Ce chapitre offre une vue d’ensemble détaillée des profils d’évolution, actuels et futurs, qui caractérisent les différents indicateurs de la triple crise planétaire, toutes dimensions confondues. Un tableau de bord d’indicateurs clés, triés sur le volet, permet de voir rapidement quel est l’état de l’environnement aux niveaux planétaire et régional. Il montre aussi comment les différentes dimensions de la crise sont liées entre elles et se renforcent mutuellement. Dans ce chapitre, il est également question des difficultés que pose l’évaluation des incidences économiques de la dégradation de l’environnement. L’analyse repose sur des estimations tirées de travaux publiés.
Perspectives de l’environnement sur la triple crise planétaire
3. État actuel et futur de la triple crise planétaire
Copier le lien de 3. État actuel et futur de la triple crise planétaireDescription
3.1. Introduction
Copier le lien de 3.1. IntroductionL’objet de ce chapitre est de montrer comment les tendances socioéconomiques et des déterminants spécifiques (chapitre 2) sont reliés à l’évolution des pressions environnementales et, partant, à l’évolution du changement climatique, de la perte de biodiversité et de la pollution jusqu’en 2050. La section 3.2 traite de la question de savoir comment les pressions participent aux différentes dimensions de la triple crise planétaire en montrant les corrélations négatives et synergies. Dans les sections 3.3 à 0, il s’agit d’examiner l’état actuel et prévu des différentes dimensions étudiées – changement climatique, perte de biodiversité et pollution – pour les besoins de l’analyse détaillée dans la section 3.6. Lorsque cela est possible, des projections sont présentées, concernant une sélection d’impacts et de thèmes transversaux, tels que la santé, l’eau et l’adaptation, afin d’apporter un éclairage supplémentaire sur les conséquences attendues des pressions environnementales actuellement à l’œuvre.
3.2. Évolution des pressions environnementales
Copier le lien de 3.2. Évolution des pressions environnementalesLes tendances socioéconomiques et les déterminants spécifiques du changement climatique, de la perte de biodiversité et de la pollution qui sont examinés au chapitre 2 sont reliés à plusieurs pressions environnementales dans le cadre méthodologique d’analyse déterminants-pressions-état-impacts-réponse décrit au chapitre 1. Par exemple, pour nourrir une population de plus en plus nombreuse, il faut accroître la productivité agricole, ce qui exerce des pressions sur l’environnement en termes d’émissions, de changement d’affection des terres et de pollution à l’azote et au phosphore. La situation est d’autant plus complexe qu’une pression environnementale n’agit pas nécessairement sur une seule dimension de la triple crise planétaire. On le voit dans le cas du méthane (CH4) : comme il est un gaz à effet de serre et un précurseur de l’ozone troposphérique, ses émissions interviennent à la fois dans le changement climatique et la pollution atmosphérique.
Il est donc essentiel de s’intéresser à un large éventail d’indicateurs pour comprendre l’évolution des pressions environnementales à l’œuvre dans le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution. Tel est l’objectif de cette section, qui porte plus particulièrement sur la période 2020-2050. Elle en donne un aperçu informatif fondé sur des indicateurs sélectionnés avec soin, quoique de manière non exhaustive, ce qui permet d’avoir une vue d’ensemble de l’évolution des principaux déterminants à l’origine de la crise (voir l’Annexe 3.A) et, surtout, de leurs interactions1. Considérés ensemble, ces indicateurs décrivent un vaste ensemble de pressions qui s’exercent sur l’atmosphère, les terres, les ressources en eau et les sols et se traduisent par une dégradation de l’environnement. Les indicateurs utilisés dans la boîte à outils de modélisation sont présentés dans le Tableau 3.1 (voir le Tableau d’annexe 3.A.1 pour les unités correspondantes).
Tableau 3.1. Vue d’ensemble des indicateurs employés pour décrire les pressions environnementales
Copier le lien de Tableau 3.1. Vue d’ensemble des indicateurs employés pour décrire les pressions environnementales|
Pression environnementale |
Description de l’indicateur |
|
|---|---|---|
|
Atmosphère |
||
|
Émissions de CO2 |
Le dioxyde de carbone (CO2), dont l’essentiel des émissions est dû à la consommation d’énergie, fait partie des principaux gaz à effet de serre responsables du changement climatique. |
|
|
Émissions de CO2 : AFAT |
Les émissions du secteur AFAT contribuent au changement climatique et peuvent être associées aux pressions qui s’exercent sur la biodiversité, par exemple, en raison de la déforestation. |
|
|
Émissions de CH4 |
Le méthane (CH4) est un forceur climatique à courte durée de vie qui contribue à la pollution de l’air par l’ozone et au changement climatique. |
|
|
Émissions de N2O |
L’oxyde nitreux (N2), dont l’essentiel des émissions est dû à la consommation d’énergie, fait partie des principaux gaz à effet de serre responsables du changement climatique. |
|
|
Émissions de carbone noir |
Le carbone noir (BC) est un forceur climatique à courte durée de vie qui contribue à la pollution de l’air par les particules fines (PM2.5) et au changement climatique. |
|
|
Émissions de SO₂ |
Les émissions de dioxyde de soufre (SO₂) contribuent à la pollution de l’air par les PM2.5 et ont un effet refroidissant sur le climat planétaire. |
|
|
Terres |
||
|
Occupation des sols Espaces bâtis |
L’expansion des surfaces bâties exerce des pressions sur les habitats et la biodiversité terrestre. |
|
|
Occupation des sols : terres cultivées |
L’expansion des surfaces cultivées au détriment des espaces naturels exerce des pressions sur les habitats et la biodiversité terrestre. |
|
|
Eau et sols |
||
|
Émissions de NH3 |
Les émissions d’ammoniac (NH3) contribuent à la pollution de l’air par les PM2.5, ainsi qu’à la pollution des terres et des ressources en eau, potentiellement au détriment de la biodiversité. |
|
|
Émissions de NOx |
Les oxydes d’azote (NOx) contribuent à la pollution de l’air par les PM2.5 et par l’ozone, ainsi qu’à la pollution et l’acidification des masses d’eau et des sols du fait des précipitations (pluies acides), potentiellement au détriment de la biodiversité. |
|
|
Rejets de phosphore |
Les rejets de phosphore (P) d’origine agricole dans l’eau peuvent être synonymes d’eutrophisation et d’appauvrissement de la biodiversité aquatique. |
|
|
Déchets plastiques mal gérés |
Les déchets plastiques mal gérés risquent d’être rejetés dans la nature. |
|
Considérés dans leur ensemble, les indicateurs retenus dépeignent une aggravation de la situation à l’échelle planétaire. D’après les projections avec les politiques publiques actuelles, les pressions environnementales observées dans le monde augmenteront pour presque toutes les dimensions entre 2020 et 2050 (dans le Graphique 3.1, la majorité des secteurs sont plus longs que le rayon du cercle qui illustre les valeurs correspondant à 2020). Cela implique que les politiques actuelles sont insuffisantes pour préserver la santé humaine et planétaire. Y font exception les pressions principalement liées à la pollution de l’air (émissions de carbone noir, de SO₂ et de NOx).
Graphique 3.1. Évolution d’une sélection de pressions environnementales
Copier le lien de Graphique 3.1. Évolution d’une sélection de pressions environnementalesÉvolution mondiale d’une sélection d’indicateurs de pression environnementale, 2020-2050
Note : La longueur des barres représente l’évolution prévue pour la période 2020-2050. Le cercle représente le niveau enregistré en 2020. Par exemple, avec les politiques publiques actuelles, les émissions de NH3 devraient croître de 43 % à l’échelle mondiale entre 2020 et 2050, et celles de NOx diminuer de 10 %. Les valeurs et unités des indicateurs considérés sont indiquées dans l’Annexe 3.A.
Source : Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
D’après les projections calculées pour 2020-2050, les plus fortes hausses concerneront les déchets plastiques mal gérés et la superficie bâtie (68 % et 49 % respectivement). L’ampleur de la croissance des déchets plastiques mal gérés s’explique par un doublement de l’utilisation mondiale de plastique d’ici à 2050 (voir le chapitre 2). Malgré les modestes améliorations prévues dans la gestion des déchets dans le cadre des politiques actuelles, les rejets de plastique dans l’environnement continueront d’augmenter. L’expansion de la superficie bâtie sera elle aussi considérable, bien que touchant encore une part relativement faible du total de la superficie terrestre. L’urbanisation participe à la déforestation (Hosonuma et al., 2012[1]) et perturbe de manière complexe les écosystèmes ainsi que la faune et la flore sauvages à l’échelon local (voir l’encadré 2.3 du chapitre 2 pour de plus amples détails). Plus généralement, le changement d’affectation des terres est l’un des principaux déterminants du recul de la biodiversité et devrait le rester dans le cadre des politiques actuelles . La superficie mondiale des terres cultivées, en particulier, progressera de 13 % d’ici à 2050, ce qui exacerbera les pressions exercées sur la biodiversité et par la pollution. Malgré cette expansion, les politiques actuelles visant à limiter la déforestation ainsi qu’à favoriser le boisement et reboisement – sous l’impulsion des objectifs liés au changement climatique et à la biodiversité – feront baisser de 4 % les émissions de CO2 du secteur de l’agriculture, de la foresterie et des autres affectations des terres (AFAT) au cours de la même période.
D’après les projections, les émissions mondiales de carbone noir et de SO₂, qui sont des polluants atmosphériques, vont fortement diminuer (de 42 % et 64 % respectivement), et celles de NH3 augmenter de 43 % à l’échelle mondiale, principalement à cause de la croissance des cheptels. Ces tendances contrastées sont le résultat de l’évolution divergente des déterminants à l’œuvre et d’une adoption inégale des nouvelles technologies. La consommation d’énergie étant la source principale des émissions de carbone noir et de SO₂, leur déclin tient en premier lieu à la progression des renouvelables et à l’amélioration des technologies de maîtrise des émissions (en bout de chaîne), qui s’inscrivent dans les politiques actuellement engagées en vue de réduire les émissions de polluants. Ces avancées participent aussi à une réduction des émissions de NOx à l’échelle mondiale (-10 %). En revanche, comme les émissions de NOx sont principalement liées aux activités agricoles, en particulier l’utilisation d’engrais et l’élevage, il n’y a pas lieu d’espérer que l’amélioration du système énergétique fasse évoluer la situation dans le bon sens. D’autres indicateurs liés à l’agriculture, comme les rejets de CH4, de N2O et de phosphore2 devraient évoluer à la hausse, quoique de façon plus modérée (5 %, 11 % et 20 % respectivement).
D’après les projections avec les politiques publiques actuelles, les émissions mondiales de CO2 continueront de croître dans les décennies à venir, malgré un rôle amoindri du secteur AFAT. Si les améliorations technologiques font baisser l’intensité d’émission au niveau sectoriel, elles ne suffisent pas pour neutraliser l’augmentation globale de la consommation d’énergie fossile (telle que prévue au chapitre 2). En revanche, plusieurs polluants atmosphériques affichent des tendances plus favorables.
Les pressions exercées sur l’environnement diffèrent grandement d’une région à l’autre (Graphique 3.2). Dans le Graphique 3.1, la tendance mondiale est représentée par un point noir et sert de point de comparaison. Pour faciliter l’interprétation du graphique, il convient de préciser que l’échelle de couleurs permet de rendre compte de l’intensité régionale de chaque indicateur prévue pour 2050, le violet foncé correspondant au niveau d’intensité le plus élevé et le jaune au niveau le plus faible3. Cette double représentation permet d’établir des comparaisons fines, en tenant compte à la fois de l’ampleur de la variation prévue entre 2020 et 2050 à l’échelle régionale et, pour chaque indicateur, de l’intensité attendue en 2050 dans une région donnée par rapport aux autres régions. Ainsi, d’après les projections, c’est en Afrique subsaharienne que la superficie terrestre bâtie progressera le plus fortement entre 2020 et 2050, avec une multiplication par plus de deux (comme on le voit, sur le graphique, où le secteur dépasse largement le cercle qui illustre l’année 2020 et le point qui indique la moyenne mondiale de 49 %). Pourtant, la superficie bâtie par habitant sera toujours parmi les plus faibles au monde en 2050 (comme indiqué par le fond jaune) et, d’après les projections, elle sera cinq fois moins importante qu’en Europe à cette même date.
On observe des tendances communes à l’ensemble des régions. L’augmentation des surfaces couvertes par des zones bâties ainsi que la hausse des émissions de NH₃ sont constatées dans les neuf régions, ce qui témoigne de difficultés généralisées à inverser ces pressions. D’autres indicateurs étroitement liés à l’agriculture annoncent une intensification des pressions environnementales dans la quasi-totalité des régions. D’après les projections, la superficie des terres cultivées augmentera partout, sauf en Europe, et les émissions de N2O et les rejets de phosphore dans six des neuf régions considérées. Les pressions d’origine agricole s’exacerberont plus particulièrement en Afrique subsaharienne : cette région connaîtra la progression la plus importante de la superficie des terres cultivées (+41 %) et des rejets de phosphore (+62 %), ainsi que la deuxième plus forte hausse des émissions de CO2 du secteur AFAT (+40 %). Pourtant, l’intensité de ces indicateurs restera faible par comparaison avec les autres régions. La région de l’Amérique centrale et du Sud se distingue en ce qu’elle affichera la plus forte augmentation de la superficie consacrée aux pâturages (+9 %, soit l’équivalent de 48 millions d’hectares) et le plus grand recul des forêts (-64 millions d’hectares), soit des taux annuels de déforestation comparables à ceux observés ces dernières années (FAO, 2024[2]). En conséquence, cette région sera responsable d’environ la moitié des émissions mondiales de CO2 imputables au secteur AFAT en 2050. Si, d’après les prévisions globales, l’évolution des indicateurs étroitement liés à l’affectation des terres et à l’agriculture sera synonyme de pressions grandissantes, dans certaines régions, des signes annoncent une amélioration progressive – mais parfois modeste – de la situation. L’Europe et (dans une certaine mesure), l’Asie de l’Est verront diminuer les pressions exercées par les rejets de phosphore et les émissions de N2O. D’après les projections, dans ces deux régions, le secteur AFAT, passera du statut d’émetteur net de CO2 en 2020, à celui de capteur net en 2050.
Par ailleurs, les résultats montrent que l’amélioration globale de la situation en matière de pollution atmosphérique ne touche pas de manière homogène toutes les régions. Les émissions de carbone noir et de SO₂ devraient reculer partout. Il devrait en aller de même pour les émissions de NOx, sauf en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud. Ces exceptions régionales tiennent aux déterminants liés à l’énergie qui sont examinés au chapitre 2. Il apparaît en effet que ces deux régions vont accroître leur consommation d’énergie fossile et continuer de produire de l’électricité à partir de charbon. Cela tient en partie au fait qu’elles comptent de nombreux pays dans lesquels le niveau de revenu est relativement faible. Les projections indiquent qu’au cours de la période 2020-2050, les émissions de CO2 diminueront en Europe (-46 %), en Corée, au Japon et en Océanie (-42 %), en Amérique du Nord (-33 %) et en Asie de l’Est (-18 %, après avoir culminé en 2030). En Eurasie, elles resteront globalement stables. En revanche, aucun pic des émissions de CO2 n’est prévu dans les autres régions : leur niveau devrait plus que doubler en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne. Les diminutions attendues dans cinq régions ne suffiront pas pour compenser les hausses escomptées dans les quatre autres. Les projections montrent donc que le maintien des politiques actuelles s’accompagnera d’une hausse des émissions mondiales de CO2, mettant ainsi hors d’atteinte l’objectif de zéro émission nette à l’horizon 2050. Par habitant, les plus bas niveaux d’émissions de CO2 seront enregistrés en Afrique subsaharienne, en Europe et en Asie du Sud.
Graphique 3.2. Évolution régionale de certaines pressions environnementales
Copier le lien de Graphique 3.2. Évolution régionale de certaines pressions environnementalesÉvolution régionale de certains indicateurs de pression environnementale, 2020-2050
Note : La longueur des barres représente l’évolution prévue pour la période 2020-2050. Le cercle représente le niveau enregistré en 2020. La couleur indique l’intensité relative de l’indicateur considéré dans chaque région (par exemple, émissions de CO2 par habitant) par rapport à la région qui affichera la plus forte intensité en 2050. Les points noirs indiquent l’évolution prévue au niveau mondial. Lorsque le secteur « région-indicateur » dépasse le point, cela signifie que, dans la région considérée, l’indicateur en question aura évolué plus fortement que la moyenne mondiale, entre 2020 et 2050. Les indicateurs des pressions sur l’environnement sont définis dans le Graphique 3.1. Pour en faciliter la lecture, il convient de préciser que les secteurs correspondant aux émissions de CO2 du secteur AFAT ont été tronqués dans le cas de l’Asie de l’Est et de l’Europe. Les valeurs et unités des indicateurs sont indiquées dans l’Annexe 3.A.
Source : Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
3.3. État actuel et prévu : Changement climatique
Copier le lien de 3.3. État actuel et prévu : Changement climatique3.3.1. Modification des températures provoquée par le changement climatique
Les températures à la surface du globe augmentent rapidement depuis 1970, à un rythme inégalé au cours de n’importe quel autre demi-siècle des deux millénaires écoulés, au moins (GIEC, 2023[3]). Si l’effet réchauffant des GES est partiellement neutralisé par l’effet refroidissant des aérosols, on continuera de se diriger vers un réchauffement élevé. Le réchauffement planétaire en cours depuis les années 70 concerne aussi les océans (plus exactement, leur couche supérieure). Sous l’effet du réchauffement du système climatique, l’élévation du niveau moyen mondial de la mer va s’accélérant. Depuis les années 50, les épisodes de chaleur extrême ont gagné en fréquence et en intensité dans la quasi-totalité des régions terrestres, alors que les épisodes de froid extrême sont devenus moins fréquents et moins graves. La fréquence des vagues de chaleur marines a doublé depuis les années 80. D’après les observations, les pluies diluviennes sont devenues plus fréquentes et intenses depuis les années 50 (Calvin et al., 2023[4]).
D’après les projections de l’évolution future des émissions de GES, la température planétaire moyenne aura augmenté d’environ 2.1 °C en 2050, par rapport aux niveaux préindustriels (Graphique 3.3, partie de droite). Le changement climatique étant un phénomène de long terme qui influe durablement sur les émissions actuelles, il importe également de considérer les effets qu’il aura au-delà de l’horizon de modélisation fixé à 2050. D’après les projections avec les politiques publiques actuellesau-delà de 2050, la hausse des températures s’élèvera à +3.4 °C en 2100, conformément à l’analyse du GIEC (2023[3]). On sera donc très loin d’avoir atteint l’objectif défini dans l’Accord de Paris, s’agissant de contenir « l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et en poursuivant l’action menée pour limiter l’élévation de la température à 1.5 °C par rapport aux niveaux préindustriels ». De même, ces chiffres vont à l’encontre de l’objectif de neutralité carbone fixé pour 2050.
Les projections révèlent une distribution inégale des hausses de température, avec des moyennes annuelles oscillant entre +0.3 °C et +4.2 °C entre 2020 et 2050. Les hausses les plus faibles devraient intervenir en Europe du Nord-Ouest et dans les régions australes d’Amérique du Sud, et les plus fortes près du pôle Nord, en particulier en Europe septentrionale et autour du détroit de Béring (Graphique 3.4). D’autres régions du monde seront touchées par le réchauffement à des degrés divers. Trois régions montagneuses constituent des points chauds notables : la chaîne de l’Himalaya, les hauts plateaux éthiopiens et la cordillère des Andes. Par conséquent, en 2050, les régions les plus chaudes devraient toujours se situer autour de l’équateur, du Sahel et de l’Asie du Sud-Est, où les températures moyennes annuelles atteindront 30 °C. Les valeurs les plus basses continueront probablement d’être enregistrées au Groenland et en Sibérie, si ce n’est qu’elles ne devraient plus tomber sous la barre des -29 °C.
Selon toute vraisemblance, le réchauffement planétaire prévu dans les trajectoires actuelles augmente fortement la probabilité de franchissement des points de bascule. En cas de réchauffement supérieur à 3 °C, ces points de bascule pourraient être les suivants : l’effondrement des bassins sous-glaciaires de l’Antarctique oriental, le verdissement du Sahel et le dépérissement de la partie méridionale de la forêt boréale (OCDE, 2022[5]). Chacun pourrait produire des effets en cascade, comme l’intensification du réchauffement ou l’élévation du niveau des mers.
Graphique 3.3. Projections de l’évolution des émissions de GES et des températures avec les politiques publiques actuelles
Copier le lien de Graphique 3.3. Projections de l’évolution des émissions de GES et des températures avec les politiques publiques actuelles
Note : Dans la partie de gauche, les points représentent l’évolution des émissions planétaires de GES en cas de politiques inchangées, telle que prévue à l’aide de la boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement. La zone colorée en rouge entre 2025 et 2050 représente l’intervalle de valeurs défini pour l’ensemble des scénarios « Politiques inchangées » avec un niveau de confiance de 95 %, à partir de la base de données élaborée pour les besoins du sixième rapport d’évaluation du GIEC (Byers et al., 2022[6]). La zone colorée en vert représente l’intervalle de valeurs défini pour les scénarios limitant le réchauffement à 2 °C, dans la base de données élaborée pour les besoins de la sixième évaluation du GIEC. Dans la partie de droite, la ligne bleue illustre l’élévation des températures mondiales prévue à l’aide de la boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement. Les lignes grises représentent les hausses attendues dans les scénarios, dont le scénario de référence SSP2, dans la base de données élaborée pour les besoins du sixième rapport d’évaluation du GIEC. En font partie les scénarios associés à des efforts d’atténuation rigoureux.
Source : GIEC (2023[3]) et Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
Graphique 3.4. Températures moyennes régionales et évolution prévue des températures
Copier le lien de Graphique 3.4. Températures moyennes régionales et évolution prévue des températuresTempérature moyenne annuelle en 2050 (gauche) et progression des températures sur la période 2020-2050 (droite)
Source : Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
D’après les projections, l’élévation des températures et la transformation des hydrosystèmes qui en résultera, tel qu’exposé ci-dessous, seront lourdes de conséquences économiques (OCDE, 2016[7]). On trouvera une analyse succincte des récents travaux publiés à ce sujet à l’Annexe 3.B.
3.3.2. Modification des hydrosystèmes provoquée par le changement climatique
Outre la hausse des températures, les changements qui touchent les conditions climatiques préfigurent l’évolution des cycles de l’eau sur Terre. L’évolution des profils de température planétaires et de leur distribution continuera de transformer le système climatique, en particulier en modifiant les régimes de précipitations. Les précipitations diminueront dans la plupart des régions, sauf dans certaines déjà humides, comme les régions de mousson et les régions humides de moyenne latitude, où elles continueront d’augmenter. De même, d’ici à 2050, l’écart entre les saisons devrait se creuser à l’échelle mondiale, avec davantage de jours extrêmement secs et humides (GIEC, 2023[3]).
D’après les projections, la différence entre terres arides et terres humides va s’accentuer d’ici à 2050, sous l’effet des hausses de température et de la modification des régimes de précipitation. Les terres arides progresseront dans le pourtour méditerranéen, en Amérique du Nord, dans la partie occidentale de l’Amérique du Sud, en Europe occidentale, dans le Caucase, autour du désert de Gobi et en Australie. À l’inverse, la partie septentrionale de l’hémisphère Nord et les zones équatoriales seront de moins en moins arides.
Parallèlement à l’évolution des régimes de précipitations, la demande en eau augmentera, principalement dans les secteurs de l’énergie et de l’industrie, ainsi que du côté des ménages. D’après les projections, la demande en irrigation progressera moins vite que la demande en eau au niveau mondial. En effet, la croissance de la superficie irriguée devrait en partie être compensée par une utilisation plus efficiente de l’eau, au moins à l’échelle de la planète (l’existence de fortes disparités régionales pourrait engendrer des pénuries)4. Ces deux déterminants ont pour effet conjugué de grandement modifier la dynamique des cours d’eau. Dans le pire des scénarios, une demande en hausse peut conduire à des débits non pérennes, voire à l’assèchement de cours d’eau. Cela a déjà été le cas du fleuve Colorado (Fleck et Udall, 2021[8]) et de la mer d’Aral (Micklin et al., 2020[9]).
Le stress hydrique constitue un autre indicateur clé lié à l’eau, car il est associé au nombre de personnes qui vivent dans une zone exposée au risque de pénurie d’eau. D’après les projections, la population exposée au risque de stress hydrique va croître fortement entre 2020 et 2050, de plus de 40 %, ce qui représente environ 1 milliard de personnes supplémentaires (Graphique 3.5)5. Selon les régions, la raréfaction de l’eau peut limiter la production d’électricité (d’origine hydraulique, mais aussi des centrales à charbon, à gaz, voire nucléaires, en raison de leurs importants besoins de refroidissement), la consommation d’eau à usage domestique et l’irrigation, avec pour conséquence une baisse des rendements agricoles. En cas de politiques inchangées, une légère hausse de la superficie exposée au risque de stress hydrique est à prévoir pour 2050. Cela est dû à l’hétérogénéité spatiale des tendances : le niveau de stress hydrique est appelé à varier d’un endroit à l’autre en fonction de l’évolution des prélèvements d’eau et des régimes de précipitations. Cela est d’autant plus préoccupant que les régions déjà vulnérables aux pénuries d’eau sont susceptibles de voir leur population croître plus rapidement, ce qui ne fera qu’intensifier davantage le risque.
Graphique 3.5. Stress hydrique
Copier le lien de Graphique 3.5. Stress hydriquePopulation exposée au risque de stress hydrique, en millions de personnes
Note : Le « stress hydrique » désigne la part des prélèvements d’eau devant être effectués à partir de sources non renouvelables (c’est-à-dire autres que les eaux de surface et eaux souterraines renouvelables, par exemple à partir d’aquifères profonds ou par dessalement), définie à une résolution de 30 minutes d’arc. La population est classée en fonction du niveau de stress hydrique exprimé par le pourcentage d’eau non renouvelable nécessaire : modéré (> 10 %), élevé (>25 %) et critique (> 50 %).
Source : Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
Entre 3.3 milliards et 3.6 milliards d’êtres humains vivent dans un endroit fortement exposé aux effets du changement climatique (GIEC, 2023[10]). Les plus vulnérables aux aléas climatiques sont les populations qui sont soumises à de fortes contraintes de développement, telles que les populations indigènes, les petits producteurs de denrées alimentaires et les ménages à faible revenu. Du fait de la multiplication des phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes, des millions de personnes sont exposées à un risque d’insécurité alimentaire aiguë et de diminution de la sécurité hydrique, en particulier en Afrique, en Asie, en Amérique centrale et du Sud ainsi que dans la région de l’Arctique. Entre 2010 et 2020, le taux de mortalité humaine due aux inondations, aux sécheresses et aux tempêtes a été 15 fois plus élevé dans les régions très vulnérables que dans les régions faiblement vulnérables.
3.4. État actuel et prévu : Perte de biodiversité
Copier le lien de 3.4. État actuel et prévu : Perte de biodiversitéDepuis toujours, les humains modifient les écosystèmes dans lesquels ils vivent. Cependant, à l’échelle de la planète, les déterminants anthropiques des changements environnementaux évoluent de manière accélérée ces dernières années, au détriment direct de la biodiversité6. Bien que la complexité de la biodiversité rende difficile de la mesurer de façon exhaustive, tous les indicateurs employés pour suivre l’évolution de ses différentes dimensions montrent clairement la poursuite de son déclin. L’objet de cette section est de donner un aperçu de l’évolution passée et prévue de la structure des écosystèmes, de la composition des communautés écologiques et de l’état de certaines populations d’espèces, en particulier leur persistance et leur taille, sur la base d’une sélection d’indicateurs clés de la biodiversité (voir l’Encadré 3.1). Les projections de la perte de biodiversité se limitent au domaine terrestre7. On trouvera également dans cette section des estimations concernant l’évolution des services écosystémiques, ainsi qu’une analyse des relations étroites qui existent entre les différentes dimensions de la biodiversité.
Encadré 3.1. Indicateurs de la biodiversité
Copier le lien de Encadré 3.1. Indicateurs de la biodiversitéLa biodiversité peut être définie comme la variabilité des organismes vivant dans les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie. Il s’agit donc de la diversité qui existe à l’intérieur des espèces et entre les espèces ainsi que la diversité des écosystèmes (ONU, 1992[11]). Le caractère multidimensionnel de la biodiversité influe sur la manière de la mesurer et de la surveiller. Plus précisément, les analyses fondées sur un seul indicateur de biodiversité n’englobent certainement pas le concept de biodiversité dans son intégralité. Saisir les multiples dimensions de la biodiversité à l’aide d’un nombre limité d’indicateurs constitue une tâche difficile, mais essentielle pour étayer et évaluer l’action publique.
La boîte à outils de modélisation employée aux fins des présentes Perspectives de l’environnement permet de prévoir l’évolution de la biodiversité sur la base de différents indicateurs relatifs aux populations d’espèces : l’abondance moyenne des espèces (AME) et l’Indice Planète vivante (IPV). Indicateur de l’intégrité de la biodiversité locale, dont la valeur varie entre 0 et 1, l’AME rend compte de l’abondance des espèces indigènes présentes dans des écosystèmes par rapport à un état non perturbé. Sa valeur est égale à 1 quand toutes les espèces considérées sont intactes ; et à 0 en cas d’extinction locale de la totalité des espèces indigènes (Alkemade et al., 2009[12] ; Schipper et al., 2019[13]). L’IPV exprime la variation moyenne des effectifs (en nombre d’individus) par rapport à une année de référence (1970). Une valeur inférieure à 1 signale un déclin général des populations, et une valeur supérieure à 1, leur augmentation, par rapport à l’année de référence (Collen et al., 2009[14]). Il est important de noter que, dans ce rapport, les projections de l’AME se rapportent à des espèces de vertébrés terrestres à sang chaud (oiseaux et mammifères) et à la flore, tandis que celles de l’IPV concernent uniquement des mammifères terrestres.
L’indice de la Liste rouge (ILR) est un autre indicateur fréquemment employé. Il rend compte de l’évolution du risque global d’extinction des espèces. Lorsqu’il est égal à 1, cela signifie que toutes les espèces considérées sont de préoccupation mineure (autrement dit, leur extinction n’est pas prévue), et lorsqu’il est égal à 0, que toutes les espèces se sont éteintes. Si sa valeur reste inchangée dans le temps, cela signifie que le risque d’extinction du groupe d’espèces considéré n’a pas évolué (Butchart et al., 2004[15]).
Pour faciliter la lecture et l’interprétation de ces trois indicateurs, il a été décidé de procéder comme l’IPBES (2019[16]) aux fins du présent rapport en présentant des valeurs d’indice sur une échelle de 0 à 100. Par exemple, la valeur de l’AME au niveau mondial a été estimée à 0.597 pour 2020, ce qui correspond à un indice de 59.7.
3.4.1. Pertes de biodiversité terrestre
La plupart des indicateurs mondiaux révèlent une détérioration constante de l’intégrité écosystémique. Par exemple, le recul des forêts tropicales à forte biodiversité se poursuit, quoique plus lentement qu’entre 1990 et 2000 (FAO, 2024[2]). En 2020, les forêts couvraient environ 4.1 milliards d’hectares d’espaces terrestres, soit plus de 10 % de moins qu’en 1990. À l’échelle de la planète, les forêts continuent de disparaître, mais, en valeur nette, le taux de perte a été divisé par deux depuis les années 90, principalement du fait de l’expansion nette des forêts tempérées et de latitude élevée. D’après les estimations de l’IPBES (2019[16]), plus d’une espèce animale et végétale sur huit est déjà menacée d’extinction au niveau mondial, et c’est désormais le cas d’environ un quart de la faune, de la flore et des invertébrés hors insectes (Díaz et Malhi, 2022[17]).
Depuis 1970, la composition des communautés écologiques a radicalement changé dans un grand nombre de régions. L’indice AME au niveau mondial tient compte à la fois du nombre des espèces étudiées et de la taille de leurs populations. D’après les calculs effectués à l’aide de la boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement, l’abondance moyenne des vertébrés à sang chaud et de la flore terrestre a diminué d’environ 1 point par décennie pour tomber à 59.7 en 2020 (Encadré 3.1). Cette diminution est plus marquée dans les zones caractérisées par des concentrations exceptionnelles d’espèces endémiques et par la forte disparition des habitats (Myers et al., 2000[18]). Le déclin des espèces indigènes dans les communautés écologiques va de pair avec l’introduction d’espèces déjà largement répandues, notamment d’espèces exotiques envahissantes. Ces deux phénomènes contribuent à l’érosion des différences écologiques entre les lieux. L’homogénéisation des communautés écologiques est désormais bien installée, au péril de l’intégrité écosystémique (IPBES, 2019[16]).
Les projections annoncent une diminution de l’abondance moyenne des espèces terrestres d’ici à 2050, sous l’effet grandissant du changement climatique (Graphique 3.6). Les régions qui devraient connaître le plus fort recul de la biodiversité sont l’Afrique subsaharienne, l’Asie du Sud, l’Amérique centrale et du Sud, ainsi que l’Europe (voir également l’analyse des déterminants du déclin de la biodiversité régionale dans la section 3.4.4 ci-après)8.
Graphique 3.6. Abondance moyenne des espèces (AME) à l’échelle mondiale : profils observés en 2020 et évolution à l’horizon 2050
Copier le lien de Graphique 3.6. Abondance moyenne des espèces (AME) à l’échelle mondiale : profils observés en 2020 et évolution à l’horizon 2050Abondance moyenne des espèces terrestres en 2020 (gauche) et variation en valeur absolue d’ici à 2050 (droite)
Note : Les valeurs d’AME étant calculées par rapport à un état de référence « intact », elles ne peuvent pas servir à comparer la richesse des régions en biodiversité.
Source : Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
Ces résultats, concernant l’indice AME, sont confirmés par d’autres indicateurs (Graphique 3.7) :
D’après les projections, l’état de la biodiversité va continuer de se détériorer au cours des trois prochaines décennies. En cas de politiques inchangées, l’abondance moyenne des vertébrés à sang chaud et de la flore terrestre diminuera. Cette diminution sera plus forte pour la flore que pour les vertébrés : en 2050, l’indice d’abondance moyenne des espèces végétales devrait se situer à 50.6 (soit 4.3 points de moins qu’en 2020), contre 62.4 points dans le cas des vertébrés à sang chaud (2 points de moins qu’en 2020). Autrement dit, la biodiversité végétale mondiale devrait être pratiquement divisée par deux d’ici à 2050. La vulnérabilité relative de la flore est peut-être liée à la disparition totale de végétation, conséquence de l’utilisation intensive des sols et de la conversion des terres. Au niveau mondial, d’ici à 2050, l’indice de l’abondance moyenne des autres espèces terrestres devrait fondre de 3.2 points par rapport à 2020, pour tomber à 56.5. À première vue, il s’agit d’une diminution modeste. Cependant, une baisse de l’indice AME comprise entre 2 et 6 points correspond à la conversion d’environ 2.5 millions et 8 millions de km² d’habitats naturels intacts, où toutes les espèces indigènes ont disparu, autrement dit où l’intégralité de la biodiversité indigène a été détruite (Schipper et al., 2019[13]). La diminution prévue équivaut à la conversion de plus de 4 millions de km² d’habitats naturels intacts et à la disparition de l’ensemble des espèces qu’ils abritaient à l’origine.
L’IPV mesure l’état de la biodiversité mondiale au regard de l’évolution des populations d’espèces de vertébrés ayant un habitat terrestre, dulcicole ou marin (mammifères, oiseaux, poissons, reptiles et amphibiens). Dans le rapport Planète vivante (WWF, 2024[19]), l’analyse de données de terrain relatives à un sous-ensemble des populations d’une sélection d’espèces montre qu’en moyenne, la taille des populations des espèces sauvages suivies a diminué de 73 % entre 1970 et 2020. Pour ce qui concerne les mammifères, Kok et al. (2023[20]) concluent, par modélisation, à un déclin moins important que la moyenne. Tel que calculé pour les besoins de la boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement suivant la méthode de Kok et al. (2023[20]), l’IPV passe de 68 en 2015 à 62.3 en 2050, ce qui signifie que la plupart des espèces devraient voir décliner leurs populations ou habitats naturels (Graphique 3.7). Ces projections annoncent clairement que ces déclins vont se poursuivre sous l’effet de déterminants importants, comme l’utilisation des terres et le changement climatique.
L’IRL permet de suivre l’évolution de la probabilité de survie des espèces qui figurent sur la Liste rouge des espèces menacées, établie par l’Union internationale pour la conservation de la nature. En 2015, il se situait à 75 % de la valeur qu’il aurait eu sans les effets de l’action humaine, soit une diminution moyenne de 4 % par décennie entre 1970 et 2015. Les espèces qui vivent exclusivement en milieu forestier (dites « spécialistes des milieux forestiers ») sont celles qui affichaient la plus faible valeur d’ILR en 2015, à savoir 72, principalement à cause de la déforestation, qui entraîne la disparition permanente du couvert forestier (même si sa disparition temporaire, par exemple sous l’effet des incendies, joue également un rôle). Les espèces à usage alimentaire et médical sont celles dont l’ILR a le plus fortement varié au fil des décennies (-1.7 %). Kok et al. (2023[20]) avancent que l’ILR pourrait reculer de plus de 6 points au niveau mondial d’ici à 2070. D’après les projections, 70 % des espèces de mammifères menacées vont continuer de voir la taille de leurs populations diminuer, à un rythme supérieur à 50 % pour environ 30 % d’entre elles. Seulement 5 % des espèces de mammifères menacées verront leurs effectifs se rétablir dans les prochaines décennies.
Graphique 3.7. Évolution temporelle de la biodiversité à travers l’AME et l’IPV
Copier le lien de Graphique 3.7. Évolution temporelle de la biodiversité à travers l’AME et l’IPVValeurs de l’indice AME et de l’IPV au niveau mondial en 2005, 2020, 2035 et 2050
Note : La partie de gauche présente les valeurs de l’indice AME, qui mesure l’intégrité de la biodiversité locale. Les valeurs inférieures à 100 signifient qu’une partie des espèces locales se sont éteintes. Les valeurs d’AME sont indiquées pour la flore et les vertébrés. La partie de droite présente les valeurs de l’IPV, qui mesure l’augmentation ou la diminution relative des populations depuis 1970. Les valeurs inférieures à 100 sont synonymes de déclin démographique, et celles supérieures à 100 de hausse démographique. Les valeurs de l’IPV couvrent la flore et les vertébrés.
Source : Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
3.4.2. Pertes de biodiversité aquatique
Les eaux intérieures et les écosystèmes d’eau douce affichent les taux de dégradation structurelle parmi les plus élevés (IPBES, 2019[16]). Les écosystèmes marins côtiers font partie des écosystèmes les plus productifs de la planète. Parce qu’ils disparaissent et se détériorent, ils sont de moins en moins en mesure de protéger le littoral (ainsi que les personnes et les espèces qui en dépendent) en cas de tempête et de favoriser la pérennité des moyens de subsistance (IPBES, 2019[16]).
Les eaux intérieures - dont font partie les fleuves et rivières, les lacs, les marais, les tourbières et autres zones humides - sont particulièrement riches en biodiversité et elles sont le fondement de services écosystémiques essentiels. Par exemple, les tourbières, qui ne couvrent que 3 % de la surface du globe terrestre, emmagasinent deux fois plus de carbone que les forêts de la planète (Beaulne et al., 2021[21]). De même, les fleuves et rivières ainsi que l’habitat rivulaire (par exemple, berges et plaines inondables) assurent un lien vital entre différents écosystèmes dulcicoles, terrestres et marins, ce qui favorise l’existence d’une hétérogénéité des habitats essentielle à des populations abondantes et diversifiées de poissons. Les eaux intérieures sont plus menacées que les écosystèmes marins et terrestres. La raison en est que les lacs se réchauffent plus vite que l’atmosphère et les océans partout dans le monde. À cela s’ajoute, entre autres, que le régime de débits de systèmes entiers de cours d’eau est en train de se modifier. L’estimation des menaces auxquelles les espèces dulcicoles sont exposées révèle que près d’une espèce sur trois est menacée d’extinction. D’après l’édition 2024 du rapport Planète vivante (WWF, 2024[19]), en 2020, les populations suivies d’espèces dulcicoles ont reculé de 85 % en moyenne, par rapport à 1970, ce qui représente un taux de déclin nettement plus rapide que celui enregistré dans les milieux marins et terrestres.
Les océans abritant quelque 80 % de la biodiversité planétaire, la biodiversité marine et ses services écosystémiques contribuent de façon essentielle à la sécurité alimentaire, à la nutrition et à la lutte contre la pauvreté. En 2020, les populations marines affichaient un déclin de 56 % par rapport à 1970, tel que mesuré par l’IPV 2024 (WWF, 2024[19]). Si la plupart des indicateurs de la biodiversité marine ont moins reculé que ceux de la biodiversité des milieux terrestres et des eaux intérieures, l’indice marin dépend principalement des poissons, dont un grand nombre d’espèces font l’objet d’une gestion visant à maîtriser la pression sur la ressource. Dans l’ensemble, la part des stocks halieutiques marins qui sont exploités à un niveau biologiquement durable a diminué, pour atteindre 62.3 % en 2021, soit 2.3 % de moins qu’en 2019 (FAO, 2024[22]). Les stocks halieutiques non gérés, tels que ceux de requins et de raies, continuent de fondre à un rythme alarmant. Outre la pêche, la biodiversité marine est notamment menacée par l’acidification des océans, dont le pH a diminué de plus de 30 % depuis la révolution industrielle (IPBES, 2019[16]). Les phénomènes accrus de pollution par les nutriments et d’eutrophisation touchent plus particulièrement les régions côtières, qui occupent une superficie relativement modeste, mais abritent quelque 90 % de la faune marine (Deutsch, Penn et Lucey, 2024[23]). La flore aquatique en pâtit elle aussi.
Pour cause d’incertitude, il est plus difficile d’établir des comparaisons quantifiées de l’évolution future de la biodiversité aquatique et terrestre. Le déclin de la biodiversité devrait se poursuivre dans les eaux intérieures. D’après les projections de l’OCDE, l’abondance moyenne des espèces dulcicoles diminuera fortement en Afrique entre 2000 et 2050 (Janse et al., 2015[24] ; OCDE, 2012[25]) et baissera également en Asie, en Amérique latine et en Europe orientale. Il est prévu qu’elle s’améliore légèrement dans certaines régions des États‑Unis, d’Asie centrale et d’Europe, sous l’effet d’une stabilisation de la superficie agricole et d’une diminution de l’eutrophisation.
Pour ce qui est de la biodiversité marine, les projections indiquent que, sous le seul effet du changement climatique, la production primaire nette des océans (c’est-à-dire l’absorption de dioxyde de carbone que le phytoplancton réalise grâce à la photosynthèse) diminuera dans une proportion comprise entre 3 % et 10 %, et la biomasse des poissons entre 3 % et 25 % (dans les scénarios de faible et fort réchauffement, respectivement) d’ici à la fin du siècle (IPBES, 2019[16]). La plupart des organismes marins sont à sang froid, leur température corporelle est identique à celle de l’eau dans laquelle ils se trouvent. Les variations de la température de l’eau et les vagues de chaleur marines ont donc une incidence directe sur leur fonctionnement, notamment leur reproduction, leur migration et leur survie (Payne, 2024[26] ; OCDE, 2025[27]).
La plupart des études s’accordent sur le fait que le changement climatique va provoquer le déplacement des espèces marines (García Molinos et al., 2015[28] ; Jaureguiberry et al., 2022[29] ; Meyer et al., 2024[30]). Si l’on s’attend à ce que le changement climatique influe sur les espaces d’habitat potentiel, on ignore avec quelle ampleur, voire on ne perçoit encore aucun signe manifeste de ses effets globaux sur les habitats marins (Chen et al., 2024[31] ; Meyer et al., 2024[30] ; Santana-Falcón et al., 2023[32]). Par ailleurs, il est nécessaire de poursuivre les travaux de recherche afin que les prédictions relatives à l’habitat potentiel servent à prévoir où les espèces se trouveront (répartition effective) et avec quelle ampleur. Outre la température, le pH et d’autres variables abiotiques peuvent limiter la colonisation d’habitats thermiques nouvellement possibles, tandis que les courants marins peuvent faire office de barrières biogéographiques ou faciliter l’accès aux habitats. La biodiversité marine dépend aussi des interactions entre espèces envahissantes et résidentes (Araújo et Luoto, 2007[33]). Les espèces immigrantes peuvent introduire de nouveaux organismes prédateurs, pathogènes et concurrents, avec pour conséquence de perturber les interactions trophiques et de provoquer le déclin des espèces résidentes (Meyer et al., 2024[30]).
3.4.3. Services écosystémiques
La nature et la biodiversité contribuent au bien-être humain de diverses manières. Ces dernières décennies, les économistes ont défini un nouveau paysage conceptuel pour tenir compte du rôle fondamental des systèmes environnementaux dans la production économique et le bien-être social d’un pays. Dans ce cadre, la richesse d’une nation dépend de quatre stocks de capital : le capital manufacturé, le capital humain, le capital social et le capital naturel (renouvelable ou non). Le capital naturel désigne le stock d’actifs naturels. Ces actifs produisent un flux de services appelés « services écosystémiques » (MEA, 2003[34]). La mise au point des méthodes à employer pour mesurer la valeur de ces flux et actifs se poursuit (voir l’Encadré 3.2), de même que celle des cadres de comptabilité et d’évaluation du capital naturel, quoique ces travaux n’en soient encore qu’au tout début (Dasgupta, 2021[35])9.
Encadré 3.2. Déterminer la valeur de la biodiversité et des services écosystémiques : difficultés et méthodes
Copier le lien de Encadré 3.2. Déterminer la valeur de la biodiversité et des services écosystémiques : difficultés et méthodesSi plusieurs études ont déjà été menées pour tenter d’attribuer une valeur monétaire à la biodiversité et aux services écosystémiques, le travail de méthodologie et d’évaluation reste inachevé. Compte tenu des points d’incertitude et difficultés que cette tâche soulève, le texte des présentes Perspectives traite avant tout des indicateurs qui mesurent l’état de la biodiversité et des services écosystémiques en unités physiques. L’objet de cet encadré est de brièvement passer en revue les efforts engagés pour déterminer la valeur du capital naturel et des services écosystémiques, en attirant à chaque fois l’attention sur les limites de l’exercice.
Les conséquences économiques de la perte de biodiversité retiennent moins l’attention que celles du changement climatique et de la pollution. Bien que les éléments qui attestent l’utilité de la biodiversité et les coûts associés à son déclin se multiplient (TEEB, 2010[36]), des lacunes importantes demeurent.
La perte biodiversité est généralement analysée sur la base étroite d’un certain nombre d’espèces ou de services écosystémiques triés sur le volet, parmi lesquels figurent la pollinisation, le bois, les ressources halieutiques marines et la séquestration du carbone. L’importance de la valeur économique des services écosystémiques fournis par la nature a été démontrée dans des études récentes, consacrées à des cas précis. Ainsi, l’une de ces études concernait les services d’assainissement que les vautours assurent en Inde (Ishwar et Das, 2024[37]). Le déclin des espèces concernées a une incidence sur la santé humaine, dont le coût économique est estimé en milliards de dollars. Ranger et al. (2023[38]) ont chiffré à 5 000 milliards USD au bas mot le montant des risques économiques liés à la dégradation des cinq services écosystémiques étudiés. L’étendue de l’éventail des estimations transparaît également dans les travaux de Constanza et al. (2014[39]), d’après lesquels, entre 1997 et 2011, le changement d’affectation des terres aurait fait disparaître des services écosystémiques pour un montant compris entre 4 000 et 20 000 milliards USD par an, selon l’unité retenue pour définir leur valeur.
Les estimations des dommages seraient certainement plus élevées si elles tenaient compte des services écosystémiques non marchands, à savoir ceux essentiels au bien-être humain. Il est tenté d’y remédier en attribuant une valeur monétaire à ce que la nature fournit sans faire l’objet d’un marché. On en trouve un exemple dans le produit écosystémique brut (PEB) (Ouyang et al., 2020[40]), qui, toutefois, mesure uniquement les flux courants et non l’épuisement des stocks naturels. De même, la Banque mondiale (2021[41]) a fixé la valeur du capital naturel renouvelable (forêts, mangroves, pêches, terres agricoles et zones protégées) à 35 000 milliards USD en 2018, en excluant un grand nombre de services de régulation que Dasgupta (2021[35]) considère comme importants, mais difficiles à exprimer en termes économiques. Malgré les éléments d’incertitude (OCDE, 2019[42]), les estimations mettent en avant l’ampleur de la valeur économique de la biodiversité. Ainsi, Constanza et al. (OCDE, 2019[42]) la situe entre 125 000 et 145 000 milliards USD pour 2011, ce qui représente plus d’une fois et demie le PIB mondial de cette année-là.
Indépendamment des difficultés posées par la détermination de la valeur, le caractère non linéaire des écosystèmes et les points de bascule sont d’autres éléments importants à prendre en considération. Les écosystèmes sollicités à l’excès peuvent s’effondrer de manière brutale et irréversible, ce qui représente un risque grave pour l’économie et le bien-être humain (OCDE, 2021[43]). Ainsi, d’après les projections de Johnson et al. (2023[44]), un effondrement partiel des écosystèmes représenterait, pour le PIB mondial, un manque à gagner de 2 000 milliards USD, soit plusieurs dizaines de fois de plus que le montant estimé en cas de non-franchissement des points de bascule. De manière générale, Dasgupta (2021[35]) soutient que la valeur de la biosphère réside non pas dans sa dimension purement économique, mais dans le fait que, sans elle, la vie telle que nous la connaissons ne pourrait pas exister.
Selon la Classification internationale commune des services écosystémiques (CICES), il existe trois grands groupes de services écosystémiques : (i) les services d’approvisionnement regroupent la production matérielle des écosystèmes, comme les aliments et l’eau ; (ii) les services de support et de régulation sont liés aux processus écologiques qui assurent le bon fonctionnement des écosystèmes, par exemple la pollinisation, la séquestration du carbone, le contrôle de l’érosion et des crues, ainsi que la diversité génétique ; (iii) les services culturels englobent les avantages que les personnes tirent de leur relation avec les écosystèmes, y compris en termes d’inspiration et de loisirs. Étant donné que les services écosystémiques procèdent de l’état général de la nature, ils ne dépendent pas d’une seule et même dimension de la crise écologique. Leur évolution témoigne des incidences que la dégradation de l’environnement en général a sur ce que la nature peut apporter aux sociétés humaines. C’est pourquoi ils constituent un bon indicateur des conséquences de la triple crise planétaire.
Depuis 50 ans, une corrélation négative se forme clairement entre les services d’approvisionnement et de régulation (Pereira et al., 2024[45]). Si la production matérielle issue de la nature (par exemple, les aliments, le bois et l’énergie) a augmenté en raison de l’expansion agricole et de la transformation des terres, ces phénomènes ont également fait disparaître des habitats naturels, comme des espaces boisés et herbeux. Conjugué à la pollution et au changement climatique, cela a fait reculer les services de support et de régulation. En témoigne la diminution mondiale de l’abondance et de la diversité des pollinisateurs (IPBES, 2019[16]). Cela montre à quel point, en définitive, le capital produit par l’homme est tributaire de l’intégrité du capital naturel, qui, de surcroît, assure les fonctions écologiques indispensables à la productivité et résilience à long terme.
En cas de politiques inchangées, cette corrélation négative devrait se maintenir entre services d’approvisionnement et de régulation. D’après les projections, en 2050, la productivité agricole mondiale aura augmenté de plus de 60 % (en matière sèche, hors effets de rétroaction de la dégradation de l’environnement). En revanche, il est prévu que la plupart des services de régulation déclinent, à l’exception notable de l’absorption du carbone par le secteur AFAT, qui devrait croître d’environ 0.5 Gt de CO2 d’ici à 2050, à la faveur des politiques visant à améliorer le stockage de carbone forestier pour les besoins de l’atténuation du changement climatique. Cette progression est supérieure de 8 % à celle des émissions totales de GES. De leur côté, Kok et al. (2023[20]) anticipent le déclin d’autres indicateurs liés à d’importants services de régulation : d’après leurs projections, la superficie des terres cultivées traitées contre les ravageurs par des moyens naturels, la part des surfaces occupées par les pollinisateurs et la superficie protégée de l’érosion par la végétation naturelle diminueront respectivement de 4.4 %, 1.1 % and 10.5 %.
Le tableau est très disparate selon les régions. Par exemple, entre 2020 et 2050, le volume de carbone séquestré par le secteur AFAT devrait plus que tripler en Asie de l’Est et du Sud, mais s’effondrer en Amérique centrale et du Sud ainsi qu’en Afrique subsaharienne. En Afrique de l’Est, une baisse notable de tous les services de régulation est prévue : -35 % pour ce qui concerne la lutte naturelle contre les ravageurs ; -36 % la protection contre l’érosion des sols et -12 % la présence des pollinisateurs. De même, en Indonésie, les services de lutte contre les ravageurs et l’érosion devrait diminuer de plus de 30 %. Le moindre déclin des services écosystémiques, aussi minime soit-il au niveau mondial, peut être lourd de conséquences sur les sociétés humaines. Au-delà d’un certain seuil, une modification, même légère, des écosystèmes peut leur faire franchir un « point de bascule » et arriver à un nouvel équilibre, potentiellement moins favorable.
Les écosystèmes des eaux intérieures fournissent eux aussi d’importants services écosystémiques (Moberg et al., 2024[46]). Ils sont vitaux pour un large éventail de fonctions, parmi lesquelles figurent la fourniture d’eau potable, l’irrigation, la régulation de la qualité de l’eau, la lutte contre la pollution, le soutien à la sécurité alimentaire à travers les poissons et autres espèces dulcicoles, la santé et le bien-être, l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à ses effets. Par exemple, les plaines inondables naturelles et la végétation rivulaire limitent les dégâts d’inondation. Les écosystèmes d’eau douce, sous-catégorie des eaux intérieures dont sont exclus les systèmes salins et certains systèmes saumâtres, couvrent seulement 2 % environ de la superficie du globe. Pourtant, ils abritent quelque 12 % (et probablement davantage) de toutes les espèces connues, un tiers des espèces de vertébrés et plus de la moitié de toutes les espèces de poissons (Moberg et al., 2024[46]).
Les écosystèmes marins viennent compléter ce rôle fondamental des eaux intérieures en présidant à des fonctions écologiques et économiques de première importance. En 2022, 62 % des animaux aquatiques prélevés l’ont été dans des espaces marins, dont 69 % dans le cadre des activités de pêche proprement dites (soit 43 % du total, ce qui représente environ 80 millions de tonnes) et 31 % de l’aquaculture en mer (FAO, 2024[22]). D’après les estimations de la FAO, le secteur primaire de la pêche marine employait environ 16 millions de personnes dans le monde en 2022. Au-delà de l’importance qu’ils revêtent pour la sécurité alimentaire et comme source de revenus, les écosystèmes marins jouent un rôle clé dans l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à ses effets, car ils séquestrent et stockent une part non négligeable des émissions de CO2 dues aux activités humaines (Rohr et al., 2023[47]).
3.4.4. Décomposition de la perte de biodiversité
Jusqu’à présent, le changement d’affectation des espaces terrestres et maritimes est la première cause anthropique directe de l’évolution de l’état général de la biodiversité ; dans l’ensemble, il est responsable de 30 % des incidences d’origine humaine. Suivent l’exploitation directe (23 %), le changement climatique (14 %), la pollution et la prolifération des espèces envahissantes (IPBES, 2019[16]). Dans les décennies à venir, le changement d’affectation des terres sera détrôné par le changement climatique à la première place des causes de la perte de biodiversité. L’indice AME au niveau mondial devrait baisser de 3.2 points entre 2020 et 2050, pour les deux tiers en raison du climat (Graphique 3.8)10. Les écosystèmes endommagés se révèlent moins en mesure d’agir comme des puits de carbone. Ce constat vaut plus particulièrement pour les forêts et les océans (voir la section 1.3 du chapitre 1). Dans le même temps, il ressort des projections que l’évolution des habitudes et des mesures actuellement engagées pour protéger les espaces naturels amoindrira les effets de la fragmentation de l’habitat, l’expansion des infrastructures, la chasse et le dépôt d’azote. La réduction des atteintes dues à ces phénomènes et activités sera toutefois insuffisante pour contrebalancer la hausse des pertes liées au changement climatique et à la transformation de l’occupation des sols.
Sur le plan régional, l’évolution de la situation en Asie du Sud est particulièrement préoccupante, car il s’agit de l’une des régions dans lesquelles l’indice AME était le plus faible en 2020 (48.5) et où il recule le plus fortement, à la fois sous l’effet du changement climatique et de l’occupation des sols (Graphique 3.9). D’après les projections, en 2050, l’Asie de l’Est affichera encore le plus faible indice AME, qui devrait tomber à 43.5. En Europe, le déclin attendu de la biodiversité trouve sa première cause dans le changement d’affectation des terres, notamment dans l’augmentation des surfaces bâties (+22 %) et la poursuite de l’expansion des terres agricoles. Bien que la biodiversité se régénère sur les terres cultivées abandonnées et dans les jeunes forêts, cette régénération prend du temps et ne suffira pas pour compenser les pertes d’ici à 2050.
L’examen détaillé des déterminants de la perte de biodiversité rappelle que les causes (directes) du changement climatique et de la pollution sont locales – même si le changement climatique est, lui, planétaire – alors que le déterminant principal du déclin futur de l’abondance moyenne des espèces est le dérèglement climatique planétaire. Cela aura des répercussions sur l’action publique, dès lors qu’une intervention locale peut atténuer l’évolution écologique de la planète avec rétroaction locale.
Graphique 3.8. Décomposer l’évolution du recul de la biodiversité mondiale
Copier le lien de Graphique 3.8. Décomposer l’évolution du recul de la biodiversité mondialeBiodiversité mondiale (exprimée par la valeur de l’indice AME) : contribution aux principales causes de la perte de biodiversité
Note : Le graphique de gauche présente la biodiversité restante et la contribution de différentes causes de perte de biodiversité. Celui de droite zoome sur l’évolution de l’indice AME entre 2020 et 2050, en détaillant la contribution de chaque cause. Le point noir correspond à la valeur globale nette de l’indice.
Source : Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
Graphique 3.9. Effets des différentes pressions sur l’abondance moyenne des espèces au niveau régional, en 2020 et 2050
Copier le lien de Graphique 3.9. Effets des différentes pressions sur l’abondance moyenne des espèces au niveau régional, en 2020 et 2050
Note : Il n’est pas rendu compte ici des valeurs inférieures à 3.
Source : Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
3.5. État actuel et prévu : Pollution
Copier le lien de 3.5. État actuel et prévu : PollutionLa pollution est une crise aux multiples facettes, qui recouvre le rejet de diverses substances dans l’environnement par divers canaux (l’air, les eaux et les sols). Elle a, sur la santé humaine comme sur les espèces sauvages, une incidence considérable : les estimations lui imputent en effet 9 millions de décès par an, soit un décès sur six à l’échelle mondiale (Fuller et al., 2022[48]). Cette section est consacrée à l’étude de la pollution due aux particules et à l’ozone troposphérique (pollution atmosphérique), aux nutriments, aux produits chimiques et aux plastiques.
Comme indiqué dans les chapitres précédents, il existe des liens clairs et directs (quoique complexes) entre les polluants atmosphériques et le changement climatique. Les liens entre pollution et déclin de la biodiversité sont plus méconnus, mais tout aussi étroits. 18.2 % des espèces menacées d’extinction souffrent de la pollution, qui est même la principale cause de déclin dans 4.7 % des cas (Hogue et Breon, 2022[49]). Dans une récente étude, Jaureguiberry et al. (2022[29]) classent la pollution au troisième rang des principaux déterminants de la perte de biodiversité, alors qu’elle arrivait quatrième dans le rapport 2019 de l’IPBES (IPBES, 2019[16]). La faune dulcicole est particulièrement menacée. En effet, d’après une étude parue dernièrement, plus de la moitié des espèces menacées sont victimes de la pollution (Sayer et al., 2025[50]).
3.5.1. Pollution de l’air
La pollution de l’air, intérieur et extérieur, est un sujet de préoccupation majeur pour les pouvoirs publics en ce qu’elle est la cause de décès prématurés et de maladies. La concentration de particules et d’ozone troposphérique résulte du rejet de différents composés et des interactions chimiques entre ces composés dans l’atmosphère11. La qualité de l’air se détériore donc sous l’effet des émissions de plusieurs polluants issus de la combustion de ressources fossiles et de biomasse (y compris les feux de forêt), des activités d’élevage, mais aussi des activités manufacturières et extractives, qui rejettent par ailleurs des métaux lourds.
La pollution de l’air est reconnue comme un problème environnemental et sanitaire important au moins depuis le Ve siècle avant Jésus-Christ (Fowler et al., 2020[51]). Plus récemment, l’action des pouvoirs publics, combinée au progrès technologique, a permis à de nombreux pays de réduire l’exposition de leur population à la pollution atmosphérique. L’exposition à la pollution de l’air à l’intérieur, qui résulte principalement de l’utilisation de combustibles solides pour la cuisson et le chauffage dans la région à faible revenu, est en recul grâce à l’adoption de solutions plus modernes au fur et à mesure que le niveau de vie progresse. Le durcissement des normes techniques relatives à l’emploi de ces combustibles fait partie des mesures ayant contribué à ce recul, malgré la persistance de nettes disparités entre les pays.
À l’échelle nationale, des éléments probants réunis aux Pays-Bas et au Royaume-Uni montrent que la pollution de l’air extérieur touche plus particulièrement les ménages à faible revenu (Fecht et al., 2015[52]). Il ressort de données européennes que les groupes socio-économiques les plus modestes sont davantage exposés aux risques sanitaires liés à l’environnement (AEE, 2018[53]). De telles observations peuvent sans doute être extrapolées à d’autres régions, ce qui est particulièrement préoccupant pour celles caractérisées par un faible revenu et une forte exposition à la pollution.
Les concentrations en particules fines pondérées en fonction de la population devraient poursuivre leur diminution dans la plupart des régions au cours de la période 2020-2050 (Graphique 3.10). En conséquence de la forte baisse des émissions, les projections laissent escompter une amélioration très nette de la qualité de l’air, au cours de la même période, dans plusieurs régions, et notamment en Asie de l’Est, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ainsi qu’en Eurasie, au regard tant des particules fines que de l’ozone troposphérique. Il semblerait néanmoins que l’Afrique subsaharienne fera exception pour ce qui est des niveaux de PM2.5.
Graphique 3.10. Exposition de la population à l’ozone troposphérique et aux particules fines
Copier le lien de Graphique 3.10. Exposition de la population à l’ozone troposphérique et aux particules finesConcentrations d’ozone troposphérique et d’ozone troposphérique (en parties par milliard de volume) et en PM2.5 (en microgrammes par mètre cube (µg/m3), pondérées en fonction de la population, 2020 et 2050
Le SO2 est un autre polluant atmosphérique digne d’intérêt. L’exposition à ce gaz dans l’air ambiant a un lien avec la mortalité toutes causes confondues et avec la mortalité par maladie respiratoire, sous réserve d’une exposition aux particules fines (Orellano, Reynoso et Quaranta, 2021[54]), ainsi que des effets, en termes de morbidité, sur des affections telles que l’asthme et la bronchite chronique. À l’instar des composés azotés, les oxydes de soufre peuvent réagir avec d’autres composés présents dans l’atmosphère pour former des particules fines particulièrement nocives pour la santé. Les émissions de SO2 peuvent, en outre, avoir des conséquences sur les écosystèmes. Elles contribuent en effet à l’acidification des eaux de surface, qui provoque le recul de la biodiversité et la mort de poissons (US EPA, 2002[55]). L’acidification est préjudiciable également aux forêts par ses répercussions sur les feuilles et les aiguilles des arbres, qui concourent à l’épuisement des sols. Grâce aux progrès techniques, les émissions de SO2 devraient diminuer sensiblement dans toutes les régions (Graphique 3.2), et cette baisse devrait atteindre 64 %, en moyenne, à l’échelle mondiale (Graphique 3.1)12.
La pollution atmosphérique est l’un des principaux déterminants de risque de décès prématuré lié à l’environnement, puisqu’elle est responsable, d’après les estimations, de quelque 6.7 millions de décès annuels, dont 4.1 millions sont imputables à la pollution de l’air extérieur, le reste étant dû à la pollution de l’air intérieur (Fuller et al., 2022[48]), ce qui en fait la cinquième cause de mortalité (Cohen et al., 2017[56])13. La progression observée au cours des 15 dernières années résulte de l’augmentation de la population exposée, dans les pays en développement, et de hausses ponctuelles des concentrations. Au cours de cette même période, la plupart des pays développés ont enregistré une baisse de la mortalité, contrairement à certaines économies émergentes, comme l’Inde.
Le nombre de décès prématurés dus aux PM2.5 devrait diminuer progressivement dans toutes les régions (Graphique 3.11). Le recul attendu de la mortalité attribuable à ces particules sera particulièrement net en Eurasie et en Europe, principalement grâce aux mesures énergiques actuellement mises en œuvre afin d’améliorer la qualité de l’air et réduire les émissions de polluants atmosphériques, dont les PM2.5. Dans l’UE, par exemple, la directive concernant la réduction des émissions nationales de certains polluants atmosphériques établit les engagements de réduction des émissions de cinq polluants, dont les PM2.5 (Parlement européen et Conseil, 2016[57]). Ces normes ambitieuses de contrôle des émissions contribuent à faire diminuer la pollution de l’air.
Si les particules, et plus particulièrement les PM2.5, sont les principales responsables de la mortalité liée à la pollution de l’air extérieur, la part de l’ozone troposphérique dans les décès prématurés à l’échelle mondiale est appelée à progresser (Graphique 3.11), en raison principalement de l’élévation des températures et de l’augmentation attendue de la population urbaine. Cette progression sera particulièrement marquée dans les régions, comme l’Asie du Sud, où l’ozone troposphérique cause déjà de nombreux décès prématurés et suivra l’augmentation des émissions de NOx et de NH3 (Graphique 3.2). Outre les concentrations de polluants, l’évolution des caractéristiques démographiques contribue à modifier l’incidence des maladies liées à la pollution atmosphérique.
Graphique 3.11. Projections de la mortalité liée à la pollution atmosphérique
Copier le lien de Graphique 3.11. Projections de la mortalité liée à la pollution atmosphériqueÉvolution du nombre de décès dus à la pollution de l’air extérieur par les PM2.5 et l’ozone troposphérique, entre 2020 et 2050, pour 100 000 habitants
3.5.2. Pollution chimique
La pollution chimique est un aspect critique de la crise environnementale, et ce d’autant plus que la production et la consommation de produits chimiques sont attendues à la hausse au niveau mondial (voir le chapitre 2). Une dispersion dans l’environnement peut intervenir à chaque étape de la chaîne de valeur mondiale de ces produits, depuis l’extraction de la matière première jusqu’à la production, l’utilisation et l’élimination. Des volumes importants sont ainsi rejetés sous forme de déchets au cours des étapes de production, mais aussi, de manière inopinée, à cause de fuites, de déversements ou d’émissions fugitives. Les produits chimiques dangereux proviennent principalement des activités extractives, de l’agriculture, du traitement des eaux usées, de la production d’énergie, ainsi que de la fabrication, de l’utilisation et de l’élimination de produits (PNUE, 2019[58]).
L’OMS (2021[59]) estime que plus de 2 millions de décès auraient pu être évités en 2019 si l’exposition aux produits chimiques présents dans l’environnement était mieux maîtrisée et mieux combattue. 45 % de ces décès pouvaient être attribués à l’exposition au plomb14, 44 % à l’exposition à des produits chimiques dangereux sur le lieu de travail, et le reste à des intoxications aiguës, volontaires dans 20 % des cas. Il est alarmant de penser que l’ampleur de la charge de morbidité due à la pollution chimique est probablement sous-estimée en raison du caractère limité des essais de toxicité et du fait que la complexité, la diversité et le volume des produits chimiques progressent à un rythme qui excède les capacités scientifiques et réglementaires (Carney Almroth et al., 2022[60]). Il existe des estimations complémentaires des effets sanitaires de certaines substances. Des études récentes indiquent, par exemple, que l’exposition au plomb est responsable, chaque année, de 5.5 millions de décès prématurés, à l’échelle mondiale (Larsen et Sánchez-Triana, 2023[61]). En outre, entre 14 et 19 millions d’orpailleurs, travaillant de manière artisanale ou dans des structures de petite taille, sont exposés au mercure dans le cadre de leur activité (Landrigan et al., 2018[62]). Malgré les interventions réglementaires, qu’elles soient nationales ou internationales, le marché des métaux lourds (dont le plomb et le mercure) demeure stable, voire progresse, dans la plupart des cas (PNUE, 2019[58])
À côté des substances dangereuses bien connues, d’autres préoccupations liées aux produits chimiques ont pris de l’importance ces dernières années et devraient en prendre de plus en plus dans l’avenir. Les perturbateurs endocriniens, notamment les phtalates, les dioxines et certains pesticides, interfèrent avec le système hormonal des humains et des animaux et peuvent dérégler les fonctions physiologiques même à très faible dose. Le coût des maladies qui leur sont imputables a été estimé à 163 milliards EUR par an dans l’Union européenne (Duh-Leong et al., 2023[63]).
La persistance de certains produits chimiques, en particulier des substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (PFAS), aussi appelées « produits chimiques éternels », est un autre sujet de préoccupation majeur. La présence de PFAS a été décelée dans l’eau potable, les sols, les denrées alimentaires et les produits ménagers dans de nombreux pays (Wee et Aris, 2023[64]). On s’efforce depuis plus de vingt ans de suivre, d’évaluer et d’encadrer l’utilisation de ces substances, mais aussi de leur trouver des substituts plus inoffensifs (OCDE, 2015[65] ; OCDE, 2024[66] ; OCDE, 2024[67] ; OCDE, 2023[68]). Début 2023, le Forever Pollution Project, initiative portée par 16 médias européens, a fait savoir que près de 23 000 sites en Europe étaient contaminés par des PFAS, et que 21 500 autres sites étaient probablement contaminés en raison de l’activité industrielle (The Forever Pollution Project, 2025[69]). Si certains PFAS ont d’ores et déjà pu être mis en relation avec divers problèmes de santé, on ignore encore largement quels effets peut avoir, à long terme, une exposition chronique à faible dose. Effets cumulés et exposition chronique à faible dose sont deux grands sujets de préoccupation s’agissant des PFAS et des perturbateurs endocriniens.
Les produits chimiques sont une source de préoccupation de plus en plus importante pour la faune et la flore ainsi que pour la biodiversité. Ainsi, si les pesticides ont contribué à améliorer la productivité agricole – ce qui a permis d’accompagner la croissance rapide de la population (Tudi et al., 2021[70]) – une étude récente a permis d’estimer qu’environ 75 % des surfaces agricoles mondiales étaient susceptibles d’être polluées par ces produits, une pollution qui a de graves conséquences dans les régions accueillant une de nombreuses espèces animales et végétales et où l’eau se raréfie (Tang et al., 2021[71] ; Tang et al., 2021[71]). Les principaux risques pour l’environnement viennent du ruissellement des pesticides qui, répandus sur les cultures, s’infiltrent dans les sols et les réseaux hydrologiques.
La pollution chimique constitue, pour les écosystèmes, une menace polymorphe qui s’exerce de manière directe et indirecte (Sigmund et al., 2023[72]). Son action directe résulte notamment d’une toxicité aiguë, voire mortelle, entraînant, à des doses sublétales, des altérations du développement, des troubles physiologiques ou des troubles du comportement qui compromettent l’adaptation au milieu et la viabilité des populations. Les substances psychoactives et les métaux, par exemple, sont susceptibles d’induire des modifications du comportement animal de nature à accroître le risque de prédation (Brodin et al., 2013[73] ; McIntyre et al., 2012[74]), tandis qu’une exposition chronique, même à faible dose, pourra épuiser des réserves d’énergie essentielles à la survie et à la reproduction. En outre, le développement de la tolérance aux produits chimiques pourrait se traduire par une perte de diversité génétique de nature à compromettre la résilience des espèces à long terme. Les études environnementales tendent souvent à négliger ces dynamiques complexes, leurs auteurs se bornant à considérer quelques indicateurs de toxicité comme la survie et la reproduction.
Les effets indirects de la pollution se manifestent au niveau des interactions écologiques, par l’altération des réseaux trophiques et des comportements sociaux ou la rupture des équilibres prédateurs-proies. Les polluants chimiques peuvent modifier les communautés microbiennes et les structures trophiques, avec des conséquences qui dépendront des interactions propres à chaque milieu. Les polluants organiques persistants, comme certains PFAS, les polychlorobiphényles (PCB) et le dichlorodiphényltrichloroéthane (DDT), en raison de leur durée de vie et de leur omniprésence, tendent à s’accumuler dans les organismes vivants et dans des quantités de plus en plus importantes d’un maillon de la chaîne alimentaire au suivant, entraînant souvent des conséquences irréversibles. Même les produits chimiques qui ne sont pas à proprement parler persistants – comme le diclofénac – peuvent devenir « pseudo-persistants » du fait qu’ils sont utilisés continuellement, avec des effets préjudiciables pour les espèces tierces et des conséquences en cascade sur l’ensemble de l’écosystème (Green et al., 2004[75]).
3.5.3. Pollution par les nutriments
Les nutriments – azote (N), phosphore (P), potassium (K), calcium (Ca), magnésium (Mg), soufre (S) et silicium (Si), notamment – sont des éléments essentiels à la croissance des plantes. Toutefois, leur application excessive entraîne une pollution de l’eau, en particulier dans le cas de l’azote et du phosphore. Rejetés dans l’environnement en grande quantité, ils peuvent avoir le même effet que des engrais et doper la croissance d’algues selon un processus connu sous le nom d’eutrophisation. La prolifération algale, en les privant de la lumière du jour, peut causer la mort de plantes aquatiques comme celles qui forment les prairies sous-marines. De plus, la décomposition de ces algues abaisse la teneur en oxygène dissous et entraîne la mort d’animaux aquatiques. Outre l’eutrophisation et la menace qui en découle pour la biodiversité, la pollution par les nutrimentsest aussi préjudiciable à la qualité de l’eau, qu’elle peut rendre impropre à la consommation.
D’une manière générale, les activités humaines provoquent un déséquilibre du rapport azote/phosphore (N/P) dans la biosphère, un problème auquel on s’est relativement peu intéressé jusque-là, mais qui mérite que l’on s’en préoccupe davantage (voir aussi le chapitre 6). L’aggravation de ce déséquilibre peut avoir des conséquences significatives, non seulement pour les écosystèmes naturels, mais aussi pour la production végétale, la sécurité alimentaire et, en dernière analyse, le bien-être des individus (Peñuelas et Sardans, 2022[76]).
La pollution par les nutrimentsrésulte à la fois de processus naturels et des activités humaines. Ses causes naturelles sont notamment la fixation de l’azote dans la végétation et l’altération des roches et des sols. Les apports humains sont plus importants que les apports naturels ; ils proviennent principalement des eaux usées, du ruissellement des engrais répandus sur les terres agricoles (voir aussi la section 2.2.1 du chapitre 2) et des activités aquacoles. Au niveau mondial, d’après les données rétrospectives réunies dans la boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement, l’agriculture a représenté, en 2020, 53 % de l’ensemble des rejets d’azote, les sources naturelles (26 %), les eaux usées (19 %) et l’aquaculture n’arrivant qu’ensuite. On obtient un classement similaire en ce qui concerne les rejets de phosphore, même si l’ampleur n’est pas la même : à l’échelle mondiale, les rejets pour l’année 2020 s’élevaient à 68 Mt dans le cas de l’azote, contre 10 Mt pour le phosphore. Le classement devrait rester inchangé à l’horizon 2050, même si les chiffres absolus sont appelés à évoluer. Ces données d’envergure mondiale masquent des variations régionales. Dans les pays de la région à revenu élevé, l’agriculture – plus intensive – représente une part encore plus importante des rejets d’azote (61 % en 2020), contre 15 % pour les eaux usées – dont le traitement est plus fréquent. Dans la région à revenu intermédiaire, en revanche, les eaux usées et l’agriculture sont à l’origine, respectivement, de 21 % et de 49 % des rejets d’azote.
Les projections indiquent que, d’ici 2050, les rejets mondiaux d’azote et de phosphore (autrement dit le transfert de ces nutriments dans les eaux souterraines et de surface) vont augmenter, respectivement, de 22 % et de 20 %. Cela étant, sachant que le PIB mondial devrait plus que doubler entre 2020 et 2050, l’intensité de nutrimentspar unité de production économique va diminuer sensiblement. Ce découplage relatif est attendu dans toutes les régions, et les rejets de phosphore devraient même connaître un découplage en termes absolus dans la région à revenu élevé. C’est dans la région à faible revenu que les rejets de nutriments augmenteront le plus : de 41 % pour l’azote et de 40 % pour le phosphore. Cette augmentation sera tirée par la croissance démographique et économique, ainsi que par le développement et l’intensification de l’agriculture. Dans cette région, en effet, on attend une hausse des productions végétales et animales, qui se traduira par une progression, de 55 %, de la valeur ajoutée globale. Avec les politiques publiques actuelles, cette expansion impliquera un recours accru aux engrais et la production de fumier en plus grande quantité, contribuant ainsi à augmenter de 41 % les rejets d’azote.
Le découplage de l’activité économique et des rejets de nutriments est encore plus marqué dans les régions à revenu élevé et intermédiaire. Dans la région à revenu élevé, une stabilisation des rejets de phosphore est attendue, tandis que les rejets d’azote devraient augmenter de 4 %. Le principal facteur de ce découplage quasi total est à rechercher dans l’amélioration du traitement des eaux usées, qui fera diminuer les rejets d’azote de 43 % et ceux de phosphore de 27 % alors que la population restera globalement stable. Dans la région à revenu intermédiaire, en revanche, les rejets de nutriments vont augmenter de 18 % et ceux de phosphore de 14 %, principalement du fait de l’activité agricole.
Les rejets de nutrimentss’accompagnent de risques pour la qualité de l’eau et la biodiversité, mais ne se traduisent pas nécessairement par des problèmes environnementaux ou des problèmes de qualité de l’eau pour les populations locales, sauf là où la concentration d’azote devient critique. En 2020, cette concentration dans les eaux souterraines était supérieure aux normes définies par l’OMS, en ce qui concerne l’eau portable, sur une surface atteignant 5 millions de km² environ à l’échelle mondiale (Graphique 3.12). En 2020, on relevait, sur plus de 17 % du territoire européen, des niveaux critiques de concentration en azote dans les eaux souterraines (venaient ensuite le Moyen-Orient et l’Amérique du Nord, avec un peu moins de 17 %, puis l’Asie de l’Est, avec 15 %). L’Europe était aussi la région avec la plus grande superficie (48 % du territoire) où cette concentration dans les eaux de surface était supérieure à un niveau critique, devant l’Asie (41 %) et l’Asie du Sud (21 %).
D’ici à 2050, avec les politiques publiques actuelles, la superficie des eaux souterraines de qualité médiocre devrait s’étendre de 22 %, à l’échelle mondiale, pour avoisiner les 6 millions de km². C’est dans les Amériques, en Afrique subsaharienne, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ainsi qu’en Asie du Sud qu’elle devrait progresser le plus. À l’inverse, elle est appelée à se contracter en Europe (-14 %), de même qu’en Corée, au Japon et en Océanie (-7 %), en raison des progrès du traitement des eaux usées et d’un léger fléchissement de la production agricole. Sur le plan mondial, cependant, cette légère amélioration est contrebalancée par une extension significative des zones où les eaux souterraines sont impropres à la consommation dans la région à faible revenu (+37 %) et la région à revenu intermédiaire (+28 %).
Quant à la teneur en phosphore, les indicateurs de qualité de l’eau révèlent qu’en 2020, elle atteignait un niveau critique sur la majeure partie du continent européen (70 %), de l’Asie de l’Est (66 %) et de l’Asie du Sud (57 %). Ces indicateurs resteront sans doute médiocres en raison de la lenteur du cycle du phosphore dans les sols, de sorte que la surapplication de cet élément pendant de longues années aura des conséquences durables.
Graphique 3.12. Évolution des zones où la pollution de l’eau dépasse les seuils admis
Copier le lien de Graphique 3.12. Évolution des zones où la pollution de l’eau dépasse les seuils admisÉvolution des superficies où les seuils critiques sont dépassés en ce qui concerne a) la concentration d’azote dans les eaux de surface, b) la concentration d’azote dans les eaux souterraines, c) la concentration de phosphore dans les eaux de surface
Note : Le seuil critique concernant la teneur en azote des eaux souterraines correspond à la norme de potabilité définie par l’Organisation mondiale de la Santé, soit 11.3 mg-N/L. S’agissant de l’azote et du phosphore présents dans les eaux de surface, des valeurs seuils de 2.5 mg-N/L et 0.1 mg-P/L, respectivement, ont été retenues, à l’issue d’une étude bibliographique, selon la proposition de Bouwman et al. (2024[77]).
Source : Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
3.5.4. Pollution plastique
On estime qu’en 2020, 83 Mt de déchets plastiques avaient été mal gérés à l’échelle mondiale, comme indiqué dans le Graphique 3.13, soit une quantité nettement supérieure à celle du plastique recyclé15. Une partie importante de ces déchets mal gérés (21 %, soit 22 Mt) a été déversée dans les milieux terrestres ou aquatiques. Le reste a été déposé dans des décharges non contrôlées ou sauvages (42 %) ou brûlé à l’air libre (31 %).
Graphique 3.13. Déchets plastiques mal gérés et rejets dans l’environnement
Copier le lien de Graphique 3.13. Déchets plastiques mal gérés et rejets dans l’environnementDéchets plastiques mal gérés, dont rejets dans l’environnement, en Mt, 2020 et 2050
Avec les politiques publiques actuelles, la quantité annuelle de déchets plastiques mal gérés augmentera de quelque 66 % (pour atteindre 138 Mt) d’ici à 2050, par rapport au niveau de 2020, et ce malgré une diminution de ces déchets mal gérés en pourcentage du total des déchets. Toutes les régions, en effet, devraient en principe améliorer leur système de gestion des déchets au fil du temps, en lien avec la croissance des revenus. Voilà pourquoi les rejets annuels de plastique dans l’environnement devraient augmenter des deux tiers en l’absence de nouvelles mesures, passant de 22 Mt en 2020 à 37 Mt en 2050. Ce sont ainsi près de 900 Mt de plastique qui, d’après les projections, s’accumuleront dans la nature sur la même période. Les rejets de plastique sont plus importants dans les pays qui sont encore dépourvus de système de collecte et de gestion des déchets, comme indiqué dans de précédents rapports de l’OCDE (OCDE, 2022[5] ; OCDE, 2024[78] ; OCDE, 2025[79]). Les rejets de macroplastique devraient rester pratiquement nuls ou tendre vers des niveaux proches de zéro dans la région à revenu élevé, qui dispose d’une infrastructure performante de gestion des déchets. Ils devraient en revanche continuer à augmenter dans les régions où cette gestion demeure incomplète, et cette augmentation sera alimentée par la croissance du PIB, qui devrait y être soutenue. À titre d’exemple, les projections indiquent que le volume des rejets de microplastique augmentera de plus de 80 %, dans les pays d’Asie non membres de l’OCDE, entre 2020 et 2050, et de plus de 150 %, en Afrique subsaharienne, soit bien davantage que la moyenne mondiale qui s’établirait à 64 %. Malgré une croissance relativement faible, la Chine demeure le pays qui rejette le plus de matière plastique dans l’environnement, et ses rejets devraient atteindre 6.8 Mt en 2050. Un risque majeur pour les décennies à venir réside dans l’augmentation significative de la production de déchets plastiques (voir également le chapitre 2), qui pourrait conduire à la saturation des capacités de collecte, de tri et de traitement16.
Une grande partie des plastiques rejetés dans la nature se retrouve dans les milieux aquatiques (cours d’eau, lacs et océans), où ils tendent à s’y accumuler (OCDE, 2022[5]). Certains de ces plastiques finissent par se dégrader en macroplastiques de plus petite taille et en microplastiques, qui peuvent aussi circuler dans les milieux aquatiques. Les cours d’eau et les océans ne connaissant pas de frontières, la pollution plastique peut s’étendre à d’autres pays que celui où le rejet a eu lieu. De grandes quantités de plastique se sont d’ores et déjà accumulées dans les milieux aquatiques (principalement dans les rivières), et la poursuite des rejets implique la poursuite de cette accumulation. D’après les projections établies pour l’Asie du Sud-Est et l’Asie de l’Est, les pays de l’ASEAN à revenu intermédiaire de la tranche inférieure sont particulièrement vulnérables à la pollution par les plastiques (OCDE, 2025[79]). À l’inverse, des données récentes donnent à penser que les rejets de plastique sur les côtes européennes pourraient avoir diminué de 29 % environ ces dernières années (Hanke et al., 2025[80]), ce qui souligne que des cadres réglementaires perfectionnés sont de nature à contribuer efficacement à la réduction de ces rejets dans les milieux aquatiques.
3.6. Aspects convergents de la triple crise planétaire
Copier le lien de 3.6. Aspects convergents de la triple crise planétaireLe changement climatique, le recul de la biodiversité et la pollution sont liés les uns aux autres par des déterminants communs, des pressions interdépendantes et des effets cumulés. Par conséquent, pour appréhender correctement ces phénomènes et leur trouver des solutions efficaces, il est nécessaire d’adopter une démarche qui s’affranchisse des cloisonnements. Comme nous l’avons vu dans les sous-sections précédentes, il est possible d’apprécier chacune de ces dimensions à l’aide d’un ensemble d’indicateurs. Un tableau de bord adapté au suivi de leur évolution peut par conséquent prendre diverses formes. Tout au long du présent rapport, nous avons produit un large éventail d’indicateurs détaillés témoignant de la complexité des enjeux, sur la base de la boîte à outil de modélisation quantitative décrite au chapitre 1. Un tableau de bord synthétique, reposant sur une sélection d’indicateurs essentiels, peut rendre compte de la manière dont l’évolution du changement climatique, celle du déclin de la biodiversité et celle de la pollution sont imbriquées les unes aux autres. Comme précédemment, le choix des indicateurs n’est pas exhaustif mais vise à mettre en évidence les relations d’interdépendance qui existent entre les trois dimensions, et en particulier la manière dont la situation à l’égard de chacune d’elles peut influencer les deux autres.
Le tableau de bord réunit un ensemble d’« indicateurs phares » pour chacune des dimensions de la triple crise planétaire. S’agissant du changement climatique, ces indicateurs permettent de suivre l’évolution de la température mondiale par rapport aux niveaux préindustriels. Le déclin de la biodiversité terrestre est mesuré à l’aide de l’AME des plantes et des vertébrés à sang chaud. La pollution est représentée par différents indicateurs : concentration en PM2.5 pondérée par la population, pour la pollution atmosphérique, rejets de déchets plastiques dans l’environnement, pour la pollution par les plastiques, superficie des eaux de surface excédant les seuils critiques de concentration en phosphore et excédent d’azote issu de l’agriculture, pour la pollution par les nutriments. Le tableau de bord comporte, en outre, des « indicateurs d’interaction » qui rendent compte des interdépendances entre les trois dimensions : les polluants atmosphériques et les émissions de polluants climatiques à courte durée de vie ont une incidence sur le réchauffement planétaire ; le changement climatique entraîne le déclin de la biodiversité ; et la pollution azotée alimente elle aussi ce déclin. La liste n’est pas exhaustive, cependant la combinaison de ces indicateurs offre un bon aperçu préliminaire de la trajectoire suivie par la triple crise planétaire et des interconnexions qui existent entre ses différentes dimensions. Le Graphique 3.14 présente l’évolution de tous les indicateurs choisis, au niveau mondial. Tout comme dans le Graphique 3.1, la longueur de chaque barre correspond à l’évolution dans le temps (2020-2050). Dans le cas des indicateurs à forte composante locale (tous les indicateurs à l’exception de ceux liés au climat), on a signalé les régions où l’accroissement (ou le déclin) est le plus rapide et celles où il est le plus lent.
Graphique 3.14. Projections de l’intensification de la dégradation de l’environnement avec des effets synergiques
Copier le lien de Graphique 3.14. Projections de l’intensification de la dégradation de l’environnement avec des effets synergiquesÉvolution mondiale d’ici à 2050 de divers indicateurs relatifs à la biodiversité, au changement climatique et à la pollution et aux interactions entre ces trois éléments
Note : La longueur des barres représente l’évolution prévue pour la période 2020-2050. Le cercle représente le niveau enregistré en 2020. Par souci de lisibilité, la barre représentant le Changement climatique lié à la pollution atmosphérique a été tronquée. Les valeurs et unités des indicateurs considérés sont indiquées dans l’Annexe 3.A.
Source : Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
Le constat d’ensemble est sans appel, une fois encore : les politiques actuelles sont insuffisantes pour inverser le processus de dégradation de l’environnement. Par rapport à 2020, la situation devrait s’aggraver d’ici à 2050 au regard de la plupart des dimensions, en partant du principe que les pouvoirs publics maintiendront leurs efforts actuels. Les températures mondiales continueront de s’élever, passant de 1.2 °C au-dessus des températures de référence, en 2020, à 2.1 °C à l’horizon 2050. Le déclin de la biodiversité se poursuit, avec un repli de l’AME, de 59.7, en 2020, à 56.5, en 2050. Comment indiqué dans la section 3.4, ce repli pourra sembler modeste, mais il correspond en réalité à la conversion de plusieurs millions de km² d’habitats naturels intacts et à la disparition de l’ensemble des espèces qui s’y abritaient à l’origine. La biodiversité végétale sera encore plus mise à mal que celle des vertébrés à sang chaud puisque l’indice correspondant chutera de 55 à moins de 51 au cours de la même période. En d’autres termes, d’ici à 2050, près de la moitié de la biodiversité végétale mondiale aura disparu, selon les projections. De toute évidence, l’action menée par les pouvoirs publics (voir l’Annexe 2.A pour plus de détails) ne suffit pas à enrayer, ni encore moins à inverser, le recul de la biodiversité, ainsi qu’il en a été pris acte dans le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal.
Diverses formes de pollution suivent elles aussi une tendance à la hausse. Les rejets de plastique dans l’environnement devraient augmenter de 64 % entre 2020 et 2050, compromettant ainsi les efforts déployés en vue de mettre un terme à la pollution plastique à l’échelle mondiale. L’indicateur de l’excédent d’azote révèle une augmentation plus faible, mais néanmoins notable, qui atteindra 32 % sur l’ensemble de la période. Fait plus encourageant, les concentrations de PM2.5 pondérées par la population devraient diminuer de 21 %, d’ici à 2050, par rapport à leur niveau de 2020.
Ces projections montrent en outre que le changement climatique, le recul de la biodiversité et la pollution se renforcent mutuellement, avec à la clé différents effets d’interaction appelés à s’intensifier au fil du temps. Le changement climatique s’impose comme principal facteur d’érosion de la biodiversité et détrône ainsi le changement d’affectation des terres, qui l’a longtemps été. Cette substitution met en évidence l’interdépendance accrue de ces deux dimensions. De même, et bien que cela n’apparaisse pas dans notre tableau de bord, le recul de la biodiversité fera probablement obstacle à l’atténuation du changement climatique en inhibant la capacité d’absorption de carbone des écosystèmes, et notamment celle des forêts et des océans (IPBES, 2024[81]). En parallèle, la contribution au changement climatique des polluants atmosphériques et des polluants climatiques à courte durée de vie progresse de manière significative en termes relatifs. Autrefois, le forçage radiatif effectif dû à ces polluants, aux aérosols et à l’ozone était négatif, et exerçait donc un effet refroidissant sur le système climatique. Aux alentours de 2020, cependant, cet effet s’est atténué avant de se transformer en un léger effet de réchauffement appelé à s’amplifier au fil du temps. Si l’augmentation des émissions de CH4 n’y est pas étrangère, le principal facteur en cause est le déclin des émissions d’aérosols, de SO2 et, dans une moindre mesure, de carbone noir, qui atténue l’effet refroidissant exercé auparavant. Enfin, la pollution par les nutrimentsdemeurera une menace pour la biodiversité. Certes le recul de la biodiversité terrestre dû spécifiquement à la pollution azotée devrait légèrement ralentir, de 3 % à l’échelle mondiale, entre 2020 et 2050, avec les politiques publiques actuelles, néanmoins, cette moyenne masque des disparités significatives entre les régions. Dans certaines régions en effet, ce recul s’accentue, jusqu’à progresser de 7 % parfois, en raison d’efforts d’atténuation hétérogènes et de différences dans l’intensité de l’activité agricole. D’une manière générale, la pollution, non circonscrite aux nutriments, restera, d’après les projections, l’un des cinq principaux déterminants d’érosion de la biodiversité et cette érosion devrait, en retour, accentuer la pollution de l’eau, ne serait-ce que par un affaiblissement de la fonction de filtration des polluants (IPBES, 2024[81])
Les échelons locaux et mondiaux sont étroitement liés. Le changement climatique est par nature un phénomène planétaire, dans la mesure où les émissions de gaz à effet de serre contribuent, quelle que soit leur origine, au réchauffement mondial, cependant ses manifestations physiques – comme l’évolution des températures et des précipitations – diffèrent sensiblement d’une région à une autre. L’érosion de la biodiversité et la pollution, en revanche, sont souvent plus ponctuelles par nature, les déterminants, pressions et répercussions qui sont les leurs étant étroitement liés à la géographie (même si les conséquences sont d’envergure mondiale). Les projections présentées dans ce chapitre soulignent que les déterminants mondiaux, et en particulier le changement climatique, jouent un rôle de plus en plus actif dans l’accélération du déclin de la biodiversité. De même, si la pollution atmosphérique dépend dans une large mesure de l’évolution des émissions à l’échelle régionale, ce qui se traduit par une qualité de l’air hétérogène au niveau mondial, les dynamiques transfrontalières et transfrontières n’en conservent pas moins leur importance. Les canaux biophysiques et économiques – notamment le commerce international, le transport atmosphérique de polluants, et autres externalités négatives – lient étroitement entre eux les pays et les régions, accentuant le besoin d’une action mondiale coordonnée en parallèle aux solutions adaptées aux réalités locales.
L’évolution de différentes dimensions varie notablement entre les régions (Graphique 3.14). Ainsi, alors que les rejets mondiaux de déchets plastiques dans l’environnement pourraient augmenter de 64 % entre 2020 et 2050, les tendances en la matière divergent fortement entre les régions puisque ces rejets ne représenteront plus qu’un faible pourcentage dans la plupart des pays de l’OCDE tandis qu’ils vont plus que doubler (+155 %) en Afrique subsaharienne. D’autres indicateurs également signalent des tendances contrastées : la pollution par les nutriments, par exemple, va s’aggraver dans quelques régions, tandis qu’elle diminuera dans d’autres. La perte de biodiversité due au changement climatique progresse de 30 % environ dans toutes les régions, alors que celle due à la pollution azotée est beaucoup plus variable, augmentant dans quatre régions sur neuf et s’atténuant dans les cinq autres. En dépit de ces différences, l’érosion de la biodiversité devrait s’accentuer, de 2 à 12 %, dans toutes les régions avec une moyenne mondiale de 8 %. Ces tendances montrent que le seul maintien des aires protégées, tel que modélisé dans le scénario « Politiques inchangées », ne saurait suffire à inverser le processus d’appauvrissement de la biodiversité, et qu’il doit par conséquent s’accompagner de mesures plus systémiques et intégrées pour « inverser la tendance ». Les concentrations de PM2.5 devraient diminuer dans toutes les régions, mais à un rythme inégal, de ‑32 % en Europe à ‑4 % en Asie du Sud, région où ces concentrations resteront les plus élevées en 2050.
Les perspectives présentées dans ce chapitre montrent clairement que les tendances actuelles ne sont pas soutenables et que la dégradation de l’environnement devrait s’aggraver dans les décennies à venir. Il ressort des projections établies que le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution devraient continuer de s’écarter de la trajectoire requise pour atteindre les buts et ambitions définis à l’échelle mondiale, d’où la nécessité d’appeler d’urgence à agir de manière plus résolue et mieux coordonnée. L’aggravation des répercussions associées à chacune des trois dimensions de la triple crise planétaire alourdit en outre le coût et la complexité des efforts d’adaptation, les conséquences biophysiques et économiques ayant, et étant appelées à avoir, une incidence sur la santé, la richesse et le bien-être global par de multiples canaux. En particulier, le chevauchement de ces dimensions met à l’épreuve les mêmes systèmes, avec des effets cumulatifs susceptibles de rendre toute adaptation effective encore plus difficile.
L’analyse révèle, en parallèle, que des progrès sont possibles : plusieurs doublets « région-indicateur » présentent des tendances positives, qui autorisent à penser que des mesures bien conçues et ambitieuses peuvent inverser le cours de choses et aiguiller les économies vers des trajectoires plus durables.
Il est important de noter que les projections présentées ici ne tiennent pas compte des engagements pris par les pouvoirs publics et qui doivent encore se traduire par des mesures concrètes, comme c’est le cas par exemple de nombreux objectifs de neutralité carbone annoncés dans le cadre des contributions déterminées au niveau national et des plans d’action définis dans les stratégies nationales en faveur de la biodiversité. La nécessité de convertir les cibles ambitieuses définies au plus haut niveau en trains de mesures complets et concrets n’en apparaît que plus urgente. La complexité des interactions – entre les déterminants, les pressions, les états et les effets – souligne l’importance cruciale de mettre en place des réponses intégrées et harmonisées dans les différents domaines intéressant l’environnement.
Annexe 3.A. Indicateurs détaillés des pressions environnementales
Copier le lien de Annexe 3.A. Indicateurs détaillés des pressions environnementalesCe chapitre porte sur un éventail particulier de pressions environnementales en lien avec l’air, les espaces terrestres, l’eau et les sols dont l’examen collectif donne un tableau instructif, quoique non exhaustif, des tendances à prévoir. Le premier ensemble d’indicateurs retenus concerne les pressions environnementales qui prennent la forme d’émissions atmosphériques influant sur le changement climatique et la pollution, en particulier la pollution de l’air. Les émissions de dioxyde de carbone (CO2), de CH4 et d’oxyde nitreux (N2O) en font partie. Outre les GES, principaux déterminants du changement climatique, on y trouve d’autres gaz dont les émissions influent sur les températures planétaires. Ainsi, les forceurs climatiques à courte durée de vie, comme le carbone noir, contribuent au réchauffement planétaire (à travers un forçage radiatif effectif positif, en particulier lorsqu’ils sont déposés sur de la neige), tout en causant une pollution atmosphérique aux particules. À l’inverse, des gaz comme le dioxyde de soufre (SO₂) participent à la pollution de l’air, mais entraînent un forçage radiatif effectif négatif, ce qui se traduit par un effet refroidissant net de la planète. Le CH4 constitue à la fois un puissant GES et un précurseur de l’ozone troposphérique, polluant atmosphérique nocif. Par conséquent, les émissions de ces gaz pèsent sur le changement climatique et la pollution (atmosphérique). Or, bien souvent, elles procèdent de déterminants communs. Par exemple, la production d’électricité à partir de charbon est à la fois source d’émissions de CO2, de carbone noir et de SO₂ (entre autres gaz).
Un deuxième ensemble d’indicateurs rend compte des pressions liées à l’utilisation des terres. Le changement d’affectation des terres, en particulier lorsqu’il implique le déboisement, peut contribuer à une émission nette de GES — et à l’émission de polluants atmosphériques — et il fait partie des cinq causes principales du recul de la biodiversité (IPBES, 2019[16]). Par exemple, des forêts et tourbières saines font office de puits de carbone (en absorbant du CO2) et constituent des réservoirs essentiels de biodiversité. En revanche, l’expansion des terres agricoles représente une menace pour la biodiversité, du fait de la destruction d’habitats, de même que les sols fertilisés et l’élevage font partie des principales sources d’émissions de N2O et de CH4. Le déboisement des forêts tropicales fait grimper les émissions de CO2 tout en mettant en péril la biodiversité, en particulier lorsqu’il a lieu dans les zones critiques de biodiversité. S’agissant du secteur de l’agriculture, de la foresterie et des autres affectations des terres (AFAT), comme les activités qui en relèvent contribuent à la fois au changement climatique et à la perte de biodiversité, plusieurs indicateurs sont étudiés ensemble : émissions de CO2, de N40 et de CH4 et augmentation de la superficie des terres cultivées. En considérant ces éléments comme un tout, on obtient un tableau plus complet des pressions qui s’exercent sur l’environnement, alors que si on les examinait séparément, on n’en tirerait qu’une vision fragmentaire.
Un troisième groupe de pressions environnementales est celui des pressions exercées sur l’eau et les sols (mais aussi directement ou indirectement sur l’air, dans certains cas) qui relient la perte de biodiversité à la pollution. Les émissions d’ammoniac (NH3) et d’oxydes d’azote (NOx) participent à la pollution de l’air du fait de la formation de particules fines et, dans le cas des NOx, de l’ozone troposphérique. Cela dit, comme elles s’inscrivent dans la complexe cascade de l’azote (voir le chapitre 6), ces émissions conduisent également au dépôt d’azote, qui nuit à la biodiversité. On associe également la pollution phosphorée — et l’extraction de phosphates — à la dégradation écologique et au déclin de la biodiversité. Par exemple, la pollution par les nutrimentsaugmente le risque d’eutrophisation des masses d’eau, ce qui est très dommageable pour les écosystèmes aquatiques. De même, les émissions de SO₂ participent à la pollution de l’air par les particules et, combinées aux émissions de NOx, elles peuvent provoquer une acidification nocive pour les écosystèmes terrestres et aquatiques. L’expansion des surfaces bâties peut occasionner des pertes de biodiversité en détruisant ou en fragmentant l’habitat. Elle peut aussi être associée aux flux de déchets qui exacerbent la pollution, y compris la pollution localisée par les nutriments. Enfin, les déchets plastiques mal gérés constituent une grande source de préoccupations et posent un problème de pollution à part entière, qui rejoint toutefois les problématiques du changement climatique et de la perte de biodiversité. La plupart des matières plastiques étant actuellement obtenues à partir de ressources fossiles, leur production et traitement contribuent aux émissions de GES. De plus, comme les déchets plastiques peuvent endommager les écosystèmes naturels une fois rejetés dans l’environnement, ils constituent une menace pour la biodiversité.
Le Graphique 3.1 et le Graphique 3.2 qui figurent dans le texte principal indiquent le niveau mondial et l’intensité régionale de certaines pressions environnementales. Les unités dans lesquelles ces indicateurs sont exprimés sont exposées dans le Tableau d’annexe 3.A.1, tandis que leurs valeurs sont résumées dans le Tableau d’annexe 3.A.2. De même, le Graphique 3.14 illustre l’évolution des indicateurs de l’état de l’environnement : les unités correspondantes sont énumérées dans le Tableau d’annexe 3.A.3 et les valeurs détaillées dans le Tableau d’annexe 3.A.4.
Tableau d’annexe 3.A.1. Unités des indicateurs synthétiques de l’évolution des pressions environnementales
Copier le lien de Tableau d’annexe 3.A.1. Unités des indicateurs synthétiques de l’évolution des pressions environnementales|
Niveau |
Intensité |
||
|---|---|---|---|
|
Indicateur |
Unité |
Indicateur |
Unité |
|
Occupation des sols (espaces bâtis) |
Million d’hectares |
Part des espaces bâtis dans la superficie terrestre totale |
Point de pourcentage |
|
Occupation des sols (terres cultivées) |
Million d’hectares |
Part des terres cultivées dans la superficie terrestre totale |
Point de pourcentage |
|
NH3 (ammoniac) |
Million de tonnes de NH3 |
Émissions de NH3 par habitant |
kg de NH3 par habitant |
|
NOx (oxydes d’azote) |
Million de tonnes d’équivalent NO2 |
Émissions de NOx par habitant |
kg par habitant |
|
Rejets de phosphore |
Million de tonnes de phosphore (P) |
Part des rejets dans la charge totale mesurée à l’embouchure |
Point de pourcentage |
|
Déchets plastiques mal gérés |
Million de tonnes |
Déchets mal gérés par habitant |
kg par habitant |
|
SO2 (dioxyde de soufre) |
Million de tonnes de SO2 |
Émissions de SO2 par habitant |
kg de SO2 par habitant |
|
Carbone noir |
Million de tonnes de carbone noir |
Émissions de carbone noir par habitant |
kg de carbone noir par habitant |
|
CH4 (méthane) |
Million de tonnes de CH4 |
Émissions de CH4 par habitant |
kg de CH4 par habitant |
|
CO2 (dioxyde de carbone) |
Milliard de tonnes de CO2 |
Émissions de CO2 par habitant |
Tonnes de CO2 par habitant |
|
CO2 (AFAT) |
Million de tonnes de CO2 |
Émissions de CO2 par habitant |
kg de CO2 par habitant |
|
N2O (oxyde nitreux) |
Million de tonnes de N2O |
Émissions de N2O par habitant |
kg de N2O par habitant |
Note : Les indicateurs relatifs au niveau des pressions déterminent la taille des barres, tandis que les indicateurs d’intensité régionale déterminent leur couleur de remplissage dans les graphiques régionaux.
Tableau d’annexe 3.A.2. Détail des valeurs des indicateurs synthétiques de l’évolution des pressions environnementales
Copier le lien de Tableau d’annexe 3.A.2. Détail des valeurs des indicateurs synthétiques de l’évolution des pressions environnementales|
Indicateur |
Valeur calculée pour 2020 |
Valeur calculée pour 2050 |
Variation 2020-2050 |
Intensité en 2050 |
Indicateur |
Valeur calculée pour 2020 |
Valeur calculée pour 2050 |
Variation 2020-2050 |
Intensité en 2050 |
||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
|
Amérique du Nord |
Eurasie |
||||||||||
|
|
Occupation des sols (espaces bâtis) |
22.3 |
32.0 |
43.3 |
1.8 |
|
Occupation des sols (espaces bâtis) |
4.1 |
5.1 |
25.2 |
0.24 |
|
|
Occupation des sols (terres cultivées) |
204 |
216 |
5.9 |
12.0 |
|
Occupation des sols (terres cultivées) |
206 |
218 |
5.9 |
10.3 |
|
|
NH3 |
4.9 |
6.2 |
26.5 |
14.8 |
|
NH3 |
2.3 |
3.3 |
43.1 |
11.2 |
|
|
NOx |
8.8 |
4.3 |
-51.3 |
10.2 |
|
NOx |
7.9 |
4.2 |
-46.8 |
14.1 |
|
|
Rejets de phosphore |
0.57 |
0.62 |
9.8 |
43.8 |
|
Rejets de phosphore |
0.97 |
1.0 |
6.6 |
42.6 |
|
|
Déchets plastiques mal gérés |
2.8 |
1.4 |
-49.0 |
3.4 |
|
Déchets plastiques mal gérés |
5.1 |
6.1 |
18.9 |
20.2 |
|
|
SO2 |
2.5 |
0.43 |
-82.5 |
1.0 |
|
SO2 |
8.6 |
1.5 |
-82.7 |
5.0 |
|
|
Carbone noir |
0.17 |
0.05 |
-70.1 |
0.12 |
|
Carbone noir |
0.24 |
0.07 |
-69.7 |
0.24 |
|
|
CH4 |
37.7 |
23.0 |
-39.0 |
54.6 |
|
CH4 |
41.1 |
66.8 |
62.6 |
224 |
|
|
CO2 |
5.3 |
3.5 |
-33.4 |
8.3 |
|
CO2 |
2.8 |
2.7 |
-3.0 |
9.0 |
|
|
CO2 (AFAT) |
111 |
82 |
-26.3 |
195 |
|
CO2 (AFAT) |
169 |
254 |
50.2 |
852 |
|
|
N2O |
1.4 |
1.3 |
-2.8 |
3.1 |
|
N2O |
0.61 |
0.80 |
31.4 |
2.7 |
|
Japon, Corée & Océanie |
Amérique centrale & du Sud |
||||||||||
|
Occupation des sols (espaces bâtis) |
3.9 |
5.3 |
36.9 |
0.61 |
Occupation des sols (espaces bâtis) |
8.5 |
11.6 |
35.3 |
0.57 |
||
|
Occupation des sols (terres cultivées) |
39.4 |
52.3 |
33.0 |
6.0 |
Occupation des sols (terres cultivées) |
179 |
220 |
22.6 |
10.8 |
||
|
NH3 |
1.4 |
2.6 |
84.0 |
12.1 |
NH3 |
9.8 |
14.0 |
42.5 |
18.6 |
||
|
NOx |
5.1 |
2.5 |
-51.5 |
11.3 |
NOx |
11.9 |
9.6 |
-19.5 |
12.8 |
||
|
Rejets de phosphore |
0.27 |
0.27 |
-1.5 |
51.8 |
Rejets de phosphore |
1.8 |
2.2 |
18.9 |
42.9 |
||
|
Déchets plastiques mal gérés |
0.49 |
0.34 |
-31.6 |
1.6 |
Déchets plastiques mal gérés |
12.5 |
15.3 |
22.4 |
20.5 |
||
|
SO2 |
2.3 |
1.3 |
-40.8 |
6.1 |
SO2 |
6.7 |
2.5 |
-63.7 |
3.3 |
||
|
Carbone noir |
0.21 |
0.18 |
-18.0 |
0.8 |
Carbone noir |
1.0 |
1.0 |
-3.2 |
1.4 |
||
|
CH4 |
11.1 |
11.2 |
1.3 |
51.2 |
CH4 |
51.3 |
48.7 |
-5.1 |
65.0 |
||
|
CO2 |
1.9 |
1.1 |
-41.7 |
5.0 |
CO2 |
2.0 |
3.5 |
69.6 |
4.6 |
||
|
CO2 (AFAT) |
-200 |
-23.8 |
88.1 |
-109 |
CO2 (AFAT) |
596 |
1522 |
155 |
2033 |
||
|
N2O |
0.34 |
0.42 |
21.1 |
1.9 |
N2O |
1.8 |
2.0 |
12.8 |
2.8 |
||
|
Europe |
Asie du Sud |
||||||||||
|
|
Occupation des sols (espaces bâtis) |
12.5 |
15.3 |
22.3 |
2.7 |
|
Occupation des sols (espaces bâtis) |
7.4 |
13.7 |
85.4 |
1.4 |
|
Occupation des sols (terres cultivées) |
148 |
144 |
-2.4 |
25.2 |
|
Occupation des sols (terres cultivées) |
354 |
360 |
1.6 |
36.1 |
|
|
NH3 |
4.8 |
5.4 |
12.6 |
8.7 |
|
NH3 |
19.4 |
29.3 |
50.6 |
9.2 |
|
|
|
NOx |
7.8 |
3.2 |
-59.7 |
5.1 |
|
NOx |
25.7 |
29.7 |
15.6 |
9.4 |
|
|
Rejets de phosphore |
0.82 |
0.78 |
-4.5 |
55.3 |
|
Rejets de phosphore |
2.1 |
2.8 |
32.2 |
57.0 |
|
|
Déchets plastiques mal gérés |
4.0 |
0.99 |
-75.0 |
1.6 |
|
Déchets plastiques mal gérés |
21.5 |
50.1 |
133 |
15.6 |
|
|
SO2 |
5.7 |
1.1 |
-81.1 |
1.7 |
|
SO2 |
22.0 |
15.3 |
-30.5 |
4.8 |
|
|
Carbone noir |
0.29 |
0.08 |
-72.3 |
0.13 |
|
Carbone noir |
2.3 |
1.2 |
-48.3 |
0.37 |
|
|
CH4 |
25.9 |
18.9 |
-26.9 |
30.3 |
|
CH4 |
78.8 |
90.1 |
14.4 |
28.3 |
|
|
CO2 |
3.5 |
1.9 |
-46.0 |
3.0 |
|
CO2 |
5.8 |
12.8 |
119 |
4.0 |
|
|
CO2 (AFAT) |
38.3 |
-56.1 |
-246 |
-89.8 |
|
CO2 (AFAT) |
1535 |
367 |
-76.1 |
115 |
|
|
N2O |
1.1 |
1.0 |
-5.8 |
1.6 |
|
N2O |
2.5 |
3.2 |
27.5 |
1.0 |
|
Asie de l’Est |
Afrique subsaharienne |
||||||||||
|
|
Occupation des sols (espaces bâtis) |
6.8 |
8.6 |
26.0 |
0.79 |
|
Occupation des sols (espaces bâtis) |
5.6 |
13 |
130 |
0.54 |
|
|
Occupation des sols (terres cultivées) |
128 |
131 |
2.7 |
12.1 |
|
Occupation des sols (terres cultivées) |
267 |
375 |
40.8 |
15.6 |
|
|
NH3 |
8.8 |
9.8 |
11.1 |
7.3 |
|
NH3 |
6.9 |
12.5 |
80.9 |
5.7 |
|
|
NOx |
25.5 |
14.3 |
-43.6 |
10.6 |
|
NOx |
10.3 |
11.0 |
6.5 |
5.0 |
|
|
Rejets de phosphore |
1.5 |
1.5 |
-0.19 |
53.6 |
|
Rejets de phosphore |
0.78 |
1.3 |
62.4 |
32.3 |
|
|
Déchets plastiques mal gérés |
19.1 |
26.8 |
39.9 |
20.3 |
|
Déchets plastiques mal gérés |
10.5 |
26.6 |
154 |
12.5 |
|
|
SO2 |
14.8 |
2.3 |
-84.3 |
1.7 |
|
SO2 |
5.0 |
3.2 |
-35.8 |
1.5 |
|
|
Carbone noir |
1.1 |
0.20 |
-80.6 |
0.15 |
|
Carbone noir |
1.8 |
1.4 |
-23.9 |
0.62 |
|
|
CH4 |
52.8 |
30.6 |
-42.0 |
22.7 |
|
CH4 |
46.1 |
50.1 |
8.6 |
22.8 |
|
|
CO2 |
11.4 |
9.4 |
-17.8 |
6.95 |
|
CO2 |
1.8 |
3.7 |
101 |
1.7 |
|
|
CO2 (AFAT) |
57.4 |
-381 |
-763 |
-282 |
|
CO2 (AFAT) |
1020 |
1430 |
40.2 |
652 |
|
|
N2O |
2.1 |
2.0 |
-7.2 |
1.5 |
|
N2O |
1.3 |
1.5 |
10.6 |
0.67 |
|
Moyen-Orient & Afrique du Nord |
Monde |
||||||||||
|
|
Occupation des sols (espaces bâtis) |
4.3 |
8.0 |
85.6 |
0.73 |
|
Occupation des sols (espaces bâtis) |
75.5 |
113 |
49.0 |
0.87 |
|
|
Occupation des sols (terres cultivées) |
62.2 |
78.2 |
25.7 |
7.2 |
|
Occupation des sols (terres cultivées) |
1587 |
1795 |
13.1 |
13.8 |
|
|
NH3 |
2.4 |
3.9 |
61.2 |
5.8 |
|
NH3 |
60.9 |
87.0 |
42.9 |
9 |
|
|
NOx |
9.3 |
7.5 |
-20.1 |
11.0 |
|
NOx |
129 |
116 |
-10.5 |
11.9 |
|
|
Rejets de phosphore |
0.77 |
1.1 |
42.5 |
25.9 |
|
Rejets de phosphore |
9.6 |
11.5 |
20.0 |
46.0 |
|
|
Déchets plastiques mal gérés |
6.6 |
10.9 |
63.8 |
16.1 |
|
Déchets plastiques mal gérés |
82.6 |
138 |
67.6 |
14.4 |
|
|
SO2 |
9.2 |
0.65 |
-92.9 |
0.96 |
|
SO2 |
81.7 |
29.4 |
-64.0 |
3.0 |
|
|
Carbone noir |
0.32 |
0.18 |
-42.2 |
0.27 |
|
Carbone noir |
7.4 |
4.3 |
-41.6 |
0.44 |
|
|
CH4 |
34.5 |
58.2 |
68.6 |
86.3 |
|
CH4 |
379 |
398 |
4.8 |
40.9 |
|
|
CO2 |
2.7 |
4.6 |
68.9 |
6.8 |
|
CO2 |
37.2 |
43.0 |
15.6 |
4.4 |
|
|
CO2 (AFAT) |
-3.6 |
-0.52 |
85.4 |
-0.77 |
|
CO2 (AFAT) |
3324 |
3194 |
-3.9 |
329 |
|
|
N2O |
0.38 |
0.60 |
59.0 |
0.89 |
|
N2O |
11.5 |
12.8 |
11.2 |
1.3 |
Note : Les valeurs relatives à 2020 et 2050, ainsi qu’à l’intensité en 2050 sont exprimées ici dans les unités indiquées dans le Tableau d’annexe 3.A.1, alors que la variation entre 2020 et 2050 est exprimée en pourcentage. Dans la région de l’Amérique du Nord, par exemple, la superficie bâtie couvrait 22.3 millions d’hectares en 2020 et devrait croître de 43.3 % d’ici à 2050 pour atteindre 32 millions d’hectares. En 2050, cela représentera 1.8 % du total de la superficie terrestre de la région. Dans les Graphique 3.1 et Graphique 3.2, la longueur des barres indique la variation prévue entre 2050 et 2020, et dans le Graphique 3.2, la couleur de remplissage indique l’intensité prévue pour 2050.
Source : Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
Tableau d’annexe 3.A.3. Unités des indicateurs synthétiques de l’évolution de l’état de l’environnement
Copier le lien de Tableau d’annexe 3.A.3. Unités des indicateurs synthétiques de l’évolution de l’état de l’environnement|
Indicateur |
Unité |
|---|---|
|
Perte de biodiversité due au changement climatique |
Indice |
|
Perte de biodiversité |
Indice |
|
Perte de biodiversité due à la pollution azotée |
Indice |
|
Excédent d’azote |
Million de tonnes d’azote (N) |
|
Pollution phosphorée |
Million d’hectares de sols pollués |
|
Rejets de plastique |
Million de tonnes de matières plastiques |
|
Pollution de l’air |
μg/m3 |
|
Changement climatique lié à la pollution de l’air |
Watts/m2 |
|
Changement climatique |
Degré Celsius |
Note : Les indicateurs relatifs au niveau des pressions déterminent la longueur des barres. Les indicateurs de biodiversité (fondés sur l’AME) sont des indices déjà existants ; ils n’ont donc pas d’unité de mesure.
Tableau d’annexe 3.A.4. Détail des valeurs des indicateurs synthétiques de l’état de l’environnement
Copier le lien de Tableau d’annexe 3.A.4. Détail des valeurs des indicateurs synthétiques de l’état de l’environnement|
Indicateur |
Valeur calculée pour 2020 |
Valeur calculée pour 2050 |
Variation 2020-2050 |
|
|---|---|---|---|---|
|
Monde |
||||
|
|
Perte de biodiversité due au changement climatique |
6.9 |
9.0 |
30.3 |
|
|
Perte de biodiversité |
40.3 |
43.5 |
7.8 |
|
|
Perte de biodiversité due à la pollution azotée |
3.5 |
3.4 |
-2.6 |
|
|
Excédent d’azote |
129 |
170 |
32.1 |
|
|
Pollution phosphorée |
4230 |
4606 |
8.9 |
|
|
Rejets de plastique |
22.3 |
36.6 |
64.0 |
|
|
Pollution de l’air |
22.9 |
18.0 |
-21.2 |
|
|
Changement climatique lié à la pollution de l’air |
-0.01 |
0.45 |
3187 |
|
|
Changement climatique |
1.2 |
2.1 |
73.2 |
Note : Les valeurs relatives à 2020 et 2050, ainsi qu’à l’intensité en 2050 sont exprimées ici dans les unités indiquées dans le Tableau d’annexe 3.A.3, alors que la variation prévue entre 2020 et 2050 est exprimée en pourcentage. Par exemple, le réchauffement planétaire (changement climatique) était de 1.2 °C en 2020 et devrait augmenter de 73.2 % d’ici à 2050 pour atteindre 2.1 °C. Dans le Graphique 3.14, la longueur des barres représente la variation entre 2020 et 2050.
Source : Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
Annexe 3.B. Les conséquences économiques du changement climatique
Copier le lien de Annexe 3.B. Les conséquences économiques du changement climatiqueLe changement climatique influe sur la vie quotidienne des individus par de nombreux biais : phénomènes extrêmes, santé humaine, productivité du travail, rendements des cultures, élévation du niveau de la mer, etc. La conjonction de ces effets se traduit par des dommages économiques, qui devraient sensiblement augmenter au fil du temps. Il importe de noter que les travaux publiés sur les dommages macroéconomiques résultant du changement climatique offrent un large éventail d’estimations. Étant donné le manque de comparabilité entre les méthodologies utilisées, il s’avère difficile d’établir une solide fourchette d’estimations des dommages causés par le changement climatique17. Compte tenu du fait que le changement climatique s’inscrit dans le long terme et de l’effet des émissions au cours des décennies à venir, il est essentiel d’examiner ses conséquences tout au long du 21e siècle.
De récents travaux publiés sur la question indiquent que le changement climatique provoque des dommages importants, même si le fait de disposer d’une fourchette plausible d’estimations de ces dégâts et les causes de la grande variété des estimations obtenues suscitent un vif débat (Morris et al., 2025[82]). Une des questions débattues à l’heure actuelle est de savoir si les effets induits sur les taux de croissance économique devraient être inclus dans les dommages climatiques. Certains modèles statistiques se fondent sur l’hypothèse que les effets du changement climatique peuvent réduire la croissance du produit intérieur brut (PIB), et non uniquement son niveau. Nath, Ramey et Klenow (2024[83]) soulignent que ce postulat influe sur les projections de dommages à l’horizon de la fin du siècle. De même que d’autres études récentes, comme celle de Bilal et Känzig (2024[84]), leurs travaux tendent à indiquer que les effets d’un choc de température perdurent pendant 10 ans, mais leurs analyses n’accréditent pas la thèse d’une réduction pérenne de la croissance. Cela comble en partie l’écart qui existait entre les études précédentes, lesquelles tendaient à reposer sur l’hypothèse que les dommages climatiques soit n’avaient aucun effet sur le taux de croissance du PIB (voir par exemple Barrage et Nordhaus (2024[85])), soit jouaient au contraire à plein à cet égard (voir Burke et al., (2015[86])). Les modèles structurels avancés, comme ceux utilisés à l’OCDE (2016[7]), reposent sur une approche intermédiaire consistant à poser l’hypothèse que les dommages climatiques influent sur le stock de capital, ce qui se répercute ensuite sur le taux de croissance en réduisant le taux d’investissement d’accroissement des capacités (étant donné que davantage d’investissements sont nécessaires pour remplacer le stock de capital existant).
Même au niveau actuel de réchauffement planétaire, l’éventail des projections de dommages est large. Dans la mesure où nous ne disposons pas d’une référence contrefactuelle correspondant à l’absence de réchauffement, il est impossible de déterminer quelle estimation est correcte. D’après Bilal et Känzig (2024[84]), par exemple, un réchauffement de 1°C se traduit par une production mondiale inférieure de 12 % au niveau auquel elle se serait établie en l’absence de changement climatique. Selon leurs projections, à l’horizon 2100, un réchauffement de 3°C pourrait diviser par près de deux la production mondiale. Pour estimer l’impact d’un choc de 1°C, ils amplifient l’effet linéaire de chocs de moindre importance (observés dans l’échantillon), ce qui revient à extrapoler bien au-delà de l’échantillon. Cette approche repose implicitement sur l’hypothèse d’une adaptation « conforme aux observations historiques », mais elle est susceptible d’aboutir à une sous-estimation de l’adaptation au changement climatique dans un monde futur plus riche et caractérisé par un fort réchauffement, ainsi que des éventuels phénomènes de non-linéarité dans le système.
Ces estimations contrastent avec celles résultant d’un récent exercice de modélisation structurelle réalisé dans le cadre du projet de co-conception de l’évaluation des coûts du changement climatique (COACCH, CO-designing the Assessment of Climate CHange costs) (van der Wijst et al., 2023[87]), selon lequel les dommages mondiaux causés par une variation de 3°C des températures d’ici à 2100 s’établiraient dans une fourchette de 10 % à 12 % du PIB (estimation médiane). Il est important de noter que les effets du changement climatique ne sont pas également distribués à l’échelle mondiale : des régions telles que l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud devraient subir des dommages (mesurés en proportion du PIB) jusqu’à 1.5 fois supérieurs à la moyenne mondiale, correspondant qualitativement aux résultats de précédentes analyses de l’OCDE (OCDE, 2016[7]). Malgré les différences importantes constatées par rapport aux résultats obtenus par modélisation statistique (Bilal et Känzig, 2024[84]), le projet COACCH représente une avancée notable dans la mesure où il élargit le champ des effets quantifiés. Une fois agrégées au niveau mondial, les estimations basses, médianes et hautes résultant du projet COACCH sont très proches de celles obtenues avec les fonctions de dommages du modèle dynamique intégré du climat et de l’économie (DICE, Dynamic Integrated model of Climate and the Economy) (Nordhaus, 2014[88]), par Howard et Sterner (2017[89]) ainsi que par Burke, Hsiang et Miguel (2015[86]), même si les résultats régionaux et les déterminants sous-jacents des effets induits varient considérablement.
Les projections des futurs dommages climatiques dépendent non seulement de la méthodologie appliquée, mais aussi des trajectoires utilisées en matière d’émissions et de températures. Les travaux publiés sur les futurs effets du changement climatique couvrent un large éventail de scénarios d’évolution des températures, sachant que les projections du sixième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) concernant la hausse des températures à l’horizon 2100 s’établissent dans une fourchette de 1.4°C à 4.4°C. De nombreuses études utilisent le plus élevé des profils représentatifs d’évolution de concentration, le RCP 8.5, ou son successeur, la trajectoire commune d’évolution socioéconomique SSP5-8.5 (Burke, Hsiang et Miguel, 2015[86] ; Nath, Ramey et Klenow, 2024[83]), suivant lequel le réchauffement devrait être supérieur à 4°C d’ici à 2100, en raison d’émissions continuant à augmenter rapidement tout au long du siècle, et s’inscrivant nettement au-dessus de la trajectoire prévue avec les politiques publiques actuellesdans ces Perspectives de l’environnement. Cette trajectoire haute des émissions constitue donc davantage un plafond en termes d’évolutions possibles qu’une projection plausible avec les politiques publiques actuelles. Selon le rapport sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions publié par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) (PNUE, 2024[90]), le réchauffement planétaire d’ici à 2100 devrait s’inscrire dans une fourchette de 1.9°C à 3.6°C, la projection médiane s’établissant à 3.1°C, ce qui correspond peu ou prou à la trajectoire présentée dans ces Perspectives de l’environnement. Par conséquent, les risques climatiques sont nettement moindres pour les trajectoires médianes d’évolution des émissions avec les politiques publiques actuelles que pour les scénarios d’absence de nouvelles mesures constituant un plafond.
Risque de mortalité liée à la température
Copier le lien de Risque de mortalité liée à la températureIl n’est pas aisé de mesurer toutes les conséquences économiques en termes de variation de la production économique ou du PIB. Dans certains cas, les effets biophysiques sont importants sous l’angle du bien-être, même s’ils n’ont pas d’impact sensible sur l’activité macroéconomique. La question de la mortalité l’illustre on ne peut mieux (OCDE, 2016[7]). Une forte incertitude entoure les estimations de la mortalité liée à la température. Certaines études indiquent qu’au niveau mondial, l’augmentation des décès imputables la chaleur l’emporte déjà sur la diminution de la mortalité liée au froid (Bressler et al., 2021[91] ; Gasparrini et al., 2017[92]). Néanmoins, d’autres études laissent à penser que, pour des niveaux de réchauffement modestes, la réduction de la mortalité liée au froid dans les zones à climat froid ou tempéré pourrait être plus importante que l’augmentation des décès liés à la chaleur dans les zones ayant un climat plus chaud (Carleton et al., 2022[93] ; Zhao et al., 2021[94]).
À partir de données relatives à 43 pays, Zhao et al. (2021[94]) estiment qu’entre 2000 et 2019, environ 489 000 décès liés à la chaleur se sont produits chaque année, dont 46 % en Asie et 37 % en Europe. La mortalité liée au froid est également importante, puisqu’elle s’est établie en moyenne à 4.6 millions de morts par an au cours de la même période – dont environ 52 % en Asie et 26 % en Afrique (Zhao et al., 2021[94]).
Avec les politiques publiques actuelles, le risque de mortalité liée à la température devrait augmenter au cours des décennies à venir, ce qui devrait toucher de manière disproportionnée les régions à faible revenu. D’après des estimations fondées sur les projections obtenues à l’aide de la boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement et sur la méthodologie de Carleton et al. (2022[93]), d’ici à 2050, le risque moyen de mortalité liée à la température atteindra -1.9 décès (en hausse par rapport au niveau de -4.8 auquel il s’établissait en 2020) pour 100 000 personnes dans les pays à revenu élevé, 5.2 dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, et 2.9 dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire de la tranche inférieure (Graphique d’annexe 3.B.1). À l’horizon 2100, ce risque de mortalité devrait augmenter fortement pour s’établir à 5.7 décès pour 100 000 personnes dans les pays à revenu élevé, 9.1 dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, et 14.6 dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire de la tranche inférieure.
Graphique d’annexe 3.B.1. Le risque de mortalité liée à la température résultant du changement climatique augmente rapidement au fil du temps
Copier le lien de Graphique d’annexe 3.B.1. Le risque de mortalité liée à la température résultant du changement climatique augmente rapidement au fil du tempsNombre de décès supplémentaires pour 100 000 personnes
Note : Ces projections sont fondées sur l’hypothèse d’un réchauffement de l’ordre de 2.1°C en 2050 et de 3.4°C en 2100, et ont été établies à l’aide de la boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement. On prend en compte le coût d’adaptation au changement climatique pour estimer pleinement les risques de mortalité, suivant la méthode appliquée par Carleton et al. (2022[93]). Les chiffres négatifs correspondent à une diminution du risque de mortalité (dans la mesure où le niveau de réchauffement actuel a réduit la mortalité liée au froid, en particulier dans les pays à revenu élevé caractérisés par des climats relativement froids).
Source : Calculs des auteurs fondés sur les fonctions de dommages fournies par Carleton et al. (2022[93]).
On peut estimer ces risques de mortalité accrus à l’aide de différentes techniques pour évaluer les effets induits sur le bien-être et les rendre ainsi comparables avec d’autres effets économiques. Une mesure souvent utilisée pour estimer la valeur économique associée aux risques de mortalité accrus est le concept de valeur d’un décès évité, également appelé valeur de la vie statistique (VVS)18. Si l’on pose l’hypothèse d’une VVS moyenne à l’échelle mondiale de 2.7 millions USD19, les plus de 340 000 décès supplémentaires enregistrés d’ici à 2050 dans le monde se traduiraient par une perte de bien-être légèrement supérieure à 925 milliards USD (ce qui équivaudrait à 0.3 % du PIB en 2050).
Références
[99] AEE (2018), « Nitrogen oxides (NOx) emissions », L’Agence européenne pour l’environnement (AEE), https://www.eea.europa.eu/data-and-maps/indicators/eea-32-nitrogen-oxides-nox-emissions-1/assessment.2010-08-19.0140149032-3.
[53] AEE (2018), Unequal exposure and unequal impacts: social vulnerability to air pollution, noise and extreme temperatures in Europe, L’Agence européenne pour l’environnement (AEE), https://doi.org/10.2800/324183.
[12] Alkemade, R. et al. (2009), « GLOBIO3: A Framework to Investigate Options for Reducing Global Terrestrial Biodiversity Loss », Ecosystems, vol. 12/3, pp. 374-390, https://doi.org/10.1007/s10021-009-9229-5.
[33] Araújo, M. et M. Luoto (2007), « The importance of biotic interactions for modelling species distributions under climate change », Global Ecology and Biogeography, vol. 16/6, pp. 743-753, https://doi.org/10.1111/j.1466-8238.2007.00359.x.
[4] Arias, P. et al. (dir. pub.) (2023), IPCC, 2023: Climate Change 2023: Synthesis Report. Contribution of Working Groups I, II and III to the Sixth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change [Core Writing Team, H. Lee and J. Romero (eds.)]. IPCC, Geneva, Switzerland., Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), https://doi.org/10.59327/ipcc/ar6-9789291691647.
[41] Banque mondiale (2021), The Changing Wealth of Nations 2021: Managing Assets for the Future, Banque mondiale, https://doi.org/10.1596/978-1-4648-1590-4.
[85] Barrage, L. et W. Nordhaus (2024), « Policies, projections, and the social cost of carbon: Results from the DICE-2023 model », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 121/13, https://doi.org/10.1073/pnas.2312030121.
[21] Beaulne, J. et al. (2021), « Peat deposits store more carbon than trees in forested peatlands of the boreal biome », Scientific Reports, vol. 11/1, https://doi.org/10.1038/s41598-021-82004-x.
[84] Bilal, A. et D. Känzig (2024), The Macroeconomic Impact of Climate Change: Global vs. Local Temperature, National Bureau of Economic Research, Cambridge, MA, https://doi.org/10.3386/w32450.
[77] Bouwman, A. et al. (2024), « Impact of lifestyle, human diet and nutrient use efficiency in food production on eutrophication of global aquifers and surface waters », Global Environmental Change, vol. 87, p. 102874, https://doi.org/10.1016/j.gloenvcha.2024.102874.
[91] Bressler, R. et al. (2021), « Estimates of country level temperature-related mortality damage functions », Scientific Reports, vol. 11/1, https://doi.org/10.1038/s41598-021-99156-5.
[73] Brodin, T. et al. (2013), « Dilute Concentrations of a Psychiatric Drug Alter Behavior of Fish from Natural Populations », Science, vol. 339/6121, pp. 814-815, https://doi.org/10.1126/science.1226850.
[86] Burke, M., S. Hsiang et E. Miguel (2015), « Global non-linear effect of temperature on economic production », Nature, vol. 527/7577, pp. 235-239, https://doi.org/10.1038/nature15725.
[6] Byers, E. et al. (2022), AR6 Scenarios Database, Zenodo, https://doi.org/10.5281/zenodo.5886911.
[93] Carleton, T. et al. (2022), « Valuing the Global Mortality Consequences of Climate Change Accounting for Adaptation Costs and Benefits », The Quarterly Journal of Economics, vol. 137/4, pp. 2037-2105, https://doi.org/10.1093/qje/qjac020.
[60] Carney Almroth, B. et al. (2022), « Understanding and addressing the planetary crisis of chemicals and plastics », One Earth, vol. 5/10, pp. 1070-1074, https://doi.org/10.1016/j.oneear.2022.09.012.
[31] Chen, Z. et al. (2024), « Skillful multiyear prediction of marine habitat shifts jointly constrained by ocean temperature and dissolved oxygen », Nature Communications, vol. 15/1, https://doi.org/10.1038/s41467-024-45016-5.
[56] Cohen, A. et al. (2017), « Estimates and 25-year trends of the global burden of disease attributable to ambient air pollution: an analysis of data from the Global Burden of Diseases Study 2015 », The Lancet, vol. 389, https://doi.org/10.1016/S0140-6736(17)30505-6.
[14] Collen, B. et al. (2009), « Monitoring Change in Vertebrate Abundance: the Living Planet Index », Conservation Biology, vol. 23/2, pp. 317-327, https://doi.org/10.1111/j.1523-1739.2008.01117.x.
[39] Costanza, R. et al. (2014), « Changes in the global value of ecosystem services », Global Environmental Change, vol. 26, pp. 152-158, https://doi.org/10.1016/j.gloenvcha.2014.04.002.
[35] Dasgupta, P. (2021), « The economics of biodiversity: the Dasgupta review. », Hm Treasury..
[23] Deutsch, C., J. Penn et N. Lucey (2024), « Climate, Oxygen, and the Future of Marine Biodiversity », Annual Review of Marine Science, vol. 16/1, pp. 217-245, https://doi.org/10.1146/annurev-marine-040323-095231.
[17] Díaz, S. et Y. Malhi (2022), « Biodiversity: Concepts, Patterns, Trends, and Perspectives », Annual Review of Environment and Resources, vol. 47/1, pp. 31-63, https://doi.org/10.1146/annurev-environ-120120-054300.
[63] Duh-Leong, C. et al. (2023), « The regulation of endocrine-disrupting chemicals to minimize their impact on health », Nature Reviews Endocrinology, vol. 19/10, pp. 600-614, https://doi.org/10.1038/s41574-023-00872-x.
[2] FAO (2024), The State of the World’s Forests 2024, Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, https://doi.org/10.4060/cd1211en.
[22] FAO (2024), The State of World Fisheries and Aquaculture 2024, Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, https://doi.org/10.4060/cd0683en.
[52] Fecht, D. et al. (2015), « Associations between air pollution and socioeconomic characteristics, ethnicity and age profile of neighbourhoods in England and the Netherlands », Environmental pollution, vol. 198, pp. 201-210.
[8] Fleck, J. et B. Udall (2021), « Managing Colorado River risk », Science, vol. 372/6545, pp. 885-885, https://doi.org/10.1126/science.abj5498.
[51] Fowler, D. et al. (2020), « A chronology of global air quality », Philosophical Transactions of the Royal Society A: Mathematical, Physical and Engineering Sciences, vol. 378/2183, p. 20190314, https://doi.org/10.1098/rsta.2019.0314.
[48] Fuller, R. et al. (2022), « Pollution and health: a progress update », The Lancet Planetary Health, vol. 6/6, pp. e535-e547, https://doi.org/10.1016/s2542-5196(22)00090-0.
[28] García Molinos, J. et al. (2015), « Climate velocity and the future global redistribution of marine biodiversity », Nature Climate Change, vol. 6/1, pp. 83-88, https://doi.org/10.1038/nclimate2769.
[92] Gasparrini, A. et al. (2017), « Projections of temperature-related excess mortality under climate change scenarios », The Lancet Planetary Health, vol. 1/9, pp. e360-e367, https://doi.org/10.1016/s2542-5196(17)30156-0.
[3] GIEC (2023), Climate Change 2021 – The Physical Science Basis, Cambridge University Press, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), https://doi.org/10.1017/9781009157896.
[10] GIEC (2023), Climate Change 2022 – Impacts, Adaptation and Vulnerability, Cambridge University Press, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), https://doi.org/10.1017/9781009325844.
[75] Green, R. et al. (2004), « Diclofenac poisoning as a cause of vulture population declines across the Indian subcontinent », Journal of Applied Ecology, vol. 41/5, pp. 793-800, https://doi.org/10.1111/j.0021-8901.2004.00954.x.
[80] Hanke, G. et al. (2025), « European coastline macro litter trends 2015 - 2021 Methodology development and trend results for the Marine Strategy Framework Directive », Publications Office of the European Union, https://data.europa.eu/doi/10.2760/0752301.
[96] Harrison, R. (2018), « Associations of long-term average concentrations of nitrogen dioxide with mortality », COMEAP report.
[49] Hogue, A. et K. Breon (2022), « The greatest threats to species », Conservation Science and Practice, vol. 4/5, https://doi.org/10.1111/csp2.12670.
[1] Hosonuma, N. et al. (2012), « An assessment of deforestation and forest degradation drivers in developing countries », Environmental Research Letters, vol. 7/4, p. 044009, https://doi.org/10.1088/1748-9326/7/4/044009.
[89] Howard, P. et T. Sterner (2017), « Few and Not So Far Between: A Meta-analysis of Climate Damage Estimates », Environmental and Resource Economics, vol. 68/1, pp. 197-225, https://doi.org/10.1007/s10640-017-0166-z.
[95] IIASA (2017), « 5,000 deaths annually from Diesel-gate in Europe », ScienceDaily, http://www.sciencedaily.com/releases/2017/09/170918093337.htm.
[81] IPBES (2024), Summary for Policymakers of the Thematic Assessment Report on the Interlinkages among Biodiversity, Water, Food and Health of the Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services, https://doi.org/10.5281/zenodo.13850289.
[16] IPBES (2019), The global assessment report of the intergovernmental science-policy platform on biodiversity and ecosystem services, IPBES, https://doi.org/10.5281/zenodo.3553579.
[37] Ishwar, N. et S. Das (2024), « Economics of conserving endangered birds: the case for Gyps vultures in India », Environment, Development and Sustainability, https://doi.org/10.1007/s10668-024-04637-y.
[24] Janse, J. et al. (2015), « GLOBIO-Aquatic, a global model of human impact on the biodiversity of inland aquatic ecosystems », Environmental Science & Policy, vol. 48, pp. 99-114, https://doi.org/10.1016/j.envsci.2014.12.007.
[29] Jaureguiberry, P. et al. (2022), « The direct drivers of recent global anthropogenic biodiversity loss », Science Advances, vol. 8/45, https://doi.org/10.1126/sciadv.abm9982.
[44] Johnson, J. et al. (2023), « Investing in nature can improve equity and economic returns », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 120/27, https://doi.org/10.1073/pnas.2220401120.
[20] Kok, M. et al. (2023), « Assessing ambitious nature conservation strategies in a below 2-degree and food-secure world », Biological Conservation, vol. 284, p. 110068, https://doi.org/10.1016/j.biocon.2023.110068.
[62] Landrigan, P. et al. (2018), « The Lancet Commission on pollution and health. », The lancet, vol. 391/10119, pp. 462-512.
[61] Larsen, B. et E. Sánchez-Triana (2023), « Global health burden and cost of lead exposure in children and adults: a health impact and economic modelling analysis. », The Lancet Planetary Health, vol. 7/10, pp. e831-e840.
[74] McIntyre, J. et al. (2012), « Low‐level copper exposures increase visibility and vulnerability of juvenile coho salmon to cutthroat trout predators », Ecological Applications, vol. 22/5, pp. 1460-1471, https://doi.org/10.1890/11-2001.1.
[34] MEA (2003), Millennium Ecosystem Assessment, Ecosystems and Human Well-being: A Framework for Assessment, Island Press.
[30] Meyer, A. et al. (2024), « Temporal dynamics of climate change exposure and opportunities for global marine biodiversity », Nature Communications, vol. 15/1, https://doi.org/10.1038/s41467-024-49736-6.
[9] Micklin, P. et al. (2020), « The Aral Sea: A Story of Devastation and Partial Recovery of a Large Lake », dans Springer Water, Large Asian Lakes in a Changing World, Springer International Publishing, Cham, https://doi.org/10.1007/978-3-030-42254-7_4.
[46] Moberg, T. et al. (2024), Designing and managing protected and conserved areas to support inland water ecosystems and biodiversity, IUCN, International Union for Conservation of Nature, https://doi.org/10.2305/zokc6253.
[82] Morris, J. et al. (2025), « Reconciling widely varying estimates of the global economic impacts from climate change », Nature Climate Change, vol. 15/2, pp. 124-127, https://doi.org/10.1038/s41558-024-02232-7.
[18] Myers, N. et al. (2000), « Biodiversity hotspots for conservation priorities », Nature, vol. 403/6772, pp. 853-858, https://doi.org/10.1038/35002501.
[83] Nath, I., V. Ramey et P. Klenow (2024), How Much Will Global Warming Cool Global Growth?, National Bureau of Economic Research, Cambridge, MA, https://doi.org/10.3386/w32761.
[88] Nordhaus, W. (2014), « Estimates of the Social Cost of Carbon: Concepts and Results from the DICE-2013R Model and Alternative Approaches », Journal of the Association of Environmental and Resource Economists, vol. 1/1/2, pp. 273-312, https://doi.org/10.1086/676035.
[27] OCDE (2025), Examen de l’OCDE sur les pêches 2025, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/a6e0eefb-fr.
[79] OCDE (2025), Regional Plastics Outlook for Southeast and East Asia, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/5a8ff43c-en.
[67] OCDE (2024), Per- and Polyfluoroalkyl Substances and alternatives in cosmetics: report on commercial availability and current uses, OECD Series on Risk Management of Chemicals, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/baa236f5-en.
[78] OCDE (2024), Scénarios d’action pour l’élimination de la pollution plastique à l’horizon 2040, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/3d74f967-fr.
[66] OCDE (2024), Synthesis report on understanding Perfluoropolyethers (PFPEs) and their life cycle, OECD Series on Risk Management of Chemicals, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/99ee2d3e-en.
[68] OCDE (2023), Per- and Polyfluoroalkyl Substances and Alternatives in Coatings, Paints and Varnishes (CPVs): Hazard Profile, OECD Series on Risk Management of Chemicals, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/c60c42d5-en.
[5] OCDE (2022), Climate Tipping Points : Insights for Effective Policy Action, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/abc5a69e-en.
[43] OCDE (2021), « Biodiversity, natural capital and the economy : A policy guide for finance, economic and environment ministers », OECD Environment Policy Papers, n° 26, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/1a1ae114-en.
[42] OCDE (2019), Biodiversity: Finance and the Economic and Business Case for Action, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/a3147942-en.
[7] OCDE (2016), Les conséquences économiques du changement climatique, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/9789264261082-fr.
[65] OCDE (2015), Working Towards A Global Emission Inventory of PFASs: Focus on PFCAs – Status Quo and the Way Forward, OECD Series on Risk Management of Chemicals, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/f97f34b1-en.
[98] OCDE (2012), La valorisation du risque de mortalité dans les politiques de l’environnement, de la santé et des transports, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/9789264169623-fr.
[25] OCDE (2012), Perspectives de l’environnement de l’OCDE à l’horizon 2050 : Les conséquences de l’inaction, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/env_outlook-2012-fr.
[59] OMS (2021), The public health impact of chemicals: knowns and unknowns - data addendum for 2019, Organisation mondiale de la santé, https://www.who.int/publications/i/item/WHO-HEP-ECH-EHD-21.01.
[11] ONU (1992), Convention on Biological Diversity, Organisation des Nations Unies, https://treaties.un.org/Pages/showDetails.aspx?objid=080000028002934a&clang=_en.
[54] Orellano, P., J. Reynoso et N. Quaranta (2021), « Short-term exposure to sulphur dioxide (SO2) and all-cause and respiratory mortality: A systematic review and meta-analysis. », Environment international, vol. 150/106434.
[40] Ouyang, Z. et al. (2020), « Using gross ecosystem product (GEP) to value nature in decision making », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 117/25, pp. 14593-14601, https://doi.org/10.1073/pnas.1911439117.
[57] Parlement européen et Conseil (2016), « Directive (EU) 2016/2284 of the European Parliament and of the Council of 14 December 2016 on the reduction of national emissions of certain atmospheric pollutants, amending Directive 2003/35/EC and repealing Directive 2001/81/EC », https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A02016L2284-20240206.
[26] Payne, M. (2024), « Opening the door to multi-year marine habitat forecasts », Nature Communications, vol. 15/1, https://doi.org/10.1038/s41467-024-45020-9.
[76] Peñuelas, J. et J. Sardans (2022), « The global nitrogen-phosphorus imbalance », Science, vol. 375/6578, pp. 266-267, https://doi.org/10.1126/science.abl4827.
[45] Pereira, H. et al. (2024), « Global trends and scenarios for terrestrial biodiversity and ecosystem services from 1900 to 2050 », Science, vol. 384/6694, pp. 458-465, https://doi.org/10.1126/science.adn3441.
[97] Perry, C. et al. (2023), Water Consumption, Measurements and Sustainable Water Use (Technical Report).
[90] PNUE (2024), Emissions Gap Report 2024: No more hot air … please! With a massive gap between rhetoric and reality, countries draft new climate commitments, Programme des Nations Unies pour l’environnement, https://doi.org/10.59117/20.500.11822/46404.
[58] PNUE (2019), Global Chemicals Outlook II, https://www.unep.org/topics/chemicals-and-pollution-action/chemicals-management/global-chemicals-outlook.
[38] Ranger, N. et al. (2023), The Green Scorpion: the MacroCriticality of Nature for Finance, https://www.eci.ox.ac.uk/sites/default/files/2023-12/INCAF-MacroCriticality_of_Nature-December2023.pdf.
[47] Rohr, T. et al. (2023), « Zooplankton grazing is the largest source of uncertainty for marine carbon cycling in CMIP6 models », Communications Earth & Environment, vol. 4/1, https://doi.org/10.1038/s43247-023-00871-w.
[32] Santana-Falcón, Y. et al. (2023), « Irreversible loss in marine ecosystem habitability after a temperature overshoot », Communications Earth & Environment, vol. 4/1, https://doi.org/10.1038/s43247-023-01002-1.
[50] Sayer, C. et al. (2025), « One-quarter of freshwater fauna threatened with extinction », Nature, vol. 638/8049, pp. 138-145, https://doi.org/10.1038/s41586-024-08375-z.
[13] Schipper, A. et al. (2019), « Projecting terrestrial biodiversity intactness with GLOBIO 4 », Global Change Biology, vol. 26/2, pp. 760-771, https://doi.org/10.1111/gcb.14848.
[72] Sigmund, G. et al. (2023), « Addressing chemical pollution in biodiversity research », Global Change Biology, vol. 29/12, pp. 3240-3255, https://doi.org/10.1111/gcb.16689.
[71] Tang, F. et al. (2021), « Risk of pesticide pollution at the global scale », Nature Geoscience, vol. 14/4, pp. 206-210, https://doi.org/10.1038/s41561-021-00712-5.
[36] TEEB (2010), The Economics of Ecosystems and Biodiversity: Mainstreaming the Economics of Nature: A Synthesis of the Approach, Conclusions and Recommendations of TEEB.
[69] The Forever Pollution Project (2025), The Map of Forever Pollution, http://foreverpollution.eu/map/ (consulté le 19 August 2025).
[70] Tudi, M. et al. (2021), « Agriculture Development, Pesticide Application and Its Impact on the Environment », International Journal of Environmental Research and Public Health, vol. 18/3, p. 1112, https://doi.org/10.3390/ijerph18031112.
[55] US EPA (2002), « Overview of the Human Health and Environmental Effects of Power Generation: Focus on Sulfur Dioxide (SO2), Nitrogen Oxides (NOx) and Mercury (Hg) », US EPA Archive document.
[87] van der Wijst, K. et al. (2023), « New damage curves and multimodel analysis suggest lower optimal temperature », Nature Climate Change, vol. 13/5, pp. 434-441, https://doi.org/10.1038/s41558-023-01636-1.
[15] Walt V. Reid (dir. pub.) (2004), « Measuring Global Trends in the Status of Biodiversity: Red List Indices for Birds », PLoS Biology, vol. 2/12, p. e383, https://doi.org/10.1371/journal.pbio.0020383.
[64] Wee, S. et A. Aris (2023), « Revisiting the “forever chemicals”, PFOA and PFOS exposure in drinking water. », NPJ Clean Water, vol. 6/1, p. 57.
[19] WWF (2024), Living Planet Report 2024 - A system in peril.
[94] Zhao, Q. et al. (2021), « Global, regional, and national burden of mortality associated with non-optimal ambient temperatures from 2000 to 2019: a three-stage modelling study », The Lancet Planetary Health, vol. 5/7, pp. e415-e425, https://doi.org/10.1016/s2542-5196(21)00081-4.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. Conformément aux principes appliqués et expliqués aux chapitres 1 et 2, les effets de rétroaction de la dégradation de l’environnement sont exclus des projections de modélisation.
← 2. Les « rejets de phosphore » désignent le transfert de phosphore dans l’hydrosystème. Ils se distinguent des apports de phosphore, c’est-à-dire le phosphore contenu dans les engrais ou dans les effluents d’élevage épandus, en ce qu’ils n’incluent pas, par exemple, le phosphore apporté au sol qui est absorbé par les plantes.
← 3. Comme expliqué à l’Annexe 3.A, le mode de calcul des valeurs d’intensité varie d’un indicateur à l’autre. Ainsi, selon le cas, il est tenu compte des valeurs par habitant, car convertir des valeurs absolues en valeurs d’intensité permet de comparer les régions indépendamment de leur taille.
← 4. Cette projection est moins favorable qu’on pourrait le croire, car qui dit utilisation plus efficiente de l’eau à des fins d’irrigation dit aussi moins d’eau restituée dans les cours d’eau et les aquifères et plus d’eau perdue par évapotranspiration (Perry et al., 2023[97]).
← 5. En revanche, dans les régions non exposées, la population devrait croître de 21 % (soit environ 1.1 milliard de personnes supplémentaires).
← 6. Il est clair que cette accélération n’a pas commencé au même moment dans toutes les régions et que la dégradation ralentit depuis peu dans certaines régions.
← 7. Comme la boîte à outils de modélisation utilisée pour les présentes Perspectives de l’environnement concerne fondamentalement la biodiversité terrestre, il est traité séparément de l’état actuel et futur des écosystèmes terrestres et aquatiques, et uniquement sur le plan qualitatif pour ce qui concerne ces derniers.
← 8. On constate par modélisation que la plus vaste région dans laquelle la biodiversité était la moins perturbée en 2020 est le Groenland (avec un indice AME supérieur à 92), ce qui tient à son caractère intact. Ce ne sera plus le cas en 2050, car, changement climatique oblige, l’abondance moyenne des espèces présentes au Groenland devrait tomber à 90. L’incertitude régionale attachée à la boîte à outils de modélisation ne permet pas d’en tirer de conclusions robustes.
← 9. Il est question du capital naturel dans le chapitre 6.
← 10. L’importance relative de chaque cause est très variable selon les indicateurs de biodiversité. Depuis 1970, les changements d’affectation des terres expliquent plus de la moitié des pertes mondiales dont rend compte l’indice de la Liste rouge (ILR), mais 40 % de la variation de l’Indice Planète vivante (IPL) et des valeurs de l’indicateur d’AME calculées dans (IPBES, 2019[16]) (dont la définition diffère de celle retenue dans la boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement). L’indice AME de l’IPBES est particulièrement sensible au changement climatique, qui explique 30 % de l’ensemble des pertes. Pour ce qui est de l’évolution des populations d’espèces, en revanche, l’exploitation directe constitue le deuxième facteur de pertes le plus important ; il explique 30 % et 25 % de l’IPL et de l’ILR, respectivement (IPBES, 2019[16]).
← 11. Les particules fines, d’un diamètre inférieur à 2.5 µm (PM2.5), comprennent à la fois les particules primaires – carbone noir, carbone organique et autres particules émises de façon directe – et les particules secondaires, qui se forment dans l’atmosphère par réaction physico-chimique, comme les oxydes de soufre (Sox), les NOx, le NH3, le CH4 et les composés organiques volatils non méthaniques (COVNM). L’ozone troposphérique n’est pas le résultat d’une émission directe, mais celui de réactions chimiques entre les NOx, le CH4 et les NMVOC.
← 12. Comme expliqué plus haut, ce recul des émissions a eu comme effet pervers d’accélérer le changement climatique, le SOx ayant une action de refroidissement.
← 13. Si les deux principaux polluants en cause sont les PM2.5 et l’ozone troposphérique, on commence, depuis quelques années, à se préoccuper également des effets des NOx. On ne dispose pas d’estimations mondiales en ce qui concerne ce polluant, cependant il ressort d’études portant sur l’UE qu’environ 10 000 décès prématurés peuvent être attribués chaque année aux émissions d’oxydes d’azote des voitures, des camionnettes et des véhicules utilitaires légers équipés d’un moteur diesel. C’est décès font partie des 425 000 décès prématurés recensés dans l’UE, en Norvège et en Suisse et attribuables à la pollution de l’air extérieur (IIASA, 2017[95]). Les concentrations en NOx ont considérablement diminué dans ces pays depuis 1990 (AEE, 2018[99]) et l’accumulation d’éléments tendant à démontrer les risques sanitaires liés à la pollution atmosphérique.
← 14. De nombreux métaux lourds sont aussi des produits chimiques dangereux.
← 15. Il convient de noter que l’on collecte bien plus de plastique que l’on en recycle réellement ; en 2020, 57 Mt ont ainsi été récupérées en vue d’être recyclées, mais seules 34 Mt l’ont effectivement été, le reste ayant été incinéré ou mis en décharge.
← 16. C’est pourquoi freiner la demande et promouvoir la circularité demeurent les pierres angulaires de toute action ambitieuse des pouvoirs publics (OCDE, 2024[78]).
← 17. Les modèles structurels sont axés sur les déterminants, les effets sectoriels et les interactions, et portent sur la façon dont certains changements biophysiques (comme les vagues de chaleur) affectent les activités économiques (en modifiant la productivité du travail, par exemple) (OCDE, 2016[7]). Ces modèles fournissent néanmoins souvent des estimations incomplètes, étant donné qu’il est impossible de quantifier tous les effets induits à l’échelle mondiale de manière fiable. Les modèles statistiques reposent en revanche sur une approche descendante, mais ils n’apportent généralement qu’un éclairage limité sur les déterminants sous-jacents et les différentes catégories d’effets.
← 18. La VVS représente la valeur qu’une population donnée attribue à l’évitement du décès d’une personne non spécifiée, par exemple dans le contexte de la réduction du nombre de décès imputables à la pollution de l’air ou du nombre de morts sur la route. Comme cela est souligné dans (OCDE, 2012[98]), la VVS n’est pas la valeur de la vie d’une personne donnée, mais la somme des valeurs attribuées par les individus à une petite modification du risque de mortalité.
← 19. Ce montant se fonde sur le document ENV/EPOC/WPIEEP(2024)9/REV3. Il a été calculé à partir des taux de change à parité de pouvoir d’achat (PPA) de 2023.