Ce chapitre examine le développement des marchés de capitaux en Afrique et souligne la nécessité croissante d’élargir l’accès au financement de marché dans la région. Malgré le poids grandissant de l’Afrique dans l’économie mondiale, ses marchés de capitaux restent relativement sous‑développés et sous-utilisés comparativement à ceux d’autres économies émergentes. Dans le même temps, pour atteindre des objectifs économiques fondamentaux tels que la réduction du déficit d’investissement des entreprises, la promotion de l’emploi formel, le soutien à l’adaptation au changement climatique et à la mise à niveau des infrastructures, l’adoption des nouvelles technologies et l’amélioration de la viabilité de la dette publique, il faudra approfondir et diversifier les marchés nationaux de capitaux. Ces défis soulignent l’importance croissante de mettre en œuvre des réformes structurelles au niveau national et de mener des initiatives d’intégration du marché au niveau régional en vue d’approfondir et de renforcer le développement des marchés de capitaux à l’échelle du continent.
1. Développer les marchés de capitaux au service de la croissance en Afrique
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1.1. Malgré des progrès notables, les marchés de capitaux en Afrique sont sous‑représentés à l’échelle mondiale
Copier le lien de 1.1. Malgré des progrès notables, les marchés de capitaux en Afrique sont sous‑représentés à l’échelle mondialeLes marchés financiers ont évolué à des rythmes différents d’un pays et d’une région à l’autre au cours des deux dernières décennies. Dans la plupart des régions, la capitalisation boursière des marchés d’actions a augmenté depuis 2000. Alors que le nombre de sociétés cotées dans les économies avancées a diminué, cette évolution a été plus que compensée par les admissions à la cote dans les marchés émergents et les économies en développement (MEED), surtout en Asie, qui accueille désormais plus de la moitié des sociétés cotées dans le monde. Les instruments de prêts autres que les prêts bancaires directs sont eux aussi devenus une forme importante de financement des entreprises au cours de cette période (OECD, 2025[1]).
En Afrique, les marchés d’actions ont progressé entre 2000 et 2024, la capitalisation boursière ayant été multipliée par 27, pour atteindre 560 milliards USD. Le nombre de sociétés cotées a légèrement diminué au cours de cette période, en grande partie du fait de consolidations en Égypte et en Afrique du Sud. Les émissions d’obligations d’entreprise sont restées stables, tandis que les prêts syndiqués ont pratiquement doublé, tant en volumes d’émission que d’encours. Malgré ces progrès, la part relative de l’Afrique dans les activités sur les marchés de capitaux au niveau mondial a décliné au fil du temps, et ces activités se concentrent dans une poignée d’économies. Aussi, les marchés de capitaux de la région continuent de jouer un rôle relativement modeste dans la finance mondiale au regard de la quasi-totalité des indicateurs mesurés (Graphique 1.1).
Graphique 1.1. Part de l’Afrique dans les marchés de capitaux mondiaux, 2024
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Source : Série sur les marchés de capitaux de l’OCDE, Africa Finance Corporation (2025[2]), State of Africa’s Infrastructure Report 2025 https://www.africafc.org/our-impact/our-publications/state-of-africa-infrastructure-report-2025
Le déclin relatif des activités sur les marchés de capitaux en Afrique s’explique en partie par l’essor considérable de certains MEED dans d’autres régions, qui l’emporte sur les évolutions en (Graphique 1.2). Sur les marchés d’actions, le nombre d’admissions à la cote dans des MEED a sensiblement augmenté, principalement en Asie. S’agissant des émissions d’obligations d’entreprise, l’Afrique est là aussi en retard par rapport à d’autres MEED, l’encours s’inscrivant en baisse en termes relatifs comme en valeur absolue entre 2010 et 2024. Ces évolutions sont décrites plus en détail aux chapitres 2 et 3.
Les pays africains sont confrontés à un certain nombre de possibilités et de défis, qui exigent une montée en puissance plus affirmée de l’investissement privé, et qui sont exacerbés par la situation générale de sous-développement et de sous-utilisation des marchés de capitaux dans la région. Dans le même temps, l’existence d’un certain niveau d’activité sur les marchés de capitaux met en évidence le potentiel de croissance du financement de marché dans de nombreux pays du continent. Le reste de ce chapitre introductif analyse quelques-uns des principaux impératifs économiques du développement des marchés de capitaux dans les pays africains, comment les grandes économies de la région y répondent, et en quoi le présent rapport peut soutenir ces efforts.
Graphique 1.2. Évolution de la part de l’Afrique dans les activités sur les marchés de capitaux parmi les MEED (ex. Chine)
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Source : Ensemble de données de la série sur les marchés de capitaux de l’OCDE.
1.2. Diversifier les sources de financement pour combler les déficits de financement des entreprises
Copier le lien de 1.2. Diversifier les sources de financement pour combler les déficits de financement des entreprisesL’accès limité aux financements demeure un obstacle de taille à la croissance des entreprises dans de nombreux pays africains, qui entrave l’investissement en capital, les gains de productivité et la réalisation d’économies d’échelle. Dans les 23 pays africains qui ont récemment participé à l’enquête sur les entreprises de la Banque mondiale, l’accès aux financements était cité comme le principal obstacle à la conduite de leurs activités par 31 % des entreprises interrogées, soit près de trois fois plus fréquemment que l’obstacle suivant (la fiscalité) et bien plus que la moyenne mondiale pour cette catégorie (17 %) (World Bank, 2025[3]). Les petites entreprises sont particulièrement touchées dans de nombreux pays (Graphique 1.3).
Graphique 1.3. Part des entreprises considérant l’accès aux financements comme une contrainte dans une sélection de pays
Copier le lien de Graphique 1.3. Part des entreprises considérant l’accès aux financements comme une contrainte dans une sélection de pays(% des entreprises ayant répondu)
Note : Les années s’échelonnaient entre 2020 et 2024, en fonction de la disponibilité des données.
Source : Banque mondiale (2025[3]), enquêtes auprès des entreprises de la Banque mondiale, https://www.enterprisesurveys.org/
Le financement interne est la principale source de financement des entreprises dans une sélection de pays africains. S’agissant des sources de financement externes, les prêts bancaires occupent de loin la première place dans de nombreux pays, notamment Maurice, la Namibie, la Côte d’Ivoire, le Botswana et l’Afrique du Sud, tandis que dans d’autres pays, les sources de financement sont plus équilibrées (Graphique 1.4).
Graphique 1.4. Part de l’investissement des entreprises financé par des sources externes, par source
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Source : Banque mondiale (2025[3]), enquêtes auprès des entreprises de la Banque mondiale, https://www.enterprisesurveys.org/
Note : Les années s’échelonnaient entre 2020 et 2024, en fonction de la disponibilité des données.
Bien que les banques jouent un rôle important dans le financement des entreprises, les caractéristiques structurelles des prêts bancaires peuvent fausser l’accès aux financements. Par exemple, les exigences telles que les garanties et les antécédents financiers peuvent exclure les très petites, petites et moyennes entreprises (TPME) des systèmes de crédit formel, facteur important au regard du fait que les TPME représentent environ 80 % de l’emploi dans la région (AUDA-NEPAD, 2022[4]).
Des éléments montrent aussi que l’augmentation des émissions souveraines pourrait évincer le crédit privé dans certaines juridictions dotées d’écosystèmes de financement axés sur les banques. Les instruments de dette souveraine peuvent constituer un actif plus sûr et plus attractif pour les banques que les prêts au secteur privé, en raison de risques généralement moindres et d’un marché secondaire plus liquide. Dans la région, l’exposition des banques au secteur public a augmenté de près de 70 % entre 2010 et 2023, atteignant 17.5 %, ce qui correspond à un recul des prêts consentis au secteur privé au cours de la même période (EIB, 2024[5]).
1.3. Développer les marchés en monnaie locale à l’appui de la viabilité de la dette
Copier le lien de 1.3. Développer les marchés en monnaie locale à l’appui de la viabilité de la detteLa taille et la profondeur du marché local pour la dette souveraine influent non seulement sur l’attribution du capital au secteur privé, mais aussi sur le coût total de la dette publique. Comme l’explique le chapitre 5 du présent rapport, les rendements nominaux sur le marché de la dette en devises (généralement libellée en USD) des pays africains sont généralement plus faibles que ceux du marché de la dette libellée en monnaie locale. Toutefois, le coût est très fluctuant, et lorsqu’on examine les coûts totaux à l’échéance, la dette en devises coûte plus cher que celle en monnaie locale.
La pénurie de marchés en monnaie locale pour les titres souverains peut aggraver les problèmes de viabilité de la dette alors que, selon les données de 2024, près de 80 % des pays africains étaient considérés comme étant à risque élevé ou très élevé, deux pays seulement (Botswana et Maurice) étant classés dans la catégorie investissement (Graphique 1.5). Dans le même temps, le développement des marchés d’obligations d’État en monnaie locale peut, à long terme, créer un cercle vertueux pour le développement du marché des capitaux au sens large, contribuant à la demande des investisseurs et à la liquidité.
Graphique 1.5. Part des MEED africains par notation de crédit
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Source : LSEG ; et calculs de l’OCDE.
1.4. Augmenter les capacités de gestion des chocs externes et d’exploitation des ressources intérieures
Copier le lien de 1.4. Augmenter les capacités de gestion des chocs externes et d’exploitation des ressources intérieuresEn l’absence de marchés de capitaux profonds et performants, les MEED peuvent être particulièrement exposés à d’importantes fluctuations des flux de capitaux étrangers imputables aux tensions géopolitiques, à l’incertitude qui entoure l’action publique à l’échelle mondiale, aux cycles de la politique monétaire et aux chocs affectant la stabilité financière (OECD, 2024[6]). De nombreux pays africains ont connu de longues périodes de volatilité des entrées d’investissements de portefeuille, ainsi que d’importantes sorties à la suite du cycle de resserrement de la politique monétaire intervenu dans les économies avancées en 2022 (Graphique 1.6). Les entrées d’investissements de portefeuille sont généralement faibles depuis le COVID-19, et les entrées sous forme de participations trimestrielles moyennes sont devenues négatives entre 2020 et 2024, tandis que celles sous forme de titres de créance trimestrielles moyennes ont chuté de plus de moitié par rapport à la moyenne d’avant la pandémie (2016 à 2019). Cette situation illustre les difficultés que ces économies rencontrent pour avoir accès à des flux d’investissements de portefeuille stables et de long terme.
Graphique 1.6. Entrées de portefeuille vers une sélection d’économies africaines
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Note : Les pays représentés dans l’échantillon sont l’Afrique du Sud, le Botswana, l’Égypte, le Ghana, Maurice, le Maroc, la Namibie, le Nigéria, l’Ouganda, la Tanzanie, la Tunisie, la Zambie et le Zimbabwe.
Source : FMI (2025[7]), ensemble de données de la balance des paiements, https://data.imf.org/en/datasets/IMF.STA:BOP
Renforcer la mobilisation de l’épargne intérieure permettrait d’améliorer la résilience économique en réduisant la dépendance à l’égard des financements extérieurs volatils et en fournissant une protection stable contre les chocs mondiaux. Les taux d’épargne des pays africains sont généralement inférieurs à la moyenne mondiale, avec des écarts considérables d’un pays à l’autre et l’existence d’importants canaux d’épargne informels (Graphique 1.7). La famille et les amis demeurent une source importante de crédit dans la région, ce qui s’explique par les caractéristiques structurelles des marchés financiers mais aussi et surtout par des facteurs structurels qui privilégient les prêts locaux et fondés sur les relations (Obonyo et Sydow, 2024[8]). Élargir l’offre d’options d’investissement pour les ménages pourrait contribuer à faire de l’épargne une source de capital durable pour les pays de la région et à renforcer l’efficience de l’affectation du capital. Toutefois, ces options doivent être adaptées aux normes et préférences culturelles locales.
Si certaines juridictions peuvent parvenir à développer l’accès direct des ménages aux marchés de capitaux, par exemple au moyen d’instruments disponibles sur les marchés boursiers, d’autres pourraient envisager de mettre en place des cadres qui reconnaissent, soutiennent et formalisent les prêts informels. Les mesures indirectes en faveur de l’épargne, telles que les régimes de pension par capitalisation, pourraient être particulièrement efficaces pour diriger l’épargne des ménages vers l’investissement, tout en alimentant la demande pour des titres locaux. Les actifs de pension de nombreuses économies africaines sont bien inférieurs à la moyenne mondiale, comme l’explique le chapitre 8, et il existe une marge de manœuvre importante pour en créer de nouveaux et développer ceux existants.
Graphique 1.7. Taux d’épargne dans une sélection d’économies africaines, 2023
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Source : Banque mondiale (2025[9]), ensemble de données sur l’épargne brute, https://data.worldbank.org/indicator/NY.GNS.ICTR.ZS
1.5. Des initiatives de réforme des marchés financiers sont en cours dans de nombreuses économies africaines à revenu intermédiaire
Copier le lien de 1.5. Des initiatives de réforme des marchés financiers sont en cours dans de nombreuses économies africaines à revenu intermédiaireLes MEED africains qui parviendront à établir un écosystème plus diversifié de financements de marché seront mieux placés pour relever certains de leurs défis économiques les plus urgents, tout en soutenant leur développement économique et leur compétitivité à plus long terme. Les marchés de capitaux sont bien positionnés pour fournir les capitaux « patients » requis pour financer des projets plus risqués, y compris dans l’innovation et la recherche, les dépenses d’investissement nécessaires à l’expansion, les entreprises en phase de démarrage et les projets d’infrastructure (OECD, 2025[1]). Ils favorisent la diffusion des nouvelles technologies et joueront un rôle déterminant pour combler le déficit de financement climatique et financer les infrastructures énergétiques.
Conscients de l’importance croissante des marchés de capitaux pour leur prospérité économique future, de nombreux MEED africains à revenu intermédiaire ont récemment entrepris ou prévu d’engager des réformes globales visant à renforcer leurs systèmes financiers. Sur les 16 MEED africains sélectionnés pour la taille et le niveau d’activité de leur marché de capitaux, 13 disposent actuellement d’un Plan directeur pour les marchés de capitaux (PDMC) (Tableau 1.1). Les PDMC ont généralement pour fonction de recenser les obstacles à la croissance des marchés de capitaux et de formuler des stratégies globales pour y remédier, axées sur le renforcement de la résilience face aux chocs externes, l’amélioration de la répartition des ressources, l’augmentation de l’inclusion financière et la promotion de l’investissement du secteur privé.
Les objectifs et mesures spécifiques varient entre pays, en fonction de facteurs tels que la maturité du marché, le niveau de préparation réglementaire et la capacité de transformation numérique, reflétant la diversité des stades de développement des marchés de capitaux et des besoins d’une économie à l’autre. Par exemple, la Tanzanie a donné la priorité à la modernisation de ses cadres juridique et réglementaire afin de se rapprocher des normes mondiales (Capital Markets and Securities Authority, 2018[10]). Le Kenya, qui a récemment modernisé son cadre réglementaire en adoptant la loi sur les marchés de capitaux en 2023, a axé son PDMC sur les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Les initiatives prévues englobent le lancement de campagnes d’éducation, la mise en place de normes de communication d’informations, l’élaboration de taxonomies vertes et l’augmentation des investissements dans la formation du personnel et le développement des talents (Capital Markets Authority, Kenya, 2023[11]). Avec l’adoption rapide des technologies numériques dans la finance à l’échelle du continent, plusieurs pays ont donné la priorité aux technologies financières en tant que domaine stratégique clé dans leurs PDMC respectifs, dont l’Afrique du Sud, le Ghana, le Maroc, Maurice, la Namibie et la Zambie.
Tableau 1.1. Vue d’ensemble des initiatives en faveur des marchés de capitaux dans une sélection d’économies émergentes d’Afrique
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Pays |
Plan directeur pour les marchés de capitaux, année de début |
Signataire de l’OICV, année de signature |
Bourses durables |
|---|---|---|---|
|
Botswana |
✓ 2026 |
X |
✓ |
|
Côte d’Ivoire |
X |
✓ Accord multilatéral de l’OICV, 2009 |
✓ |
|
Égypte |
✓ 2022 |
✓ Accord multilatéral de l’OICV, 2012 |
✓ |
|
Gabon |
X |
✓ Accord multilatéral de l’OICV, 2015 |
X |
|
Ghana |
✓ 2021 |
✓ Accord multilatéral de l’OICV, 2022 |
✓ |
|
Kenya |
✓✓ 2014, 2023 |
✓ Accord multilatéral de l’OICV, 2009 ✓+ Accord multilatéral renforcé de l’OICV, 2025 |
✓ |
|
Maurice |
✓ 2025 |
✓ Accord multilatéral de l’OICV, 2012 |
✓ |
|
Maroc |
✓✓✓ 2017, 2021, 2024 |
✓ Accord multilatéral de l’OICV, 2007 |
✓ |
|
Namibie |
✓✓ 2018, 2022 |
X |
✓ |
|
Nigéria |
✓✓ 2015, 2021-2025 |
✓ Accord multilatéral de l’OICV, 2006 |
✓ |
|
Afrique du Sud |
✓✓✓ 2018, 2021, 2025 |
✓ Accord multilatéral de l’OICV, 2003 ✓+ Accord multilatéral renforcé de l’OICV, 2024 |
✓ |
|
Tanzanie |
✓✓✓ 2013, 2018 |
✓ Accord multilatéral de l’OICV, 2011 |
✓ |
|
Tunisie |
X |
✓ Accord multilatéral de l’OICV, 2009 |
✓ |
|
Ouganda |
✓✓✓ 2016, 2021, 2023 |
✓ Accord multilatéral de l’OICV, 2017 |
✓ |
|
Zambie |
✓ 2022 |
✓ Accord multilatéral de l’OICV, 2018 |
X |
|
Zimbabwe |
✓ 2021 |
X |
✓ |
Note : Dans le cadre de l’OICV, la Côte d’Ivoire est considérée comme un membre de l’Union monétaire ouest-africaine, tandis que dans le cadre de l’initiative des Bourses durables, elle est considérée comme un membre de la BRVM ; le Gabon est considéré comme un membre de la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale.
Source : PDMC publiés par les autorités nationales et/ou régionales, OICV (2025[12]) https://www.iosco.org/v2/about/?subSection=mmou&subSection1=signatories, Signataires des Annexes A et B de l’Accord multilatéral, initiative des Bourses durables (2025[13]), bourses partenaires de l’initiative.
1.6. La conformité aux normes et pratiques internationales est un pilier important de la réforme des marchés locaux
Copier le lien de 1.6. La conformité aux normes et pratiques internationales est un pilier important de la réforme des marchés locauxDans le cadre des réformes des marchés nationaux, de nombreux MEED africains s’emploient activement à mettre en conformité la législation sur les marchés financiers, les politiques réglementaires et les cadres de gouvernance d’entreprise avec les normes internationales. Cette mise en conformité vise à promouvoir des infrastructures financières solides et un environnement réglementaire prudent qui octroie aux instances de réglementation de larges pouvoirs de supervision de l’ensemble des segments du marché, protège les investisseurs, atténue les risques systémiques et facilite la formation du capital.
Un moyen d’appuyer la mise en conformité réglementaire est d’adhérer à l’Accord multilatéral de l’Organisation internationale des commissions de valeurs (OICV), dont 17 instances de réglementation africaines sont signataires. Deux instances de réglementation africaines – l’Autorité de conduite du secteur financier d’Afrique du Sud et l’Autorité des marchés de capitaux du Kenya – sont également signataires de l’Accord multilatéral renforcé portant sur la consultation, la coopération et l’échange d’informations. L’alignement sur cet instrument de référence international renforce les régimes des marchés nationaux de valeurs mobilières en encourageant la coopération des autorités de supervision et d’application de la loi, en luttant contre les pratiques abusives transfrontières et en permettant le partage de l’information, des expériences et des pratiques exemplaires. Il sert aussi à exprimer l’engagement des autorités de réglementation à défendre les protections juridiques et les droits des actionnaires, qui sont des facteurs clés du développement des marchés de capitaux, comme le chapitre 2 l’analyse plus en détail.
La participation aux initiatives sur la finance durable à l’échelle mondiale devient également un élément important du développement des politiques locales. Par exemple, 16 MEED africains, qui comptent 17 bourses, sont partenaires de l’initiative des Bourses durables lancée par les Nations Unies ; il s’agit d’une plateforme collaborative pour les bourses de valeurs, les investisseurs, les émetteurs, les autorités de réglementation, les responsables de l’action publique et les organisations internationales, destinée à améliorer la prise en compte des facteurs ESG et à promouvoir le développement durable – notamment à l’appui du financement des Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies.
1.7. Tirer parti des technologies numériques pour accroître la participation des investisseurs particuliers et renforcer l’inclusion financière
Copier le lien de 1.7. Tirer parti des technologies numériques pour accroître la participation des investisseurs particuliers et renforcer l’inclusion financièreLes investisseurs particuliers peuvent jouer un rôle essentiel sur les marchés de capitaux d’un pays en étoffant le vivier d’épargne national, améliorant la liquidité, stabilisant les marchés et stimulant l’innovation de produits. Dans les pays où l’infrastructure financière traditionnelle est limitée, les outils numériques réduisent les obstacles, améliorent l’accès et suscitent l’engagement, permettant à davantage de ménages de diriger leur épargne vers les marchés de capitaux, ce qui contribue à approfondir ces marchés. Par exemple, dans les MEED asiatiques, et notamment en Corée et au Taipei chinois, les investisseurs particuliers sont des acteurs majeurs des échanges d’actions à l’échelle nationale, puisqu’ils sont à l’origine de respectivement 64 % et 54 % des transactions quotidiennes (OECD, 2025[1]). Ce regain d’activité est à mettre au crédit de l’adoption à grande échelle des technologies financières, y compris des courtiers numériques et des plateformes mobiles, et de l’amélioration de la culture financière.
Les taux d’adoption des technologies financières (fintech) sont également élevés en Afrique. Au niveau mondial, quatre pays africains – le Nigéria (2e), l’Éthiopie (26e), le Kenya (28e) et l’Afrique du Sud (30e) – se classent dans le palmarès des trente premiers pays en termes d’adoption des cryptomonnaies (Chainalysis, 2024[14]), ce qui souligne l’ouverture du continent aux technologies numériques émergentes dans la finance. De nombreux pays de la région ont recours aux services financiers numériques (SFN) pour élargir l’accès aux services financiers en misant sur des innovations telles que la monnaie électronique, les paiements et envois de fonds numériques, le financement participatif et des solutions de crédit sur mesure, dont le chapitre 7 traite plus en détail. Dans ce contexte, les obligations destinées aux particulier, sous-tendues par les innovations des services financiers numériques et de la fintech, peuvent être un moyen efficace d’orienter l’épargne des ménages vers les marchés financiers, complétant le programme de financement par fonds souverains tout en soutenant l’amélioration des compétences financières. Par exemple, le gouvernement kenyan encourage activement les particuliers à investir dans les titres d’État par le biais de sa plateforme mobile d’émission d’obligations, comme l’explique le chapitre 5 du présent rapport.
Toutefois, l’adoption généralisée des fintechn et de l’innovation numérique en Afrique ne s’est pas encore traduite par une participation accrue des investisseurs particuliers aux marchés nationaux. Forts de ce constat, des pays africains ont pris des initiatives pour promouvoir davantage l’utilisation de solutions de fintechn destinées à accroître la participation et l’inclusion des investisseurs. Par exemple, la Commission des valeurs mobilières du Nigéria (SEC, Nigeria, 2025[15]), l’Autorité de réglementation des institutions financières non bancaires du Botswana (NBFIRA, 2025[16]) et l’Autorité des services financiers des Seychelles (FSA, Seychelles, 2025[17]) ont mis en place des cadres de réglementation responsable des fintech. Ces cadres visent à promouvoir la transparence, renforcer la protection des consommateurs, améliorer les compétences financières et faciliter la croissance propice à l’innovation.
1.8. Les initiatives en faveur de l’intégration régionale peuvent renforcer les effets positifs des réformes nationales
Copier le lien de 1.8. Les initiatives en faveur de l’intégration régionale peuvent renforcer les effets positifs des réformes nationalesL’intégration régionale, conjuguée à un développement coordonné des marchés et à l’harmonisation de la réglementation afférente, peut être un puissant mécanisme pour augmenter l’échelle et la profondeur des petits marchés, soutenir les échanges et les investissements intra-africains et réduire l’exposition aux chocs mondiaux. En Afrique, des bourses régionales bien établies, notamment la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) qui dessert l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et la Bourse des valeurs mobilières d’Afrique centrale (BVMAC) qui dessert la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), permettent aux pays de mettre en commun des capitaux, de promouvoir la convergence réglementaire et d’appuyer le développement de plateformes unifiées pour le financement de marché.
Le Projet de liaison des bourses africaines poursuit quant à lui l’objectif de favoriser la connectivité opérationnelle entre bourses de valeurs mobilières. Lancée en 2022, la phase I de ce Projet a permis de connecter sept des bourses les plus grandes et les plus actives du continent (BRVM, Casablanca, Égypte, Johannesburg, Nairobi, Nigéria et Maurice) qui, combinées, représentent plus de 90 % de la capitalisation boursière totale de l’Afrique. Une deuxième phase s’emploiera à étoffer le réseau en incluant la bourse du Botswana, la bourse du Ghana et celle de l’Ouganda (AELP, 2025[18]).
1.9. Une base solide pour le développement des marchés de capitaux
Copier le lien de 1.9. Une base solide pour le développement des marchés de capitauxBien que les marchés de capitaux en Afrique soient généralement sous-développés par rapport au poids économique de la région et fragmentés en termes de taille et de degré de sophistication, l’existence d’infrastructures et d’un niveau minimum d’activité offre une base solide à partir de laquelle le développement des marchés nationaux et régionaux doit se poursuivre. La manière dont les pouvoirs publics utilisent les divers leviers d’action stratégiques et opérationnels à leur disposition sera le principal facteur qui déterminera la réalisation de leurs stratégies et objectifs déclarés concernant leurs marchés de capitaux.
Il importe de souligner que le développement des marchés de capitaux est une entreprise de long cours. L’expérience des MEED africains après la crise financière asiatique a montré que des réformes globales et pérennes des marchés nationaux peuvent contribuer à bâtir des écosystèmes de marchés solides qui soutiennent des économies dynamiques et diversifiées. Cet objectif a nécessité au moins deux décennies de travail et n’est toujours pas pleinement accompli.
Ce rapport livre une analyse et présente des considérations intéressant l’action publique, en mettant l’accent sur les économies africaines à revenu intermédiaire dont les marchés de capitaux affichent déjà un certain niveau d’activité. Il couvre les éléments fondamentaux de la gouvernance des marchés et les infrastructures nécessaires aux marchés d’actions et d’obligations d’entreprise, y compris les régimes de gouvernance d’entreprise. Il examine les leviers que les pouvoirs publics peuvent actionner pour favoriser un développement plus poussé des marchés, tels que les pratiques de l’État actionnaire, la gestion de la dette publique et les régimes de pension. Enfin, il établit des liens entre la gouvernance du marché et les priorités économiques concrètes qui entourent l’adoption des technologies numériques. Ce faisant, il entend soutenir les pays africains dans leurs efforts visant à développer les marchés de capitaux locaux pour en faire des sources de financement plus durables qui sous-tendent le développement économique et améliorent concrètement la vie des citoyens.
Références
[18] AELP (2025), African Exchanges Linkage Project, https://africanexchangeslink.com/ (consulté le 1 October 2025).
[2] Africa Finance Corporation (2025), https://www.africafc.org/our-impact/our-publications/state-of-africa-infrastructure-report-2025, https://www.africafc.org/our-impact/our-publications/state-of-africa-infrastructure-report-2025.
[4] AUDA-NEPAD (2022), Unlocking The Potential Of Africa’s SME’s Using Emerging Technologies In Africa, https://www.nepad.org/blog/unlocking-potential-of-africas-smes-using-emerging-technologies-africa (consulté le 3 October 2025).
[10] Capital Markets and Securities Authority, T. (2018), CMSA Five Year Strategic Plan, https://www.mendeley.com/search/?page=1&query=CMSA%20five%20years%20strategic%20plan%20tanzania&sortBy=relevance (consulté le 29 septembre 2025).
[11] Capital Markets Authority, Kenya (2023), CMA strategic plan kenya | Mendeley, https://www.mendeley.com/search/?page=1&query=CMA%20strategic%20plan%20kenya&sortBy=relevance (consulté le 29 septembre 2025).
[14] Chainalysis (2024), The 2024 Geography of Crypto Report, https://www.chainalysis.com/wp-content/uploads/2024/10/the-2024-geography-of-crypto-report-release.pdf (consulté le 19 septembre 2025).
[5] EIB (2024), Finance in Africa: Unlocking investment in an era of digital transformation and climate transition, https://www.eib.org/en/publications/20240033-finance-in-africa (consulté le 2 juillet 2025).
[17] FSA, Seychelles (2025), Financial Services Authority, Seychelles, https://fsaseychelles.sc/ (consulté le 1 October 2025).
[7] IMF (2025), Balance of Payments dataset, https://data.imf.org/en/datasets/IMF.STA:BOP (consulté le 3 October 2025).
[12] IOSCO (2025), Signatories to Appendix A and Appendix B of the MMoU, https://www.iosco.org/v2/about/?subSection=mmou&subSection1=signatories.
[16] NBFIRA (2025), Non-Bank Financial Institutions Regulatory Authority, Bostwana, https://www.nbfira.org.bw/.
[8] Obonyo, E. et A. Sydow (2024), How an African approach to financing models can drive growth and inclusion, https://www.weforum.org/stories/2024/10/financial-inclusion-african-financing-models/ (consulté le 10 October 2025).
[1] OECD (2025), Asia Capital Markets Report 2025, OECD Publishing, https://doi.org/10.1787/02172cdc-en.
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