Les disparités entre ceux qui possèdent les compétences essentielles pour réussir au XXIe siècle et les autres sont entre autres le reflet de leur milieu d’origine. Dans cette édition des Perspectives de l’OCDE sur les compétences, sont considérées comme des compétences nécessaires pour réussir au XXIe siècle les compétences en traitement de l’information (écrit, calcul et résolution adaptative de problèmes) et les aptitudes sociales et émotionnelles. Quand il existe des disparités en termes de compétences, les possibilités de croissance économique sont moindres car les talents sont mal exploités et mal répartis.
Dans leur action pour contrer ces écarts, les responsables publics doivent composer avec un contexte socioéconomique évoluant à une vitesse inédite, rendant leur tâche d’autant plus compliquée. La présente édition des Perspectives de l’OCDE sur les compétences livre une analyse de l’influence, selon les pays, du milieu d’origine d’un individu sur les compétences qu’il possède, et de ce que peuvent faire les pouvoirs publics pour que chacun, quel que soit son milieu d’origine, puisse acquérir les compétences nécessaires pour s’épanouir.
Nos compétences et notre capacité à les mobiliser dépendent de facteurs que nous ne maîtrisons pas. Dans la plupart des pays, ce sont toujours des facteurs sur lesquels les individus n’ont aucune prise, comme le milieu socioéconomique, le genre, l’origine immigrée ou le lieu où ils ont grandi, qui déterminent s’ils pourront acquérir ou non des compétences reconnues et valorisées. Ces différences ne sont pas indépendantes les unes des autres, elles s’accumulent et s’accentuent au fil du temps, déterminent les chances dans la vie et freinent la croissance et la capacité des pays à transformer les défis du XXIe siècle en possibilités de croissance et de bien-être. Il en résulte des talents inexploités, un manque d’efficacité sur le marché du travail et des fractures sociales profondes, qui, parfois, s’aggravent. Cela étant, les différences marquées observées entre les pays montrent que des investissements ciblés dans des possibilités de formation tout au long de la vie peuvent réduire les déficits de compétences.
Le milieu socioéconomique est l’un des principaux facteurs de disparités en matière de compétences. Dans les pays de l’OCDE, les compétences fondamentales du XXIe siècle restent inégalement réparties au sein de la population, le milieu socioéconomique apparaissant comme le vecteur le plus puissant et le plus répandu de ces disparités. Par exemple, les adultes dont au moins l’un des parents est diplômé de l’enseignement supérieur obtiennent de meilleurs résultats sur ces compétences fondamentales que ceux dont aucun des parents n’a atteint ce niveau d’études. Parmi ceux qui obtiennent les résultats les plus faibles, le niveau d’études des parents joue encore plus. Ces « planchers collants » sont le reflet inversé de ce que l’on appelle l’avantage compensatoire, autrement dit le fait que les familles favorisées peuvent mobiliser davantage d’argent, de temps et de réseaux pour que leurs enfants, même lorsqu’ils peinent à maîtriser les compétences fondamentales modernes en raison de faibles aptitudes de base, soient malgré tout poussés à exploiter pleinement leur potentiel.
Le contexte joue également un rôle dans l’ampleur des écarts de compétences : dans les pays où les inégalités de revenu sont élevées, les disparités entre groupes socioéconomiques en matière de compétences sont également plus marquées. S’agissant des différences entre les zones rurales et les zones urbaines, on observe que les individus ayant grandi en ville obtiennent de meilleurs résultats, mais que les écarts se resserrent lorsque l’on prend en compte le niveau d’études des parents, ce qui montre à quel point l’influence du lieu de vie et celle des ressources familiales sont imbriquées.
Les disparités entre hommes et femmes varient selon les compétences. En moyenne, les femmes obtiennent de meilleurs résultats que les hommes à l’écrit, mais les hommes dépassent souvent les femmes en calcul et en résolution adaptative de problèmes. Il apparaît surtout que les différences entre hommes et femmes concernant les compétences en calcul sont plus marquées dans les groupes les plus qualifiés, ce qui témoigne de la présence d’un « plafond de verre » pour les femmes les plus performantes dans les domaines faisant massivement appel aux compétences mathématiques. Cet écart est également plus manifeste parmi les adultes ayant des parents diplômés de l’enseignement supérieur que chez les autres groupes d’adultes.
Les disparités en matière de compétences se manifestent tôt. On observe par exemple que les garçons obtiennent de meilleurs résultats que les filles en culture financière et en mathématiques, mais que les filles ont des compétences plus solides que les garçons en résolution collaborative de problèmes, créativité et lecture. De même, les élèves de 15 ans dont les parents sont diplômés de l’enseignement supérieur dépassent les autres élèves de leur âge en mathématiques, et cet écart est encore plus flagrant chez les élèves très performants. Des actions décisives s’imposent pour enrayer ce phénomène, source d’inefficacité, et faire en sorte qu’il ne persiste pas d’une génération à l’autre.
Les systèmes éducatifs et le monde du travail perpétuent l’avantage social. Même si la culture de la plupart des systèmes éducatifs et des entreprises repose sur un fonctionnement méritocratique, l’orientation des individus dans les différentes filières et dans le monde du travail montre que ces systèmes tendent à perpétuer un avantage social initial. Cet avantage se dessine très tôt ; s’il s’atténue partiellement au cours de la scolarité obligatoire, les différences d’orientation au moment du passage vers des niveaux d’enseignement supérieurs ou des programmes de formation accentuent les disparités entre groupes socioéconomiques en termes de perspectives et d’avantages sur le marché du travail. Dans les cohortes successives, on observe que les disparités entre groupes socioéconomiques en matière de connaissances fondamentales se réduisent à l’adolescence avant de s’accroître de nouveau après la fin des études.
L’orientation vers et au sein de l’enseignement supérieur est un puissant vecteur d’inégalités dans le développement des compétences. Les choix et les perspectives qui s’offrent aux individus de différents milieux s’agissant de la poursuite des études (possibilités, nature, durée) est une source importante de disparités dans l’acquisition de compétences. Ces disparités ne sont pas uniformes : celles liées au milieu socioéconomique touchent principalement la durée des études, alors que les disparités de genre influent sur leur nature. Ainsi, les femmes sont globalement plus susceptibles que les hommes d’obtenir un diplôme du supérieur, mais nettement moins nombreuses à opter pour des filières très axées sur les mathématiques.
Les possibilités de formation des adultes sont inégalement réparties et reproduisent souvent des difficultés initiales. Selon leur niveau d’études, les individus ont accès à différents types d’emplois, qui eux-mêmes offrent différents types de possibilités de formation. Si, en moyenne, 43 % environ des adultes suivent des formations non formelles, la proportion est de 61 % chez les diplômés du supérieur et de 19 % chez les non diplômés de l’enseignement secondaire du deuxième cycle. De fait, les adultes issus de milieux défavorisés sont surreprésentés dans les formations sur le maniement des machines et équipements et les protocoles de sécurité, alors que les personnes de milieux favorisés sont plus susceptibles de suivre des cours de perfectionnement et d’actualisation de leurs compétences (gestion de projet, apprentissage d’une langue étrangère, et mathématiques).
Les obstacles à la formation des adultes diffèrent selon le profil. Les obligations familiales pèsent davantage sur les jeunes actifs et sur les femmes, les adultes en milieu rural font état d’une offre insuffisante ou peu pratique, et les femmes sont plus nombreuses à évoquer des imprévus les empêchant de suivre des activités de formation, signe qu’elles manquent souvent de temps et de soutien.
Le niveau d’études est un important facteur d’atténuation des disparités salariales liées au milieu socioéconomique. Le fait de pouvoir acquérir des compétences rémunératrices est un déterminant important des disparités en termes d’emploi selon le milieu socioéconomique ; cela étant, lorsque l’on prend en compte le niveau d’études et de compétence des individus, la plupart des écarts de salaire et d’emploi selon le milieu socioéconomique d’origine se réduisent considérablement. C’est ainsi qu’en moyenne, plus des trois quarts des disparités salariales liées au milieu socioéconomique s’expliquent par des différences liées au parcours scolaire et aux compétences fondamentales, les adultes issus de familles diplômées du supérieur gagnant 11 % de plus par heure que ceux présentant les mêmes caractéristiques sociodémographiques, mais dont les parents ne sont pas diplômés de l’enseignement supérieur. L’écart est toutefois de 2 % lorsque l’on prend aussi en compte le niveau d’études, la participation à des formations non formelles et les compétences.
La mobilité ascendante en matière d’éducation a progressé, mais ne se traduit pas totalement par une mobilité professionnelle ascendante. Les chances qu’ont les enfants de réaliser pleinement leur potentiel dépendent largement de la situation de leurs parents. Cela étant, au cours du XXe siècle et du premier quart du XXIe siècle, bon nombre de personnes d’âge actif ont fait davantage d’études que leurs parents et, de nos jours, les attentes des jeunes à cet égard restent élevées. Pour autant, nombreux sont ceux pour qui la mobilité ascendante en matière d’éducation ne se traduit pas par une mobilité professionnelle ascendante : en effet, si les adultes ne sont que 12 % à avoir fait moins d’études que leurs parents, ils ne sont pas moins de 36 % à occuper un emploi dont le statut social est inférieur à celui associé à la profession de leurs parents.
Les disparités d’emploi entre hommes et femmes restent importantes. Si les différences dans l’accès au développement des compétences constituent un déterminant essentiel des disparités socioéconomiques sur le marché du travail, ce n’est pas le cas des disparités entre les hommes et les femmes. Le taux d’emploi des hommes est supérieur d’environ sept points de pourcentage à celui des femmes, à qualifications et compétences égales. Parmi les hommes et les femmes qui exercent une activité rémunérée, l’écart de salaire horaire est de l’ordre de 14 % à profil socioéconomique égal, et augmente encore (16 %) lorsque l’on compare des hommes et des femmes ayant suivi le même parcours éducatif et acquis les mêmes compétences. La ségrégation professionnelle est bien ancrée : seuls 29 % des travailleurs occupent un emploi où les personnes de leur sexe sont minoritaires. Ainsi, 15 % des hommes occupent un emploi majoritairement exercé par des femmes et 13 % des femmes exercent une profession majoritairement masculine – et notons que les emplois majoritairement exercés par des hommes se caractérisent généralement par des salaires plus élevés à compétences requises égales.