Quelles sont les opportunités et les défis du nouveau paradigme de développement de l’Union européenne, fondé sur les bénéfices mutuels et les investissements dans des infrastructures de qualité, pour contribuer à la réduction de la pauvreté et des inégalités ? Comment l’Union européenne peut-elle encore s’améliorer ? Ces questions ont sous-tendu l’examen par les pairs de l’Union européenne réalisé par le Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE sous la conduite de la Norvège et de la Suisse.
L’Union européenne est un acteur de référence engagé en faveur de la réduction de la pauvreté, de la paix et du développement durable. En tant qu’organisation régionale unique en son genre, elle joue un rôle de premier plan dans la promotion des droits de la personne, de l’état de droit et des normes environnementales. Attachée au multilatéralisme, elle met à profit son poids diplomatique et financier pour faire progresser un ordre international fondé sur le droit. L’Union européenne a déployé des efforts importants pour intégrer les considérations de durabilité et de développement dans les cadres de gouvernance économique mondiale et joué un rôle moteur dans la promotion de la conduite responsable des entreprises au sein des chaînes d’approvisionnement mondiales. En 2024, les institutions de l’Union européenne ont fourni 27,7 milliards USD (données préliminaires) d’aide publique au développement (APD), marquant la troisième année consécutive de hausse des volumes d’APD – notamment en raison du soutien sans précédent apporté à l’Ukraine.
Dans un environnement géopolitique en rapide évolution, l’Union européenne redéfinit sa coopération pour le développement. La convergence des crises mondiales et les tensions croissantes autour des migrations, de l’énergie et du commerce l’ont conduite à réorienter son action extérieure autour de la sécurité économique, de la défense et des intérêts mutuels. La coopération pour le développement est un outil précieux de prévention des conflits et peut venir appuyer des objectifs géopolitiques et stratégiques plus larges. L’Union européenne cherche à utiliser l’APD comme levier pour attirer des investissements publics et privés.
L’initiative « Global Gateway » est une stratégie d’investissement ambitieuse qui a le potentiel de créer des emplois et de réduire la pauvreté et les inégalités. Lancée en 2021, elle vise à soutenir la connectivité numérique, les énergies et le transport durables, la santé ainsi que l’éducation et la recherche dans les pays partenaires, en alignant les intérêts de l’UE et ceux de ses partenaires. En 2024, l’Union européenne a formalisé une approche dite « à 360 degrés » susceptible de renforcer le caractère inclusifs et durable des investissements en ligne avec ses six principes clés. Cependant, ce concept est encore sujet à des interprétations variables par les parties prenantes.
En mobilisant et en élargissant la panoplie de ses outils, l’Union européenne peut conserver son avantage comparatif en matière de soutien aux réformes structurelles et au développement humain. L’Union européenne peut mobiliser des subventions, des prêts à l’appui de réformes, un soutien budgétaire, de l’assistance technique, du renforcement de capacités et des garanties. Cela lui permet d’adapter ses réponses aux contextes nationaux et aux défis du développement, tout en utilisant l’APD pour lever d’autres sources de financement. La complémentarité entre ces outils facilitera l’engagement dans des domaines où les solutions de marché ne permettent pas d’obtenir les résultats escomptés, notamment en faveur des services de base, qui subissent des réductions de l'aide publique au développement (APD) dans le monde entier.
Le Fonds européen pour le développement durable plus (FEDD+), doté de 40 milliards EUR sous forme de garanties, est l’outil de financement principal de la stratégie « Global Gateway ». Il vise à encourager les investissements dans des secteurs et zones géographiques perçus comme risqués par le secteur privé mais susceptibles d’apporter des bénéfices en termes de développement. Il conviendrait de simplifier l’accès aux garanties pour les institutions financières éligibles et de partager davantage les informations sur l’additionnalité des investissements afin de renforcer cette approche.
Cette nouvelle orientation stratégique, axée sur les bénéfices mutuels et les investissements dans les infrastructures, ainsi que la recherche d’une plus grande flexibilité géographique dans le prochain cadre financier pluriannuel impliquent que des efforts soutenus seront nécessaires pour rester engagé dans les pays les moins avancés (PMA) et les contextes les plus fragiles. Le volume des financements mobilisés par le secteur privé dans ces contextes reste jusqu’à présent limité, conformément aux priorités et préoccupations des acteurs privés. Dans les situations de grande fragilité, associer divers outils peut contribuer à créer les conditions propices à de futurs investissements et à adapter l’approche en matière d’investissement pour appuyer les objectifs de paix et de résilience.
À mesure que la stratégie « Global Gateway » monte en puissance, il sera essentiel de renforcer le partage d’information pour favoriser l’adhésion de l’ensemble des partenaires. La stratégie « Global Gateway » s’appuie sur une gouvernance inclusive, notamment via des plateformes telles que le Groupe consultatif des entreprises et la Plateforme consultative de la société civile et des autorités locales, qui apportent une diversité de points de vue. Cependant, des informations plus précises sur les critères de sélection des projets phares et les résultats attendus seraient utiles aux différents partenaires de l’Union européenne. Par ailleurs, l’ambition affichée de mobiliser jusqu’à 300 milliards EUR entre 2021 et 2027 a suscité de fortes attentes. Une plus grande clarté sur le volume des nouveaux investissements et les sources de financement renforcerait la compréhension des partenaires.
La stratégie « Global Gateway » met l’accent sur les entreprises de l’Union européenne, ce qui peut être bénéfique pour les pays partenaires mais comporte aussi des risques. L’Union européenne promeut les appels d’offres qui prennent en compte les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), le coût du cycle de vie, le recours à de la main d’œuvre locale et le contenu local des projets. Cela peut contribuer à l’instauration de conditions de concurrence équitables, au transfert de savoir-faire et à la création d’opportunités pour les entreprises locales. L'Union européenne a un bilan positif en matière de déliement de l'aide. Toutefois, les restrictions en matière de passation de marchés en Ukraine peuvent nuire à l’optimisation des ressources. La nouvelle attention portée aux entreprises européennes ne devrait pas compromettre le soutien efficace apporté par le FEDD+ au développement du secteur privé local.
L’approche « Équipe Europe » est une méthode de travail pragmatique et flexible visant à renforcer la coordination entre les institutions de l’Union européenne, les États membres et leurs organismes de mise en œuvre (institutions financières de développement, agences de crédit à l’exportation et partenaires de mise en œuvre) autour de priorités communes pour accroître son impact. Au niveau mondial et national, la coordination et la prise de décision font l'objet d'un accord entre les acteurs de Team Europe, sans imposer d'harmonisation formelle. Si la Commission européenne joue un rôle central dans la facilitation des initiatives de l’Équipe Europe, des défis subsistent en matière d’inclusivité et de visibilité des États membres. Par ailleurs, il est primordial que la coordination au niveau de l’Union européenne aille de pair avec une coordination soutenue avec les acteurs locaux afin de garantir le succès de l’approche « Équipe Europe » dans le temps et de réduire la fragmentation.
La présence de l’Union européenne dans les pays partenaires est un atout majeur qui facilite le dialogue politique en le fondant sur une compréhension approfondie des contextes locaux et nationaux. Alors que les approches axées sur l’investissement prennent de l’ampleur dans l’action extérieure de l’Union européenne, maintenir la forte présence locale de l’Union Européenne et son expertise en matière de développement est essentiel pour garantir que les programmes soient politiquement informés, fondés sur des données probantes et axé sur les résultats.
Le bilan positif de l’Union européenne en matière de soutien à la paix et à la résilience, à travers des partenariats à long terme, est une caractéristique centrale de son engagement dans les contextes fragiles ou en proie à des conflits et se fonde sur l’approche Nexus liant assistance humanitaire, développement et recherche de la paix. Alors que la Commission européenne procède à la mise à jour de son approche globale de la fragilité, il sera important d’intégrer l’expertise et les outils développés en matière de fragilité au-delà des unités spécialisées pour favoriser des investissements sensibles aux conflits et renforcer les partenariats, y compris dans des contextes moins exposés à la fragilité.
L’Union européenne est reconnue comme un acteur humanitaire de premier plan. Alors que le paysage des donneurs évolue et que les ressources budgétaires sont sous tension, la révision prévue de son action humanitaire intervient à un moment critique. Les partenaires attendent de l’Union européenne qu’elle exerce un leadership humanitaire pérenne, fondé sur des principes et efficace, qui se distingue des approches plus larges de la fragilité, notamment alors que la priorisation et la recherche d’efficacité entraînent des changements dans l’ensemble du système.