Le développement d’un marché de capitaux dynamique et performant constitue une priorité pour de nombreuses économies africaines. Un recours accru aux financements de marché pourrait contribuer à mobiliser des ressources au service de l’économie réelle, stimuler l’innovation et la compétitivité et favoriser une croissance durable. Le renforcement des marchés de capitaux pourrait également permettre de tirer parti de la dynamique démographique de l’Afrique, tout en favorisant l’inclusion financière. Plusieurs pays africains, en particulier des économies à revenu intermédiaire caractérisées par un certain niveau d’activité sur les marchés de capitaux et des infrastructures de marché établies, ont mis en place des stratégies visant à développer leurs marchés de capitaux, approfondir l’intégration financière régionale et mettre leurs cadres juridiques en conformité avec les normes internationales. Néanmoins, les progrès sont inégaux à l’échelle du continent. De nombreux marchés restent confrontés à d’importants défis, notamment le manque d’infrastructures et de liquidité, des bases d’investisseurs restreintes, une réglementation fragmentée et des préférences culturelles pour les circuits de financement informels. Ces contraintes peuvent limiter leur capacité à compenser les déficits d’investissement liés à la transition climatique et à soutenir pleinement une croissance économique durable.
Résumé
Copier le lien de RésuméMalgré leur diversité en termes de structure et de maturité, les marchés de capitaux africains sont dans l’ensemble moins développés que ceux d’autres économies émergentes.
Copier le lien de Malgré leur diversité en termes de structure et de maturité, les marchés de capitaux africains sont dans l’ensemble moins développés que ceux d’autres économies émergentes.Au cours des 25 dernières années, plusieurs pays africains ont créé des bourses de valeurs, permettant aux entreprises de lever environ 220 milliards USD de capitaux propres. Cette somme ne représente pourtant que 1 % de la valeur totale des fonds propres levés dans le monde et 3 % de celle des entreprises des marchés émergents, soit à peine 0.5 % du PIB africain, une proportion bien inférieure à celle observée dans d’autres régions. L’activité sur les marchés de capitaux en Afrique reste par ailleurs très concentrée : l’Afrique du Sud, l’Égypte et le Nigéria représentent ensemble plus de 80 % de la capitalisation boursière totale. Les volumes d’échanges demeurent globalement faibles et concentrés sur quelques grandes entreprises, en partie en raison du coût élevé des opérations. Les initiatives prises par les pouvoirs publics pour attirer davantage d’émetteurs, en particulier les petites entreprises et celles sous-représentées, en réduisant les obstacles, en améliorant la transparence et en introduisant des cadres d’admission à la cote plus souples, pourraient contribuer à dynamiser l’activité sur le marché et renforcer la participation des acteurs nationaux. La transition numérique des infrastructures de négociation, conjuguée à une intégration plus poussée des marchés financiers régionaux, pourrait permettre d’élargir le réseau de courtiers, favoriser l’activité transnationale et réduire les coûts opérationnels.
De nombreux pays africains ont déjà mis en conformité leurs cadres de gouvernance d’entreprise avec les normes internationales, notamment en dotant les régulateurs de pouvoirs de surveillance étendus sur l’ensemble des segments du marché et en améliorant la protection des investisseurs. Toutefois, la mise en œuvre des cadres varie selon les pays et la concentration de l’actionnariat représente un défi particulier. Les sociétés détiennent 24 % des actions cotées en Afrique, contre 19 % dans les marchés émergents et 9 % à l’échelle mondiale, signe possible d’une moindre protection des actionnaires minoritaires. Le renforcement de la confiance des investisseurs passe par une plus grande indépendance des conseils d’administration et une transparence accrue, ainsi que par une meilleure protection des actionnaires minoritaires. L’adoption récente des Principes africains de gouvernance d’entreprise et la mise à jour des normes internationales de gouvernance d’entreprise offrent une occasion d’améliorer les codes de gouvernance d’entreprise.
Le recours limité aux obligations et aux prêts syndiqués dans le financement des entreprises traduit la faiblesse de la base d’investisseurs nationaux.
Copier le lien de Le recours limité aux obligations et aux prêts syndiqués dans le financement des entreprises traduit la faiblesse de la base d’investisseurs nationaux.L’encours de la dette d’entreprise sous forme d’obligations et de prêts syndiqués reste faible dans les pays africains, tant en pourcentage du PIB qu’en valeur absolue, comparé aux moyennes mondiales, et il a diminué ces dernières années, passant d’environ 230 milliards USD en 2020 à approximativement 180 milliards USD en 2024, ce qui représente à peine 1 % de la dette mondiale des entreprises et environ 5 % de celle des marchés émergents. En outre, quatre économies (Afrique du Sud, Égypte, Nigéria et Maurice) détiennent à elles seules environ 60 % de l’encours total sur le continent, illustrant la forte concentration de l’endettement des entreprises sur quelques marchés financiers plus développés, et plus généralement, le lien qui existe entre la profondeur des marchés de la dette des entreprises et le niveau de développement économique et financier. Les pays africains restent par ailleurs exposés à un risque de change élevé, une grande partie de la dette des entreprises et de la dette souveraine étant libellée en devises, contrairement à la plupart des économies avancées. Cette situation tient à la faiblesse et à la fragmentation générales des cadres réglementaires et des infrastructures de marché, à une forte dépendance à l’égard des capitaux étrangers et au sous-développement des investisseurs institutionnels nationaux.
Il est essentiel d’élargir la base d’investisseurs, y compris étrangers, mais une dépendance excessive vis-à-vis de l’étranger pourrait aussi accroître la vulnérabilité face aux incertitudes mondiales, aux cycles de politique monétaire et aux périodes d’instabilité financière. Il est donc tout aussi important que les pays africains mettent en place des politiques et des cadres réglementaires favorisant la constitution d’une base solide d’investisseurs nationaux, composée notamment de fonds de pension et de compagnies d’assurance. Pour élargir le vivier d’investisseurs, il faut approfondir l’intégration régionale, harmoniser les cadres réglementaires et assurer l’interopérabilité des infrastructures de marché, tout en créant un environnement plus concurrentiel pour réduire les coûts de transaction et opérationnels et promouvoir la transformation numérique.
La transition climatique en Afrique est confrontée à un déficit de financement majeur, qui appelle une meilleure mobilisation des marchés de la dette et des investissements du secteur privé, en particulier dans le secteur de l’énergie.
Copier le lien de La transition climatique en Afrique est confrontée à un déficit de financement majeur, qui appelle une meilleure mobilisation des marchés de la dette et des investissements du secteur privé, en particulier dans le secteur de l’énergie.Répondre aux besoins d’investissement dans les énergies propres nécessitera d’augmenter sensiblement les dépenses en capital. Par exemple, pour tenir les engagements annoncés pour 2026 en Afrique, il faudra multiplier par deux les niveaux actuels d’investissement. Cela illustre l’importance d’une participation associant les secteurs privé et public pour atteindre les objectifs climatiques fixés. Si les tendances récentes de l’investissement climatique public et privé se poursuivent, le continent devrait être confronté à des déficits d’investissement jusqu’en 2040.
Une intégration plus poussée des marchés de capitaux africains contribuerait à mobiliser des fonds au service de la transition climatique en élargissant la base d’investisseurs, en tirant profit de la liquidité sous‑utilisée et en diversifiant les possibilités d’investissement. Les obligations durables, essentielles au financement de cette transition, pourraient s’avérer particulièrement utiles pour les entreprises du secteur de l’énergie. Des initiatives telles que le projet de liaison des bourses africaines, qui connecte dix grandes bourses représentant 90 % de la capitalisation boursière du continent (1 500 milliards USD), pourraient être étendues afin d’approfondir l’intégration des marchés.
Les entreprises publiques, pourtant parmi les plus grandes du continent, manquent souvent de cadres de gouvernance solides, ce qui limite leur contribution aux marchés de capitaux.
Copier le lien de Les entreprises publiques, pourtant parmi les plus grandes du continent, manquent souvent de cadres de gouvernance solides, ce qui limite leur contribution aux marchés de capitaux.Quarante-quatre des 100 plus grandes entreprises d’Afrique par leur chiffre d’affaires sont détenues par l’État et nombre d’entre elles opèrent dans des secteurs stratégiques tels que l’exploitation minière, l’énergie et les télécommunications. Toutefois, les cadres juridiques régissant ces entreprises ne précisent généralement pas de manière explicite les objectifs et les fondements de l’actionnariat, tandis que les dispositifs de gouvernance peuvent manquer de cohérence et être soumis à l’arbitraire politique, ce qui se traduit souvent par des résultats financiers médiocres, une transparence limitée et un manque de redevabilité. Pour relever ces défis, il est essentiel de mettre en place une structure d’actionnariat public claire et de veiller à définir les responsabilités en matière d’actionnariat, de réglementation et d’action publique.
Plusieurs pays ont réalisé des avancées ces dernières années, en adoptant des réformes institutionnelles et juridiques et en définissant plus précisément les objectifs de performance et les responsabilités en matière de gouvernance. Les gouvernements africains pourraient améliorer les performances et l’impact des entreprises publiques sur le marché en renforçant la disponibilité et la transparence des données les concernant, notamment via la publication de rapports agrégés sur les performances, en modernisant les cadres juridiques pour consolider la redevabilité, et en rendant publiques des politiques actionnariales claires. Intégrer les réformes de la gouvernance des entreprises publiques dans les stratégies globales de développement des marchés de capitaux permettrait de mobiliser des financements essentiels, d’attirer les investisseurs et de stimuler la croissance du secteur privé.
Le développement des marchés de la dette souveraine en monnaie locale améliorerait la viabilité de la dette et encouragerait la participation du secteur privé.
Copier le lien de Le développement des marchés de la dette souveraine en monnaie locale améliorerait la viabilité de la dette et encouragerait la participation du secteur privé.Malgré la croissance significative des marchés des obligations souveraines dans la région au cours des deux dernières décennies, l’Afrique ne représente que 1 % du total des émissions mondiales, contre 3 % du PIB mondial. Depuis 2022, la hausse des coûts d’emprunt, la baisse de la demande étrangère et la limitation de l’accès aux financements publics ont conduit les acteurs économiques à privilégier le financement par les marchés, malgré son coût plus élevé. Conjuguées à d’importants besoins de refinancement, ces tensions pèsent sur la capacité budgétaire de nombreux pays africains. Environ 80 % des pays africains notés présentent un profil de risque élevé ou inférieur, avec des rendements moyens de 5 % pour les obligations libellées en monnaie locale et de 9 % pour celles libellées en USD. Ces rendements élevés influent également sur le prix des obligations d’entreprise, ce qui augmente le coût du capital dans toute la région.
Améliorer la liquidité des marchés obligataires locaux nécessite d’atténuer les vulnérabilités financières, d’élaborer des stratégies d’endettement à long terme et d’améliorer la coordination entre les politiques budgétaire, monétaire et réglementaire. Une gestion prudente de la dette et une augmentation progressive de la part d’obligations libellées en monnaie locale s’avèrent tout aussi essentielles. Des mesures visant à accroître la liquidité, à réduire les coûts et à diversifier la base d’investisseurs pourraient être envisagées, comme la constitution de lignes d’obligations de référence liquides et le développement de programmes d’émission de titres de dette destinés aux particuliers, ainsi que le renforcement des infrastructures de marché en coordination avec les banques centrales et d’autres acteurs clés du marché.
Le sous-développement des fonds de pension et des compagnies d’assurance explique la taille modeste de la base d’investisseurs.
Copier le lien de Le sous-développement des fonds de pension et des compagnies d’assurance explique la taille modeste de la base d’investisseurs.Contrairement à ce qui se passe dans de nombreuses économies avancées, les compagnies d’assurance et les fonds de pension jouent un rôle marginal en tant qu’investisseurs institutionnels dans la plupart des pays africains. La taille modeste de leurs actifs, couplée à une stratégie d’allocation privilégiant les titres d’État, limite leur capacité à fournir des capitaux stables à long terme. Pour les fonds de pension, la faiblesse des revenus et le niveau élevé de l’emploi informel constituent des contraintes supplémentaires.
Des cadres réglementaires et de surveillance solides, transparents et clairs sont indispensables pour renforcer le rôle des investisseurs institutionnels. Selon les pays, les mesures envisageables pourraient consister à mieux protéger les intérêts des assurés, à accroître la participation aux régimes de retraite par le biais de dispositifs obligatoires ou d’une affiliation automatique, à encourager la diversification des portefeuilles et à faciliter les investissements à long terme. Certains pays ont déjà réussi à améliorer la participation à des régimes de retraite par capitalisation et à augmenter considérablement le volume des actifs de pension, ouvrant la voie à l’échange de bonnes pratiques et d’expériences dans la région.
Pour libérer le plein potentiel de l’IA au service de l’inclusion financière et du développement des marchés, plusieurs obstacles devront être levés.
Copier le lien de Pour libérer le plein potentiel de l’IA au service de l’inclusion financière et du développement des marchés, plusieurs obstacles devront être levés.Si l’Afrique accuse un retard par rapport à d’autres régions en matière d’accès aux services bancaires formels, elle figure parmi les plus grands utilisateurs de services financiers numériques et mobiles au monde. Portés par les progrès des technologies informatiques, ils ont permis d’élargir l’accès aux produits financiers pour les populations peu bancarisées grâce à des innovations telles que les plateformes de paiement mobile, les applications de prêt numériques et les solutions technologiques de transfert de fonds. En proposant des solutions sur mesure, fondées sur des données et économiquement efficientes, l’IA pourrait encore améliorer l’inclusion financière et la participation aux marchés. Elle permettrait notamment d’utiliser des données alternatives pour évaluer la solvabilité de populations disposant d’un historique financier limité ou peu bancarisées, facilitant ainsi leur accès aux services financiers de base. L’innovation en matière d’IA pourrait également stimuler le développement des marchés de capitaux en améliorant l’efficience opérationnelle et en permettant une supervision proactive, au moyen d’outils technologiques de surveillance fondés sur l’IA.
Toutefois, l’Afrique se heurte à des obstacles pour tirer pleinement parti du potentiel de transformation de l’IA : contraintes d’infrastructure, coûts élevés de mise en œuvre, pénuries de professionnels compétents, qualité et disponibilité des données insuffisantes, cyberrisques et lacunes en matière de culture financière. Pour les surmonter, il est nécessaire d’investir davantage dans les infrastructures, la recherche‑développement et le capital humain nécessaires à l’IA, tout en s’appuyant sur un cadre réglementaire solide qui concilie innovation, protection des consommateurs et stabilité des marchés. Dans le même temps, les modèles d’IA devront être entraînés à partir de données locales représentatives afin de tenir compte de la diversité linguistique, culturelle et socioéconomique du continent.