Au cours des deux dernières décennies, la dette souveraine négociable des pays d’Afrique a considérablement augmenté, en grande partie grâce à des conditions macro-financières favorables et à une forte demande de titres de dette émis par des marchés émergents et des économies en développement (MEED). Depuis 2022, le paysage du financement, se caractérisant par une hausse des coûts d’emprunt, un affaiblissement de la demande extérieure et la montée des incertitudes géopolitiques et commerciales, s’est toutefois nettement complexifié. Dans le même temps, l’accès à des prêts bénéficiant d’un soutien public est devenu plus restreint, ce qui a conduit de nombreux pays africains à recourir plus largement à des financements de marché plus coûteux. Ces évolutions, conjuguées à d’importants besoins de refinancement, risquent de porter le coût du service de la dette à des niveaux outrepassant la capacité budgétaire de certains emprunteurs souverains. Dans ce contexte, il va être essentiel de consolider les cadres de gestion de la dette et de développer progressivement les marchés obligataires en monnaie locale pour contribuer à assurer la viabilité budgétaire et la résilience financière.
5. Marchés obligataires en monnaie locale au service du financement du développement en Afrique
Copier le lien de 5. Marchés obligataires en monnaie locale au service du financement du développement en AfriqueDescription
5.1. Introduction
Copier le lien de 5.1. IntroductionLe présent chapitre a pour objet d’examiner la situation des marchés de la dette souveraine sur le continent africain, notamment les tendances en matière d’émission, les coûts d’emprunt, l’accès aux marchés étrangers et l’évolution des notations de crédit. Les analyses reposent principalement sur les données de marché disponibles concernant les émissions d’obligations par des administrations centrales, sachant que des précisions méthodologiques sont fournies en annexe.
Principaux messages
Copier le lien de Principaux messagesEn Afrique, les émetteurs souverains doivent assumer des besoins et des contraintes de financement d’ordres divers. Contrairement à la plupart des pays développés, dont les besoins d’emprunt sont en grande partie couverts par l’émission d’obligations libellées en monnaie locale, un grand nombre d’économies d’Afrique combinent émissions d’obligations libellées en monnaie locale et en devises, prêts bilatéraux et financements concessionnels.
À la fin de 2024, 60 % seulement des pays africains affichaient un encours d’obligations souveraines, soit le chiffre le plus faible toutes régions confondues. L’explication de ce constat réside probablement dans la proportion élevée des petites économies à faible revenu sur le continent plutôt que dans des choix explicites des pouvoirs publics.
Entre 2007 et 2024, le montant des émissions annuelles de dette souveraine des pays africains a grimpé de 70 à 350 milliards USD, et celui de l’encours de la dette obligataire de 160 à 730 milliards USD. Les émissions obligataires ont triplé, en pourcentage du PIB, portées de 5 % à 15 %, soit le niveau le plus élevé parmi les MEED ; pourtant, l’Afrique ne représente toujours que 1 % des émissions mondiales d’obligations souveraines contre 3 % du PIB mondial.
La dette négociable des pays d’Afrique est composée, à hauteur d’environ 60 %, d’obligations à taux fixe libellées en monnaie locale. Cependant, cette part est principalement imputable à quelques grands émetteurs, la part médiane des titres de dette à taux fixe dans les pays africains s’établissant à 40 %, soit le chiffre le plus faible toutes régions confondues, sachant que ces pays recourent plus volontiers les bons du Trésor et aux titres de dette libellés en devises et n’émettent quasiment pas de dette à taux variable.
La durée moyenne jusqu’à l’échéance de l’encours de la dette varie de deux ans à plus de dix ans. Dans les pays qui émettent le plus et le plus fréquemment, comme l’Afrique du Sud, le Kenya, le Maroc et le Nigéria, les durées moyennes jusqu’à l’échéance restent généralement plus longues.
C’est en Afrique que la dette négociable représente la plus faible part de la dette publique totale, toutes régions confondues, soit 25 %. Dans les grandes économies et celles qui émettent principalement des obligations libellées en monnaie locale, la part de la dette négociable est généralement plus élevée. Les pays africains émettent également sur un éventail plus large de lignes obligataires et recourent moins fréquemment que les économies avancées à des opérations de rachats d’obligations ou de réouverture, ce qui rend plus difficile la constitution de lignes de référence liquides.
En 2024, environ 80 % des pays africains notés ont été classés dans la catégorie à haut risque ou dans une catégorie inférieure, soit la proportion la plus élevée toutes régions confondues. Seuls le Botswana et Maurice se situent dans la catégorie investissement. La Côte d’Ivoire et les Seychelles sont, depuis 2007, les seuls pays s’étant hissés dans la catégorie spéculative à avoir conservé cette position. De fait, environ la moitié de l’encours de la dette africaine présente un risque élevé et la part de cette dette relevant de la catégorie investissement est négligeable par comparaison avec d’autres régions.
En 2024, les rendements réels des obligations en monnaie locale émises par des pays africains ont atteint 5 %, soit leur plus haut niveau depuis au moins 2007, et beaucoup plus que les taux d’intérêt effectifs réels d’environ 1 %, ce qui s’explique par la baisse des coûts des emprunts bénéficiant d'un soutien public. Pour refinancer l’ensemble de la dette aux taux du marché actuels sans modifier les trajectoires des ratios dette/PIB, il faudrait donc que les soldes primaires augmentent en moyenne de 2.5 % du PIB, ce qui réduirait considérablement la marge de manœuvre budgétaire.
Les rendements des obligations libellées en USD émises par des pays africains sont montés à 9 % en 2024, contre 7 % en 2007, et sont désormais les plus élevés toutes régions confondues. Le nombre de pays africains émettant sur des marchés étrangers a fortement diminué en 2022 et 2023. Malgré un rebond en 2024, le montant net de la dette extérieure est resté négatif année après année depuis 2022.
5.2. Vue d’ensemble des émissions souveraines et des niveaux d’endettement
Copier le lien de 5.2. Vue d’ensemble des émissions souveraines et des niveaux d’endettementAu cours des deux dernières décennies, la dette souveraine négociable des pays d’Afrique a nettement augmenté, en grande partie grâce à des conditions macro-financières favorables et à une forte demande, de la part des investisseurs, de titres de dette émis par des marchés émergents et des économies en développement (MEED). Contrairement à la plupart des économies développées, dont les besoins d’emprunt sont principalement couverts par l’émission d’obligations en monnaie locale, un grand nombre de pays d’Afrique combinent émissions d’obligations libellées en monnaie locale et en devises, prêts bilatéraux et financements concessionnels.
Fin 2024, environ 60 % des 51 pays africains sur lesquels porte l’analyse avaient un encours de dette obligataire (Graphique 5.1, partie A)1. Pour 12 d’entre eux, il s’agissait uniquement d’un encours de dette sur des marchés étrangers, pour 11 autres, d’un encours uniquement sur des marchés locaux, et pour 7 autres, d’un encours se répartissant entre marchés étrangers et marchés locaux. Pour les 21 pays restants, aucune donnée sur des obligations en circulation n’était disponible auprès de LSEG, ce qui signifie que ceux-ci ne sont pas des émetteurs souverains. C’est en Afrique orientale et centrale, sous-régions dans lesquelles les pays à faible revenu sont les plus nombreux, que la part des émetteurs souverains est la plus faible (50 % dans les deux cas), et en Afrique australe qu’elle est la plus élevée (80 %).
Les pays d’Afrique sont, parmi les MEED, ceux dans lesquels la part des émetteurs souverains est la plus faible, ce qui témoigne de l’existence d’une corrélation entre les émissions souveraines d’une part, et le poids économique du pays et le revenu par habitant d’autre part (Graphique 5.1, parties B et C). Tous les MEED dont le PIB est supérieur à 1 000 milliards USD sont des émetteurs souverains, et plus de 90 % de ceux dont le PIB se situe entre 300 milliards USD et 1 000 milliards USD également. En revanche, 60 % environ seulement des pays dont le PIB est inférieur à 300 milliards USD émettent des obligations souveraines. Sur le continent africain, plus de 95 % des MEED appartenaient en 2024 à ce groupe de pays à faible PIB. Les niveaux de revenu sont également un paramètre qui entre en ligne de compte : environ 85 % des MEED à revenu élevé et à revenu intermédiaire de la tranche supérieure et de la tranche inférieure sont des émetteurs souverains, mais cette proportion tombe à environ 60 % parmi les pays à faible revenu. L’Afrique se distingue aussi à cet égard puisqu’elle compte la plus forte proportion de pays à faible revenu, soit environ 35 %, contre seulement 2.5 % dans les autres régions.
Bien qu’au sein du groupe des MEED, le continent africain soit celui qui accueille le plus grand nombre de pays à faible revenu et la plus faible proportion d’émetteurs souverains, il représente, dans la catégorie des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, la plus large proportion d’émetteurs. Cela signifie qu’en neutralisant l’incidence du revenu, l’Afrique compte plus d’émetteurs souverains que les autres régions. La faible proportion globale d’émetteurs sur le continent résulte donc plutôt de contraintes structurelles que de choix des pouvoirs publics.
Graphique 5.1. Émetteurs souverains en Afrique et comparaison avec d’autres régions
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Note : La partie A montre tous les pays ayant des obligations souveraines en circulation fin 2024. Les pays non représentés ne sont pas des émetteurs ou les données les concernant ne sont pas disponibles. La partie B illustre la part des émetteurs souverains en 2024, ventilée par région et par groupe de revenu. La partie C montre, pour chaque année, la proportion de MEED émetteurs dans le total des émissions de la région.
Source : LSEG ; et calculs de l’OCDE.
Les émissions de dette souveraine et les niveaux d’endettement ont sensiblement augmenté en Afrique entre 2007 et 2024. Le montant des émissions annuelles a été porté de 70 milliards USD à 350 milliards USD, et l’encours de la dette négociable de 160 milliards USD à 730 milliards USD (Graphique 5.2, parties A et B). Cette progression place le continent en deuxième position, sur la période, dans le classement des régions (Graphique 5.3, partie A). L’Afrique est de ce fait passée, dans le classement des régions en fonction de la valeur des émissions annuelles des émetteurs souverains, exprimée en pourcentage du PIB, de la dernière place en 2007 à la première en 2024 (Graphique 5.3, partie B).
Graphique 5.2. Montants des émissions et de l’encours d’obligations souveraines
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Source : LSEG ; et calculs de l’OCDE.
La hausse a été particulièrement marquée sur la période 2011-2021, lorsque les émissions annuelles et le ratio encours de la dette/PIB ont doublé en Afrique. Plusieurs facteurs ont contribué à cette envolée, qui a également touché les MEED d’autres régions. Premièrement, l’accès aux marchés s’est amélioré grâce à une plus grande solidité des fondamentaux, favorisée par le niveau élevé des réserves de change accumulées pendant la flambée des prix des produits de base au début des années 2010. Cela a été en particulier le cas des économies africaines tributaires des exportations de pétrole, de ressources minérales et de produits agricoles (Afreximbank, 2025[1]). Deuxièmement, une amélioration de la crédibilité de la politique monétaire, à la faveur de l’adoption, à une plus large échelle, de cadres de maîtrise de l’inflation et de régimes de taux de change flottants, a également permis d’élargir l’accès aux marchés (Kalemli-Ozcan et Unsal, 2024[2]). Troisièmement, les politiques monétaires accommodantes mise en œuvre dans les économies avancées, se caractérisant par des taux d’intérêt bas et un assouplissement quantitatif, ont conduit certains investisseurs à s’orienter vers des titres de dette émis par des MEED pour obtenir des rendements réels positifs, ce qui a eu pour effet d’accroître la base d’investisseurs. Enfin, les chocs externes, notamment la crise financière mondiale et la pandémie, ont accru les besoins budgétaires (BAfD, 2025[3]).
Si le niveau d’endettement a atteint des sommets dans l’ensemble de la région, la répartition entre les pays y est plus uniforme que dans d’autres régions. En 2024, les cinq premiers et les dix premiers émetteurs représentaient respectivement 79 % et 91 % de l’encours total de la dette de la région, contre 86 % et 97 % respectivement dans d’autres régions (Graphique 5.3, partie C). Cela tient non seulement à la diminution du nombre de grandes économies en Afrique, mais aussi à la présence de nombreux émetteurs dont l’encours de dette atteint des niveaux significatifs.
Graphique 5.3. Principales tendances des émissions et encours d’obligations souveraines
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Note : Les chiffres par région tiennent compte uniquement des MEED.
Source : LSEG ; et calculs de l’OCDE.
La majorité (environ 60 %) de la dette négociable des pays d’Afrique se compose d’obligations à taux fixe libellées en monnaie locale (Graphique 5.4, parties A et B). Ces dernières sont les obligations qui présentent le risque le plus faible pour l’émetteur, en particulier lorsqu’elles sont assorties d’échéances longues. Elles sont primordiales pour élaborer des courbes de rendement sans risque de crédit, ce qui est fondamental pour les marchés obligataires en monnaie locale et ce qui fait de la transparence de la dette une question majeure pour le développement des marchés de capitaux locaux (Encadré 5.1). La part médiane de la dette à taux fixe en Afrique, qui est un indicateur plus représentatif pour la plupart des pays de la région, s’établit à environ 80 %, soit le pourcentage le plus élevé toutes régions confondues. Pour quatre des plus grands émetteurs – l’Afrique du Sud, l’Algérie, le Kenya et le Maroc –, la dette à taux fixe représente 75 %, ou plus, du total ; l’Égypte pour sa part, qui est le deuxième émetteur d’Afrique pour la dette globale, fait figure d’exception puisque sa dette à taux fixe représente moins de 25 % du total de sa dette.
La part relativement faible de la dette à taux variable des pays d’Afrique mérite également d’être notée. Les obligations indexées sur l’inflation peuvent être utiles pour étendre la courbe des rendements et développer des segments de marché spécifiques. Elles sont particulièrement intéressantes dans le cas de pays ayant connu par le passé une forte inflation, ou encore pour capter la demande sur des segments de marché s’adressant à des investisseurs ayant des engagements indexés sur l’inflation, comme des fonds de pension et des compagnies d’assurance. Parce que les investisseurs paient une prime pour se protéger de l’inflation, les obligations indexées sur l’inflation peuvent représenter une solution plus efficace par rapport à leur coût tant dans les économies avancées (OCDE, 2024[4]) que dans les MEED (Cardozo et Christensen, 2024[5]). Si les hausses imprévues de l’inflation entraînent une augmentation des charges d’intérêts dans le cas d’obligations indexées sur l’inflation, celle-ci est généralement couverte, dans une certaine mesure, par un accroissement simultané des recettes fiscales lié à la montée de l’inflation. Outre les économies avancées, certaines MEED, en particulier dans la région d’Amérique latine et des Caraïbes, s’appuient largement sur ces instruments dans leurs programmes de financement.
Graphique 5.4. Composition, par instrument, de l’encours de la dette
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Note : Les obligations à taux variables renvoient aux obligations à taux variables et aux obligations indexées sur l’inflation. Les chiffres relatifs aux régions tiennent compte uniquement des MEED.
Source : LSEG ; et calculs de l’OCDE.
La durée moyenne pondérée jusqu’à l’échéance des titres de dette négociable est de 7.4 ans, soit environ un an de moins qu’en Asie et six mois de moins qu’en Amérique latine et dans les Caraïbes (Graphique 5.5, partie A). Ce chiffre est en légère progression par rapport à celui de 2016 qui était d’environ 6.7 ans. Cette pente ascendante traduit principalement une augmentation des émissions de dette en devises étrangères, lesquelles sont en principe assorties d’échéances plus longues que les titres libellés en monnaie locale, sachant que les durées moyennes jusqu’à l’échéance pour les deux types de dette sont restées relativement stables depuis 2016 : approximativement 6.5 à 6.9 ans pour les titres de dette libellés en monnaie locale et 10 à 11 ans pour les titres en devises étrangères (Graphique 5.5, partie C).
Ces moyennes régionales masquent d’importantes variations de la durée moyenne jusqu’à l’échéance pour les titres émis par des émetteurs souverains de pays africains. Dans certains pays, la durée moyenne jusqu’à l’échéance ne dépasse pas deux ans, et dans d’autres, elle excède 10 ans (Graphique 5.5, partie B). Pour les pays qui émettent des volumes relativement plus importants de titres de dette et le font à une fréquence plus grande, comme l’Afrique du Sud, le Kenya, le Maroc et le Nigéria, les durées moyennes jusqu’à l’échéance sont plus longues aussi bien sur les marchés en monnaie locale que sur les marchés en devises étrangères. L’Algérie et l’Égypte font figure d’exceptions. Bien qu’elles fassent partie des plus gros émetteurs en Afrique, la durée moyenne jusqu’à l’échéance pour leurs titres de dette libellés en monnaie locale reste courte : trois ans environ dans le cas de l’Algérie et moins de deux ans dans celui de l’Égypte. En Égypte, la durée moyenne jusqu’à l’échéance est inférieure à deux ans depuis 2017 et n’a pas dépassé trois ans depuis 2007. En Algérie, elle était d’à peu près huit ans en 2007 avant de diminuer jusqu’en 2016, et est restée inférieure à quatre ans depuis cette date. À l’inverse, de nombreux petits émetteurs n’opèrent que sur un seul marché, soit en monnaie locale, soit en devises, mais les échéances de leurs titres de dette sont très variables.
Graphique 5.5. Durée jusqu’à l’échéance de l'encours de la dette
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Note : Les chiffres par région tiennent compte uniquement des MEED. ML pour monnaie locale et DE pour devise étrangère.
Source : LSEG ; et calculs de l’OCDE.
Encadré 5.1. Transparence des données relatives aux titres de dette négociables libellés en monnaie locale dans une sélection de pays
Copier le lien de Encadré 5.1. Transparence des données relatives aux titres de dette négociables libellés en monnaie locale dans une sélection de paysIl est essentiel que des données exactes sur l’encours de la dette et les activités d’émission soient communiquées en temps voulu par les émetteurs pour renforcer la confiance des investisseurs et améliorer l’accès au marché. La communication de ces données permet également de repérer précocement les facteurs de vulnérabilité potentielle liés à l’endettement, de réduire les asymétries d’information et de faire en sorte de faciliter la reddition de comptes par les agents publics. L’encadré a été établi à partir de données librement accessibles auprès de sources officielles des 15 plus grands pays d’Afrique et constitue une ressource qui vient compléter les efforts déployés actuellement pour améliorer la transparence des données sur la dette. Il est principalement consacré à la dette négociable en monnaie locale, et complété par l’Annex 5.B dans laquelle sont présentées des conclusions par pays, et contient une synthèse des conclusions générales. Dans l’ensemble, les données relatives à la dette sont dûment notifiées, mais la transparence dans des domaines essentiels pourrait encore être améliorée.
Des informations sur la composition de l’encours de la dette sont généralement disponibles auprès de sources officielles. Tous les pays sur lesquels porte l’analyse fournissent une ventilation de la dette entre dette extérieure et dette intérieure, même si les définitions utilisées pour effectuer le classement entre ces deux catégories (résidence de l’investisseur ou monnaie, par exemple) ne sont pas claires dans tous les cas. Tous les émetteurs publient également la composition, par instrument (bons du Trésor, obligations, etc.), de la dette négociable en monnaie locale, mais à peu près la moitié d’entre eux ne fournissent pas de ventilation de la dette non négociable (entre prêts, pensions, arriérés), ce qui compromet une analyse plus approfondie.
Les données sur les calendriers et les résultats des adjudications sur le marché primaire sont généralement facilement accessibles, mais elles sont parfois obsolètes. Les délais de publication des résultats sont variables, mais en général, ceux-ci sont publiés le jour même de l’émission. Dans certains cas, les calendriers d’adjudication ne sont pas à jour et à peu près la moitié seulement des pays tiennent un calendrier des émissions à venir dans l’année.
Tous les pays publient, sous une forme ou une autre, un rapport sur la dette, et la plupart d’entre eux un document distinct sur la Stratégie à moyen terme en matière de dette. En règle générale, le montant du service de la dette intérieure pour les années précédentes apparaît également dans le rapport sur la dette. En revanche, environ un tiers seulement des pays sur lesquels porte l’analyse publient des informations sur la base d’investisseurs.
L’accès à des données récentes sur l’encours de la dette est limité dans à peu près la moitié des pays (Graphique 5.6, partie A). La facilité d’accès à ces données varie également selon les pays. Dans certains, elles sont inaccessibles pour de très nombreuses périodes ou sont présentées dans des formats ne se prêtant pas facilement à des comparaisons. En outre, on observe dans quelques pays des incohérences entre les différentes sources de données. Il arrive par exemple que les valeurs mentionnées pour l’encours total des obligations au titre d’une même année soient différentes selon les publications.
Graphique 5.6. Transparence et disponibilité des données pour les titres de dette négociables en monnaie locale
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Note : Les données relatives à 2025 présentées dans la partie A du graphique correspondent à une période quelconque pouvant aller jusqu’à juin 2025. Dans la partie B, les données utilisées sont les données les plus récentes disponibles auprès de sources officielles, comme celles présentées dans la partie A, sauf pour l’Angola, où les données issues de LSEG sont limitées à 2019. Les données sont considérées comme manquantes lorsqu’on ne dispose pas de données récentes auprès de la source indiquée. Dans les calculs, ce sont les données du FMI relatives à la dette totale qui figurent au dénominateur.
Source : G7 et Club de Paris (2023), « Preliminary Findings from the G-7 and Paris Club Countries Debt Data Sharing Exercise », https://thedocs.worldbank.org/en/doc/6e72b0ded996306fa01f5db7a0c38b19-0050052021/related/G7-and-Paris-Club-Data-Reconciliation-Exercise-April-2023.pdf ; Banque mondiale (octobre 2024). Debt Reporting Heat Map - 2024. Extrait de https://www.worldbank.org/en/topic/debt/brief/debt-transparency-report/2024.
D’autres discordances apparaissent lorsque l’on compare les données provenant de sources officielles et celles provenant de deux sources tierces, à savoir Bloomberg et LSEG (Graphique 5.6, partie B). Pour un peu plus d’un tiers des pays considérés, l’écart entre deux sources est de six points de pourcentage, voire moins, ce qui permet d’appréhender avec précision ce que représente réellement le fardeau de la dette. Pour un autre tiers cependant, l’écart entre les données de marché et les données tirées de sources officielles excède 25 points de pourcentage de la dette totale. Compte tenu de l’importance de la fiabilité des données sur la dette publique, les fournisseurs de données de marchés et les bureaux de gestion de la dette pourraient dans ces conditions se concerter pour résoudre les problèmes d’incohérence.
5.3. Principaux moteurs du développement des marchés d’obligations souveraines
Copier le lien de 5.3. Principaux moteurs du développement des marchés d’obligations souverainesL’un des points essentiels sur lequel les MEED se distinguent des économies avancées est la structure de l’emprunt public. Les MEED s’appuient davantage sur des sources hors marché, comme les prêts des institutions multilatérales, les créanciers bilatéraux et les banques privées. Dans les économies avancées en revanche, il existe une concordance étroite entre les besoins de financement et les émissions obligataires sur le marché, puisque les responsables de la gestion de la dette font appel aux marchés pour financer quasiment l’intégralité des besoins d’emprunt. Dans de nombreux MEED cependant, la décision d’émettre des obligations est prise en considérant non seulement les besoins d’emprunt, mais aussi la disponibilité d’autres sources de financement, notamment de l’accès à des prêts, et n’est donc pas le produit d’un mécanisme de financement normal, mais plutôt d’un choix politique.
Bien que les emprunts hors marché coûtent généralement moins cher, ils offrent moins de flexibilité et d’autonomie financière. Entre 2000 et 2020, le taux d’intérêt moyen des obligations libellées en devises ressortait à 6 % en Afrique, contre 3 % pour les prêts consentis par des banques chinoises et 1 % pour ceux accordés par des prêteurs (Mihalyi et Trebesch, 2023[6])multilatéraux. Néanmoins, les prêts ne suffisent souvent pas pour couvrir les besoins de financement des emprunteurs souverains : en effet, les montants sont limités, le montage prend du temps et une telle opération comporte un risque de change. Les prêts concessionnels peuvent également être pré-affectés à certains types de dépenses ou de projets, d’où une latitude réduite dans l’utilisation des fonds.
Le développement d’un marché obligataire local implique la création d’une vaste infrastructure informationnelle, juridique et institutionnelle. Une fois qu’une infrastructure solide et sûre a été mise en place et que les marchés ont pris leur essor, les pouvoirs publics peuvent, avec le temps, émettre des volumes plus importants d’obligations étant donné qu'ils ont accès à une base de créanciers plus large que s’ils devaient compter sur un nombre limité de prêteurs. En outre, les instruments de marché sont généralement assortis de restrictions moins sévères, quant à l'utilisation des fonds, que les prêts bénéficiant d'un soutien public, voire ne comportent aucune restriction, ce qui autorise une plus grande souplesse budgétaire. En outre, les obligations libellées en monnaie locale, en particulier, contribuent à atténuer les chocs externes en réduisant les décalages en termes de devises ou d’échéances (Eichengreen et Hausmann, 1999[7]).
Il est important que les émetteurs souverains mettent au point des instruments fongibles pouvant faire office de titres de référence liquides, et ainsi contribuer à réduire les primes de liquidité et, partant, les coûts de financement. La mise en circulation de plusieurs obligations de référence couvrant l’ensemble de la courbe des rendements favorise également le développement du marché intérieur au sens où elle permet d’avoir une courbe de rendements sans risque indispensable à la découverte des prix des titres du secteur privé. À mesure que les économies se développent et que les besoins de financement public augmentent, la dépendance à l’égard des marchés obligataires a tendance à croître.
L’Afrique, qui compte un grand nombre de pays à revenu faible et de pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure ainsi que de petites économies, est, de toutes les régions, celles qui affiche la plus faible dette négociable rapportée à la dette publique totale (Graphique 5.7, partie A). Celle-ci a généralement augmenté au fil du temps, pour atteindre un pic en 2022, soit plus d’un quart, avant de diminuer depuis dans un contexte de dégradation des conditions sur les marchés mondiaux2. Les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure du continent affichent en général une dette négociable plus élevée que ceux d’autres régions appartenant au même groupe de revenu alors que c’est l’inverse pour les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure (Graphique 5.7, partie B). À la différence de ce qui est observé en Asie, les pays africains à revenu intermédiaire de la tranche supérieure affichent une part de dette négociable beaucoup plus élevée que ceux de la tranche inférieure.
Graphique 5.7. Dette négociable rapportée à la dette publique totale
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Source : LSEG, Perspectives de l’économie mondiale du FMI, avril 2025, Statistiques de la BRI relatives aux titres de dette, comptes financiers de l’OCDE et calculs de l’OCDE.
Les deux variables qui sont fortement corrélées avec la part de la dette négociable en Afrique sont la taille de l’économie (PIB) et la part des obligations libellées en monnaie locale dans le total de la dette négociable (Graphique 5.8, partie A). Les grandes économies sont généralement mieux placées pour émettre des titres de dette libellés dans leur propre monnaie à l’étranger, ce qui leur permet d’élargir la base d’investisseurs et de réduire les risques (Eichengreen, Hausmann et Panizza, 2022[8]) inhérents aux liens entre l’émetteur souverain et les banques3.Maurice et la Namibie constituent des exceptions notables : bien qu’il s’agisse d’économies d’assez petite taille, elles affichent des parts de dette négociable qui restent supérieures à 60 %. En outre, aucun pays d’Afrique dont la part des obligations libellées en monnaie locale est inférieure à 25 % de la dette négociable totale n’a une dette négociable supérieure à 20 % de la dette publique totale. À l’inverse, dans tous les cas où la dette négociable excède 60 % de la dette, les obligations libellées en monnaie locale représentent plus de 75 % de la dette négociable, ce qui montre combien les marchés en monnaie locale sont importants pour la capacité de financement.
La capacité de l’État à percevoir des recettes joue également un rôle essentiel dans le développement des marchés d’obligations souveraines. Dans les pays qui sont trop tributaires de l’aide publique au développement (APD), la part de la dette négociable est généralement plus faible ; dans tous ceux dont l'APD a représenté plus de 5 % du PIB en 2024, la part dette négociable était d’environ 40 %, voire moins (Graphique 5.8, partie B). En revanche, les pays dont la part de dette négociable représentaient plus de la moitié de la dette publique totale présentaient tous des ratios impôts/PIB supérieurs à 15 % (Graphique 5.8, partie C), ce qui atteste le lien existant entre la capacité de lever des impôts et l’accès au marché obligataire.
Graphique 5.8. Moteurs du développement des marchés d’obligations souveraines
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Note : Les données présentées sont celles de 2024 ou 2023 selon la disponibilité. ML désigne la dette libellée en monnaie locale.
Source : LSEG, Perspectives de l’économie mondiale du FMI, avril 2025 Comptes financiers de l’OCDE, ensemble de données de l’OCDE sur l’aide publique au développement, Statistiques des recettes publiques de l’OCDE, et calculs de l’OCDE.
Les notes de crédit sont un autre paramètre déterminant pour le développement des marchés obligataires, au sens où elles constituent une référence qui prédétermine souvent les décisions des investisseurs internationaux. Plusieurs investisseurs institutionnels, en particulier, ne peuvent investir que dans des titres dont la note est supérieure à un seuil donné4. Les notations de crédit influent donc directement à la fois sur la taille de la base d’investisseurs à disposition d’un émetteur souverain, et sur le coût de l’emprunt. L’obtention d’une note favorable auprès de l’une des trois principales agences de notation peut donc représenter un moment charnière pour les emprunteurs souverains qui cherchent à se financer sur les marchés.
La plupart des pays africains doivent faire face à des difficultés considérables à cet égard, soit parce que leur note de risque de crédit est élevée, soit parce qu’aucune note de crédit ne leur a encore été attribuée, soit parce qu’ils ne sont pas des émetteurs souverains actifs (Graphique 5.9, partie A). Fin 2024, le Botswana et Maurice étaient les seuls pays d’Afrique classés dans la catégorie investissement tandis que l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire, le Maroc et les Seychelles relevaient de la catégorie spéculative5. Les 24 autres émetteurs souverains africains notés étaient considérés comme présentant un risque élevé ou équivalent à un risque de défaut6. Ils subissent de ce fait des coûts d’emprunt plus élevés et pâtissent d’un accès limité aux capitaux des investisseurs institutionnels qui ont une aversion pour le risque, ce dont témoignent également leurs parts dans certains indices obligataires (voir Encadré 5.2).
Encadré 5.2. Poids de l’Afrique dans les indices obligataires des marchés émergents
Copier le lien de Encadré 5.2. Poids de l’Afrique dans les indices obligataires des marchés émergentsLes indices obligataires sont des indices de référence qui permettent de suivre la performance d’une sélection d’obligations partageant des caractéristiques ou des orientations thématiques communes, et de réaliser des investissements passifs dans un large éventail d’obligations. Ils servent en outre de référence pour les mandats de gestion active. Les indices obligataires jouent donc un rôle important au sens où ils créent une demande structurelle pour les instruments de dette entrant dans la composition des portefeuilles. Parmi les indices courants de l’exposition des investisseurs à la dette souveraine des marchés émergents figurent l’indice JP Morgan Emerging Market Bond Global Diversified Index (JPM EMBIGD), l’indice JP Morgan Government Bond Index Emerging Market (GBI-EM) Global Diversified, l’indice MSCI Emerging Markets Sovereign Bond Index (MESBI) et l’indice FTSE Emerging Markets Government Bond Index (FTSE EMGBI).
Bien que les critères pris en compte varient selon les indices, ces derniers intègrent généralement des instruments de dette souveraine de marchés émergents répondant à des exigences minimales en termes de volume et de liquidité : en principe 500 millions USD par émission et une échéance résiduelle de plus d’un an, l’accès aux titres pour les investisseurs étrangers et une note de crédit comprise dans une certaine fourchette (généralement supérieure au risque de défaut, mais inférieure à AAA). Certains indices incluent uniquement des émissions libellées en monnaie locale et d’autres uniquement des émissions libellées en USD.
La pondération des pays dans un indice dépend généralement de leur part totale de l’encours de la dette éligible. De ce fait, les pays dont l’encours de dette négociable est plus élevé représentent souvent une part plus importante de l’indice. Pour des indices comme JPM EMBI et JPM GBI-EM, les pondérations par pays sont également plafonnées, ce qui garantit une exposition plus diversifiée.
La part de la dette africaine dans tous ces indices reste inférieure à 15 %. L’EMBI FTSE attribue une part d’environ 12.5 % à l’Europe centrale et orientale, au Moyen-Orient et à l’Afrique (CEEMA). Alors que le JPM GBI-EM Global Diversified (relatif à la dette sur les marchés locaux) ne prend en compte que l’Afrique du Sud, ce qui porte le poids total du continent à seulement 7 %, le JPM EMBI Global Diversified (relatif à la dette libellée en USD) couvre 15 pays africains, dont la pondération totale atteint 12 % seulement.
Pour accroître leur part dans ces indices, les pays africains peuvent, dans la mesure du possible, privilégier le développement d’indices de référence liquides en procédant à des émissions obligataires atteignant le montant minimum à atteindre pour figurer dans les indices. En outre, la suppression des contrôles des mouvements de capitaux peut permettre, le cas échéant, aux investisseurs étrangers d’avoir accès plus facilement à leurs titres de dette, d’autant que certains pays ont été exclus des indices par le passé en raison de problèmes de convertibilité. Les pays devraient également mettre l’accent sur les notations de crédit sachant que les émissions notées comme présentant un risque de défaut sont exclues.
Source : FTSE Russell (2025[13]), FTSE Emerging Markets Government Bond Index (EMGBI) Factsheet ; MSCI (2025[14]), MSCI Emerging Markets Sovereign Bond Index (MESBI), https://www.msci.com/documents/1296102/182d7ae4-0f37-23c4-ffca-57a6fe57eaa6 ; JP Morgan (2023[15]), J.P. Morgan EMBI Global Diversified Index, https://www.jpmorgan.com/content/dam/jpm/cib/complex/content/markets/composition-docs/gbi-em-gd-factsheet.pdf
La forte proportion de pays à haut risque en Afrique n’a pas notablement varié au cours des quinze dernières années, le continent ayant systématiquement représenté la plus forte proportion de ces pays (Graphique 5.9, parties B et C). Depuis la flambée des prix des produits de base au milieu des années 2010, la qualité du crédit s’est dégradée en Afrique, les pays à haut risque représentant près de 80 % des pays notés à la fin de 2024. Dans d’autres régions, cette proportion a fluctué autour de la moitié des pays notés. Les deux seuls pays d’Afrique qui sont passés de la catégorie à haut risque à la catégorie spéculative et qui ont conservé ce rang jusqu’à présent sont la Côte d’Ivoire (2015) et les Seychelles (2015). Toutes les révisions à la hausse opérées depuis 2007 ont été suivies de révisions à la baisse ultérieures. L'Égypte, le Gabon et le Nigéria ont vu leur note dégradée, respectivement en 2011, 2016 et 2015, et ont été rétrogradés de la catégorie spéculative à la catégorie à haut risque, tandis que la Namibie, la Tunisie et l’Afrique du Sud sont sorties de la catégorie investissement au cours des quinze dernières années, respectivement en 2017, 2012 et 2017. La Namibie et la Tunisie ont depuis subi une nouvelle rétrogradation dans la catégorie des pays à haut risque.
Graphique 5.9. Évolutions des notes de crédit en Afrique et comparaison avec d’autres régions
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Note : Dans la partie A, les pays auxquels aucune note de crédit n’a été attribuée et ceux pour lesquels la note de crédit n’est pas disponible dans l’ensemble de données considéré n’apparaissent pas. Dans la partie C, seuls les pays dont la note de crédit a conduit à un classement dans une catégorie inférieure à la catégorie à haut risque sont pris en compte. Les chiffres relatifs aux régions tiennent compte uniquement des MEED.
Source : LSEG ; et calculs de l’OCDE.
Le fait que l’Afrique soit la région qui compte la plus forte proportion de pays à faible revenu et à revenu intermédiaire de la tranche inférieure n’explique pas entièrement qu’elle représente une plus forte part des pays à haut risque. En effet, plus de 85 % des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure du continent africain ont obtenu une note de crédit correspondant à la catégorie à haut risque, voire à une catégorie inférieure, à la fin de 2024, contre moins de 65 % des pays d’autres régions appartenant au même groupe de revenu (Graphique 5.10, partie A). Conséquence, environ la moitié de l’encours total de la dette de l’Afrique est classée à haut risque, contre 10 % de celle de l’Amérique latine et des Caraïbes et une part négligeable de celle des pays émergents et en développement d’Asie (Graphique 5.10, partie B). Dans les autres régions en outre, près de la moitié, ou plus de la moitié, de l’encours total de la dette a été émis par des pays relevant de la catégorie investissement. En Afrique, cette part est négligeable.
Un certain nombre de raisons ont été avancées pour tenter d’expliquer les disparités observées dans les notations de crédit et, en conséquence, dans les coûts d’emprunt, entre les pays d’Afrique et des autres régions. L’une de ces explications est que l’architecture financière mondiale induit des biais, résultant notamment des réformes de la réglementation mises en œuvre à la suite de la crise financière mondiale, qui ont rendu les agences de notation plus circonspectes, de sorte que les notations prudentes peuvent parfois ne pas refléter pleinement les fondamentaux des pays (Cash et Khan, 2024[9] ; Gwaindepi, 2025[10]). Parmi les autres raisons, on peut citer le manque de transparence du processus budgétaire, le poids considérable du secteur informel, un développement limité du secteur financier, la faiblesse des institutions publiques, les risques politiques et l’effet de contagion des défauts de paiement de la dette et des difficultés économiques rencontrées par les pays (Gbohoui, Ouedraogo et Some, 2023[11] ; BAfD, 2025[3] ; Alter et al., 2025[12]) africains. Quelles qu’en soient les causes, les conséquences des notations de crédit pèsent lourdement sur les coûts d’emprunt des pays africains et sur leur accès au financement (voir encadré 5.2).
Graphique 5.10. Notes de crédit des pays et encours de la dette
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Note : PRITS* hors Chine. Les chiffres relatifs aux régions tiennent compte uniquement des MEED.
Source : LSEG ; et calculs de l’OCDE.
5.4. Analyse comparative des coûts de la dette en monnaie locale et en devises
Copier le lien de 5.4. Analyse comparative des coûts de la dette en monnaie locale et en devisesLes dynamiques du coût de la dette sont très différentes selon que celle-ci est libellée en monnaie locale ou en devises. Les rendements des obligations souveraines libellées en monnaie locale définissent le taux de rendement de référence sans risque tenant compte de l’inflation, des rendements réels, des primes d’échéance et d’un risque de crédit limité. Lorsque la majeure partie de la dette est libellée en monnaie locale, son coût est un indicateur de solvabilité déterminant car les risques de liquidité sont minimes eu égard à la capacité de l’État à émettre de la monnaie. Les taux d’intérêt réels déterminent les coûts d’emprunt et la viabilité des finances publiques. Cela signifie que même si les rendements nominaux sont élevés, les taux réels négatifs (lorsque l’inflation dépasse les rendements nominaux) peuvent permettre de conserver des ratios dette/PIB stables, malgré des déficits primaires et des coûts d’emprunt nominaux élevés. En revanche, les obligations libellées en devises ne représentent généralement qu’une faible part de la dette souveraine, la principale préoccupation étant le risque de liquidité qui conditionne la capacité du pays de se procurer les devises nécessaires pour faire face à ses engagements. Les rendements de ces obligations présentent, par rapport à la courbe des rendements du pays qui émet la monnaie, un écart correspondant à la prime que les investisseurs exigent pour couvrir ce risque.
En 2024, les rendements réels estimés des obligations en monnaie locale émises en Afrique ont atteint leur plus haut niveau depuis au moins 2007, soit près de 5 % (Graphique 5.11, partie A). Si ce chiffre reste inférieur aux taux réels en Amérique latine et dans les Caraïbes, il est en revanche supérieur aux taux réels dans les pays émergents d’Asie, lesquels avoisinaient 2.5 % en 2024. Les pays appartenant aux catégories à haut risque et spéculative offrent généralement des taux de rendement plus élevés (Graphique 5.11, partie C) et, compte tenu de la part importante qu’ils représentent en Afrique, le fait que les rendements réels restent inférieurs à ceux observés en Amérique latine et dans les Caraïbes mérite d’être souligné. L’une des raisons probables de cet état de fait est que l’Amérique latine et les Caraïbes ont connu, depuis les années 80, des épisodes d’hyperinflation plus fréquents que le continent africain où ceux-ci ont été plus rares et généralement circonscrits à des économies de petite taille comme le Zimbabwe. C’est pourquoi l’Afrique a bénéficié, pour sa dette en monnaie locale, de coûts d’emprunt réels relativement plus bas au regard de son profil de risque de crédit. Ce constat souligne à quel point la crédibilité de la politique monétaire compte dans la détermination du coût des emprunts souverains.
Graphique 5.11. Coût réel des obligations libellées en monnaie locale
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Note : 1) Les chiffres correspondent à un échantillon d’obligations dont le rendement à l’échéance sur le marché primaire est disponible dans LSEG. Toutes les valeurs sont des moyennes pondérées en fonction des montants des émissions de titres de dette de chaque pays. Les taux d’intérêt de marché réels sont des estimations étant donné qu’ils ne peuvent être calculés précisément que pour les obligations arrivées à échéance. Ces estimations ont été obtenues en ajustant les rendements nominaux d’un échantillon de titres émis sur le marché primaire en fonction de l’inflation observée et prévue sur la période allant de 2007 à 2030. Les obligations qui ne sont pas prises en compte dans la partie A sont celles qui arrivent à échéance après 2030, car on ne dispose pas de données relatives au rendement à l’échéance au moment de l’émission dans LSEG, et celles émises par des pays ayant connu récemment des épisodes d’hyperinflation. 2) Les chiffres relatifs aux régions tiennent compte uniquement des MEED. 3) On trouve dans la partie B des estimations du solde primaire qui permettrait de stabiliser les ratios dette/PIB, établies à partir des taux de croissance et d’inflation pour la dernière année disponible figurant dans les prévisions du FMI (2030) et du taux d’intérêt effectif implicite appliqué à la dette en 2024, d’après les données communiquées par le FMI. 4) Dans la partie C, les MEED de toutes les régions sont pris en compte
Source : LSEG, Statistiques des recettes publiques de l’OCDE, Perspectives de l'économie mondiale du FMI, avril 2025, et calculs de l’OCDE.
Le développement des marchés obligataires en monnaie locale peut accroître la souplesse budgétaire et permettre d’amortir des chocs externes, mais les progrès doivent être graduels sachant que les coûts des émissions sur ces marchés sont plus élevés que le coût actuel de la dette africaine. Les prêts bilatéraux et concessionnels ont contribué au maintien des taux d’intérêt effectifs réels à un niveau proche de zéro, voire en territoire négatif, dans au moins sept pays d’Afrique émetteurs d’emprunts souverains, soit environ un tiers de l’échantillon couvert par l’analyse (Graphique 5.11, partie B). Le taux d’intérêt effectif réel moyen en Afrique ressort à environ 1 %, soit bien en deçà des rendements réels des obligations en monnaie locale qui s’établissent en moyenne à près de 5 %. Seule l’Afrique du Sud a des taux de marché réels nettement inférieurs aux taux effectifs réels du fait que la majeure partie de sa dette est déjà négociable. Si tous emprunts étaient refinancés aux taux du marché, les pays africains devraient relever leurs soldes primaires de 2.5 points de pourcentage du PIB en moyenne pour stabiliser leurs ratios dette/PIB, ce qui limiterait considérablement la marge de manœuvre budgétaire disponible pour financer les dépenses et les investissements publics, sachant que les pays africains ont des ratios impôts/PIB d’environ 15 %. Dans le cas le plus extrême, si le Zimbabwe émettait de nouveau sa dette aux taux du marché, sa marge de manœuvre budgétaire pourrait se trouver réduite de près de 10 points de pourcentage du PIB.
Les rendements à l’émission des obligations libellées en USD ont aussi atteint des niveaux sans précédent en Afrique en 2024, soit près de 9 %, quatre pays, à savoir l’Angola, le Cameroun, le Kenya et le Nigéria, émettant des obligations dont les rendements excèdent 10 % (Graphique 5.12, parties A et B). C’est le chiffre le plus élevé, toutes régions confondues, les moyennes pondérées dans les autres régions demeurant inférieures à 7 % au titre de la même année. L’année 2024 ne fait pas exception : depuis 2010, l’Afrique a systématiquement assuré des rendements obligataires plus élevés, avoisinant en moyenne 7 % sur la période 2014-2023, contre approximativement 5 %, voire moins, dans les MEED d’autres régions. Ces coûts élevés ne peuvent s’expliquer uniquement par les niveaux de revenu. Les pays africains à revenu intermédiaire de la tranche inférieure par exemple servent des rendements supérieurs d’environ un point de pourcentage à ceux offerts par des pays d’autres régions appartenant à la même catégorie sur des obligations libellées en devises émises entre 2022 et 2024 (Graphique 5.12, partie C). L’un des principaux facteurs à l’origine de cette augmentation des coûts d’emprunt est la forte proportion de pays à haut risque en Afrique, le risque de crédit jouant un rôle essentiel sur les marchés de la dette libellée en devises.
Graphique 5.12. Coût nominal des emprunts libellés en devises étrangères
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Source : LSEG ; et calculs de l’OCDE.
L’un des effets de la récente hausse des rendements a été que de nombreux pays d’Afrique ont décidé de ne pas émettre, ou n’ont pas été en mesure d’émettre, de la dette, sur des marchés étrangers en 2022-2023 (Graphique 5.13, parties A et B). Les euro-obligations sont souvent émises en grandes quantités pour assurer une liquidité suffisante du marché, mais lever de tels montants à un coût élevé qui peut se révéler hors de portée pour certains emprunteurs souverains. Les pays ont également tendance à suivre un calendrier moins régulier pour leurs émissions d’euro-obligations que pour leurs émissions obligataires en monnaie locale ; certains émetteurs n’optent pour le marché que lorsque les conditions sont plus favorables, parfois même ils ne procèdent à aucune émission pendant plusieurs années. Ainsi, seuls quatre pays africains ont émis sur des marchés étrangers en 2022 (Afrique du Sud, Angola, Égypte et Nigéria), et ils n’ont été que trois en 2023 (Côte d'Ivoire, Égypte et Maroc), contre dix en 2021. C’est le recul le plus marqué toutes régions confondues, qui s’est traduit par le fait que les emprunts nets de l’Afrique sur les marchés étrangers ont été négatifs pendant plusieurs années consécutives, pour la première fois depuis avant 2007 (Graphique 5.13, partie C)7.
En 2024, un bref fléchissement des rendements en USD a conduit certains emprunteurs souverains africains à concentrer en début de période les émissions sur les marchés étrangers qui constituent une source importante de devises, mais cela n’a pas suffi à faire passer les emprunts nets sur les marchés étrangers en territoire positif. Bien que l’année 2024 ait été celle pendant laquelle le nombre de pays africains ayant émis des titres sur des marchés étrangers a été le plus élevé depuis 2007, les emprunts étrangers nets sont restés négatifs. Ces émissions servent principalement à assurer des remboursements plutôt qu’à procurer de nouveaux financements. En revanche, les émissions nettes sur les marchés en monnaie locale ont certes diminué, mais sont restées positives, ce qui met en évidence leur importance pour l’autonomie et la souplesse budgétaires et pour l’atténuation de la vulnérabilité extérieure.
La cessation partielle des émissions sur les marchés étrangers en 2022-2023 a également touché les pays qui émettent principalement en euros. Si les obligations en USD ont souvent la préférence en raison de leur liquidité et de la profondeur de la base d’investisseurs, certains pays émettent majoritairement des titres en euros, comme le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Ces pays ont traditionnellement donné leur préférence aux émissions en euros afin d’atténuer les risques d’asymétrie monétaire grâce à l’arrimage à l’euro du franc CFA dans le cadre de l’union monétaire ouest-africaine. Même eux ont toutefois cessé d’émettre des obligations libellées en devises en 2022-23, ce qui témoigne de la forte baisse de la demande de titres de dette des MEED parmi les investisseurs des économies avancées.
Graphique 5.13. Effet récent de l’évolution des conditions de marché sur les émissions d’obligations libellées en devises
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Source : LSEG ; et calculs de l’OCDE.
Graphique 5.14. Comparaison entre le coût des émissions en monnaie locale et des émissions en devises en Afrique
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Note : Dans toutes les parties, il est fait référence uniquement aux pays africains, sauf lorsqu’une répartition régionale pour les pays faisant partie des MEED est présentée. Le coût de la dette libellée en devises étrangères, exprimé en monnaie locale, est estimé à l’aide d’une formule consistant à multiplier le rendement annuel à l’émission de l’obligation par la dépréciation annualisée de la monnaie locale par rapport à la monnaie dans laquelle l’obligation est libellée. Pour les obligations qui ne sont pas encore arrivées à échéance, le taux de change à la fin de 2024 est supposé rester constant jusqu’à l’échéance. L’indice de change correspond à une moyenne pondérée en fonction du PIB de 2024.
Source : LSEG ; et calculs de l’OCDE.
Bien que les rendements des emprunts en devises étrangères soient généralement plus faibles que ceux des emprunts en monnaie locale dans les pays africains, le coût, exprimé en monnaie locale, des emprunts en devises est souvent supérieur à celui des emprunts en monnaie locale en raison de la dépréciation monétaire (Graphique 5.14, partie A)8. Plus précisément, une ventilation des coûts, exprimés en monnaie locale, à partir de 2007 montre que, si les moyennes pour le rendement s’établissent aux alentours de 7 % par an, une dépréciation moyenne de 6 % des monnaies locales porterait le coût total des émissions en devises à plus de 10 % par an sur la période allant de 2007 à 2021 (Graphique 5.14, partie B). En 2023 et 2024, l’effet de la dépréciation monétaire a été minime, probablement parce que les émissions étaient récentes et que le phénomène de dépréciation est généralement progressif. De fait, entre 2007 et 2024, les monnaies africaines se sont peu à peu dépréciées par rapport au dollar des États-Unis et ont perdu au total 65 % de leur valeur sur la période (Graphique 5.14, partie C).
Comparée à d’autres régions, l’Afrique se singularise par le fait que les coûts de portage médians pour les obligations libellées en devises, une fois convertis en monnaie locale, ont excédé ceux supportés pour les obligations en monnaie locale en 2024 (Graphique 5.15, partie A). L’explication est que les économies d’Afrique sont, parmi les MEED, celles qui affichent les rendements des obligations libellées en monnaie étrangère les plus élevés, même si les effets de la dépréciation de leurs monnaies nationales sont comparables à ceux subis par les pays d’Amérique latine et des Caraïbes (Graphique 5.14, partie C et Graphique 5.15, partie C). Le continent africain se distingue par le coût nominal élevé de sa dette en devises, même si les rendements réels en monnaie locale restent inférieurs à ceux observés en Amérique latine et dans les Caraïbes. De ce fait, emprunter en monnaie locale est généralement moins coûteux et moins risqué pour la plupart des pays africains qu’emprunter en devises sur les marchés.
En 2024, les coûts de portage pour les émissions en devises excédaient ceux supportés pour des émissions en monnaie locale dans 13 des 16 pays d’Afrique pour lesquels on disposait de données concernant les deux marchés (Graphique 5.15, partie B). Les exceptions ont été le Bénin, qui émet principalement en euros et dont la monnaie est arrimée à l’euro ; le Kenya, qui a cessé d’émettre des obligations en devises en 2021 avant le récent essor des rendements ; et la Tanzanie, dont la dernière émission d’obligations en devises remonte à 2013, lorsque les rendements étaient beaucoup plus faibles. Dans certains cas, les coûts annuels de portage pour les émissions en devises, exprimés en monnaie locale, étaient nettement plus élevés, atteignant jusqu’à 25 % (comme au Ghana). Ces tendances indiquent que les obligations libellées en devises émises en Afrique ont été non seulement généralement plus coûteuses, mais aussi plus risquées, une dépréciation de la monnaie dans des scénarios de crise pouvant déclencher de fortes hausses des coûts.
Malgré ces difficultés, les pays africains restent incités à émettre des obligations en devises. Celles-ci servent de référence pour les emprunts en devises du secteur privé, peuvent procurer des devises en l’absence de prêts concessionnels et coûtent généralement moins cher à court terme, sachant que la dépréciation de la monnaie s’étale dans le temps et que les taux nominaux initiaux sont inférieurs aux rendements en monnaie locale. Cette dynamique peut temporairement gonfler la marge de manœuvre budgétaire, ce qui peut également être intéressant du point de vue de l’économie politique.
Graphique 5.15. Coûts de portage
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Note : Le coût de la dette libellée en devises étrangères, exprimé en monnaie locale, est estimé à l’aide d’une formule consistant à multiplier le rendement annuel à l’émission de l’obligation par la dépréciation annualisée de la monnaie locale par rapport à la monnaie dans laquelle l’obligation est libellée. Pour les obligations qui ne sont pas encore arrivées à échéance, le taux de change à la fin de 2024 est supposé rester constant jusqu’à l’échéance. Les coûts de portage sont estimés selon la même approche, mais en fonction de l’encours de la dette obligataire à la fin de chaque année.
Source : LSEG ; et calculs de l’OCDE.
5.5. Rôle de la gestion de la dette dans le développement des marchés obligataires en monnaie locale
Copier le lien de 5.5. Rôle de la gestion de la dette dans le développement des marchés obligataires en monnaie localeLa gestion de la dette souveraine est intrinsèquement liée au développement des marchés des titres d’État, à travers le choix et la conception des instruments, les stratégies d’émission, la régularité de la communication avec les marchés, ainsi qu’un engagement de transparence. Les services de gestion de la dette favorisent l’élargissement d’une base d’investisseurs en titres de dette souveraine, tant au niveau local qu’international, et l’amélioration de la liquidité du marché en mettant à disposition des titres de référence utilisés comme garanties et actifs sûrs. Ils contribuent également à diversifier la base d’investisseurs en promouvant des programmes d’émission de titres de dette souveraine destinés aux particuliers (Encadré 5.1), favorisant ainsi la mobilisation de l’épargne nationale et la résilience du marché. Une base d’investisseurs variée et des instruments liquides renforcent la capacité des émetteurs souverains à attirer une demande constante pour leurs titres, à se financer même en période de tension et à bénéficier de primes de liquidité sur leurs émissions d’obligations, réduisant ainsi le coût des intérêts.
L’un des principaux outils utilisés en matière de gestion de la dette pour améliorer la liquidité du marché et obtenir des primes de liquidité consiste à émettre des titres de référence liquides couvrant l’ensemble de la courbe des rendements. Ces titres sont des lignes obligataires conçues pour atteindre une certaine taille sur des échéances clés, de manière à permettre aux grands investisseurs d’effectuer des transactions sans perturber les prix de manière significative. Ils contribuent ainsi à réduire les coûts de transaction et à répondre aux besoins des investisseurs institutionnels. Au-delà des primes de liquidité et de la demande qu’ils génèrent pour les titres souverains, les titres de référence jouent un rôle dans la formation des prix pour les emprunteurs privés, qui s’appuient sur la courbe des rendements des titres souverains comme repère pour fixer les prix de leurs propres obligations. En l’absence de titres de référence en monnaie locale, le secteur privé peut recourir à des emprunts en devises étrangères, ce qui accroît la vulnérabilité de l’économie aux chocs mondiaux et à l’asymétrie de devises. En période de crise, cette fragilité peut se transmettre à l’émetteur souverain, affectant l’activité économique, les recettes fiscales et même le profil de risque souverain9.
Graphique 5.16. Nombre d’échéances de référence pour les émissions réalisées en 2024
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Note : la méthode de calcul du nombre de titres de référence est expliquée à l’Annex 5.C. Le court terme correspond aux échéances inférieures à 7 ans, le moyen terme couvre celles comprises entre 7 et 13 ans et le long terme celles supérieures à 13 ans.
Source : LSEG ; et calculs de l’OCDE.
Certains pays africains répartissent leurs émissions sur un éventail de lignes obligataires plus large que les économies avancées, ce qui complique la constitution de titres de référence clés disposant de volumes substantiels (Graphique 5.16). Plus précisément, dans les économies avancées, le nombre médian d’obligations de référence est de deux pour les échéances jusqu’à 7 ans (segment court de la courbe des rendements), d’un pour les échéances comprises entre 7 et 14 ans (segment moyen), et d’un pour celles supérieures à 14 ans (segment long). En comparaison, les pays africains affichent des médianes plus élevées : respectivement trois, deux et deux. Cette configuration s’explique par l’influence de quelques pays qui émettent un nombre plus important de lignes obligataires, certains d’entre eux, comme l’Afrique du Sud, la Namibie et la Tanzanie, ayant quatre lignes ou plus avec des volumes significatifs sur les segments à moyen ou long terme.
La création d’obligations de référence ne consiste pas uniquement à concentrer les émissions sur des lignes obligataires clés. Les émissions significatives d’obligations de référence obligent les émetteurs à gérer des calendriers de remboursement incluant des remboursements substantiels du principal. Cela nécessite souvent de recourir à des instruments tels que les rachats de titres anticipés afin de réduire les liquidités nécessaires à ces paiements, généralement effectués l’année de l’échéance (OCDE, 2025[13]). Ces rachats peuvent également permettre de soutenir la liquidité des lignes obligataires qui ne servent plus de référence, voire de les retirer entièrement de la circulation, en particulier lorsqu’ils s’accompagnent de nouvelles émissions d’obligations (opérations de conversion) (OCDE, 2023[14]). En outre, la constitution de lignes obligataires significatives requiert souvent plusieurs réouvertures, car atteindre le volume souhaité en une seule émission serait peu pratique et coûteux.
En Afrique, une part plus faible des émetteurs procède à des rachats d’obligations et les réouvertures y représentent une fraction moindre des emprunts par rapport aux MEED d’autres régions (Graphique 5.17, parties A et B). En 2024, seuls 33 % environ des émetteurs souverains africains ont procédé à des rachats d’obligations arrivant à échéance dans l’année (souvent pour des raisons de gestion de trésorerie). Ce taux, le plus faible parmi les régions, se situe au même niveau que celui des émetteurs asiatiques. Concernant les obligations dont l’échéance dépasse un an, la proportion d’émetteurs souverains africains ayant procédé à des rachats reste également la plus faible, à seulement 17 %, en raison d’une baisse significative de ce type d’opérations en 2024. De même, depuis 2015, la part des emprunts négociables provenant de réouvertures est la plus basse en Afrique par rapport aux autres régions (Graphique 5.17, partie C) ; dans plus de la moitié des pays africains, ces réouvertures représentaient environ 20 % ou moins des emprunts négociables en 2024. Ce niveau est beaucoup moins élevé que celui observé dans d’autres régions, où les emprunts sur les marchés réalisés via des réouvertures représentent souvent au moins la moitié du total (Graphique 5.17, partie D).
Graphique 5.17. Stratégies de gestion de la dette axées sur l’émission d’obligations de référence libellées en monnaie locale
Copier le lien de Graphique 5.17. Stratégies de gestion de la dette axées sur l’émission d’obligations de référence libellées en monnaie locale
Source : LSEG ; et calculs de l’OCDE.
Un autre moyen d’améliorer la liquidité des marchés consiste à adopter un calendrier d’émission fondé sur la régularité et la prévisibilité. À cet effet, il s’agit non seulement de publier des calendriers d’émission à l’avance, mais également d’organiser des adjudications de volumes comparables pour une même ligne obligataire et de maintenir une fréquence d’émission régulière pour certaines émissions. Ces pratiques permettent aux investisseurs de mieux planifier et gérer leurs portefeuilles, favorisant une participation accrue et une formation des prix plus efficace sur le marché primaire. Par ailleurs, une meilleure prévisibilité réduit l’incertitude et renforce la confiance du marché, contribuant à l’émergence d’un marché secondaire plus liquide et plus profond au fil du temps. Si une telle approche peut s’avérer plus simple à mettre en œuvre pour les émetteurs bénéficiant d’un accès fiable au marché, d’autres devront, dans une certaine mesure, recourir à des émissions opportunistes, selon les conditions du marché. Néanmoins, les initiatives visant à instaurer des pratiques plus prévisibles peuvent, à terme, permettre d’élargir et de stabiliser la base d’investisseurs, renforçant la fiabilité de l’accès au marché grâce à un effet de rétroaction positive.
Dans les pays africains, pour une même ligne obligataire, la taille des adjudications fluctue généralement davantage que dans les MEED d’autres régions, tandis que la fréquence des émissions reste similaire (Graphique 5.18, parties A et C). La taille des adjudications des émetteurs souverains africains, à l’exception du Mexique et de l’Ouganda, présente une variabilité plus forte que celle observée dans les économies avancées (Graphique 5.18, partie B). Ces variations ne posent pas nécessairement problème si elles sont conformes aux programmes d’émissions. Des changements imprévus peuvent cependant accentuer l’incertitude et fragiliser la confiance des marchés, au détriment de la liquidité. Lorsque ces ajustements résultent d’émissions opportunistes — émettre davantage de titres quand les conditions sont favorables et réduire en période défavorable —, les investisseurs peuvent les anticiper, ce qui finit par peser sur la demande et la liquidité.
Graphique 5.18. Prévisibilité des adjudications sur le marché des obligations en monnaie locale
Copier le lien de Graphique 5.18. Prévisibilité des adjudications sur le marché des obligations en monnaie locale
Note : l’Annex 5.D contient des graphiques sur les émissions par adjudication permettant de comparer les pratiques d’émission de certaines économies avancées et africaines.
Source : LSEG ; et calculs de l’OCDE.
La variation du volume des adjudications s’explique également par des capacités de gestion de trésorerie insuffisantes. En l’absence d’une gestion de trésorerie performante, les émissions doivent répondre à des besoins immédiats de liquidités, ce qui complique la planification des émissions ou la détermination de la taille des adjudications. Il est donc essentiel, pour la prévisibilité et la transparence des émissions, de pouvoir disposer de prévisions fiables concernant les flux de trésorerie de l’État. À l’inverse, une fonction de gestion de trésorerie solide permet à l’État de dissocier l’émission d’obligations des contraintes de trésorerie à court terme, assurant ainsi le respect des calendriers d’émission et renforçant la prévisibilité pour les investisseurs.
Si les émetteurs souverains peuvent influer de manière significative sur le développement des marchés des obligations souveraines par leurs opérations sur le marché primaire, les politiques et actions d’autres parties prenantes — banques centrales, autorités de régulation des marchés financiers, prestataires d’infrastructures de négociation, de paiement, de compensation et de règlement — s’avèrent également tout aussi déterminantes. Ces acteurs jouent un rôle essentiel dans la création des conditions préalables nécessaires au développement du marché : un environnement macroéconomique crédible caractérisé par une inflation modérée, des politiques budgétaires stables et un niveau d’épargne suffisant, un marché monétaire actif soutenu par la banque centrale et un cadre réglementaire transparent, une liquidité forte sur le marché secondaire grâce à un volume adéquat de titres et des intermédiaires fiables, ainsi que des infrastructures et un cadre juridique robustes assurant la protection des investisseurs et l’intégrité du marché (Hashimoto et al., 2021[15]). L’expansion des marchés des obligations souveraines s’inscrit dans une stratégie globale qui requiert un engagement politique et une étroite coordination entre les autorités et les acteurs du marché.
Encadré 5.3. Programmes et produits de dette souveraine destinés aux investisseurs individuels dans certains pays africains
Copier le lien de Encadré 5.3. Programmes et produits de dette souveraine destinés aux investisseurs individuels dans certains pays africainsPour permettre aux investisseurs individuels d’accéder plus facilement aux marchés de la dette souveraine, de nombreux émetteurs déploient des programmes spécifiques qui comprennent généralement des produits sur mesure, des plateformes numériques et des campagnes de communication ciblées. Ces programmes visent à attirer les investisseurs individuels, souvent moins informés des possibilités d’investissement dans les titres de dette souveraine et moins disposés à acquérir ce type de produit sur le marché secondaire, voire moins susceptibles de le faire. La participation directe apparaît aussi comme une approche plus efficace pour atteindre les ménages dans les pays où les solutions d’épargne collective et produits assimilés destinés aux particuliers sont limités. Plusieurs pays africains ont lancé de tels programmes et/ou produits, le Kenya figurant parmi ceux où la participation des investisseurs est la plus élevée au monde.
L’Afrique est en retard par rapport à d’autres régions en ce qui concerne l’accès aux services bancaires formels, avec un taux de détention de comptes bancaires particulièrement faible en Afrique centrale et de l’Ouest. La capacité des pouvoirs publics à recourir aux circuits bancaires traditionnels pour placer leurs obligations s’en trouve restreinte. La région figure toutefois parmi les plus grands utilisateurs de services financiers numériques et mobiles au monde, offrant ainsi aux émetteurs souverains une occasion unique d’adopter des stratégies de financement public plus inclusives et appuyées par la technologie (OCDE, 2024[16]). Dans ce contexte, la commercialisation d’obligations auprès des particuliers grâce à des solutions financières numériques et aux innovations de la fintech peut constituer un complément précieux au programme de financement, tout en assurant l’éducation financière des populations. Le Kenya se distingue par un fort taux de participation des investisseurs individuels. Les autorités kenyanes encouragent activement les particuliers à investir dans les titres d’État grâce à des initiatives comme la plateforme mobile d’émission d’obligations M-Akiba. Lancée en 2017 dans le but de renforcer l’inclusion financière, M-Akiba permet aux particuliers d’investir dans des obligations publiques via leurs téléphones mobiles, avec un investissement minimum de 3 000 KSH (30 USD environ). En juin 2024, les investisseurs individuels détenaient approximativement 17 % de la dette souveraine du Kenya, contre 13 % en juin 2023, où cette part s’établissait à 13 %, ce qui traduit une progression notable et un engagement croissant de cette catégorie d’investisseurs.
En Afrique du Sud, le programme RSA Retail Savings Bonds, lancé en 2004, propose des obligations à taux fixe et indexées sur l’inflation à des investisseurs individuels, avec un minimum d’investissement de 1 000 ZAR (approximativement 20 USD). Ce programme ne suscite cependant pas un fort intérêt : les investisseurs individuels ne détiennent en effet qu’environ 0.3 % de la dette souveraine nationale. Le programme sud-africain de vente de titres souverains aux investisseurs individuels est en cours de refonte, en cohérence avec la stratégie globale de transformation numérique du Trésor national.
Au Nigéria, le FGN Savings Bond (obligations d’épargne de l’État fédéral nigérian) est un instrument de placement qui permet aux investisseurs individuels de prêter des fonds au gouvernement fédéral du Nigéria. En 2025, des obligations à taux fixe de deux et trois ans ont été proposées, avec un investissement minimum de 5 000 NIG (environ 3 USD) et maximum de 50 000 000 NIG (environ 30 000 USD). En septembre 2024, les investisseurs individuels détenaient approximativement 0.1 % de la dette souveraine du Nigéria.
L’Égypte envisage activement la possibilité d’émettre des produits de dette souveraine destinés aux particuliers. Le ministère des Finances a annoncé son intention de commercialiser des obligations destinées aux particuliers en 2025, dans le cadre de sa stratégie visant à diversifier les instruments de dette publique et à renforcer l’inclusion financière.
Source : Foxall & Policino (2025), Sovereign retail debt programmes and instruments: A review of country practises, https://www.oecd.org/en/publications/sovereign-retail-debt-programmes-and-instruments_e2a782d0-en.html ; FSD Africa (2024), The story of Kenya’s m-akiba: selling treasury bonds via mobile, https://fsdafrica.org/blog/the-story-of-kenyas-m-akiba-selling-treasury-bonds-via-mobile/ ; Trésor national, République du Kenya (2024), Annual public debt report 2023-24, https://www.treasury.go.ke/wp-content/uploads/2024/11/Annual-Public-Debt-Management-Report-.pdf ; Gouvernement d’Afrique du Sud (2025), RSA Retail Savings Bond, https://www.rsaretailbonds.gov.za/Home.aspx ; Gouvernement d’Afrique du Sud (2025), Treasury invites bids for Structured Debt Advisory to support RSA Retail Bonds Programme, https://www.gov.za/news/media-statements/treasury-invites-bids-structured-debt-advisory-support-rsa-retail-bonds.
5.6. Principales considérations intéressant l’action publique
Copier le lien de 5.6. Principales considérations intéressant l’action publiqueLa forte augmentation de la dette souveraine négociable africaine depuis 2007 s’est produite dans un contexte macro-financier bien plus favorable. Plus précisément, les marchés africains des obligations souveraines ont connu une expansion significative : le ratio dette négociable/PIB est ainsi passé de 13 % en 2007 à 30 % en 2024. Pour l’essentiel, cette croissance a eu lieu au cours des dix dernières années, une période durant laquelle les taux d’intérêt mondiaux étaient bas et où l’envolée des prix des produits de base a soutenu la demande pour les titres de dette des MEED. Ces conditions ont permis aux banques centrales de constituer des réserves de change et d’améliorer leurs instruments de politique monétaire, réduisant ainsi le coût du service de la dette. Depuis 2022 cependant, le contexte macro-financier s’est nettement détérioré : les coûts d’emprunt se sont envolés atteignant des niveaux jamais vus depuis plusieurs décennies dans les économies avancées et les MEED, tandis que les tensions géopolitiques et les perturbations commerciales engendrent un regain d’incertitudes. En parallèle, les emprunts ont atteint des niveaux historiques en 2024 dans les pays de l’OCDE et devraient encore augmenter en 2025 (OCDE, 2025[17]), dépassant le pic enregistré durant la pandémie de COVID-19 et réduisant la demande pour les titres des MEED.
Par ailleurs, les bailleurs publics, habituellement une source de financement à moindre coût, diminuent leurs prêts et subventions aux MEED. L’APD provenant des pays de l’OCDE, essentielle pour de nombreux pays africains, qu’elle soit fournie directement ou par l’intermédiaire de prêts multilatéraux, est en recul : la baisse est estimée à 7.1 % en 2024 et les projections font état d’un nouveau repli compris entre 9 % et 17 % en 2025, sur la base d’enquêtes réalisées par l’OCDE (OCDE, 2025[18]). La Chine, qui octroie des prêts à l’Afrique à des taux préférentiels (Mihalyi et Trebesch, 2023[6]), a également réduit ses prêts ces dernières années (Afreximbank, 2025[1]). En outre, alors que certains pays passent du statut de pays à revenu faible à celui de pays à revenu intermédiaire, ils perdent l’accès à certains prêts concessionnels. C’est le cas, depuis 2007, du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Kenya, du Nigéria, du Sénégal, de la Tanzanie, de la Zambie et du Zimbabwe.
L’ampleur des besoins de refinancement sous l’effet de l’augmentation de la dette, conjuguée à une réduction de l’aide publique poussera probablement les pays africains à se tourner davantage vers les marchés, ce qui risque d’alourdir sensiblement le coût du service de la dette. Si l’ensemble de la dette devait être refinancée aux taux du marché actuels, les pays devraient augmenter leurs soldes primaires de 2.5 % du PIB en moyenne pour stabiliser le ratio dette/PIB, les taux d’intérêt effectifs réels étant proches de 1 %, un niveau bien inférieur aux rendements réels du marché local qui avoisinent les 5 %. La dette en devises est encore plus coûteuse, du fait de rendements élevés : 80 % des émetteurs souverains africains notés sont classés à haut risque ou dans une catégorie immédiatement inférieure, contre environ la moitié pour les MEED d’autres régions.
Dans cet environnement difficile, le développement de marchés obligataires locaux plus profonds est essentiel pour réduire les vulnérabilités financières, renforcer l’efficacité de la politique monétaire et encourager l’investissement. La mise en œuvre d’une stratégie à long terme, associée à une coordination étroite entre les autorités budgétaire, monétaire et réglementaire, sera nécessaire pour y parvenir. Dans ce contexte, il est essentiel d’adopter une gestion prudente de la dette et d’accroître progressivement les émissions d’obligations libellées en monnaie locale. À mesure que les prêts bénéficiant d’un soutien public diminuent, les emprunteurs souverains africains devront probablement faire davantage appel aux marchés, d’où l’importance de renforcer leurs capacités d’imposition pour répondre à la hausse de la charge de la dette. Il demeure cependant important de maximiser le recours aux emprunts concessionnels, car leur coût réduit libère des marges de manœuvre budgétaire qui permettent de financer des dépenses axées sur la croissance et le développement.
Les emprunteurs souverains peuvent également envisager plusieurs options pour accroître la liquidité, faire baisser les coûts et diversifier leur base d’investisseurs, comme : l’émission d’obligations indexées sur l’inflation, déjà largement utilisées par certains MEED pour réduire les coûts si l’inflation reste conforme à l’objectif fixé ; la concentration des émissions sur des lignes obligataires de référence ; un recours accru aux rachats et réouvertures ; une stabilisation de la taille des adjudications ; l’élaboration de programmes d’émission de titres de dette destinés aux particuliers. Dernier point, la coordination avec les banques centrales, les autorités de réglementation des marchés et les fournisseurs de systèmes de négociation, de paiement, de compensation et de règlement s’avère tout aussi importante pour consolider les fondations des marchés d’obligations souveraines et élargir la base d’investisseurs locaux, en particulier à un moment où les investisseurs étrangers absorbent des volumes records d’obligations dans un contexte de besoins budgétaires élevés et de resserrement quantitatif (OCDE, 2025[17]). Cet environnement exigeant nécessite une action décisive de la part des pouvoirs publics pour renforcer la viabilité de la dette et la résilience financière.
Références
[1] Afreximbank (2025), « African Debt Outlook: A Ray of Optimism », Market Updated Volume 3, https://www.afreximbank.com/reports/african-debt-outlook-a-ray-of-optimism/.
[12] Alter, A. et al. (2025), « Navigating the Evolving Landscape of External Financing in Sub-Saharan Africa », Document de travail du FMI, n° 2025/139, https://doi.org/10.5089/9798229016100.001.
[3] BAfD (2025), « Rapport technique et opérationnel du Mécanisme africain de stabilité financière », https://www.afdb.org/en/documents/african-financing-stability-mechanism-afsm-technical-and-operational-report.
[5] Cardozo, C. et J. Christensen (2024), « The Benefit of Inflation-Indexed Debt: Evidence from an Emerging Bond Market », Federal Reserve Bank of San Francisco Working Paper 2023-04, https://doi.org/10.24148/wp2023-04.
[9] Cash, D. et M. Khan (2024), « Rating the globe: reforming credit rating agencies for an equitable financial architecture », United Nations University, Centre for Policy Research, https://unu.edu/cpr/report/rating-globe-reforming-credit-rating-agencies-equitable-financial-architecture.
[7] Eichengreen, B. et R. Hausmann (1999), « Exchange Rates and Financial Fragility », NBER Working Paper No. 7418, https://doi.org/10.3386/w7418.
[8] Eichengreen, B., R. Hausmann et U. Panizza (2022), « Yet it Endures: The Persistence of Original Sin », Open Economies Review, vol. 34, n° 1, pp. 1-42, https://doi.org/10.1007/s11079-022-09704-3.
[19] Escolano, J. (2010), « A Practical Guide to Public Debt Dynamics, Fiscal Sustainability, and Cyclical Adjustment of Budgetary Aggregates », https://www.imf.org/external/pubs/ft/tnm/2010/tnm1002.pdf.
[11] Gbohoui, W., R. Ouedraogo et Y. Some (2023), « Sub-Saharan Africa’s Risk Perception Premium: In the Search of Missing Factors », Document de travail du FMI, WP/23/130, https://www.imf.org/en/Publications/WP/Issues/2023/06/23/Sub-Saharan-Africas-Risk-Perception-Premium-In-the-Search-of-Missing-Factors-534885.
[10] Gwaindepi, A. (2025), « How can the global sovereign debt architecture work better for African countries? », Danish Institute for International Studies (DIIS), DIIS Report vol. 2025, n° 03, https://research.diis.dk/portal/en/publications/how-can-the-global-sovereign-debt-architecture-work-better-for-african-countries(735e60fb-c75d-4ad1-b2b5-ad540f1e93b4).html.
[15] Hashimoto, H. et al. (2021), « Developing Government Local Currency Bond Markets », Fonds monétaire international et Banque mondiale, https://documents1.worldbank.org/curated/en/790921615526044752/pdf/Guidance-Note-for-Developing-Government-Local-Currency-Bond-Markets.pdf.
[2] Kalemli-Ozcan, S. et F. Unsal (2024), « Global Transmission of FED Hikes: The Role of Policy Credibility and Balance Sheets », NBER Working Paper No. w32329, https://ssrn.com/abstract=4794379.
[6] Mihalyi, D. et C. Trebesch (2023), « Who lends to Africa and how? Introducing the Africa Debt Database », Kiel Working Paper, No. 2217, https://ideas.repec.org/p/zbw/ifwkwp/2217.html.
[18] OCDE (2025), « Données préliminaires de l’aide publique au développement en 2024 », Detailed Summary Note, https://one.oecd.org/document/DCD(2025)6/fr/pdf.
[13] OCDE (2025), Managing Government Cash: A Review of Practices in OECD Countries, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/7675eb58-en.
[17] OCDE (2025), Rapport sur la dette mondiale 2025 : Financer la croissance dans un environnement de marché de la dette difficile, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/e334697f-fr.
[16] OCDE (2024), Fintech Lending in Sub-Saharan Africa, https://www.oecd.org/content/dam/oecd/en/topics/policy-sub-issues/digital-finance/FinTech-lending-in-Sub-Saharan-Africa.pdf.
[4] OCDE (2024), Rapport sur la dette mondiale 2024 : Les marchés obligataires dans un contexte de dette élevée, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/63ccad6c-fr.
[14] OCDE (2023), OECD Sovereign Borrowing Outlook 2023, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/09b4cfba-en.
Annexe 5.A. Méthodologie générale
Copier le lien de Annexe 5.A. Méthodologie généraleDonnées relatives aux marchés primaires d’obligations souveraines et catégorisation des pays
Copier le lien de Données relatives aux marchés primaires d’obligations souveraines et catégorisation des paysLes données relatives aux marchés primaires d’obligations souveraines sont tirées de calculs originaux de l’OCDE reposant sur des données provenant du London Stock Exchange Group (LSEG), qui fournit des données internationales au niveau des titres sur les nouvelles émissions d’obligations souveraines. L’ensemble de données porte sur des obligations émises par des marchés émergents souverains pendant la période comprise entre le 1er janvier 2000 et le 31 décembre 2024 et comprend des émissions à court et à long terme. Les obligations à court terme (« bons du Trésor ») sont des titres dont l’échéance est inférieure ou égale à 365 jours, sans toutefois être inférieure à 33 jours ; en effet, les titres à moins de 33 jours sont émis à des fins de gestion de trésorerie et ont été exclus des calculs. Les obligations émises par les banques centrales qui ne jouent aucun rôle dans le financement du budget de l’État ont aussi été exclues. Les données comprennent des informations détaillées sur chaque émission obligataire, notamment le produit de l’émission, la date d’échéance, le taux d’intérêt et la structure en devises.
La définition des marchés émergents utilisée dans le présent rapport est conforme à celle de la catégorie des économies de marché émergentes et en développement (MEED) retenue par le FMI dans ses Perspectives de l’économie mondiale. Les définitions régionales sont également les mêmes que celles du FMI et les catégories de revenu utilisées (revenu élevé, faible revenu, revenu intermédiaire de la tranche inférieure et revenu intermédiaire de la tranche supérieure) sont celles qui sont utilisées par la Banque mondiale en 2024 et sont fonction des niveaux de RNB par habitant. Les émetteurs souverains des MEED sont les suivants :
Pays à revenu élevé (PRE) : Arabie saoudite (Moyen-Orient et Asie centrale, MECA) Bahamas (région Amérique latine et Caraïbes, ALC), Bahreïn (MECA), Barbade (ALC), Bulgarie (MEED d’Europe), Chili (ALC), Émirats arabes unis (MECA), Fédération de Russie (MEED d’Europe), Hongrie (MEED d’Europe), Koweït (MECA), Oman (MECA), Panama (ALC), Pologne (MEED d’Europe), Qatar (MECA), Roumanie (MEED d’Europe), Seychelles (Afrique subsaharienne, ASS), Trinité‑et‑Tobago (ALC), Uruguay (ALC).
Pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure (PRITS) : Afrique du Sud (ASS), Albanie (MEED d’Europe), Algérie (MECA), Argentine (ALC), Arménie (MECA), Azerbaïdjan (MECA), Bélarus (MEED d’Europe), Belize (ALC), Bosnie-Herzégovine (MEED d’Europe), Botswana (ASS), Brésil (ALC), Chine (MEED d’Asie), Colombie (ALC), Costa Rica (ALC), El Salvador (ALC), Équateur (ALC), Fidji (MEED d’Asie), Gabon (ASS), Géorgie (MECA), Grenade (ALC), Guatemala (ALC), Guinée équatoriale (ASS), Indonésie (MEED d’Asie), Irak (MECA), Jamaïque (ALC), Kazakhstan (MECA), Macédoine du Nord (MEED d’Europe), Malaisie (MEED d’Asie), Maldives (MEED d’Asie), Maurice (ASS), Mexique (ALC), Moldova (MEED d’Europe), Mongolie (MEED d’Asie), Monténégro (MEED d’Europe), Namibie (ASS), Paraguay (ALC), Pérou (ALC), République dominicaine (ALC), Serbie (MEED d’Europe), Suriname (ALC), Thaïlande (MEED d’Asie), Türkiye (MEED d’Europe), Ukraine (MEED d’Europe), Venezuela (ALC).
Pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure (PRITI) : Angola (ASS), Bangladesh (MEED d’Asie), Bénin (ASS), Bolivie (ALC), Cameroun (ASS), Côte d’Ivoire (ASS), Égypte (MECA), Ghana (ASS), Honduras (ALC), Inde (MEED d’Asie), Jordanie (MECA), Kenya (ASS), Liban (MECA), Maroc (MECA), Myanmar (MEED d’Asie), Nicaragua (ALC), Nigéria (ASS), Ouzbékistan (MECA), Pakistan (MECA), Papouasie–Nouvelle-Guinée (MEED d’Asie), Philippines (MEED d’Asie), République démocratique populaire lao (MEED d’Asie), Sénégal (ASS), Sri Lanka (MEED d’Asie), Swaziland (ASS), Tanzanie (ASS), Tunisie (MECA), Viet Nam (MEED d’Asie), Zambie (ASS).
Pays à faible revenu (PFR) : Burkina Faso (ASS), Congo (ASS), Éthiopie (ASS), Guinée‑Bissau (ASS), Malawi (ASS), Mali (ASS), Mozambique (ASS), Niger (ASS), Ouganda (ASS) Rwanda (ASS), Tchad (ASS), Togo (ASS), Yémen (MECA).
La classification géographique des pays figurant dans le Graphique 5.1 et le Graphique 5.9 est conforme aux Codes standard des pays et des zones à usage statistique définis par les Nations Unies :
Afrique du Nord : Algérie, Égypte, Maroc, Tunisie.
Afrique de l’Est : Éthiopie, Kenya, Malawi, Maurice, Mozambique, Ouganda, Rwanda, Seychelles, Tanzanie, Zambie.
Afrique de l’Ouest : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Ghana, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Nigéria, Sénégal, Togo.
Afrique centrale : Angola, Cameroun, Gabon, République du Congo.
Afrique australe : Afrique du Sud, Botswana, Eswatini, Namibie.
Certaines émissions obligataires ont fait l’objet d’une réouverture. Dans ce cas, les données initiales ne portent que sur le montant total de l’émission (montant d’origine plus réouverture). Pour pouvoir déterminer le montant à l’émission des lignes obligataires ayant fait l’objet d’une réouverture, des données spécifiques sur les montants en cours à la date de chaque réouverture des lignes concernées ont été obtenues individuellement auprès de LSEG. Les données relatives à une réouverture ne portant que sur l’encours à la date concernée, on a soustrait de celui-ci l’encours calculé à la date précédente, de façon à obtenir le montant émis à chaque fois. Les montants à l’émission ainsi calculés ont été convertis à l’aide des taux de change du dollar des États-Unis à la date de l’opération tels que communiqués par LSEG. Dans un souci de cohérence et de comparabilité, la même méthode a été utilisée pour toutes les émissions, y compris celles qui n’ont pas fait l’objet d’une réouverture.
LSEG fournit des données sur marché d’émission de chaque titre obligataire. Lorsque cette variable est disponible, le marché d’émission est classé dans la catégorie « national » si LSEG le classe comme « national » ou « national (autres) » et dans la catégorie « étranger » dans tous les autres cas.
L’encours des dettes en monnaie locale est converti en USD sur la base des taux de change en vigueur à la fin de l’année. Les offres d’échange et certains emprunts obligataires figurant dans l’ensemble de données ont été manuellement exclus lorsqu’ils ne possédaient pas de code d’identification (ISIN, RIC ou CUSIP) et lorsqu’il n’a pas été possible de les confirmer par comparaison avec des données publiques de source officielle.
Données relatives aux notes de crédit
Copier le lien de Données relatives aux notes de créditLSEG fournit des informations sur les notations émanant de trois grandes agences de notation : Fitch, Moody’s et S&P. Pour chaque pays pour lequel des informations sur la note figurent dans l’ensemble de données, une valeur de 1 est attribuée à la note correspondant à la qualité de crédit la plus basse (C ou inférieure) et de 21 à la note correspondant à la qualité de crédit la plus élevée (AAA pour S&P et Fitch et Aaa pour Moody’s). La catégorie spéculative correspond aux notes équivalentes ou inférieures à BB+ pour Fitch et S&P, et équivalentes ou inférieures à Ba1 pour Moody’s.
La note en question est ensuite attribuée à chaque titre obligataire concerné émis par ce pays (à la date de l’émission ou de la transaction). Si des notations attribuées par plusieurs agences sont disponibles, on recourt à la moyenne de celles-ci. Les notes finales sont catégorisées comme suit : les notes égales ou supérieures à 15 sont classées dans la catégorie investissement A (CI A) ; les notes comprises entre 12 et 14 sont classées dans la catégorie investissement BBB (CI BBB) ; les notes comprises entre 9 et 11 sont classées dans la catégorie spéculative BB (CS BB) ; et les notes inférieures à 9 sont classées dans la catégorie à haut risque B (B et inférieure). Dans la catégorie à haut risque, une note équivalente ou inférieure à 3.5 correspond à une situation de défaut ou de risque très élevé de défaut.
Lors du calcul du nombre de relèvements et de dégradations, les données concernant les notations sont analysées sur une base mensuelle, à l’exclusion de celles qui sont égales à 1. Si un pays s’est vu attribuer plusieurs notes par la même agence au cours d’un même mois, on retient la plus récente. L’analyse de la qualité de la dette pondérée se base sur les notations décernées par trois agences de notation (Fitch, Moody’s et S&P). On applique à la totalité de l’encours de la dette d’un pays donné sa notation à la fin de la l’année considérée. Pour chaque catégorie de pays, on calcule ensuite la moyenne pondérée par l’encours de la dette correspondant à chaque catégorie de notation des mesures de la qualité de la dette pondérée
Rendements des marchés primaires
Copier le lien de Rendements des marchés primairesLe calcul des rendements des marchés primaires repose sur les données de LSEG concernant les prix et les rendements de chaque émission. Ces données ne sont disponibles que pour un nombre limité d’obligations.
Les rendements et les prix sont intégrés à notre base de données sur la base du code d’identification de l’obligation et de la date d’émission de celle-ci. Lorsque plusieurs prix ou rendements sont disponibles pour la même obligation à la même date d’émission, on retient la valeur moyenne.
Lorsqu’un rendement ou un prix a le même code d’identification qu’une obligation, mais une date d’émission différente, on prend en compte le prix ou le rendement dont la date d’émission est la plus proche du code d’identification de cette obligation, dans une fourchette de cinq jours après ou avant, en commençant par un jour plus tard, suivi d’un jour plus tôt, et ainsi de suite.
Lorsque les rendements ne sont pas directement accessibles, ils sont calculés à l’aide du prix correspondant et du paquet R appelé jrvFinance. Les prix inférieurs à 0 ou supérieurs à 999 sont exclus. Par ailleurs, les rendements supérieurs à 100 ou inférieurs à -5 sont exclus. Les rendements qui sont plus de 10 fois supérieurs aux rendements annuels médians de chaque émetteur, pour le même type d’instrument et la même catégorie d’échéance, sont également exclus.
Modèle de calcul du ratio dette/PIB stabilisant le solde primaire
Copier le lien de Modèle de calcul du ratio dette/PIB stabilisant le solde primaireLe solde primaire permettant une stabilisation de la dette est calculé conformément à la méthodologie décrite par Escolano (2010[19]), en utilisant les données issues des Perspectives de l’économie mondiale du FMI d’avril 2025 pour la dernière année connue (2030), pour l’ensemble des variables à l’exception du taux d’intérêt effectif réel, basé sur les données de 2024 ou sur une estimation des rendements réels du marché.
pb est le solde primaire des administrations publiques en pourcentage du PIB, d l’encours de la dette des administrations publiques en pourcentage du PIB, ip le taux d’intérêt effectif réel et g la croissance du PIB réel.
Annexe 5.B. Transparence des données
Copier le lien de Annexe 5.B. Transparence des donnéesGraphiques de disponibilité des données — Graphique 5.6
Copier le lien de Graphiques de disponibilité des données — <a href="/content/oecd/fr/publications/rapport-sur-les-marches-de-capitaux-en-afrique-2025_4c3dc507-fr/full-report/local-currency-bond-markets-for-development-financing-in-africa_b9d9f859.html#figure-d1e517-644c7297c6" class="xref">Graphique 5.6</a>Partie A : la dette négociable libellée en monnaie locale correspond à la somme des obligations et des bons du Trésor émis en monnaie locale. Les années pour lesquelles les données relatives à la dette négociable libellée en monnaie locale, et couvrant les bons du Trésor et les obligations, sont facilement consultables sur un site officiel (ministère des Finances, Trésor public, banque centrale), apparaissent en bleu dans le graphique.
Partie B : les données utilisées correspondent à la dernière année pour laquelle des informations provenant de sources officielles sont disponibles, comme indiqué dans la partie A. La part de la dette négociable libellée en monnaie locale est calculée en rapportant le total de cette dette provenant de chaque source (officielle, Bloomberg et LSEG) à l’encours total de la dette négociable publié par le FMI pour cette même année.
Il est possible que les gouvernements comptabilisent certains titres comme des bons du Trésor et des obligations, même s’ils ne sont pas négociables. Cela peut expliquer pourquoi les données officielles sont généralement supérieures à celles fournies par Bloomberg et LSEG.
Tableau de transparence de la dette — Tableau d’annexe 5.B.1
Copier le lien de Tableau de transparence de la dette — <a href="/content/oecd/fr/publications/rapport-sur-les-marches-de-capitaux-en-afrique-2025_4c3dc507-fr/full-report/local-currency-bond-markets-for-development-financing-in-africa_b9d9f859.html#tablegrp-d1e2482-644c7297c6" class="xref">Tableau d’annexe 5.B.1</a>Les données utilisées dans ce tableau proviennent des sites officiels d’administrations publiques (Trésor public, ministère des Finances ou Banque centrale généralement). Un tiret signifie que les données ne sont pas disponibles ou accessibles sur ces sites.
La colonne « Ventilation dette négociable » correspond à la ventilation de l’encours de la dette négociable par instrument (bons du Trésor et obligations). La colonne « Ventilation dette non négociable » correspond à la ventilation de l’encours de la dette non négociable entre titres et engagements (emprunts, arriérés, par exemple).
La colonne « Dernier calendrier d’adjudication » indique la dernière année pour laquelle un calendrier officiel d’adjudication est disponible en ligne. Un tiret signifie que les annonces relatives aux adjudications à venir sont irrégulières ou publiées au cas par cas. De même, la colonne « Derniers résultats d’adjudication » indique la dernière année pour laquelle des résultats d’adjudication sont disponibles sur un site officiel.
La colonne « Résultats des adjudications : prix/rendements » précise si les résultats publiés incluent les rendements et/ou les prix.
La colonne « Dernier rapport annuel sur la dette » indique la dernière année pour laquelle un rapport annuel est consultable sur un site officiel. Lorsque les rapports mensuels ou trimestriels sont suffisamment complets, l’année la plus récente est retenue.
La colonne « Stratégie de gestion de la dette à MT » indique le nombre d’années à venir couvertes par la stratégie, tandis que la colonne « Dernière stratégie de gestion de la dette à MT » précise l’année la plus récente pour laquelle une stratégie officielle est consultable en ligne.
La colonne « Langue » mentionne la langue des documents relatifs à la dette, mais pas celle des sites web.
Les liens ci-après correspondent aux principales sources utilisées :
Tableau d’annexe 5.B.1. Données concernant la dette publique, provenant de sources officielles et facilement accessibles
Copier le lien de Tableau d’annexe 5.B.1. Données concernant la dette publique, provenant de sources officielles et facilement accessibles|
Pays |
Ventilation dette négociable |
Ventilation dette non négociable |
Calendrier d’adjudication |
Dernier calendrier d’adjudication |
Résultats des adjudications : prix/rendements |
Rapport annuel sur la dette |
Dernier RA |
Stratégie de gestion de la dette à MT |
Dernière stratégie de gestion de la dette à MT |
Service de la dette intérieure |
Base d’investisseurs nationaux |
Source des données |
Langue du document |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
|
Algérie |
Oui |
– |
Annuel |
2024 |
Oui |
– |
– |
– |
– |
– |
– |
Min. Fin.1, Banque d’Algérie |
Français |
|
Angola |
Oui |
Oui |
Mensuel |
2025 |
Oui |
Rapport annuel |
2022 |
2 prochaines années |
2024 |
5 dernières années, 25 prochaines années |
– |
Min. Fin., Bodiva2 |
Anglais, portugais |
|
Cameroun |
Oui |
Oui |
Trimestriel |
2025 |
Oui |
Rapport annuel, bulletins trimestriels |
2025 |
2 prochaines années |
2024 |
2 dernières années |
– |
Min. Fin., BEAC3 |
Français |
|
Côte d’Ivoire |
Oui |
– |
Mensuel |
2024 |
Oui |
Rapport annuel |
2024 |
4 prochaines années |
2023 |
5 prochaines années |
Oui |
Min. Fin, UMOA-Titres4 |
Anglais | Français |
|
République du Congo |
Oui |
Oui |
– |
– |
Oui |
Rapports annuels et trimestriels |
2023 |
2 prochaines années |
2020 |
4 dernières années, 3 prochaines années |
– |
DGDP5 |
Français |
|
Égypte |
Oui |
Oui |
Hebdomadaire |
2025 |
Oui |
Le rapport annuel de la banque centrale d’Égypte 6 comprend une analyse de la dette. |
2020 |
3 prochaines années |
2020 |
6 dernières années |
Oui |
Min. Fin., CBE |
Anglais, arabe |
|
Éthiopie |
Oui |
Oui |
2025 |
Oui |
Rapport annuel |
2024 |
5 prochaines années |
2016 |
4 dernières années |
– |
Min. Fin., NBE7 |
Anglais |
|
|
Ghana |
Oui |
– |
Trimestriel |
2024 |
Oui |
Rapport annuel |
2023 |
3 prochaines années |
2024 |
– |
Oui |
Min. Fin., Bank of Ghana |
Anglais |
|
Kenya |
Oui |
Oui |
Annuel |
2025 |
Oui |
Rapport annuel |
2024 |
3 prochaines années |
2025 |
5 dernières années |
Oui |
Min. Fin., CBK8 |
Anglais |
|
Maroc |
Oui |
– |
– |
Oui |
Bulletins mensuels |
2023 |
– |
– |
Min. Fin., Bank Al-Maghrib |
Anglais, français, arabe |
|||
|
Nigéria |
Oui |
Oui |
Trimestriel |
2025 |
Oui |
Rapport annuel, bulletins trimestriels |
2020 |
3 prochaines années |
2020 |
– |
– |
Bureau de gestion de la dette9 |
Anglais |
|
Afrique du Sud |
Oui |
– |
Annuel |
2026 |
Oui |
Rapport annuel, dans le Rapport annuel sur le budget |
2024 |
2 prochaines années |
2024 |
3 prochaines années |
Oui |
Min. Fin., SARB10 |
Anglais |
|
Tanzanie |
Oui |
– |
Semestrielle |
2025 |
Oui |
Rapports trimestriels |
2024 |
2 prochaines années |
2024 |
– |
– |
Min. Fin., Bank of Tanzania |
Anglais |
|
Tunisie |
Oui |
– |
Annuel |
2018 |
Oui |
Rapports annuels et mensuels |
2019 |
Inclus dans le rapport annuel |
2019 |
7 dernières années |
– |
Min. Fin., BCT11 |
Français, arabe |
|
Ouganda |
Oui |
Oui |
Annuel |
2025 |
Oui |
Rapport annuel |
2024 |
4 prochaines années |
2025 |
6 dernières années |
– |
Min. Fin., BOU12 |
Anglais |
Notes du tableau
1. Désigne un service de l’administration chargé de la gestion de la dette (ministère des Finances, Trésor public, etc.). Dans ce tableau, sont exclues les banques centrales.
2. Bourse des valeurs de l’Angola
3. Banque des États de l’Afrique Centrale
4. Agence régionale de gestion et de promotion des titres publics de la zone UMOA
5. Direction générale de la dette publique
6. Banque centrale d’Égypte
7. Banque nationale d’Éthiopie
8. Banque centrale du Kenya
9. Service de gestion de la dette publique
10. Banque de réserve sud-africaine
11. Banque Centrale de Tunisie
12. Banque centrale d’Ouganda
Annexe 5.C. Lignes obligataires de référence
Copier le lien de Annexe 5.C. Lignes obligataires de référenceMéthodologie d’identification
Copier le lien de Méthodologie d’identificationUne méthode quantitative a été utilisée pour comptabiliser les pics d’émission qui se distinguent nettement selon l’échéance, afin de mesurer le degré de concentration (par rapport aux obligations de référence) ou de dispersion des émissions d’obligations souveraines de chaque pays.
Étape 1 — Estimation de la densité par noyau (Kernel Density Estimation)
Pour chaque pays, une distribution lissée des émissions par échéance a été estimée à l’aide d’une fonction de densité par noyau pondérée :
Où :
est la durée jusqu’à l’échéance (en années)
est la pondération de chaque émission
est le paramètre de lissage (variable d’ajustement de la largeur de bande, définie à 0.1)
Étape 2 — Détection des pics
Les maxima locaux (pics) de la densité estimée sont détectés en utilisant la méthode conventionnelle reposant sur la dérivée seconde :
Seuls sont conservés les pics dont la respecte le critère de proéminence relative :
Où :
est le seuil de hauteur relative (10 % de la densité maximale, par exemple)
Étape 3 — Filtrage des pics significatifs
Afin de ne retenir que les pics distincts (et non des petites bosses contiguës), une règle d’espacement minimum est appliquée :
Où :
année est la distance horizontale minimale requise entre les pics
Si deux pics sont proches de , seul le plus élevé est retenu.
Étape 4 — Classification par tranche d’échéance
Les pics sont classés par tranche d’échéance : court terme : ; moyen terme : ; long terme :
Données par pays
Copier le lien de Données par paysLes graphiques présentés ci-dessous mettent ces pics en évidence.
Graphique d’annexe 5.C.1. Densité des volumes d’émission par échéance des obligations en 2024 dans certaines économies avancées
Copier le lien de Graphique d’annexe 5.C.1. Densité des volumes d’émission par échéance des obligations en 2024 dans certaines économies avancées
Source : LSEG ; et calculs de l’OCDE. Note : l’axe des abscisses représente le nombre d’années jusqu’à l’échéance à la date d’émission. L’axe des ordonnées représente la densité de probabilité empirique et non la probabilité empirique elle-même. L’aire sous la courbe de densité sur l’axe des abscisses est égale à 1. La densité est pondérée par les volumes d’émission.
Graphique d’annexe 5.C.2. Densité des volumes d’émission par échéance des obligations en 2024 dans certaines économies africaines
Copier le lien de Graphique d’annexe 5.C.2. Densité des volumes d’émission par échéance des obligations en 2024 dans certaines économies africaines
Source : LSEG ; et calculs de l’OCDE. Note : l’axe des abscisses représente le nombre d’années jusqu’à l’échéance à la date d’émission. L’axe des ordonnées représente la densité de probabilité empirique et non la probabilité empirique elle-même. L’aire sous la courbe de densité sur l’axe des abscisses est égale à 1. La densité est pondérée par les volumes d’émission.
Annexe 5.D. Modèles d’adjudication
Copier le lien de Annexe 5.D. Modèles d’adjudicationGraphique d’annexe 5.D.1. Tailles des adjudications par échéance en 2024 dans certaines économies avancées
Copier le lien de Graphique d’annexe 5.D.1. Tailles des adjudications par échéance en 2024 dans certaines économies avancées
Source : LSEG ; et calculs de l’OCDE. L’axe des ordonnées représente les échéances, la taille des bulles est proportionnelle au montant des adjudications.
Graphique d’annexe 5.D.2. Tailles des adjudications par échéance en 2024 dans certaines économies africaines
Copier le lien de Graphique d’annexe 5.D.2. Tailles des adjudications par échéance en 2024 dans certaines économies africaines
Source : LSEG ; et calculs de l’OCDE. L’axe des ordonnées représente les échéances, la taille des bulles est proportionnelle au montant des adjudications.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. Cette analyse se fonde sur les données disponibles dans LSEG.
← 2. La dégradation des conditions financières pourrait faire baisser la part de la dette négociable de deux manières : premièrement, parce qu’elle incite les pays à interrompre les émissions d’obligations ou à modifier la composition de leurs portefeuilles d’instruments d’emprunt au profit d’instruments moins coûteux ; et deuxièmement, parce qu’elle réduit la valeur de marché des obligations entrant dans la composition de leur portefeuille de dette.
← 3. Une dépendance excessive à l’égard des banques locales en tant qu’acquéreurs d’obligations souveraines peut également être source de risques en raison du lien entre l’émetteur souverain et les établissements bancaires. Lorsque les banques nationales détiennent de grandes quantités de titres de dette publique nationale et que de ce fait, le secteur public et le secteur financier sont étroitement liés, les tensions qui se manifestent dans l’un des deux peuvent déstabiliser l’autre. Une chute de la valeur des obligations souveraines affaiblit les institutions financières qui les détiennent et accroît les risques pesant sur la stabilité financière. Si ces institutions ont besoin d’un soutien public, les tensions budgétaires qui en résultent peuvent ébranler encore davantage la confiance dans l’état des finances publiques, induisant ainsi des effets négatifs sur les prix des obligations qui risquent d’enclencher un processus auto-entretenu.
← 4. Ces seuils à partir desquels les investissements sont considérés comme éligibles varient généralement de BBB- à BBB+, selon l’investisseur.
← 5. Un risque élevé correspond à une note de crédit inférieure ou égale à B, tandis qu’un risque très élevé ou un risque de défaut correspondent à une note inférieure ou égale à CCC.
← 6. Fin 2024, 30 pays d’Afrique avaient été notés par au moins l’une des trois principales agences de notation. L'Afrique du Sud a été la première à se voir attribuer une note en 1994. En 2000, ils étaient six pays sur le continent à avoir été notés, puis 20 en 2006 et 30 en 2019.
← 7. L’émission nette (c’est-à-dire le montant émis moins le montant remboursé au cours d’une période donnée) est un indicateur du risque marginal auquel s’exposent les investisseurs. Bien que ce chiffre net ne rende pas pleinement compte de la dépendance des émetteurs à l’égard des investisseurs étrangers, étant donné que certains achètent leurs obligations directement sur le marché local plutôt que sur les marchés internationaux, il donne une bonne idée de la demande étrangère.
← 8. Le coût d’un emprunt libellé en devises pour les MEED se décompose en deux éléments : le rendement nominal et l’effet de change. Les rendements des emprunts libellés en monnaie locale contractés par des MEED sont généralement plus élevés que ceux des emprunts libellés en devises, étant donné que la prime de risque de change est calculée en tenant compte de l’instabilité macroéconomique et de l’inflation, lesquelles sont plus élevées dans ces économies. Cependant, comme le dollar américain a eu tendance à s’apprécier au fil du temps par rapport aux monnaies des MEED, le coupon et le paiement du principal se sont généralement mis à coûter plus chers une fois convertis en monnaies locales (c’est l’effet de change).
← 9. C’est pourquoi le concept de « péché originel » doit être appréhendé en tenant compte non seulement du risque souverain, mais aussi de l’exposition globale du pays aux actifs et aux passifs (Eichengreen et Hausmann, 1999[7]).