S’il peut exister des co-bénéfices intrinsèques entres certaines politiques de lutte contre le changement climatique, de préservation de la biodiversité, et de réduction de la pollution, les présentes Perspectives soulignent que les mesures ciblant chacun des trois défis séparément ne seront pas suffisantes en tant que telles. Il est nécessaire de mettre en place des réponses plus cohérentes qui tiennent véritablement compte de l’interdépendance entre changement climatique, perte de biodiversité et pollution, tirant parti des synergies et minimisant les arbitrages non intentionnels, tout en tenant compte des effets sociaux et redistributifs. Ce dernier chapitre définit une feuille de route destinée à aider les responsables publics à concevoir ces réponses systémiques. Cette feuille de route s’articule autour des six leviers d’action suivants : (i) remédier aux principales lacunes en matière de recherche et d’évaluation ; (ii) mieux prendre en compte les liens d’interdépendance dans les rapports et les plans nationaux ; (iii) synchroniser les financements et l’affectation des ressources ; (iv) atténuer les effets imprévus de la transition vers des énergies propres ; (v) transformer l’utilisation des ressources ; et (vi) repenser les systèmes alimentaires.
Perspectives de l’environnement sur la triple crise planétaire
7. Feuille de route pour l’action publique
Copier le lien de 7. Feuille de route pour l’action publiqueDescription
7.1. Ce que révèlent ces Perspectives
Copier le lien de 7.1. Ce que révèlent ces <em>Perspectives</em>Le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution constituent des défis mondiaux interdépendants qui menacent de plus en plus la durabilité environnementale, la santé humaine et le bien-être. L’analyse présentée dans ces Perspectives montre que ces trois défis environnementaux sont liés par des boucles de rétroaction complexes qui peuvent amplifier (ou parfois freiner) les effets tout en créant des possibilités de solutions intégrées.
La croissance démographique mondiale reste un déterminant sous-jacent de poids : celle-ci devrait être portée de 7.8 milliards en 2020 à 9.6 milliards en 2050, ce qui représente une augmentation annuelle de 0.7 %. En outre, le PIB mondial devrait plus que doubler, passant de 126 000 milliards USD à 283 000 milliards USD au cours de la même période, soit une croissance de 2.7 % par an. Dans les deux cas, la croissance prévue dans les régions et les pays est très hétérogène, avec une augmentation relativement rapide de la population et des revenus dans une grande partie de l’Asie, l’Amérique latine et de l’Amérique latine et de l’Afrique. Si la croissance économique contribue clairement à relever le niveau de vie, à créer des emplois et à atteindre divers objectifs de développement, la composition de la croissance et les moyens utilisés pour la stimuler peuvent avoir des effets non négligeables sur l’impact global sur l’environnement. Du fait des différences entre les contextes nationaux, ainsi que de la grande diversité des profils économiques et des prévisions de croissance socioéconomique, les pressions sur l’environnement varient aussi notablement selon les pays. De même, les pays qui enregistrent une croissance rapide partent souvent d’un niveau plus bas. Ainsi, une hausse rapide des pressions sur l’environnement ne se traduit pas forcément par de fortes pressions sur l’environnement.
Un certain nombre de tendances mondiales claires émerge. Les profils sectoriels de croissance révèlent des points de pression cruciaux nécessitant une intervention ciblée. À l’échelle mondiale, l’agriculture et l’utilisation des terres, de même que la production et l’utilisation de produits chimiques, continueront d’accroître leur empreinte environnementale, mais à un rythme inférieur à celui de la croissance économique globale. En suivant les politiques actuelles, la consommation mondiale de combustibles fossiles devrait progresser, passant de 466 exajoules en 2020 à 541 exajoules d’ici 2050, ce qui aura une incidence directe sur les objectifs environnementaux et contribuera aux émissions de gaz à effet de serre (GES), à la pollution de l’air et indirectement à la perte de biodiversité. D’autres activités économiques ont également des conséquences importantes sur les pressions exercées sur l’environnement, à divers degrés.
Les modèles non durables d’utilisation des ressources représentent des défis immédiats de politiques publiques. L’utilisation mondiale de matières premières devrait augmenter d’environ de moitié passant de 96 gigatonnes (Gt) en 2020 à 145 Gt à l’horizon 2050. La hausse de l’utilisation des ressources souligne la nécessité d’accélérer les progrès en matière d’efficacité de l’utilisation des ressources et de la consommation de matières secondaires.
Ces modèles non durables de production et de consommation favorisent le changement climatique, l’appauvrissement de la biodiversité et la pollution. Si les politiques actuelles restent inchangées1, les températures moyennes au niveau mondial devraient atteindre 2.1°C par rapport aux niveaux préindustriels d’ici à 2050. Ces hausses de température déclencheront des effets en cascade dans les écosystèmes, les systèmes agricoles et les habitations humaines.
Les indicateurs clés de la biodiversité devraient diminuer d’ici 2050, ce qui indique que les objectifs du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal (CMBKM) ne seront probablement pas atteints. Par exemple, l’indice d’abondance moyenne des espèces (AME) devrait encore diminuer de 3.2 points, passant de 59.7 en 2020 à 56.5 en 2050. Si la baisse peut paraître modeste, elle correspond pourtant à la destruction complète de la biodiversité indigène sur une superficie approximativement équivalente à celle de l’Union européenne. Les populations de la plupart des espèces de mammifères menacées devraient continuer à diminuer, et seulement 5 % des populations des espèces de mammifères menacées devraient connaître une augmentation au cours des prochaines décennies.
La pollution affiche diverses tendances qui requièrent des démarches nuancées. Alors que certains polluants atmosphériques devraient continuer à diminuer (les émissions de dioxyde de soufre devraient baisser de 64 % entre 2020 et 2050), d'autres polluants, notamment la pollution plastique, posent des défis de plus en plus importants. En effet, les rejets mondiaux de plastique devraient augmenter de près de deux tiers pendant la période 2020-2050. La pression exercée par la pollution d’origine agricole continue de s’accroître dans la plupart des régions, contribuant au changement climatique, à la perte de biodiversité et à la dégradation des écosystèmes. Par ailleurs, diverses émissions sont reliées par des interactions chimiques complexes. Un exemple bien connu est la cascade de l’azote : sous ses diverses formes, l’azote contribue directement et indirectement au changement climatique, à la pollution de l’air et à la pollution de l’eau, en particulier à l’eutrophisation.
Le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution interagissent également de manière complexe, comme le détaillent les chapitres 1, 2 et 3 de ces Perspectives. Par exemple, le changement climatique et la pollution contribuent chacun à hauteur de 14 % environ au recul de biodiversité mesuré (IPBES, 2019[1]). Le recul de la biodiversité peut à son tour accélérer le changement climatique du fait de la libération du carbone stocké dans les écosystèmes terrestres et marins, ainsi que réduire la capacité des écosystèmes et des sociétés à s’adapter aux répercussions du changement climatique. Le changement climatique peut également affecter les épisodes de pollution et le transfert de polluants de nombreuses façons, par exemple en accélérant des réactions chimiques provoquant une augmentation de la concentration d’ozone troposphérique à des températures plus élevées, ainsi que la libération de polluants en raison de la fonte du pergélisol. Quant à la pollution, notamment la pollution de l’air, elle peut aggraver le changement climatique du fait du réchauffement qu’elle induit et de son impact sur les propriétés des nuages et les régimes pluviométriques. La multitude d’interactions possibles rend une analyse exhaustive difficilement réalisable, certains liens étant plus directs que d’autres.
Compte tenu de l’interdépendance de leurs facteurs sous-jacents, des pressions et des effets du changement climatique, de la perte de biodiversité et de la pollution, il peut sembler intuitif de considérer que la résolution d’un problème contribuerait à résoudre les autres. Cependant, l’analyse des interventions des pouvoirs publics présentées aux chapitres 4, 5 et 6 de ces Perspectives semble indiquer que le fait de se concentrer sur un seul aspect sans vision à long terme peut empêcher une bonne gestion des arbitrages (par exemple entre le développement des énergies renouvelables et ses répercussions potentielles sur les aires protégées et sur la biodiversité) ou empêcher de mettre à profit des synergies (par exemple entre la réduction de la pollution de l’air et l’atténuation du changement climatique).
7.2. Vers une feuille de route pour une action publique intégrée
Copier le lien de 7.2. Vers une feuille de route pour une action publique intégréeDans le droit fil des évaluations mondiales du changement climatique (GIEC), du recul de la biodiversité (IPBES) et de divers aspects de la pollution tels que les plastiques (OCDE), de la pollution atmosphérique (OMS), des produits chimiques (PNUE), du mercure (PNUE), de l’azote (INMS) et la question transversale de l’utilisation des ressources (IRP), ces Perspectives réaffirment l’urgence à revoir à la hausse le niveau d’ambition d’un vaste éventail de politiques publiques afin de répondre à toutes ces préoccupations. La panoplie de politiques nécessaires pour s’attaquer à ces défis séparément a déjà été déterminée dans d’autres rapports et n’est pas reprise dans le présent document.
Ces politiques peuvent avoir des co-bénéfices intrinsèques, en particulier celles luttant contre les déterminants communs du changement climatique, de la perte de biodiversité et de la pollution, mais ces Perspectives montrent également que les interventions qui ciblent un seul problème ne suffiront pas, à elles seules, à relever les défis systémiques que pose la triple crise planétaire. Pour qu’elle soit efficace, l’intervention des pouvoirs publics doit également réellement s’intéresser à l’interdépendance de ces défis environnementaux et de leurs déterminants. Il convient de privilégier les cadres intégrés par rapport aux stratégies compartimentées, en tenant compte des effets sociaux et redistributifs. Ces interventions sont le thème central de la feuille de route présentée ci-dessous.
La feuille de route présentée dans ce chapitre contient six leviers clés, dont trois visent à fournir une base pour des politiques plus intégrées. Il comprend également des considérations spécifiques concernant l’énergie propre, les ressources matérielles et les systèmes alimentaires, tout en abordant les enjeux sociaux et distributifs. Les six leviers sont les suivants : (i) remédier aux principales lacunes en matière de recherche et d’évaluation ; (ii) mieux prendre en compte les liens d’interdépendance dans les rapports et les plans nationaux ; (iii) synchroniser les financements et l’affectation des ressources ; (iv) atténuer les effets imprévus de la transition vers des énergies propres ; (v) transformer l’utilisation des ressources ; et (vi) repenser les systèmes alimentaires.
7.2.1. Remédier aux principales lacunes en matière de recherche et d’évaluation
Des politiques informées et intégrées reposent sur un socle de connaissances solide. Toutefois, les travaux de recherche portant sur les dimensions de la triple crise planétaire ont toujours été inégaux (Graphique 7.1). L’aspect le plus étudié dans les travaux publiés est le changement climatique, suivi par la pollution de l’air et de l’eau. Si la recherche sur la pollution par les plastiques a nettement gagné du terrain ces dernières années, d’autres dimensions de la pollution (sols, substances chimiques et nutriments) ont été moins étudiées. Les projets de recherche axés sur la triple crise planétaire sont quasi inexistants.
Graphique 7.1. Nombre de publications par an pour chaque défi environnemental entre 2010 et 2024
Copier le lien de Graphique 7.1. Nombre de publications par an pour chaque défi environnemental entre 2010 et 2024Note : Nombre d’articles, de synthèses bibliographiques et de communications de conférence contenant les expressions indiquées sur le graphique (par exemple, triple crise planétaire) dans le résumé analytique ou le titre entre 2010 et 2024. Étant donné l’écart important entre les nombres d’articles, les résultats sont présentés sur une échelle logarithmique.
Source : Graphique créé par les auteurs à partir des résultats du moteur de recherche Scopus.
De même, l’attention dont font l’objet les liens entre deux de ces défis, en considérant leur traitement dans les documents nationaux de planification (section 7.2.2), varie sensiblement selon les sujets. Au cours des 15 dernières années, le nombre de publications examinant (i) les politiques relatives au climat et à la biodiversité et (ii) les politiques de prévention et de lutte dans les domaines du climat et de la pollution (de l’air) a considérablement augmenté. Cependant, on trouve nettement moins de publications étudiant les liens d’interdépendance entre les politiques de prévention et de lutte dans les domaines de la biodiversité et de la pollution.
À un niveau fondamental, les lacunes en matière de recherche peuvent limiter notre compréhension de l’effet aggravant des défis liés. Plus généralement, le paysage inégal de la recherche rend plus complexe l’élaboration de politiques fondées sur des données probantes. Les goulets d’étranglement en recherche peuvent avoir des conséquences en cascade sur l’élaboration des politiques, les responsables publics se concentrant sur les défis uniques les plus manifestes et les mieux étudiés.
Mettre à profit les évaluations scientifiques et les financements de la recherche pour faciliter des travaux de recherche orientés vers les solutions et portant sur les interconnexions
Les processus (inter)nationaux d’évaluation scientifique nouveaux et peuvent aider à constituer une base de connaissances ayant trait aux politiques publiques afin de favoriser une action intégrée sur le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution. Les pays peuvent, par exemple, envisager de faciliter la réalisation de davantage d’enquêtes de routine sur les liens d’interdépendance en créant des groupes intergouvernementaux spéciaux sur les sciences et les politiques. Le premier atelier conjoint de l’IPBES-GIEC, coparrainé par ces deux groupes sur les interconnexions entre le changement climatique et la biodiversité, organisé en 2020 est une bonne illustration de cette option. Le rapport qui a découlé de cet atelier fournit une synthèse des données soumises à un examen par les pairs sur les liens d’interdépendance entre ces deux défis, une première du genre. Il a ensuite alimenté le rapport d’évaluation Nexus de l’IPBES et le sixième Rapport d’évaluation du GIEC.
De même, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’interface science-politiques au service de la gestion rationnelle des produits chimiques et des déchets et de la prévention de la pollution, récemment créé, offre une occasion de faire progresser plus systématiquement les connaissances sur les liens d’interdépendance entre pollution, changement climatique et biodiversité, notamment grâce à des collaborations ciblées avec le GIEC et l’IPBES et les correspondants nationaux. Les rapports récents des secrétariats des conventions de Bâle, de Rotterdam et de Stockholm, ainsi que de la Convention de Minamata sur le mercure, qui portent sur les relations des produits chimiques et des déchets avec le changement climatique et la biodiversité, servent également de référence pour l’examen de ces liens d’interdépendance.
Les fonds publics consacrés à la recherche sont un levier d’action supplémentaire permettant aux pouvoirs publics de contribuer à combler les principales lacunes. Pour atténuer la tendance à privilégier le financement de sujets faisant l’objet de nombreuses recherches, les pouvoirs publics souhaiteront peut-être réaliser des synthèses rapides des éléments factuels avant de lancer les appels à propositions. Ces appels pourraient restreindre l’admissibilité aux projets de recherche interdisciplinaires et axés sur les solutions afin de détourner les ressources des approches cloisonnées. Enfin, bien que la recherche interdisciplinaire soit essentielle pour s’attaquer à des défis tels que la triple crise planétaire, les chercheurs travaillant dans plusieurs disciplines peuvent bénéficier de moins de financements que leurs homologues plus spécialisés (Bromham, Dinnage et Hua, 2016[2]), ce qui peut décourager la recherche interdisciplinaire. Les collaborations entre les gouvernements et les établissements de recherche – par exemple dans le cadre d’unités ciblées ou de possibilités de financement spécifiques – peuvent aider à faire naître des travaux interdisciplinaires et à appuyer la prochaine génération de chercheurs.
7.2.2. Mieux prendre en compte les liens d’interdépendance dans les rapports et les plans nationaux
Pour faire face à la triple crise planétaire du changement climatique, du recul de la biodiversité et de la pollution, il est nécessaire d’examiner les liens d’interdépendance entre les politiques afin de maximiser les synergies et de gérer les arbitrages. Il existe des liens d’interdépendance importants entre les processus mondiaux à l’origine de la triple crise planétaire, ainsi qu’entre les politiques élaborées et mises en œuvre à de nombreux échelons administratifs. Les rapports nationaux dans le contexte des accords multilatéraux sur l’environnement (le changement climatique et la biodiversité plus précisément ici) sont particulièrement importants étant donné qu’ils reflètent le point de vue et les priorités d’action de l’« ensemble du gouvernement ». Outre les cadres nationaux de rédaction des rapports, l’élaboration des politiques à l’échelon national, notamment des visions et des stratégies à long terme, des plans sectoriels et de développement ainsi que des cadres réglementaires, joue un rôle crucial dans la définition des priorités, tout en orientant la mise en œuvre régionale et locale. Étant donné les implications en ressources de l’intégration, notamment de temps et de coûts liés à la coordination, il est important d’identifier les synergies et les arbitrages les plus pertinents dans un contexte donné, plutôt que de viser une analyse exhaustive, afin que les efforts demeurent ciblés et gérables (OCDE, 2021[3]).
Renforcer la prise en compte des liens transversaux dans les rapports biennaux de transparence (BTR) et les stratégies et plans d’action nationaux pour la biodiversité (SPANB)
Les rapports nationaux n’accordent pas la même importance aux trois composantes de la triple crise planétaire. Une analyse des cadres normalisés d’élaboration des rapports relatifs au changement climatique [rapports biennaux de transparence (BTR) sous l’Accord de Paris, auparavant nommés communications nationales, au titre de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC)] et de la biodiversité (stratégies et plans d’action nationaux en faveur la biodiversité alignés sur le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal) de dix pays variés2 montre que si les pays reconnaissent certains liens entre le changement climatique et la biodiversité, ceux-ci sont souvent traités à l’aide d’une approche générique, sans stratégie de mise en œuvre détaillée (voir Graphique 7.2). Bien qu’il n’existe pas de document normalisé équivalent pour la pollution, les BTR et les SPANB couvrent certains aspects et composantes de la pollution.
L’analyse réalisée dans ces Perspectives (voir chapitre 5) montre que les liens climat-pollution et biodiversité-pollution sont moins examinés, et que les études sur les liens entre climat, biodiversité et pollution sont quasiment inexistantes. Il existe des analyses relativement complètes et détaillées sur les liens d’interdépendance entre le changement climatique et la biodiversité s’agissant de leurs effets biophysiques, en particulier dans les BTR.
Cependant, dans les BTR et les SPANB, les impacts du changement climatique sur la biodiversité sont davantage mis en avant que les conséquences du recul de la biodiversité sur le changement climatique. La plupart des pays réfléchissent également aux moyens de renforcer les synergies entre l’atténuation et l’adaptation relatives au changement climatique et la préservation de la biodiversité dans les BTR et les SPANB. En outre, même dans les cas où la question des synergies entre deux défis est abordée dans ces rapports nationaux, il est fréquent qu’il n’y ait pas d’examen de la manière de gérer d’éventuels arbitrages entre des objectifs de lutte contre le changement climatique, de préservation de la biodiversité et de réduction de la pollution.
Graphique 7.2. Prise en compte des liens d’interdépendance entre deux défis dans les BTR et SPANB de dix pays sélectionnés
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Note : 1. En l’absence de BTR, l’analyse a été réalisée en utilisant la communication nationale la plus récente du pays. 2. Les effets renvoient aux impacts biophysiques du changement climatique sur la (perte de) biodiversité et vice versa ou aux impacts biophysiques de la perte de biodiversité sur la pollution et vice versa. 3. Les mesures des pouvoirs publics font référence aux politiques et aux projets. 4. Les espèces, les écosystèmes et le biote sont quelques-uns des aspects de la biodiversité. 5. Les milieux (par exemple, l’air) et les types de polluants (par exemple, nutriments) sont quelques-uns des aspects de la pollution.
Source : Tableau élaboré par les auteurs après examen des documents nationaux de 10 pays : l’Argentine, l’Australie, le Canada, la République populaire de Chine, la France, l’Inde, l’Indonésie, le Japon, le Pérou et l’Ouganda.
Afin de mieux intégrer les synergies et les arbitrages potentiels aux documents nationaux d’orientation, les pays peuvent utiliser des indicateurs des cadres de suivi existants, tels que ceux énoncés dans le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal, pour mieux prendre en compte les liens d’interdépendance pour faire face à la triple crise planétaire (WWF, 2023[4]). L’utilisation des outils actuels pour faire état des liens transversaux dans les BTR et les SPANB est un point de départ qui permet d’évaluer les synergies et les arbitrages entre les objectifs en matière de climat, de biodiversité et de pollution. En évaluant de quelle manière la mise en œuvre des SPANB peut contribuer à faire progresser les BTR (et inversement), il est possible de mieux faire concorder les objectifs en matière de climat, de biodiversité et de pollution.
Trouver et transposer à plus grande échelle des approches intégrées innovantes
Malgré les limites susmentionnées, les BTR et les SPANB donnent déjà une très bonne idée des instruments novateurs que les pays ont mis au point pour agir sur au moins une partie des synergies et des arbitrages entre le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution. Il est essentiel de mettre en avant ces exemples et de tirer des enseignements de leur mise en œuvre afin de les adapter à d’autres contextes nationaux et de transposer ainsi à plus grande échelle de réponses plus intégrées à la triple crise planétaire.
Les Tableau 7.1 et Tableau 7.2 présentent un éventail de politiques et d’instruments mis en œuvre qui s’attaquent à plusieurs objectifs et qui ont été mis en lumière dans l’analyse des BTR et des SPANB présentée dans ces Perspectives. Parmi ceux-ci figure toute une gamme d’instruments économiques (par exemple, dispositifs ciblés de crédits carbone), d’instruments de réglementation (par exemple, aires protégées améliorées s’adaptant aux risques de changement climatique et de pollution) et de politiques d’information (par exemple, campagnes d’information ciblées visant à réduire le gaspillage alimentaire et à améliorer la santé des sols). Les BTR et les SPANB soulignent également que la fourniture de biens et de services publics peut aussi contribuer à la réalisation de plusieurs objectifs (par exemple, préservation et restauration des écosystèmes de carbone bleu pour améliorer la qualité de l’eau).
Tableau 7.1. Exemples de mesures mises en œuvre qui ciblent plusieurs objectifs dans les BTR (et les communications nationales)
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Instrument d’action |
Changement climatique et biodiversité |
Changement climatique et pollution |
|---|---|---|
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Instruments économiques |
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Instruments de réglementation |
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Politiques d’information |
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Fourniture de biens et de services par les pouvoirs publics |
|
|
Source : Tableau élaboré par les auteurs après examen des documents nationaux (voir chapitre 5).
Tableau 7.2. Exemples de mesures mises en œuvre qui s’attaquent à plusieurs objectifs dans les SPANB
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Instrument d’action |
Biodiversité et changement climatique |
Biodiversité et pollution |
|---|---|---|
|
Instruments économiques |
|
|
|
Instruments de réglementation |
|
|
|
Politiques d’information |
|
|
|
Fourniture de biens et de services par les pouvoirs publics |
|
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Source : Tableau élaboré par les auteurs après examen des documents nationaux de dix pays : l’Argentine, l’Australie, le Canada, la République populaire de Chine, la France, l’Inde, l’Indonésie, le Japon, le Pérou et l’Ouganda (voir chapitre 5).
Outre ces politiques, de nombreux pays ont mis au point des approches intégratives et holistiques pour mieux anticiper les synergies et les arbitrages. Par exemple, le Canada a élaboré un gabarit de référence de l’« Optique de climat, de nature et d’économie (OCNE) » qui impose un examen des effets que les propositions pourraient avoir sur le changement climatique, la biodiversité et divers aspects de la pollution dans le cadre de l’évaluation des projets (Gouvernement du Canada, 2024[5]). De même, la « boussole des politiques publiques » adoptée aux Pays-Bas est un outil Web destiné à faciliter l’examen des effets des politiques publiques qui pourraient apparaître « ici et maintenant », « plus tard » et « ailleurs », inspiré des Objectifs de développement durable (Gouvernement des Pays-Bas, 2025[6]). Il est également important de faire connaître ces outils et méthodologies, car leur mise au point n’entraîne pas automatiquement leur utilisation efficace ou régulière.
De nombreux pays ont également adopté des stratégies locales ou au niveau des projets pour aborder les synergies et les arbitrages. Par exemple, l’Ouganda a mis en œuvre plusieurs plans de préservation axés sur les écosystèmes qui prennent en compte l’imbrication des écosystèmes pour faire face à l’appauvrissement de la biodiversité et au changement climatique. En outre, l’Argentine a exécuté le programme d’assurance et de durabilité environnementale afin d’encourager les investissements dans le reboisement et l’enrichissement des forêts naturelles comme outil d’atténuation du changement climatique, tout en garantissant une préservation efficace de la biodiversité. Enfin, l’Indonésie a mis en œuvre la gestion intégrée des bassins versants comme stratégie principale pour renforcer les synergies entre la santé des écosystèmes aquatiques et terrestres et le bien-être des communautés, traitant simultanément la protection de l’environnement, l’utilisation des ressources naturelles et les besoins humains.
Élaborer une approche globale de la pollution
Si les conventions multilatérales ont permis d’établir des cadres de présentation et de planification des rapports normalisés pour le changement climatique (par exemple BTR) et la biodiversité (SPANB), il n’existe pas d’équivalent pour la pollution. Le paysage national de la gestion et de la lutte en matière de pollution se compose d’un ensemble de politiques et de plans disparates élaborés en réponse à différentes priorités et accords multilatéraux sur l’environnement visant divers puits naturels (par exemple, air) et polluants (par exemple, produits chimiques) à différentes étapes de leur cycle de vie (Allan et al., 2025[7]). Si les principes de prévention, de lutte et de gestion dans le domaine de la pollution sont habituellement définis dans des cadres législatifs généraux, les différents aspects de la pollution peuvent être traités séparément plutôt que collectivement lors de la mise en œuvre. Dans une avancée vers des approches plus intégrées, le récent Cadre mondial relatif aux produits chimiques - Pour une planète sans dommages causés par les produits chimiques et les déchets (For a Planet Free of Harm from Chemicals and Waste) encourage les gouvernements à traiter les produits chimiques tout au long de leur cycle de vie et inclut des travaux sur les déchets, les émissions, les rejets et d’autres formes de pollutions. Les rapports issus de ce Cadre mondial relatif aux produits chimiques n’ont pas encore commencé, mais des travaux sont en cours pour élaborer un ensemble d’indicateurs (ICCM5, 2023[8]).
Élaborer des plans nationaux visant à limiter la pollution comparable à ceux existants déjà pour le changement climatique et le recul de la biodiversité serait propice au repérage des lacunes en matière de politiques publiques, ainsi que des possibilités de synergies et des risques de corrélations négatives. Le recensement des moyens employés pour lutter contre les différents types de pollution sert de point de départ pour réfléchir aux multiples pressions, s’ajoutant potentiellement les unes aux autres, auxquels les espèces et les écosystèmes sont confrontés. Cela peut également améliorer la prise en compte des sources de pollution à effet différé (par exemple, les substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées dans les livixiats des décharges et les plastiques s’accumulant dans l’environnement) et leurs impacts sur la biodiversité. De même, il peut favoriser la prise en compte de GES relativement négligés tels que le protoxyde d’azote (PNUE/FAO, 2024[9]), ainsi que les interactions des polluants avec leurs propriétés liées au climat, qui pourraient être ignorées autrement. Ces plans et cadres peuvent également servir de documents centraux grâce auxquels différentes unités des ministères de l’environnement collaborent et échangent des connaissances.
Certaines administrations adoptent déjà des stratégies comparables pour élaborer un plan intégré de lutte contre la pollution ou esquisser les grandes lignes d’un plan complet pour l’environnement. Par exemple, la Commission européenne a adopté le plan d’action européen « Vers une pollution zéro dans l’air, l’eau et les sols » qui établit explicitement les liens entre la neutralité climatique, la santé des écosystèmes, l’économie circulaire et la résilience (Commission européenne, 2021[10]). Les objectifs énoncés pour 2030 et la vision présentée pour 2050 servent de guide pour prendre en compte la pollution dans toutes les initiatives gouvernementales nouvelles et existantes concernées. Un plan transversal pour l’environnement sur 25 ans élaboré par le Royaume-Uni souligne de la même manière l’importance de mieux articuler les politiques afin de maximiser les synergies. Il a été complété par le cadre des indicateurs de résultats, qui couvre dix grands thèmes, dont plusieurs aspects de la pollution (Department for Environment, Food & Rural Affairs, 2025[11]).
Étant donné qu’il peut être chronophage et fastidieux de compiler les stratégies existantes et de préparer un plan complet, les pays peuvent commencer modestement en donnant la priorité aux enjeux dictés par le contexte national et en s’appuyant sur des cadres et des approches existants en attendant. Par exemple, l’approche « multi-polluants, multi-effets » du Protocole de Göteborg en vertu de la Convention de la Commission économique des Nations Unies pour l’Europe (CEE-ONU) sur la pollution de l’air – dont la révision récente a abouti à l’ajout du carbone noir (un forceur climatique à courte durée de vie), en tant que sources de particules fines, aux engagements de réduction – pourrait s’avérer pertinente à l’échelle mondiale pour lutter à la fois contre la pollution de l’air et le changement climatique. L’application d’une approche multi-polluants, multi-effets peut aider à établir des liens entre les politiques aux premiers stades de la planification et de renforcer ceux existants, ce qui permet ainsi d’éviter de négliger les types de pollution qui n’entrent pas clairement dans une seule catégorie, comme les différentes formes d’azote réactif. S’il existe déjà une stratégie de lutte contre la pollution qui se concentre sur une dimension (par exemple, qualité de l’air ou de l’eau), une étape importante peut consister à définir sommairement les liens d’interdépendance entre biodiversité et climat. Une approche modulaire ou progressive peut être étoffée et devenir un plan plus complet au fil du temps. La prise en compte des liens et de la coordination entre les accords existants pourrait constituer un levier supplémentaire. Par exemple, le Mécanisme inter-conventions de coordination sur l’azote prévoit d’examiner les impacts transversaux de l’azote dans le cadre des accords et des dispositifs environnementaux multilatéraux.
Renforcer les mécanismes et instruments institutionnels pour une intégration horizontale et verticale
Il est indispensable de traduire une planification ambitieuse en action pour répondre à la triple crise planétaire. Un « défaut de mise en œuvre » renvoie au fait que même lorsque les synergies et les arbitrages entre les différentes dimensions sont bien couverts lors de la conception des politiques, ils peuvent être ignorés dans la pratique. Une attention particulière est donc portée aux outils contribuant à l’efficacité de la mise en œuvre des approches synergiques, notamment grâce à la mesure d’impacts. Il existe des mécanismes transversaux clés qui peuvent aider à créer des synergies et à gérer les arbitrages dans la pratique : (i) mécanismes améliorés pour la coordination intraministérielle et interministérielle, (ii) outils pour les évaluations environnementales des politiques et des projets, et (iii) harmonisation des politiques. Utilisés ensemble, ils peuvent aider à anticiper les effets qui apparaissent à différentes échelles dès les premiers stades de la planification.
Pour atteindre simultanément plusieurs objectifs, l’intégration des synergies et des arbitrages est essentielle, tant horizontalement, entre les secteurs et domaines d’action ainsi que verticalement, aux différentes échelles géographiques, mais reste difficile (voir Graphique 7.3). À l’échelle nationale, l’intégration horizontale peut être réalisée grâce aux cadres de haut niveau fournis dans des documents tels que le BTR, les communications nationales, les SPANB (voir chapitre 5) ou les contributions déterminées au niveau national (NDC). De plus, des dispositifs institutionnels tels que des comités, groupes de travail et groupes spéciaux intraministériels et interministériels ou interinstitutions peuvent améliorer l’intégration des objectifs en matière de climat, de biodiversité et de réduction de la pollution. Les pays peuvent également élaborer des plans pluriannuels par secteur (par exemple, secteur agroalimentaire, exploitation minière et ressources naturelles, énergie) et y intégrer des objectifs environnementaux plus généraux. En outre, les pays pourraient envisager de renforcer l’expertise en matière d’environnement de ceux qui conseillent les principaux comités afin de favoriser une action intégrée. Par exemple, ces experts pourraient aider les comités chargés de la planification spatiale aux échelles nationale et locale à atténuer les effets imprévus de la transition vers les énergies propres en choisissant avec soin les emplacements, mais aussi à faire face à d’autres formes d’impacts environnementaux inattendus découlant de la gestion des déchets, de la pollution atmosphérique et de la biodiversité.
Une approche intégrée nécessite de mieux utiliser les indicateurs environnementaux et leur amélioration afin de prendre en compte les liens d’interdépendance entre le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution. Les recherches naissantes (par exemple, (Bateman et al., 2024[12])) semblent indiquer que les politiques visant plusieurs objectifs qui reconnaissent les liens et les retombées dans les systèmes socio-environnementaux peuvent renforcer les synergies, à l’inverse de politiques ciblant chaque objectif séparément. Bien que l’on reconnaisse de plus en plus l’importance de la nature pour lutter contre le changement climatique et la pollution, il peut être difficile d’intégrer cet aspect à la prise de décisions sans indicateur quantitatif ni unité commune. Dans ce contexte, en considérant les contributions du capital naturel comme un actif qui doit être géré et entretenu, il est possible de mieux utiliser le Système de comptabilité économique et environnementale – Comptabilité des écosystèmes (SCEE-CE) pour comprendre l’étendue, les conditions et les services des écosystèmes, ce qui incite à prendre en compte les liens d’interdépendance en vertu d’un cadre statistique normalisé de comptabilité du capital naturel (ONU, s.d.[13]). La comptabilité des écosystèmes du SCEE-CE peut tenir explicitement en compte la planification spatiale et peut être appliquée à différentes échelles. Par exemple le carbone contenu dans les tourbières en Indonésie ou dans des cours d’eau en Afrique du Sud où les ressources en eau sont rares. Elle peut également éclairer la mise au point d’instruments économiques (par exemple, calcul du taux de taxation) et fournir des données de référence objectives pour la comptabilité du capital naturel du secteur privé (Hein et al., 2020[14]).
Plusieurs inconnues demeurent, notamment la façon dont la comptabilité des écosystèmes peut aider à comprendre la résilience d’un écosystème et à mesurer les seuils et les limites écologiques (SEEA, 2024[15]), mais ce système peut être considéré comme un processus permanent où les données et les méthodes sont affinées à mesure que de nouvelles connaissances sont acquises. Certains pays encouragent son utilisation dans le cadre de l’analyse et de l’évaluation des politiques. Le Royaume-Uni, par exemple, a élaboré « Enabling a Natural Capital Approach » (Permettre une approche fondée sur le capital naturel, ENCA) avec un modèle d’évaluation et des ensembles de données sur les services et les actifs du capital naturel, ainsi que des outils et des études de cas (Department for Environment, Food & Rural Affairs, 2025[16]). En s’appuyant sur les informations tirées de la comptabilité nationale et d’outils tels que les tableaux entrées-sorties multirégionaux étendus à l’environnement, plusieurs entreprises privées ont également commencé à évaluer leur impact environnemental. Il s’agit notamment de Forico (qui inclut la nature dans son bilan), de Holcim, de Natura & Co et de Dutch Railroads (qui ont intégré un compte de profits et pertes environnementaux), ainsi que de Repsolet et de Knauf Insulation (qui utilisent l’évaluation de l’impact environnemental pour leurs outils opérationnels internes). En outre, certains investisseurs commencent à utiliser la comptabilité de l’impact pour amener les entreprises de leur portefeuille à s’y intéresser et évaluer leurs résultats en matière d’impact (WBCSD, 2025[17]).
Une planification nationale et sectorielle plus intégrée oblige également à prendre en compte de façon proactive les différentes dimensions de la triple crise planétaire à plusieurs échelles spatiales et temporelles. Il est possible de faciliter cette prise en compte intégrée en améliorant le déploiement de l’évaluation environnementale stratégique. Bien que les évaluations environnementales stratégiques aient été mises en œuvre dans plus de 100 pays, des lacunes importantes dans leur déploiement et leur conception sont observées (Dalal-Clayton et Scott-Brown, 2024[18]). Par exemple, la prise en compte du changement climatique, de la perte de biodiversité et de la pollution à toutes les étapes n’est pas systématique dans les évaluations environnementales stratégiques. De même, la réalisation d’une évaluation environnementale stratégique n’est pas encore une pratique courante dans le secteur de l’énergie, malgré les répercussions potentielles du développement des énergies renouvelables quant au recul de la biodiversité et à la pollution.
Si une coordination de haut niveau est primordiale, c’est souvent au niveau des projets que les synergies et les arbitrages apparaissent. Il est possible de se servir des modalités actuelles telles que les évaluations de l’impact sur l’environnement (EIE) comme outils intégratifs dans le cadre des procédures de délivrance de permis afin de faciliter l’examen d’un plus large éventail d’objectifs. En complément des EIE, les évaluations des effets cumulatifs peuvent fournir des éclairages sur les effets combinés des projets de développement dans l’espace et dans le temps. Bien que l’absence de méthodologie largement acceptée nuise à une application cohérente et efficace, les évaluations des effets cumulatifs ont été mises en place afin de combler une partie des lacunes des EIE, ou dans le cadre des EIE afin d’anticiper l’impact à différentes échelles de temps. Les évaluations des effets cumulatifs sont également un élément imposé des EIE dans plusieurs pays, dont le Bhoutan, le Brésil, le Canada, le Kenya, le Panama et les États membres de l’Union européenne (OCDE, 2024[19]). Il convient de veiller à ce que ces mesures de sauvegarde soient adaptés et proportionnés aux arbitrages potentiels, étant donné que même lorsqu’ils sont instaurés avec des intentions louables, ils peuvent freiner le déploiement accéléré de solutions pour répondre à la triple crise planétaire. Des listes de contrôle fondées sur les risques et des questions de filtrage peuvent également simplifier la procédure en assurant un juste équilibre entre un examen solide et la vitesse de prise de décisions.
Enfin, il reste difficile d’aligner les cadres d’action actuels sur les objectifs en matière de climat, de biodiversité et de réduction de la pollution. Il peut être nécessaire d’examiner d’autres domaines d’action tels que les finances, la fiscalité, la santé publique, les échanges et l’innovation, ou bien des secteurs tels que l’électricité ou la mobilité urbaine, afin de vérifier la concordance entre les objectifs de politiques environnementales et d’autres politiques publiques. Par exemple, les politiques de transport qui visent à réduire les émissions urbaines doivent garantir des systèmes de transport sûrs, abordables, accessibles et durables pour tous, tout en trouvant un juste équilibre avec une utilisation efficace des sols qui tienne compte des coûts environnementaux (tels que la pollution de l’air et les pressions sur la biodiversité dans les zones urbaines). Cette harmonisation doit être adaptée aux contextes locaux et nationaux. Des stratégies en faveur de transports sobres en carbone dans les villes où les infrastructures sont déjà en place peuvent inciter à améliorer l’efficacité des systèmes de transports publics et l’aménagement du territoire ou envisager de réduire la demande de transports. À l’inverse, les villes dont les infrastructures de transport sont encore en cours d’élaboration peuvent tirer parti de l’aménagement du territoire pour minimiser leur impact sur la réaffectation des terres et la biodiversité locale.
Graphique 7.3. Intégration des questions relatives au climat, à la biodiversité et à la pollution à divers niveaux
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Source : Graphique élaboré par les auteurs.
7.2.3. Synchroniser les financements et l’affectation des ressources publiques
Des financements et des budgets élaborés, suivis et mis en œuvre ensemble plutôt que séparément pourraient améliorer la réponse apportée aux liens d’interdépendance entre le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution. Ce n’est pas toujours le cas, étant donné que le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution relèvent de différents fonds et ministères, soulignant la possibilité de rechercher un alignement accru au travers des processus existants.
Renforcer la prise en compte de interconnexions dans les processus existants de financement et de budgétisation
Le financement multilatéral de la protection de l’environnement, de même que le financement du développement plus largement, peut jouer un rôle clé pour aider les pays à s’attaquer simultanément à ces défis interdépendants en intégrant explicitement l’examen des liens à différents canaux et objectifs3 définis pour chaque domaine. Le Fonds pour l’environnement mondial et le Fonds vert pour le climat, créé plus récemment, jouent un rôle clé dans le financement multilatéral de la protection de l’environnement pour les pays en développement, notamment en appuyant la mise en œuvre des AME, ainsi que les initiatives plus globales de renforcement des capacités. Point de convergence de différents engagements et traités en faveur de l’environnement, le Programme intégré pour les projets portant sur plusieurs défis du Fonds pour l’environnement mondial représente un moyen de prendre en compte les synergies dans le financement, d’autant plus que le prochain cycle de quatre ans (GEF-9, 2026-30) s’achèvera en 2030, une année charnière pour de nombreux objectifs et engagements mondiaux. Financement d’autres sources, dont le Programme spécial du PNUE4, ainsi que les programmes ciblant la mise en œuvre d’obligations précises au titre de conventions (par exemple, Programme international spécifique pour la Convention de Minamata sur le mercure) et le Fonds du Cadre mondial relatif aux produits chimiques, récemment créé, peuvent également examiner les liens d’interdépendance afin d’éviter des angles morts.
Il serait également possible de renforcer sensiblement les synergies dans le domaine du financement du développement. Si la part des fonds officiels de développement liés à la biodiversité qui comportent également des objectifs climatiques a atteint 89 % en 2021, seuls 25 % des fonds de développement liés au climat incluent aussi des objectifs en matière de biodiversité (OCDE, 2023[20]). Un ciblage plus explicite, complété par une amélioration des évaluations et du suivi des projets pour garantir que les synergies prévues se concrétisent, peut contribuer à maximiser leur impact. Cette stratégie peut également améliorer le rapport coût-efficacité à long terme. La publication de principes communs pour effectuer le suivi des financements bénéfiques à la nature par les principales banques multilatérales de développement constitue une étape importante pour les aider à intégrer la préservation de la nature et de la biodiversité à leurs activités.
L’établissement du budget national représente un levier fondamental pour définir les priorités de l’action publique. Il est possible d’améliorer ses processus afin de mieux prendre en compte les liens d’interdépendance qui existent au-delà des catégories et des domaines d’action fonctionnels. Du fait de la nature transversale de la triple crise planétaire, il y a un risque de sous-investissement dans les moyens engagés pour la résoudre, étant donné que ses déterminants et ses pressions ne relèvent pas toujours clairement de la compétence des ministères, des départements et des unités. Dans ce contexte, les processus d’établissement du budget peuvent inciter ces organes à collaborer. Par exemple, les ministères peuvent recenser les possibilités de mettre des fonds en commun et de créer ou d’accroître des ressources spéciales pour les affecter à des programmes synergiques.
Des fonds et des méthodes complémentaires telles que le budget vert peuvent également jouer un rôle pour faciliter l’allocation de ressources à des politiques synergiques, tout en intégrant l’objectif de répondre à la triple crise planétaire au sein des politiques et des programmes pertinents. Le budget vert, utilisé non seulement comme outil de transparence, mais aussi comme levier pour donner la priorité aux investissements qui offrent des avantages intersectoriels, pourrait fournir une trajectoire claire aux responsables publics pour affecter les ressources de manière plus efficace et stratégique.
En France, un groupe de travail interministériel évalue l’impact environnemental des dépenses selon six objectifs, dont l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à ses effets, la pollution de l’air, de l’eau et du sol, ainsi que la préservation de la biodiversité, ce qui permet de repérer les programmes qui procurent des avantages dans plusieurs domaines. Depuis son lancement en 2020, le budget vert français a progressivement évolué : de document budgétaire complémentaire améliorant la transparence des dépenses publiques, il est devenu un outil susceptible d’éclairer la planification des politiques et de faciliter la prise de décisions liée au budget. S’il n’existe pas de stratégie universelle pour mettre en œuvre la budgétisation verte, les pays peuvent commencer modestement en examinant les liens d’interdépendance présentés dans les stratégies et les plans nationaux relatifs au changement climatique, à la biodiversité et à la pollution, puis en déterminant les politiques et les programmes correspondants (OCDE, 2024[21]).
Les pays peuvent également réfléchir à des moyens de renforcer la cohérence entre les instruments d’actions actuels et nouveaux afin d’accroître les synergies grâce à des mécanismes de financement et de budgétisation. Par exemple, le fonds national de financement forestier du Costa Rica gère les paiements pour services écosystémiques (séquestration du carbone, fourniture d’eau, protection de la biodiversité et beauté naturelle des paysages) en œuvrant à la préservation et à la gestion durables des forêts à l’aide des recettes cantonnées qui sont générées par des instruments économiques, notamment les taxes sur les carburants. Bien sûr, l’opportunité de ce fléchage des recettes doit être déterminée en réalisant un examen minutieux des avantages environnementaux et sociaux potentiels, ainsi que d’éventuelles contraintes associées à l’affectation de financements publics.
Un autre exemple serait d’associer plusieurs mécanismes de compensation dans les différents domaines afin de faciliter la prise en compte des synergies. Par exemple, en Angleterre (Royaume-Uni), sur les marchés réglementés, les propriétaires terriens peuvent vendre des unités de biodiversité (utilisées pour respecter le gain net de biodiversité obligatoire) et des crédits de nutriments (utilisés pour éviter les impacts négatifs des logements sur la qualité de l’eau et la biodiversité) séparément ou ensemble, ce qui encourage les pratiques de gestion des terres générant des synergies. De même, un mécanisme regroupant crédits carbone et crédits de biodiversité, par exemple, pourrait inciter à protéger des écosystèmes intacts (qui ont une plus grande capacité d’absorption du carbone et une plus grande biodiversité) plutôt que de les restaurer, tout en réduisant les coûts administratifs globaux de mise en œuvre du mécanisme (Tedersoo et al., 2023[22]). Ces modèles de politique peuvent également être déployés sur les marchés volontaires. Par exemple, l’harmonisation de deux marchés volontaires en Australie, le système de marché de réparation de la nature (qui émet des certificats de biodiversité négociables) et le système australien de crédits carbone, vise à faciliter la conception de projets synergiques remplissant les critères pour les deux crédits.
Aligner les schémas actuels de dépenses publiques aux objectifs environnementaux
S’il est important de réfléchir aux façons d’aiguiller les ressources financières vers des programmes et des projets synergiques, il est également essentiel d’examiner les dépenses publiques au sens large (en incluant les mesures de soutien5) et de les faire mieux concorder avec les objectifs environnementaux. Bien qu’elles procurent de réels bienfaits à la société, les activités économiques telles que l’agriculture, les pêches et l’exploitation forestière peuvent nuire à l’environnement, alors même que la productivité et les rendements de ces secteurs dépendent de la bonne santé de la planète.
Le secteur agricole est un bénéficiaire important d’aides publiques dans le monde entier, avec 842 milliards USD versés chaque année entre 2022 et 2024 pour les 54 pays couverts par les données de l’OCDE (OCDE, 2025[23]). Il est nécessaire de réorienter les aides à l’agriculture vers des mesures bénéfiques à l’environnement et des services d’intérêt général clés, ainsi que de faire de la gestion et de l’exploitation durables des ressources naturelles une composante essentielle de la politique agricole pour rendre le secteur plus durable, productif et résilient (OCDE, 2024[24]). Les Membres de l’OCDE ont pris acte de la nécessité d’« intensifier les efforts nécessaires à la réforme et à la réorientation des politiques agricoles, et en particulier [de] traiter la question des mesures de soutien préjudiciables pour l’environnement, afin de progresser vers des systèmes agricoles et alimentaires plus durables » en 2022 (OCDE, 2022[25]).
Certains types de subventions agricoles liés aux quantités produites ou à l’utilisation sans contraintes d’intrants variables créent des distorsions sur les marchés et peuvent encourager à produire davantage avec des effets externes négatifs et à utiliser une quantité excessive d’intrants tels que l’eau et les engrais dans certains contextes (OCDE, 2022[26] ; OCDE, 2024[24]). Les paiements au titre de la production et les subventions à l’utilisation sans contraintes d’intrants variables (par exemple, engrais) s’élèvent actuellement en moyenne à 75 milliards USD par an (OCDE, 2024[24]). Toutefois, il est important de noter que la suppression des subventions couplées à la production peut également avoir des effets préjudiciables, comme la hausse du prix des aliments et la baisse des revenus des agriculteurs, compromettant en particulier la sécurité alimentaire dans les pays en développement (Guerrero et al., 2022[27]). Dans ce contexte, une réorientation des aides existantes de la production vers les pratiques agroenvironnementales durables, associée à des investissements ciblés dans la productivité et les technologies de réduction des émissions pourrait faire baisser les émissions d’origine agricole sans compromettre la sécurité alimentaire (Valin, Henderson et Lankoski, 2023[28]).
De même, les aides spécifiques qui ciblent le secteur halieutique et réduisent directement le coût de la pêche (subventions à l’achat de carburant, de navires et d’engins) peuvent encourager des pratiques néfastes, dont la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN). Cela peut avoir des effets sociaux et environnementaux préjudiciables, notamment l’épuisement des stocks halieutiques, des dommages aux écosystèmes océaniques et une hausse des émissions de GES. Étant donné que près des deux tiers des aides au secteur halieutique présentent un risque d’encourager des pratiques de pêche non viables en l’absence de gestion efficace, il reste possible de rediriger des ressources vers des investissements dans l’évaluation et la gestion des stocks et l’application de la loi, ainsi que vers un soutien plus ciblé aux pratiques de pêche durables (OCDE, 2025[29]). Ces remarques s’appliquent aussi aux activités d’extraction. L’abandon du soutien massif aux combustibles fossiles au profit de mesures plus ciblées permettrait de conserver davantage de ressources budgétaires pour d’éventuels investissements dans la transition vers un système énergétique moins émetteur de GES (OCDE, 2025[30]).
7.2.4. Atténuer les répercussions imprévues de la transition vers des énergies propres
Les énergies renouvelables ont des retombées bénéfiques importantes outre la réduction des émissions de GES. L’énergie solaire et l’énergie éolienne obtiennent de meilleurs résultats que les combustibles fossiles pour de nombreux critères environnementaux, améliorant sensiblement la qualité de l’air en réduisant le dioxyde de soufre, les oxydes d’azote, les particules et l’ozone troposphérique. Ces améliorations entraînent des co-bénéfices immédiats pour la santé qui plaident pour renforcer davantage une décarbonation rapide6.
Malgré leurs avantages significatifs, les énergies renouvelables ne sont pas entièrement sans coût environnemental. Des infrastructures hydroélectriques fragmentant les rivières et entravant le déplacement d’espèces aux infrastructures de production d’énergie solaire dont l’emplacement coïncide avec les habitats naturels, l’empreinte spatiale des infrastructures d’énergies renouvelables peut présenter un risque de rétrécissement et de morcellement des habitats. Les parcs éoliens, en parallèle, présentent des risques de mortalité bien établis pour les oiseaux et les chauves-souris. Le caractère cumulatif de ces impacts persiste au-delà des sites locaux. Les trajectoires migratoires transfrontalières des espèces, notamment des oiseaux et des chauves-souris, nécessitent une coopération internationale pour gérer efficacement les risques de collision que créent les infrastructures éoliennes.
Le défi n’en est que plus complexe lorsqu’on prend en compte l’étalement des infrastructures énergétiques. Le caractère diffus des énergies renouvelables par rapport aux combustibles fossiles soulève des inquiétudes concernant l’expansion des infrastructures dans des aires qui présentent de la valeur pour la conservation de la biodiversité. Par exemple, des études ont recensé plus de 2 200 infrastructures d’énergies renouvelables implantées au sein de territoires protégés, de régions sauvages et d’aires de biodiversité clés, et cette tendance devrait s’accélérer (Rehbein et al., 2020[31]).
Les effets environnementaux des systèmes d’énergie renouvelable en milieu aquatique restent très mal compris par rapport à ceux des installations terrestres (OCDE, 2024[19]). L’hydroélectricité soulève des défis avec des conséquences en cascade au-delà du morcellement des habitats. En parallèle, les technologies de captage de l’énergie des mers, bien que récemment apparues, suscitent des craintes du point de vue de la perturbation des écosystèmes marins. L’extraction des matières pour les technologies de production d’énergie renouvelable crée aussi des pressions environnementales susceptibles de nuire à l’efficacité des aires protégées pour préserver la biodiversité. Les activités d’extraction minière et de transformation liées aux composants des installations solaires, des éoliennes et des batteries génèrent diverses formes de pollution nocives pour la santé humaine et environnementale. La fabrication d’installations photovoltaïques entraîne le rejet de composés chimiques tels que le cadmium, l’arsenic et le plomb. L’élimination des pales des éoliennes représente un défi croissant en raison du poids de celles-ci et de l’hétérogénéité des matériaux, les options de recyclage étant limitées à l’heure actuelle. Ces impacts en fin de vie créent des arbitrages avec les objectifs en matière de lutte contre la pollution et de biodiversité qui nécessitent une prise en compte proactive.
La bioénergie présente peut-être les arbitrages environnementaux les plus complexes au sein du portefeuille des énergies renouvelables. Si de nombreuses trajectoires vers l’atténuation du changement climatique compatibles avec un réchauffement de 1.5 °C prévoient un développement considérable de la bioénergie, les pressions sur le plan de l’utilisation des terres associées aux cultures énergétiques réservées à cet effet créent une source de préoccupation importante sur le plan de la durabilité. L’approvisionnement en bioénergie à l’aide de cultures réservées à cet effet peut indirectement intensifier l’agriculture en créant une concurrence pour les terres et augmenter la pollution azotée générée par les engrais. Lorsque le développement de la bioénergie se fait aux dépens des puits naturels de carbone qui sont en même temps des zones critiques de biodiversité, il peut nuire simultanément aux objectifs en matière de climat et de conservation.
La gravité de ces effets varie notablement selon le type de culture, l’échelle du déploiement et l’utilisation précédente des terres. La bioénergie de deuxième génération produite à partir de résidus agricoles et forestiers suscite moins d’inquiétudes au sujet de l’environnement que les cultures consacrées spécifiquement à cette production.
Au-delà des énergies renouvelables, d’autres technologies propres présentent leurs défis environnementaux. Bien qu’offrant des applications polyvalentes dans des procédés industriels et dans le domaine du stockage de l’énergie, la production d’hydrogène propre présente des risques d’écotoxicité et pour la santé humaine en raison de l’inflammabilité de l’hydrogène et de sa tendance à corroder les matériaux servant de contenant. Les conséquences sur les ressources en eau d’un déploiement de l’hydrogène méritent une attention particulière. Bien que les besoins en eau restent nettement inférieurs à ceux des solutions de remplacement utilisant les combustibles fossiles, la source de l’eau utilisée influe notablement sur l’empreinte environnementale. Le dessalement de l’eau de mer génère un sous-produit, la saumure, même si les technologies émergentes permettront peut-être de traiter les eaux usées et de produire de l’hydrogène simultanément.
Les technologies d’émissions négatives sont à la fois porteuses de possibilités et défis. Le captage direct dans l’air utilisant des absorbants chimiques susceptibles de polluer l’air et l’eau à l’échelle locale. L’altération forcée, bien qu’elle puisse améliorer la fertilité des sols et à réduire le besoin d’engrais, fait appel à des procédés intensifs d’extraction minière, de transport et d’applications qui risquent d’entraîner une destruction des habitats et une détérioration de la qualité de l’eau. Le déploiement à grande échelle de la bioénergie avec captage et stockage du carbone pourrait créer une concurrence pour les ressources, modifiant le prix des aliments et exposant les petits exploitants à l’instabilité des marchés mondiaux. Le stockage souterrain du CO2 peut avoir un effet négatif sur la biodiversité et aggraver la pollution du fait des rejets dans l’eau susceptibles d’acidifier les nappes aquifères.
La faisabilité technique, l’évolutivité et le degré de certitude associé à l’impact environnemental de ces technologies sont très variables. La Décision X/33 de la Convention sur la diversité biologique reflète la prudence de la communauté internationale vis-à-vis des activités de géoingénierie ayant un effet négatif sur la biodiversité, même si de nombreux objectifs nationaux de neutralité carbone reposent implicitement sur des technologies d’émissions négatives.
L’électrification des transports et des bâtiments améliore clairement la qualité de l’air en réduisant les émissions directes. Les véhicules électriques éliminent les gaz d’échappement, améliorant la qualité de l’air locale. Les pompes à chaleur et les systèmes de chauffage électrique réduisent les émissions de GES et améliorent la qualité de l’air intérieur dans les bâtiments résidentiels et commerciaux.
Cependant, les technologies d’électrification nécessitent généralement davantage de matières premières que les technologies équivalentes utilisant des combustibles fossiles. Les véhicules électriques pèsent plus que les véhicules classiques en raison du poids de leur batterie, ce qui fait potentiellement augmenter les émissions provenant des freins, des pneus et de l’usure de la surface de la chaussée (autres que l’échappement). Les matières premières critiques pour les batteries, les électrolyseurs et d’autres technologies propres créent des pressions environnementales en amont en raison des déchets miniers, de l’eau d’assainissement et de la production de scories.
L’élimination inadéquate des batteries des véhicules électriques libère des produits chimiques toxiques, tandis que les processus de recyclage peuvent créer de la pollution en rejetant des composés chimiques, notamment des PFAS, du cadmium ou du cobalt. Sans amélioration parallèle de la valorisation des matières et de l’efficacité de l’utilisation des ressources, le déploiement accéléré des technologies propres pourrait mener à une extraction non viable dans des zones naturelles intactes, notamment à des opérations controversées d’exploitation minière des fonds marins.
Intégration de la biodiversité et de la lutte contre la pollution au choix de l’emplacement des infrastructures d’énergies renouvelables
Les procédures liées au choix de l’emplacement des infrastructures solaires et éoliennes sont indispensables pour éviter les effets néfastes sur la biodiversité, première étape de la « hiérarchie de l’atténuation ». La prise en compte de l’utilisation actuelle et des autres utilisations possibles des zones d’implantation peut aider à intégrer les objectifs de lutte contre la pollution à ces procédures. Alors que les pays cherchent à accélérer l’expansion des énergies renouvelables, ils peuvent activement repérer des sites adaptés dans les zones terrestres et marines pour implanter les infrastructures ou choisir des sites éloignés des zones considérées comme prioritaires pour la biodiversité dans la législation (par exemple, aires protégées) et des routes migratoires (par exemple, des oiseaux) (OCDE, 2024[19]). Par exemple, la modification apportée par l’UE à la directive sur les énergies renouvelables (RED) en 2023 oblige les États membres à désigner des zones d’accélération des énergies renouvelables d’ici le début de l’année 2026 sur des terres où le développement des énergies renouvelables ne devrait pas avoir d’incidence importante sur l’environnement. À cet effet, ils doivent cibler en priorité des surfaces artificielles et des terres dégradées non utilisables pour l’agriculture, en excluant les sites Natura 2000 et les zones désignées au titre de régimes nationaux de protection, ainsi que les principales routes migratoires des oiseaux et des mammifères marins (Union européenne, 2023[32]).
La prise en compte d’autres caractéristiques des sites, comme la disponibilité d’infrastructures énergétiques à proximité, peut également aider à réduire les effets préjudiciables en évitant que de nouvelles infrastructures d’envergure ne soient nécessaires. Par exemple, plusieurs pays dont l’Australie, l’Allemagne, le Canada et le Royaume-Uni, ont, dans certains cas, implanté des installations d’énergies renouvelables à proximité de centrales à charbon désaffectées afin de simplifier la transmission de l’électricité et l’interconnexion tout en encourageant la réhabilitation de friches (Banque mondiale, 2021[33]). De même, divers dispositifs de partage des terres peuvent être envisagés, notamment en combinant des installations solaires photovoltaïques et l’agriculture conventionnelle (« agrivoltaïsme ») afin de réduire l’empreinte spatiale tout en recherchant des synergies pour la gestion et la maîtrise de la pollution ainsi que pour les rendements agricoles (Barron-Gafford et al., 2019[34]), bien qu’optimiser simultanément les résultats énergétiques et agricoles reste complexe (Asa’a, 2024[35]).
L’aménagement de l’espace, appuyé par des outils tels que les évaluations environnementales stratégiques, peut simplifier les processus d’octroi de permis pour les installations d’énergies renouvelables tout en permettant une intégration explicite des considérations liées à la biodiversité aux décisions concernant l’emplacement. Dans le cadre de ces processus, de nombreux pays imposent aux promoteurs de projets d’énergies renouvelables dépassant un certain seuil (de taille ou de capacité, par exemple) de réaliser une EIE. S’il peut sembler que la rigueur de ces processus réduit la vitesse et l’ampleur du développement des énergies renouvelables, l’examen des risques aux premiers stades et l’élaboration de plans pour les atténuer aident également à accélérer l’octroi des permis, et à réduire le risque de retard et d’annulation de projets en améliorant la sécurité juridique et administrative pour les promoteurs de projet comme pour les autorités (OCDE, 2024[19]). Par ailleurs, les processus de délivrance de licences et de permis peuvent être conçus d’une manière qui garantit leur proportionnalité afin de mieux équilibrer les coûts et les avantages (OCDE, 2025[36]).
Mesures de protection supplémentaires pour minimiser les répercussions sur la biodiversité et la pollution
Outre le choix de l’emplacement des installations d’énergies renouvelables, d’autres mesures de protection peuvent s’avérer nécessaires au niveau opérationnel, ainsi qu’en amont et en aval, afin de minimiser les répercussions potentielles des énergies renouvelables sur la biodiversité et la pollution. Il s’agit notamment, par exemple, de dispositifs de contrôle physiques (par exemple, dispositifs placés sur les lignes électriques visant à dévier le vol des oiseaux), opérationnels (par exemple, arrêt des éoliennes pendant la période de migration), de restriction (par exemple, mise en drapeau des pales qui empêche les éoliennes de tourner lorsque le vent est faible) et de réduction (par exemple, technologies pour réduire le bruit émanant du battage des pieux pour l’éolien en mer). Par exemple, une restriction opérationnelle de la vitesse de démarrage est imposée durant les mois estivaux pour les parcs éoliens où on dénombre plus de 10 chauves-souris tuées par éolienne chaque année en Ontario, au Canada. Cependant, les éoliennes sont de plus en plus grandes et parviennent de mieux en mieux à produire de l’énergie lorsque la vitesse du vent est faible, ce qui rend les restrictions moins viables sur le point économique. Néanmoins, les avancées technologiques peuvent faciliter la mise en œuvre d’un système de restriction « intelligent » qui utilise les données en temps réel pour réduire les répercussions sur la mortalité tout en minimisant les pertes d’énergie. Davantage de recherches sont nécessaires dans ce domaine afin de comprendre et d’améliorer l’efficacité des mesures de sauvegarde.
Les risques associés aux centrales photovoltaïques tels que la dégradation des terres et l’utilisation d’herbicides pour réduire l’ombrage sur les panneaux et les risques de feux peuvent également être gérés à l’aide de mesures de protection, comme la création de microhabitats afin de préserver la diversité chez les pollinisateurs. Par exemple, les fermes solaires implantées sur des terres agricoles cultivées de façon intensive pourraient servir de refuge aux pollinisateurs et améliorer la connectivité écologique. Des tracés sensibles à la biodiversité et des mesures d’atténuation sont tout aussi essentiels pour la production d’énergie solaire et d’énergie éolienne, par exemple des dispositifs de dissuasion d’oiseaux, d’isolation ou des câbles souterrains. La définition précise de ces mesures de protection aux premières étapes peut offrir une sécurité juridique aux concepteurs et simplifier l’évaluation du projet, voire l’accélérer. Par exemple, la plupart des Länder allemands (États fédéraux) ont élaboré des documents-cadres en amont afin de concilier le développement des énergies renouvelables et la préservation de la biodiversité (OFB, 2023[37]).
En raison de leurs possibilités limitées de réutilisation et de recyclage, certains éléments des installations solaires et des éoliennes peuvent générer de la pollution en aval. Une solution consiste à appliquer le concept de « hiérarchie des déchets », qui classe les options de la plus souhaitable à la moins souhaitable (prévention, réemploi, requalification, recyclage, valorisation et élimination) afin de recenser et de gérer ces risques. Par exemple, pour les pales des éoliennes, cette hiérarchie pourrait comprendre la prolongation de leur durée de vie, le développement de marchés d’occasion pour les pales requalifiées et le recyclage, dont le sous-cyclage. Plusieurs pays, dont l’Allemagne, l’Autriche, la Finlande et les Pays-Bas, citent explicitement les déchets composites dans leur législation, interdisant l’élimination, la mise en décharge et l’incinération des pales d’éolienne (Majewski et al., 2022[38]). La France a fixé des objectifs de recyclage de plus en plus stricts, exigeant qu’à compter de 2025, 55 % des rotors des éoliennes soient réutilisés ou recyclés (Tyurkay, Kirkelund et Lima, 2024[39]). De même, certains pays ont établi une réglementation pour encourager le recyclage et interdire la mise en décharge des panneaux solaires. L’Inde a publié l’ébauche d’un plan directeur en 2019 afin de rendre le recyclage obligatoire (Sharma, Mahajan et Garg, 2024[40]), tandis que le Japon a révisé des lignes directrices relatives à la promotion du recyclage et d’autres méthodes de gestion écologique des panneaux solaires photovoltaïques hors d’usage en 2024 (Ministry of the Environment, 2024[41]).
Effets sociaux et redistributifs
Si la prise en compte des préoccupations liées au recul de la biodiversité et à la pollution est importante lors de l’élaboration des politiques afin de faciliter une transition vers des énergies propres, les considérations sociales sont tout aussi essentielles pour limiter les effets régressifs. Les parcs éoliens, les installations photovoltaïques solaires et les cultures bioénergétiques peuvent entrer en concurrence avec les activités agricoles ou les terres autochtones. Les communautés peuvent également s’opposer à des projets d’énergies renouvelables qui modifient les paysages et les sites du patrimoine culturel, ou en raison de nouveaux risques tels que la pollution sonore des éoliennes ou les problèmes de sécurité que posent les grands espaces de stockage de batteries. Par ailleurs, les coûts d’installation potentiellement élevés de technologies telles que les panneaux solaires sur toiture, les véhicules électriques ou le stockage de batteries à domicile pourraient aggraver les inégalités en matière d’accès, de revenus ou d’emplacement (par exemple, entre les zones urbaines et les zones rurales). De plus, les énergies renouvelables peuvent créer de nouveaux emplois en lien avec la fabrication, l’installation et l’entretien, mais ceux-ci ne sont pas toujours suffisamment proches en matière de compétences ou sur le plan géographique des emplois perdus qui dépendaient des combustibles fossiles.
La mise en place de mesures de protection et d’atténuation pour ces effets sociaux et redistributifs fait partie intégrante de la transition vers des énergies propres, outre les mesures de protection mentionnées plus haut qui visent à éviter les arbitrages avec la biodiversité et la pollution. Par exemple, le manque de participation adéquate au processus décisionnel et à l’élaboration de projets, par exemple pendant une EIE, peut susciter l’opposition du grand public aux infrastructures d’énergies renouvelables. La participation du public avant le choix de l’emplacement peut aider à garantir que les procédures de l’EIE soient bien respectées, que les plans relatifs à un projet soient conformes aux règlements de zonage et que les entreprises effectuent les recherches suffisamment complètes au sujet des impacts des projets proposés sur la triple crise planétaire. La mobilisation des intervenants avant qu’un besoin ne l’impose permet d’éviter des perturbations imprévues de la planification, du choix de l’emplacement et de la mise en œuvre d’un projet, tout en dissipant les craintes potentielles du public. Il importe de faire participer les bénéficiaires du projet, dont les communautés autochtones, exclues et vulnérables. Outre la participation du public, une coappropriation et des systèmes de partage des avantages tels que des redevances avec les communautés touchées peut également aider à répondre aux préoccupations de ces communautés. Dans l’intervalle, des mesures telles que des subventions et des mécanismes de financement visant les ménages à bas revenu et l’intégration au réseau des communautés rurales contribuent à garantir un accès plus équitable aux énergies renouvelables. L’instauration de normes de sécurité et de système de suivi participe à réduire les impacts locaux sur l’environnement, tandis que des politiques en faveur d’une transition juste, notamment des programmes de reconversion professionnelle et des mesures de protection sociale, contribuent à gérer une partie des effets de la transition vers des énergies propres sur l’emploi.
7.2.5. Transformer l’utilisation des ressources matérielles
Les ressources matérielles sont le socle des économies et sont utilisées dans d’innombrables secteurs, de la construction à l’énergie, en passant par le secteur manufacturier. Cependant, les modes de consommation actuels ne sont pas viables. L’utilisation des matériaux a plus que triplé à l’échelle mondiale depuis 50 ans. Le cycle de vie des matériaux – extraction, transformation, utilisation et élimination en fin de vie – est lié à diverses répercussions négatives. L’extraction et la transformation des matériaux, des combustibles et des produits alimentaires sont à l’origine de plus de 60 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, de plus de 90 % de l’utilisation des terres associée à une perte de biodiversité et de 40 % des effets sur la santé des particules (PNUE, 2024[42]).
En outre, la demande de matières primaires ne montre aucun signe de ralentissement. Au cours des décennies à venir, la hausse de la population et des revenus entraînera une augmentation de la demande mondiale de biens et de services, de sorte que les besoins en matériaux croîtront. Les gains d’efficacité ne compenseront qu’en partie ces pressions. Malgré un découplage relatif prévu de l’activité économique de la consommation de matériaux entre 2020 et 2050, cette dernière devrait augmenter de près de moitié (de 96 Gt en 2020 à 145 Gt en 2050, chapitre 2), avec des effets en cascade sur l’environnement en lien avec la dégradation des terres, les émissions de GES et les polluants.
Possibilité d’une économie plus circulaire et plus efficace dans l’utilisation des ressources
La circularité peut optimiser l’utilisation de l’énergie, réduire les déchets et les émissions, et limiter la dégradation des terres associée à l’appauvrissement de la biodiversité. Dans ce contexte, il est indispensable d’accélérer la transition vers une économie plus circulaire pour répondre à la triple crise planétaire, améliorer la sécurité de l’approvisionnement en ressources et créer des emplois. Cette transition met en jeu plusieurs composantes reliées entre elles, à savoir 1) fermer les boucles des ressources pour remplacer les matières primaires (vierges) et les produits neufs par des matières secondaires et des produits d’occasion, réparés ou refabriqués ; 2) ralentir les flux des boucles de ressources pour freiner la consommation et la demande de matières primaires en prolongeant la durée de vie des biens existants grâce une conception de produit plus durable ; et enfin 3) réduire les flux des boucles de ressources afin de diminuer la quantité totale de ressources utilisées par unité de produit et d’utiliser plus efficacement les ressources naturelles, les matériaux et les produits.
Cette transition fait intervenir implicitement deux composantes interdépendantes : des intrants plus durables sur le plan environnemental et des pratiques d’utilisation des ressources plus durables au sein des entreprises et des ménages. Par exemple, la hausse de l’utilisation de matières secondaires (qui ont généralement moins d’effets sur l’environnement que les matières primaires) repose sur l’évolution des pratiques, notamment sur un recours au recyclage au sein du secteur industriel et des ménages. Les pouvoirs publics peuvent s’appuyer sur une panoplie d’instruments pour atteindre les objectifs en matière d’économie circulaire (Graphique 7.4) tels que les taxes sur les matières premières vierges, une tarification incitative pour le paiement aux déchets des ménages et des dispositifs de responsabilité élargie des producteurs.
Graphique 7.4. Instruments d’action illustratifs pour une économie circulaire et efficace dans l’utilisation des ressources classés selon leur incidence sur l’agent économique
Copier le lien de Graphique 7.4. Instruments d’action illustratifs pour une économie circulaire et efficace dans l’utilisation des ressources classés selon leur incidence sur l’agent économiqueLes initiatives visant à appuyer une transition vers une économie circulaire sont nombreuses
Ces dernières années, les initiatives en faveur de l’efficacité d’utilisation des ressources et de l’économie circulaire a gagné en importance dans les programmes d’action. Soixante-quinze pays ont adopté une feuille de route, une stratégie ou un appel à l’action en faveur de l’économie circulaire à l’échelle nationale et 71 de ces initiatives ont été lancées depuis 2016 (Barrie et al., 2024[44]). De nombreuses initiatives se concentrent dans les pays européens, mais le nombre de feuilles de route publiées en Amérique latine, en Afrique et en Asie croît sans cesse. Elles ont été complétées par des stratégies et des communautés de pratique régionales, par exemple le Plan d’action pour une économie circulaire de l’Union européenne, la feuille de route africaine pour une économie circulaire, le cadre de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est pour une économie circulaire et l’alliance mondiale pour une économie circulaire et une utilisation efficace des ressources (Barrie et al., 2024[44]). Dans la même veine, des débats sur l’efficacité d’utilisation des ressources ont lieu au sein du G7 et du G20. Plus récemment, les négociations internationales menées actuellement pour aboutir à un traité mondial sur les matières plastiques ont notamment porté sur les objectifs en matière d’économie circulaire.
Malgré les aspirations du grand public et l’action des pouvoirs publics, les progrès à l’égard des principaux indicateurs de l’économie circulaire sont inégaux et lents. Comme souligné par l’IRP, bien qu’elle soit restée relativement constante depuis 2000, l’empreinte matières par habitant des pays à revenu élevé (24 tonnes en 2020) est six fois supérieure à celle des pays à faible revenu (4 tonnes). Bien que les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure continuent d’utiliser moins de matières par habitant (19 tonnes), leur empreinte matières a plus que doublé depuis 2000 (PNUE, 2024[42]).
De même, la consommation intérieure de matériaux par habitant dans les pays membres de l’OCDE a diminué de moitié environ depuis 2000, bien qu’elle reste élevée par rapport à d’autres régions du monde. Suivant de près les gains d’efficacité, la productivité des matériaux s’est améliorée dans l’ensemble des pays membres de l’OCDE, passant de 2 USD par kilogramme en 2000 à 2.9 USD en 2023. Cependant, la quantité de déchets produite continue d’augmenter dans la plupart des pays membres de l’OCDE. Seuls quelques-uns – Hongrie, Espagne, Japon et Pays-Bas – sont parvenus à un découplage relatif de la production de déchets de la croissance démographique et économique. Depuis 2015, les taux de production de déchets par habitant ont augmenté de 7 %. Par ailleurs, malgré l’augmentation des taux de recyclage et de compostage, la mise en décharge (40 % en 2023) reste la principale méthode d’élimination des déchets municipaux dans de nombreux pays membres de l’OCDE (OCDE, 2025[45]).
Les efforts déployés au niveau mondial pour parvenir à découpler totalement l’utilisation des matières et la dégradation de l’environnement de la croissance du PIB ne donnent pas les résultats escomptés à l’heure actuelle, étant donné que l’utilisation mondiale des ressources ne diminue pas en valeur absolue.
Recommandations et actions essentielles en matière de politiques
Si des progrès ont été accomplis au regard du découplage relatif de l’utilisation des matières du PIB, l’intervention des pouvoirs publics se concentre habituellement sur le recyclage en fin de vie et la gestion des déchets, ce qui laisse une marge de manœuvre considérable pour des mesures en amont visant à restreindre la production et la demande, ainsi qu’à encourager l’écoconception. Des interventions complémentaires favorisant une utilisation plus efficace des ressources et les objectifs en matière d’économie circulaire sont donc nécessaires pour mieux faire face au changement climatique, à la perte de biodiversité et à la pollution. Il s’agit notamment de mesures visant à intégrer l’économie circulaire aux autres objectifs d’action ; à exploiter les synergies avec les secteurs ayant une empreinte ressources disproportionnée ; à renforcer et réorienter les mesures incitatives ; et à tirer parti d’interventions axées sur la demande. Outre, le suivi des progrès vers une économie circulaire au moyen d’un large éventail d’indicateurs est essentiel (OCDE, 2024[46]).
Les politiques promouvant l’économie circulaire sont incorporées à des cadres économiques, sociaux et environnementaux plus généraux. Toutefois, la gouvernance des stratégies pour une économie circulaire relève généralement de la compétence des ministères de l’environnement et est souvent considérée comme un objectif distinct, ce qui offre de nombreuses possibilités d’intégrer ces considérations aux domaines d’action existants afin de mieux harmoniser l’action. Il s’agit notamment d’intégrer les considérations de l’économie circulaire aux politiques transversales qui influent elles-mêmes sur la triple crise planétaire, comme celles portant sur l’innovation et le commerce. Les coalitions interministérielles pourraient contribuer à pallier les lacunes dans la prise en compte des priorités en matière d’économie circulaire pour s’attaquer à la triple crise planétaire. Ensemble, des initiatives telles que le Fonds africain pour l’économie circulaire de la Banque africaine de développement offrent une possibilité ciblée d’aider les pays en développement ambitionnant de concevoir des politiques et des programmes en faveur de l’économie circulaire qui relèvent simultanément les défis du changement climatique, de la perte de biodiversité et de la pollution.
En ce qui a trait à l’innovation, l’harmonisation des politiques promouvant l’économie circulaire et de celles en faveur de l’innovation peut stimuler la recherche-développement et accélérer le déploiement de technologies de pointe telles que le jumeau numérique et les systèmes de recyclage automatisés. Par exemple, les politiques promouvant l’économie pourraient promouvoir la circularité en fixant des objectifs minimaux de réutilisation ou de recyclage pour les produits plastiques, ou en modulant les redevances en fonction de leurs impacts environnementaux. De telles politiques pourraient encourager l’innovation dans le domaine de la conception des produits, afin de réduire la production de déchets, d’améliorer la recyclabilité et la réutilisabilité des produits, et de stimuler l’innovation dans le recyclage des déchets. Des innovations telles que le remplacement des matières et la numérisation peuvent améliorer l’efficacité d’utilisation des ressources, mais doivent être mises en place avec prudence afin d’éviter de créer de nouvelles pressions sur l’environnement. Par exemple, le remplacement des ressources minérales par des intrants biosourcés peut accroître la demande de terres et de biomasse, ce qui peut entraîner une pollution par les nutriments. Il serait possible d’anticiper et de gérer les risques de « remplacement regrettable » en améliorant les évaluations ex ante qui examinent les dangers, l’exposition et les caractéristiques fonctionnelles des produits chimiques et des matières tout au long de leur cycle de vie.
Par ailleurs, les échanges commerciaux offrent la possibilité d’améliorer la viabilité économique des pratiques circulaires grâce à des économies d’échelle. Même si les stratégies pour une économie circulaire sont adoptées à l’échelle nationale, les chaînes de valeur, elles, sont par nature mondiales. Les échanges commerciaux ont un rôle important à jouer, par exemple, pour atténuer la criticité des matériaux nécessaires à la transition énergétique. Les échanges commerciaux jouent également un rôle essentiel en soutenant les marchés internationaux pour les produits en fin de vie et en appuyant les marchés des matières secondaires. Une meilleure adéquation entre les normes et les règlements est essentielle afin de maximiser la contribution potentielle des échanges commerciaux à la réalisation des objectifs en matière d’économie circulaire. Cette harmonisation pourrait notamment consister à clarifier et à uniformiser les définitions et les systèmes de classification des déchets, des matières secondaires et des produits en fin de vie. Par exemple, il existe différentes définitions de « matières secondaires » et leur rapport avec les codes utilisés par les douanes pour classifier les produits aux frontières. Le système harmonisé n’est pas clair. Intégrer les éventuelles implications commerciales des mesures en amont, depuis l’extraction des ressources jusqu’aux procédés de production (comme l’écoconception), peut renforcer le rôle du commerce dans la mise à l’échelle des solutions d’économie circulaire.
Les systèmes alimentaires et énergétiques, combinés au secteur du bâtiment et des transports, représentent environ 90 % de la demande mondiale de matériaux (PNUE, 2024[42]). En ce qui concerne le secteur de l’énergie, le déploiement à grande échelle d’installations de production d’énergie solaire et d’énergie éolienne stimule la demande de matières : environ 82 % des bassins miniers mondiaux ciblent les matériaux nécessaires pour la production d’énergies renouvelables (Sonter et al., 2020[47]) et cette activité peut réduire, morceler et dégrader des habitats naturels, accroître la pollution et rejeter des émissions de GES. La quantité de minéraux par mégawatt utilisée pour l’énergie éolienne et l’énergie solaire photovoltaïque, qui est 1.2 à 14 fois supérieure à celle employée pour d’autres technologies de production d’électricité (AIE, 2021[48]) accroît les pressions exercées sur l’environnement.
L’économie circulaire représente donc un potentiel non négligeable de réduction de l’incidence du secteur énergétique sur l’environnement. Les investissements destinés à améliorer l’efficacité de la production d’énergies renouvelables peuvent réduire l’empreinte spatiale des infrastructures par unité, faisant ainsi diminuer les pressions exercées sur l’environnement. De même, il serait utile d’incorporer les indicateurs de l’économie circulaire aux méthodes d’analyse du cycle de vie pour les technologies liées aux énergies renouvelables afin de mieux recenser les répercussions potentielles en matière de changement climatique, de recul de la biodiversité et de pollution.
Une plus grande transparence concernant la composition des matériaux et l’impact des produits sur l’environnement pourrait également faciliter les actions menées pour atténuer les risques de pollution émanant des énergies renouvelables et améliorer la gestion en aval des panneaux solaires et des pales d’éoliennes hors d’usage. Par exemple, l’Union européenne lance un passeport numérique des produits au titre du règlement sur l’écoconception des produits durables, qui établit un cadre de définition des exigences en matière d’écoconception pour la quasi-totalité des produits mis sur le marché (Union européenne, 2024[49]). L’amélioration de la gestion en fin de vie du matériel de production des énergies renouvelables peut de la même façon favoriser des économies plus circulaires. Plusieurs pays, dont l’Allemagne et la France, ont adopté le règlement de l’UE sur les déchets, issu des directives relatives aux déchets d’équipements électriques et électroniques pour gérer les panneaux solaires photovoltaïques hors d’usage. Ce règlement rend les fabricants responsables des coûts de collecte et de recyclage des panneaux photovoltaïques. Il serait important de se pencher en parallèle sur la valorisation des matières et l’efficacité d’utilisation des ressources. Les investissements dans des infrastructures soutenant les modèles économiques circulaires, au-delà de la gestion des déchets, sont donc importants. Par exemple, le gouvernement hollandais soutient la production à grande échelle de cellules et de panneaux solaires conformes aux principes de l’économie circulaire dans le cadre du projet SolarNL.
De même, des systèmes alimentaires plus circulaires constituent un levier d’action important pour lutter contre la triple crise planétaire. Par exemple, une optimisation des techniques agricoles, notamment une réorientation vers les techniques de l’agriculture régénératrice (par exemple, le sylvopastoralisme) permettrait de minimiser les intrants externes, dont les engrais, tout en améliorant le piégeage du carbone. Par ailleurs, des emballages recyclables et compostables réduiraient les émissions de GES et les déchets associés aux emballages à usage unique et à la mise en décharge, tout en atténuant les risques d’effets néfastes sur la biodiversité une fois ceux-ci retrouvés dans l’environnement.
L’évolution d’une économie linéaire vers une économie plus circulaire dans le secteur alimentaire pourrait également être élargie aux produits à base de phosphore. Le réemploi du phosphore consiste à utiliser directement des déchets contenant du phosphore sans transformation importante, par exemple en appliquant du fumier et du compost riches en phosphore sur les sols en guise d’engrais. Le recyclage du phosphore consiste pour l’essentiel à récupérer des déchets et à les transformer en un produit qui peut être réutilisé, souvent dans l’agriculture, par exemple en recourant à l’extraction chimique du phosphore des boues d’épuration ou à la récupération du phosphore dans les cendres des boues d’épuration après la monoincinération des boues.
Par ailleurs, une approche plus circulaire des systèmes alimentaires peut faire diminuer la quantité d’aliments non consommés. La collaboration volontaire des gouvernements, des agriculteurs, des fournisseurs et des détaillants peut donner naissance à des stratégies globales pour lutter contre la perte et le gaspillage alimentaire, de l’étable à la table. Depuis 2005, le pacte relatif aux aliments et aux boissons du Royaume-Uni (anciennement l’Engagement Courtauld) a fourni des orientations pour aider les entreprises à fixer des objectifs de réduction du gaspillage alimentaire, à mesurer le surplus et le gaspillage, et à agir pour réduire le gaspillage alimentaire tout au long de la chaîne d’approvisionnement (WRAP, 2022[50]). Les gouvernements peuvent suivre les progrès dans la réalisation des objectifs au moyen d’indices de pertes et de gaspillages alimentaires. Ces mesures doivent nécessairement s’accompagner d’initiatives complémentaires favorisant une consommation durable des biens non alimentaires.
Il est également possible de miser sur le renforcement des mesures incitatives afin de mieux gérer les répercussions sur l’environnement tout au long du cycle de vie des matières (extraction, transport, transformation, utilisation et élimination). Il est alors particulièrement important de réorienter les mesures d’incitation avec l’objectif d’intensifier les efforts visant à restreindre la production et la demande et à encourager l’écoconception. Par exemple, le prix des matières primaires reste plus concurrentiel que celui des matières secondaires, en partie en raison de mesures de soutien telles que les réductions de l’impôt sur le revenu des entreprises et le financement des investissements à des conditions préférentielles pour l’extraction des métaux. Pour rendre les approches de l’économie circulaire plus viables sur le plan économique, les recettes tirées des taxes sur les matières primaires pourraient être redistribuées sous forme de subventions pour le recyclage fondées sur le prix à la production du produit de base pour les processus de recyclage ou sur le prix de vente des produits recyclés. Un recours plus généralisé au recyclage peut significativement compenser les besoins de terres, la demande d’énergie, ainsi que la pollution des sols, de l’eau et de l’air associée à la production de matières primaires. De même, des subventions donneraient la possibilité aux entreprises d’accroître leurs dépenses de recherche-développement, améliorant ainsi les chances de mettre au point des innovations clés et d’accroître leur future capacité de production. Il est primordial que ces mesures incitatives servent à faire face aux effets rebonds.
En outre, ces interventions doivent être examinées dans le contexte des impacts sur l’ensemble du cycle de vie afin d’éviter de déplacer le problème vers d’autres points finaux. Par exemple, si les matières secondaires ont tendance à être beaucoup moins polluantes, les produits recyclés peuvent contenir de plus fortes concentrations de produits chimiques dangereux. Pour que le recyclage devienne plus durable, il faut à la fois accélérer la transition vers un système énergétique plus propre et encourager une conception plus durable des produits.
La modification des modes de consommation est au cœur d’une transition vers une économie circulaire conforme à l’objectif de relever le défi de la triple crise planétaire. Il convient également de compléter l’approche actuelle qui privilégie les mesures axées sur l’offre (production) en renforçant considérablement les mesures axées sur la demande (consommation) afin d’éviter la surconsommation et de s’orienter vers des solutions de remplacement moins néfastes. Les mesures axées sur la demande, qui visent à réduire les obstacles structurels, financiers et psychologiques tout en améliorant l’architecture des choix et en développant les marchés pour les produits recyclés, peuvent contribuer à réduire les pressions sur l’environnement. La disponibilité, l’accessibilité financière et la commodité sont fondamentales pour permettre aux ménages de prendre des décisions plus durables. Par exemple, il est peu probable que les gens fassent réparer leurs vêtements si ces services sont difficiles d’accès ou si la réparation n’est pas compétitive par rapport à l’achat de vêtements neufs. De même, il y a plus de chances que les ménages recyclent et compostent leurs déchets s’ils ont accès à des services de collecte devant leur domicile. Des stratégies axées sur la demande, telles que des crédits d’impôt pour l’achat d’articles remis à neuf ou réparés, ou la tarification au volume des déchets résiduels et alimentaires, peuvent encourager les résidents à réduire leur production de déchets. Ces instruments sont généralement appliqués à l’échelle infranationale. Il est donc essentiel d’anticiper les défis que les municipalités pourraient rencontrer, notamment en raison de leurs ressources et capacités limitées, afin de garantir l’efficacité des politiques. Les changements culturels et structurels doivent donc être analysés en parallèle des choix individuels.
Effets sociaux et redistributifs
Si elle doit contribuer à l’objectif de répondre à la triple crise planétaire, la transition vers une économie plus circulaire et plus efficace dans l’utilisation des ressources doit aussi être opérée sans laisser personne de côté. Pourtant, cet objectif prioritaire ne ressort pas toujours clairement dans les stratégies pour une économie circulaire (Barrie et al., 2024[44]). La disponibilité, l’accessibilité financière et la commodité sont également cruciales pour l’adoption des modèles d’économie circulaire. Si les politiques promouvant l’économie circulaire font augmenter immédiatement le prix des produits (par exemple, des biens plus durables et réparables), ceux-ci pourraient ne plus être accessibles financièrement aux ménages à faible revenu. Néanmoins, les modèles de partage comme la location ou le crédit-bail, qui font aussi partie de l’économie circulaire, peuvent améliorer l’accessibilité financière en réduisant les coûts.
L’économie circulaire peut déboucher sur une augmentation nette des emplois grâce à l’évolution de secteurs nécessitant beaucoup de matières tels que les industries extractives vers des secteurs davantage orientés vers les services, qui requièrent généralement plus de main-d’œuvre, mais entraînent une modification des métiers demandés et un déplacement des activités, créant des gagnants et des perdants. Dans certains cas, la qualité des emplois créés peut également être une source de préoccupation. Il est possible de mettre en place des mesures de protection sociale telles que les programmes de reconversion professionnelle pour aider les travailleurs déplacés par les politiques promouvant l’économie circulaire tout en réorientant les recettes tirées des taxes sur les matières primaires afin de réduire les impôts sur le travail induisant une distorsion, et contribuer à créer ainsi des retombées sociales. À l’échelle régionale, une orientation des investissements dans l’économie circulaire vers des régions auparavant tributaires des industries extractives peut également aider à réduire les bouleversements qu’engendre parfois la transition vers une économie plus circulaire.
Étant donné que la production secondaire nécessite généralement plus de main-d’œuvre que la production primaire, la réduction des taux d’imposition du travail peut être un moyen d’accroître l’avantage de coût de la production secondaire. La santé environnementale et la sécurité pourraient également nécessiter une attention particulière, par exemple dans le cas de travailleurs employés dans les secteurs du recyclage, de la réparation et du reconditionnement. Dans de nombreux pays en développement et émergents, ces tâches sont souvent réalisées par des travailleurs informels sous-payés, sans mesure adaptée de protection de l’environnement. L’intégration des travailleurs informels à des systèmes plus officiels de gestion des déchets peut contribuer à améliorer la santé et la sécurité au travail ainsi qu’à faire augmenter les revenus.
7.2.6. Repenser les systèmes alimentaires
Les systèmes alimentaires, qui englobent les éléments et les activités liées à la production et à la consommation d’aliments (dont le changement d’affectation des terres), représentent environ un tiers des émissions mondiales de GES (Crippa et al., 2021[51]). L’agriculture et le changement d’affectation des terres qui y est associé représentent environ 65 % de ces émissions, la part restante provenant des activités en aval (par exemple, transport, transformation, vente au détail, emballage, déchets) et en amont (production de carburant) (OCDE, 2023[52]).
Les systèmes alimentaires sont également le premier déterminant de la perte de biodiversité terrestre (Dasgupta, 2021[53]). L’agriculture est le principal facteur de disparition des habitats et est responsable de la plupart des changements d’affectation des terres à l’échelle mondiale, principalement à travers la conversion d’écosystèmes naturels pour la production végétale et les pâturages. Le développement de l’agriculture a également des effets néfastes sur les écosystèmes marins et d’eau douce, notamment à cause de l’utilisation de pesticides.
Bien que de nombreuses mesures existent pour réduire les émissions de GES dans les systèmes alimentaires — et qu’elles contribuent souvent aussi à limiter la perte de biodiversité et la pollution — leur mise en œuvre reste fragmentée et insuffisamment coordonnée. De telles mesures sont également susceptibles d’entraîner des arbitrages avec d’autres objectifs essentiels, tels que la sécurité alimentaire ou le revenu des ménages. De manière générale, passer à des catégories alimentaires à moindre impact et/ou des méthodes de production à plus faible impact peuvent améliorer les objectifs environnementaux. La forte hétérogénéité au sein des catégories alimentaires ajoute toutefois une complexité supplémentaire, soulignant l’importance cruciale des données probantes pour évaluer les synergies et arbitrages possibles (OCDE, 2021[3]). Jusqu’à présent, l’agriculture a été largement exemptée des objectifs juridiquement contraignants de réduction des émissions de gaz à effet de serre et elle est souvent absente des stratégies nationales de neutralité carbone. Par exemple, si la plupart des pays mentionnent l’agriculture dans les secteurs pris en compte dans leurs NDC, seuls 16 des 54 pays examinés par l’OCDE avaient fixé sous une forme ou une autre un objectif de réduction chiffré à leur secteur agricole (OCDE, 2022[26]). L’intégration des systèmes alimentaires aux autres politiques climatiques macroéconomiques constitue un autre domaine d’action important. Par exemple, les émissions d’origine agricole sont généralement exclues de la majorité des systèmes nationaux de tarification du carbone.
Les mesures de lutte contre la perte de biodiversité sont mieux reliées aux systèmes alimentaires, mais les synergies et les arbitrages entre la biodiversité et l’action pour le climat ne sont pas pleinement pris en compte lors de l’élaboration de ces mesures (OCDE, 2023[52]). La hausse de l’utilisation intensive des terres réduit la déforestation, mais exige davantage d’engrais et d’eau, tandis que le développement de l’utilisation extensive des terres accroît la déforestation. L’évaluation de ces arbitrages requiert une approche intégrée des politiques dans les trois domaines, à savoir climat, biodiversité et pollution, qui n’est pas pleinement en place.
La transformation des systèmes alimentaires est essentielle pour faire face à la triple crise planétaire. En matière de changement climatique, atteindre l’objectif de neutralité carbone implique de réduire les émissions dans l’ensemble des secteurs, y compris les systèmes alimentaires, où les progrès demeurent plus lents que dans les autres secteurs. En matière de protection de la biodiversité, le déclin et la dégradation des écosystèmes sont étroitement liés aux systèmes alimentaires actuels. La pollution liée aux systèmes alimentaires est aussi à l’origine de la majeure partie des disparitions d’habitats et des changements d’affectation des terres entraînant une déforestation. En termes de pollution, l’azote utilisé dans l’agriculture a un coût important pour la santé et les écosystèmes. Les estimations des coûts cachés mondiaux liés à l’utilisation de l’azote s’élèvent à environ 1.5 billion USD (soit environ 1.46 % du PIB mondial) (Lord, 2023[54]). Bien que l’apport de nutriments tels que l’azote et le phosphore soit essentiel pour maintenir les rendements agricoles, une part importante de ces intrants n’est pas absorbée par les plantes. Par exemple, il existe un excédent considérable d’application d’azote à l’échelle mondiale (environ la moitié est perdue), qui pourrait être réduit dans les régions excédentaires sans compromettre la sécurité alimentaire, tout en améliorant l’efficacité de l’utilisation de l’azote (Lassaletta et al., 2014[55]).
Recommandations et actions essentielles en matière de politiques
Des mesures doivent être prises afin de réduire les répercussions négatives des systèmes alimentaires sur le climat, la biodiversité et la pollution tout en tenant compte des synergies et en gérant les arbitrages. Il y a par exemple des problèmes de gouvernance au niveau mondial et national. À l’échelle mondiale, le bilan ne fournit pas d’objectif ou d’orientation pour ce qui est d’intégrer des mesures portant sur les systèmes alimentaires aux politiques nationales. Ce bilan analyse les vulnérabilités des systèmes de production alimentaire face au changement climatique, mais le rôle des systèmes alimentaires dans l’atténuation du changement climatique n’apparaît pas dans l’Accord. Des progrès ont été accomplis à l’égard de l’intégration de l’agriculture dans le contexte de la CCNUCC avec l’Action commune de Korovinia pour l’agriculture, conçue pour faire avancer les discussions sur le rôle que l’agriculture peut jouer pour renforcer la sécurité alimentaire et l’adaptation au changement climatique. Par la suite, il a été décidé lors de la Conférence des Parties de 2022 à Charm el-Cheikh d’élaborer des stratégies globales pour assurer la sécurité alimentaire face à ces défis. Toutefois, cette initiative n’a pas encore donné de résultat. Pour la première fois à la COP28 en 2023, le bilan mondial a mentionné les systèmes alimentaires, mais n’a pas intégré d’approche axée sur les systèmes pour lutter contre le changement climatique dans ces systèmes (WWF, 2024[56]).
Le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal fixe des objectifs clairs en lien avec l’agriculture et les systèmes alimentaires, mais il reste beaucoup à faire pour les mettre en œuvre. En adoptant des approches collaboratives et multipartites dans le cadre des NDC, des plans nationaux d’adaptation et des SPANB, les gouvernements peuvent s’assurer que les politiques relatives au climat, à la biodiversité et aux aliments sont alignées et visent à contribuer aux objectifs mondiaux en matière de climat et de nature (OCDE, 2023[52]).
Au niveau national, une approche axée sur les systèmes alimentaires qui appréhende les défis, mais perçoit également les possibilités s’avère nécessaire. Pour cela, il faut intégrer des mesures portant sur les systèmes alimentaires aux SPANB et aux NDC. Si la plupart (94 %) des 146 NDC mentionnent les aliments, seuls 3 % (5 NDC) envisagent des mesures dans plusieurs secteurs d’intervention au sein des systèmes agricoles et alimentaires.7
Concernant les règlements et les mesures de protection, une action concertée visant à s’attaquer aux émissions des systèmes alimentaires doit porter à la fois sur l’offre et la demande (OCDE, 2022[26]). Du côté de la demande, trois domaines d’action se démarquent : tout d’abord, réduire les émissions directes provenant de l’agriculture et d’autres secteurs tout au long des chaînes de valeur des systèmes alimentaires, notamment en augmentant la productivité et l’efficacité de l’utilisation des intrants ; ensuite, réduire les émissions générées par le changement d’affectation des terres et accroître le potentiel de séquestration du carbone ; et enfin, réduire le gaspillage alimentaire. Du point de vue de la demande, il est crucial de faire évoluer les préférences alimentaires vers des produits et des processus produisant moins d’émissions et de réduire le gaspillage alimentaire.
Une autre mesure efficace consisterait à mettre en place une tarification des émissions provenant de sources agricoles, qui ne sont pas soumises à ce dispositif à l’heure actuelle. Une évolution récente est l’annonce en 2024 par le Danemark d’une taxe sur les émissions de GES liées à l’élevage dans le secteur agricole à compter de 2030 (en attente d’une approbation par le parlement) (The Copenhagen Post, 2024[57]).
Il existe d’autres possibilités d’améliorer les paiements à la superficie afin de les faire davantage concorder avec une transition vers des systèmes alimentaires peu polluants, notamment en reliant ces paiements à la fourniture de services environnementaux et écosystémiques tels que le piégeage du carbone grâce au boisement ou à la remise en état des terres. Ces dispositifs peuvent jouer un rôle important, mais des difficultés risquent d’apparaître lorsqu’ils sont davantage orientés par les objectifs des pouvoirs publics que les besoins locaux (Pagiola, Agostini et Gobbi, 2004[58]). Pour éviter ce risque, il faut s’assurer que ces dispositifs sont le fruit de la participation de toutes les parties prenantes et que les réactions des fournisseurs de services aux mesures incitatives proposées sont prises en compte (Wunder et al., 2020[59]).
Du côté de la demande, une mesure essentielle consiste à réduire la perte et le gaspillage alimentaire. La quantité d’aliments perdus ou gaspillés représente environ un tiers de la production alimentaire totale (FAO, 2023[60]) et génère entre 8 et 10 % des émissions mondiales de GES (PNUE, 2024[61]). Un investissement ciblé dans le matériel, la formation des manutentionnaires et des programmes pédagogiques destinés aux consommateurs sont quelques-unes des mesures possibles pour y remédier (FAO, 2019[62]). Si ces solutions techniques ont des effets et sont jugées rentables, d’autres qui se concentrent sur la modification des comportements n’ont pas été évaluées en détail mais restent importantes. Douze pour cent du gaspillage alimentaire se produit lors de la vente au détail et 60 % au niveau des ménages (PNUE, 2024[61]). Des mesures visant à promouvoir/orienter la modification des comportements et la sensibilisation des consommateurs peuvent réduire notablement le gaspillage alimentaire, notamment en encourageant des changements de pratiques dans les commerces de détail et les entreprises tels que l’établissement de rapports et le ciblage des consommateurs, la mise sur le marché de produits ayant une plus longue durée de conservation ou l’encadrement des pratiques commerciales qui entraînent des achats excessifs (OCDE, 2022[26]).
L’autre mesure axée sur la demande est la modification des régimes alimentaires. Une transition vers des régimes à base d’aliments d’origine végétale devrait coûter 30 milliards USD, mais les avantages économiques attendus de cette transition, qui s’élèvent à 1 280 milliards USD, éclipsent ces coûts (Nature Editorial, 2019[63]). Néanmoins, comme les régimes alimentaires font partie intégrante des habitudes sociales et culturelles, il est très difficile de les changer. Les politiques actuelles entraînent souvent la communication d’informations et stratégies d’incitation douce. Il y a des signes d’évolution globale vers des régimes plus sains et plus durables, mais on prévoit également une augmentation de la consommation de viande et de produits laitiers (OCDE/FAO, 2025[64]).
La recherche-développement pourrait jouer un rôle non négligeable. Durant les dernières décennies, des gains de productivité importants ont aidé à répondre à la hausse de la demande alimentaire mondiale en limitant les effets sur l’environnement. Il est possible de réaliser de nouveaux gains de productivité qui feraient baisser la demande d’expansion des surfaces, tout en réduisant l’empreinte environnementale du secteur agricole. Les nouvelles technologies génétiques offrent de perspectives supplémentaires d’amélioration de la productivité des cultures, et pourraient jouer un rôle important dans la réduction des émissions des systèmes alimentaires (von Braun et al., 2021[65]). Il existe également des options viables pour réduire les émissions du secteur de l’élevage. Étant donné que la majorité des émissions provient de la fermentation entérique, l’amélioration génétique des bovins et la qualité des pâturages sont des leviers clés (OCDE, 2022[26]).
Les investissements dans la recherche-développement sur les systèmes agroalimentaires offrent un rendement élevé en matière de productivité et d’avantages pour l’environnement, supérieur aux restrictions à l’utilisation des terres dans certaines études (Fuglie et al., 2022[66]). Pourtant, les investissements publics dans l’innovation agricole restent marginaux à l’heure actuelle : ils équivalent à seulement 0.54 % de la valeur de la production agricole en 2022-2024 (OCDE, 2025[23]). Ces investissements devront être complétés par l’adoption de pratiques perfectionnées dans les secteurs offrant un fort potentiel et par des mesures visant à garantir que les groupes vulnérables ont accès à ces technologies.
Effets sociaux et redistributifs
Réformer des systèmes alimentaires peut avoir des effets sociaux et redistributifs positifs et négatifs. Du côté positif, par exemple, la modification des régimes alimentaires et la diminution de la pollution peuvent avoir des retombées bénéfiques sur la santé. Par ailleurs, la réduction de la perte et du gaspillage alimentaire peut aider à faire reculer la faim et la malnutrition en accroissant les disponibilités alimentaires. En outre, en optimisant l’utilisation des engrais et des pesticides, les responsables publics peuvent améliorer la qualité des sols et de l’eau, tout en réduisant les coûts de traitement de l’eau. Cependant, ce sont les effets indirects négatifs potentiels qu’il convient d’évaluer et de gérer avec soin dans le cadre de tout processus de réforme des systèmes alimentaires. Une réglementation environnementale plus stricte et des taxes sur les aliments produisant beaucoup d’émissions tels que la viande et les produits laitiers peuvent faire augmenter les prix de détail et toucher de manière disproportionnée les ménages à faible revenu qui consacrent une plus grande part de leur budget à l’alimentation. Si les produits de remplacement plus sains et durables restent plus chers ou moins faciles à obtenir, ces mesures pourraient creuser les inégalités de santé et avoir des effets disproportionnés sur les ménages à faible revenu. D’autres réformes, comme la réduction des intrants agricoles ou de la production de viande, pourraient entraîner des pertes de revenus ou une insécurité de l’emploi chez les agriculteurs, en particulier les petits exploitants, dans des systèmes agricoles à forte consommation d’intrants ou dominés par l’élevage. La modification des régimes alimentaires et des mesures telles que les ajustements carbone aux frontières dans les pays à revenu élevé pourraient également avoir des effets redistributifs sur les agriculteurs des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire qui dépendent d’exportations agricoles produisant beaucoup d’émissions.
Les gouvernements disposent d’un large éventail d’instruments pour atténuer ces effets sociaux et distributifs négatifs et éviter que ces enjeux ne deviennent un obstacle à l’amélioration de la durabilité environnementale des systèmes alimentaires. Parmi ces instruments figurent les transferts de revenus ou les chèques alimentaires pour les groupes à faible revenu. Les subventions ciblées pour des aliments sains occasionnant peu d’émissions représentent une autre option, à condition de s’assurer que ces subventions ne constituent pas une régression sur le plan social, par exemple si la consommation de ces aliments se concentre dans les groupes à revenu élevé au départ. Il serait également possible de réfléchir à des politiques de marchés publics afin de fournir des repas abordables plus respectueux de l’environnement dans des établissements tels que les écoles et les hôpitaux. Des programmes en faveur d’une transition juste qui facilitent la reconversion des travailleurs agricoles comme moyen de diversification des économies rurales (par exemple, énergies renouvelables et services écosystémiques) peuvent aider à compenser les éventuelles pertes de revenus et d’emploi. Le fait de subordonner le versement des subventions aux intrants à l’adoption de pratiques telles que l’agriculture intelligente face au climat peut aider à réduire la pollution par les éléments nutritifs tout en soutenant les moyens de subsistance des agriculteurs. À l’échelle internationale, le soutien à la diversification des échanges en vue de réduire la dépendance à l’égard de l’exportation d’un seul produit alimentaire et le recours à l’aide au développement ou le financement de l’action climatique peuvent appuyer une transition durable au sein des systèmes alimentaires.
Outre les instruments d’action spécifiques, toute réforme des systèmes alimentaires doit prendre en compte les liens étroits qui relient l’alimentation et la culture, les croyances religieuses et les valeurs. Une collaboration multipartite dans laquelle une attention particulière est portée à ceux qui sont traditionnellement exclus du processus décisionnel est essentielle. Étant donné ces intérêts interreliés, une approche axée sur les systèmes alimentaires s’impose pour mettre en œuvre une réforme cohérente et ambitieuse. Une approche axée sur les systèmes alimentaires ouvre la voie à l’utilisation de différents instruments pour trouver un juste équilibre entre les valeurs et les intérêts concurrents. Pour ce faire, il convient d’examiner les effets de toutes les politiques touchant les systèmes alimentaires sur les revenus des agriculteurs, l’environnement, la sécurité alimentaire et l’économie plus généralement afin de renforcer les synergies et d’éviter ou d’atténuer les conséquences inattendues.
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[28] Valin, H., B. Henderson et J. Lankoski (2023), « Reorienting budgetary support to agriculture for climate change mitigation : A modelling analysis », OECD Food, Agriculture and Fisheries Papers, n° 206, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/28248b95-en.
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[17] WBCSD (2025), Impact accounting: uses, challenges and prospects, June 19, 2025, https://www.wbcsd.org/resources/impact-accounting-uses-challenges-and-prospects/?submitted=true.
[50] WRAP (2022), UK Food and Drink Pact, https://www.wrap.ngo/take-action/uk-food-drink-pact.
[59] Wunder, S. et al. (2020), « Payments for Environmental Services: Past Performance and Pending Potentials », Annual Review of Resource Economics, vol. 12, pp. 209-234, https://doi.org/10.1146/annurev-resource-100518-094206.
[56] WWF (2024), Biodiversity and Climate Action in Agriculture and Food Systems: Opportunities for Building Synergies.
[4] WWF (2023), Breaking Silos: Enhancing Synergies between NDCs and NBSAPs.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. Le périmètre des politiques examinées est détaillé dans l’Annexe 2.A. La date limite retenue pour l’analyse de modélisation implique que les évolutions des politiques et des niveaux d’ambition dans les contributions déterminées au niveau national mises à jour en 2025 ne sont pas prises en compte dans les politiques actuelles.
← 2. Les dix pays inclus dans l’analyse sont l’Argentine, l’Australie, le Canada, la République populaire de Chine, la France, l’Inde, l’Indonésie, le Japon, le Pérou et l’Ouganda (voir chapitre 5).
← 3. Les pays développés ont fourni et mobilisé 115.9 milliards USD pour financer l’action climatique (dans les pays en développement) en 2022, dépassant l’objectif annuel de 100 milliards USD pour la première fois (OCDE, 2024[67]). De même, l’objectif 19 du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal fixe l’objectif de mobiliser 200 milliards USD par an d’ici 2030, dont 30 milliards USD de fonds internationaux des pays développés vers les pays en développement. En 2021, les financements publics de développement liés à la biodiversité auraient atteint 18.5 milliards USD d’après les estimations (OCDE, 2023[20]).
← 4. Le Programme spécial, également connu sous le nom de Programme de gestion des produits chimiques et des déchets, finance le renforcement institutionnel en vue de gérer de manière rationnelle les produits chimiques et les déchets, l’objectif étant de faciliter la mise en œuvre des conventions de Bâle, de Rotterdam et de Stockholm, de la Convention de Minamata et le Cadre mondial relatif aux produits chimiques.
← 5. Les mesures de soutien renvoient notamment aux transferts budgétaires directs, aux dépenses fiscales et au manque à gagner (par exemple, sous-évaluation d’un bien ou d’un service). Certains types de mesures de soutien tels que le soutien des prix du marché (par exemple, garantie de prix minimum) en agriculture sont davantage un manque à gagner qu’un transfert budgétaire. Ces mesures ne peuvent donc pas être reconverties ou redirigées, mais il est possible de les réformer et de les éliminer (Matthews et Karousakis, 2022[68]).
← 6. En outre, le coût de production de l’électricité renouvelable a rapidement diminué ces dernières années.
← 7. Bien qu’il puisse y avoir peu de mesures relatives aux systèmes alimentaires dans les rapports nationaux, ces mesures peuvent être intégrées dans les plans de mise en œuvre des pays.