Ce premier chapitre résume les principales conclusions et recommandations de ce rapport sur l'Économie de la mer à l'horizon 2050. Le rapport souligne l'importance de l'économie de la mer pour l'économie mondiale au cours des dernières décennies, ainsi que sa résilience, et met en lumière la nécessité urgente de remédier aux vulnérabilités structurelles. En regardant vers l'avenir, nombre des principales forces façonnant l'avenir de l'économie de la mer menacent de fragiliser à la fois sa croissance et sa résilience. En renforçant la gouvernance, en promouvant l'innovation technologique, en améliorant la collecte de données et en favorisant l'inclusion des pays en développement, les décideurs politiques peuvent poser les bases d'une économie de la mer à la fois économiquement dynamique et écologiquement durable. Cette approche coordonnée sera essentielle pour créer des emplois, générer des revenus et garantir la santé à long terme des océans dans un monde de plus en plus interconnecté et tourné vers le numérique.
L’économie de la mer à l’horizon 2050 (version abrégée)
1. Piloter l’économie de la mer pour qu’elle soit productive et durable
Copier le lien de 1. Piloter l’économie de la mer pour qu’elle soit productive et durableDescription
Introduction
Copier le lien de IntroductionL’océan et les mers sont indispensables à la vie sur Terre : ils représentent 90 % de la biosphère, recouvrent 71 % environ de la surface de la planète et produisent plus de la moitié de l’oxygène présent dans l’atmosphère. Ils jouent d’autre part un rôle fondamental dans l’économie mondiale. Les activités économiques maritimes contribuent à la prospérité ; ainsi la pêche et les productions marines assurent la sécurité alimentaire de plus de trois milliards de personnes. Les transports maritimes et les installations portuaires facilitent les échanges internationaux : plus de 80 % des marchandises sont aujourd’hui acheminées par voie maritime, tandis que plus de 98 % du trafic internet international emprunte des câbles sous-marins qui forment l’épine dorsale de la connectivité numérique mondiale. Au-delà de ces chiffres impressionnants à eux seuls, l’économie de la mer procure un revenu et un emploi à des centaines de millions de personnes.
Ce chapitre résume les principales conclusions et recommandations du rapport sur l'Économie de l'Océan à l'horizon 2050, qui offre de nouvelles perspectives de l'OCDE sur l'importance des activités économiques maritimes dans l'économie mondiale. Il livre également des éclairages préoccupants sur les tendances futures potentielles, alors que la santé des océans est confrontée à des pressions croissantes dues à la surexploitation, à la dégradation environnementale et aux impacts du changement climatique, tout en mettant en lumière certaines vulnérabilités structurelles de l'économie de la mer. Un avenir plus durable est possible—si les décideurs politiques exploitent les avancées scientifiques et innovantes, et appliquent les instruments politiques et réglementaires existants, pour adopter des pratiques équilibrant la croissance économique avec les efforts de conservation.
Ce chapitre présente pour la première fois des données inédites sur la performance de l'économie de la mer entre 1995 et 2020. Il explore ensuite les trajectoires potentielles pour l'évolution de l'économie de la mer dans les décennies à venir, en mettant en lumière certaines forces majeures qui la façonnent. Il se conclut par des actions proposées que les décideurs politiques pourraient entreprendre pour soutenir l'emploi et les revenus basés sur l'océan, tout en orientant l'économie de la mer vers des voies plus durables.
Le présent rapport est étayé par les travaux que l’OCDE consacre depuis plus de dix ans à l’économie de la mer, travaux qui font la part belle à la statistique, aux sciences océaniques et à l’innovation et bénéficient du soutien fidèle de divers pays. Le Moniteur de l’économie de la mer permet à l’OCDE d’éclairer la prise de décisions à l’échelle mondiale. Il met en relief les aspects touchant à l’économie, à la science et à l’innovation, de même que l’environnement réglementaire relatif aux activités maritimes. Grâce aux données statistiques nationales harmonisées tirées des Tableaux internationaux d’entrées-sorties (TIES), qui font la spécificité de l’OCDE, et d’autres sources de données quantitatives et qualitatives, il permet de suivre 33 activités économiques maritimes dans 142 pays côtiers sur une période de plus de 25 ans. Il offre un point de départ unique en son genre à de nouvelles analyses qui viendront donner une assise factuelle à l’action des pouvoirs publics.
Encadré 1.1. 10 données clés
Copier le lien de Encadré 1.1. 10 données clés1. Une puissance économique majeure : L'économie de la mer a contribué à hauteur de 3 % à 4 % de la valeur ajoutée brute mondiale entre 1995 et 2020, doublant de taille pour atteindre 2 600 milliards USD.
2. Une source d'emploi essentielle : À son apogée en 2006, l'économie de la mer employait 151 millions d'équivalents temps plein (ETP) et, malgré les perturbations liées à la COVID-19, a maintenu plus de 100 millions d’emplois.
3. Une croissance soutenue à long terme : Au cours des 25 dernières années, l'économie de la mer s'est développée sans connaître de récessions majeures, démontrant ainsi sa résilience et son potentiel économique.
4. L'Asie-Pacifique en moteur de croissance : La région Asie-Pacifique a représenté environ 75 % de la croissance mondiale de l'économie océanique, avec l’Asie du Sud-Est et l'Océanie affichant les taux de croissance moyens les plus élevés.
5. Des secteurs clés dominent : Le tourisme maritime et côtier ainsi que le pétrole et le gaz offshore ont constamment constitué environ deux tiers de la valeur ajoutée brute de l'économie océanique mondiale entre 1995 et 2020.
6. Les énergies renouvelables en plein essor : L’éolien offshore et les énergies marines renouvelables ont enregistré un taux de croissance annuel moyen de 31 %, avec une valeur ajoutée brute passant de 38 millions USD en 2000 à 4,6 milliards USD en 2020.
7. Des risques croissants menacent la résilience à long terme : Les activités économiques maritimes sont très liées à la bonne santé de l’océan, et font face à des menaces grandissantes telles que la surexploitation des ressources naturelles, les activités illicites, la perte de biodiversité, la pollution, l’élévation du niveau de la mer, l’acidification des océans, les vagues de chaleur marines ainsi que des événements météorologiques extrêmes plus fréquents et puissants.
8. Une action politique indispensable : Il est essential de renforcer la gestion de l’océan fondée sur la science pour faire face à ces défis grandissants. Les décideurs doivent raffermir les stratégies maritimes nationales, la planification spatiale marine, les aires marines protégées et les comptes statistiques de l'économie de la mer, tout en mettant en œuvre les accords internationaux sur la biodiversité, le climat, les subventions à la pêche et la décarbonation du transport maritime.
9. La numérisation, levier de durabilité et de productivité : Les systèmes avancés de collecte et d’analyse des données océaniques, une meilleure observation et surveillance de l’océan et les partenariats intersectoriels sont essentiels pour renforcer la compétitivité et assurer une gestion durable des ressources marines.
10. Une croissance inclusive est primordiale : Renforcer la coopération avec les pays en développement dans l'économie de la mer est essentiel pour une croissance équitable, maximisant les bénéfices des activités économiques liées à la mer pour la subsistance et le bien-être de millions de personnes, tout en conservant, utilisant durablement et restaurant les écosystèmes marins fragiles.
Source : OCDE, Moniteur de l’économie de la mer, janvier 2025.
La performance de l’économie de la mer entre 1995 et 2020
Copier le lien de La performance de l’économie de la mer entre 1995 et 2020Entre 1995 et 2020, l’économie de la mer a contribué de manière importante à la production mondiale et assuré une prospérité durable à des centaines de millions de personnes. Nous trouverons ici une synthèse des résultats passés de l’économie de la mer à l’échelle mondiale, des facteurs susceptibles de lui être préjudiciables ou, au contraire, bénéfiques dans l’avenir, ainsi que des projections de son potentiel jusqu’en 2050.
L’économie de la mer pèse dans l’économie mondiale
En 2020, l’économie de la mer représentait, à l’échelle mondiale, 2 300 milliards USD de valeur ajoutée brute (VAB) à prix courants et 102 millions d’emplois en ETP, contre 2 700 milliards USD et 133 millions d’ETP en 2019 – soit juste avant que la pandémie de COVID-19 ne vienne perturber l’économie mondiale. Entre 1995 et 2020, l’économie de la mer contribuait chaque année à hauteur de 3 à 4 % à la VAB totale produite à l’échelle mondiale (Graphique 1.1) et concentrait entre 3.5 et 4.7 % de l’ensemble des ETP. Si elle avait été un pays, l’économie de la mer aurait été la cinquième par ordre d’importance, au regard de la VAB, en 2019, quand elle aurait occupé la huitième place du classement en 1995.
Graphique 1.1. L’économie de la mer a représenté entre 3 % et 4 % de la production économique mondiale et entre 3,5 % et 4,7 % de l’emploi mondial annuellement de 1995 à 2020
Copier le lien de Graphique 1.1. L’économie de la mer a représenté entre 3 % et 4 % de la production économique mondiale et entre 3,5 % et 4,7 % de l’emploi mondial annuellement de 1995 à 2020Part de l'économie de la mer à l’échelle mondiale dans la VAB et l'emploi à temps plein de l'économie mondiale
Note : Part de la VAB totale mondiale en dollars courants et de l'emploi en équivalents temps plein générés par les activités économiques liées à l'océan, par rapport à la VAB totale de l'économie mondiale et à l'emploi en ETP pour chaque année.
Source : OCDE, Moniteur de l’économie de la mer, janvier 2025.
La part médiane de la VAB et des ETP de l’économie globale au niveau des pays attribuable à l’économie de la mer est restée globalement similaire dans les différentes régions entre 1995 et 2020 (voir Graphique 1.2). La part médiane la plus faible de la VAB de l’économie de la mer, par rapport à l’économie globale, se trouve en ‘Amérique du Nord’ (1,6 % de la VAB totale et 2,1 % des ETP totaux), tandis que la part la plus élevée des ETP se trouve en ‘Asie du Sud-Est et Océanie’ (7,6 % de la VAB totale et 7,3 % des ETP totaux).
L’écart relativement faible des parts médianes entre les régions masque des écarts notables entre certains pays (voir Graphique 1.2). En Europe, par exemple, l’économie de la mer de la Norvège représente une part bien plus élevée de son économie globale en termes de VAB (26,8 %) et d’ETP (17,1 %) que la moyenne (3,1 % de VAB et 4,0 % d’ETP). Les régions où le ratio entre l’économie de la mer et l’économie globale est le plus élevé sont l’Afrique du Nord et l’Asie occidentale ainsi que l’Afrique subsaharienne, où les économies sont fortement influencées par l’extraction pétrolière et gazière, tant en mer que sur terre. Les parts d’ETP les plus élevées sur la période concernée se trouvent en Asie du Sud et Asie centrale ainsi qu’en Asie du Sud-Est et Océanie, où le tourisme côtier et maritime domine.
Graphique 1.2. Parts moyennes de l’économie de la mer par rapport à l’économie globale sont globalement similaires entre les régions, mais certains pays présentent des parts importantes par rapport à leurs pairs
Copier le lien de Graphique 1.2. Parts moyennes de l’économie de la mer par rapport à l’économie globale sont globalement similaires entre les régions, mais certains pays présentent des parts importantes par rapport à leurs pairsParts de la VAB et des ETP de l’économie de la mer totale par rapport à l’économie globale au niveau des pays, par région
Note : Les parts de la VAB et des ETP de l’économie de la mer totale par rapport à la VAB aux ETP de l’économie globale au niveau des pays sont calculées en premier. Le graphique affiche les parts minimales et maximales au niveau des pays dans chaque région, la médiane des parts au niveau des pays dans chaque région, ainsi que les moyennes arithmétiques entre les pays sur l’ensemble de la période.
Source : OCDE, Moniteur de l’économie de la mer, janvier 2025.
L’économie de la mer a connu une croissance régulière entre 1995 et 2020, et cette croissance a été générée de manière disproportionnée en Asie et dans le Pacifique
L’économie de la mer – telle que mesurée par la VAB exprimée en termes réels – a connu un taux de croissance moyen de 2.8 % par an environ et n’est jamais restée bien longtemps en contraction (voir Graphique 1.3). Il s’ensuit que sa VAB réelle a doublé, passant de 1 300 milliards USD en 1995 à 2 600 milliards en 2020. L’emploi est resté relativement stable tout au long de la période considérée ; en effet, parti de 122 millions en équivalents temps plein (ETP) en 1995, il a progressé au rythme de 0.4 % par an pour atteindre 134 millions d’ETP en 2019 (voir Graphique 2). Il a brusquement chuté à 102 millions d’ETP en 2020 avec les mesures de restriction prises face à la pandémie, qui ont durement frappé le secteur du tourisme, avant de repartir à la hausse les années suivantes.
Graphique 1.3. L’économie de la mer a progressé de 2.8 % et l’emploi de 0.4 % en termes réels, en moyenne, entre 1995 et 2020
Copier le lien de Graphique 1.3. L’économie de la mer a progressé de 2.8 % et l’emploi de 0.4 % en termes réels, en moyenne, entre 1995 et 2020Taux de croissance annuelle de la valeur ajoutée brute réelle et de l’emploi (en équivalents temps plein)
Note : variation annuelle en pourcentage de la valeur ajoutée brute (en volume à prix chaîné) et de l’emploi en équivalents temps plein dans l’économie mondiale de la mer.
Source : OCDE, Moniteur de l’économie de la mer, janvier 2025
La majeure partie – 75 % environ – de la croissance de la VAB réelle de l’économie de la mer entre 1995 et 2020 est à mettre à l’actif de l’Asie et du Pacifique. Dans le Graphique 3, nous avons représenté pour chaque région, la part moyenne de la VAB de l’économie de la mer par rapport au taux de croissance de la VAB réelle, de sorte que la surface couverte par chaque colonne corresponde à la contribution apportée à la croissance de l’économie de la mer au niveau mondial.
Le taux de croissance moyen le plus élevé (indiqué par la hauteur de la colonne) a été observé dans la région « Asie du Sud-Est et Océanie ». Cette région cependant ne représentait qu’une petite partie des activités maritimes mondiales (indiquée par la largeur des colonnes), de sorte que sa contribution à la croissance moyenne de celle-ci n’est que de 7.6 % après pondération. La région « Amérique du Nord », à l’inverse, pèse bien davantage, mais a enregistré une croissance nettement plus faible que les autres régions, et c’est pourquoi sa colonne s’étire vers la droite du graphique 1.4. Sans être la plus dynamique, la région dont la contribution est la plus importante après pondération est l’« Asie orientale », qui a fourni 56 % de la croissance du secteur maritime à l’échelle mondiale sur la période considérée.
Graphique 1.4. Plus de 75 % de la croissance de l’économie mondiale de la mer est fournie par des pays de l’Asie et du Pacifique, dont plus de 55 % rien que par ceux d’Asie orientale
Copier le lien de Graphique 1.4. Plus de 75 % de la croissance de l’économie mondiale de la mer est fournie par des pays de l’Asie et du Pacifique, dont plus de 55 % rien que par ceux d’Asie orientaleCroissance moyenne totale, en termes réels, de l’économie de la mer à l’échelle régionale pondérée par la part moyenne de la région dans la valeur ajoutée brute réelle du secteur
Note : la superficie de chaque colonne est proportionnelle à la contribution moyenne que les pays de la région correspondante ont apportée à la croissance de la valeur ajoutée brute réelle de l’économie mondiale de la mer entre 1995 et 2019. La moyenne arithmétique de la valeur ajoutée brute réelle produite par l’économie de la mer dans les pays d’une région donnée entre 1995 et 2019 est représentée par rapport au taux de croissance annuel composé moyen, après pondération, de la valeur ajoutée brute réelle de l’économie de la mer dans cette même région entre 1995 et 2019.
Source : OCDE, Moniteur de l’économie de la mer, janvier 2025
L’économie de la mer occupe une place particulièrement importante dans certains pays, tandis qu’elle est proportionnée au reste de l’économie dans d’autres
En 2020, les principales puissances économiques maritimes étaient la République de Chine (ci-après « la Chine »), avec 23.6 % de la VAB mondiale du secteur à prix courants, le Japon (7.1 %), les États‑Unis (7 %), l’Inde (5 %), et le Royaume-Uni (4.9 %).
À titre de comparaison, en 1995, la Chine représentait 3.2 % de cette même VAB à prix courants et occupait la neuvième place d’un classement dominé à l’époque par le Japon (21.4 %), les États-Unis (11 %), le Royaume-Uni (9.2 %), l’Italie (5.6 %) et l’Arabie saoudite (3.5 %). En moyenne sur la période, le Japon était la plus grande économie maritime avec une part moyenne de la VAB courante de l’économie de la mer à l’échelle mondiale de 1995 à 2020 s'élevant à 11,7 %, suivi par la Chine (10,5 %), les États-Unis (9,3 %), le Royaume-Uni (7,6 %) et la Norvège (5,3 %).
Au regard de la VAB réelle, les États-Unis ont occupé la première place parmi les pays membres de l’OCDE de 2008 à 2020 (Graphique 1.5, partie A). Avant 2008, cette place était revenue tour à tour au Royaume-Uni, au Japon et aux États-Unis. Les cinq premières économies maritimes des pays membres de l'OCDE en termes moyens de VAB réelle incluent également la Norvège et le Mexique.
De tous les pays de l’OCDE, la Norvège est celui où les activités tournées vers la mer ont eu le poids le plus considérable dans l’économie nationale (26.6 %, en moyenne) entre 1995 et 2020 (voir Graphique 4, partie B). L’Islande (avec 14.7 % de la VAB nationale en moyenne), la Grèce (7.7 %), le Mexique (7.2 %) et le Danemark (6.3 %) complètent la liste des cinq principaux pays de l’OCDE sous ce rapport. En Norvège, l’économie de la mer a atteint son plus haut niveau relatif en 2006, année où elle représentait 33.1 % de l’économie nationale (le plus bas remontant à 1995, avec 20.5 %). En Islande, l’importance relative des activités maritimes dans l’économie nationale a diminué, passant de 21.8 % en 1995 à 10 % en 2007, avant de se stabiliser à une moyenne de 12.9 % jusqu’à la fin de la période considérée. Dans les trois autres pays de l’OCDE cités, le rapport est resté plus ou moins le même.
Graphique 1.5. Dans l’OCDE, la principale économie de la mer était les États‑Unis en termes absolus, et la Norvège en proportion de l’ensemble de l’économie
Copier le lien de Graphique 1.5. Dans l’OCDE, la principale économie de la mer était les États‑Unis en termes absolus, et la Norvège en proportion de l’ensemble de l’économieValeur ajoutée brute totale de l’économie de la mer à l’échelle nationale, en termes réels et en proportion de la valeur ajoutée brute de l’ensemble des activités économiques
Note : les pays côtiers de l’OCDE sont classés selon la valeur ajoutée brute réelle moyenne de leurs activités maritimes et du rapport entre la valeur ajoutée brute à prix courants de ces activités et celle de l’économie globale au cours de la période considérée. Les données présentées ici illustrent la valeur ajoutée brute réelle annuelle et la part de l’économie de la mer dans l’économie globale des cinq premiers pays au classement.
Source : OCDE, Moniteur de l’économie de la mer, janvier 2025
L’économie de la mer recouvre un ensemble d’activités hétérogène
Le Moniteur de l’économie de la mer de l'OCDE mesure 33 activités économiques océaniques individuelles et fournit sept agrégats d'activités distincts appelés groupes d'activités économiques maritimes. Les groupes d'activités économiques maritimes « tourisme maritime et côtier » et « extraction pétrolière et gazière en mer et industrie offshore » ont été les plus grands contributeurs à la VAB de l’économie de la mer à l’échelle mondiale entre 1995 et 2020, représentant ensemble environ les deux tiers du total chaque année (voir Graphique 1.6).
Le tourisme maritime et littoral a été le premier groupe d’activités relevant de l’économie de la mer, au regard de la valeur ajoutée brute réelle totale, chaque année de 1995 à 2019, où il a atteint un record de 1 060 milliards USD. La VAB réelle de cet agrégat est ensuite tombée à 910 milliards USD, en 2020, en raison des restrictions imposées durant la pandémie de COVID-19. À l'inverse, l'« extraction pétrolière et gazière en mer et industrie offshore » a atteint un pic en 2020 à 987,4 milliards USD, remplaçant ainsi le « tourisme maritime et côtier » comme la plus grande activité économique maritime cette année-là.
Graphique 1.6. L’extraction pétrolière et gazière et autres activités de production offshore et le tourisme maritime et littoral occupent une place prépondérante dans l’économie de la mer
Copier le lien de Graphique 1.6. L’extraction pétrolière et gazière et autres activités de production offshore et le tourisme maritime et littoral occupent une place prépondérante dans l’économie de la merValeur ajoutée brute réelle moyenne sur cinq ans des différents groupes d’activités maritimes, au niveau mondial
Note : moyenne arithmétique par groupe d’activités relevant de l’économie de la mer fondée sur des mesures de volume à prix chaînés pour chaque période de cinq ans entre 1995 et 2019.
Source : OCDE, Moniteur de l’économie de la mer, janvier 2025
Graphique 1.7. Les groupes d’activités maritimes qui dégagent la plus forte valeur ajoutée brute ne sont pas nécessairement ceux qui créent le plus d’emplois, et inversement
Copier le lien de Graphique 1.7. Les groupes d’activités maritimes qui dégagent la plus forte valeur ajoutée brute ne sont pas nécessairement ceux qui créent le plus d’emplois, et inversementNombre moyen d’équivalents temps plein et valeur ajoutée brute moyenne, par groupe d’activités maritimes
Note : moyennes arithmétiques, par pays et groupe d’activités, du nombre d’équivalents temps plein et de la valeur ajoutée brute réelle entre 1995 et 2019. Seuls les 76 pays couverts par les Tableaux internationaux des entrées-sorties de l’OCDE ont été représentés dans le graphique par souci de clarté.
Source : OCDE, Moniteur de l’économie de la mer, janvier 2025
Une bonne partie des activités économiques maritimes ont connu une croissance supérieure à la moyenne entre 1995 et 2020
La plupart des groupes d’activités relevant de l’économie de la mer ont enregistré une croissance plus élevée que la moyenne, et ce tous les ans entre 1995 et 2020 (voir Graphique 1.8). Entre 2008 et 2020, le groupe « construction navale et fabrication d’équipements maritimes » s’est nettement démarqué avec une croissance trois fois plus forte que la moyenne de l’activité économique à son plus haut niveau, en 2011. Les transports maritimes et activités portuaires, les échanges, transports et services de R-D liés au secteur marin et maritime et les activités d’extraction pétrolière et gazière et autres activités de production offshore ont systématiquement enregistré une croissance de leur VAB supérieure à la moyenne. La croissance des activités de tourisme maritime et littoral s’est confondue avec la moyenne jusqu’en 2010, année où elle a commencé à accélérer. Celle du groupe d’activités formé de la pêche, de l’aquaculture et de la transformation des produits de la mer, en revanche, est restée globalement dans la norme tout au long de la période considérée.
La valeur ajoutée brute réelle de l’éolien offshore et des énergies renouvelables marines a connu une augmentation vertigineuse depuis 2000, première année pour laquelle la production de ce groupe d’activités est disponible dans le Moniteur de l’économie de la mer. Elle est en effet passé de 38.2 millions USD à 4.6 milliards en 2020 – ce qui équivaut à un taux de croissance annuel moyen largement au-dessus de celui des autres groupes d’activités relevant de l’économie de la mer et de l’activité économique d’une manière générale.
Graphique 1.8. La croissance des activités économiques maritimes a été supérieure à la moyenne entre 1995 et 2020.
Copier le lien de Graphique 1.8. La croissance des activités économiques maritimes a été supérieure à la moyenne entre 1995 et 2020.Indice d’évolution de la valeur ajoutée brute réelle par groupe d’activités maritimes et indice d’évolution de la moyenne pondérée de la valeur ajoutée brute réelle de l’ensemble des secteurs de l’économie
Note : les indices d’évolution de la valeur ajoutée brute en volume à prix chaîné sont calculés, pour chaque groupe d’activités maritimes et pour l’ensemble des secteurs d’activité de l’économie, en prenant comme référence (valeur 100) l’année 1995, dans la partie A, et l’année 2000, dans la partie B. La moyenne pondérée de l’ensemble des secteurs d’activité de l’économie est obtenue en calculant le taux de croissance réelle de chacun puis en lui appliquant une pondération correspondant à la contribution du secteur considéré à la valeur ajoutée brute totale, les résultats obtenus faisant ensuite l’objet d’un chaînage. L’année 2000 a été prise pour année de référence dans la partie A, car il s’agit de la première année où l’éolien offshore et les énergies renouvelables marines ont produit une valeur ajoutée brute d’après les données du Moniteur de l’économie de la mer.
Source : OCDE, Moniteur de l’économie de la mer, janvier 2025
Quelles hypothèses de croissance pour l’économie de la mer au cours des prochaines décennies ?
Copier le lien de Quelles hypothèses de croissance pour l’économie de la mer au cours des prochaines décennies ?Si les tendances historiques se poursuivent, l’économie mondiale de la mer pourrait d’ici 2050 devenir quatre fois plus importante, en termes réels, qu’elle ne l’était en 1995. Les analyses de la productivité servent de base à la projection de référence qui a été établie. La contribution de différents facteurs de production – services du capital des technologies de l’information et des communications (TIC), autres services du capital, composition de la main-d’œuvre au regard de l’instruction et productivité totale des facteurs – à la croissance de la VAB fait l’objet d’une estimation. Les tendances qu’elle a suivies par le passé sont ensuite utilisées dans un modèle prospectif permettant d’estimer la croissance de la VAB réelle jusqu’en 2050. Toutefois, l’analyse des grands facteurs ci-après, dont l’incidence sur la croissance de l’économie de la mer sera déterminante, laisse à penser que des projections fondées exclusivement sur des séries historiques donneraient des trajectoires de croissance excessivement optimistes.
Les pressions exercées sur l’économie de la mer s’accentueront probablement au cours des prochaines décennies
Les activités économiques maritimes devraient, pour la majorité d’entre elles, continuer d’être portées par les tendances économiques et sociales de fond au cours des deux prochaines décennies. Cependant, malgré les innovations escomptées face à différents enjeux, le milieu marin et certaines de ces activités sont soumis, à plus d’un égard, à des pressions qui s’accentuent. Dans tous les cas de figure envisagés, la croissance de l’économie de la mer en pâtira et pourrait même devenir négative en l’absence de mesures visant à améliorer la gouvernance de l’océan.
Les cadres réglementaires et les mécanismes de gouvernance régissant le milieu marin et l’économie de la mer ont été renforcés au cours de la dernière décennie, aux niveaux tant national qu’international. Toutefois, avec les intérêts stratégiques et économiques, ce sont aussi les obstacles à la coopération et à la gestion efficace de ce bien commun mondial que sont les mers et l’océan qui vont grandissant. Les revendications territoriales – qui concernent aujourd’hui quelque 39 % des eaux relevant à quelque titre que ce soit de la souveraineté d’un pays – et le développement des activités maritimes illicites font de la mer un espace de plus en plus disputé. Divers problèmes de première importance – allant de la protection de la liberté de navigation, à la réduction des émissions de gaz à effet de serre des navires, en passant par la lutte contre les activités illicites telles que la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), le trafic de stupéfiants et la pollution marine résultant d’activités maritimes aussi bien que terrestres – exigent que les responsables de l’action publique, à différents niveaux, leur accordent une plus grande attention et se coordonnent entre eux. Si rien n’est fait, ces problèmes pourraient devenir plus complexes et imbriqués qu’ils ne le sont déjà et mettre alors en péril non seulement la santé de l’océan, mais encore l’activité économique mondiale.
L’essor rapide et la concentration des activités maritimes – conjugués à la surpêche, à l’augmentation des prélèvements de ressources biologiques et minérales et au maintien des subventions préjudiciables dans le domaine de la pêche, pour ne citer que ces éléments – risquent d’exacerber les externalités environnementales à l’échelle mondiale. L’expansion rapide et la concentration des activités maritimes, conjuguées à une surveillance réglementaire insuffisante – conduisant à la surpêche, à des prélèvements non durables de ressources biologiques et minérales et au maintien de subventions préjudiciables – risquent d’exacerber les externalités environnementales à l’échelle mondiale. Ces externalités se matérialiseront au‑delà des zones côtières également, et pourraient compromettre la viabilité à long terme des principales activités économiques maritimes dans certains pays, comme la pêche de capture artisanale ou le tourisme maritime et littoral.
La demande à l’égard de nombreux biens et services relevant de l’économie de la mer, dont les produits de la mer, le commerce maritime, la production d’énergies renouvelables en mer et le tourisme maritime et littoral devrait continuer de progresser, accompagnant la tendance de la démographie et de l’économie mondiale, quoiqu’à un rythme moins soutenu que dans le passé récent.
L’accentuation des effets du changement climatique (élévation du niveau de la mer, acidification des eaux, modification du comportement des stocks de poissons) aura des conséquences non seulement sur la santé de l’océan et sa biodiversité, mais aussi sur les secteurs d’activité de plus en plus exposés aux événements météorologiques extrêmes et à la montée des eaux (les infrastructures maritimes se trouvant de plus en plus menacées : installations pétrolières et gazières, parcs éoliens en mer, installations aquacoles et portuaires, de même que les pêches de capture) (OECD, 2022[1] ; OCDE, 2017[2]).
L’augmentation de la pollution d’origine terrestre (plastique, produits chimiques) aura une incidence sur divers secteurs d’activité tournés vers la mer, en particulier ceux qui dépendent de ses écosystèmes (pêche de capture) et de la qualité de son environnement (tourisme littoral et maritime). Ainsi, la quantité de matière plastique rejetée chaque année dans l’environnement sera, d’ici 2040, deux fois plus importante qu’en 2022 en l’absence de changement de cap des politiques publiques (OCDE, 2024[3]).
Il faut ajouter à ce qui précède que l’économie de la mer risque de manquer les gains de productivité que l’on escompte des grandes transformations économiques attendues au cours des prochaines décennies. L’investissement en faveur de l’économie de la mer a été réorienté des technologies de l’information et des communications (TIC) vers des éléments de capital, comme les machines et équipements. Or les TIC peuvent amener des gains d’efficacité, et la non-intégration des améliorations apportées aux technologies sous-jacentes peut, à la longue, nuire considérablement à la compétitivité.
Nous nous sommes appuyés sur des travaux scientifiques et économiques récents pour appréhender les différences quant à l’ampleur des effets que les divers déterminants considérés sont susceptibles de produire sur l’avenir de l’économie mondiale de la mer. Nous avons représenté dans le Graphique 1.9 le fruit de ce travail de modélisation. Chaque déterminant est considéré isolément, toutes choses égales par ailleurs, et son action est comparée à la projection de référence reposant sur l’hypothèse d’un maintien des tendances historiques. L’augmentation de la productivité des services du capital dans les différents groupes d’activités relevant de l’économie de la mer est, de tous les déterminants, celui qui aura l’action bénéfique la plus considérable. Les effets du changement climatique sur le revenu représentent, à l’inverse, celui dont l’action préjudiciable est le plus à craindre.
Graphique 1.9. 9 Différents déterminants exerceront sans doute, isolément et à des degrés divers, une influence sur l’avenir de l’économie de la mer
Copier le lien de Graphique 1.9. 9 Différents déterminants exerceront sans doute, isolément et à des degrés divers, une influence sur l’avenir de l’économie de la merÉvolution de la valeur ajoutée brute réelle de l’économie de la mer par rapport au scénario de référence sous l’influence de différents déterminants pris isolément
Note : les indices d’évolution de la valeur ajoutée brute en volume à prix chaînés pour l’ensemble de l’économie sont calculés sur la base de diverses hypothèses. L’indice d’évolution relatif correspond à l’indice d’évolution de chaque déterminant (chapitre 5 du rapport complet), en volume à prix chaîné, rapporté aux indices d’évolution de la projection de référence, en volume à prix chaîné, la valeur de ces indices étant fixée à 0. Les courbes représentent une projection de la moyenne des indices d’évolution de la valeur ajoutée brute en volume à prix chaînés, calculée à partir de la somme de la croissance projetée des heures de travail et des composantes de la productivité du travail.
Source : OCDE, Moniteur de l’économie de la mer, janvier 2025
En fonction de l’évolution de la transition énergétique, les profils de croissance future de l’économie de la mer pourraient être très différents
Sur la base de l’analyse des principaux déterminants, nous étudions deux scénarios possibles d’évolution de l’économie de la mer, qui correspondent à deux trajectoires mondiales différentes en matière de transition énergétique. Dans le premier scénario, la transition énergétique s’accélère jusqu’en 2050. Dans le second, elle progresse à peine jusqu’à la fin de la période. Dans les deux scénarios, l’économie mondiale de la mer est plus importante en termes réels en 2050 qu’au début de la période rétrospective, en 1995, du fait de la croissance de sa valeur ajoutée brute : en l’occurrence, sa taille est multipliée par 2.5 en cas de transition accélérée, et par 1.5 en cas d’interruption de la transition (voir Graphique 1.10). Sur la période 2020-50, sa croissance pourrait atteindre 40 % dans le scénario de transition accélérée. Dans le scénario d’interruption de la transition, en revanche, l’économie mondiale de la mer se réduirait d’environ 20 % sur la même période.
La composition de l’économie de la mer aussi varie beaucoup entre les différents scénarios. Le scénario de transition accélérée voit une baisse marquée de l’extraction pétrolière et gazière offshore, si bien que la part de cette activité dans la valeur ajoutée totale de l’économie mondiale de la mer passe d’un tiers à un cinquième entre 2020 et 2050. Dans le scénario d’interruption de la transition, c’est l’inverse qui se produit : le poids de l’extraction pétrolière et gazière offshore augmente, au point qu’elle devient l’activité économique maritime dominante autour de 2030. Dans le scénario de transition accélérée, c’est le tourisme maritime et littoral qui demeure l’activité dominante jusqu’en 2050. En revanche, sa part dans l’économie de la mer diminue notablement en cas d’interruption de la transition, du fait de l’expansion de l’extraction pétrolière et gazière offshore. L’éolien en mer et les énergies renouvelables marines progressent beaucoup plus vite dans le scénario de transition accélérée, puisque leur part est multipliée par 21 entre 2020 et 2050, mais seulement par trois dans le scénario d’interruption de la transition.
Graphique 1.10. D’importants déterminants donnent à penser que l’économie mondiale de la mer ne devrait pas progresser aussi vite qu’auparavant et pourrait même se réduire
Copier le lien de Graphique 1.10. D’importants déterminants donnent à penser que l’économie mondiale de la mer ne devrait pas progresser aussi vite qu’auparavant et pourrait même se réduireIndices d’évolution de la valeur ajoutée brute réelle de l’économie de la mer selon trois scénarios
Note : Les indices d’évolution de la valeur ajoutée brute en volume à prix chaînés (1995=100) pour l’économie mondiale de la mer sont calculés sur la base des hypothèses décrites dans le chapitre 4 du rapport complet pour la projection de référence, et dans les chapitres 5 et 6 de ce même rapport pour les projections des scénarios de transition accélérée et d’interruption de la transition. Chaque ligne représente la valeur moyenne de la projection correspondante. Source : OCDE, Moniteur de l’économie de la mer, janvier 2025
Des politiques publiques plus volontaristes en matière de climat, de biodiversité et d’énergie sont essentielles pour l’avenir de l’économie de la mer
L’atténuation du changement climatique et l’adaptation à ses conséquences, la conservation et l’exploitation durable de la biodiversité, y compris des écosystèmes marins, et le soutien à la transition énergétique sont autant de priorités de l’action publique qui vont bien au-delà de l’économie de la mer (OECD, 2024[4]). Toutefois, comme l’illustrent les différents scénarios, le changement climatique et les trajectoires de transition énergétique pourraient avoir de profondes répercussions sur la croissance de l’économie de la mer selon différentes hypothèses, entraînant une rupture avec les tendances antérieures, voire à terme un déclin des activités maritimes mondiales.
La mise en place d’une économie de la mer résiliente et plus productive dépendra en grande partie de l’efficacité des efforts mondiaux visant à enrayer le dérèglement climatique et à atténuer ses pires effets, y compris en renforçant la conservation de la biodiversité, son utilisation durable et sa restauration, ainsi qu’en exploitant la transformation attendue du système énergétique mondial.
La mer joue un rôle crucial dans la régulation du climat en ce qu’elle absorbe environ 25 % du carbone émis dans le monde et peut le séquestrer dans les fonds marins pendant des centaines d’années (Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC), 2023[5]). Ce processus de séquestration est rendu possible entre autres par toute une gamme d’espèces marines, qui vont du plancton aux poissons mésopélagiques (IPBES, 2019[6]). Cependant, même si cette absorption fait partie du cycle naturel du climat, les niveaux d’émissions actuels perturbent de plus en plus les fonctions écologiques des organismes marins, menaçant la biodiversité et les services écosystémiques qu’elle fournit, mais aussi les processus océaniques, dont la circulation océanique (Mercator, 2025[7]).
L’engagement en faveur de la réduction du volume total des émissions de carbone ne devra pas se démentir, car les répercussions du changement climatique compromettent de plus en plus la santé du milieu marin et les activités économiques qui en sont tributaires, comme le montre le présent rapport. L’eutrophisation et l’acidification mettent de plus en plus sous pression les écosystèmes marins, et ces problèmes sont accentués par l’augmentation des températures, du niveau de la mer et des épisodes météorologiques extrêmes, qui font peser des risques plus ou moins graves sur des activités essentielles comme le transport maritime, la pêche et le tourisme littoral, ainsi que sur les infrastructures portuaires. Comme ces risques sont amplifiés avec chaque hausse des températures, il est essentiel d’agir avec détermination. Les conséquences s’annoncent particulièrement dommageables pour les populations côtières et les pays à faible revenu qui manquent de moyens pour financer l’adaptation.
Il sera primordial d’empêcher le recul rapide de la biodiversité, y compris des espèces et écosystèmes marins (mangroves, marais salés, récifs coralliens, herbiers marins, etc.), imputable aux activités humaines, en particulier dans les régions côtières peuplées. Un recul accéléré menace non seulement les fonctions essentielles que remplissent ces écosystèmes en termes de régulation de la qualité de l’eau, d’absorption du carbone et de défense côtière, mais risque aussi de perturber les activités économiques importantes tributaires de la mer, comme la pêche et le tourisme littoral, qui assurent la sécurité alimentaire et fournissent des moyens de subsistance. Ces problèmes sont aussi alimentés par une pollution – plastique et autre – très répandue (OECD, 2025[8]). Par ailleurs, on commence à peine à comprendre les écosystèmes des grands fonds et leur rôle dans les réseaux trophiques marins et les processus climatiques grâce à l’amélioration de l’exploration et de la cartographie des mers et des fonds marins (Levin, 2021[9]). Pour préserver ces précieux écosystèmes, assurer qu’ils sont utilisés de façon durable et les remettre en état, il convient de prendre des mesures assorties de mécanismes permettant de les faire respecter.
La santé des mers serait améliorée si l’on agissait pour placer les systèmes énergétique et de transport mondiaux sur la voie de la décarbonation, quand bien même les combustibles fossiles resteront indispensables dans un avenir prévisible (IEA, 2024[10]). L’accélération de la transition atténuerait les répercussions au long cours du dérèglement climatique, et l’application en parallèle de stratégies d’adaptation pourrait permettre de se préparer à une modification plus rapide de l’état de la mer. La science et la technologie, et en particulier la transformation numérique, ont un rôle à jouer dans cette transition et peuvent créer les conditions d’une gestion plus efficace et plus durable de la mer.
Relever ces défis exige des investissements publics et privés soutenus et ciblés, qui non seulement favorisent la résilience économique, mais sont porteurs de bénéfices à long terme pour la collectivité et les entreprises (OECD, 2021[11] ; OCDE, 2025[12]). Dans l’ensemble, en encourageant le recours à des technologies avancées qui permettent de réduire les émissions et d’améliorer l’efficacité énergétique, on renforce l’efficacité des activités économiques maritimes à long terme, en plus d’œuvrer en faveur des objectifs plus généraux en matière de climat et de biodiversité.
Quelles actions les pouvoirs publics peuvent-ils entreprendre pour orienter l’économie océanique vers une voie plus durable ?
Copier le lien de Quelles actions les pouvoirs publics peuvent-ils entreprendre pour orienter l’économie océanique vers une voie plus durable ?Le rapport met en exergue les forces et les fragilités de l’économie de la mer. Celle-ci a certes connu une croissance plus rapide que l’économie en général depuis une vingtaine d’années, mais elle pâtit encore de plusieurs faiblesses structurelles qui ne feront que s’aggraver sous l’effet des pressions grandissantes. Dans beaucoup de secteurs qui la composent, la croissance de la productivité est peu soutenue, et d’importants défis se profilent concernant la santé du milieu marin, sa gouvernance et la transition numérique. En renforçant tout à la fois les mécanismes de gouvernance, les pratiques responsables des entreprises et l’innovation scientifique, il est possible de rendre les activités économiques plus respectueuses de la santé marine, et de faire en sorte que la mer reste un bien commun mondial dont pourront jouir les générations futures et qui contribuera à une croissance économique durable. Il faut des interventions publiques ciblées qui répondent à quatre grandes orientations stratégiques :
1. Renforcer les cadres de gouvernance et la collaboration.
2. Promouvoir l’innovation technologique et la transformation numérique.
3. Renforcer l’observation océanographique et la recherche scientifique dans la durée pour enrichir les connaissances sur les processus océaniques et améliorer la gestion.
4. Intégrer plus largement les pays en développement dans l’économie de la mer.
1. Renforcer les cadres de gouvernance et la collaboration
Pour concrétiser le potentiel économique de la mer et garantir la conservation, l’utilisation durable et la remise en état des écosystèmes marins, il est nécessaire de mettre en place des cadres de gouvernance et de réglementation maritimes essentiels (OCDE, 2017[2]). Peu de pays sont dotés d’une stratégie de la mer globale, et les priorités concernant l’économie de la mer varient beaucoup en fonction du contexte culturel et socio-économique. Ainsi, l’importance culturelle de la mer, son rôle stratégique et son poids économique ne sont pas les mêmes dans les petits États insulaires en développement des Caraïbes et du Pacifique et dans les pays possédant un vaste littoral qu’ils n’exploitent guère. Comme souvent, il importe de commencer par assurer une meilleure cohérence de l’action publique en affinant et en harmonisant les politiques sectorielles existantes pour répondre aux enjeux complexes de la gestion de la mer, en mettant à profit les synergies et en gérant au mieux les arbitrages (OECD, 2025[13]).
Comme l’explique le présent rapport, les enjeux de la gestion de la mer sont nombreux, puisqu’il s’agit entre autres de concilier des usages économiques concurrents, d’asseoir la position nationale dans l’économie mondiale de la mer et de lutter contre les activités maritimes illicites. Dans ces conditions, agir de façon pragmatique pour renforcer la gouvernance de la mer au niveau national devrait consister notamment à :
Élaborer des cadres de gestion des océans fondés sur la science. Plus de 70 pays recourent déjà à des degrés divers à la planification de l’espace maritime (PEM) pour régler les conflits d’usage qui tendent à se multiplier le long de leur littoral et au-delà (par exemple, entre pêche artisanale, aquaculture en mer, navigation et préservation des aires marines protégées) et pour mieux contrôler leurs eaux. Alors que de plus en plus de bassins maritimes sont en proie à plusieurs problèmes à la fois – ruissellements agricoles, pollution d’origine terrestre, activités industrielles trop intenses en mer, etc. –, les systèmes de gestion les plus efficaces sont ceux qui reposent sur les meilleures données scientifiques disponibles et s’accompagnent de mécanismes de contrôle et de coercition (Troya, Ansong et O’Hagan, s.d.[14]). C’est particulièrement important pour les aires marines protégées, dont les avantages socio-économiques sont maximisés lorsqu’elles sont pleinement protégées et convenablement surveillées (Pike et al., 2024[15]). Les pays sont aujourd’hui plus nombreux à aller au-delà de la PEM et à appliquer des plans pour la durabilité afin que l’amélioration de la gestion de la mer profite à leur développement économique et durable (Ocean Panel Secretariat, 2021[16]).
Renforcer l’engagement dans la coopération multilatérale pour améliorer le positionnement stratégique national. Il peut être difficile de parvenir à un consensus international sur de nombreuses questions, mais il est possible pour des groupes de pays partageant les mêmes valeurs de promouvoir un programme mondial en faveur de la santé de l’océan en veillant à l’entrée en vigueur de plusieurs accords multilatéraux importants. Les accords internationaux – comme l’accord sur la biodiversité en haute mer (Accord BBNJ), l’accord sur les subventions à la pêche de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les dispositifs de décarbonation établis dans le cadre de l’Organisation maritime internationale et le traité en cours de négociation sur la pollution plastique – devraient en définitive prévoir des règles transparentes et exécutoires et renforcer le positionnement stratégique national. Plusieurs accords sont ouverts à la signature et à la ratification (voir Tableau 1). Rapide ou tardive, leur mise en œuvre influencera l’avenir de l’économie de la mer et permettra en fin de compte de sécuriser sur le plan juridique de nouveaux investissements nationaux et commerciaux dans certaines activités qui en relèvent.
Réduire les déficits en matière de réglementation. Les pays peuvent employer différents instruments réglementaires pour favoriser une gestion rationnelle des ressources naturelles, instruments dont l’OCDE a donné des illustrations et assure le suivi afin d’aider les utilisateurs (OECD, 2025[17]). Pour que les pêches soient durables, il est essentiel de réformer les subventions qui risquent d’encourager la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (pêche INN) en l’absence de gestion effective, ainsi que d’investir dans l’amélioration du suivi, du contrôle et de la surveillance des flottes de pêche. Il importe de poursuivre la lutte contre la pêche INN, et les discussions en cours à l’OMC et à l’OCDE y contribuent (OCDE, 2025[18]). Il n’existe pas encore de lignes directrices mondiales destinées aux pays qui se livrent à l’exploitation minière de leurs fonds marins nationaux (généralement dans des eaux peu profondes) pour en extraire des ressources allant du sable aux minéraux critiques. Cependant, l’OCDE a élaboré le Guide sur le devoir de diligence pour des chaînes d’approvisionnement responsables en minerais provenant de zones de conflit ou à haut risque, qui formule des conseils applicables à l’ensemble des chaînes d’approvisionnement en minerais (OCDE, 2016[19]). En ce qui concerne l’exploitation minière des fonds marins en haute mer, tous les acteurs devraient appliquer des approches de précaution pour éviter des atteintes irréversibles au milieu marin ; les discussions se poursuivent entre les membres de l’Autorité internationale des fonds marins.
Favoriser un dialogue public-privé dynamique. Les pouvoirs publics devraient envoyer des signaux clairs et aligner les incitations économiques sur les objectifs de durabilité pour encourager les entreprises à adopter des pratiques responsables, tout en conservant un rôle de supervision pour veiller à ce que l’innovation privée réponde aux priorités sociales et environnementales. Certaines entreprises se sont déjà regroupées autour de principes communs de durabilité (UN Global Compact, 2019[20]). Comme le montre le chapitre 2 du rapport complet, de nombreuses activités économiques maritimes se caractérisent déjà par une concentration sectorielle non négligeable, et la majorité du chiffre d’affaires y est le fait de quelques acteurs majeurs. Visible dans des secteurs comme le transport maritime, l’extraction pétrolière et gazière offshore et le tourisme de croisière, qui sont dominés par de grandes entreprises, cette situation peut donner l’occasion d’encourager des pratiques responsables parmi les pairs.
Tableau 1.1. État de certains accords multilatéraux en lien avec la gouvernance de la mer
Copier le lien de Tableau 1.1. État de certains accords multilatéraux en lien avec la gouvernance de la mer|
Accord (Janvier 2025) |
Nombre de signataires |
Nombre de ratifications (Nécessaires à l’entrée en vigueur) |
|---|---|---|
|
Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS) |
168 |
168 (en vigueur depuis 1994) |
|
Accord se rapportant à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer et portant sur la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale (Accord BBNJ) |
107 |
16 (60 nécessaires) |
|
Accord sur les subventions à la pêche de l’Organisation mondiale du commerce |
115 |
91 (111 nécessaires) |
Source : Analyse de l’OCDE.
2. Promouvoir l’innovation technologique et la transformation numérique
Le progrès technologique est un levier essentiel pour combler les déficits de productivité de l’économie de la mer et la préparer à l’avenir numérique, mais aussi pour améliorer la connaissance des processus océaniques et des répercussions qu’ont sur eux les activités économiques maritimes et d’autres pressions. C’est l’un des messages qui ressort de l’analyse des performances de ces activités au cours des dernières décennies (chapitre 4 du rapport complet). Les responsables de l’action publique devraient stimuler l’investissement dans les technologies de pointe et encourager parallèlement les acteurs privés à améliorer sans relâche les compétences et les capacités de la main-d’œuvre.
Investir dans les technologies de pointe. Les pouvoirs publics devraient stimuler l’investissement dans les technologies de pointe, notamment dans le cadre des programmes destinés à accompagner la décarbonation de différents secteurs. Dans beaucoup de secteurs, dont l’aquaculture en mer, la production d’énergie et la construction navale, d’importants efforts de R-D restent à accomplir (OECD, 2025[21]). Il conviendrait d’étudier les possibilités d’investir davantage dans le capital à forte composante de TIC, l’automatisation, la robotique et les solutions numériques, qui peuvent aussi stimuler la productivité.
Renforcer la formation de la main-d’œuvre de l’économie de la mer. Les pouvoirs publics devraient encourager avec les acteurs privés la constitution à long terme de viviers de talents, de compétences et de connaissances dans les domaines de spécialisation de la mer, et mettre en œuvre parallèlement de vastes programmes axés sur la montée en compétences et la reconversion (OECD, 2019[22]). Plusieurs pays ont également mis en place des programmes d’apprentissage accéléré qui contribuent à retenir les travailleurs seniors et à mieux tirer profit de leur expérience, tout en améliorant la formation en cours d’emploi (Norwegian Ministry of Climate and Environment, 2023[23]). Il convient par ailleurs d’actualiser régulièrement les programmes d’enseignement pour doter les travailleurs des outils nécessaires dans un monde davantage tourné vers l’automatisation et le numérique, ce qui concerne quasiment toutes les activités économiques maritimes, de la construction navale à l’aquaculture en mer en passant par l’exploitation des ports. En outre, les questions de sûreté continueront d’occuper une place prépondérante dans bon nombre de ces activités, de la pêche artisanale aux activités de fabrication. Par exemple, l’abandon des moteurs classiques au profit de moteurs fonctionnant avec d’autres carburants (en particulier l’ammoniac) nécessite non seulement de nouvelles compétences techniques et d’entretien spécialisées, mais aussi des protocoles de sûreté pour la manipulation des produits énergétiques.
Mobiliser des groupements maritimes et des pôles d’innovation. Les pouvoirs publics devraient enfin encourager la constitution de groupements maritimes et de pôles technologiques et leur optimisation, afin de promouvoir les synergies à l’échelle des secteurs, de réduire les coûts par leur partage et de faire progresser la compétitivité. Les travaux de l’OCDE sur les réseaux d’innovation maritime ont montré les avantages des plateformes intersectorielles en termes d’innovation conjointe préconcurrentielle (OECD, 2019[22]). Pour optimiser les pratiques en vigueur dans les pays de l’OCDE, il conviendrait de revoir les pôles industriels existants afin de libérer davantage leur potentiel et d’envisager la création de nouveaux réseaux pour combler les lacunes, tout en facilitant de nouveaux échanges entre les chercheurs spécialisés dans différentes disciplines et les entreprises chefs de file. Sur fond de tensions géopolitiques, les gouvernements doivent renforcer les cadres internationaux pour sécuriser et gérer les flux technologiques et financiers, de façon à garantir l’accès à des solutions de pointe.
3. Renforcer l’observation océanographique et la recherche scientifique dans la durée
Pour pouvoir prendre des décisions efficaces concernant l’économie de la mer, il faut disposer de données solides en temps réel. Renforcer les systèmes d’observation océanographique est primordial pour combler les déficits de données qui empêchent de pleinement surveiller la santé du milieu marin et étayer l’action publique.
Étendre les réseaux d’observation océanographique et rendre plus accessibles les données sur l’océan afin de favoriser l’élaboration de politiques publiques scientifiquement fondées et l’application de pratiques de gestion durables. Ces observations livrent des données cruciales pour faire progresser la sécurité publique, l’efficience économique et la bonne gestion de l’environnement (OECD, 2019[22]). Par la production d’informations sur les eaux côtières et autres, l’Administration nationale de l’océan et de l’atmosphère des États-Unis (NOAA), qui travaille en étroite coordination avec des acteurs privés, éclaire par exemple les processus décisionnels concernant la navigation en mer, la gestion des pêches, la défense et d’autres activités, en livrant des éclairages sur des aspects de l’état de la mer qui influent sur la planification opérationnelle et les mesures de sécurité (Stevens, Jolly et Jolliffe, 2021[24]). Les réseaux d’observation océanographique financés sur fonds publics fournissent en outre des données essentielles qui sont réutilisées dans de nombreux produits et services marchands, ce qui multiplie les bénéfices économiques qu’ils procurent (Rayner, Gouldman et Willis, 2018[25] ; Jolliffe et Aben Athar, 2024[26]). Les données océanographiques alimenteront de plus en plus de nouveaux « jumeaux numériques de l’océan », permettant de mieux informer les décideurs et d’opérer des rapprochements avec les zones critiques de biodiversité et le trafic en temps réel (Mercator, 2025[7]). Les gouvernements devraient investir dans des systèmes d’observation océanographique continue pour garantir une couverture complète, de la cartographie initiale des fonds marins à la surveillance des écosystèmes marins. En outre, il conviendrait d’accorder un soutien accru aux programmes conjoints consacrés à des régions insuffisamment observées comme l’océan Austral, afin d’acquérir une meilleure connaissance des processus océaniques importants (Clem et al., 2024[27]).
Promouvoir une recherche et des technologies porteuses de transformations pour l’océan. Au vu des nombreux défis à relever, les responsables de l’action publique devraient favoriser des politiques de la science, de la technologie et de l’innovation qui privilégient la santé et les usages durables de la mer (IOC-UNESCO, 2024[28]). Ce principe a été réaffirmé lors d’importantes conférences internationales tenues au niveau ministériel, dont la Réunion ministérielle de l’OCDE sur la politique scientifique et technologique d’avril 2024, dans le but de mieux répondre aux grands défis sociétaux tels que le changement climatique et le déclin de la biodiversité. Le Programme de l’OCDE en faveur de politiques de la science, de la technologie et de l’innovation transformatives propose un cadre propice à une visibilité accrue des avantages procurés par les sciences et l’innovation océaniques (OECD, 2024[29] ; OCDE, 2024[30]).
4. Intégrer plus largement les pays en développement dans l’économie de la mer
Avec l’évolution de la démographie et de la disponibilité des ressources naturelles, beaucoup de pays en développement seront gagnants s’ils participent davantage à l’économie de la mer, et leurs expériences profiteront à la communauté mondiale plus généralement. Des mesures devraient être prises pour les aider à mettre les activités au service d’une croissance durable, tout en protégeant le milieu marin dont elles sont tributaires.
Adopter des stratégies de la mer intégrées. Les pays en développement, comme la plupart des économies avancées avant eux, auront intérêt à élaborer des stratégies nationales à long terme pour l’économie de la mer qui concilient croissance économique et intégrité des écosystèmes (OCDE, 2017[2]). Plusieurs économies émergentes se sont déjà dotées d’une telle stratégie ou y travaillent. En revanche, peu de pays à faible revenu leur ont emboîté le pas. En outre, beaucoup de pays en développement doivent encore intégrer des cadres de surveillance et tenir leurs objectifs (OECD, 2025[31]).
Abaisser les obstacles à la croissance. Dans l’idéal, les pays en développement devraient aussi appliquer des politiques transsectorielles – planification de l’espace maritime, gestion améliorée des pêches, incitations en faveur d’un tourisme durable... – pour améliorer la cohérence de l’action publique et créer des conditions propices à une croissance durable (OECD, 2025[32]). Il s’agit d’abaisser les barrières financières et technologiques à l’accès et de rendre plus accessibles des éléments factuels sur les politiques à l’aide d’outils comme les cadres comptables thématiques relatifs à la mer (Jolliffe, Jolly et Stevens, 2021[33]). Concernant le financement, l’aide au développement devrait être fléchée vers le soutien à ces cadres, comme le préconisent les Orientations de l’OCDE pour les partenaires au développement qui paraîtront prochainement (OECD, 2025[31]). Parallèlement, il existe des possibilités de constituer ou de renforcer des groupements maritimes et des réseaux d’innovation maritime dans les régions en développement par le biais d’initiatives conjointes public-privé et de programmes de renforcement des capacités (OECD, 2019[22]).
Encourager des partenariats entre économies en développement et économies avancées. Continuer de favoriser des partenariats au travers de forums multilatéraux et d’échanges entre experts, de façon à faciliter le transfert de connaissances, de technologies et de bonnes pratiques. Alors que les questions de financement demeureront cruciales, les Orientations de l’OCDE pour les partenaires au développement qui visent à permettre la transition vers une économie maritime durable dans les pays en développement contiennent des conseils et des recommandations pour faire en sorte que le soutien en rapport avec la mer soit bien ciblé, efficace et cohérent (OECD, 2025[31]).
Le rapport L’économie de la mer à l’horizon 2050 met en évidence à la fois la résilience dont fait preuve cette économie depuis des décennies et l’impérieuse nécessité de remédier à ses fragilités structurelles. Renforcer la gouvernance, promouvoir la science et l’innovation technologique, améliorer la collecte de données et veiller à l’inclusion des pays en développement, voilà autant de leviers à actionner par les responsables publics pour jeter les bases d’une économie de la mer à la fois dynamique sur le plan économique et durable sur le plan environnemental. Cette approche coordonnée sera essentielle pour créer des emplois, produire des recettes et garantir durablement la santé du milieu marin dans un monde de plus en plus interconnecté et tourné vers le numérique.
Références
[27] Clem, K. et al. (2024), « Antarctica and the Southern Ocean », Bulletin of the American Meteorological Society, vol. 105/8, pp. S331-S370, https://doi.org/10.1175/bams-d-24-0099.1.
[10] IEA (2024), World Energy Outlook 2024, IEA, Paris, https://www.iea.org/reports/world-energy-outlook-2024.
[5] Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC) (2023), Climate Change 2021 – The Physical Science Basis, Cambridge University Press, https://doi.org/10.1017/9781009157896.
[28] IOC-UNESCO (2024), Ocean Decade Conference - The Barcelona Statement, Intergovernmental Oceanographic Commission at UNESCO, Paris 2024, https://oceanexpert.org/document/34098.
[6] IPBES (2019), Global assessment report on biodiversity and ecosystem services of the Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services (IPBES), https://ipbes.net/global-assessment.
[26] Jolliffe, J. et K. Aben Athar (2024), « Understanding the contribution of Flanders’ public marine data to society », OECD Science, Technology and Industry Working Papers, n° 2024/04, OECD Publishing, Paris, https://doi.org/10.1787/da9d7b66-en.
[33] Jolliffe, J., C. Jolly et B. Stevens (2021), « Blueprint for improved measurement of the international ocean economy : An exploration of satellite accounting for ocean economic activity », OECD Science, Technology and Industry Working Papers, n° 2021/04, OECD Publishing, Paris, https://doi.org/10.1787/aff5375b-en.
[9] Levin, L. (2021), « Frontiers in Climate IPCC and the Deep Sea: A Case for Deeper Knowledge », vol. 3, p. 92, https://doi.org/10.3389/FCLIM.2021.720755/BIBTEX.
[7] Mercator (2025), Assessing the Ocean in 2024, European Union, Copernicus Marine Service, Mercator Ocean International, https://www.mercator-ocean.eu/en/news/assessing-the-ocean-in-2024.
[23] Norwegian Ministry of Climate and Environment (2023), Green Shipping Programme, https://www.regjeringen.no/no/id4/.
[18] OCDE (2025), Examen de l’OCDE sur les pêches 2025, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/a6e0eefb-fr.
[12] OCDE (2025), Perspectives mondiales du financement du développement durable 2025 : Vers une architecture plus résiliente et inclusive, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/1af1c624-fr.
[30] OCDE (2024), « Programme de l’OCDE en faveur de politiques STI porteuses de transformations », n° 164, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/c0ce0e55-fr.
[3] OCDE (2024), Scénarios d’action pour l’élimination de la pollution plastique à l’horizon 2040, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/3d74f967-fr.
[2] OCDE (2017), L’économie de la mer en 2030, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/9789264275928-fr.
[19] OCDE (2016), Guide OCDE sur le devoir de diligence pour des chaînes d’approvisionnement responsables en minerais provenant de zones de conflit ou à haut risque : Troisième édition, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/9789264253520-fr.
[16] Ocean Panel Secretariat (2021), 100% Sustainable Ocean Management: An Introduction to Sustainable Ocean Plans, Report commissioned by the High Level Panel for a Sustainable Ocean Economy to the World Resources Institute (WRI), London, UK, https://oceanpanel.org/sites/default/files/sustainable-ocean-plans-guidebook.pdf.
[8] OECD (2025), Environmental Outlook on the Triple Planetary Crisis: Stakes, Evolution and Policy Linkages, OECD Publishing, Paris (forthcoming).
[31] OECD (2025), Guidance for Development Partners: Enabling a Sustainable Ocean Economy Transition in Developing Countries, OECD Publishing, Paris (forthcoming).
[32] OECD (2025), Improving policy coherence for Portugal’s ocean economy: A strategic plan for Natural Resources, Safety and Maritime Services, OECD Publishing, Paris (forthcoming).
[13] OECD (2025), Improving policy coherence for Portugal’s ocean economy: A strategic plan for Natural Resources, Safety and Maritime Services, OECD Publishing, Paris (forthcoming).
[17] OECD (2025), Policy Instruments for the Environment (PINE) Database, OECD, Paris., https://www.oecd.org/en/data/datasets/policy-instruments-for-the-environment-pine-database.html.
[21] OECD (2025), The role of shipbuilding in maritime decarbonisation: impacts of technology developments and policy measures, OECD Publishing, Paris (forthcoming).
[29] OECD (2024), Declaration on Transformative Science, Technology and Innovation Policies for a Sustainable and Inclusive Future, OECD/LEGAL/0501, Adopted on 24 April 2024, OECD, Paris, https://legalinstruments.oecd.org/en/instruments/OECD-LEGAL-0501.
[4] OECD (2024), Mainstreaming Biodiversity into Renewable Power Infrastructure, OECD Publishing, Paris, https://doi.org/10.1787/357ac474-en.
[1] OECD (2022), Climate Tipping Points : Insights for Effective Policy Action, OECD Publishing, Paris, https://doi.org/10.1787/abc5a69e-en.
[11] OECD (2021), « Biodiversity, natural capital and the economy : A policy guide for finance, economic and environment ministers », OECD Environment Policy Papers, n° 26, OECD Publishing, Paris, https://doi.org/10.1787/1a1ae114-en.
[22] OECD (2019), Rethinking Innovation for a Sustainable Ocean Economy, OECD Publishing, Paris, https://doi.org/10.1787/9789264311053-en.
[15] Pike, E. et al. (2024), « Ocean protection quality is lagging behind quantity: Applying a scientific framework to assess real marine protected area progress against the 30 by 30 target », Conservation Letters, vol. 17/3, https://doi.org/10.1111/conl.13020.
[25] Rayner, R., C. Gouldman et Z. Willis (2018), « The Ocean Enterprise – understanding and quantifying business activity in support of observing, measuring and forecasting the ocean », Journal of Operational Oceanography, vol. 12/sup2, pp. S97-S110, https://doi.org/10.1080/1755876x.2018.1543982.
[24] Stevens, B., C. Jolly et J. Jolliffe (2021), « A new era of digitalisation for ocean sustainability? : Prospects, benefits, challenges », OECD Science, Technology and Industry Policy Papers, n° 111, OECD Publishing, Paris, https://doi.org/10.1787/a4734a65-en.
[14] Troya, M., J. Ansong et A. O’Hagan (s.d.), « Transitioning from blue growth to the sustainable blue economy: A review of Ireland’s new marine governance in the aquaculture sector ».
[20] UN Global Compact (2019), 30 companies and institutional investors commit to take action to secure a healthy and productive ocean, United Nations Global Compact, Sustainable Ocean Business Action Platform, 22 October, https://www.unglobalcompact.org/news/4492-10-22-2019.