de l’investissement étranger n’implique pas un surcroît de dépendance dès lors qu’il s’oriente vers des marchés bien diversifiés possédant une forte composante nationale.
Les prêts étrangers à long terme au secteur privé sont limités en Afrique. Fin 2023, les entreprises africaines représentaient seulement 7 % de l’encours total des prêts à long terme concédés par des créanciers étrangers au secteur privé dans les pays africains à revenu faible et intermédiaire. Par contraste, les entreprises en Asie de l’Est et dans le Pacifique, en Amérique latine et dans les Caraïbes, absorbaient respectivement 36 % et 28 % de l’encours total (Graphique 3.16, partie A). L’Afrique est également la région où le secteur privé reçoit la part la plus faible de la dette extérieure totale, laquelle s’établissait à seulement 17 % à la fin de 2023, soit une baisse de 6 points de pourcentage par rapport à la décennie précédente (partie B), ce qui traduit une forte préférence des investisseurs pour les obligations d’État en Afrique par rapport à d’autres régions émergentes.
Graphique 3.16. Dette extérieure à long terme consentie au secteur privé en Afrique et dans d’autres marchés émergents
Copier le lien de Graphique 3.16. Dette extérieure à long terme consentie au secteur privé en Afrique et dans d’autres marchés émergentsL’Afrique est la région émergente où le secteur privé reçoit la part la plus faible de la dette extérieure à long terme
Note : Les données sont présentées pour les pays à revenu faible et intermédiaire qui communiquent leurs données au Système de notification des pays débiteurs de la Banque mondiale. Elles concernent les prêts à long terme (échéance > 1 an) consentis par tous les investisseurs étrangers (publics/multilatéraux et privés). Elles prennent en compte la dette garantie et non garantie par l’État du secteur privé. Elles excluent les allocations et crédits au titre des droits de tirage spéciaux du FMI. Encours de la dette en fin d’année.
Source : Banque mondiale, International Debt Statistics.
L’inclusion dans des indices internationaux renforce la visibilité et la crédibilité des entreprises, contribuant à attirer l’investissement international. De nombreux investisseurs institutionnels internationaux procèdent à une répartition mécanique de leurs capitaux sur la base d’indices ; aussi, dès lors qu’une entreprise est incluse dans un indice, elle bénéficie automatiquement d’une augmentation des flux d’investissement. Cette augmentation de la demande d’obligations émises par une entreprise peut faire baisser les coûts d’emprunt et, par ricochet, créer un cercle vertueux de croissance de l’entreprise et de plus forte participation des investisseurs étrangers.
Globalement, la place de l’Afrique dans l’indice JP Morgan CEMBI Broad, qui suit les obligations d’entreprise libellées en dollar des États-Unis émises par des entreprises de marchés émergents, est plus importante que sa part du PIB mondial pour les pays participants. Toutefois, cette tendance est essentiellement portée par l’Afrique du Sud, dont le poids dans l’indice est disproportionné par rapport à d’autres marchés africains et à son PIB. Si l’Afrique du Sud est exclue de l’analyse, les autres pays d’Afrique sont fortement sous-représentés dans l’indice par rapport à leur poids économique (Graphique 3.17).
Graphique 3.17. Part de l’Afrique dans l’indice JP Morgan CEMBI Broad par rapport au PIB des pays participants
Copier le lien de Graphique 3.17. Part de l’Afrique dans l’indice JP Morgan CEMBI Broad par rapport au PIB des pays participantsHors Afrique du Sud, l’Afrique est sous-représentée dans un grand indice obligataire par rapport à son poids économique
Note : Les pondérations de l’indice datent de juin 2025. L’analyse englobe 62 pays, à savoir ceux qui étaient inclus dans l’indice au moment de l’analyse. Les pondérations du PIB datent de fin 2024.
Source : Calculs de l’OCDE basés sur l’indice de JP Morgan.
En général, les indices internationaux de la dette des entreprises des marchés émergents ne comprennent que des obligations libellées en devises fortes. Étant donné que la plupart des obligations d’entreprise en Afrique sont libellées en devises, principalement en dollars des États-Unis (voir la section 3.2.1), la sous-représentation de l’Afrique illustrée dans le Graphique 3.17 est encore plus frappante.
L’un des principaux facteurs qui limitent la participation des investisseurs internationaux est l’absence de cadres adéquats de protection des investisseurs et de gouvernance d’entreprise. L’existence de droits juridiques clairement définis en faveur des investisseurs et de mécanismes d’application associés est essentielle pour réduire le risque pour les investisseurs et renforcer la crédibilité des marchés. Sur les marchés africains, où la confiance des investisseurs reste fragile et où les émissions d’obligations d’entreprise sont limitées, l’absence de protections solides des détenteurs d’obligations peut décourager l’investissement à long terme. Un exemple récent met en lumière les conséquences des lacunes dans les cadres de gouvernance et de diffusion d’informations. En 2016, un établissement financier kenyan a été mis sous séquestre puis liquidé à la suite de problèmes de liquidité, d’une mauvaise gouvernance et de prêts internes qui ont été révélés quelques mois seulement après l’émission d’une obligation de 4.8 milliards KSh (l’équivalent de 49 millions USD à l’époque). Lorsque la banque a fait défaut, les détenteurs d’obligations ont essuyé des pertes importantes. Cet événement a réduit la demande d’obligations d’entreprise dans le pays au cours des années suivantes et souligne les risques auxquels les investisseurs sont confrontés en l’absence de cadres efficaces (Reuters, 2015[30] ; BBC, 2016[31] ; Bloomberg, 2024[32]). Au-delà du renforcement des cadres de gouvernance d’entreprise pour empêcher de telles défaillances (voir le chapitre 2), la région gagnerait aussi à pouvoir s’appuyer sur des procédures d’insolvabilité plus solides. Ces procédures sont essentielles pour obtenir la confiance des investisseurs et attirer des capitaux étrangers à long terme sur les marchés africains des obligations d’entreprise.
En outre, l’harmonisation régionale des cadres réglementaires peut réduire l’incertitude juridique pour les investisseurs, notamment étrangers, et abaisser le coût des investissements transfrontières, facilitant dès lors une plus forte participation étrangère. Cet aspect est d’autant plus important que de nombreux grands investisseurs étrangers ont des portefeuilles d’actifs qui se concentrent sur de petits marchés de la région. Plus l’harmonisation régionale est poussée, moins les obligations de diligence seront lourdes et plus les obstacles au flux d’investissements internationaux nécessaires au financement des économies nationales seront minimes. La conception de cadres d’insolvabilité s’inscrit dans cette démarche. En Afrique, le cadre mis en place par l’OHADA (Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires), qui couvre 17 pays d’Afrique occidentale et centrale, en est un exemple éloquent. Le droit OHADA de l’insolvabilité, révisé en 2015, cherche à simplifier les procédures d’insolvabilité à l’échelle des États membres. Il a pour objectifs de préserver l’activité économique et l’emploi, de faciliter la restructuration des entreprises viables et de définir clairement l’ordre de paiement des créanciers (OHADA, 2015[33]). Cette approche harmonisée pourrait servir de modèle à d’autres régions d’Afrique et contribuer à stimuler l’investissement transfrontières en améliorant la prévisibilité et la confiance des investisseurs dans les procédures d’insolvabilité.
Au-delà de l’insolvabilité, l’harmonisation des cadres d’émission d’obligations et l’uniformisation des obligations documentaires permettraient d’améliorer la comparabilité entre émetteurs et de rationaliser le processus d’investissement. Dans le même temps, ces mesures réduiraient les coûts d’émission et simplifieraient le processus pour les entreprises qui cherchent à emprunter sur plusieurs marchés. Aussi, elles pourraient accroître l’offre et la demande d’obligations d’entreprise sur les marchés africains.
Le Règlement de l’Union européenne sur les prospectus, qui a mis en place un mécanisme de passeport transfrontière, est un exemple qui pourrait inspirer l’Afrique (même s’il n’est pas strictement comparable compte tenu des différences d’obligations juridiques). Dans ce cadre, un prospectus approuvé par un État membre peut être utilisé par tous les pays de l’UE, ce qui crée un document d’enregistrement universel valide pour toute offre au public de valeurs mobilières à travers l’Union (Union européenne, 2017[34]). Bien que des progrès soient accomplis dans certaines régions d’Afrique, avec par exemple la création de la BRVM en Afrique de l’Ouest qui fonctionne comme une bourse de valeurs mobilières partagée en étant soumise à une surveillance réglementaire harmonisée, il n’existe pas encore de régime de passeport applicable aux obligations à l’échelle du continent. La mise en place d’un tel régime marquerait une étape décisive vers l’approfondissement de l’intégration des marchés de capitaux africains et l’amélioration de l’accès aux financements sur le continent.
Le manque de transparence concernant la solvabilité des entreprises est un autre facteur qui dissuade les investisseurs, notamment ceux étrangers, d’acquérir des titres de dette d’entreprises africaines. En témoigne le recours limité aux marchés de la dette par les petites entreprises (qui n’ont souvent pas accès aux notations financières) (Graphique 3.8).
Certains pays africains s’efforcent d’améliorer leur solvabilité et de soutenir le développement des marchés obligataires au moyen de garanties directes. Citons l’exemple d’InfraCredit au Nigéria, un établissement spécialisé qui octroie des garanties de crédit à l’appui du financement des infrastructures en monnaie locale. Bénéficiant du soutien de grandes institutions telles que la Nigeria Sovereign Investment Authority, l’Africa Finance Corporation et la Banque africaine de développement, il a pour mission d’améliorer la qualité du crédit des instruments d’emprunt destinés à financer les projets d’infrastructure et de mobiliser les capitaux nationaux à long terme, notamment auprès des fonds de pension et des compagnies d’assurance. En se concentrant sur des secteurs tels que les énergies renouvelables, le logement, les télécommunications, les transports et les infrastructures hydrauliques, cet établissement a pu mobiliser plus de 300 milliards NGN (environ 190 millions USD), soutenu 12 primo-émetteurs et aidé à financer 22 projets d’infrastructure (InfraCredit[35]).
La Banque de développement de l’Afrique australe (DBSA) est un autre exemple. Même si elle n’accorde pas de garanties de crédit directes à l’appui des émissions d’obligations d’entreprise, elle poursuit l’objectif d’améliorer la qualité du crédit des émetteurs par d’autres moyens (DBSA[36]). Cela passe par l’octroi d’une dette subordonnée ou d’une garantie au premier risque, qui contribue à réduire l’exposition au risque des autres investisseurs et à rendre les projets plus attractifs. En outre, la DBSA soutient la phase de préparation et de structuration du projet, ce qui peut aider les entreprises et les projets d’infrastructure à améliorer leur profil financier et à devenir suffisamment solvables pour accéder aux marchés obligataires.
Toutefois, il convient d’observer que de nombreux pays africains n’ont guère de marge de manœuvre budgétaire pour mettre en œuvre ce type de mesures, qui sont souvent tributaires d’aides ou de garanties financières publiques. Il faut également souligner que promouvoir la diffusion d’informations sur la solvabilité d’une entreprise (en étendant la couverture des notations de crédit, par exemple) constitue une activité distincte de l’octroi de garanties de crédit, et peut se faire sans impact budgétaire.
Au niveau régional, la création de l’Agence africaine de notation de crédit (AfCRA) est une initiative récente soutenue par l’Union africaine et lancée en réponse aux préoccupations concernant les méthodes employées par les agences internationales de notation du crédit. Les gouvernements des pays africains ont critiqué ces méthodes, jugeant qu’elles perpétuaient des biais, ne tenaient pas compte du contexte propre aux économies africaines et avaient été élaborées sans collaborer suffisamment avec les autorités nationales. Pour tenter d’améliorer la situation, l’AfCRA compte proposer des évaluations plus transparentes en tenant compte des connaissances et du contexte propres aux pays africains (Union africaine, 2025[37]). Bien que l’initiative soit au départ axée sur les notations souveraines, en renforçant la confiance des investisseurs de la région, elle peut aussi accroître l’attractivité des marchés d’obligations d’entreprise. Elle pourrait également servir de modèle aux futurs projets d’établissement de cadres de notation au niveau des entreprises en Afrique. La création d’une agence de notation de crédit ayant pour mission de donner une vision plus complète que les agences de notation internationales, éclairée par le point de vue des gouvernements africains, met également en évidence une difficulté de taille dans la région : le manque d’informations fiables et complètes sur les emprunteurs nécessaires à une évaluation précise des risques, tant pour la dette souveraine que pour la dette d’entreprise.
Enfin, il est essentiel d’établir une courbe des rendements souverains aux différentes échéances pour pouvoir attirer l’investissement international (et national) et, plus largement, soutenir la croissance des marchés des obligations d’entreprise. Une courbe des rendements souverains liquide renforce la confiance des investisseurs et la transparence quant aux rendements escomptés, ce qui les aide à prendre leurs décisions de placement, tout en procurant aux entreprises en quête de fonds à long terme une base de comparaison fiable pour la fixation des prix (Grundy, van Bekkum et Verwijmeren, 2024[38]). Dans de nombreux pays africains, le sous-développement des marchés de la dette publique empêche de bâtir une courbe de référence de ce type (voir le chapitre X). L’établissement d’une courbe des rendements liquide nécessite, entre autres facteurs, de disposer d’un cadre juridique et institutionnel solide à même de garantir une émission de dette publique prévisible et transparente. Au nombre des éléments jugés essentiels à l’établissement d’un tel cadre figurent l’attribution claire du pouvoir d’emprunter, une réglementation et un contrôle efficaces des pratiques sur les marchés, une protection solide des actifs des investisseurs et le renoncement aux politiques fiscales qui découragent la participation aux marchés d’obligations d’État (FMI/Banque mondiale, 2021[39]). Au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), l’agence régionale Agence UMOA-Titres a vu le jour en 2013, dans le but d’améliorer le fonctionnement du marché des titres d’État en renforçant la transparence, la prévisibilité et la coordination entre États membres. Ces initiatives ont contribué à réduire l’incertitude des investisseurs et favorisé l’allongement progressif des échéances des obligations (FMI/Banque mondiale, 2021[39]).
Considérations intéressant l’action publique
En définitive, pour attirer davantage d’investissements étrangers vers le secteur privé en Afrique et accroître sa représentation dans les indices mondiaux, il est essentiel de mettre en œuvre des réformes juridiques et réglementaires qui réduisent le risque pour les investisseurs et leur offrent de franches incitations à investir. Cela passe par le durcissement des exigences en matière de communication d’informations afin de se conformer aux normes internationales et par l’adoption de politiques qui améliorent la disponibilité et la qualité des données des entreprises. Renforcer la protection des détenteurs d’obligations, établir des procédures d’insolvabilité plus prévisibles et promouvoir l’harmonisation réglementaire à l’échelle de la région sont autant de mesures essentielles pour asseoir la crédibilité des marchés et stimuler l’intérêt des investisseurs étrangers pour les opportunités locales. En outre, il convient de déployer des efforts pour réunir et diffuser des données sur les performances financières des entreprises existantes et sur les profils de risque/rendement des projets d’investissement passés, et pour promouvoir l’élaboration de courbes des rendements souverains de référence, en s’inspirant d’initiatives régionales existantes.
3.2.4. Infrastructures de marché
Des marchés de capitaux dynamiques nécessitent de solides infrastructures de marché sous-jacentes. Cette infrastructure garantit le dépôt sécurisé des titres, facilite la bonne tenue de registres, améliore l’exactitude des enregistrements et des règlements et abaisse les coûts de transaction. Elle atténue les risques tout en améliorant l’efficience et la transparence des opérations de marché, ce qui réduit les coûts de la levée de capitaux pour les entreprises et facilite l’allocation des fonds pour les investisseurs.
Tous les pays africains étudiés dans ce chapitre ont établi une bourse des valeurs mobilières qui facilite la cotation des actions et des obligations (Tableau 3.1). La Côte d’Ivoire et le Gabon n’ont pas de bourse nationale mais participent à des bourses régionales, respectivement la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM)2 et la Bourse des valeurs mobilières d’Afrique centrale (BVMAC)3. Les plateformes de transaction formelles de gré à gré pour les obligations d’entreprise sont rares, et existent uniquement en Afrique du Sud, au Kenya et au Nigéria. La plupart des obligations en Afrique sont émises auprès du public et cotées en bourse (Oluoch et Ojah, 2023[40]).
Bien que la Bourse de Namibie et la BVMAC dépendent toujours de dépositaires centraux extérieurs, elles se sont toutes deux engagées à mettre en place leur propre système. Sur la plupart des marchés, les systèmes de compensation et de règlement sont intégrés dans l’infrastructure des dépositaires centraux, à l’exception de la Bourse de Johannesburg, où les fonctions sont gérées par des entités distinctes. Les systèmes de règlement sont automatisés partout, sauf en Namibie, mais les cycles de règlement ont une durée plus longue que sur les marchés d’économies avancées, qui pour beaucoup sont passés à T+1 (États-Unis et Canada) ou prévoient de le faire (UE, Suisse, Royaume-Uni). Raccourcir les cycles de règlement peut réduire les coûts, améliorer l’efficience et atténuer les risques de crédit, de contrepartie et de règlement, notamment pendant les périodes de forte volatilité des marchés (HSBC[41]).
Tableau 3.1. Vue d’ensemble des infrastructures des marchés de capitaux dans une sélection de pays d’Afrique
Copier le lien de Tableau 3.1. Vue d’ensemble des infrastructures des marchés de capitaux dans une sélection de pays d’Afrique|
Pays |
Bourses |
Plateformes de transaction de gré à gré pour les obligations d’entreprise |
Dépositaires centraux de titres |
Systèmes de compensation et de règlement |
|---|---|---|---|---|
|
Botswana |
Bourse du Botswana (BSE) |
NC |
Dépositaire central de titres du Botswana |
Automatisé T+3 |
|
Côte d’Ivoire |
Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) |
NC |
Dépositaire central / Banque de règlement |
Automatisé T+3 |
|
Égypte |
Bourse égyptienne (EGX) |
NC |
Misr for Central Clearing, Depository & Registry (MCDR) |
Automatisé T+2 pour les titres cotés |
|
Gabon |
Bourse des valeurs mobilières d’Afrique centrale (BVMAC) |
NC |
Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) |
Automatisé |
|
Ghana |
Bourse du Ghana (GSE) |
NC |
Central Securities Company Limited |
Automatisé T+3 pour les actions T+2 pour les titres à revenu fixe |
|
Kenya |
Bourse de Nairobi (NSE) |
OTC Bond Market |
The Central Depository & Settlement Corporation Limited (CDSC) |
Automatisé T+3 |
|
Maurice |
Bourse de Maurice (SEM) |
NC |
Central Depository & Settlement Co. Ltd (CSD) |
Automatisé T+3 |
|
Maroc |
Bourse de Casablanca (CSE) |
NC |
Maroclear |
Automatisé T+3 pour les actions |
|
Namibie |
Bourse de Namibie (NSX) |
NC |
NC |
Manuel Institutions extérieures |
|
Nigéria |
Bourse du Nigéria (NGX) |
FMDQ Securities Exchange Limited |
Central Securities Clearing System Plc (CSCS) |
Automatisé T+3 |
|
Afrique du Sud |
Bourse de Johannesburg (JSE) Bourse de Cape Town (CTSE) |
JSE OTC Bond Market |
Strate |
JSE Clearing and Settlement Automatisé T+3 |
|
Tanzanie |
Bourse de Dar es Salaam (DSE) |
NC |
The CSD & Registry Company Limited (CSDR) |
Automatisé T+3 pour les actions T+1 pour les obligations |
|
Tunisie |
Bourse de Tunis (BVMT) |
NC |
Tunisie Clearing |
Automatisé T+3 |
|
Ouganda |
USE ALTX (Alternative Electronic Exchange) |
NC |
SCD |
Automatisé T+3 |
|
Zambie |
Bourse de Lusaka (LUSE) |
NC |
Lusaka Clearing and Settlement Agency (LCSA) |
Automatisé T+3 pour les actions T+1 pour les obligations |
|
Zimbabwe |
Bourse du Zimbabwe (ZSE) |
NC |
ZSE Depository |
Automatisé T+3 |
Note : Le cycle de règlement de l’Égypte se rapporte aux titres enregistrés auprès du dépositaire central autres que les obligations et bons du Trésor. L’Égypte, le Ghana, le Maroc, l’Ouganda et la Tunisie ont établi des bourses de gré à gré, mais pas pour les obligations d’entreprise. En Namibie, les échanges d’actions cotées à la fois à la NSX et à la JSE sont réglés par l’intermédiaire du dépositaire central d’Afrique du Sud.
Sources : Botswana Stock Exchange, The Egyptian Exchange, Ghana Stock Exchange, Stock Exchange of Mauritius, Bourse de Casablanca, Maroclear, Namibia Securities Stock Exchange, Nigeria Exchange, Central Securities Clearing System, Johannesburg Stock Exchange, Strate, Dar es salaam Stock Exchange, CSDR, Bourse de Tunis, Tunisie Clearing, Lusaka Securities Exchange, Zimbabwe Stock Exchange, Bourse Régionale des Valeurs Mobilières, Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Central, Central Depository / Settlement Bank (DC/BR).
L’intégration régionale des marchés de capitaux peut permettre aux pays d’élargir leur base d’investisseurs, facilitant ainsi l’accès des entreprises aux financements, ainsi que de réaliser des économies d’échelle en termes d’infrastructures de marché. Une intégration plus poussée favorise aussi le transfert des bonnes pratiques et de l’expertise technique au-delà des frontières. Plusieurs pays africains ont lancé des initiatives à cet égard, souvent en collaboration avec des institutions financières. Ainsi, la Banque africaine de développement a lancé le Fonds fiduciaire pour le développement des marchés de capitaux (CMDTF) en 2019 pour soutenir ces efforts. Toutefois, au terme de sa phase initiale en 2022, l’Afrique de l’Ouest était la seule région à avoir déployé avec succès des projets financés par des ressources issues du CMDTF (Groupe de la Banque africaine de développement[42]).
Le Conseil ouest-africain pour l’intégration des marchés de capitaux, mis en place en 2013, est l’organe directeur qui gère l’intégration des marchés de capitaux du Cabo Verde, du Ghana, du Nigéria et de la Sierra Leone avec la BRVM. Le Fonds de la BafD aide la région à progresser vers la création d’un environnement unifié pour l’émission et la négociation de titres financiers via la Bourse régionale des valeurs mobilières, qui vise à donner accès à tous les courtiers qualifiés en Afrique de l’Ouest. À l’heure actuelle, les courtiers enregistrés dans n’importe quelle juridiction membre peuvent opérer auprès d’autres places boursières via des agents locaux, ce qui permet aux sociétés cotées auprès d’une bourse de voir leurs titres négociés par l’ensemble des courtiers de la région (WACMIC[43]).
La Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) – qui comprend le Burundi, le Kenya, l’Ouganda, le Rwanda et la Tanzanie – s’emploie elle aussi à promouvoir l’intégration des marchés de capitaux. Elle a lancé la plateforme technologique des infrastructures des marchés de capitaux (CMI) destinée à relier les marchés de capitaux des pays membres. La CMI permet la négociation électronique transfrontière de titres par le biais de courtiers adhérents. Elle s’appuie sur un système de transaction automatisé, qui faisait auparavant défaut au Burundi et au Rwanda, permettant d’harmoniser les normes en vigueur dans la région (EAC[44]). En 2024, l’East African Bond Exchange a été homologuée par l’Autorité des marchés de capitaux du Kenya pour établir et exploiter une bourse de valeurs de gré à gré et agir en qualité d’organisation professionnelle autonome dans le pays. Elle a pour but de développer ses activités au-delà du Kenya dans toute la région d’Afrique de l’Est et ainsi de devenir une plateforme régionale de gré à gré pour l’achat et la vente de produits à revenu fixe, y compris les contrats de rachat, les titres du Trésor, les billets de trésorerie, les admissions d’entreprises à la cote et les actifs alternatifs (EABX, 2024[45]).
Les bourses d’Afrique du Sud, de l’Angola, du Botswana, du Lesotho, du Malawi, de Maurice, du Mozambique, de Namibie, des Seychelles, de Tanzanie, de Zambie et du Zimbabwe ont constitué le Comité des bourses de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) afin d’accroître l’attractivité des bourses de valeurs mobilières régionales auprès des investisseurs locaux et internationaux et de réduire les disparités entre les places boursières de grande et de petite taille. En 2006, les États membres ont adopté le Protocole sur les finances et l’investissement, s’engageant à supprimer les obstacles à l’activité économique infrarégionale et à harmoniser les cadres réglementaires, y compris les critères d’admission à la cote. L’intégration s’est poursuivie en 2013 avec le lancement du Système intégré de règlement électronique régional, une plateforme partagée de paiement et de règlement qui permet de réaliser des transactions transfrontières en temps réel dans la région de la SADC en utilisant le rand sud-africain (South African Institute of International Affairs, 2019[46]).
Tableau 3.2. Intégration régionale des marchés de capitaux en Afrique
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Note : La Tanzanie est membre de la SADC et de la CAE.
Source : Conseil ouest-africain pour l’intégration des marchés de capitaux, Communauté d’Afrique de l’Est, East African Bond Exchange, Comité des bourses de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC).
Au niveau pan-africain, l’Association africaine des bourses de valeurs (ASEA) a été créée en 1993 pour promouvoir le développement des marchés de capitaux dans ses États membres en facilitant l’échange d’informations et en augmentant la visibilité afin d’attirer les flux d’investissement vers les marchés africains. Aujourd’hui, l’ASEA représente 25 places boursières dans 37 pays africains. Conformément à l’Agenda 2063 de l’Union africaine, qui considère que la création d’une bourse pan-africaine est une priorité (Union africaine[47]), l’ASEA s’est associée à la BAfD pour lancer le Projet de liaison des bourses africaines (AELP). Cette initiative vise à renforcer l’intégration régionale en permettant la négociation de valeurs mobilières transfrontières via la plateforme, un système de routage des ordres grâce auquel les courtiers peuvent placer les ordres d’investisseurs auprès d’homologues dans d’autres marchés. Testé au départ avec sept places boursières –Afrique du Sud, BRVM, Égypte, Kenya, Maurice, Maroc et Nigéria –, le projet compte aujourd’hui dix participants, avec l’intégration du Botswana, du Ghana et de l’Ouganda. Bien que ses fonctionnalités actuelles fassent penser à des efforts d’intégration analogues déployés en Afrique de l’Ouest et de l’Est, l’AELP a pour but ultime de créer une bourse pan-africaine entièrement intégrée (Oxford Business Group, 2022[48]). Pour atteindre cet objectif, il faut mettre en place les infrastructures adéquates, autres que le mécanisme d’échange proprement dit.
Considérations intéressant l’action publique
Les marchés de la dette d’entreprise en Afrique, et notamment ceux qui font intervenir des obligations d’entreprise, peuvent être sensiblement renforcés en élaborant des infrastructures de marché plus solides et plus intégrées. Animés de la volonté de développer les activités pan-africaines, les pays devraient collaborer pour mettre en place un dépositaire central intégré à l’échelon régional qui faciliterait les règlements transfrontières et réduirait les coûts correspondants. Dans ce contexte, les pays dépourvus d’un dépositaire central national pourraient sauter cette étape et rejoindre directement le système régional. Bien que de nombreux pays exploitent déjà des systèmes automatisés de paiement et de règlement, les responsables publics pourraient envisager de réduire les délais de règlement afin de se conformer aux normes internationales, ce qui contribuerait à accroître la liquidité.
À plus grande échelle, le renforcement de l’intégration des marchés régionaux permet aux pays de mutualiser les liquidités et d’attirer une base élargie d’investisseurs. Même si diverses initiatives régionales et pan-africaines visent à améliorer la connectivité du marché, les responsables publics pourraient prendre des mesures supplémentaires pour surmonter les difficultés et ainsi accélérer ce processus. Les principaux obstacles tiennent aux différences concernant les systèmes de taux de change, les degrés de libéralisation des mouvements de capitaux, les critères d’émission et les cadres juridiques, qui freinent la création d’un marché pan-africain unifié. En outre, compte tenu du rôle décisif joué par les investisseurs institutionnels sur les marchés de capitaux, les restrictions imposées à leurs portefeuilles d’actifs étrangers limitent davantage les flux d’investissement transfrontières (voir la section 3.2.2). Enfin, les responsables publics devraient s’efforcer d’améliorer les règles de transparence des données, car pour que des initiatives telles que l’AELP aient des retombées bénéfiques, les intermédiaires financiers doivent disposer d’informations fiables au sujet des opportunités sur d’autres marchés, alors que beaucoup d’entre eux peinent actuellement à obtenir les données nécessaires à la prise de décisions éclairées.
Références
[22] AFC (2025), State of Africa’s Infrastructure Report 2025, https://www.africafc.org/our-impact/our-publications/state-of-africa-infrastructure-report-2025.
[10] ALCB Fund (2024), Quarterly Factsheet Q4 2024, https://cdn.prod.website-files.com/674d781640f36d3c8f7cbc9f/680a2d1c5a7d60919eaafbfa_CygCap%20ALCBF%202024%20Q4%20Factsheet%20-%20Public.pdf.
[9] ALCB Fund (s.d.), Supporting the development of African Capital Markets, https://www.alcbfund.com/.
[25] APSA (2024), A journey to reform the retirement system: South Africa’s experience and prespective, https://www.africapsa.org/wp-content/uploads/2024/02/pinBox-Book_A-Journey-to-Reform-the-Retirement-System-South-Africas.pdf.
[26] Banque de réserve sud-africaine (2022), Exchange Control Circular No. 4/2022.
[28] Banque mondiale (2023), Republic of Botswana - Financial sector assessment, https://documents1.worldbank.org/curated/en/099120523162012347/pdf/BOSIB085cdbd880a608a0009dfae732ce9d.pdf.
[31] BBC (2016), Kenya’s Chase Bank placed under receivership by CBK, https://www.bbc.com/news/world-africa-35989394.
[13] BEI (2022), A structural analysis of foreign exchange markets in sub-Saharan Africa, https://www.eib.org/en/publications/economics-working-paper-2022-11.
[32] Bloomberg (2024), Kenya Bond Tax Seen as New Hurdle for Tiny Corporate Debt Market, https://www.bloomberg.com/news/articles/2024-06-26/kenya-bond-tax-seen-as-new-hurdle-for-tiny-corporate-debt-market.
[4] BluePeak PC (2025), BluePeak Private Capital announces the first close of Fund II, https://www.bluepeakpc.com/news-detail-page/12.
[14] Boris, P. (2025), Africa’s Currency Landscape: Strongest Currencies, Backing & Regimes, https://techcultureafrica.com/african-currencies.
[21] BRI (2019), Exchange rates and monetary policy frameworks in emerging market economies, https://www.bis.org/speeches/sp190502.htm.
[1] Cortina, J., T. Didier et S. Schmukler (2018), Corporate Borrowing in Emerging Markets: Fairly Long Term, but Only for a Few, Groupe de la Banque mondiale, https://documents1.worldbank.org/curated/en/363821539842744052/pdf/130976-BRI-PUBLIC-Corporate-Borrowing-in-Emerging-Markets.pdf.
[36] DBSA (s.d.), About us, https://www.dbsa.org/about-us.
[45] EABX (2024), Approval of EABX company limited, https://www.eabxgroup.com/approval-of-eabx-company-limited-as-an-over-the-counter-securities-exchange-and-recognition-as-a-self-regulatory-organization/.
[44] EAC (s.d.), Capital Markets Infrastructure adding value to East Africans, https://www.eac.int/financial/capital-markets-infrastructure.
[15] FMI (2004), Classification of Exchange Rate Arrangements and Monetary Policy Frameworks, https://www.imf.org/external/np/mfd/er/2004/eng/0604.htm.
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[3] FSD Africa (2018), Private debt markets in Africa, https://fsdafrica.org/publication/private-debt-markets-markets-in-africa/.
[7] Gopaldas, R. (2025), Afriica and the push towards de-dollarisation: is it needless or necessary?, https://www.ntu.edu.sg/cas/news-events/news/details/africa-and-the-push-towards-de-dollarisation.
[42] Groupe de la Banque africaine de développement (s.d.), Fonds pour le développement des marchés des capitaux, https://www.afdb.org/fr/themes-et-secteurs/initiatives-et-partenariats/fonds-pour-le-developpement-des-marches-des-capitaux.
[38] Grundy, B., S. van Bekkum et P. Verwijmeren (2024), « Complementarity of sovereign and corporate debt issuance: mind the gap », Review of Finance, vol. 28/4, pp. 1187-1213, https://doi.org/10.1093/rof/rfae006.
[16] Horrocks, P. et al. (2025), « Unlocking local currency financing in emerging markets and developing economies : What role can donors, development finance institutions and multilateral development banks play? », OECD Development Co-operation Working Papers, n° 117, OECD Publishing, Paris, https://doi.org/10.1787/bc84fde7-en.
[41] HSBC (s.d.), T+1 Settlement Cycle, https://www.gbm.hsbc.com/en-gb/financial-regulations/tplus1-settlement-cycle.
[23] ILOSTAT (s.d.), Taux d’emploi informel (base de données), https://ilostat.ilo.org/fr/data/snapshots/informal-employment-rate/.
[35] InfraCredit (s.d.), InfraCredit, https://infracredit.ng/.
[24] IOPS (2020), IOPS COUNTRY PROFILE: NAMIBIA, https://www.iopsweb.org/resources/41536875.pdf.
[8] Kentor, J. et T. Boswell (2003), « Foreign Capital Dependence and Development: a New Direction », American Sociology Review, https://doi.org/10.1177/000312240306800206.
[27] NBFIRA (2023), PENSION FUND INVESTMENT RULES, 2023, https://www.nbfira.org.bw/wp-content/uploads/2025/01/Pension-Fund-Investment-Rules-2023-PFR-2.pdf.
[29] NPRA (s.d.), GUIDELINES ON INVESTMENT OF PENSION SCHEME FUNDS, https://npra.gov.gh/assets/documents/GUIDELINES-ON-INVESTMENT-OF-SCHEME-FUNDS.pdf.
[2] OCDE (2025), Rapport sur la dette mondiale 2025 : Financer la croissance dans un environnement de marché de la dette difficile, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/e334697f-fr.
[33] OHADA (2015), Procédures collectives d’apurement du passif, https://www.ohada.org/procedures-collectives-dapurement-du-passif/.
[40] Oluoch, W. et K. Ojah (2023), « A survey of the Microstructure of Corporate Bond Markets in Africa », Social Science Research Network, https://pedl.cepr.org/sites/default/files/WP%205415%20OluochOjah%20SurveyMicrostructureCorporateBondMarketsAfrica.pdf.
[48] Oxford Business Group (2022), African Stock Exchanges: Focus Report, https://african-exchanges.org/sites/default/files/2024-07/ASEA_Africa_Focus_Report_.pdf.
[12] PAPSS (2025), PAPSS and Interstellar unveil African Currency Marketplace eliminating $5 Billion trade bottleneck, https://papss.com/media/papss-and-interstellar-unveil-african-currency-marketplace-eliminating-5-billion-trade-bottleneck/.
[11] PAPSS (s.d.), About us, https://papss.com/about-us/.
[30] Reuters (2015), Kenya’s Chase Bank raises 4.8 blm shillings as bond draws strong demand, https://www.reuters.com/article/kenya-corporatebonds/kenyas-chase-bank-raises-4-8-bln-shillings-as-bond-draws-strong-demand-idUSL5N0YW10W20150610/.
[20] SFI (2017), IFC Local Currency and Hedging Solutions, https://www.ifc.org/content/dam/ifc/doclink/2017/201710-ifc-local-currency-and-hedging-solutions.pdf.
[46] South African Institute of International Affairs (2019), Bridging the Divide: Integrating SADC’s capital markets, https://saiia.org.za/wp-content/uploads/2019/05/Occasional-Paper-295_Bridging-the-Divide-Integrating-SADCs-capital-markets.pdf.
[19] TCX (2024), TCX Impact Report 2024, https://www.tcxfund.com/wp-content/uploads/2025/06/tcx-impact-report-2024-1.pdf.
[18] TCX (2018), Championing sustainable and innovative finance for development, https://www.tcxfund.com/wp-content/uploads/2018/11/TCX-Theory-of-Change.pdf.
[17] TCX (s.d.), About the fund, https://www.tcxfund.com/about-the-fund/.
[37] Union africaine (2025), An Africa Credit Rating Agency (AfCRA), https://au.int/sites/default/files/documents/44466-doc-Brief_-_Africa_Credit_Rating_Agency_AfCRA.pdf.
[47] Union africaine (s.d.), Objectifs et domaines prioritaires de l’agenda 2063, https://au.int/fr/agenda2063/objectifs.
[34] Union européenne (2017), RÈGLEMENT (UE) 2017/1129 DU PARLEMENT EUROPÉEN ET DU CONSEIL, Journal officiel de l’Union européenne, https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32017R1129.
[43] WACMIC (s.d.), About us, https://wacmic.com/about-us.
[6] WSJ (2019), Blackstone Retreats From Africa Investment Plan, https://www.wsj.com/articles/blackstone-retreats-from-africa-investment-plan-11549370983.
[5] WSJ (2017), Out of Africa: KKR Disbands African Private-Equity Team, https://www.wsj.com/articles/out-of-africa-kkr-disbands-african-private-equity-team-1511519279?mod=article_inline.
Annexe 3.A. Méthodologie de collecte et de classification des données
Copier le lien de Annexe 3.A. Méthodologie de collecte et de classification des donnéesObligations d’entreprise
Copier le lien de Obligations d’entrepriseLes analyses des obligations d’entreprise reposent sur un jeu de données constitué par l’OCDE à partir des données transactionnelles obtenues auprès de LSEG concernant les émissions d’obligations d’entreprise souscrites par des banques d’investissement. La base de données contient des données détaillées sur chaque obligation à partir de l’année 1980, notamment l’identité, la nationalité et le secteur d’activité de l’émetteur, le type, la structure des taux d’intérêt, la date d’échéance et la catégorie de notes de l’obligation, ainsi que le montant et l’utilisation prévue du produit tiré de l’émission.
Les obligations convertibles, les opérations enregistrées mais non réalisées, les actions privilégiées, les obligations sukuk, les obligations ayant une échéance initiale inférieure ou égale à un an ou dont la taille de l’émission est inférieure à 1 million USD sont exclues du jeu de données. La classification sectorielle est établie à partir de la classification TRBC (Reference Data Business Classification) de LSEG. Les montants annuels initialement recueillis en USD ont été ajustés en fonction de l’indice des prix à la consommation (IPC) des États-Unis de 2024.
Étant donné qu’une fraction importante des obligations est émise à l’échelle internationale, il n’est pas possible de rattacher systématiquement ces émissions à un pays donné. La ventilation par pays est donc effectuée sur la base du pays dans lequel l’émetteur est domicilié. Les catégories marchés développés/marchés émergents reposent sur la classification établie par le FMI.
Données relatives aux notes de crédit
Les analyses des notes de crédit reposent sur des calculs de l’OCDE réalisés à partir de données obtenues auprès de LSEG. Les calculs tiennent compte des notes octroyées par trois grandes agences de notation : S&P, Moody’s et Fitch. Pour chaque obligation dont la note figure dans le jeu de données, la notation alphanumérique est transformée sur une échelle numérique composée de 21 notes, sur laquelle la note 1 correspond à la qualité de crédit la plus basse (C) et la note 21 à la qualité de crédit la plus élevée (AAA chez S&P et Fitch et Aaa chez Moody’s). La catégorie spéculative compte onze échelons : cinq notes C (C à CCC+) et six notes B (B- à BB+). Et la catégorie investissement en compte dix : trois notes B (BBB- à BBB+) et sept notes A (A- à AAA).
Pour les obligations ayant plusieurs notes, on utilise la moyenne des notes disponibles. S’agissant des obligations pour lesquelles on ne dispose pas d’informations sur leur notation, on leur attribue la note moyenne de toutes les obligations émises par la même société au cours de la même année (t). Lorsque l’émetteur n’a émis aucune obligation notée au cours de l’année t, on examine dans l’ordre l’année t-1 et l’année t-2. Cette façon de procéder permet d’accroître le nombre d’obligations notées dans le jeu de données et améliore ainsi la représentativité des analyses. Lorsqu’on distingue les obligations de catégorie investissement des obligations de catégorie spéculative, la note finale est arrondie à l’entier le plus proche et les obligations dont la notation arrondie est inférieure ou égale à 11 sont classées dans la catégorie spéculative.
Données relatives aux remboursements anticipés
Les obligations qui ne sont plus en circulation parce qu’elles ont été remboursées avant leur date d’échéance sont déduites des calculs de l’encours annuel des obligations d’entreprise. Les données relatives aux remboursements par anticipation sont obtenues auprès de LSEG et concernent les obligations ayant fait l’objet d’un remboursement anticipé en raison d’une procédure de distribution finale consécutive à une défaillance, de l’exercice d’une option d’achat ou d’une option de vente, d’une liquidation ou d’un rachat. Les données sur les remboursements anticipés sont fusionnées avec les données du marché primaire des obligations d’entreprise au moyen des numéros internationaux d’identification des titres (ISIN).
Prêts syndiqués
Copier le lien de Prêts syndiquésLes analyses des prêts syndiqués reposent sur des calculs de l’OCDE fondés sur des données transactionnelles obtenues auprès de LSEG. Cette base de données contient des informations détaillées sur chaque prêt, notamment l’identité de l’emprunteur, sa nationalité et son secteur d’activité, ainsi que la structure des taux d’intérêt, la date d’échéance et le montant du prêt. La catégorie de notation de crédit est définie selon les critères suivants :
Catégorie investissement : niveau de prix initial jusqu’à 299 points de base au-dessus du taux de base.
Prêts à effet de levier : niveau de prix initial compris entre 300 et 399 points de base au-dessus du taux de base.
Prêts à fort effet de levier : niveau de prix initial supérieur de 400 points de base ou plus au taux de base.
Seuls les prêts « syndiqués » ou relevant de la catégorie « club deal » sont inclus dans l’analyse. Les opérations dont l’échéance est inférieure à 90 jours sont exclues. Les données annuelles sont établies à partir de la date de clôture, correspondant au moment où la syndication a été signée et finalisée pour tous les niveaux ou tranches. Les analyses sectorielles suivent la classification TRBC (Reference Data Business Classification) de LSEG, tandis que les ventilations par pays sont basées sur le domicile de l’emprunteur. Pour tenir compte de l’inflation, les montants des émissions initialement enregistrés en USD ont été ajustés en utilisant l’indice des prix à la consommation (IPC) des États-Unis de 2024.