Pandémies, dynamiques géopolitiques, évolutions démographiques, crise climatique auxquelles s’ajoute une suite de vagues de changement technologique, le premier quart du XXIe siècle a été marqué par une succession de chocs et un enchaînement de transformations structurelles. Ces forces ont non seulement redéfini les systèmes économiques et sociaux et créé de l’incertitude, elles ont aussi laissé peu de temps aux individus, aux entreprises et aux pouvoirs publics pour s’adapter. Elles ont par ailleurs mis au jour, voire accentué, les disparités entre les personnes à même de développer et de mobiliser les compétences essentielles du XXIe siècle et d’en tirer profit. Les conséquences négatives de ces disparités dans le développement des compétences s’étendent des individus aux sociétés, sachant que la sous-utilisation du capital humain freine la croissance économique.
Cette édition des Perspectives de l’OCDE sur les compétences montre que des facteurs sur lesquels les individus n’ont pas de prise, comme le genre, le niveau d’études et la profession des parents, l’origine immigrée, l’âge et le lieu où ils grandissent, sont étroitement associés à l’acquisition des compétences du XXIe siècle, y compris les compétences en traitement de l’information (écrit, calcul et résolution adaptative de problèmes) et les compétences sociales et émotionnelles. La situation personnelle d’un individu détermine également dans quelle mesure ces compétences débouchent sur des perspectives d’autonomisation économique tout au long de sa vie.
Les résultats de cette édition des Perspectives de l’OCDE sur les compétences pointent un double impératif : élargir l’accès à un enseignement de qualité dès la petite enfance et jusqu’à l’âge adulte et faire en sorte que les compétences correspondent à des emplois productifs et gratifiants. Ces objectifs ne pourront être atteints sans une gouvernance souple, reposant sur l’analyse des données ; des stratégies intégrées faisant le lien entre éducation, formation des adultes, politiques du marché du travail et sociales ; et des mesures ciblées visant à réduire les obstacles non financiers à l’éducation, tout en améliorant la qualité et la pertinence de l’offre. Ils nécessitent également des services d’orientation professionnelle efficaces, des méthodes de recrutement donnant la priorité aux compétences et la transparence et la transférabilité des diplômes permettant une reconnaissance universelle des acquis.
En donnant à voir le rôle que peuvent jouer les politiques publiques dans la réduction des disparités en matière de compétences, cette édition des Perspectives de l’OCDE sur les compétences propose un programme d’action clair pour le XXIe siècle. Lorsque les talents sont gâchés, la productivité en pâtit ; lorsque les chances dans la vie sont fonction du milieu dont on est issu, la cohésion sociale s’érode. En investissant dans les conditions qui permettront aux individus de développer et de mobiliser les compétences du XXIe siècle, les obstacles d’aujourd’hui peuvent devenir les opportunités de demain. Les enjeux sont considérables : lorsque les avantages à la naissance s’amplifient et que les perspectives ultérieures divergent, les sociétés gaspillent leur potentiel et la croissance s’affaiblit. Mais l’inverse est aussi vrai : lorsqu’un pays investit suffisamment tôt, et ouvre l’accès à des possibilités intéressantes de formation des adultes et fait en sorte que les compétences soient dûment reconnues et valorisées, les écarts se réduisent, et les économies gagnent en innovation et en cohésion.