Ce chapitre porte sur les marchés d’actions cotées et les cadres de gouvernance d’entreprise en Afrique. Il dresse d’abord une vue d’ensemble des marchés d’actions cotées africains sur le plan de la taille, de la liquidité, de l’activité, de coûts de transaction et de la structure de propriété, avant d’examiner les cadres de gouvernance d’entreprise. Le chapitre traite ensuite des principales difficultés qui entravent le développement des marchés et dégage cinq domaines d’actions prioritaires pour promouvoir et renforcer les marchés d’actions cotées en Afrique.
2. Marchés d’actions cotées et gouvernance d’entreprise
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Principaux messages
Copier le lien de Principaux messagesLes marchés d’actions cotées africains se caractérisent par leur taille, leur profondeur et leur liquidité limitées. Les sociétés lèvent moins de capitaux propres sur les marchés d’actions cotées que leurs homologues dans d’autres marchés émergents, et l’essentiel de l’activité se concentre dans quelques pays, notamment l’Afrique du Sud, l’Égypte et le Nigéria. Pour encourager les admissions à la cote, il conviendra d’abaisser les obstacles liés à la réglementation et aux coûts, d’améliorer la transparence et de raffermir la confiance des investisseurs. Une plus large participation des émetteurs et une intégration régionale accrue, au moyen notamment de cotations transfrontières, peuvent élargir l’accès aux marchés et faire des actions cotées une option de financement plus viable. L’admission à la cote d’entreprises publiques sur les bourses de valeurs nationales peut constituer un puissant levier pour approfondir les marchés d’actions cotées, accroître la liquidité, et attirer des investisseurs institutionnels et individuels.
En Afrique, l’essentiel du volume des échanges se concentre sur un très petit nombre de grandes entreprises, la participation des investisseurs individuels étant faible et les coûts de transaction élevés. Les coûts de transaction élevés sur la plupart des bourses de valeurs africaines limitent la liquidité, produisent des effets de distorsion sur les prix, et refroidissent aussi bien les sociétés que les investisseurs. Il est essentiel d’encourager les sociétés cotées en bourse à accroître leur ratio de flottant et de réduire les coûts de transaction au moyen d’une plus grande concurrence entre les courtiers et d’une simplification des structures de frais. La transition numérique des infrastructures de négociation ainsi que le soutien aux initiatives d’intégration régionale permettraient d’élargir le réseau de courtiers, de favoriser l’activité tranfrontière et d’abaisser les coûts opérationnels.
Les investisseurs institutionnels, qu’ils soient nationaux ou étrangers, jouent un rôle limité dans la plupart des pays africains. La base d’investisseurs institutionnels nationaux est encore très peu développée en Afrique. Les réformes des retraites pourraient contribuer à élargir le rôle de ces acteurs. Par ailleurs, pour attirer davantage d’investisseurs, les instances de réglementation devront agir pour renforcer les droits des actionnaires minoritaires. Cela pourra prendre la forme, par exemple, d’un abaissement du seuil de participation au capital requis pour pouvoir demander l’organisation d’une assemblée générale annuelle des actionnaires ou l’inscription d’un point à l’ordre du jour. La disponibilité des outils numériques est également essentielle pour permettre aux actionnaires d’exercer correctement leurs droits.
Des cadres de gouvernance d’entreprise ont été mis en œuvre dans certains pays dans les différentes régions, mais leur mise en œuvre se heurte à des difficultés. Des initiatives facilitant le partage des connaissances sur les bonnes pratiques pourraient contribuer à améliorer ces cadres sur l’ensemble du continent, et les réformes mettant l’accent sur la responsabilité et la transparence pourraient accroître la confiance accordée par les investisseurs aux pratiques en matière de gouvernance d’entreprise. Compte tenu de la forte concentration de l’actionnariat, un renforcement de l’indépendance des conseils d’administration et une meilleure communication de leur composition favoriseraient la protection des actionnaires minoritaires.
La qualité des codes de gouvernance d’entreprise est relativement bonne, mais nombre d’entre eux n’ont pas été mis à jour au cours des cinq dernières années. La récente publication des Principes africains de gouvernance d’entreprise et les révisions apportées aux Principes de gouvernance d’entreprise du G20 et de l’OCDE et aux Lignes directrices de l’OCDE sur la gouvernance des entreprises publiques donnent l’occasion aux pays africains de réviser leurs codes de gouvernance d’entreprise et de les aligner sur les meilleures pratiques régionales et internationales.
Même si des cadres institutionnels ont été établis, les pays africains sont nombreux à toujours rencontrer de grandes difficultés en matière de gouvernance d’entreprise. La mise en œuvre de réformes plus globales des institutions et de la gouvernance s’opère lentement et l’on constate d’importantes disparités d’un pays à l’autre en raison de facteurs tels que les circonstances régionales, culturelles et politiques. De plus, une gouvernance d’entreprise de qualité passe par une surveillance et une application de la réglementation efficaces. L’harmonisation des cadres de gouvernance d’entreprise sur l’ensemble de l’Afrique, en les alignant sur les Principes de gouvernance d’entreprises du G20 et de l’OCDE, peut aider les sociétés africaines cherchant à s’implanter dans plusieurs juridictions (en Afrique et en dehors) à se conformer aux pratiques mondiales en la matière, tout en facilitant l’application de réglementations transfrontières et en attirant des investisseurs étrangers sur les marchés de capitaux africains.
2.1. Les marchés d’actions cotées en Afrique
Copier le lien de 2.1. Les marchés d’actions cotées en AfriqueDes marchés d’actions cotées au fonctionnement efficace sont un catalyseur pour soutenir le développement et la croissance économiques. Ils permettent aux entreprises d’obtenir, auprès d’investisseurs prêts à prendre des risques, des capitaux à long terme qui peuvent être utilisés pour financer l’innovation, des investissements de nature à améliorer la productivité et leur expansion. L’accès aux marchés de capitaux permet également aux entreprises de diversifier leurs sources de financement, d’élargir leur base d’investisseurs et de réduire leur dépendance à l’égard du crédit bancaire, source de financement prédominante dans de nombreux marchés émergents. Les grandes entreprises ont plus de facilités à se financer sur les marchés de capitaux que les entreprises de plus petite taille, qui se heurtent à de sérieux écueils.
Le degré de développement des marchés de capitaux au niveau mondial s’étend sur un large éventail allant de marchés matures et bien intégrés à des marchés encore au stade de la construction des fondations nécessaires à un fonctionnement efficace. En Afrique, les marchés entrent pour la plupart dans la deuxième catégorie, rares étant ceux à fonctionner efficacement et à présenter une profondeur suffisante.
Au cours de la dernière décennie, les marchés de capitaux africains ont réalisé des progrès notables en mettant en œuvre des réformes juridiques et réglementaires, en mettant à niveau leur infrastructure de négociation et en élargissant l’éventail des instruments financiers possibles. En dépit de ces progrès, de nombreux marchés d’actions cotées africains continuent de présenter une petite taille, un manque de liquidité et des coûts de transaction élevés par rapport aux autres régions. L’instabilité politique observée dans certains pays ainsi qu’une large palette de risques macroéconomiques, parmi lesquels la volatilité des monnaies, posent également de grosses difficultés pour le développement des marchés d’actions.
2.1.1. Places boursières pour les actions en Afrique
Les places boursières jouent un rôle essentiel dans le système financier en mettant en rapport les entreprises à la recherche de financements avec les investisseurs en quête de possibilités de placements. En fournissant un environnement structuré et transparent pour négocier des actions, des obligations et d’autres titres, ces plateformes permettent aux entreprises de lever des capitaux plus facilement, et aux investisseurs d’acheter et de vendre des titres en toute confiance. Ces dernières années, les économies africaines ont pris des mesures notables pour développer leurs marchés de capitaux et renforcer l’infrastructure de leurs places de marché.
La première bourse de valeurs a été créée en Égypte en 1883, suivie par le Johannesburg Stock Exchange (JSE) en 1887. Depuis, les bourses de valeurs ont pris de l’ampleur. À l’heure actuelle, 15 pays africains en possèdent au moins une, et l’on en trouve deux en Afrique du Sud et au Zimbabwe. La majorité des bourses de valeurs africaines sont détenues par des acteurs privés ou par l’État, et seules quatre d’entre elles sont elles-mêmes cotées. La cotation des places boursières est un phénomène relativement récent qui s’éloigne du modèle traditionnel, où la bourse est détenue par ses membres, pour s’orienter vers une structure de propriété fondée sur l’actionnariat. Parmi les bourses cotées, le JSE a été la première place à se démutualiser et à entrer à la cotation sur sa propre plateforme, en 2005. L’introduction en bourse la plus récente a été celle du Nigerian Stock Exchange, qui s’est inscrit à sa propre cote en 2021. Par ailleurs, 10 des 15 pays africains entrant dans l’analyse disposent d’une bourse de valeurs composée d’au moins deux segments : un marché principal pour les grandes entreprises bien établies, et un marché de croissance pour les entreprises plus jeunes et de plus petite taille.
Tableau 2.1. Principales caractéristiques des bourses de valeurs africaines
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Pays |
Bourse de valeurs |
Année de création |
Structure de propriété |
Segments |
|---|---|---|---|---|
|
Botswana |
Botswana Stock Exchange (BSE) |
1989 |
Détenu conjointement par l’État de la République du Botswana et les courtiers. |
Main board (marché principal) The Venture Capital Market Board (marché de croissance) Tshipidi SME Board (marché de croissance) |
|
Côte d’Ivoire |
1996 |
Détenue par des acteurs privés |
Compartiment principal |
|
|
Égypte |
Egyptian Exchange (EGX) |
1883 |
Détenu par l’État |
Main market (marché principal) Nilex (marché de croissance) |
|
Ghana |
Ghana Stock Exchange (GSE) |
1990 |
Détenu par les membres |
Main market (marché principal) GAX (marché de croissance) |
|
Kenya |
1954 |
Coté en bourse |
Main Investment Market Segment (marché principal) Alternative Investment Market Segment (marché intermédiaire) GEM (marché de croissance) |
|
|
Maurice |
1989 |
Détenu par des acteurs privés |
Official Market (marché principal) DEM (marché de croissance) |
|
|
Maroc |
1929 |
Détenue par des acteurs privés (70 %) et l’État (30 %) |
Marché principal Marché alternatif (marché de croissance) |
|
|
Namibie |
Namibian Stock Exchange (NSX) |
1992 |
Détenu par des acteurs privés |
Main market (marché principal) |
|
Nigéria |
1960 |
Coté en bourse |
Premium board (marché principal) Main board (marché principal) ASEM (marché de croissance) Growth Board (marché de croissance) |
|
|
Afrique du Sud |
Cape Town Stock Exchange (CTSE) |
2016 |
Détenu par des acteurs privés |
Marché de croissance |
|
1887 |
Coté en bourse |
Main market (marché principal) Altx (marché de croissance) |
||
|
Tanzanie |
1996 |
Coté en bourse |
MIMs (marché principal) EGMs (marché de croissance) SME Acceleration (marché de croissance) |
|
|
Tunisie |
Bourse de Tunis (BVMT) |
1969 |
Détenue par des acteurs privés |
Marché principal |
|
Ouganda |
1997 |
Détenu par des acteurs privés |
Main board (marché principal) |
|
|
Zambie |
1993 |
Détenu par des acteurs privés |
Main board (marché principal) Alt-M (marché de croissance) |
|
|
Zimbabwe |
2020 |
Détenu par le Zimbabwe Stock Exchange |
Main board (marché principal) |
|
|
Zimbabwe Stock Exchange (ZSE) |
1948 |
Détenu par des acteurs privés (68 %) et l’État (32 %) |
Main board (marché principal) |
Note : L’Egyptian Exchange comprend deux bourses de valeurs, à Alexandrie et au Caire, qui fonctionnent comme un marché unique. L’année de création de l’Egyptian Exchange correspond à l’année de création de la Bourse d’Alexandrie. La Bourse Régionale des Valeurs Mobilières en Côte d’Ivoire couvre également le Bénin, le Burkina Faso, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo.
Source : Sites Internet des bourses de valeurs.
2.1.2. Vue d’ensemble des sociétés cotées en bourse en Afrique
Les marchés d’actions cotées en Afrique se caractérisent souvent par leur nombre limité de valeurs et leur manque de liquidité. À la fin de l’année 2024, 1 141 sociétés étaient inscrites à la cote des bourses de valeurs africaines, soit seulement 2.6 % du total mondial et 5 % de l’ensemble des entreprises cotées dans les marchés émergents (ME). Leur capitalisation boursière totale s’élevait à 1 000 milliards USD, soit un pourcentage encore plus faible de la capitalisation boursière mondiale totale (0.4 %) et de celle des ME (2 %). La capitalisation boursière de l’Afrique représente un tiers du PIB de la région, un ratio nettement inférieur à son équivalent au niveau mondial (113 %) et dans les marchés émergents (61 %). De plus, les sociétés cotées en Afrique présentent une petite taille, avec une capitalisation boursière médiane de 45 millions USD, soit moins de la moitié de la taille médiane des sociétés cotées dans les ME et environ 40 % de la taille médiane à l’échelle mondiale (117 millions USD).
Au niveau des pays, seuls quelques marchés se distinguent sur le plan de la taille et de l’activité. L’Afrique du Sud possède le marché d’actions cotées le plus développé, qui compte pour plus d’un tiers de la capitalisation boursière de la région. En plus d’être beaucoup plus élevé que celui des autres pays africains, son ratio capitalisation boursière sur PIB (84 %) dépasse aussi celui des ME (61 %). De plus, la taille médiane des sociétés sud-africaines cotées est nettement supérieure à celle des ME ou du marché mondial, avec une capitalisation boursière médiane de 195 millions USD. Le Maroc, l’Égypte et le Nigéria ont aussi des marchés relativement importants, qui représentent à eux trois 15 % de la capitalisation boursière de la région. Ensemble, ces places boursières regroupent plus de 40 % des sociétés cotées en bourse en Afrique. À l’inverse, les bourses des valeurs de la Tanzanie, du Ghana, du Botswana, de l’Ouganda, de la Zambie et de la Namibie restent de très petite taille, chacune n’ayant qu’entre 12 et 29 sociétés inscrites à sa cote. Leur capitalisation boursière est également faible, puisqu’elle s’inscrit dans une fourchette comprise entre 5 % et 20 % des PIB de ces pays.
Graphique 2.1. Vue d’ensemble des sociétés cotées en bourse, fin 2024
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Note : « T » signifie « mille milliard » et « B », « milliard ».
Source : Ensemble de données issu de la série sur les marchés de capitaux de l’OCDE ; London Stock Exchange Group (LSEG) ; ensemble de données des (2025[1]) Perspectives de l’économie mondiale (avril 2025) du FMI, https://www.imf.org/external/datamapper/NGDPD@WEO/OEMDC/ADVEC/WEOWORLD ; voir l’annexe pour obtenir de plus amples informations.
La ventilation par secteur des sociétés cotées en bourse en Afrique diffère des modèles observés dans les ME et dans le monde. Une part importante du marché d’actions cotées africain se concentre dans le secteur financier, qui représente 37 % de la capitalisation boursière totale et un quart du nombre total de sociétés (Graphique 2.2). L’Afrique se démarque en cela des autres ME et des marchés mondiaux, où les valeurs financières représentent une part moins importante de la capitalisation boursière : 22 % et 15 %, respectivement (partie A du graphique).
Le deuxième secteur le plus important en Afrique par capitalisation boursière est la technologie (17 %), suivi de celui des matériaux de base (15 %). Cependant, si l’on raisonne en nombre de sociétés cotées, les produits de consommation non cyclique et les produits de consommation cyclique sont les deux secteurs dominants après les produits financiers. Cela semble indiquer que si certains secteurs à forte intensité de capital dominent sur le plan de la valeur, les entreprises opérant dans des secteurs de produits de consommation plus traditionnels sont plus nombreuses.
Graphique 2.2. Trois secteurs les plus représentés parmi les sociétés cotées en bourse, fin 2024
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Source : Ensemble de données issu de la série sur les marchés de capitaux de l’OCDE ; London Stock Exchange Group (LSEG) ; voir l’annexe pour obtenir de plus amples informations.
2.2. Gouvernance d’entreprise en Afrique
Copier le lien de 2.2. Gouvernance d’entreprise en AfriqueLa solidité des cadres de gouvernance d’entreprise favorise l’efficience économique, la pérennité de la croissance et la stabilité financière. Elle constitue un facteur déterminant pour développer des marchés de capitaux liquides et résilients, et pour faciliter l’accès des entreprises au financement. Les Principes de gouvernance d’entreprise du G20 et de l’OCDE visent à promouvoir l’accès des sociétés au financement en renforçant la confiance dans les marchés de capitaux grâce à des pratiques de marché justes, transparentes et prévisibles qui rassurent les investisseurs (OECD, 2023[2]). Des cadres de gouvernance d’entreprise solides encouragent les sociétés à exercer leur activité avec intégrité et responsabilité, ce qui leur rend l’accès aux marchés de capitaux plus facile et moins onéreux. Cela vaut également pour les entreprises publiques, compte tenu de leur ampleur et de leur poids économique dans les pays africains.
Au niveau mondial, les juridictions procèdent à des examens réguliers de leurs cadres de gouvernance d’entreprise, qui englobent des instruments contraignants et non contraignants tels que des lois, des réglementations et des codes de gouvernance d’entreprise. Quarante-et-une des 52 juridictions étudiées dans l’édition 2025 du Panorama de l’OCDE sur la gouvernance d’entreprise ont apporté des modifications à leurs cadres juridiques et réglementaires au cours de la période 2023-2024 (OECD, 2025[3]). Compte tenu du caractère de plus en plus international des activités des sociétés et des investissements, des examens réguliers des cadres juridiques et réglementaires nationaux contribuent à garantir l’adaptabilité aux évolutions de l’environnement économique mondial, tout en veillant à ce que les entreprises relevant de ces cadres restent résilientes et efficaces dans la recherche de création durable de valeur ajoutée à long terme.
2.2.1. Cadres juridiques et réglementaires
De nombreux pays africains ont établi des cadres de gouvernance en mettant sur pied des institutions officielles et en signant des conventions régionales et internationales destinées à améliorer la gouvernance, à renforcer les institutions et à préserver l’état de droit (African Development Bank Group, 2025[4]). La gouvernance d’entreprise a gagné en importance en Afrique au cours des deux dernières décennies, à l’image de cadres nationaux inspirés des Principes de gouvernance d’entreprise du G20 et de l’OCDE, et du King Code sud-africain (Oluwaseun Adeola Bakare and Olajumoke Bolatito Ajani, 2023[5]).
Les cadres de gouvernance d’entreprise sont définis dans des instruments contraignants, tels que les lois sur les sociétés, et la législation applicable aux marchés de valeurs mobilières ou de capitaux, les réglementations relatives aux valeurs mobilières et les règles d’admission à la cote (OECD, 2025[3]). Les cadres juridiques et réglementaires africains (Tableau 2.2) définissent les éléments de base obligatoires en matière de gouvernance d’entreprise, notamment les exigences s’agissant des comités au sein des conseils d’administration, des droits des actionnaires, ainsi que des obligations de transparence et d’information. Par exemple, le cadre mauricien comprend des exigences portant sur la composition des conseils d’administration, les comités d’audit et autres comités, les obligations en matière d’information financière et les droits des actionnaires (Balgobin-Bhoyrul, 2025[6]). De même, le cadre de gouvernance d’entreprise nigérian contient des exigences relatives à la composition des conseils d’administration, aux comités d’audit, à l’information financière, au dépôt de rapports sur la gouvernance d’entreprise et aux droits des actionnaires (Nwidaa et al., 2025[7]). Le cadre de gouvernance d’entreprise égyptien comporte des exigences relatives à la composition des conseils d’administration, aux comités d’audit et aux comités de gouvernance dans certains cas, à l’information financière et aux autres publications d’informations par les entreprises, et aux droits des actionnaires (Pearce, 2025[8]).
Par ailleurs, les cadres de gouvernance d’entreprise prévoient la publication d’informations relatives à la durabilité des entreprises au moyen d’un ensemble de mécanismes contraignants et non contraignants. Par exemple, les sociétés cotées en bourse au Kenya sont tenues de publier tous les ans leurs résultats aussi bien positifs que négatifs au regard des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) (Nairobi Securities Exchange, 2021[9]). En Tanzanie, les sociétés cotées en bourse doivent intégrer un rapport sur les critères ESG ainsi que des informations en matière de durabilité à leur rapport annuel (Dar Es Salaam Stock Exchange PLC, 2022[10]). À Maurice, le Code national de gouvernance d’entreprise recommande que les sociétés publient des informations sur leur situation, leurs résultats et leurs perspectives au regard des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, dans l’intérêt des actionnaires et d’autres parties prenantes clés (National Committee on Corporate Governance, 2016[11]).
Tableau 2.2. Principaux éléments des cadres juridiques et réglementaires africains en matière de gouvernance d’entreprise
Copier le lien de Tableau 2.2. Principaux éléments des cadres juridiques et réglementaires africains en matière de gouvernance d’entreprise|
Juridiction |
Droit des sociétés |
Droit des valeurs mobilières |
Autres réglementations pertinentes en matière de gouvernance d’entreprise |
||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
|
Botswana |
Chapitre 42:01 de la loi sur les sociétés (The Companies Act Cap 42:01) |
2025 |
Loi sur les valeurs mobilières, 2014 (The Securities Act of 2014) |
– |
Loi sur l’information financière, 2010 (The Financial Reporting Act, 2010) |
||
|
Côte d’Ivoire |
2014 |
– |
Organisation pour l’harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA) Règlement général du CREPMF |
||||
|
Égypte |
1981 |
1992 |
Règles d’admission à la cote et de radiation de la cote applicables aux valeurs mobilières sur l’Egyptian Exchange (EGX) |
||||
|
Ghana |
Loi sur les sociétés, 2019 (loi 992) (The Companies Act, 2019 (Act 992) |
2019 |
Loi sur le secteur des valeurs mobilières, 2016 (loi 929) (The Securities Industry Act, 2016 (Act 929)) |
2021 |
Réglementations de la commission des valeurs mobilières, 2003 (Securities and Exchange Commission Regulations, 2003) Règles de cotation de la Bourse du Ghana (Ghana Stock Exchange Listing Rules) |
||
|
Kenya |
Loi sur les sociétés (No.17, 2015) (The Companies Act (No.17 of 2015)) |
2015 |
Loi sur les marchés de capitaux, 1989 (Capital Markets Act 1989) |
2023 |
Lignes directrices de l’autorité des marchés de capitaux (The Capital Markets Authority (CMA) Guidelines) Réglementation des marchés de capitaux (émissions publiques, cotations et communication d’informations), 2023 (The Capital Markets (Public Offers, Listings and Disclosures) Regulations, 2023 (POLD Regulations)) |
||
|
Maurice |
Loi sur les sociétés, 2001 (Companies Act 2001) |
2001 |
Loi sur les valeurs mobilières, 2005 (Securities Act 2005) |
2005 |
Loi sur l’information financière, 2004 (Financial Reporting Act 2004) Règles de cotation de la Bourse de Maurice (Listing Rules of the Stock Exchange of Mauritius) |
||
|
Maroc |
1996 |
Code du marché de capitaux, 2012 (Capital Market Code 2012) |
2014 |
||||
|
Namibie |
Loi sur les sociétés, 2004 (Companies Act 2004) |
2023 |
– |
Réglementations administratives applicables aux sociétés, 2010 (Companies Administrative Regulations 2010) |
|||
|
Nigéria |
Loi sur les sociétés et les questions connexes, 2020 (The Companies and Allied Matters Act 2020) |
2020 |
Loi sur les placements et les valeurs mobilières, 2025 (Investments and Securities Act 2025) |
2025 |
Règlements et réglementations de la commission des valeurs mobilières (The Securities and Exchange Commission Rules and Regulations) Règlement de la Bourse du Nigéria, 2015 (The Rulebook of the Nigerian Stock Exchange 2015) |
||
|
Afrique du Sud |
Loi sur les sociétés, 2008 (Companies Act of 2008) |
2008 |
Loi sur les marchés financiers, 2012 (Financial Markets Act 2012) |
2021 |
Règles de cotation de la Bourse de Johannesburg (JSE Listing Rules) |
||
|
Tunisie |
2022 |
2019 |
|||||
|
Ouganda |
Loi sur les sociétés, 2012 (Companies Act 2012) |
2022 |
– |
Réglementations de l’autorité des marchés de capitaux relatives à la gouvernance d’entreprise, 2025 (CMA Corporate Governance Regulations 2025) |
|||
|
Tanzanie |
Loi sur les sociétés, 2002 (Companies Act 2002) |
2022 |
Loi sur les marchés de capitaux et les valeurs mobilières, 2025 (Capital Markets and Securities Act 2025) |
2025 |
Règles de la Bourse de Dar es-Salaam, 2022 (DSE Rules 2022) |
||
|
Zambie |
Loi sur les sociétés, 2017 (Companies Act 2017) |
2017 |
Loi sur les valeurs mobilières, 2016 (Securities Act 2016) |
2022 |
Règles de cotation de la Bourse de Lusaka (LuSE Listing Rules) |
||
|
Zimbabwe |
Loi sur les sociétés et les autres entités commerciales, 2019 (Companies and other Business Entities Act 2019) |
2020 |
Loi sur les valeurs mobilières et la Bourse, 2004 (Securities and Exchange Act, 2004) |
2013 |
|||
Source : sources librement accessibles.
Codes de gouvernance d’entreprise
Les cadres de gouvernance d’entreprise englobent les codes de gouvernance d’entreprise, qui tendent à adopter une approche non contraignante (droit souple) (OECD, 2025[3]). Les codes de gouvernance d’entreprise contribuent à orienter les pratiques nationales en matière de gouvernance d’entreprise en établissant des principes et des recommandations qui vont souvent au-delà des obligations minimales établies dans la loi et les réglementations. Chacun des 15 pays africains analysés dans ce chapitre dispose d’un code de gouvernance d’entreprise qui vient compléter les lois et réglementations existantes. La plupart des pays suivent soit une approche « se conformer ou se justifier », soit une approche « appliquer ou expliquer » (Graphique 2.3). Avec l’approche « se conformer ou se justifier », il est attendu des sociétés qu’elles se conforment aux dispositions du code ou bien qu’elles expliquent publiquement les raisons de leur non-conformité. Avec l’approche « appliquer ou expliquer », une explication satisfaisante d’une non-application des dispositions du code peut être considérée comme acceptable dans certaines circonstances. Maurice, le Nigéria et l’Afrique du Sud suivent l’autre approche, « appliquer et expliquer », au titre de laquelle les sociétés sont tenues de fournir des explications quant à la manière dont les pratiques appliquées favorisent la mise en œuvre des principes du code (Okike, 2019[12]). Le Ghana et l’Ouganda appliquent quant à eux l’obligation de conformité. En Tunisie, le code est non contraignant.
Graphique 2.3. Évolution des codes de gouvernance d’entreprise en Afrique
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Note : En plus des codes de gouvernance d’entreprise, certains pays disposent d’autres lignes directrices ou réglementations qui régissent les pratiques en matière de gouvernance d’entreprise. De plus amples informations sont données à ce sujet dans les notes de fin de document de ce chapitre. Par exemple, 17 pays africains, parmi lesquels la Côte d’Ivoire, sont membres de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des Affaires (OHADA), qui définit des normes de gouvernance d’entreprise destinées à protéger les actionnaires (Département d’État américain (2024[14]), 2024 Investment Climate Statements: Côte d’Ivoire, https://www.state.gov/reports/2024-investment-climate-statements/cote-divoire/). En Égypte, les règles d’admission à la cote et de radiation de la cote applicables aux valeurs mobilières sur l’Egyptian Exchange (EGX) contiennent des exigences en matière de gouvernance d’entreprise, s’agissant notamment de la composition des conseils d’administration et des droits des actionnaires minoritaires (EGX (2025[14]), Règles d’admission à la cote et de radiation de la cote applicables aux valeurs mobilières sur l’Egyptian Exchange (EGX), https://www.egx.com.eg/getdoc/1426464c-b8b8-4fa2-8147-39326c990db5/Listing-Rules_en-01-09-2024.aspx). Au Kenya, des circulaires et des modèles de déclaration sont mis à disposition pour aider les sociétés cotées en bourse à se conformer à leurs obligations en matière de gouvernance d’entreprise (Autorité des marchés de capitaux (2024[15]), cadre réglementaire, https://www.cma.or.ke/regulatory-framework/#overview).
Source : OCDE (2025[3]), Édition 2025 du Panorama de l’OCDE sur la gouvernance d’entreprise, https://doi.org/10.1787/f4f43735-en ; voir l’annexe pour des informations détaillées sur les codes de gouvernance d’entreprise.
En plus des codes de gouvernance d’entreprise, certains pays disposent d’autres lignes directrices ou réglementations qui régissent les pratiques en matière de gouvernance d’entreprise. Par exemple, 17 États africains sont membres de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des Affaires (OHADA) (OHADA, 2025[13]). L’OHADA définit des normes de gouvernance d’entreprise destinées à protéger les actionnaires (U.S. Department of State, 2024[14]), avec pour objectif global d’harmoniser les lois économiques et d’améliorer les systèmes judiciaires pour encourager l’investissement étranger et raffermir la confiance des investisseurs dans les États membres (OHADA, 2025[13])). Au Nigéria, les sociétés cotées en bourse sont tenues de se conformer au code nigérian de la gouvernance d’entreprise 2018 et aux lignes directrices de la commission des valeurs mobilières en matière de gouvernance d’entreprise (Securities and Exchange Commission Nigeria, 2025[15]).
Les codes de gouvernance d’entreprise africains sont considérés comme étant de bonne qualité (ACCA and KPMG, 2017[16]), mais seulement deux pays les ont mis à jour au cours des cinq dernières années.
2.3. Principales considérations intéressant l’action publique
Copier le lien de 2.3. Principales considérations intéressant l’action publiqueDes mesures ciblées sont nécessaires dans plusieurs domaines importants pour libérer pleinement le potentiel des marchés d’actions cotées en Afrique. Elles consistent à stimuler l’activité de levée de capitaux pour soutenir la croissance des entreprises, à améliorer la liquidité des marchés secondaires pour raffermir la confiance des investisseurs et l’efficience des marchés, à renforcer le rôle et la diversité des investisseurs tout en luttant contre la concentration des structures d’actionnariat, et à utiliser la cotation des entreprises publiques comme levier pour le développement du marché. De plus, la forte concentration de l’actionnariat dans les sociétés cotées en bourse pose des difficultés s’agissant de la protection des droits des actionnaires minoritaires, et elle pourrait avoir des implications pour la composition et l’indépendance des conseils d’administration. Il est essentiel de traiter ces questions pour dynamiser la participation aux marchés, élargir l’accès au financement et promouvoir la résilience des marchés de capitaux dans l’ensemble de la région.
2.3.1. Activité de levée de capitaux
Dans de nombreux marchés africains, les sociétés n’utilisent pas activement les marchés d’actions cotées pour lever des fonds propres. L’activité de cotation et de levée de capitaux est concentrée sur une poignée de ces marchés. Entre 2000 et 2024, les entreprises africaines ont levé un total de 219 milliards USD, ce qui ne représente que 1 % des fonds propres levés dans le monde et 3 % du montant levé par les entreprises des ME (Graphique 2.4). De plus, le recours aux marchés d’actions cotées est faible au regard de la taille de l’économie. Alors que les fonds levés au moyen d’introductions en bourse et d’émissions complémentaires d’actions représentent 1 % du PIB des marchés émergents et du PIB mondial, cette part se limite à 0.5 % en Afrique (partie C).
Au niveau des pays, les entreprises sud-africaines sortent du lot, avec 56 % du total des fonds levés, suivies de leurs homologues égyptiennes et nigérianes. À eux trois, ces pays représentent plus de 80 % du total des capitaux levés dans la région. En Égypte, le recours aux actions cotées par rapport à la taille de l’économie est important, à hauteur de 2.5 % du PIB. À l’inverse, cette proportion est inférieure à 0.1 % au Ghana, en Tanzanie, en Zambie, en Ouganda, en Côte d’Ivoire et au Botswana. Par ailleurs, là où les entreprises sud-africaines, égyptiennes et mauriciennes font également appel aux marchés d’actions cotées étrangers, la plupart des sociétés africaines ne lèvent des fonds propres que sur leurs marchés nationaux. Il est à noter que l’essentiel des capitaux levés par les entreprises mauriciennes est d’origine étrangère, ce qui tient à quelques grandes sociétés cotées au Johannesburg Stock Exchange et au London Stock Exchange.
Graphique 2.4. Fonds propres levés par les entreprises africaines, 2000-2024
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Note : Dans la partie C, pour les calculs des capitaux levés par les entreprises des marchés émergents, il est considéré que les fonds levés par les entreprises chinoises à Hong Kong (Chine) et par les entreprises de Hong Kong (Chine) en Chine sont d’origine nationale.
Sources : Ensemble de données issu de la série sur les marchés de capitaux de l’OCDE ; London Stock Exchange Group (LSEG) ; FactSet ; Bloomberg ; voir l’annexe pour obtenir de plus amples informations.
Les marchés d’actions cotées en Afrique ont enregistré un pic d’introductions en bourse entre 2006 et 2008, sous l’effet principalement de l’activité en Afrique du Sud, au Maroc et au Nigéria. Pendant cette période, 167 entreprises sont entrées en bourse, soit plus du tiers de l’ensemble des admissions à la cote depuis 2000 (Graphique 2.5). Depuis, le nombre d’introductions en bourse a fortement décliné. En moyenne, la dernière décennie n’a vu que 11 entreprises africaines entrer en bourse par an. Les fonds propres levés au moyen d’émissions complémentaires d’actions ont largement dépassé ceux recueillis lors des introductions en bourse, mais le nombre d’émissions complémentaires a lui aussi baissé, malgré le net rebond observé en 2024. Par ailleurs, les sociétés financières ont représenté 35 % et 34 % du total des fonds propres levés au moyen d’introductions en bourse et d’émissions secondaires, respectivement.
Graphique 2.5. Introductions en bourse et émissions complémentaires d’actions des entreprises africaines
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Note : Les données des graphiques sont basées sur la place de cotation.
Sources : Ensemble de données issu de la série sur les marchés de capitaux de l’OCDE ; London Stock Exchange Group (LSEG) ; FactSet ; Bloomberg ; voir l’annexe pour obtenir de plus amples informations.
Le niveau élevé des frais de cotation peut constituer un obstacle pour les entreprises cherchant à accéder aux marchés d’actions cotées, en particulier sur les bourses plus petites et moins liquides. Dans quatre des cinq bourses africaines étudiées (Botswana, Égypte, Kenya, Nigéria et Afrique du Sud), les frais d’admission directe restent modérés, la plupart des bourses appliquant des plafonds qui réduisent grandement les coûts pour les grands émetteurs. Le cumul des frais de cotation initiaux et annuels pour une introduction en bourse à 150 millions USD1 sur ces places boursières se situe au-dessous de 0.06 % des montants levés (Tableau 2.3). Le Nigerian Exchange se démarque, avec des frais totaux s’élevant à environ 0.25 % du montant de l’introduction en bourse, malgré l’utilisation d’une structure avec plafonnement des frais.
Pour les petites introductions en bourse, en revanche, le coût relatif augmente considérablement. Pour une introduction en bourse à 15 millions USD, les frais de cotation sont compris entre 0.02 % et 0.32 % du montant de l’offre sur les mêmes places boursières. Au Botswana, l’application de planchers pour les frais augmente le coût effectif exprimé en part du montant de l’introduction en bourse, si bien que les petites cotations sont proportionnellement beaucoup plus onéreuses que les grandes cotations.
Tableau 2.3. Coût des cotations sur une sélection de bourses de valeurs africaines
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Pays / Bourse |
Frais en pourcentage du montant de l’introduction en bourse (%) |
|
|---|---|---|
|
Introduction en bourse à 15 millions USD |
Introduction en bourse à 150 millions USD |
|
|
Botswana – BSE |
0.050 % |
0.017 % |
|
Égypte – EGX |
0.054 % |
0.010 % |
|
Kenya – NSE |
0.02 % |
0.002 % |
|
Nigéria – NGX |
0.267 % |
0.252 % |
|
Afrique du Sud – JSE |
0.320 % |
0.060 % |
Note : Le coût des cotations comprend uniquement les frais de cotation initiaux et annuels, le cas échéant, et il est calculé pour des introductions en bourse de 150 millions USD et 15 millions USD sur le marché principal, en supposant un ratio de flottant de 20 %. Le montant d’introduction en bourse de 150 millions USD représente la valeur moyenne des offres sur les places du Botswana, de l’Égypte, du Kenya, du Nigéria et de l’Afrique du Sud depuis 2000. Tous les frais de cotation sont exprimés hors TVA, sauf dans le cas de l’Afrique du Sud.
Source : BSE (2025[17]), frais de cotation, www.bse.co.bw/listing-fees/ ; EGX (2025[18]), frais de cotation, www.egx.com.eg/en/Listing_fees.aspx ; République du Kenya (2022[19]), loi sur les marchés de capitaux, https://new.kenyalaw.org/akn/ke/act/1989/17/eng@2023-12-11 ; NGX (2025[20]), frais de cotation, https://ngxgroup.com/exchange/raise-capital/listing-fees/ ; JSE (2025[21]), frais applicables aux émetteurs, aux services et aux opérations, https://www.jse.co.za/services/other-services/services-documentation/price-lists ; voir l’annexe pour consulter le détail des frais utilisés dans l’analyse.
Les calculs ci-dessus ne comprennent que les frais de cotation imposés par les places boursières et n’incluent pas les autres principaux éléments de coût associés aux introductions en bourse. Les dépenses liées aux services juridiques, aux courtiers parrains, aux prises fermes, aux dépôts réglementaires et au marketing représentent généralement cinq à dix fois les frais facturés par la bourse. Sur de nombreux marchés africains, ces coûts supplémentaires peuvent se révéler encore plus contraignants, la disponibilité limitée d’expertise en matière de conseil et de prise ferme au niveau local, la plus petite taille des opérations et la plus faible profondeur des marchés se traduisant souvent par des coûts par transaction plus élevés que sur les marchés plus développés.
Certaines entreprises publiques africaines sont également cotées sur les marchés d’actions. À l’échelle mondiale, de nombreuses économies émergentes ont décidé de coter partiellement des entreprises publiques sur les places boursières nationales. Au-delà des avantages financiers pour les États et des gains d’efficience pour les entreprises publiques, ces cotations partielles peuvent accroître la profondeur et la liquidité des marchés, et contribuer à attirer plus d’investisseurs. À la fin de l’année 2024, l’Afrique comptait 122 entreprises publiques cotées en bourse, soit 5 % du nombre total d’entreprises publiques cotées à l’échelle mondiale et 7 % du total de celles cotées dans les ME (Graphique 2.6).
Sur le plan de la capitalisation boursière, les entreprises publiques africaines cotées en bourse représentent seulement 0.6 % de la valeur des entreprises publiques cotées dans le monde et 0.8 % de la valeur de celles cotées dans les ME (Graphique 2.6, partie B). De plus, la part des entreprises publiques dans la capitalisation boursière de l’Afrique est nettement inférieure (17 %) à leur part dans les ME (42 %). Cela tient en grande partie aux programmes de privatisation déployés dans de nombreux ME, en particulier en Asie, où les pays ont eu recours à une série de cotations de grandes entreprises publiques pour tirer parti des marchés de capitaux (OECD, 2025[22]).
Graphique 2.6. Vue d’ensemble des entreprises publiques cotées en bourse en Afrique, fin 2024
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Note : Sont considérées comme publiques les entreprises qui sont détenues à 25 % au moins par des entités publiques. L’Ouganda et la Côte d’Ivoire ne sont pas couverts dans la partie D en raison de l’insuffisance des données disponibles.
Sources : Ensemble de données issu de la série sur les marchés de capitaux de l’OCDE ; London Stock Exchange Group (LSEG) ; FactSet ; Bloomberg ; voir l’annexe pour obtenir de plus amples informations.
Au niveau des pays, les entreprises publiques cotées constituent une part significative de la capitalisation boursière au Kenya, au Zimbabwe et en Égypte. Dans la plupart des pays africains, les trois plus grandes entreprises publiques représentent la quasi-totalité de la capitalisation boursière du secteur des entreprises publiques. L’Égypte fait figure d’exception. Elle a enclenché sa stratégie de privatisations au début des années 90 et présente aujourd’hui le plus grand nombre (55) d’entreprises publiques cotées en Afrique. Les entreprises publiques cotées en bourse sont moins nombreuses en Afrique du Sud (18), mais elles représentent près de la moitié de la capitalisation boursière totale des entreprises publiques en Afrique, ce qui s’explique par la taille considérable de son secteur des entreprises publiques.
Considérations intéressant l’action publique
Pour dynamiser les marchés d’actions cotées africains, les pouvoirs publics pourraient prendre des initiatives visant à attirer plus d’émetteurs vers les marchés. Il conviendra d’abaisser les obstacles liés à la réglementation et aux coûts, d’améliorer la transparence des marchés et de renforcer la confiance des investisseurs pour encourager plus d’entreprises à entrer en bourse, en particulier dans des secteurs et des économies sous-représentés. Il est essentiel d’attirer une base élargie d’émetteurs pour intensifier l’activité sur les marchés et faire des actions cotées une option de financement plus viable dans la région.
De plus, des cadres d’admission à la cote plus souples et plus proportionnés, adaptés à la taille et à la capacité des entreprises, sont nécessaires pour rendre les marchés d’actions cotées plus accessibles pour les entreprises de petite taille. Des actions visant à promouvoir les cotations transfrontières et l’intégration régionale contribueraient aussi à élargir l’accès aux marchés, en particulier pour les entreprises dans les économies de petite taille. Le renforcement des capacités locales en matière de conseil et de prise ferme améliorerait le montage des opérations, la structuration des transactions et les réseaux de distribution dans la région, ce qui permettrait à un plus grand nombre d’institutions africaines de piloter des appels publics à l’épargne. Cela aiderait à réduire la dépendance à l’égard d’intermédiaires étrangers, d’abaisser les coûts d’émission et de promouvoir une participation accrue des entreprises du continent aux marchés d’actions.
L’admission à la cote d’entreprises publiques sur les bourses de valeurs nationales peut constituer un puissant outil pour approfondir les marchés d’actions cotées, accroître la liquidité, et attirer des investisseurs institutionnels et individuels. En plus d’améliorer la visibilité des marchés et la participation à ces derniers, les cotations de grandes entreprises publiques peuvent également jouer un rôle de catalyseur pour le développement général des marchés de capitaux en encourageant des entreprises privées à leur emboîter le pas. Pour concrétiser ce potentiel, les pouvoirs publics devraient envisager des entrées en bourse stratégiques d’entreprises publiques rentables, étayées par des cadres de gouvernance transparents et des plans de cession clairement définis. Ces efforts peuvent améliorer la profondeur et le dynamisme des marchés d’actions nationaux de façon générale.
2.3.2. Liquidité sur le marché secondaire des actions cotées
Le marché secondaire des actions présente une liquidité relativement limitée sur les bourses africaines, ce qui nuit à l’efficacité du processus de détermination des prix et, par voie de conséquence, décourage une participation plus large des investisseurs et constitue un obstacle majeur pour le développement global du marché. Cette faible liquidité est la conséquence d’une série de facteurs structurels et réglementaires.
Dans 9 des 14 places boursières africaines, la liquidité (mesurée par le taux de rotation annuel) reste inférieure à 5 % (Graphique 2.7). L’Égypte et l’Afrique du Sud affichent les niveaux de liquidité les plus élevés, à 50 % et 28 %, respectivement. Ces deux pays sont les seuls du continent africain à compter des entreprises à l’indice MSCI Emerging Market. Le Maroc (9 %), le Kenya (6 %) et le Nigéria (5.5 %) présentent également une liquidité supérieure à celle des autres marchés africains.
Graphique 2.7. Liquidité des bourses de valeurs africaines
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Note : Le taux de rotation est calculé en divisant le volume annuel des actions échangées par la capitalisation boursière, sur la base des dernières informations disponibles pour chaque place boursière. Seules les entreprises dont la cotation primaire appartient à une bourse de valeurs donnée sont prises en compte. Pour l’Afrique du Sud et le Zimbabwe, les taux de rotation sont ceux du Johannesburg Stock Exchange et du Zimbabwe Stock Exchange, respectivement. La Côte d’Ivoire est exclue à des fins de comparabilité. La taille des bulles est proportionnelle à la part de chaque pays dans la capitalisation boursière.
Source : Sources librement accessibles ; voir l’annexe pour de plus amples informations.
La plupart des bourses africaines ne comptent que quelques sociétés inscrites à leur cote et proposent une gamme limitée de catégories d’actifs, ce qui se traduit par un faible volume d’échanges et une réduction des possibilités de placements. Sur certains marchés, la participation des investisseurs étrangers est limitée par des barrières réglementaires. Par exemple, le Zimbabwe plafonne la participation d’un investisseur étranger individuel dans une entreprise à 15 % de son capital social émis2 (ZSE, 2024[23]). À l’inverse, la Tanzanie a supprimé le plafonnement de 60 % qu’elle appliquait aux prises de participation d’investisseurs étrangers dans les sociétés cotées en bourse (UNCTAD, 2014[24]).
Les coûts de transaction élevés font partie des facteurs qui nuisent à la liquidité sur les marchés d’actions africains. Le coût total de l’achat et de la vente d’une action cotée s’élève à 4 % de la valeur échangée en Ouganda, au Zimbabwe, au Kenya, en Tanzanie et au Ghana (Graphique 2.8). Cette part est souvent inférieure à 1 % dans les marchés émergents, où elle s’élève par exemple à 0.8 % en Malaisie, à 0.64 % en Indonésie et à 0.46 % au Pérou (OBG, 2022[25]; OECD, 2024[26]). Plus spécifiquement, les frais de courtage représentent une part importante des coûts de transaction, à savoir deux tiers du montant total en moyenne. Cela s’explique en grande partie par le nombre limité de courtiers et les faibles volumes de transactions sur les bourses des valeurs africaines, qui réduisent la concurrence et conduisent les agents de change à facturer des frais plus élevés pour couvrir leurs charges d’exploitation fixes (Bright Africa, 2019[27]).
Plusieurs initiatives régionales ont été déployées en Afrique dans le but d’abaisser les coûts de transaction et d’accroître la liquidité par une intégration des bourses de valeurs et un élargissement de la communauté des courtiers. Par exemple, en 2013, le Conseil ouest-africain pour l’intégration des marchés de capitaux (West African Capital Markets Integration Council, WASMIC) a introduit un programme d’intégration en trois phases visant à créer un passeport commun qui habiliterait les courtiers à exécuter des transactions sur toutes les bourses des pays membres (WAMI, 2021[28]). Le Projet de liaison des bourses africaines (African Exchanges Linkage Project, AELP) rassemble quant à lui 10 bourses de valeurs africaines3 autour de l’objectif d’améliorer la profondeur et la liquidité des marchés de capitaux en Afrique grâce à l’intégration des marchés, avec des cotations et négociations transfrontières des titres (AELP, 2025[29]).
Graphique 2.8. Comparaison des coûts de transaction dans une sélection de bourses de valeurs africaines
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Note : Sur chaque bourse de valeurs, les coûts de transaction sont calculés pour une valeur échangée de 10 000 USD, et ils représentent le coût total pour l’acheteur et le vendeur. Pour les frais de courtage, le tarif le plus bas a été retenu, lorsque cela est applicable. Le Maroc n’a pas été pris en compte en raison de l’absence de données disponibles.
Source : Sources librement accessibles ; voir l’annexe pour de plus amples informations.
Considérations intéressant l’action publique
L’amélioration de la liquidité des marchés secondaires des actions cotées en Afrique nécessite des réformes visant à remédier aux inefficiences structurelles, aux coûts de transaction élevés et à la participation limitée des investisseurs. Le fait d’encourager les sociétés cotées en bourse à accroître leurs ratios de flottant peut approfondir les marchés. Il est tout aussi essentiel de réduire les coûts de transaction au moyen d’une plus grande concurrence entre les courtiers et d’une simplification des structures de frais. La transition numérique des infrastructures de négociation ainsi que le soutien aux initiatives d’intégration régionale permettraient d’élargir le réseau de courtiers, de favoriser l’activité transfrontière et d’abaisser les charges d’exploitation. Il sera également capital d’améliorer la stabilité macroéconomique ainsi que les cadres de réglementation et de gouvernance d’entreprise pour renforcer la confiance des investisseurs et promouvoir une participation plus active aux marchés secondaires.
2.3.3. Cadres juridiques et réglementaires
Malgré la mise en place de cadres institutionnels, la région continue de rencontrer de grandes difficultés en matière de gouvernance d’entreprise (African Peer Review Mechanism, 2025[30]). La mise en œuvre de réformes plus globales des institutions et de la gouvernance s’opère lentement et l’on constate d’importantes disparités d’un pays à l’autre en raison de facteurs tels que les circonstances régionales, culturelles et politiques. (African Development Bank Group, 2025[4]). Par exemple, l’ingérence politique dans les désignations des conseils d’administration et le manque d’indépendance de ces derniers ont été identifiés comme des obstacles qui se traduisent par une gouvernance d’entreprise déficiente (African Corporate Governance Network, 2023[31]). À cela s’ajoute la diminution de l’aide extérieure au développement, si bien que l’Afrique éprouve des difficultés à mobiliser des capitaux pour réaliser son potentiel de croissance (African Development Bank Group, 2025[4]).
En février 2025, le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs, une institution de l’Union africaine, a publié les Principes africains de gouvernance d’entreprise. Ces principes visent à remédier à la faiblesse des écosystèmes de gouvernance d’entreprise en Afrique en adaptant les meilleures pratiques internationales au contexte africain, avec pour socle les valeurs d’Ubuntu : objectif commun, dignité humaine, interdépendance, humanité, solidarité, acceptation et compassion (African Peer Review Mechanism, 2025[30]).
Des efforts ont certes été déployés pour établir des cadres de gouvernance d’entreprise, en s’inspirant souvent des Principes de gouvernance d’entreprise du G20 et de l’OCDE, mais il convient désormais de passer à leur mise en œuvre. L’adoption de bonnes pratiques en matière de gouvernance d’entreprise passe par une surveillance et une application de la réglementation efficaces. Or les pays africains ont du mal à renforcer les cadres réglementaires, en raison de l’absence de fondements juridiques appropriés et de ressources insuffisantes pour détecter les mauvaises pratiques et appliquer des sanctions (African Development Bank Group, 2025[4]).
Les organismes de réglementation africains sont sous-financés, manquent d’indépendance et ont parfois été impliqués dans des affaires de corruption, ce qui nuit à l’application des règles (Oluwaseun Adeola Bakare and Olajumoke Bolatito Ajani, 2023[5]). L’Édition 2025 du Panorama de l’OCDE sur la gouvernance d’entreprise montre que l’autonomie budgétaire peut renforcer l’indépendance opérationnelle des organismes de réglementation. Dans 52 juridictions du monde entier, les instances de réglementation publiques sont habilitées à contrôler les pratiques des sociétés cotées en matière de gouvernance d’entreprise et de faire appliquer les règles. Parmi ces instances, 60 % sont entièrement financées par les cotisations des entités réglementées, qu’elles complètent avec des amendes (OECD, 2025[3]).
Il est possible de formuler des recommandations visant à renforcer le contrôle et l’application des pratiques en matière de gouvernance d’entreprise en s’inspirant des approches mises en œuvre dans diverses juridictions à l’échelle mondiale. L’Autorité des marchés de capitaux du Kenya a instauré des mesures de conformité rigoureuses pour les sociétés cotées, ce qui a raffermi la confiance des investisseurs (Oluwaseun Adeola Bakare and Olajumoke Bolatito Ajani, 2023[5]). Dans les juridictions ayant une faible capacité institutionnelle, il peut se révéler efficace de trouver un équilibre entre action publique et action privée dans l’application des règles pour remédier aux difficultés liées à la gouvernance et lutter contre la corruption (Berglof, 2006[32]). La coopération régionale devient de plus en plus importante pour la gouvernance d’entreprise, notamment lorsque des entreprises souhaitent se faire admettre à la cote de plusieurs marchés boursiers dans différents pays en Afrique (African Peer Review Mechanism, 2025[30]).
Considérations intéressant l’action publique
Compte tenu de la récente publication des Principes africains de gouvernance d’entreprise et des révisions apportées aux Principes de gouvernance d’entreprise du G20 et de l’OCDE et aux Lignes directrices de l’OCDE sur la gouvernance des entreprises publiques, il serait opportun que les pays africains révisent leurs codes de gouvernance d’entreprise et s’alignent sur les meilleures pratiques régionales et internationales. De plus, l’harmonisation des cadres et pratiques en matière de gouvernance d’entreprise à l’échelle de l’Afrique pourrait aider les entreprises et les investisseurs à s’orienter parmi les obligations à respecter au niveau régional et mondial, tout en facilitant l’application de réglementations transfrontières et en attirant des investisseurs étrangers sur les marchés de capitaux africains. Pour toutes les entreprises, cela consisterait à se conformer aux exigences réglementaires et, dans le cas des entreprises privées, à étayer la décision d’entrer à la cote de la bourse nationale concernée. Pour les investisseurs, cela engoberait l’accès à des informations les accompagnant dans leur décision d’investir. L’intégration régionale des bourses de valeurs permettrait de réaliser des économies d’échelle, notamment grâce à la mise en commun des ressources ainsi qu’à l’harmonisation des règles en matière de surveillance et d’application de la réglementation. Deux bourses régionales sont en activité en Afrique : la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) en Afrique de l’Ouest et la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC) en Afrique centrale (Africa Finance Corporation, 2025[33]). En s’inspirant de ces deux exemples, d’autres pays africains pourraient trouver des moyens d’optimiser des ressources pour renforcer les cadres de gouvernance d’entreprise.
Les responsables publics en Afrique pourraient également suivre la tendance mondiale croissante consistant à établir des autorités de contrôle entièrement autofinancées. Avec le modèle d’autofinancement, les organes de contrôle disposent de ressources plus stables et plus prévisibles qui permettent une meilleure planification à long terme, une réduction de l’ingérence politique et une surveillance plus efficace. Cela a pour effet de renforcer la confiance des investisseurs et d’améliorer l’intégrité des marchés.
2.3.4. La base d’investisseurs et les droits des actionnaires minoritaires
Les entreprises cotées en bourse en Afrique se caractérisent par la forte concentration de leur actionnariat dans les mains des sociétés. Les sociétés détiennent en effet 24 % des actions cotées, une part bien plus importante que dans les ME (19 %) et au niveau mondial (9 %). Les investisseurs institutionnels détiennent 20 % des actions dans la région, soit une part largement inférieure à la proportion au niveau mondial (47 %). De plus, le secteur public est un investisseur important puisqu’il détient 17 % des actions cotées, un chiffre supérieur à celui observé au niveau mondial (10 %) mais inférieur à celui d’autres économies émergentes (31 %).
Les présences des sociétés dans les structures d’actionnariat varient considérablement d’un pays à l’autre. Dans deux tiers des pays africains, les sociétés détiennent plus de 40 % des actions cotées. L’Afrique du Sud et l’Égypte présentent des répartitions plus équilibrées de l’actionnariat. Les participations des investisseurs institutionnels sont principalement concentrées sur les entreprises cotées en Afrique du Sud, plus grand marché de la région, où ils détiennent 23 % des actions. À l’inverse, leur part est inférieure à 5 % dans des pays tels que le Ghana, le Kenya, le Nigéria, la Tanzanie, la Tunisie et la Zambie. Par ailleurs, la participation du secteur public dans les sociétés cotées est importante en Égypte (26 %) comme au Zimbabwe (22 %).
Graphique 2.9. Ventilation de l’actionnariat des entreprises cotées par catégories d’investisseurs, fin 2024
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Note : L’Ouganda et la Côte d’Ivoire ne sont pas pris en compte en raison de l’insuffisance des données disponibles. Les investisseurs ont été classés en cinq catégories : entreprises, secteur public, investisseurs individuels stratégiques, investisseurs institutionnels et reste du flottant, comme dans la source entre parenthèses (De La Cruz, Medina and Tang, 2019[34]).
Sources : Ensemble de données issues de la série sur les marchés de capitaux de l’OCDE ; London Stock Exchange Group (LSEG) ; FactSet ; Bloomberg ; voir l’annexe pour obtenir de plus amples informations.
Les investisseurs nationaux sont les principaux actionnaires des sociétés africaines cotées en bourse, avec 40 % du total des actions. Cependant, la part des investisseurs institutionnels nationaux reste relativement faible, ce qui traduit le sous-développement de la base d’investisseurs institutionnels en Afrique. Au niveau mondial, les investisseurs institutionnels nationaux détiennent une part considérable des actions cotées (33 %) alors que leurs participations sont moins importantes dans les ME et en Afrique.
Graphique 2.10. Participation des investisseurs institutionnels, fin 2024
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Note : L’Ouganda et la Côte d’Ivoire ne sont pas pris en compte en raison de l’insuffisance des données disponibles.
Source : Ensemble de données issues de la série sur les marchés de capitaux de l’OCDE ; London Stock Exchange Group (LSEG) ; FactSet ; Bloomberg ; voir l’annexe pour obtenir de plus amples informations.
Outre le poids grandissant des investisseurs institutionnels nationaux dans de nombreux marchés, on constate que les investisseurs institutionnels étrangers jouent eux aussi un rôle majeur dans les marchés d’actions africains, sur lesquels ils détiennent 12 % des actions cotées. Cependant, leurs participations sont principalement concentrées en Égypte, en Afrique du Sud et au Zimbabwe. Les investisseurs étrangers sont des actionnaires clés en Afrique du Sud, pays qui jouit d’une plus grande visibilité auprès des investisseurs institutionnels en raison de la présence de certaines de ses entreprises dans de grands indices investissables, tels que le MSCI Emerging Market et le MSCI Emerging Markets EMEA, et d’une forte représentation dans les indices régionaux, comme le MSCI Emerging Frontier Markets Africa. En revanche, la plupart des autres pays africains ont une présence limitée dans les indices mondiaux. L’Égypte est le seul autre pays africain inclus dans l’indice MSCI Emerging Market, alors que tous les autres pays ne figurent que dans des indices centrés sur l’Afrique, avec de faibles pondérations. Dans cette catégorie, le Maroc, l’Égypte et le Kenya ont une présence plus marquée que les autres dans les indices centrés sur l’Afrique hors Afrique du Sud, tels que le MSCI Emerging Frontier Markets Africa ex South Africa Index.
Les entreprises cotées en bourse en Afrique présentent des structures d’actionnariat fortement concentrées et, dans de nombreux cas, les sociétés en sont les plus grands actionnaires, ce qui semble indiquer l’existence de structures de groupes d’entreprises. En Afrique, 40 % des entreprises cotées ont un grand actionnaire qui détient plus de 50 % des participations, ce qui est largement supérieur aux proportions observées dans les ME et au niveau mondial (Graphique 2.11). La concentration de l’actionnariat est particulièrement marquée dans certains pays africains. Plus de 50 % des sociétés cotées en bourse au Maroc, en Namibie et au Ghana ont un actionnaire qui détient plus de la moitié de ses actions. Par ailleurs, dans tous les pays, l’actionnaire majeur que l’on retrouve le plus souvent est une société, avec une participation moyenne de 53 %. L’Égypte se démarque dans ce domaine par le fait que les actionnaires les plus importants sont le plus souvent des investisseurs individuels stratégiques.
Graphique 2.11. Concentration de l’actionnariat et identité de l’actionnaire le plus important, fin 2024
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Note : On considère que les sociétés dans lesquelles l’actionnaire le plus important détient plus de 50 % des participations présentent une structure d’actionnariat concentrée. La part du capital (échelle de droite) est calculée comme le pourcentage moyen des actions en circulation détenues par chaque catégorie d’investisseur lorsque l’actionnaire le plus important de la société appartient à cette catégorie ; la part des sociétés (échelle de gauche) est calculée comme le ratio du nombre des entreprises dont l’actionnaire le plus important appartient à une catégorie donnée sur le nombre total d’entreprises pour lesquelles des informations relatives à l’actionnariat sont disponibles. L’Ouganda et la Côte d’Ivoire ne sont pas pris en compte en raison de l’insuffisance des données disponibles.
Source : Ensemble de données issues de la série sur les marchés de capitaux de l’OCDE ; London Stock Exchange Group (LSEG) ; FactSet ; Bloomberg ; voir l’annexe pour obtenir de plus amples informations.
La concentration des structures d’actionnariat, à laquelle s’ajoutent le développement insuffisant des marchés de capitaux, la faiblesse des instances de réglementation et des mécanismes de contrôle extérieurs limités, peut avoir des effets néfastes sur la gouvernance d’entreprise (Ackah et al., 2024[35]). La forte concentration de l’actionnariat pose des problèmes de taille concernant la protection des actionnaires minoritaires.
L’Indice de compétitivité mondiale donne une indication du degré de protection que le système juridique apporte aux actionnaires minoritaires. L’Afrique du Sud, Maurice et la Namibie affichent les scores les plus élevés du continent s’agissant de la protection des intérêts des actionnaires minoritaires, mais des écarts subsistent entre les pratiques observées dans les économies africaines et les normes internationales (Graphique 2.12). Dans la plupart des pays, le seuil de participation au capital requis pour faire inscrire un point à l’ordre du jour d’une assemblée générale annuelle est fixé à 5 % (Graphique 2.12). Cependant, le Kenya, la Namibie, le Nigéria, la Tanzanie et l’Ouganda ont porté ce seuil à 10 %, ce qui représente un obstacle plus élevé pour les actionnaires minoritaires. De la même manière, dans huit pays, le seuil de participation au capital pour demander la convocation d’une assemblée générale annuelle est établi à 10 %. Le Botswana, l’Égypte, le Ghana, Maurice, la Tunisie, la Zambie et le Zimbabwe ont adopté des pratiques plus favorables aux actionnaires, avec des seuils à 5 %.
Les droits des actionnaires se traduisent aussi dans des indicateurs plus larges de la gouvernance, tels que l’indice du degré de gouvernance des actionnaires de la Banque mondiale (Graphique 2.12). Cet indice porte sur trois dimensions de la bonne gouvernance : les droits des actionnaires et leur rôle dans les décisions stratégiques des entreprises, les mécanismes de gouvernance qui protègent les actionnaires contre un contrôle excessif des conseils d’administration et contre leur enracinement, et la transparence des entreprises concernant les participations, les rémunérations, les audits et les perspectives financières. L’Égypte, Maurice et l’Afrique du Sud sont les mieux classés, la Côte d’Ivoire et la Tanzanie, les moins bien classées.
Les rapports nationaux sur la gouvernance d’entreprise apportent également des éclairages sur le traitement des droits des actionnaires minoritaires au niveau des pays. Par exemple, le rapport dressé au Kenya a mis en évidence que certaines entreprises ne respectent pas les conditions minimales applicables aux administrateurs indépendants n’exerçant pas de fonctions de direction, ce qui va à l’encontre de la protection des actionnaires minoritaires (Capital Markets Authority, 2024[36]). L’établissement de rapports consacrés à l’application du code de gouvernance au niveau national favorise une communication efficace des informations et une amélioration des pratiques en matière de protection des actionnaires minoritaires.
Graphique 2.12. Protection des intérêts des actionnaires minoritaires
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Note : Les scores ont été rééchelonnés pour être compris entre 0 et 100, à partir de valeurs initiales comprises entre 1 et 7. Certaines juridictions appliquent des critères supplémentaires ou d’autres critères que le pourcentage de participation au capital (par exemple, une durée minimum de détention des titres, un nombre minimum d’actionnaires, un montant minimum). En Namibie, par exemple, la convocation d’une assemblée doit être sollicitée par au moins deux actionnaires détenant au moins 10 % des participations et en Afrique du Sud, l’inscription d’un point à l’ordre du jour peut être demandée par deux actionnaires, quel que soit leur niveau de participation au capital.
Sources : Forum économique mondial (2019[37]), Indice de compétitivité mondiale 4.0, https://prosperitydata360.worldbank.org/en/dataset/WEF+GCI ; OCDE (2025[3]), Édition 2025 du Panorama de l’OCDE sur la gouvernance d’entreprise, https://doi.org/10.1787/f4f43735-en ; sources librement accessibles des lois sur les sociétés répertoriées dans le tableau 2.2.
Considérations intéressant l’action publique
Pour continuer de développer les marchés d’actions de la région, les responsables publics pourraient s’attacher à élargir les bases d’investisseurs, en particulier s’agissant des investisseurs institutionnels nationaux et étrangers. Des réformes des retraites et le développement de l’écosystème des investisseurs institutionnels dans son ensemble, en incluant les compagnies d’assurances et les gestionnaires d’actifs, peuvent contribuer à bâtir une base d’investisseurs stable sur le long terme (voir le chapitre consacré aux fonds de pension et aux compagnies d’assurances). Parallèlement, le fait d’encourager un plus grand nombre de sociétés à entrer en bourse et d’inciter celles déjà cotées à accroître leurs ratios de flottant pourrait contribuer à améliorer l’attractivité des marchés pour un plus large éventail d’investisseurs. Une présence élargie dans les indices mondiaux et régionaux pourrait susciter plus d’intérêt chez les investisseurs internationaux. Pour attirer plus d’investisseurs, les instances de réglementation devront agir pour renforcer les droits des actionnaires minoritaires. Cela peut prendre la forme, par exemple, d’un abaissement du seuil de participation au capital requis pour pouvoir demander l’organisation d’une assemblée générale annuelle des actionnaires. La disponibilité des outils numériques est également essentielle pour permettre aux actionnaires d’exercer correctement leurs droits.
2.3.5. Composition des conseils d’administration
Sur l’ensemble du continent africain, les approches adoptées en matière de composition des conseils d’administration sont conformes aux pratiques internationales répertoriées dans l’Édition 2025 du Panorama de l’OCDE sur la gouvernance d’entreprise. On constate toutefois des disparités entre les pays. Par exemple, l’Afrique du Sud, le Botswana, l’Égypte, le Kenya, Maurice, la Namibie et le Nigéria ont adopté le modèle moniste, qui exige la séparation des rôles de président du conseil d’administration et de directeur général, ainsi que la désignation d’administrateurs indépendants. Au Botswana, la majorité des administrateurs n’exerçant pas de fonctions de direction doivent être indépendants alors qu’en Égypte, toutes les sociétés cotées en bourse doivent présenter au moins deux administrateurs indépendants dans leurs conseils d’administration. À Maurice, les conseils d’administration doivent compter au moins deux administrateurs indépendants dans leur composition (Balgobin-Bhoyrul, 2025[6]).
Au niveau mondial, les juridictions privilégient les structures monistes : 74 % de celles couvertes dans le Panomara de l’OCDE adoptent ce cadre et 96 % exigent ou recommandent un nombre ou un ratio minimum d’administrateurs indépendants (OECD, 2025[3]). À l’inverse, les sociétés cotées en bourse au Maroc ont le choix entre le système moniste et le système dualiste. La loi n’impose pas la séparation entre les rôles de directeur général et de président du conseil d’administration (WeCount, 2021[38]), pas plus qu’elle n’oblige les sociétés (à l’exception des banques) à désigner des administrateurs indépendants (EBRD, 2017[39]). Au Kenya, les sociétés sont nombreuses à suivre la recommandation du Code de gouvernance d’entreprise préconisant que le président du conseil d’administration d’un émetteur soit un administrateur n’exerçant pas de fonction de direction (Capital Markets Authority, 2024[36]). Au Botswana, les compositions des conseils d’administration n’étaient pas conformes aux bonnes pratiques recommandées. Par exemple, les présidents de plusieurs conseils d’administration n’étaient pas des administrateurs indépendants sans fonction de direction et les conseils d’administration n’étaient pas composés d’une majorité d’administrateurs indépendants (Botswana Accountancy Oversight Authority, 2024[40]).
Dans l’ensemble de l’Afrique, des progrès ont été accomplis pour atteindre l’équilibre femmes-hommes dans les conseils d’administration. En Égypte, les sociétés cotées en bourse sont tenues de faire siéger au moins 25 % de femmes ou deux administratrices à leur conseil d’administration. À Maurice, les deux genres doivent être représentés dans les conseils d’administration, qui doivent compter au moins un homme et une femme (Balgobin-Bhoyrul, 2025[6]). En 2024, le Maroc a introduit de nouvelles dispositions relatives à la participation minimum des femmes aux conseils d’administration des sociétés cotées : 30 % à partir du 1er janvier 2024 et 40 % à partir du 1er janvier 2027 (ISS, 2023[41]). Au Kenya, l’édition 2015 du Code des pratiques en matière de gouvernance d’entreprises pour les sociétés émettrices de titres cotés en bourse exige que les conseils d’administration respectent la diversité, y compris la parité femmes-hommes. L’Autorité des marchés de capitaux a reçu des retours de la part des sociétés cotées en bourse demandant que la diversité de genre devienne obligatoire pour tous les émetteurs (Capital Markets Authority, 2024[36]). Ces approches s’agissant de la diversité de genre dans la composition des conseils d’administration correspondent aux pratiques observées dans le monde entier, les femmes occupant en moyenne 29 % des sièges d’administrateurs dans les 52 juridictions du Panorama (OECD, 2025[3]).
Considérations intéressant l’action publique
Compte tenu de la forte concentration de l’actionnariat, il est important de renforcer l’indépendance des conseils d’administration et d’améliorer les pratiques en matière de communication sur leur composition. Le fait de garantir la présence d’un nombre suffisant d’administrateurs indépendants, avec des rôles et des responsabilités clairement définis, peut aider à contrebalancer l’influence des actionnaires de contrôle. Par ailleurs, une transparence accrue eu égard aux compétences, à la diversité et au processus de sélection des membres des conseils d’administration améliorera la responsabilité et permettra aux actionnaires minoritaires de mieux juger si leurs intérêts sont correctement représentés. Ces mesures pourraient aider à étoffer la protection des actionnaires minoritaires et à raffermir la confiance des investisseurs dans le marché.
Références
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Notes
Copier le lien de Notes← 1. La somme de 150 millions USD représente le montant moyen des introductions en bourse sur les places du Botswana, de l’Égypte, du Kenya, du Nigéria et de l’Afrique du Sud depuis 2000.
← 2. Les investissements dépassant le plafond de 15 % sont soumis à l’approbation de la banque centrale du pays (Reserve Bank of Zimbabwe).
← 3. Les 10 bourses concernées sont le Nairobi Securities Exchange, le Johannesburg Stock Exchange, l’Egyptian Exchange, le Stock Exchange of Mauritius, la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières, le Nigerian Exchange Group, la Bourse de Casablanca, le Botswana Stock Exchange, le Ghana Stock Exchange et l’Uganda Stock Exchange.