L’intégrité constitue un réel atout stratégique pour les pays Membres et partenaires de l’OCDE. Lorsqu’ils sont judicieusement conçus et efficacement mis en œuvre, les systèmes d’intégrité publique protègent les démocraties de la corruption, renforcent la confiance dans les institutions publiques, et favorisent les conditions propices à la croissance, à l’investissement et à une concurrence équitable. À partir d’une évaluation des performances des systèmes d’intégrité de 37 pays Membres de l’OCDE et de 25 pays partenaires sur sept aspects essentiels, les Perspectives de l’OCDE sur l’intégrité et la lutte contre la corruption 2026 montrent de quelle manière, face à l’évolution des risques de corruption, les pays peuvent mieux tirer parti de l’atout que représente l’intégrité pour favoriser la prospérité économique et renforcer la résilience des institutions publiques et la confiance qu’elles inspirent.
La corruption reste une menace majeure qui ne cesse d’évoluer. Elle nuit à la croissance économique car elle affecte la stabilité et la prévisibilité des marchés, entrave l’innovation et l’investissement, et entraîne des coûts supplémentaires et un manque d’efficacité. Du point de vue des dépenses, les estimations récentes révèlent que les pays perdent une part importante de leur PIB en raison de la fraude, de la corruption et des gaspillages, et que ces pratiques représentent chaque année un manque à gagner de plusieurs milliers de milliards de recettes pour les organisations publiques, privées et à but non lucratif. Par ailleurs, la corruption fausse les politiques publiques, accentue les inégalités et dégrade la confiance du public dans les institutions. Les personnes ayant peu ou pas du tout confiance dans leur gouvernement sont maintenant plus nombreuses que celles qui disent lui faire confiance. Moins d’une personne sur trois juge probable que le gouvernement rejetterait une demande d’une société si elle était contraire à l’intérêt général. Ces tendances sont encore amplifiées et accentuées par la complexité croissante de la corruption, sous l’effet de réseaux de criminalité organisée et de systèmes de fraude de plus en plus sophistiqués, souvent facilités par les nouvelles technologies qui multiplient les risques de corruption.
Face à ces défis, les pays prennent des mesures pour renforcer leurs systèmes d’intégrité. Le nombre de pays ayant adopté pour la toute première fois une stratégie de lutte contre la corruption ou une loi sur le lobbying a ainsi augmenté. Or, sur l’ensemble des domaines couverts dans ce rapport, le déficit moyen de mise en œuvre, reflétant le manque d’application des règlementations dans la pratique, est aujourd’hui de 19 points. Ce déficit reste le principal défi pour les systèmes d’intégrité. Si les réglementations se sont progressivement améliorées dans plusieurs domaines d’action, leur mise en œuvre reste insuffisante, notamment en ce qui concerne la gestion des conflits d’intérêts, le financement de la vie politique et les systèmes disciplinaires. Les pays n’assurent par ailleurs souvent aucun suivi de la mise en œuvre de leurs systèmes d’intégrité : seul un pays Membre de l’OCDE sur quatre et un pays partenaire sur deux contrôlent ainsi l’application des mesures adoptées dans le cadre de leurs stratégies de lutte contre la corruption.
Les chapitres 2 à 8 des présentes Perspectives montrent que les pays qui affichent les meilleures performances tendent à abandonner les approches de l’intégrité axées sur la conformité, lourdes en procédures et fondées de façon excessive sur des règles, et à leur préférer des approches numériques qui mettent avant tout l’accent sur les risques et les résultats, de sorte à remédier aux menaces les plus préjudiciables de la manière la plus économiquement rationnelle possible. Les systèmes d’intégrité les plus efficaces élargissent le champ d’action des mesures de lutte contre la corruption afin de lutter contre les risques de corruption dans le secteur privé et autres domaines à haut risque, comme la santé ou la défense. Pour soutenir ces efforts, il est indispensable de mieux exploiter les outils numériques et d’améliorer la qualité, l’interopérabilité et la gouvernance de ces systèmes, en particulier au niveau des fonctions de surveillance, d’application des lois et de responsabilité. Lorsque des actes de corruption sont avérés, un haut niveau d’intégrité des juges, soutenu par des codes de conduite, des mécanismes de signalement et des procédures solides de sélection et de promotion, s’avère indispensable pour garantir l’application du principe de responsabilité.
Les chapitres thématiques de cette édition, soit les chapitres 9 à 11, examinent ainsi l’évolution des risques de corruption liés à la fraude, aux marchés publics et au crime organisé. La fraude s’est imposée dans plusieurs pays comme le type d’infraction dont la croissance est la plus rapide, à tel point qu’on estime à environ 5 % le volume de ressources perdues chaque année à cause de la fraude par les entreprises à l’échelle mondiale. La complexité des processus et des transactions liés aux marchés publics, les sommes en jeu, les interactions étroites entre les secteurs public et privé, ainsi que la nature mondiale et fragmentée des chaînes d’approvisionnement des marchés publics accroissent le risque de corruption. D’après certaines études, entre 8 % et 25 % du volume mondial des investissements publics pourraient être gaspillés chaque année en raison d’une mauvaise gestion et de la corruption. Une grande partie de ces problèmes trouvent leur origine dans le crime organisé ou sont aggravées par cette menace grandissante, dont le coût est aujourd’hui estimé à environ 5 % du PIB mondial annuel. Les pays devraient ainsi œuvrer à renforcer leurs efforts en matière d’intégrité dans ces domaines, notamment en élaborant des approches stratégiques de prévention fondées sur des données probantes, qui utilisent les ressources de façon plus efficace et permettent de mieux protéger les institutions et les fonds publics que par la seule application des lois et réglementations.